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Full text of "Romania"

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HANDBOLNd 
AT  THH 


^^VERSITY  OF 
TORO.VTO  PRESS 


ROMANIA 


ROMANIA 

RECUEIL  TRIMESTRIEL 

CONSACRÉ  A  l'Étude 

DES    LANGUES    ET    DES    LITLÉRATURES    ROMANES 

FONDU    EN     1872    PAR 

Paul  MEYER  et  Gaston  PARIS 

PCBLIli    FAR 

PAUL  MEYER  ET  Ant.  THOMAS 

Membres  de  l'Institut 

Pur  remenbrer  des  ancessuis 
Les  diz  e  les  faiz  e  les  murs. 

Waci. 


5  5e    ANNÉE.  —  1906 


PARIS     (Vl^) 
LIBRAIRIE    ANCIENNE    HONORÉ    CHAMPlÇ)N,    ÉDITEUR 

5,    QUAI    MALAQUAIS,    5 

TOUS    DROITS    RÉSF.RVRS 


Pc 
1 


PROVENÇAL  -ENC;  ITALIEN  -INGO,  -ENGO 


Diez,  dans  sa  Grammaire  des  langues  romanes,  explique  par 
le  suffixe  latin  -inquo-  qui  est  dans  prop-inquu-s,  les 
adjectits  dénominatitsen  -enc,  fém.  -enca,  qui  sont  extrêmement 
fréquents  en  vieux  provençal  et  en  catalan',  et  parmi  lesquels  il 
nous  suffira  de  citer,  en  provençal  :  aerenc  «  aérien  »,  albenc 
«  blanc  »,  albuginenc  «  blanchâtre  »,  d'albugo  (-in-)  «  tache 
blanche  dans  l'œil  »,  ceniknc  «  azuré  »,  cornenc  «  corné  », 
estivenc  «  d'été  y>,f albenc  «  pâle  y> ,  ferienc  ^^  bestial  »,ferrenc  «  de 
fer  »,  fogiienc  «  brillant  comme  le  feu  »,  laitenc  «  laiteux  »,  livenc 
«  livide  »,  ortenc  «  de  jardin  »,  mejanenc  «  mitoyen  »,  monta- 
nhenc  «  montagnard  »,  pinenc  «  de  pin  »,  ramène  «  branchu  », 
rogenc  «  rougeâtre  »,  unenc  «  uni  »,  vinenc  «  vineux  »;  en  cata- 
lan :  agostenc  «  du  mois  d'août  »,  en  regard  du  milanais  mar:;engh, 
pour  un  plus  ancien  * niaryCngo  «  du  mois  de  mars  »,  blavenc 
'<  bleuâtre»,  famolenc  «  affamé  »,  vernenc  «  printanier  ».  Comme 
tous  les  adjectifs  dénominatifs,  les  adjectifs  en  -nie  ont  une  ten- 
dance marquée  à  passer  au  rang  de  substantifs  :  prov.  paierie 
«garni  de  palissades»,  puis  «  fortification  faite  avec  des  palis- 
sades »,  pastenc  «  pâturage  y),  jadenc  «  fadaise  »,  vilhenc  «  vieil- 
lesse» ;  dauphin,  îroienc  «  porcelet  »  du  lat.  vulg.  troia 
«  truie»  ;  catal.  albenc  «  aubier  ». 

C'est  évidemment  au  même  mode  de  formation  qu'on  doit 
attribuer  les  noms  de  personnes  en  -enc  du  Midi  de  la  France 
tels  que  Peyronnenc,  Mironenc,  Baiisenc,  Morellenc,  Torrenc,  Sebcn- 
cus,  en  r oma.n S ibencs,  Dedincus,  Dedencus,  Deusdesetis  \^our  un  plus 


I.  Diez,  Grammaire  des  langues  romanes,  trad.,  t.  II,  p.  347-348.  Diez 
propose  dubitativement  de  rattacher  le  prov.  -eue  au  latin  -igntis,  ce  qui  est 
insoutenable. 

Roman  .a   XXXI  i 


2  H.     PHILiPON 

ancien  *Deusdedencs,  Datencus,  Permincus,  Pelencus,  Ardmcus 
et  PretTuncus,  dans  des  actes  du  x'  siècle,  à  côté  des  noms 
d'hommes  d'origme  germanique  Moringus,  Rotingus,  RodingUs, 
Doningus,  Valdingus. 

Ce  mode  de  formation  a  joué  un  rôle  considérable  dans  la 
toponymie  et  dans  l'hydronymie  de  la  France  du  Sud  et  du  Sud- 
Est;  nous  allons  tout  d'abord  essayer  de  délimiter  aussi  exac- 
tement que  possible  son  aire  d'application. 

Provence,  Languedoc,  Dauphiné  et  Savoie  :  Alanuncus 
(1024),  ancienne  paroisse  du  diocèse  de  Valence',  du  thème 
Alamo-,  var.  d'Alabo-,  qui  se  retrouve  dans  ^/flmo«/£,  var.  Ala- 
bonte,  le  Monètier-AUemont,  Hautes- Alpes,  cf.  Alamencum,  Alle- 
men(t),  Ain  ^  ;  Albencum,  l'Albenc,  Isère  ^  ;  *Alboninca,  Arhonenca 
(i  183), ancienne  localité  des  Hautes-Alpes'*;  Ala:;encs{\Ws\kc\é), 
auj.  Lezens,  et  Cordencs'\  localité  disparue,  Haute-Garonne; 
Arisencus,  Arzens,  Aude,  et  Ariseucum,  Arzenc,  nom  de  deux 
localités  de  la  Lozère^;  Allencum,  Aliène,  même  département; 
*Bodenencum,  Bodenenc  (1113),  c"' d'Arles,  Bouches-du-Rhône"; 
*Bolencus,  Bolencs,  localité  disparue,  Haute-Garonne^;  *  Caren- 
cus,  Charencus  (1509),  Charens,  ruisseau  et  village  homo- 
nyme de  la  Drôme^;  Granencus  et  Granencs  (xii'  siècle),  auj. 
Saint-Romans,  Isère  '°  ;  *Màuriincus,  Moircnci{s{ioi6),  Moirans, 
même  département  "  ;  Corencus,  Corencs,  Corens  et  Corencum,  auj, 


1.  Chevalier,  Cartitl.  de  Saint-Barnard,n°  72,  et  Itinéraire  d\4ntottin,éd. 
Pinder  et  Parthey,  p.  542,  388.  On  peut  rapprocher  du  thème  ligure  Alàbo- 
le  thème  osque  Alafo-  qui  est  dans  Alafaternum  \  ci.  Brugmann,  Grundriss  der 
ver^leichenden  Grammatik  der  indo-oermanischen  Sprachen,  1%  439,  514,  820. 

2.  Pour  ce  nom  et  tous  ceux  du  département  de  TAin,  on  me  permettra 
de  renvoyer  au  Dictionnaire  topographique  de  ce  département  qui  paraîtra 
bientôt. 

5.  J.  Marion,  Curtulaires  de  Vcglise  de  Grenoble,  p.  289. 

4.  Guillaume,  Cartul.  de  Durbon,  p.    130. 

5.  C.  Douais,  Cartul.  de  Saint-Sernin,  p.  2,  3. 

6.  Vita  Hilari,  5,  ASS,  25  oct.  XI,  p.  639  D. 

7.  Guérard,  Cartul.  de  Saint-Victor  de  Marseille,  n°  848. 

8.  C.  Douais,  loc.  cit.,  p.  496. 

9.  Brun-Durand,  Diction,  topogr.  de  la  Drônie,  s.  v. 

10.  J.  Marion,  loc.  cit.,  p.  193,  197. 

11.  Ibidem,  p.  76. 


PROVENÇAL    -£.VC  ;    ITALIEN    -IKGO,   -ESiiO  ^ 

Corenc,  Isère";  Lemhicum,  var.  Leniincum  dans  V Itinéraire if  A n- 
lonin  (p.  346),  Lcmenciis  (xiV  siècle),  Lemens,  faubourg  de 
ÇMxmh'dry-  ;  Salmonincus,  à\i  thème  hydronymique  Salmon-  ; 
Salino(i)rc>iciis  (i  loo),  Serinorens,  faubourg  de  Voiron,  Isère  '  ; 
*Pi'ciiiiciis,  PL\i}iciis  dans  un  rexte  du  moyen  âge,  auj.  Pezens, 
Aude;  Torencuin  (iroo),  Thorenc,  Ardèche-*,  d.  Torenc, 
Alpes-Maritimes,  Toringo  prov.  de  Lucca,  Thorens  (=  Torcii- 
cus),  Haute-Savoie,  probablement  du  cognomen  Thorus; 
*Scatalencus,  Escatalcncs  au  moyen  âge,  auj.  Escatalens,  Tarn-et- 
Garonne  >  ;  Lastrincus  (ix^  siècle),  Lastens,  Tarn^;  Scokncus 
(1024),  ancienne  villa  du  Vivarais,  sur  les  bords  de  la  Scola'^ . 
Comme  exemples  de  noms  de  rivières  ou  de  montagnes  dus 
au  même  mode  de  formation,  on  peut  citer  :  *  Albinca,  l'Al- 
benche,  torrent  de  la  Haute-Savoie,  du  thème  hydronymique 
bien  connu  Alba-,  *  Allarinca,  l'Allarenque,  affluent  du  Gardon 
d'Anduze,  Gard*^;  Autrinca  pour  * Auturiiich,  la  Laurenque, 
rivière  de  l'Hérault,  cf.  Auturd,  l'Eure,  d'où  le  nom  préceltique 
d'Autricutn,  Chartres;  Blennenca  (1075),  rivière  des  Hautes- 
Alpes';  * Dûrinca,  la  Durenque,  rivière  du  Tarn,  cf.  Dura 
(1076),  auj.  la  Thur,  affl.  du  Rhin'°;  *  Tolobrincns,  Tolorencus 
(1334),  le  Thoulourenc,  rivière  du  Vaucluse  et  de  la  Drômc, 
en  regard  de  Tolïohra  (1209),  ^^  Touloubre,  rivière  des  Bouches- 
du-Rhône  "  ;  Volvencus  (1080),  le  Volven(t),  rivière  de  la 
Drôme'^;  Fiserinca,  la  Virenque,  rivière  du  Gard''';  —  *Ala- 


1.  J.  Maiion,  loc.  cit.,  p.  276,  288,  224  :  «  de  Corens  ». 

2.  Ibidem,  p.  366. 

3.  Ibidem,  p.  277. 

4.  Ibidem,  p.  108,  115,  120. 

5.  C.  Douais,  Cartul.  de  Saint-Sernin,  p.  5. 

6.  A.  Longnon,  Atlas  historique  de  la  France,  texte,  p.  185. 

7.  U.  Chevalier,  Cartul.  de  Saitit-Cliafre-du-Moneslier,  p.  50,  94,  104,  105. 

8.  Germer-Durand,  Diction,  topogr.  du  Gard,  s.  v. 

9.  Guérard,  loc.  cit.,  00731. 

10.  Œsterley,  Historisch-geographisces  Wôrterbuch,  p.  686. 

11.  Brun-Durand,  Diction,  topogr.  de  la  Drame,  p.  388,  et  Guérard,  loc.  cit., 

n°9S4- 

12.  Brun-Durand,  loc.  cit.,  p.  50,  419. 

13.  Germer-Durand,  loc.  cit.,  s.  v.  Virenque  et  Vis.  La    Virenque   est    un 
petit  affluent  de  la  Vis  (=  *  Viser).  Primitivement,  Virenque  désignait  la 


4  E.     PHILIPON 

binca,  Alarrnni  ('^)S)),  montagne  du  comté  de  Valence  '  ;  Albi)!- 
ctis  mous,  Puy-de-Dôme;  * Arlaiiiiicus,  Artanens  (1200),  mon- 
tagne du  Faucigny  -  ;  *Icanniticii)ii,  Igounenc,  montagne  du  Gard, 
d.  Icauna,  l'Yonne;  *Mediuciim,  Mezenc,  montagne  de  la 
Lozère. 

Notre  suffixe  était  encore  vivacc  au  moyen  âge,  ainsi  que  le 
prouvent  les  formations  que  nous  allons  citer  :  A}:{Oucnca  (1371), 
i'Alzonenque  ou  vallée  de  l'Alzon,  Gard;  Gardoiieitca  (1120),  la 
Gardonnenque,  petit  pays  arrosé  par  les  deux  Gardons,  Gard; 
Anduscncus  (1099),  l'Andusenque  ou  district  d'Anduzj,  Gard; 
Alestenquus  (1335),  l'Alestenc  ou  territoire  d'Alais  (=  Alcslus'), 
Gard';  " Ausiincus,  Oysens,  auj.  l'Oisans,  petit  pays  au  dépar- 
tement actuel  de  l'Isère  +  ;  Scdeninca  vicaria  (xi""  siècle),  au  comté 
d'Uzès^.  De  même  Raiiii/imlencus,  au  plur.  Raimiindencos  solides 
(1061),  prov.  Raimondcncs'',  en  regard  du  mot  d'emprunt  ger- 
manique csterlin  <*  sterling  ». 

Guyenne,  Gascogne  et  Béarn.  —  Agarencns  (xi^  siècle), 
Agarencs,  Garencs,  auj.  Garenx,  Basses-Pyrénées";  Arincus^ 
Arinc,  auj.  Larincq  et  Barincus  (1042),  Barinquus  (1542), 
Barinque,  Basses-Pyrénées ^;/rt»/»c//i  (1365),  localité  détruite  et 
Jauveuc  c.  obi.  (^ii<)2),iu].  Jaiivens  {=  -encus),  au  département 
de  la  Dordogne  ^;  *Mariuciis,  Maretics,  M^r^«5, localité  disparue, 
Hautes-Pyrénées '°,  cf.  l'ital.  Marengo;  Maurencus  (xiv=  siècle), 
Matirenxs,  auj.   Maurens,    Dordogne",    en    regard  de    l'ital. 

vallée  arrosée  par  la  Vis  et  la  Virenque  :  «  in  valle  quae  vocant  Virenca,  in 
pago  Nemausense  »  (1084)  ;  cf.  au  département  de  l'Ajn,  le  nom  de  la  Val- 
serine  (=*  F<////5  5<'/o«a^)  qui,  après  avoir  désigné  la  vallée  de  la  Serine, 
désigne  aujourd'hui  la  Serine  elle-même. 

1.  Bernard  et  Bruel,  Rec.  des  chartes  de  Cîuny,  t.  II,  n"  1715. 

2.  E.  Mallet,  Chartes  inédites  du  diocèse  de  Genève,  suppl.,  p.  4. 

3.  Germer-Durand,  loc.  cit.,  s.  v. 

4.  C'est  sur  le  roman  Oysens  qu'a  éié  refaite,  au  moyen  âge,  la  forme 
Oysencius. 

5.  G.  Desjardins,  Cartul.de  Conques,  p.  513. 

6.  Ibidevi,  p.  3,  note,  et  p.  212. 

7.  P.  Raymond,  Diction,  topogr.  des  Basses-Pvréne'es,  p.  67. 

8.  Ibidem,  p.  94,  21. 

9.  De  Gourgues,  Diction,  topoç^r.  de  laDordof^ne,  p.  161,  164. 

10.  Laça ve-Laplagne- Barris,  Cartul.  de  Sainte-Marie  d'Auch,  nos  joj,  69. 

11.  De  Gourgues, /w.  cit.,  p.  194. 


PROVENÇAL    -EXC  ;    ITALUiX    -ISGO,    -lïXGO  5 

Morencro;  Modolinctis  (i\'  siècle),  Moudoulens,  Lot-et-Garonne'; 
Navarencae  (1286),  Navarrencs  (--=  * Navnrrencus),  Navarreuxs, 
auj.  Nav.irrenx,  Basses-Pyrénées,  en  regard  de  Navarra,  prov.  de 
Novare-;  Scriuciis  (961),  ancien  mas  des  environs  de  Rodez '; 
*Albenca,  aujourd'hui  l'Albenque,  Aveyron,  et  l'Albenque,  Lot; 
Anonenca  (xii=  siècle),  Nonenque,  Aveyron;  Gavalenca,  localité 
détruite,  Dordogne^;  *Scrvencas,  Servencbas  (xiir  siècle),  Ser- 
vanches,  même  département  ^  ;  Boaria  U^^onenca  (xiu^  siècle), 
Boaria  Talhafcrenca  (xiv=  siècle),  Boaria  Raymondencha  (  i  3 1 8),  au j . 
la  Raymondie,  même  département^;  r^//6'«frt  (1060),  ancienne 
localité  du  Rouergue^,  en  regard  de  Valenca,  prov.  de  Brcscia 
et  de  Valinco,  nom  d'un  golfe  de  Corse; —  Toerencs (\\\'  s\hc\c\ 
auj.  Toerenx,  fontaine  de  Bordeaux*. 

Auvergne,  Forez,  Lyonn.ms  et  Bresse.  — *  Arhorenctim,Arho- 
renc  et  Avexencus  (x^  siècle),  localités  du  Brivadois  depuis  long- 
temps disparues  ^,  des  gentilices  A  r  b o  r  i  u  s  et  A  v  e c  t  i  u  s  ;  Are- 
lencus  sur  une  monnaie  mérovingienne,  Ariane,  Puy-de-Dôme, 
du  thème  Arelo-,  qui  est  dans  Arel-ica,  auj.  Peschiera;  Bodcn  ■ 
eus,  Boencus,  Buencus,  Boën,  Loire  '°  ;  Hermencus,  Ermetic,  Her- 
men(t),  Puy-de-Dôme,  du  thème  hydronymique//(?;7;/o-,quiest 
dans  Heniientiô  (828),  l'Armançon,  affl.  de  l'Yonne";  Loinin- 
eus  (970),  ancienne  villa  du  Lvonnais'^;  Ronuencus  (966), 
Ronencs(io22),  Ronnens,  auj.  Saint-Georges  de  Reneins,  Rhône''; 
TorencHS  (1075),  localité   disparue,  Rhône,  et  ""Torenca,  Torcn- 


1.  A.  Longnon,  Atlas  historique  de  la  France,  texte,  p.  190. 

2.  P.  Raymond,  hc.  cit.,  p.  122. 

3.  D.  Bouquet,  t.  IX,  p.  764. 

4.  De  Gourgues,  îoc.  cit.,  p.  576. 

5.  Ibidem,  p.  3:4. 

6.  Ibidem,  5.  v. 

7.  G.  Desjardins,  Ioc.  cit.,  p.  41. 

8.  Brutails,  Cartul.  de  Saijit-Seiiriu,  p.   30. 

9.  H.  Doniol,  Cartul.  de  Brioude,  n°^  138,  231. 

10.  A.  Bernard,  Cartul.  de  Scn'igtiy,  p.  1055. 

11.  A.  Chassang,  5/)/V/%m;»   Brivaleusc,  p.  62,  223-226,  255;  Boutiot   et 
Socard,  Diction,  topogr.  de  l'Aube,  p.  5. 

12.  D.  Bouquet,  t.  IX,  p.  593,  600  et  412. 

15.  A.  Bernard   et    A.  Bruel,  Rfc.  des  chartes   de   Vabbaye   de   Cluny,  t.  II, 
no  12 18  ;  A.  Bernard,  Cartul.  de  Savigny,  n°  437,  et  p.  916,  962,  1026. 


6  E.     PHILIPOX 

chi  (1120),  auj.  Toranche,  même  département';  *Calencns, 
Challencs  (1223),  Challeins,  Ain;  Rodcnenciis,  Bocnoics,  Buénans, 
Ain;  Lasniuciis  (y  17),  localité  disparue,  Ain;  Moianincus  (923), 
pour  un  plus  ancien  * Modiaiiinciis,  auj.  Mogneneins,  Ain; 
*Roniaiiincns,  Romaneins  et  Romanans,  Ain,  à  côté  de  Roina- 
nens,  district  de  Gruyère,  c°"  de  Fribourg;  —  aqua  Monienca, 
Moiirncfis  (^=  *Moiiicnais),  auj.  le  Moignans,  Ain;  *  Urerenca, 
U y ei euchi (ï 220),  sourcede  la  commune  de  Villebois,  dans  l'an- 
cien plions  de  Lyon. 

Comté  de  Bourgogne,  Bugey  et  Suisse  romande.  —  A 
l'époque  de  la  conquête  romaine,  ces  pays  étaient  occupés  par 
les  Scqtiani,  peuple  dont  le  nom  seul  suffit  à  attester  l'origine 
pré-celtique^;  les  noms  de  lieu  en  -inctis,  franc,  -ans  y  sont 
fréquents  5  :  Ausiniuciis  (854),  Oisenans,  Jura,  du  cognomen 
*Ausinus  postulé  par  Ausinius'*,  DuhJincus  (xi^  siècle), 
Domblans,  Jura  >  ;  Lovincus  (x^  siècle),  Louhans,  Saône-et- 
Loire^;  Volninciis  (963),  localité  disparue  qui  était  située  au 
même  département";  Morinctis  (854),  Moirans,  Jura  ^,  et  quan- 
tité de  noms  en  -ans  tels  que  Salans,  Passenans,  Oitnans,  Jura; 
Lanihenans,Do\ihs,tn  regard  de  Lanthenay  Lentenacum,  Loir- 
et-Cher;  Bouhtins,  Haute-Saône,  à  coté  de  Bohans  (=  Bodencus^, 
Ain;  Alhcncus,  Albcins,  Arbenc,  Arben(t);  BovencusÇyAn"  sÀbdo), 
Bouvens,  Bouven(t);  Dorlincus  (S^^),  Dortencs,  Dortens,  Dortans, 


1.  A.  Bernard,  Cartulaire  de  Savigny,  nos  y6i,  659. 

2.  Ainsi  que  leur  nom  l'indique,  les  Séquanes  habitaient  primitivement  le 
bassin  de  la  Seine  ;  c'est  sans  doute  la  grande  invasion  belge  du  m^  siècle 
avant  notre  ère  qui  les  refoula  dans  le  massif  jurassique.  La  faculté  qu'ils 
avaient  conservée  de  prononcer  la  gutturale  vélaire  labialisantc  explique  la 
présence  dans  leur  onomastique  du  suffixe  -inco-  qui,  comme  nous  le  verrons, 
remonte  à  -tiquo-. 

3.  Ces  noms  se  différencient  nettement  des  noms  en  -ajigcs  (rrgerman. 
-iugas)  de  la  Lorraine,  qu'il  faut  se  garder  de  confondre,  comme  le  fait 
M.  Grôber,  avec  les  formations  romanes  en -rt«^^<;(-= -anica)  ou  -inge  (= 
-janica). 

4.  D.  Bouquet,  t.  VIII,  p.  393. 

5.  Dunod,  Histoire  des  Scquanois,  t.  II,  pr.,  p.  598. 

6.  Juénin,  Xouv.Ile  histoire  de  V  abbaye  de  Toiinins,  pr.,  p.  102,  109-112. 

7.  Bernard  et  Bruel,  loc.  cit.,  t.  II,  r\°  1145. 

8.  D.  Bouquet,  loc.  cit.,  t.  VIII,  p.  393. 


PROVENÇAL    -ENC  ;    ITALIEN    -ISGO,  -ENGO  J 

Dortan  ;  *Cnqnencus,  Ciiquencs,  Cuqnens,  Cuquën  ;  * Modhicus, 
Moëns  ;  * Miissin'uicns,  Musinens,  au  département  de  l'Ain; 
*  Cliirinciis,  Clarens,  au  canton  de  Vaud  ;  *  Liipiiicits,  Lovens,  au 
canton  de  Fribourg,  en  regard  de  Loubens,  Ariège  et  Haute- 
Garonne  ;  *5o/7//r//.s-,  Sorens,  au  canton  de  Fribourg,  à  côté  de 
Soreui^o^  au  canton  du  Tessin. 

Des  exemples  que  l'on  vient  de  citer  et  que  l'on  pourrait 
aisément  multiplier,  il  ressort  qu'il  existait  dans  la  France  du 
Sud  et  dans  l'ancien  pays  des  Séquanes,  un  suttixe  -i)ico-  qui  a 
servi  à  former  des  adjectifs  dénominatifs  employés  par  la  suite 
comme  noms  d'hommes,  de  lieux,  de  rivières,  de  montagnes, 
de  vallées  ou  de  régions  naturelles.  Que  ce  suffixe  se  confonde 
avec  celui  auquel  nous  devons  les  formations  provençales  du 
type    albenc,  unenca,  c'est  ce  dont  personne  ne   saurait  douter. 

Le  suffixe  -iiico-  qui  s'explique  comme  nous  le  verrons  bien- 
tôt par  un  indo-européen  -nqijo-,  était  naturellement  inconnu 
de  l'onomastique  gauloise,  et  de  fait_,  si  l'on  fait  abstraction  de 
deux  ou  trois  noms  pré-celtiques,  comme  par  exemple  celui 
à'AgedincNDi,  il  n'apparaît  ni  dans  la  Gaule  Belgique,  ni  dans 
la  Gaule  Celtique,  à  l'exception  de  l'Auvergne  et  du  Lyonnais 
où  nous  en  avons  signalé  plusieurs  exemples.  Par  contre  nous 
le  retrouvons  en  Espagne  :  podenco  «  chien  courant  »,  Paulencà 
prov.  de  Grenade,  en  regard  de  l'ital.  Polin^o,  Barrinco,  prov. 
de  Santander,  Lehinco,  prov.  d'Oviedo  ',  Trevmca,  montagne 
d' Asturie  ;  en  Portugal  :  Cavenca  ;  en  Corse  :  Bevinco  et  Saninco, 
rivières,  Valinco,  golfe,  Revinco et  Stavolinca,  montagnes,  Bisinchi, 
Campinca  et  Casinca,  localités  habitées,  et  en  Sardaigne  où  il  a 
servi  à  former  des  ethniques  :  Bosiuku,  habitant  de  Bosa,  Sorsinku, 
habitant  de  Sorsa,  cf.  Breysseiicus,  en  roman,  Breissens,  c.  suj., 
Breissenc,  c.  rég.  (Guigue,  Cartitl.  lyonnais,  t.  I,  p.  i6,  284), 
auj.  Bressan,  habitant  delà  Bresse,  Brixia^. 


1.  Les  formations  en  -itico-  sont  rares  dans  ronomastique  de  la  péninsule 
ibérique,  par  contre  celles  en  -auco-  y  sont  fréquentes;  on  sait  que  l'ibère 
répondait  par  -anquo-  au  lat.  -inquo-  et  au  ligure  -euquo-. 

2.  La  même  formation  ethnonymique  se  retrouve  en  balto-slave  ■.Lêluvin- 
iiiha-s  «  Lithuanien  »;  à  la  vérité  le  balto-slave  -/hA-i/- s'explique  aussi  bien 
par  *-nqo-  que  par  *-nqHO-,  mais  la  comparaison  avec  les  autres  langues  de  la 
famille  postule  *-}iquo-. 


H.     l'HlLll'ON 


Dans  l'Italie  Supérieure  le  suffixe  -iiico-  n'est  pas  rare  :  Boliti- 
CU5  et  Beiiencii,  noms  de  citoyens  de  Gênes  au  xiii*^  siècle  ',  cf. 
les  cognominaButtus  ctBënus:  Biencn,  Terrinca,  et  Mnreiichi, 
prov.  de  Gt'ues,  Jllcma  (1230),  localité  voisine  de  Gênes, 
Galt-nai,  prov.  de  Turin,  Valiuca,  prov.de  Brescia,  On««co,  prov. 
d'Udine,  Lurcnco,  Cnpincuco,  au  canton  du  Tessin,  Landarcnta, 
à  celui  des  Grisons-;  mais  la  forme  -///.i^o,  -oi^^o  est  de  beau- 
coup la  plus  usitée.  C'est  en  tout  cas  à  peu  près  la  seule  que 
paraisse  connaître  le  lexicon  :  iiia^i^iorin^^o,  miiiorinî^o,  cnsalinf^o 
..  de  la  maison  »,  .s()//;/,<^''()  «  solitaire  »;  milan,  maç^genh  i<.  du  mois 
de  mai  »,  nuir-nigh  «  du  mois  de  mars  »,  uiverneiigh  (<■  d'hiver», 
nuirciigh  «  vento  marino  »,  hhhnga  «  escarpolette»;  bergam. 
Ihîlcngh  «  traballante  balordo  »,  mais  aussi  iorlenc  «  boccale  »'. 

Dans  l'onomasticon  la  forme  -ingo-,  -engo-  est  de  règle  :  Bati- 
ningiis  fiiihiiis  (920),  Farcsingns  fundus  (965),  Aufoningtis 
fiindus  (966),  auj.  Ortanengo,  prov.  de  Crémone-*,  Alhenin- 
gum  (1022),  Calviueugum  (1182),  Cicimngnm  (1038),  Picetiin- 
giim  (1038)  et  PrimoUngum  (1022),  anciennes  localités  du 
diocèse  à^-  Crémone  %  des  noms  d'hommes  latins  Albénus, 
Calvin  us.  Ceci  nu  s,  Picênus  et  Primulus,  Joaningum 
(1037),  au).  Zanengo,  même  diocèse^,  du  nom  d'hom.me 
biblique  Joannes,  Cucingiim  (075),  au  diocèse  de  Novare', 
de  Cuccius,  Cavarengum  (1173),  au  diocèse  d'Asti*^,  du  nom 
d'homme  gaulois  Cavarus,  Man-ellenguiii  (i  181),  au  même 
diocèse 9,    de    Marcellus,    Luvimngo,    prov.     de    Turin,    de 


1.  Historiae  patriae  iiiotiiimenla,  t.  II,  chartes.  Index. 

2.  Les  cantons  du  Tessin  et  des  Grisons  se  trouvent  compris  dans  l'an- 
cienne Relie  et  l'on  sait  que  les  Rètes  étaient  très  prochainement  apparentés 
aux  Ligures. 

3.  Diez,  GriiviiH.  îles  himrttes  roiihuies,  t.  II,  p.  550;  J.  Etienne  Lorck,  Alt- 
bcrgamaskische  Spnichdenkinâlcr,  p.  46. 

4.  FIPM,  série  II,  t.  XXI,  p.  51  et  34;  cf.  sur  la  table  de  Veleia  :  fiiiidus 
Aurelianiis,  fuit  Jus  Catuniiaciis,  fiuuhis  Areliascus,  pagus  Monimis  {CIL.,  XI, 
1147)  et  Curtis  Miirinca,  auj.  Cormaranche,  Ain. 

5.  Ibidem,  t.  XXI,  p.  58,  154,  68,  59. 

6.  Ibidem,  p.  260. 

7.  HPM,  t.  I,  chartar.,  c.  246. 
.S.   Ibidem,  c.  «76. 

9.   Ibidem,  c.  3 06. 


PROVENÇAL    -/:.VC  ;    ITALIEN    -IS'GO,  -ES'GO  9 

Lupinus,  MauringiDH  (1046),  Morengo,  prov.  de  Bergame, de 
Maurus',  Toruitigum  (947),  au  diocèse  de  Novare,  de  Tur- 
nus-,  Toriiic^o,  prov.  de  Lu  ce  a,  de  Tau  rus,  Varengo,  prov. 
d'Alexandrie,  de  Varus,  Albenc^a,  prov.  de  Gênes,  Bodeiigo, 
nom  d'une  vallée  de  la  prov.  de  Sondrio,  en  regard  de 
Bodincus,  nom  ligure  latinisé  du  Pô.  De  même  dans  la  Suisse 
italienne  :  Amoreni^o,  Barbeiitro,  Mariiieiii^o,  Polmengo,  Prima- 
dingo,  Soreiigo,  Torîengo,  au  canton  du  Tessin,  Misanenga  à  côté 
de  Landurenca,  au  canton  des  Grisons'. 

La  concordance  entre  le  v.  prov.  -oic  et  l'italien  dialectal 
-ingo,  -eiigo  est  complète  :  v.  prov.  orteuc  «  de  jardin  »  :  ital. 
cûsalingo  «  de  la  maison  «  ;  v.  prov.  monihnbenc  «  de  la  mon- 
tagne »  :  milan.  luarengJ)  «  de  la  mer  »  ;  v.  prov,  estivenc  «  d'été  »  : 
milan,  invernengh  «  d'hiver  ».  De  même  dans  Tonomastique  : 
v.  prov.  Peyronnenc,  Bansetic  :  ital.  Martinengo,  Pastrengo,  noms 
de  personnes  ;  France  :  Curtis  Marinca  :  Italie  :  Fuudus  Marcel- 
Jengns  ; 

Gaule  Albem  :  Italie  Albenga. 

Arinc  :  Aringo. 

Baiienc-s,  Baneins  :  Banengo. 

*Bodeuciis,  Boencs,  Bohans:  Bodengo. 

Bol  eues  :  BoUengo. 

Chareuc-s,  Chareius  :  Carengo. 

Meirenc-s  :  Marengo. 

Moreiie-s  :  Morengo. 

*Pellene-s,  PeUeins  :  Pellengo. 

*Scaknc-s,  EchaUens  :  Sealengke. 

Soreuc-s  :  Sorengo. 

*  Roiiia)ienc-s,  Romaneius:  Romanengo. 

*Rossenc-s,  Rosseius  :  Rossengo. 

Toreuc  :  Toringo. 

Cette  concordance   si    suggestive  n'a  pourtant  pas  empêché 


1.  HPM,  série  II,  t.  XXI,  p.  72,  104. 

2.  HPM,  t.  I,  chartar.,  c.  160,  213. 

3.  Girte   topographiqiie  de  la  Suisse  à  i  :  100,000,  f'^s   i^  et  24,  et  Manuel 
lexique  des  localités  suisses. 


10  H.     PHII.IPON 

Diez  d'expliquer  l'ital.  -iiii^o  par  le  germanique  -///.i," ',  tandis 
qu'il  rattachait  le  prov.  -eue  au  lat.  -inquo-'.  La  légitime 
autorité  dont  jouit  l'auteur  de  la  Gnwimaire des  laiii^'nes  romanes 
a  entraîné  sur  cette  piste  suspecte  tous  les  romanistes  qui  se 
sont  occupés  de  la  question.  C'est  d'abord  Flechia  qui,  dans  sa 
savante  étude  sur  les  noms  de  lieu  de  l'Italie  Supérieure,  ne  met 
pas  en  doute  l'origine  germanique  de  la  dérivation  du  type 
Miirtiiit'iii^o  \  puis  M.  C.  Salvioni  qui,  tout  en  reconnaissant 
l'origine  latine  ou  du  moins  pré-germanique  des  thèmes  de 
dérivation,  voit  dans  le  suffixe  -ingo,  -eiis^^o  le  germanique  -ing^. 
J.  Etienne  Lork,  dans  son  étude  sur  le  vieux  bergamasque,  a 
recours,  lui  aussi,  à  l'hypothèse  germanique  pour  expliquer  les 
formes  dialectales  en  -eng '\  M.  Meyer-Lûbke  lui-même  ne 
résiste  pas  à  la  tentation  ;  seulement,  à  la  différence  de  Diez, 
il  réunit  dans  la  même  explication  le  prov.  -eîic  et  l'ital.  -iiigo, 
ce  qui  est  proprement  tomber  de  Charybde  en  Scylla^.  M.  Grô- 
ber  ne  se  contente  pas  d'emboîter  le  pas  à  ses  devanciers  :  il 
surenchérit  sur  eux,  et  nous  le  voyons,  non  sans  surprise,  faire 
appel  au  germanique  -ing  pour  expliquer  les  formations  pure- 
ment romanes  en  -iugc  du  tvpe  Presinge,  Corsinge,  sans  paraître 
se  douter  que  dans  les  dialectes  auxquels  il  se  réfère,  1'/  de  -inge 
ne  peut  pas  représenter  un  /  primitif'. 


1.  C'est  avec  raison  que  Die;:  s'est  refusé  à  voir  dans  le  prov.  -eue  le  résul- 
tat du  durcissement  d'un  soi-disant  primitif  -*f"i,'',  et  dans  -eiica,  un  fémi- 
nin refait  sur  le  masculin. 

2.  Grammaire  des  huii^nies  romanes,  t.  II,  p.  349. 

5.  Di  alcune  forme  de'  iiomi  locali  delP  Italia  superiore.  Torino,  1871  (Mém. 
de  l'Ac.  des  se.  de  Turin,  2^  série,  XXVII).  Il  a  été  fait  de  cette  étude  un 
tirage  à  part  :  Torino,  Stampcria  reale,  1871,  pet.  in-fol. 

4.  Dei  nomi  locali  lefeutinesi  tu  -éngo  e  d'altro  ancora  per  Carlo  Salvioni, 
Bellinzona,  1899  (extrait  du  BoUetitto  storico  deV:i  Swi^^era  Italiana,  vol.  XXI). 

5.  J.  Etienne  Lork,  Allher^amaskisdie  Sprachdeukmàler,  1893,  p.  46. 

6.  .VIeyer-Lûbke,  Grammaire  des  langues  romanes,  t.  II,  5  51  S-  Si  nous 
n'avions  affaire  qu'à  la  forme  provençale  -enc,  on  pourrait  à  la  très  grande 
rigueur  y  voir  un  durcissement  roman  de  -en^,  bien  que  la  réfection  de  tous 
les  féminins  sur  le  type  du  masculin,  soit  fort  difficile  à  admettre,  surtout 
dans  le  domaine  de  la  toponomjstique,  mais  nous  avons  les  formes  corses  et 
espagnoles  en  -inco,  -enco  qui  s'oppjsent  nettement  à  cette  explication.    . 

7.  Grundriss  der  romanischen  Philologie,  I-,  p.  546. 


PROVENÇAL    -EKC  ;    ITALIEN    ISGO,  -ENGO  I  I 

Aucune  des  nombreuses  objections  que  l'on  peut  élever  contre 
l'origine  germanique  de  rital.  -im^o  ne  paraît  avoir  été  soup- 
çonnée par  les  savants  auteurs  que  l'on  vient  de  citer  ;  aucune, 
en  tout  cas,  n'a  été  envisagée  par  eux,  et  pourtant  on  va  voir 
qu'elles  étaient  diurnes  de  considération. 

La  première  qui  se  présente  à  l'esprit,  c'est  l'impossibilité 
absolue  où  l'on  est  de  séparer,  sans  arbitraire,  les  formes  corses 
en  -iiico  des  termes  italiennes  en  -ingo;  or  il  va  de  soi  qu'il  ne 
saurait  être  question  de  suffixe  d'origine  germanique  en  Corse, 
d'autant  mieux  que  la  présence  du  suffixe  -iiico-  dans  la  topono- 
mastique  de  cette  île  est  attestée  par  Ptolémée  qui  y  mentionne 
une  ville  nommée  "A^'-yv-î-v  (3,  2,  8). 

La  seconde  objection  est  d'ordre  sémantique  :  c'est  un  tait 
bien  connu  que  dans  l'onomastique  germanique  le  suffixe  -itig 
a  eu  pour  unique  fonction  de  former  des  patronymiques  ou  des 
ethniques  qui  sont  en  réalité  d'anciens  patronymiques  '  ;  avant 
de  prétendre  qu'une  fois  transplanté  sur  le  sol  gaulois  ou  ita- 
lique, ce  suffixe,  rompant  tout  à  coup  avec  ses  anciennes  habi- 
tudes, s'est  mis  à  former  non  seulement  des  noms  de  lieux, 
mais  même  des  noms  de  rivières,  de  vallées  ou  de  montagnes, 
il  faudrait  apporter  à  l'appui  de  cette  conception  nouvelle  autre 
chose  qu'une  simple  pétition  de  principe.  Dire  que  le  nom  de 
lieu  Martinengo  dérive  du  nom  d'homme  latin  Marti  nus  à 
l'aide  dn  suffixe  patronymique  germanique  -iug,  c'est  chose  bien- 
tôt faite,  mais  encore  faudrait-il  nous  montrer  que  cette  for- 
mation, à  la  fois  hybride  et  insolite,  ne  choque  pas  la  vraisem- 


I.  Les  noms  de  lieux  germaniques  en  -ing,  -inges  latinisés  en  -inga,  -ingas, 
franc,  -an^e,  -anges,  ne  sont  pas  autre  chose  que  des  noms  de  personnes  passés 
à  la  fonction  de  noms  de  lieux,  après  la  chute  du  second  terme  du  nom  com- 
posé dont  ils  faisaient  originairement  partie  :  Bruuinges-Jorf,  Baldings-heim, 
Pahhings-dorf,  Billinges-dorf,  Bertiuga-heim,  Bettikinga-husen,  en  regard  de 
GeroJdinges  auj.  Guirlanges,  Moselle,  Ptitlinga  ((^O"]),  Putleiiges  (1^12)  pour 
un  primitif*  So(///;//^É'5,  auj.  Puttelange,  germanisé  en  Pitlingen,  même  dépar- 
tement, cf.  Foerstemann,  AUdeutsches  Nameiihiich,  2^  éd.,  col.  322  :  Bodilo, 
Puti'Io  et  le  nom  de  lieu  .  moderne  Budilitigen  qui  montre  bien  le  caractère 
factice  de  la  forme  Pitlingen.  Les  noms  de  lieux  en  -iiigo  s'expliquent  de  toute 
autre  façon;  ce  sont  d'anciens  adjectifs  dénominatifs  tirés  du  nom  du  pro- 
priétaire et  passés  par  la  suite  au  rang  de  substantifs  :  Fundiis  Marcellingus y 
«  la  propriété  de  Marcellus  »,  puis  Marcellingus  tout  court. 


12  E.     PHILIPOK 

blance;  or  il  me  parnît  bien  difficile  qu'on  v  puisse  parvenir. 
Essayons  de  nous  rendre  compte  des  difficultés  du  problème. 
Nous  sommes  à  la  fin  du  ^■I'•■  siècle,  c'est-à-dire  à  une  époque 
où,  en  Italie  comme  en  Gaule,  l'état  civil  de  la  propriété  est  si 
solidement  établi  que  les  invasions  germaniques  glisseront  sur 
lui  sans  presque  l'entamer.  C'est  le  moment  où,  quittant  la 
vallée  du  Danube,  les  Lombards  envahissent  les  riches  contrées 
auxquelles  ils  devaient  laisser  leur  nom.  Parmi  les  envahisseurs, 
un  tout  petit  nombre,  -  mettons  neuf  ou  dix  par  mille  pour 
leur  faire,  comme  on  dit  au  Palais,  reste  de  droit  ',  —  portait 
un  nom  du  type  Bertin^^.  Si  l'hypothèse  de  Diez  était  fondée, 
les  vaincus  auraient  distingué  dans  ce  nom  de  Berlin^  le  radi- 
cal Berl-  du  suffixe  -in^,  puis  contrairement  à  l'usage  i^ermanique, 
ils  auraient  ajouté  ce  sutfixe  si  merveilleusement  découvert,  à 
des  radicaux  latins  ou  latinisés  pour  former  des  noms  de  lieu, 
de  rivière  ou  de  montagne,  alors  que  depuis  des  siècles,  ils 
avaient  cà  leur  disposition  pour  cet  usage  un  nombre  de  suffixes 
d'origine  ligure,  gauloise  ou  latine  largement  suffisant  pour 
répondre  à  toutes  les  nécessités  de  la  toponomastique.  C'est 
tout  à  fait  invraisemblable,  d'autant  mieux  qu'il  y  avait  dans  le 
latin  vulgaire  de  l'Italie  Supérieure  un  suffixe  -i}igo-  venu  de 
-inqno-  qui  était  employé  dans  la  nomenclature  géographique 
concurremment  avec  les  suffixes  -âno-,  -âco-,  -asco-  et  -âti-. 

Ceci  m/amène  à  entrer  dans  de  brèves  explications  au  sujet  de 
l'origine  indo-européenne  du  suffixe  -inquo-,  var.  -inco-y  -ingo-, 
explications  qui  auront  le  double  avantage  de  montrer  que 
l'emploi  de  ce  suffixe  dans  l'Italie  Supérieure  et  dans  la  France 
méridionale  est  de  beaucoup  antérieur  à  l'époque  des  invasions 
germaniques,  et  d'indiquer  pourquoi  on  ne  le  rencontre  pas 
dans  la  toponomastique  de  la  France  du  Nord  où  il  est  rem- 
placé par  son  équivalent  gaulois  -apo-. 

Il  existait  dans  l'indo-européen  primitif  un  suffixe  -nqijo-  ^, 
qui  est  représenté  en  arien  par  -ak-,  -ank-,  en  grec,  en  illyrien 


1.  Sur  les  cinq  ou  six  mille  noms  d'homme,  d'origine  burgonde,  mention- 
nés dans  les  trois  premiers  volumes  du  Recueil  des  chattes  de  Cluny,  c'est  à 
peine  si  l'on  en  compte  une  vingtaine  en  -ing  ou  en  -/(//i,^ 

2.  Sur  ce  suffixe,  voy.  Brugmann,  Grundriss  der  l'ergieichenden  Gravnuatik 
der  iudojyermauische»  Spracbeii,  P  402,  408,  598,  et  F.  Stolz,  Historische  Graui- 
niatik  der  lateinischen  Sprache,  p.  515;  sur  son  emploi  dans  l'onomasticon,  on 


PROVENÇAL    -ESC;    ITALIEN      IXGO,  -EKGO  13 

et  en  gaulois  par  -npo-,  en  latin  par  -iiiqtto-,  en  ligure  par 
-enqiio-,  en  ibère  par  -tunjuo',  en  germanique  par  -utiga-,  -ini!;ii- 
et  en  balto-slave  par  -inka-.  Cette  forme  suffixale  a  eu  dans  les 
différentes  langues  européennes  des  fortunes  diverses  :  rare  en 
arien,  en  grec  et  en  latin,  elle  a  pris  une  certaine  extension  en 
gaulois  et  surtout  en  ligure,  en  ibère  et  en  germanique.  Comme 
de  raison,  je  ne  m'occuperai  ici  que  des  formes  latine  et  ligure, 
les  seules  auxquelles  on  puisse  songer,  quand  il  s'agit  d'expliquer 
les  noms  en  -inquo-,  -inco-,  -ingo-  mentionnés  dans  des  textes 
de  l'époque  impériale.  L'usage  excessivement  restreint  du  suffixe 
-inquo-  en  latin  où  il  n'a  produit  que  loiiginquus  et  propiiiquiis-, 
nous  oblige  à  le  mettre  hors  de  Cour,  si  bien  que  nous  restons 
en  présence  du  suffixe  ligure  -enquo-,  ce  qui  n'est  pas  pour  nous 
surprendre  puisque  l'aire  des  formations  romanes  en  -eue,  -cugo 
coïncide  exactement  avec  celle  des  pays  occupés  par  des  peuples 
de  race  réto-ligure  à  l'aurore  des  temps  historiques'.  Le  plus 
ancien  exemple  que  nous  ayons  de  l'emploi  du  suffixe  -enqiio- 
nous  a  été  conservé  par  Polyhe,  c'est  *Bodenqtws,  nom  ligure 
du  Pô,  que  l'historien  grec  a  transcrit  par  Bsosy/.o;'*,  -  avec 
une  n  vélaire  et  un  •/.  tenant  lieu  de  la  gutturale  vélaire  labiali- 
sante  qn  qui   manquait,  comme  de   raison,  à  l'alphabet  grec, 


me  permettra  de  renvoyer  à  un  travail  que  je  compte  faire  paraître  bientôt 
sur  la  dérivation  onomastique  dans  les  langues  indo  européennes  du  groupe 
occidental. 

1.  Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  que  la  langue  des  Ibères,  ou  du  moins  ce  que 
nous  en  font  connaître  les  inscriptions  et  les  auteurs  anciens,  n'a  rien  à  démê- 
le»* avec  la  langue  basque;  il  v  a  longtemps,  en  effet,  que  la  thèse  de  Humbolt 
a  été  condamnée  par  les  linguistes  qui,  comme  M.M.  Van  Eys  et  Vinson, 
ont  fait  de  l'escuara  une  étude  spéciale,  et  M.  Hùbner  lui-même  en  a  montré 
la  faiblesse  dans  les  prolegomena  des  Monumenta  liiiguae  ibericae,  p.  xxiv  sqq. 

2.  Et  peut-être  aussi  ant-lqtiii-s  pour  * ant-iiiquu-s . 

3.  Polybe  2,  16,  2.  Cinq  mss.  de  Ptolémée  écrivent  de  même  Axojiyxov  le 
nom  de  la  ville  que  l'Itinéraire  d'Antonin  appelle  Aquinquum  (Ptol.  2,  15, 
3,  éd.  Mûller,  et  lA.,  p.  245,  j,  éd.  Pinder  et  Parthey);  cf.  'ApyevôjjLeaxov 
dans  Ptolémée  (2,  6,  50)  en  regard  d'Onrenoniesqui  dans  Pomponius  Mêla 
(3,  15);  ceci  nous  autorise  à  transcrire  par  A sinquuni  le  nom  d"'AaiYxov  que 
Ptolémée  donne  à  une  ville  de  la  Corse  (3,  2,  8). 

4.  C'est  à  tort,  suivant  moi,  que  M.  d'Arbois  de  Jubainville  a  proposé  de 
corriger  BôScyxo;  en  Bdotyxo;  ;  la  nuance  vocalique  en  est  attestée  non  seule- 


14  li.     l'IllLlPON 

—  et  que  Pline  a  latinisé  en  Bodincus  pour  *  Bodiuijuiis.  Suivant 
un  procédé  dont  les  auteurs  grecs  ou  latins  nous  otirent  de 
nombreux  exemples,  les  Romains  ont  remplacé,  dans  leurs  tran- 
scriptions, la  forme  ligure  -cnquo-  par  son  correspondant  latin 
-inquo-^  :  Fiip-inguit-in-,  Aqu-inquu-tu' ,  As-inqiiu-ni  postulé 
par  "Asi-'y-iv  (Ptol.  3,  2,  8);  puis  conformément  à  une  loi* bien 
connue  de  la  langue  latine,  la  vélaire  labialisante  qn  a  passé  à 
c  :  Vapincum^,  Aquincum  (T  F),  *  S  avUicus  om  *Savinca,  rivière 
qui  avait  donné  son  nom  aux  Savincàles,  peuple  ligure  des 
Alpes  Cottiennes  %  Businca,  rivière  mentionnée  par  Eugepius 
(Vila  Severini  15,  i),  Sabatinca,  ville  du  Norique  (Itin.  d'An- 
tonin,  p.  276),  du  thème  ligure  5^/7^/0-,  Matrinca  (jhid.,  245)  et 
'A7.:j;j.ivy.;v  (Ptol.),  villes  de  Pannonie,  Elliuciini,  localité  de 
la  Viennoise  célèbre  par  ses  vignobles  (Plin.  14,  18),  Leniin- 
cum  à  côté  de  la  forme  ligure  Lemenciun,  auj.  Lemenc  ou 
Lemens  (=  Z/;»f«<://5),  faubourg  de  Chambéry^,  Dîirôtiiicum, 
localité  située  au  département  actuel  de  l'Isère  (T  P),  Alisiii- 
cuniy  première  station  sur  la  route  d'Autun  à  Paris",  Ai^cdin- 
cum,  nom  pré-celtique  de  Sens'%    Grininciim,  Sainte-Colombe, 

ment  parle  Roocvy.o;  de Polybe,  mais  encore  par  Leineiicus,  au].  Lemens (Itiné- 
raire d'Antonin,  p.  346),  et  par  les  noms  d'homme  Demenc-eld  (CIL.,  V,  7885, 
Nice)  et  Estcuc-ô  (Bulletin  de  la  Société'  des  nntigiiaires  de  France,  ib8o,  p.  220). 

1.  C'est  ainsi  qu'Hérodote  ayant  à  transcrire  des  noms  d'iiomme  iraniens 
remplace  le  h  (=  *  hh)  du  v.  perse  par  9  (-^:  *hh)  et  que  le  suffixe  ibère  -amo- 
(=:  *-;«wo-)  est  transcrit  en  latin  par  -iino-  (=  *-mmo-'). 

2.  IA.,p.  357,7;  387,  5;  342,  3;  cette  forme  Vapinqninn  est  employée 
par  16  mss.  sur  20. 

3.  lA.,  p.  245,  5  :  Aqninqno  sur  15  mss.,  Aqnunqno  sur  4 et  Aquiunqno  sur 
I  ;  on  voit  que  la  graphie  avec  -nquo-  est  constante,  ce  qui  montre  bien  la 
nature  labialisante  de  la  vélaire.  duant  à  la  nature  vélaire  de  la  nasale,  elle 
est  attestée  par  les  graphies  'Axojiy/'.ov  (Ptol.  2,  15,  5,  éd.  Mùller,  p.  299, 
n.  6)  et  Aquiqq[iiuiii]  (CIL.,  III,  3492). 

4.  L4.,  p.  357,  7;  387,  5,  342,  5  ;  la  forme  Vapincuin  est  spéciale  au  ms. 
Z);  les  Vases  ApoUinaires  écrivent  Vapinquo,  Vappinquo,  Vappinciiiu,  Fappincv, 

5.  C1L.,V,  7231;  XII,  80. 

6.  L4.,  346,  5,  et  J.  Marion,  Cartul.  de  VÈglise  de  Grenoble,  p.  292,  294,  366- 

7.  [A.,  366,  7  ;  460,  7.  Si  l'identification  d'Alisincum  à  Anisy  (*  Alisiacum) 
est  exacte,  elle  nous  montre  que  dès  l'époque  mérovingienne,  au  plus  tard, 
Alisincum  avait  troqué  son  suffixe  primitif  contre  un  suffixe  d'origine  celtique. 

8.  César,  B.  G.,  6,  44;  7,  59  et  62;  Ptolémée  2,  8,  9;  lA.,  585,  4,  ms. 
D;  TP.  :  «  Agetincvm  ». 


PROVENÇAL    -HS'C  ;    ITALIEN    -ISGO,  -ENG  O  15 

près  Vienne,  Isère ',  Labiiicus,  nom  d'homme  sur  la  Table  de 
Veleia  (CIL.,  XI,  1147,  c.  5,  90),  Lavincia  {CIL.,  V,  2773), 
Deminca,  DemincUla  en  regard  de  Demeticelô,  Jovinca,  Esleucô, 
noms  de  personnes  -  ;  cf.  pour  le  passage  de  Vapiuquum  à  Vapin- 
cum,  le  lat.  propincus,  var.  de  propiiiquiis,  hircus  à  côté  àlnrquus, 
sabin.  hirpus,  oculiis,  en  regard  du  grec  :z-to-a,  corpus  (==*qur- 
po-s),  gv.  -pi~u),  etc. 

Les  transformations  subies  par  le  suffi.xe  -enquo-  ne  s'en  sont 
pas  tenues  là;  sous  l'influence  de  la  nasale  vélaire  antécédente, 
la  sourde  s'est  changée  en  sonore  :  Fapinguiii  sur  trois  mss, 
de  ritinéraire  d'Antonin,  W/.cj'.';-;y^  à  côté  d'Ay.cyiY/.;v 
sur  les  mss.  de  Ptolémée,  Dnrotingum  dans  l'Anonvme  de 
Ravenne  (4,  27)  en  regard  du  Durotinciim  de  la  Table  de 
Peutinger,  Vorocingus  pour  un  plus  àncii^n  *  Vorocincus ,  localité 
mentionnée  par  Sidoine  Apollinaire  (car m.  24,  52)  et  qu'on 
croit  avoir  été  située  au  département  actuel  du  Gard,  ^'Bodingus, 
auj.  Bodengo,  nom  d'une  vallée  de  la  province  de  Sondrio,  en 
regard  de  Bodincus,  nom  ligure  latinisé  du  Pô  (Plin.  3,  122). 
De  même  Marincus  (x'^  siècle)  et  Marengum  (ii-jj),  localité 
voisine  de  Pavie,  en  regard  de  Marengo,  prov.  d'Alexandrie, 
Bolincum  (1042)  et  5o/m^?iw  (1044),  auj.  Bollengo,  prov.  de 
Turin.  Comme  bien  on  pense,  ce  changement  de  ne  en  ng  n'est 
pas  spécial  à  l'onomastique,  ni  même  au  \2Ltm  :  angulus  :  gx . 
ày/SKoz,  d'une  racine  anq;  ombr.  iuvengar  :  lat.  juvencae^  ; 
gr.  G-f^k\)y-(-oq  gén.  :  lat.  dia\ect:x\  spclunca;  got.  jugg-s  :  lat. 
juvcncus,  etc. 

On  voit  par  là  que  le  passage  de  -inco-  \  -ingo-  est  un  phéno- 
mène pré-roman  qui  s'est  produit  sporadiquement  (ombr. 
Iuvengar"^  :  ht.  jiivencae)  et  qui  a  tini  par  tout  envahir  dans 
l'Italie  septentrionale,  à  l'exception  du  Frioul  (Orvenco,  prov. 


1.  Sidoine,  epist.  7,  17,  3  :  «  Grinincenses  patres  ». 

2.  Holder,  Alt-celtischer  Sprachschati,  s.  v. 

3.  R.  von  Planta,  Grammatik  der  oskisch-umbrischen  Diahkte,  \.  II,  p.  39. 
Dans  juvcncus  (=  *iunn-ko-s),  nous  avons  affaire  à  la  gutturale  palatale,  mais 
au  point  de  vue  où  je  me  place,  cela  est  indifférent;  quant  à  la  nature 
vélaire  de  Vu,  elle  est  attestée  par  le  %oi.  jugg-s. 

4.  Sur  l'âge  des  Tables  Eugubines,  voy.  M.  Bréal,  Les  Tables  Eugubines, 
p.  XXIV,  227,  307,  et  De  Planta,  loc.  cil.,  t.  I,  p.  27,  5S-36. 


lé  H.     PHILIPON 

J'Udine),  et  de  la  Ligurie  (^Botmcus,.  nom  d'homme  génois, 
BicHca,  Terrinca,  à  côté  d\4lhenga,  prov.de  Gènes).  Par  contre, 
la  forme  -inco-  s'est  maintenue  en  Sardaigne,  en  Corse,  en  Gaule 
et  dans  les  régions  de  la  péninsule  ibérique  qu'on  croit  avoir  été 
occupées  par  les  Ligures'  :  Lclnnco,  Paiilcnca. 

Ainsi  s'explique  l'alternance  prov.  -enc  :  ital.  -engo,  sans  qu'il 
soit  besoin  de  foire  intervenir  le  germanique  -ins^  qui  bien  cer- 
tainement n'a  rien  à  voir  dans  les  formes  en  -ingiis  du  temps  de 
l'Empire  romain,  telles  que  Fapingus,  Durflti)igus,  etc.,  non  plus 
que  dans  les  noms  de  rivière  ou  de  montagne  en  -enc  ou  -cnca. 

Le  suffixe  germanique  -ing,  que  nous  venons  d'exclure  de  la 
dérivation  provençale  et  italienne,  n'aurai  1  pas  du  moins  droit 
de  cité  dans  la  dérivation  française  ?  A  priori,  la  chose  ne  serait 
pas  impossible,  la  germanisation  ayant  agi  plus  profondément 
au  nord  qu'au  midi  de  la  France.  Je  ne  crois  pas  cependant  à 
l'existence  d'un  suffixe  -irjo  d'origine  germanique  dans  la  déri- 
vation française.  Mais  entendons-nous  bien,  je  ne  prétends  pas 
dire  qu'il  n'existe  pas  en  français  de  mots  formés  au  moyen 
du  suffixe  -ing  :  on  rencontre  dans  la  France  du  nord-est 
des  noms  de  lieu  en  -ange,  -anges  qui  ne  peuvent  s'expliquer 
que  par  le  germanique  et  je  ne  songe  nullement  à  contester 
l'origine  germanique  des  noms  français  du  type  chambellaji. 
Seulement,  ces  noms  sont  des  mots  d'emprunt,  transplantés 
tels  quels  sur  le  sol  français  et  Ton  ne  saurait,  à  aucun  titre, 
les  considérer  comme  des  exemples  de  dérivation  romane.  Il 
y  a  bien  eu  dérivation  au  moyen  du  suffixe  -ing,  mais  cette 
dérivation  est  le  fait  des  Germains;  les  Français  n'ont  rien  à  y 
prétendre.  Au  surplus,  il  tombe  sous  le  sens  que  pour  que  l'on 
soit  en  droit  de  parler  de  dérivation  romane,  il  faut  nécessaire- 
ment que  le  thème  de  dérivation  soit  roman  ou  romanisé;  or 
aucun  des  exemples  cités  par  Diez  ou  par  le  Dictionnaire  général  - , 


1 .  Sur  la  présence  des  Ligures  en  Espagne,  voy.  Avienus,  Ora  maritima, 
V.  196-199,  et  d'Arbois  de  Jubainville,  Les  premiers  habitantsde  FEurope,  t.  I, 
p.  375-382.  Notons  qu'-ûHi/uo-,  -anco-,  le  correspondant  ibère  du  ligure  -enqiio- 
et  du  lat.  -inquo-,  s'est  également  maintenu  :  Ao'jayxol,  Caecanqiis,  noms 
ethniques,  Turancus  nom  d'homme.  S ept imanca  {I A.,  ^■^'^),  3.u].  Simancas, 
prov.  de  Valladolid,  Toranco,  prov.  de  Burgos,  en  regard  de  Torin^o,  prov.  de 
Lucca,  Italie,  et  de  Torenc,  Alpes-Maritimes. 

2.  Diez,  loc.  cit.,  I,  296,  et  II,  349;  Dictionnaire  général ,  s.  v.,  et  Traité  de  la 
formation  de  la  langue  française,  p.  66. 


PROVENÇAL    -ENC  ;    ITALIEN    -IKGO,  -EKGO  ij 

SOUS  le  prétendu  sutlixe  roman  d'origine  germanique  -in<^,  ne 
remplit  cette  condition  essentielle.  Il  n'y  a  pour  s'en  convaincre 
qu'à  en  parcourir  la  liste  :  v.  tV.  chainbrelenc  :  v.  h.  a.  chaiiier- 
ling  ;  V.  fr.  fraisseni^uc  :  v.  h.  a.  vn'sking;  v.  fr.  brelcnc  :  v.  fi.  a. 
*brdling';  fr.  hareng,  prov.  areiic,  ital.  aringa  :  v.  h.  a.  hâring; 
V.  fr.  espcrlenc  «  éperlan  »  :  v.  h.  a.  spcrling-;  v.  fr.  merlenc 
«  merlan  »  :  v.  h.  a.  * nierling  '  ;  fr.  escalin  :  angl.  shilling,  néer- 
land.  schelling,  et.  v.  h.  a.  shilling^  ;  v.  fr.  et  v.  prov.  csterlin  : 
angl.  sterling;  m.  fr.  guildin,  guilktlin  :  angl,  gelding;  —  v.  fr. 
Lorrenc  «  Lorrain  »  :  german.  Lotharing;  v.  fr.  Flamenc  «  Fla- 
mand »  :  german.  Vlaeming;  —  de  même  dans  la  toponomas- 
tique  >  :  Dourdan  (Seine-et-Oise)  ;  v.  h.  a.  Durding,  patrony- 
mique de  Dard-,  lati  Vsé  en  Dordingiim  au  ix*  siècle,  cf.  Dor- 
dinga  (955),  localité  inconnue  d'Allemagne;  Denain  (Nord), 
anciennement  Donaing,  v.  h.  a.  Duninc,  latinisé  en  Donin- 
cum  ^,  cf.  Tunningas,  Dunningtharpa,  Dunningen,  localités  d'Al- 
lemagne"; Marange  (Moselle)  :  Mairinga  (1121),  v.  h.  a. 
Màring,  patronymique,  d.  Maring,  Prusse  Rhénane;  Bening 
(Moselle):  v.  h.  a.  5<';/;«"«o' patronymique.  Beninga  (xui"  siècle), 
Benninca  (1275),  Bénange  (12^^),  en  regard  de  Benninghausen , 


1.  Ce  mot  qui  paraît  être  un  dérivé  du  v.  h.  a.  hret  n'a  pas  été  enregistré 
par  Schade  ;  il  s'explique  par  le  suffixe  german.  -linga-  sorti  de  mots  où  17 
appartenait  au  thème,  tels  que  v.  h.  a.  sidil-iiig,var.  sidel-ing  «  der  wcrange- 
siedel'  ist  ». 

2.  Du   V.  h.  a.  spër  «  lance,  dard  »,  cf.  sp'érilïn    «  petite    lance  ». 

3.  Cf.  le  m.  h.  a.  merJÎHK  merle  »,  mot  d'emprunt,  et  pour  la  déviation  de 
sens  l'ital.  mcrla  «  merle  »  et  «  merlan  »,  ainsi  que  l'allem.  sperling  «  passe- 
reau »,  à  côté  de  spierling  «  éperlan  ». 

4.  Cet  emprunt  et  les  deux  suivants  sont  de  beaucoup  postérieurs  aux 
précédents,  comme  le  montre  le  maintien  du  vocalisme  germanique;  escalin 
paraît  être  une  forme  picarde  sortie  d'*cscelin  ou  plutôt  *escellin,  cf.  l'ital. 
scellino;  s'il  en  est  ainsi,  le  prov.  escalin  serait  emprunté  au  français. 

5.  Les  noms  cités  le  sont  d'après  les  ouvrages  suivants  :  De  Bouteiller, 
Diction,  topogr.  de  la  Moselle;  Longnon,  Allas  historique,  texte  (époque  caro- 
lingienne); Œsterley,  Historisch-geographisches  ÎVorterhuch  des  deutscbcn  Miltel- 
alters;  Fôrstemann,  Alldeutsches  Namenhuch,  Personennamen,  2^  éd. 

6.  Voir  pour  Donincum  =  Denain,  identifié  à  tort  avec  Doullens, 
Romania,  XXXII,  585,  et  la  nouvelle  édition  des  Annales  de  Flodoard,  par 
M.  Ph.  Lauer,  p.  49. 

7.  Rien  n'est  plus  fréquent  que  la  réduplication  de  Vn  dans  l'onomastique 
de  la  Gaule  :  Calarôna,  var.  Calaronna  «  la  Chalaronne  »,  Matrona  «  la  Marne  », 
en  regard  de  Matronna  «  la  Meyronne  »  pour  *Mayronne,  etc. 


l8  E.     PHILIPON 

Westphalie  et  de  Benningen,  Bavière;  Algrange  (Moselle)  :  v.  h. 
a.  Alchermg,  patronymique  à'Alcher,  Akercngis  (875),  Alhringes 
(11 39),  ci.  Alkcrin^en  (1180),  localité  inconnue  en  Autriche. 

Cormoran,  où  l'on  a  voulu  voir  le  german.  -ing  ',  s'explique 
par  morinnum,  variante  insignifiante  de  morinum,  du  celtique 
mort  «  mer  »,  d.  Morvimium,  Morvan  ;  bongran  est  un  emprunt 
à  l'italien-;  quant  au  v.  fr.  ja:^erant,  c'est  soit  un  emprunt 
au  germanique,  tout  comme  le  nom  à'osberc  «  haubert  » 
qu'il  qualifie,  soit  une  transcription  du  provençal  jw^erenc,  si, 
comme  le  croyait  Diez,  ce  mot  se  rattache  à  l'arabe,  auquel 
cas,  c'est  en  Provence  qu'on  devrait  placer  le  marché  des 
«  osbercs  jazerencs  ».  Pour  ce  qui  est  du  franc,  tisserand,  on 
peut  soit  le  rapprocher  du  prov.  teis^erenc  \  qui  s'explique  par 
-inco-,  cf.  îtiaréchal-ferrand  en  regard  du  prov,  ferrenc,  soit  y 
voir  une  formation  en  -andu-,  du  type  ital.  adorando,  esp. 
baranda  «  garde-fou  »,  prov.  talband-ier,  franc,  marchand, 
lavand-ière,  v.  lyon.  bnyand-îri,  etc.  ^tsitwi  paysan,  que  dans 
leur  Traité  de  la  formation  de  la  langue  française  (p.  66),  les 
auteurs  du  Dict.  général  expliquent  par  un  primitif  hypothétique 
*paiscnc,  et  boulanger,  où  ils  voient  un  dérivé  d'un  non  moins 
hvpothétique*/'o»/c«c.La  formation  *païsenctstivo^  hétéroclite 
pour  qu'on  puisse  l'admettre  sans  autre  preuve  ;  on  peut  en 
dire  autant  de  boulanger  pour  *boulancer  que  postulerait  *boulenc. 
Ce  sont  là  deux  mots  dont  l'explication  est  encore  à  trouver. 

Ainsi,  on  ne  rencontre  pas  env.  franc,  un  seul  exemple  certain 
de  dérivation  romane  au  moyen  du  suffixe  germanique  -ing, 
tandis  qu'en  provençal,  en  espagnol  et  en  italien  les  forma- 
tions en  -enc,  -engo  sont  extrêmement  fréquentes,  aussi  bien 
dans  l'onomasticon  que  dans  le  lexicon.  Si,  comme  on  le 
prétend,  ces  formations  avaient  une  origine  germanique,  il 
est  clair  que  loin  d'être  inconnues  du  v.  franc.,  elles  y  seraient 
plus  nombreuses  qu'en  provençal  et  en  italien.  C'est  Là  une 
raison  de  plus  d'écarter  l'hypothèse  d'une  dérivation  romane 
au  moyen  du  suffixe  germanique  -ijig. 

E.  Philipon. 


1.  Voy.  Romania,  XXIV,  115. 

2.  Voy.  le  Dictionnaire  général,  bougr.'KN. 

3.  Cf.  le  nom  de  famille  Teisserenc  de  Bord. 


PROVENÇAL    -ES'C  ;    ITALIEN    -INGO,  -E\GO  19 


NOTE    COMPLÉMENTAIRE 

Je  crois,  comme  M.  Philipon,  que  la  forme  féminine  du  provençal,  -enca, 
est  inconciliable  avec  le  type  germanique -in  g  :  non  seulement  le  masc. 
lare  <  lat.  largum  n'a  pas  donné  naissance  à  une  forme  féminine  *larca,  au 
lieu  de  lai-ga,  mais,  pour  nous  limiter  strictement  aux  mots  germaniques,  les 
masc.  cilherc  <r  germ.  ha  ri  b  erg,  ■<  renc,  germ.  ring  n'ont  pas  donné 
naissance  à  des  formes  féminines  *alherca,  *renca  :  le  prov.  dit  régulièrement 
albergii,  retiga,  etc.  Il  faut  donc  admettre  l'existence  d'un  suffixe  -inco  -inca 
en  Gaule  et  dans  le  nord  de  l'Italie,  indépendamment  de  toute  influence 
germanique.  Je  constate  d'ailleurs  que  M.  Salvioni  en  est  arrivé,  dans  ces 
dernières  années,  à  une  opinion  à  peu  près  analogue  '. 

Ce  suffixe  pré-germanique  -inco  -inca  est  aussi  non  seulement  pré- 
roman mais  pré-latin,  j'en  demeure  d'accord  avec  M.  Philipon;  mais  est-il 
ligure?  Je  n'en  sais  rien  et  je  ne  sais  même  pas  si  on  en  peut  rien  savoir.  Je 
tiens  seulement  à  constater  que  l'habitat  de  ce  suffixe,  en  tant  que  suffixe 
toponymique,  est  notablement  plus  étendu  dans  le  centre  de  la  Gaule  que 
M.  Philipon  ne  le  dit.  Il  le  refuse  à  la  Celtique  «  à  l'exception  de  l'Auvergne 
et  du  Lyonnais  »  ;  mais  il  oublie  qu'il  a  cité  des  noms  de  lieux  du  Rouergue, 
du  Querci  et  du  Périgord,  et  il  ignore  que  -inco  a  plusieurs  représentants 
chez  les  Bituriges  Cubi  (que  nous  appelons  communément  Berrichons),  par 
exemple  Croyant  (Creuse),  au  confluent  de  la  Creuse  (Crosa)  et  de  la  Sédelle, 
au  XF  siècle  Croseiic;  Culan  (Cher),  écrit  Cuslenc  dans  le  cartulaire  d'Aureil 
(Bull,  de  la  Soc.  hist.  du  Liviousin,  XLVIII,  202);  Le  Blanc  (Indre),  jadis 
Ouhlen'-,  d'un  type  Oblincus.  Il  n'en  reste  pas  moins  que  les  mots  de 
cette  sorte  sont  relativement  rares  dans  cette  direction. 

Passant  des  noms  propres  aux  noms  communs,  je  dois  attirer  l'attention 
sur  le  substantif  tarin ca,  dont  je  me  suis  occupé  jadis  -  et  dont  la  filiation 


1 .  Cf.  ce  qu'il  a  écrit  dans  sa  brochure  intitulée  :  Dei  twtni  locali  leventinesi 
m -engo  e  d'altro  ancora  (Bellinzona,  1899),  P-  6>  "•  ^  •  "  Ma  è  sicuro  -énco 
in  più  appellativi  (p.  es.  valmagg.  remenca  «  raminga  »,  ecc;  e  Landarenca 
nome  locale  di  Mesoicina;  vedine  Stiidi  di  fil.  rom.,  VII,  251);  e  io,  Arch. 
gloll.  it.,  IX,  258,  e  il  Meyer-Lûbkc,  Rom.  Gramm.,U.,  §  515,  propendevamo 
a  vedervi  una  estensione  dell'  -ênk  mascolino.  Non  so  se  l'illustre  cattedrati- 
co  di  Vienna  la  pensi  ancora  in  tal  modo.  Quanto  a  me,  debbo  confessare 
d'avere  ora  qualche  dubbio,  suggeritomi  dal  -eue  -ca  provenzale,  e  dal  veder 
una  taie  estensione  limitata,  o  quasi,  ai  nomi  formati  col  nostro  suffisse.  » 

2.  Romania,  XXIX,  198;  cf.  mes  Mélanges  d'étym.  fr.,p.  149.  Je  n'avais 
alors  aucune  donnée  sur  l'habitat  de  ce  mot  qui,  je  le  rappelle,  figure  dans  nos 


20  E.     PHILIPON 

avec  le  français  dialectal  taranche  ne  peut  être  mise  en  doute".  Il  se  décom- 
pose clairement  en  un  thème  tar-,  qui  figure  aussi  dans  le  gaulois  latinisé 
ta  rat  ru  m,  prototype  de  notre  mot  taricre',  et  en  un  suffixe  -inca.  Or  il 
semble  que  les  parlers  celtiques  actuels  ne  connaissent  (au  sens  de  «  clou  >>) 
que  les  représentants  de  *taranga  ou*tarangia.  Faut-il  croire  que  le 
gaulois  est  l'obligé  du  ligure  pour  la  désinence  de  tarinca?  Voilà  un 
«  clou  »  que  je  ne  me  charge  pas  de  river. 

En  ce  qui  touche  le  suffixe  germanique  -ing,  il  est  clair,  comme  le 
remarque  M.  Philipon,  que  l'emprunt  par  le  français  et  le  provençal  de  mots 
germaniques  dans  lesquels  ce  suffixe  a  été  mis  en  œuvre  ne  prouve  pas  sa 
vitalité  en  roman  '.  Mais  tous  les  efforts  que  fait  l'auteur  pour  l'éliminer  de  la 
dérivation  française  ou  provençale  ne  me  paraissent  pas  également  heureux. 
Plusieurs  mots,  qu'il  n'a  pas  remarqués,  sont  inexplicables  sans  l'hypothèse 
d'une  extension  analogique  de  ce  suffixe  :  franc,  coustenge  (picard  costenghe., 
coustcngué),  marsoinge,  quarteroinge,  sisterange,  prov.  lausenga,  etc.  Même  en 
admettant  que  le  franc,  et  le  prov.  -enc  sont,  dans  la  plupart  des  cas,  les 
héritiers  d'un  pré-germanique  -inco,  je  crois  que  cet  héritage  est  de  pure 
forme,  et  que  le  suffixe  germanique  a  contribué  à  l'enrichir  de  sa  substance. 
Je  suis  de  plus  en  plus  frappé  des  phénomènes  d'hybridité  que  nous  offre 
l'histoire  du  langage,  et  j'en  puis  citer  ici  un  exemple  topique.  Personne  ne 
niera  que  le  provençal  camarlenc  soit  emprunté  du  germanique  chamar- 
ling,  lui-même  de  fo/mation  hybride.  Or,  dans  les  comptes  du  mistral  de 
Vienne  en  Dauphiné,  nous  trouvons  le  substantif  féminin  chamarlenchi,  et  non 
*chamarlengi*.  Donc,  une  fois  romanisé,  le  mot  germanique  a  été  coulé  dans 

grands  dictionnaires  avec  le  sens  de  «  grosse  cheville  de  fer  qui  sert  à  tourner 
la  vis  d'un  pressoir  ».  J'ai  relevé  depuis  une  intéressante  indication  : 
M.  Madelaine  a  trouvé  tarencf  dans  les  comptes  de  la  fabrique  de  Moritchamp 
(Calvados),  année  1652;  il  définit  le  mot  par  «  levier  en  fer  pour  ajuster  et 
pendre  les  cloches  »  et  déclare  qu'il  est  aujourd'hui  vivant  sous  la  forme 
rance  (Revue  des  parlers  pop.,  II,  75).  Est-ce  le  type  *tarincia,  allongement 
de  tarinca? —  D'autre  part  on  trouve  en  Bas-Poitou,  région  de  Chef- 
Boutonne,  étalanche  «  écharde  »  (Beauchet-Filleau,  Essai  sur  le  palois  poitevin). 

1.  Je  me  borne  à  rappeler  l'existence  de  arinca,  mot  mentionné  par 
Pline  comme  le  nom  d'une  céréale  particulière  à  la  Gaule  (Hist.  nat., 
XVIII,  81),  et  qui  n'a  laissé  de  trace  dans  aucun  parler  roman. 

2.  Primitivement  tarere,  du  genre  masculin;  cf.  mes  Essais  de  phil.  fr., 
p.  295,  n.  3. 

3.  En  tout  cas,  et  à  plus  forte  raison,  Gaston  Paris  a-t-il  eu  tort  de  parler 
d'un  suffixe  -lenc  emprunté  par  les  Romans  de  Gaule  aux  Germains  et  de  le 
mettre  sur  la  même  ligne  que  les  suffixes  -ard  et  -aiid  (Litt.  franc,  au  moyen 

dge,  S  M- 

4.  Cf.    Devaux,    Essai  sur  la  langue  vulgaire   du    Dauphiné  septentrional. 


PROVENÇAL   ^ES'C  ;    ITALIEN    -ISGO,   -E.\'GO  21 

une  flexion  romane  préexistante  en  -etic  -enca  ;  serait-il  juste  de  dire  que 
le  suffixe  germanique  -Hng  n'est  pour  rien  dans  le  dauphinois  chamarkuchi} 
M.  Philipon  déclare  que  le  suffixe  germanique  -ing  «  a  eu  pour  unique 
fonction  de  former  des  patronymiques  ou  des  ethniques  qui  sont  en  réalité 
d'anciens  patronymiques  »  :  c'est  là  une  exagération  contre  laquelle  protestent 
des  formations  fort  anciennes,  comme  le  ganiingus  des  lois  Visigotiques,  les 
deux  variétés  de  pommes  mentionnées  par  Charlemagne  dans  le  capitulaire  De 
Villis  (formai  inga  et  geroldinga),  les  trois  termes  musicaux  cités  par  M.  Suchier 
dans  son  étymologie  si  pénétrante  de  l'anc.  franc,  rotrotienge'  (carelmanninc, 
liehinc,  ottiuc),  etc.  La  prédilection  des  langues  germaniques  pour  le  suffixe 
-ing  dans  les  noms  de  monnaies  est  connue  :  est-ce  une  simple  coïncidence 
que  la  présence  du  suffixe  provençal  -eue  dans  les  noms  de  monnaies  comme 
arnaudenc,  caoneiic,  guillelmenc,  otonenc,  quintinenc,  raimondenc,  etc.?  Et  le 
français  lui-même  n'a-t-il  pas  *estevenenc  dans  la  région  bourguignonne? 
Ayant  constaté  que  les  Germains  ont  donné  le  nom  de  cheisuring  -  à  une 
monnaie  d'or  romaine  à  l'effigie  de  l'empereur  (Caesar),  je  me  demande  si 
les  Ligures,  voire  les  Gaulois,  en  ont  fait  autant  et  s'ils  ont  vraiment  contri- 
bué à  l'extension  monétaire  du  suffixe  roman  -eue  dans  le  sud  et  dans  l'est 
de  la  Gaule.  Il  est  permis  d'en  douter. 

A.  Th. 


p.  72,  n.  6.  L'auteur  croit  que  l'z  final  représente  le  suffixe  roman -/a  accen- 
tué ;  j'y  vois  \\i  féminin  atone  cliangé  en  /  conformément  à  la  phonétique 
du  dialecte  de  Vienne  :  pour  moi  //'  ehamarlenchi  signifie  la  femme  du 
chamarlenc,  et  serait  en  provençal  propre  la  caniarlenca. 

1.  Zeitschr.  fm  rom.  PMI.,  XVIII,  283. 

2.  Voy.  H.  Paul,  Grundriss  der  german.  Philol.,  2^  édit.,  I,  328. 


FRAGiMENTS  DE  MANUSCRITS  FRANÇAIS 


I.  —  FRAGMENT  D'UNE  CHANSON  DE  GESTE  RELATIVE 
A  LA  GUERRE  D'ESPAGNE 

Feuillet  isolé  à  deux  colonnes  par  page  et  à  40  vers  par 
colonne,  275  mm.  sur  220.  Il  iait  partie  d'un  recueil  factice 
contenant  des  fragments  divers,  et  conservé  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université  de  Cambridge  sous  le  n°  addit,  3303.  L'écriture 
est  française  et  de  la  fin  du  xiii^  siècle. 

Je  crois  que  la  chanson  de  geste  de  laquelle  ce  feuillet  a 
été  détaché  est  jusqu'ici  inconnue.  S'il  en  est  ainsi,  c'est 
assurément  un  morceau  digne  d'être  étudié  de  près.  Voici,  en 
résumé,  ce  que  contient  ce  fragment.  La  scène  se  passe  en 
Espagne.  Charlemagne  voit  les  Sarrasins  approcher.  Il  divise 
son  armée  en  cinq  divisions  (échelles),  à  la  tête  desquelles  il 
place  ses  principaux  chevaliers.  Le  combat  s'engage.  Le  roi 
Agolant,  qui  commande  les  Sarrasins,  attaque  Ogier  le  Danois, 
qui  le  désarçonne  et  prend  son  cheval.  Agolant  est  secouru 
par  les  siens  qui  lui  donnent  un  autre  cheval.  Le  duel  recom- 
mence et  le  fragment  s'arrête  au  moment  où  de  nouveau 
Ogier  se  mesure  avec  son  adversaire.  Voici  maintenant  le 
texte,  auquel  je  joins,  pour  faciliter  les  références,  un  index  des 
noms  : 

Et  dit  li  rois:  «  Ce  ne  refus  je  mie, 
«  Ainz  me  plest  et  agrée.  » 

Li  emperere  a  l'estandart  veû  ; 
Estout  apele  qui  fu  preu  et  membru   : 
5        «  Amis  »,   dist  il,  «  vostre   los  est  creû. 
«  Mes  or  me  dites,  por  Dieu  le  roi  Jhesu, 
«  Se  de  l'alcr  vos  iestes  porveu  ? 
—  Oïl  voir,   sire  »,  Estouz  a    respondu 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS  FRANÇAIS  23 

«  Je  et  li  mien  i  somes  csleû. 
10       «  Ainz  que  pa.   nos  aient  parceù 

«  Covient  qu'il  soient  par  engin  deceù, 
«  Se  nos  le  poons  fere. 

«  Droiz  empereres  »,  dist  Estoz  en  riant, 

«  Aler  i  vueil  quant  ai  vostre  conmant. 
15       —  Alez  »,  dist  K.,  «  a  Dieu  le  roi  amant; 

«  O  vos  iront  .xx^.  combatant 

«  Et  Olivier  et  mon  neveu  Rollant.  » 

Dist  Estouz  :  «  Sire,   je   l'otroi  et  créant.  » 

Atant  s'em  partent    haut  et  lié  et  joiant  ; 
20       Delez  .j.  bruel  vont  pa.  costoiant; 

Nés  aperçurent  li   félon    mescreant  ; 

Et  l'emp.  o  le  guernon  ferrant 

Vet  ses  eschieles  gentement  ordenant. 

Li  dus  Og.  fu  en  sele  devant, 
25        .X™.  Danois   le   vont   au   dos  suiant; 

Hoiax   de    Nantes   vet  l'autre  conduisant. 

Et  avec  li  furent  li  Alemant 

O  .X™.  homes  qui  bien  sont  combatant. 
Qui  bien  fièrent  d'espée. 

30       Rois  Arestanz  ot  le  conte  Engelier 

Et  de   Boorges  Lambert  le  Berruier 

Firent  la  tierce  o  .x.  mile  chevalier. 

La  quarte  [fist]  dant  Hernaut  au  vis  fier 

Et  de  Brabant   Bernart  au  cors  legier 
35       Et  dant  Guerin  d' Anseùne  le  fier  : 

De  chevaliers  moinent  .xv.   milier. 

La  quinte  fist  de  Bordele  Gaifier 

O  .x™.  hommes  qui  moût  font  a  prisier  ; 

Et  Ganelon  n'i  vueil  mie  lessier  : 
40       .Xni.  en  ot  qu'il  ot  a  justicier. 

Tuit  pelle   melle  vont  li  autre  derrier,        (b) 

Avec  lo  roi   qui  France  a  a  baillier. 

Tût  soavet  prennent  a  chêvauchier, 

Li  uns   lez  l'autre,  sanz  cri  et  sanz  noisier. 
45       Rois  Ago.  les  choisi  tôt  premier 


15  Koi  amant  est  une  forme  corrompue  qui  se  rencontre  en  beaucoup 
de  textes  (Oison  de  Beauvais,  3207;  Mort  Aynicri,  4087,  etc.)  pour  raeniant, 
rédempteur  (voir  le  vocabulaire  de  Raoul  de  Cambrai).  —  24  sele  pour  celé. 
—  44  lei,  ms.   let. 


24 


p.     MKYER 

Qui  durement  s'em  prist  a  merveillier  ; 
A  soi  nieïsmes  se  prist  a  conseillier  : 

«  Par  Mahomet  qui  tôt    a  a  jugier, 

«  Je  croi  c'est  K.  l'emperere  au  vis  fier  ; 
50       «  Sus  li  aloie,  or  se  velt  avancier. 

«  S'encui  n'i  muert  ne  [me]  pris  .j.   d.  » 

Ses  Sarr.  emprist  a  aresnier  : 

«  Seignor  »,  dist  il,  «  nobile  chevalier, 

«  Sus  Mahomet   vos  pri   et   vos  requier 
55       <c  Que  vos   pensez  de   ma  honte  venchier. 

«  Au  départir  vous  en  avrai  plus  chier.  » 

Et  cil  responent  :  «  Ce  fet  a  otroier.  » 

Lors  conmença  sa  gent  a  aresnier  : 

Et  devisa  liquel  iront  premier, 
60       Liquel  après  et  liquel  darrenier. 

Quant  les  ot  fez  bien  et   bel  atirier, 

Lors  est  montez    desus  le  blanc  destrier , 

O  .xm.  Turs  conmence   a  chevauchier  : 

Ogier  encontre    le   nobile  guerrier 
65       Sus  Broiefoit  le  preu  et  le  legier. 

Il  li  escrie  tant  com  il  puet  huchier  : 

«  Qui  es  tu,  va  ?  Gardes  nu  me  noier.  » 

Dist  li  Danois  :  «  Apelez  sui  Ogier  ; 

«  De  Danemarche   ai   la  terre  a  baillier. 
70       n  Hom  sui  Kallon,  l'emperere  au  vis  fier, 

«  Qui  tote  Espaingne  velt  a  force  essillier.  » 

Dist  li   pa.  :  «  Je  la  vieng   chalangier; 

«  Ja  ne   l'avra,    a    celer  nu   vos  quier, 

«  Tant  com  je  soie   sainz   et  sauf  et  entier.  » 
7)       Er   dist   li  dus   :    «  Par  le   cors  saint  Ligier, 

«  S'il  l'avoit  lors,  mentir  ne   vos  en  quier, 

«  Soe  seroit  ainz  lieure  de  couchier.  » 

Lors  esperonne  sanz  plus  de  delaier. 

Branle   la  hante   dont  li    fers   fu  d'acier, 
80       Granz  cox  se  fièrent,  sanz  plus  de  menacier. 

Sur  les  targes  dorées.  (c) 

Entre  Ago.  et  Ogier  li  Danois 
Sus  les  escuz  se  fièrent  demanois. 
La  lance  au  duc  est  peçoïe  en  trois 


76  Le  premier    hémistiche  parait  corrompu,    ou    peut-être    y  a-t-il   une 
lacune.  En  tout  cas  la  suite  des  idées  est  obscure. 


FRAGMENTS    I)H    MANUSCRITS   IRANÇAIS  2$ 

5        Et  celé  en  .ij.  au  Sarr.  cortois. 

Si  s'entrehurtent  li  clicvalier  norrois 
Petit  s'en  faut  ne  chient  u  cliaumois. 
Ogiers  passe  outre;  tret  le  branc  vianois, 
Et  Ago.  le  suen  sarradinois  ; 
Granz  cox  se  donnent  li  chevalier  cortois 
Sus  les  escuz  ou  reluist  li  orfrois, 
Que  flors  et  pierres  abatent  u  chaumois. 
Mes  nés  empirent  la  montance  d'un  pois. 
Og.  le  voit,  n'ot  tel  corrouz  des  mois  : 
95       Dieu  en  jura  et  ses  saintismes  lois 
Miex  velt  morir  n'ocie  les  Persois. 
Adonc  le  fiert  par  merveilleus  bofois, 
Si  l'estordra  que  il  chiet  u  chaumois 
Jus  du  destrier  qui  fu  blans  comme  nois, 
loo  Puis  le  prist  par  la  resne. 

Quant  Ago.  fu  del  cheval  cheû, 

Grant  maltalent  et  grand  duel  a  eu. 

En  estant  saut  et  tint  le  branc  tôt  nu  ; 

Et  Ogier  a  le  cheval  retenu, 
105       Derrières  soi  l'a  maintenant  rendu 

A  .]'.  suen  homme  qui  moût  près  de  li  fu. 

Puis  s'est  es  Turs  fièrement  embatu. 

Ago.  fiert,  ne  l'a  pas  mesconneû, 

Que  tôt  envers  le  ra  jus  abatu  ; 
iio       Ilec  l'eûst  ou  mort  ou  retenu, 

Mes  de  pa.  i  a  tant  acoru 

Que  toz  en  est  couvert  le  pré  herbu. 

Ago.  ont  par  force  secoru, 

Mes  ainz  i  ot  maint  chief  sevré  du  bu 
115       Et  maint  paien  ocis  et  confondu, 

Por  quant  tuit  ont  le  chaple  maintenu 

Qu'a  Ago.  ont  .j.  destrier  rendu  : 

N'est  pas  le  blanc,  dont  moût  fu  irascu  ; 

A  ceste  foiz  d'ore  l'a  il  perdu, 
120       Ne  onques  puis  nul  jor  sesiz  n'en  fu. 


87,  92,  98  On  rencontre,  en  rime,  au  cas  rég.,  chaunioi  et  chaumois:,  la 
première  forme  paraît  être  la  seule  étymologiquement  correcte,  mais  la  seconde 
s'est  bientôt  généralisée.  On  peut  faire  la  même  remarque  sur  ho/ois,  v.  97. 
—  96  Jes  corr.  le  —  98  Corr.  estordi}  —  108  Le  vers  est  trop  long; 
suppr.  pas  ? 


2  6  p.     MEYER 

De  ce  a  il  duel  et  corrouz  eu,  '  (d) 

Car  n'ot  meillor  u  monde. 

Agolant  fu  sus  .j.  cheval  monté 

Qui  moût  fu  fiers  et  plains  de  grant  bonté  ; 
125       N'est  pas  le  blanc  que  il  ot  tant  amé  : 

Ogier  l'en  ot  par  force  descroé. 

L'escu  embrace  et  trest  le  branc  letré, 

Es  crestïenz  se  fiert  moût  adolé  ; 

Maint  en  a  mort,  ocis  et  afolé. 
130       Et  Sarr.  s'i  sont  bien  esprouvé  : 

Maint  chief  i  ont  fors  du  bu  dessevré 

Ogier  le  voit,  près  n'a  le  senz  desvé  : 

Entr'  eus  se  fiert  comme  home  desené, 

Destre  et  senestre  a  féru  et  chaplé. 
135       Voit  le  Ago.  si  a  le  chief  crollé; 

Dist  a  ses  hommes  :  «  Moût  avon  mal  erré 

«  Qant  cil  f.  a  tant  longues  duré. 

«  Se  il  vit  gueres,  par  Mahomet  mon  Dé, 

«  Tuit  i  seront  ocis  et  desmembré. 
140       «  O  vis  deable  fu  tel  home  trové. 

«  Je  cuit  qu'il  soit  ou  sauvage  ou  faé, 

«  Car  de  nule  arme  ne  puet  estre  entamé, 

«  S'a  li  ne  joins,  dont  n'aie  je  dahé  !  » 

Lors  esperonne,  s'a  l'escu  acolé 
145       Et  tret  le  branc  qui  d'or  estoit  letré 

Et  fiert  Ogier  sur  son  hiaume  gemé  : 

Le  cercle  tranche  qui  fu  a  or  ouvré. 

Ne  fust  la  coiffe  du  brant  d'acier  letré 

Jusques  es  denz  li  fust  le  fer  coulé. 
1 50       En  contreval  est  le  branc  dévalé, 

El  braz  senestre  l'a  .j.  petit  navré  ; 

Jusques  a  terre  en  est  le  sanc  coulé. 

Et  li  Danois  en  a  le  sens  mué  : 

Dieu  en  jura,  lo  roi  de  majesté, 
1 5  5       Que  celui  coup  sera  chier  comparé. 

Il  tint  Cortain  qui  giete  grant  clarté, 

Fiert  .j.  pa.,  moût  l'a  bien  assené. 

Parmi  le  bu  l'a  en  travers  coupé, 
Si  le  trébuche  a  terre 

160       Moût  fu  dolenz  Ogiers  et  courrouciez... 

130  La  lecture  du  dernier  mot  (qui  est  très  eflfacé)  est  conjecturale. —  137 
/.  =françoi. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  27 

TABLE  DES  NOMS 

Agolant,  45,  82,  89,  117,  125,  etc.    Gaifier  de  Bordeaux,  37. 

Alemands,  27.  Ganelon,  39. 

Arestanz,  30.  GuERiN  d'Anseûne,  55. 

Bernart  de  Brabant,  34.  Hernaut,  33. 

Broiefort,  cheval  d'Ogier,  65.  Hoel  de  Nantes,  26. 

Charlemagne,  I,  15,  42,  49.  Lambert  de  Bourges,  51. 

Danemarche,  69.  Ogier,  24,  64,  68,  82,  88,  etc. 

Danois,  hommes  d'Ogier,  25.  Olivier,  17. 

Exgelier,  le  comte,  —  30.  Persois,  96. 

Espagne,  71.  Rolant,  17. 

EsTOUT.  4,  8,  18.  Turcs,  63. 
France,  42. 

L'action  se  passe  en  Espagne,  et  Ganelon  figure  parnii  les 
fidèles  de  Charlemagne.  Donc  le  poème  prend  place,  dans 
l'histoire  légendaire  du  grand  empereur,  avant  le  désastre  de 
Ronce\aux.  Or  on  sait  depuis  longtemps,  qu'il  a  existé  des 
poèmes  français,  actuellement  perdus,  où  étaient  contées  une 
'ou  plusieurs  expéditions  en  Espagne  avant  Roncevaux.  Sans 
parler  de  la  Prise  de  Nobles,  épisode  auquel  font  allusion  la 
Chanson  de  Rolant  et  d'autres  poèmes,  et  que  raconte  en 
abrégé  la  Karlamagnus  Saga^,  nous  avons  dans  le  Pseudo- 
Turpin,  un  résumé,  probablement  assez  infidèle,  mais  toute- 
fois très  précieux,  de  récits  épiques  relatifs  aux  premières 
guerres  de  Charlemagne  en  Espagne,  et  nous  y  voyons 
paraître  un  bon  nombre  de  personnages  de  notre  fragment  ^  : 

1°  Une  première  expédition  a  lieu.  L'empereur  s'empare  miraculeusement 
de  Pampelune,  détruit  des  idoles  sarrasines,  tonde  des  églises  (chap .  n-v). 

2°  Rentré  en  France  il  est  obligé  de  repartir  pour  l'Espagne  qu'un  roi  afri- 
cain nommé  Agolant  vient  de  conquérir,  massacrant  les  garnisons  laissées 
par  Charlemagne  (ch.  vi). 

30  L'empereur  remporte  sur  Agolant  une  victoire  chèrement  achetée. 
Quarante  mille  chrétiens,  au  nombre  desquels  Milon  d'Anglers,  le  père  de 
Rolant,  sont  tués.  Agolant  prend  la  fuite  et  Charlemagne  rentre  de  nouveau 
en  France  (ch.  viii). 


1.  G.    Paris,   Hist.  poe't.  Je  CharlcDiagne.,   p.   253  ;   Demaison,  Aynieri  de 
Narhonne,  p.  ce. 

2.  Je  me  sers  de  l'édition  du  baron  de  Reiffenberg,  dans  l'appendice   de 
Philippe  Mousket,  t.  I. 


28  p.     MEYER 

4°  Mais  Agolant  rassemble  une  armée  innombrable,  pénétre  en  Gascogne 
et  prend  Agen.  Après  un  siège  de  sept  mois.  Charlemagne  reprend  la  ville. 
Agolant  réussit  à  s'échapper.  Il  se  retire  à  Saintes  et  est  battu  de  nouveau 
par  Charlemagne,  mais  réussit  encore  à  s'échapper  (ch.  ix,  x). 

5°  Agolant,  battant  en  retraite,  passe  les  Pyrénées  et  s'arrête  à  Pampelune. 
Charlemagne  rassemble  une  armée  de  cent  trente-quatre  mille  combattants 
et  pénétre  en  Espagne.  Les  principaux  chefs  de  cette  armée  sont  Turpin» 
Rolant.  Olivier,  Estout  de  Langres,  Arastain  {Arastagmis)  roi  des  Bretons', 
Engelier  duc  d'Aquitaine,  Gaifier  roi  de  Bordeaux,  Galenis,  GaJimis,  Salo- 
mon,  Baudouin  iVére  de  Rolant,  Gondebuef  {Gddehodtts)  roi  de  Frise, 
Hoel  (Oilliis)  comte  de  Nantes,  Lambert  de  Bourges,  Sanson  duc  de 
Bourgogne, ....  Ganelon  (Ganeloniis  qui  postea  traditor  extitil).  Un  peu  plus 
loin  sont  nommés  Ernaut  de  Beaulande  et  Ogier  (ch.  xi). 

6°  Après  divers  épisodes  contés  dans  les  chapitres  xii  et  xiii,  nous  arri- 
vons à  la  victoire  finale  des  chrétiens,  suivie  d'un  massacre  général  des  Sarra- 
sins (ch.  xiv). 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  pousser  l'analyse  plus  loin  :  le 
rapport  de  notre  fragment  avec  les  récits  du  Pseudo-Tur- 
pin  sont  évidents.  Presque  tous  les  personnages  du  fragment 
sont  mentionnés  dans  le  ch.  xi  de  Turpin;  il  n'en  manque 
que  deux  :  Bernart  de  Brabant  et  Garin  d'Anseùne.  Ce  sont 
deux  personnages  épiques  connus  par  des  témoignages  fort 
anciens;  toutefois  je  ne  vois  pas  à  quel  titre  ils  hgurent  dans 
une  expédition  en  Espagne  conduite  par  Charlemagne,  puis- 
qu'ils sont  présentés  partout  comme  fils  d'Aimeri  de  Narbonne 
et  appartiennent  par  conséquent  à  une  autre  période  deThis- 
toire  légendaire  de  Charlemagne-. 

Si  l'on  peut  affirmer  qu'il  y  a  un  rapport  entre  les  chapitres 
de  Turpin  ci-dessus  analysés  et  la  chanson  de  geste  dont  nous 
n'avons  plus  que  i6o  vers,  la  nature  de  ce  rapport  n'apparaît 


1 .  Ce  personnage,  qui  est  nommé  dans  notre  fragment  (v.  50),  ne  figure 
pas,  à  ma  connaissance,  dans  l'épopée  française.  M.Langlois  ne  le  mentionne 
pas  dans  sa  Table  (le  roi  Aristani,  dans  les  Narhonnais,  est  un  Sarrasin). 
Cependant  il  est  mentionné  par  Raimon  de  Miraval  (Roiiiaiiia,  VII,  452, 
Orestains)  et  par  B.  de  Born,  Studi  di  fihl.  romania,  VIII,  429  ;  cf.  Rom., 
XXXI,  161,  note  2),  mais  peut-être  d'après  Turpin. 

2.  Voy.  sur  ces  deux  personnages  la  table  des  noms  de  l'édition  à'Aymeri 
de  Narbonne  par  M.  Dcmaison.  Il  y  a  bien,  dans  le  ch.  xi  de  Turpin,  un  Ber- 
nard, mais  c'est  Bernard  de  Nublis,  et  un  Garin,  mais  c'est  Garin  duc  de  Lor- 
raine (cf.  Philippe  Mousket,  vv.  5220  et  5230). 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS  29 

pas  tout  d'abord  avec  évidence.  La  chanson  est-elle  le  poème 
ou  l'un  des  poèmes  que  l'auteur  des  premiers  chapitres  de  la 
Chronique  dite  de  Turpin  a  eu  sous  les  yeux,  ou,  inversement, 
le  trouvère  à  qui  est  due  notre  chanson  a-t-il  suivi  Turpin  ?  Je 
crois  qu'on  peut,  sans  hésiter,  rejeter  la  seconde  hypothèse. 
L'épisode  important  que  relate  notre  fragment,  à  savoir  le 
combat  d'Agolant  et  d'Ogier,  n'existe  pas  dans  Turpin.  Nous 
n'avons  donc  aucune  raison  de  supposer  que  notre  chanson 
dérive  de  Turpin.  Quanta  la  première  hypothèse,  elle  ne  peut 
non  plus  être  admise  sans  réserve.  La  langue  et  la  versification 
du  tragment  conduisent  à  placer  la  rédaction  du  poème  au  plus 
.tôt  vers  hi  tin  du  xii'-'  ou  au  commencement  du  xiii''  siècle. 
C'est  à  peu  près  le  temps  où  écrivait  Bertrand  de  Bar-sur-Aube, 
auteur  de  Girarl    de  Vienne  et  d'Aynieri  île  Narhonne  ^. 

L'hypothèse  qui  se  présente  le  plus  naturellement,  et  à 
laquelle,  pour  ma  pan,  je  me  tiens  jusqu'à  plus  ample  informé, 
est  que  la  chanson  de  geste  représentée  par  le  feuillet  de 
Cambridge  est  le  rajeunissement  d'une  chanson  beaucoup  plus 
ancienne,  sans  doute  en  assonances,  que  l'auteur  de  Turpin  a 
eue  sous  les  yeux.  Que  ce  remaniement  ait  été  tort  libre,  je 
l'admets  volontiers  ;  et  je  conviens  que  les  noms  de  Bernart  de 
Brabant  et  de  Garin  d'Anseûne  ne  pouvaient  guère  figurer  dans 
le  récit  primitif.  Mais  il  n'en  est  pas  moins  très  probable  que  le 
fond  doit  être  emprunté  à  un  très  ancien  poème. 

Si  on  pouvait  s'en  rapporter  à  l'auteur  italien  de  VEntrée 
d'Espagfte,  des  poèmes  sur  la  conquête  de  l'Espagne  par  Charle- 
magne  auraient  été  composés  par  deux  trouvères  ou  jongleurs 
appelés  Jean  de  Navarre  et  Gautier  d'Aragon  -.   G.  Paris  dit  à 


1.  M.  Demaison  admet  qu' Ayiiieri  de  Narboime  a  été  composé  au  com- 
mencement du  xiiie  siècle,  après  1205  (Introduction,  p.  LXXXix-xcr). 
G.  Paris,  dans  le  tableau  chronologique  qui  fait  suite  à  sa  Littérature  fran- 
çaise au  moyen  âge,  5=  éd.,  p.  276,  place  la  composition  des  deux  poèmes  de 
Bertrand  de  Bar-sur-Aube,  Girart  de  Vienne  et  Aynieri  de  Narhonne,  entre 
1210  et  1220. 

2.  Le  passage  a  déjà  été  cité  par  L.  Gautier  (/JfW.  de  l'Ec.  des  ch.,  4e  série, 
IV,  221)  ;  le  voici  d'après  l'édition  sous  presse  de  M.  Ant.  Thomas  : 

2775         Se  dam  Trepin  fist  bref  sa  lecion 

E  je  di  long,  blasmer  ne  me  doit  on  ; 
Ce  que  il  trova  bien  le  vos  canteron. 


30  p.     MEYER 

ce  propos  que  l'auteur  de  V Entrée  «  donne  ici  l'exemple,  si  sou- 
vent suivi  par  ses  compatriotes,  d'alléguer  de  fliusses  autorités 
en  preuve  d'aventures  de  pure  invention  '  ».  je  ne  sais  si  ce 
jugement  un  peu  sommaire  est  tout  à  tait  acceptable.  L'auteur 
de  y  Entrée  mentionne  d'abord  Turpin,  qu'il  a  en  effet  suivi  assez 
hdclement  ;  puis  licite  Jean  de  Navarre  et  Gautier  d'Aragon, 
indiquant  avec  assez  de  précision  les  limites  de  leur  oeuvre.  Je 
veux  bien  que  ces  noms  soient  imaginaires,  mais  il  m'est  diffi- 
cile de  croire  que  tout  soir  controuvé  dans  l'assertion  tormelle 
de  l'écrivain  italien.  Il  se  peut  bien  que  cet  écrivain  ait  eu  en 
effet  sous  les  yeux  quelque  chanson  de  geste  perdue;  mais  rien 
ne  prouve  que  ce  fût  la  nôtre.  M.  Thomas,  dans  la  préface  de 
son  édition  de  VEntrée,  nous  dira  ce  qu'il  en  pense  -. 

Quelques  mots  maintenant  sur  la  versification  et  la  langue. 
Le  poème  est  en  vers  de  dix  syllabes,  chaque  tirade  étant, 
comme  dans  les  poèmes  du  cycle  de  Guillaume,  terminée  par 
un  petit  vers  à  finale  féminine.  Les  tirades  masculines  y 
dominent  ',  car,  sur  neuf  tirades,  une  seule,  la  première  (dont  il 
ne  reste  que  les  deux  derniers  vers)  est  féminine.  Le  poème 
est  rimé  fort  exactement,  mais  au  prix  de  nombreuses  infrac- 
tions à  la  correction  grammaticale.  En  effet,  l'écrivain  n'hésite 
pas,  pour  taire  sa  rime,  à  employer  la  forme  du  régime  au  lieu  de 


Bien  dirai  plus,  a  clii'n  pois  e  chi  non, 

Car  dous  bons  cierges,  Çan  Gras  et  Gauteron, 
2780         Çan  de  Navaire  et  Gauter  d'Aragon, 

Ces  dos  prodomes  ceschuns  saist  (dist  ?)  pont  a  pont 

Si  corne  Caries  o  la  fiere  façon 

Entra  en  Espaigne  conquere  le  roion, 

La  començaile  trosque  la  fînisun 
2785         Dejusque  ou  point  de  l'euvre  Guenelon. 

D'iluec  avant  ne  firent  mencion. 

1.  Hist.  poét.  de  Charl.,  p.  175 . 

2.  On  pourrait  se  demander  si  Girart  d'Amiens,  qui  conte  aussi  la  con- 
quête de  l'Espagne,  n'avait  pas  conservé  quelque  souvenir  d'une  chanson  de 
geste  sur  ce  sujet,  mais  vérification  faite,  il  paraît  n'avoir  eu,  pour  cette  par- 
tie de  son  Charlewapie,  d'autre  source  que  le  Pseudo-Turpin,  bien  qu'il  soit 
loin  de  le  suivre  exactement.  Voir  G.  Paris,  Hist.  poct.  de  Chart.,  p.  481. 

3.  Comme  dans  Ayvicii  de  Narhonue  (voir  l'introduction  de  M.  Demaison, 
p.  cvi),  mais  dans  une  proportion  plus  grande  encore. 


FRAGMENTS   DE  MANUSCRITS   FRANÇAIS  3I 

celle  du  sujet,  et  ce  cas  est  très  fréquent.  On  pourrait,  à  la 
vérité,  supposer  qu'il  admettait,  par  exemple,  la  rime  d'-és 
avec  -é;  ce  serait  une  assonance  que  le  copiste  aurait  corrigée 
en  mettant  partout  -é,  même  au  détriment  de  la  grammaire.  De 
même,  aux  vers  ici,  107,  112,  l'auteur  aurait  écrit  che lis, 
cmbatus,  herbus,  au  cas  sujet  conformément  à  la  grammaire,  et 
le  copiste  aurait  introduit  la  forme  du  régime,  pour  la  rime. 
Cette  supposition  serait  admissible  pour  un  poème  d'une  allure 
plus  ancienne,  mais  au  commencement  du  xiii*^  siècle,  époque 
où  on  recherchait  les  rimes  exactes,  il  est  plus  probable  que 
c'est  la  grammaire  qui  a  été  sacrifiée  à  la  rime.  Ajoutons  que  si 
l'auteur  avait  toléré  les  assonances,  il  n'aurait  pas  admis  seu- 
lement celles  que  comportait  l'application  des  règles  de  la  décli- 
naison. Par  exemple,  il  aurait  laissé  passer  quelques  finales  en 
-/Vdans  une  tirade  en  -ier,  ou  inversement. 

Il  V  a  une  rime  en  -ant  pur,  la  troisième,  ce  qui  donne  à 
cn)ire  que  l'auteur  distinguait  -ant  et  -ent,  selon  un  usage  qui, 
dans  les  chansons  de  geste,  ne  paraît  guères  antérieur  au 
XIII'  siècle.  Mais  il  n'est  peut-être  pas  prudent  de  tirer  une 
conclusion  ferme  d'une  tirade  unique  qui  ne  contient  pas 
plus  de  seize  vers. 

En  somme,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  l'examen  de  la  ver- 
sification et  de  la  langue  ne  permet  pas  de  faire  remonter  la 
rédaction  au  delà  des  dernières  années  du  xii"  siècle,  et  j'incli- 
neraii,  plutôt  à  la  fixer  au  commencement  du  xiii^. 

II.  —  FRAGMENTS  DE  LA  VIE  DES  PÈRES 

La  collection  de  légendes  pieuses  en  vers  français  connue 
sous  le  titre  assez  impropre  de  Vie  des  Pères,  ou  Fie  des  anciens 
Pères,  est  certainement  l'une  des  oeuvres  du  xiii^  siècle  qui 
eurent  le  plus  de  succès.  En  1884,  lorsque  feu  E.  Schwan  lui 
consacra,  dans  la  Roinania  (XIII,  233  et  suiv.)  un  article  impor- 
tant, on  en  avait  signalé  3  i  manuscrits^  dont  quelques-uns,  à  la 
vérité,  sont  incomplets.  De  plus  on  en  connaît  deux  anciennes 
éditions,   l'une  de   i486  ',   l'autre  de  1495.  Depuis    1884,  de 


I.  Celle  de  i486  est  indiquée  par  Schwan,  dans  le  mémoire  précité (i?ow., 
XIII,  240)  d'après  le  Catalogue  des  manuscrits  des  Bibliothèques  des  départements 
(série  in-40)  :  «  t.  I,  p.  340  ».  Au  lieu  de  «  t.  I  »,  il  faut  lire  «  t.  IV  ». 


32  p.     MEYER 

nouvelles  copies,  les  unes  complètes,  les  autres  consistant  en  de 
simples  fragments,  sont  venues  s'ajouter  à  la  liste,  à  savoir  : 

Un  ms.  à  La  Haye  {RomauiiJ,  XIV,  130). 

Deux  mss.  dans  la  collection  Ashbiirnham,  Appendix,  174  et  175.  Le 
n°  174  appartient  maintenant  au  Fitzwilliam  Muséum  (Cambridge),  voir 
Ronianid,  XXXIV,  492  ;  le  no  175  a  été  acquis  par  la  Bibliothèque  nationale, 
N.  Acq.  fr.  6855.  Ce  sont  deux  copies  du  xv^  siècle  dont  la  valeur  est 
médiocre. 

Quelques  extraits  transcrits  dans  le  ms.  B.N.fr.  Sï8  (Ro»ia>iia,  XIV,  585). 

Un  fragment  conservé  à  Cheltenham  dans  la  Bibliothèque  Phillipps 
(Romania,  XIV,  585). 

Un  autre  fragment  à  l'Arsenal,  ibid.,  586. 

Présentement  je  me  propose  de  faire  connaître  quelques 
feuillets  isolés  du  même  ouvrage  qui  n'ont  pas  encore  été  signa- 
lés. Assurément  ces  débris,  détachés  d'anciennes  reliures,  sont 
d'une  valeur  minime,  mais  d'abord  il  convient  que  tout  manu- 
scrit ou  fragment  de  manuscrit  appartenant  à  une  bibliothèque 
publique  soit  identifié,  et  d'autre  part,  si  de  simples  fragments 
ne  peuvent  pas  contribuer  pour  beaucoup  à  l'établissement 
d'un  texte  dont  on  a  d'excellentes  copies  complètes,  il  est  du 
moins  utile  de  les  classer,  car  il  n'est  pas  indifférent  de  savoir 
selon  quelle  proportion  les  manuscrits  d'un  ouvrage  se  répar- 
tissent entre  diverses  familles.  Faire  le  classement  des  nombreux 
manuscrits  complets  ou  fragmentaires  que  nous  avons  de  la  Vie 
des  Pères,  est  actuellement  impossible.  La  tentative  de  Schwan 
(^Romania,  XIII,  242  et  suiv.),  toute  méritoire  qu'elle  est, 
n'aboutit  qu'à  des  résultats  provisoires '.  Il  appartiendra  à  un 
futur  éditeur  de  la  Vie  des  Pères  de  la  recommencer  et  de  la 
mener  à  bonne  fin.  La  présente  notice  lui  fournira  quelques 
éléments  nouveaux. 

I.    —    BIBLIOTHÈQUE    DE    l'iNSTITUT    DE    FRANCE 

On  a  récemment  détaché  de  la  reliure  d'un  vieux  livre  de  la 
bibliothèque  de  l'Institut  trois   feuillets  de  parchemin  où  j'ai 


I.  Le  travail  de  Schwan  est  complété  sur  quelques  points  dans  la  petite 
préface  que  M.  Salverda  De  Grave  a  mise  en  tète  de  l'un  des  contes,  le 
no  38,  voir  Romama,  XIX,  370. 


Fragments  de  manuscrits  français  33 

facilement  reconnu  des  fragments  des  contes  5,  16,  et  17,  selon 
l'ordre  habituellement  suivi  '.  L'écriture  est  de  la  seconde 
moitié  du  xiii"  siècle.  De  ces  trois  feuillets,  deux  sont  entiers 
(sauf  quelques  déchirures  qui  enlèvent  des  bouts  de  vers).  Il  y 
a  deux  colonnes  par  page  et  trente  vers  à  la  colonne.  Le  troi- 
sième feuillet  est  rogné  en  haut  et  en  bas,  de  sorte  que  chacune 
des  quatre  colonnes  ne  contient  plus  guère  que  22  vers,  dont 
le  premier  et  le  dernier  sont  plus  ou  moins  endommagés.  C'est 
ce  petit  fragment  qui  contient  un  morceau  du  conte  5.  Ce  conte 
ayant  été  publié  en  entier  par  A.  Weber  avec  les  variantes  de 
nombreux  manuscrits-(p.  60  et  suiv.  de  la  dissertation  citée 
ci -dessous  en  note),  il  peut  être  utile  de  transcrire  ici  une  partie 
de  notre  fragment,  tout  en  reconnaissant  que  la  comparaison 
avec  le  texte  imprimé  ne  fournit  pas  le  moyen  de  le  classer 
d'une  façon  sûre.  L'édition  ne  donne  pas,  à  beaucoup  près, 
toutes  les  variantes.  —  Je  donne  tout  le  recto^  plaçant  en 
marge  les  numéros  des  vers  d'après  Weber  : 

Col.  I  D'un  preudome  qui  se  vivoit 

T-  ,        ,  ,1  De  ses  terres  qu'il  laboroit. 

tt  vos  le  volez  resembler  .   _        . 

76  Et  a  Deu  tolir  et  embler 

Voz  âmes?  c'est  trop  grant  folie. 

Si  lo,  tant  com  vos  avez  vie 
^  .,.,-,  ,  .  Sa  compaigne  en  fist  et  s  amie 

Cjue  vos  noz  vilains  tez  amendoiz  ^    ° 

o     T-       1;  T>  1  ■  (Q-ui  a  son  droit  la  earde  et  tient 

80  Et  a  1  amor  Deu  entendoiz,  ^^  ^ 

„   ,.,  ,  .  ^  ^  02  A  la  joie  des  cielx  en  vient) 

Qu  il  en  est  bien  seson  et  tens  :        ^  \  / 

^  .    ,  ,  .  r  Tant  c'un  ior,  por  esbanoier, 

Qui  plus  se  haste  si  tet  sens.  1     >  r 

S'en  torna  ses  terres  voier; 

Por  avoir  place  en  paradis    .  Si  aperçut  en  mi  son  blé 

84  Un  autre  conte  vos  devis  9^  Corpiaiis  qui  furent  aune... 


79  Corr.  O.  iv^  vilains  —  93-4  H  est  visible  que  nous  avons  ici  la 
bonne  leçon,  car  esbaneoir  veoir,  admis  par  Weber,  est  inadmissible, 
comme  du  reste  il  l'a  lui-même  remarqué  dans  sa  note  sur  ces  deux  vers 
(p.  80)  ;  esbanoier  et  voier  lui  étaient  fournis  par  des  mss.  qu'il  cite  aux 
variantes.   —   96  Le  mot  en  italiques  est  coupé;  plus  loin  (v.    107)  il   y  a 

I.  C'est  l'ordre  du  ms.  B.N.fr.  1546,  pris  pour  type  par  Alfred  Weber  dans 
sa  dissertation  sur  la  Vie  des  anciens  Pères  (Handschriftl.  Shtdien,  Frauenfeld, 
1876),  et  de  beaucoup  d'autres  mss.  Voir  aussi  la  table  des  contes  dressée 
par  G.  Paris  dans  une  note  jointe  à  l'article  deSchwan  (Ronmnia,  XIII,  140). 

Komania,  XXXV  2 


A  Deu  de  tôt  son  cuer  se  tint 
Et  en  toz  bons  fèz  se  maintint. 
Confession  n'oblia  mie, 


34 


MEYER 


Col.  II 


Cil  tost  au  prcudome  s'en  vint, 
Quant  sa  terre  despoiller  vint, 
Des  corspiaux  qu'il  avoit  trovez, 

io8  Et  cornent  il  les  ot  gitez 
En  autrui  blé  corne  vilains 
Et  de  grant  covoitise  plains  ; 
Si  avoit  ce  fet  a  autrui 

1 12  Q.u"il  ne  volsist  qu'en  feïst  lui. 
Moût  s'en  blasma,  moût  s'en  re- 
[prist, 
De  maintenant  confès  s'en  fist. 
Mes  li  chapelains  li  dist  bien  : 


1 16  «Amis,  vos  n'avez  forfet  rien  ; 
«  De  noient  estes  esgarez . 
«  Se  vos  atant  ne  m'en  créez, 
«  Alez  parler  a  un  hermite 

120  «  Qui    la    maint;    tost  vos  avra 

[dite 
«  La  vérité  de  ceste  chose. 
«  S'il  vos  en  blasme  ne  ne  chose, 
«  Si  fêtes  ço  qu'il  vos  dira, 

124  «  Droit  par  mi  le  voir  s'en  ira.  » 

Li  preudons  s'en  parti  atant 
Son  pis  de  ses  paumes  bâtant... 


Le  verso  contient  les  vers  135  à  15e  et  165  à  186. 

Les  deux  feuillets  entiers  ne  se  suivent  pas  ;  ils  devaient  être 
séparés  par  deux  ou  trois  feuillets.  Ils  contiennent,  je  l'ai  dit 
plus  haut,  des  morceaux  des  articles  16  et  17.  Du  n°  16 ', 
nous  avons  les  né  premiers  vers.  Voici  le  début  : 


Dex,  de  qui  tote  bontez  ist, 
Par  l'evangeliste  nos  dist  : 
Honore  ton  père  et  ta  mère 
4  Por  eschiver  la  mort  amere  '  : 
Si  vivras  longuement  sor  terre. 
Chascuns  doit  bone  vie  querre 


Et  li  fol  par  tôt  se  déçoivent  ; 
Li  fox  son  preu  fuit  et  refuse 
12  Et  quiert  son  pis,  ainsi  s'amuse. 
Si  a  moût  entre  fol  et  sage. 
Bien  doit  comparer  son  folage 
Qui  a  son  hoir  doner  entent 
Par  bien  penser  et  par  bien  querre,    16  Tant  qu'après  a  son  don  s'atent  ; 
(plere-  Mielz  li  vaudroit  morir  que  vivre 

8  Tant  qu'a    Deu  puissons  si  bien  Quant  a  sa  marende  se  livre, 

Li  sage  font  bien  ce  qu'il  doivent  Norris  bien  et  aime  ton  hoir, 


corspiaux.  Dans  les  deux  cas  le  ms.  1546  a  coipiax.  L'étymologie  de  ce  mot, 
qu'on  rattache  soit  à  couper  (Littré,  avec  doute,  et  Dict . général')  soit  à  cuspis 
(Diez,  II  c),  est  douteuse.  Au  moyen  âge  on  écrit  coipcau.  copeaus,  copiaus,  et 
cospeaus  corpeotis  (Godefroy,  Complément,  copel  ;  cf.  Du  Cange  ;  coipellus, 
COPELLUS,  coRPELLus)  ;  ces  deux  dernières  formes  semblent  être  les  plus 
anciennes.  Contrairement  à  l'opinion  de  M.  Thomas  (Mélanges  d'étymologie, 
p.  54),  je  crois  que  notre  copeau  et  l'anc.  fr.  coispel,  «  pointe  »,  sont  deux  mots 
distincts.  —  105    La  bonne  leçon  est  Tantost  au  p.  soi'int 

1.  Du  boterel,   dans    le  ms.  fr.    1546  (fol.   40  c).    Ailleurs  (voir  par  ex. 
Jahrb.f.  roman,  u.  cnglische  Literatur,  VU,  410),  le  titre  est  plus  long. 

2.  M.\TTH.  XV,  4;  Marc.  "VU,  10. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  35 

20  Et  il  le  suen  ;  saches  por  voir,  Mort  d'enfer  sor  le  fil  au  père 

Qiie  por  le  suen  t'oubliera  Qui  mal  fet  a  père  et  a  mère. 

Si  que  mendier  te  fera,  Qui  ceste  maldiçon  gaaigne 

Et    por    ce  vaut  mielz   mien  que  40  Ame  et  corsconfont  et  mehaigne: 

nostre,  L'amc  en  enfer  le  cors  el  monde 

24  Foi  que  doi  saint  Père  l'apostre.  Covient  que  cist  péchiez  confonde. 

Qui  a  ennor  velt  vivre  el  monde  Si  s'en  doivent  cil  prendre  garde 

Ge  lo  que  come  fox  se  tonde  44  Qui  père  et  mère  ont  en'lor'garde. 

Ainz  que  de  son  bien  se  deinete  (/')  Qui  de  .ij.  jeus  le  pieur  prent 

28  Ne  qu'en  bai/  de  son  fiu:^  se  mete,  A  son  escient  moût  mesprent. 

Car  si  vilaine/Hcw/  se  preuvent  Cis  prologues 'a  vos  ai  tret 

Li  plusor  que  veoir  ne  veullcnl  48  Por  essample  prendre  en  .j.  fet 

Père  ne  mère,  ainz  les  eschivent  Que  ci  emprès  vos  voil  conter  ; 

32  Quant  en  viellesce  povre  vivent,  Gueres  ne  couste  a  escouter. 

Et  quant  riche  sont  si  les  cuent.  Et  tel  le  porroit  bien  oïr 

Tant  que  de  lor  biens  les  desnuent.  52   Qui  au  loing  en  porroit  joïr 

Gels  qui  ce  font  Dex  les  maudit.  S'il  amoit  leauté  ne  bien 

36  Tesmoing  l'Escripture  qui  dit  :  Et  Damedeu  cremoit  de  rien 

Le  second  feuillet  contient  la  fin  du  conte  17,  intitulé  dans 
le  ms.  fr.  1546  (fol.  42)  :  De  celi  qui  espoiisa  rymcigc  de  pierre. 
Ce  conte  a  été  publié  deux  fois  :  par  Méon,  Nouveau  recueil,  II, 
295,  et  par  M.  Castets,  qui  n'a  pas  connu  l'édition  de  Méon', 
Revue  des  langues  romanes,  3^  série,  t.  IV,  p.  60.  Voici  les  pre- 
miers vers,  en  regard  desquels  je  place  les  numéros  de  la  der- 
nière édition  : 

Sa  pareil,  si  l'orent  plus  chiere 

Por  ce  que  c'estoit  la  première.  [484] 

Fox  est  qui  aime  sanz  amie; 
Li  borjois  qui  l'ot  establie 
Eu  bien  amez,  et  bien  anni... 

Les  derniers  vers  du  conte  proprement  dit,  tel  que  M.  Castets 
l'a  publié,  sont  : 


27  Les  parties  italiques  sont  enlevées  par  une  déchirure.  Je  les  rétablis 
d'après  le  ms.  1546  —  33  Ms.  1546  :  si  les  sieuent  —  57  Ms.  1546  :  El  jeu 
d'enfer  chicr  lo  compère  —  38  ^Mathieu  et  Marc,  /.  c.  —  52  Ms.  1546  :  Qui 
après...  et  les  deux  vers  suivants  manquent. 

I.  Cf.  Romania,  IX,  620-1. 


3  6  V.     MEYER 

Et  maint  niusart  et  maint  preudome 
Tant  com  en  estant  sera  Rome.         [5^6] 

Mais  il  y  a  à  la  suite,  dans  les  manuscrits,  une  série  de 
maximes  morales  formant  environ  72  vers,  dont  les  14  pre- 
miers se  trouvent  sur  la  seconde  colonne  du  verso  de  notre 
feuillet.  Les  voici  : 

Qui  ocvre  sanz  conseil,  bien  sache  Et  en  leu  de  beste  se  met 

Qu'a  poines  s'em  part  sanz  domache,  Qui  ordure  gitc  en  son  puis 

Et  qui  conseil  trueve  et  le  croit,  Et  de  l'eve  dedenz  boit  puis  : 

Son  preu  fet  et  s'onor  acroist.  Se  mal  li  fet,  c'est  a  bon  droit 

—  Qui  le  bien  voit  et  le  mal  prent  Quant  l'ordure  a  escient  boit. 
N'est  merveille  s'il  s'en  repent  '.  Moût  i  a  de  cels  qui  le  font 

—  Del'amor  de  Dieu  se  démet  Qui  bien  sevent  qu'il  se  mesfont. 


2.  —  FRAGMENT  DE  MAÇON 

Dans  le  t.  XLII  du  Catalogue  général  des  manuscrits  des  Biblio- 
thèques publiques  de  France,  qui  est  le  troisième  tome  d'un  sup- 
plément aux  catalogues  publiés  dans  les  tomes  I  à  XXXIX,  se 
lit  un  article  ainsi  conçu  : 

156.  Fragment  d'une  traduction  française  de  la  Vie  des  Pères,  chapitres  de 
l'Impératrice  et  de  la  Sacristaine. 

xnie  siècle,  parchemin,  2  feuillets  à  2  col.  mutilés  du  haut.  195  sur  150 
millim.  Initiale  bleue  et  rouge  (don  de  M.  Lex,  bibliothécaire,  1906). 

Ce  fragment  m'avait  été  communiqué  par  M.  Omont,  il  y  a 
quelques  années,  avant  l'impression  du  tome  XLII  du  Cata- 
logue général ,  et  j'en  avais  facilement  reconnu  le  contenu.  Il  a 
fait  partie  d'un  manuscrit  qui  devait  contenir  36  vers  par 
colonne  ;  actuellement  il  n'y  en  a  plus  que  29  ou  30,  les 
5  ou  6  vers  du  haut  ayant  été  coupés.  Le  premier  feuillet 
contient  une  partie  du  conte  de  l'Impératrice,  n"  11  de  la  liste 


I.  C'est  le  proverbe  dont  le  second  vers  se  trouve  ordinairement  sous  cette 
forme  :  //  se  foloie  a  escient  (Le  Koux   de  Lincy,  Livre  des prov.,   2»=  éd.,  II, 
394).  C'est  aussi  à  peu  près  le  début  du  conte  74  de  Weber  : 
Cil  qui  bien  soit  et  le  mal  prent 
C'est  a  bon  droit  s'il  s'en  repent. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  37 

de  Weber.  Le  second  feuillet  donne  un  fragment  du  conte  de 
la  Sacristaine,  n°  13  de  la  liste  de  Weber.  La  lacune  entre  ces 
deux  morceaux  peut  être  évaluée  à  trois  feuillets.  Le  conte  du 
Meurtrier  (Weber,  n°  12)  manque  entre  les  deux.  La  Sacris- 
taine est  publiée  dans  Méon,  Nouveau  Recueil,  II,  154.  Le  conte 
de  l'Impératrice  est,  autant  que  je  puis  croire,  inédit.  C'est  un 
récit  qui  a  été  compris  par  Gautier  de  Coinci  dans  ses  Miracles 
de  la  Vierge.  Mussatia  en  a  indiqué  deux  rédactions  latines,  sans 
déterminer  laquelle  de  ces  deux  rédactions  Gautier  avait 
suivie  ' . 

Il   suffira,  pour  donner  un  échantillon   du  ms.    de  Màcon, 
d'en  transcrire  une  quarantaine  de  vers  : 

Point  ne  se  senti  travaillie 

«  Si  te  dirai  dont  ele  sert  :  De  la  dolor  qu'ele  ot  eue, 

«  Tuit  H  mesel  qui  en  bevront,  Ainz  fu  replenie  et  peûe, 

«  Qui  de  bon  cuer  confès  seront,  Si  qu'ele  n"ot  ne  soif  ne  fain. 

«  Maintenant  seront  respassé  L'erbe  qu'ele  tint  en  sa  main 

«  Qu'il  en  avront  le  col  passé,  Mist  a  sa  boche  et  a  ses  euz  ; 

«  Et  saine  char  recoveront,  Molt  l'ot  chère  et  moll  l'ama  meuz 

«  Si  q'un  et  autre  le  verront.  Que  ne  feïst  l'onor  de  Troie. 

«  Mes  toz  jors  maintien  ma  mémoire  ;    Que  que  de  l'erbe  fesoit  joie, 

«  Si  saches  ceste  chose  a  voire  Si  vit  venir  une  galie  - 

«  Que  [a]  la  bone  fin  vendront  Devers  l'ile  de  Satalie 

«  Qui  ma  mémoire  maintendront.  «  Qui  venoit  vers  la  roche  a  force 

Une  nuit  et  .j.  jor  entier  Del  vent  qui  se  feroit  en  l'orce, 

Dormi  celé  sanz  esveillier,  Si  que  pleine  en  estoit  la  voile 

Et  qant  ele  fu  esveillie  De  bouqueran  fête  et  de  toile. 

Au  haut  de  la  col.  suivante  manquent  six  vers  que  je  rétablis 
d'après  le  ms.  fr.  1546  fol.  31  ^  : 

Dames  i  ot  et  autre  gent  Quant  paour  orent  de  l'orage 

Qui  a  .j.  mostier  simplement  Et  du  vent  qui  ci  les  prenoit 

Aloient  en  pèlerinage,  Qui  vers  la  roche  les  menoit. 


1.  Ueber  die  von  Gautier  de  Coiticy  be7iût:{ien  Ouellen  (Wien,  1894),  p.  28 
(Denkschriften  d.  K.  Akademie  âer  JVissenschaften  in  W-^c;/,  Philos. -hist.  Classe, 
t.  XLIV). 

2.  Ce  vers  et  les  quatre  suivants  sont  cités  par  Godefroy  sous  orge. 


38                                                          p.  MEYER 

Puis  notre  frai^ment  poursuit  ninsi  : 

Imil  que  par  Jorce  i  anncrercnt  '.  Totcvois  celc  part  alerent 

Quant  la  dame  seule  avisèrent  ■  Et  virent  celé  bcle  et  simple 

Mo!t  en  furent  esmervellié.  Qui  fu  en  chemise  et  sanz  guimpe. 

Bien  quidcnt  estrc  essillié,  Molt  eurent  grant  pitié  de  li, 

Quar  de  fantôme  se  doutèrent;  Que  bien  conurent  son  ennui. 


3.    —    FRAGMENTS   DE    CAMBRIDGE 

Ces  deux  fragments  consistent  en  deux  morceaux  de  parche- 
min, restes  de  deux  feuillets  d'un  manuscrit  exécuté  vers  le 
milieu  du  xiii'  siècle,  ou  peu  après.  Ils  forment  les  gardes  d'un 
livre  de  petit  format  appartenant  à  la  Bibliothèque  del'Univershé 
de  Cambridge  \  C'est  le  bas  des  feuillets  quia  été  rogné  :  le  haut 
est  intact.  Il  y  a  deux  colonnes  par  page,  conséquemment  quatre 
par  feuillet  :  en  tout,  huit  colonnes,  réduites  à  13  vers  chacune. 
Par  la  comparaison  avec  les  autres  mss.  on  voit  qu'il  manque 
18  vers  au  bas  de  chaque  colonne.  Je  commence  par  transcrire 
le  texte,  qui  appartient  au  conte  39  de  Weber,  le  demi  ami. 
Puis  je  présenterai  sur  l'origine  de  ce  conte  quelques  observa- 
tions. 

FEUILLET    I    RECTO 

Li  granz  avoirs  et  li  trésors  «  Por  mon  profit  et  por  mon  bien 

Que  l'en  pot  de  chascun  jorhors  «  Sei  ge  que  vos  me  chastiez, 

Ou  l'en  ne  met  pas  nule  chose.  «  Mes  vos  devez  estre  moût  liez 

Musarz  est  qui  conmencier  ose  «  Que  je  ne  sui  pas  truniellieres  >, 

Chose  qu'il  ne  puet  parfiner.  «  Ivroins*  ne  mellis  ne  lierres 

Reulement  se  doivent  mener  «  Ne  femmene  maintieng  ge  mie. 

Genz  qui  el  monde, voelent  vivre  c  Je  n'ai  acointe  ne  amie 

Porlor  conmencement  parsivre.  «  Dont  pleinte  ne  noise  vos  viegne. 


1.  Ce  vers  est  en  partie  coupé. 

2.  In  Psahnos  aliqiiot  David icos  Philippi  Melanchtonis  narrât iones  doclissime. 
Haganoe,  per  Johan.  Sac,  anno  mdxxviii.  In-8°.  Voy.  Panzer,  Annales 
typogr.,  VII,  p.  10 1  (no  270). 

5 .  Godefroy  cite  de  ce  mot  un  exemple  du  xve  siècle  et  le  traduit,  avec 
doute,  par  «  femme  joueuse  ».  Mais  c'est  le  cas  sujet  de  tranelcor,  inscrit  à 
son  ordre  alphabétique  avec  plusieurs  exemples.  Il  v  a  tri  bon  lier  es  dans  le 
ms.  1546  et  dans  le  ms.  de  l'Arsenal  cité  par  Godefroy  sous  triboleor. 

4.  Exemples  moins  anciens  de    ce   mot  dans  Godefroy. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


39 


Qui  tant  despent  en  sa  joenece 
Que  poures  est  en  sa  veillece, 
Honte  et  mesese  le  sorprcnt; 
Si  est  fox  qui  garde  n'i  prent, 
Qui  a  bien  fere  vcult  entendre 


«  Se  mon  cors  bone  vie  tiegne, 
«  En  tote  la  cité  de  Rome 
«  Ne  sai  enfant,  femme  ne  home 
«  Qui  ait  vers  moi  corroz  ne  ire. 
«  Einsi  le  jurre  por  voir,  sire. 


FEUILLET    I    VERSO 


«  Que  j'ai  de  bien  parlanz  amis 
«  Jusqu'à  la  montance  de  dis. 

—  Voire,   biau  filz?  —  Voire,  voir, 

[père, 
«  Foi  que  je  doi  l'ame  ma  mère. 

—  Biau  filz,  se  vos  me  dites  voir, 
«  Bien  avez  assis  vostre  avoir. 

«  Filz  j'ai  vescu  moût  longuement, 
«  Si  sachiez  vos  certainement 
«  Conques  tant  ne  poi  esploitier 
«  Que  j'en  parfeïsse  .j.  entier. 
«  Si  ai  ge  meint  home  servi  ; 
«  Tôt  adès  en  ai  .j.  demi 
«  Qui  par  tôt   mon  voloir  feroit 


«  Si  vos  pri  ge  com  a  ami 

«  Que  vos  aveuques  moi  viegniez 

«  Et  que  la  voie  m'anseigniez 

(I  Par  qoi  je  puisse  cstre  sauvez, 

«  Si  com  vos  fere  le  devez. 

«  Lors  si  orroiz  q'il  vos  diront 

«  Et  quel  aïde  vos  feront. 

—  Sire,  «  fet  il  »,  je  cuit  savoir 

«  Que  por  mètre  cors  et  avoir 

«  Ma  volenté  ne  defferoient, 

«  Ne  honte  avoir  ne  me  lerroient  ; 

«  Et  totes  voies  i  vueil  aler  '  ; 

«  N'est  pas  grant  peine  en  l'esprover. 


FEUILLET    2    RECTO 


«  Que  vos  par  tôt  m'aïdessiez 

«  La  ou  mon  besoing  seûssiez 

"  Et  vos  me  failliez  por  si  po. 

«  Or  sei  je  bien,  par  saint  Niqo, 

«  Ke  tel  ami  fet  fol  amer 

«  Qui  est  sanz  miel  e  plein  d'amer.  » 

De  lui  se  parti  meintenant, 

Si  s'en  ala  por  fol  tenant, 

Car  il  aperçut  bien  et  sot 

Que  son  servise  perdu  ot. 

A  l'autre  ami  revint  après 

Que  de  celui  manoit  bien  près; 

Si  li  conta  ce  qu'il  pensoit. 

Si  come  a  l'autre  fet  avoit. 


«  Qui  m'aime  ma  bouche  le  set, 

«  Et  qui  ne  m'aime  ne  li  chaut 

«  Se  je  muir  de  froit  ou  de  chaut.  » 

A  celui  plus  ne  sejorna  ; 

Sanz  congié  prendre  s"en  torna. 

Car  s'amisiié  pas  ne  li  sist. 

A  son  père  vint,  si  li  dist 

Les  responses  qu'il  ot  eues, 

Conques  ne  li  furent  teûes. 

Li  pères,  qui  bien  l'entendi. 

En  souriant  li  respondi  : 

«  Biau  filz,  je  le  savoie  bien 

«  Qu'en  tex  gent  n'avoit  nule  rien 

«  Fors  la  parole  seulement. 


I.  Ms.    v.,  ialer. 


40 


p.    MEYER 


FEUILLET  2    VKRSO 


Il  vint  a  son  père  et  H  dist 

La  rcsponse  qui  bien  H  sist. 

Lors  aperçut  que  bons  estoit 

Li  chastiz  que  fet  li  avoit. 

D'amis  volages  se  garda 

Et  de  trop  doner  se  tarda. 

Li  pères,  qui  moutfu  tendriers 

De  son  fill,  et  qui  volentiers 

A  bone  voie  l'atornast 

Et  de  mau  fere  destornast, 

Li  dist  :  «  Biau  filz,  or  entendez 

«  Et  par  bien  entendre  aprenez  ; 

«  L'en  ne  puet  s'a  bien  non  venir 

«  De  bons  exemples  retenir 


Les  biens  terriens  et  semé 
Sor  pierre  dure  et  en  tel  leu 
Ou  nos  ja  n'avrons  fruit  ne  preu. 
Cil  bien  au  besoing  nos  faudront, 
Aveuques  nos  pas  ne  vandront 
Devant  Deu  por  nos  délivrer. 
Ja  ne  les  i  porrons  mener  ; 
En  la  berele  nos  lerront 
Et  au  grant  besoing  nos  faudront. 
Li  seconz  amis  qui  est  nus, 
Qui  dist  que  jusq'a  l'uissanz  plus 
Copaignie  nos  portcroit, 
Mes  dedenz  mie  n'enterroit 
Por  amor  qu'il  eùst  a  ame. 


Pour  faciliter  l'intelligence  de  ces  fragments,  où  la  suite  des 
idées  n'apparaît  pas  très  clairement,  et  aussi  pour  la  clarté  des 
explications  qui  vont  suivre,  je  vais  analyser  le  conte.  La  scène 
se  pa.-^se  à  Rome.  Un  prudhomme  adresse  de  sages  avis  à  son 
fils,  jeune  homme  de  quinze  ans,  qui  dépensait  largement;  il 
lui  remontre  que  les  biens  de  ce  monde  sont  périssables,  et  que, 
à  dépenser  trop  en  jeunesse,  on  risque  d'être  pauvre  en 
vieillesse.  C'est  une  sorte  de  «  chastoiement  ».  Le  fils  reçoit 
avec  déférence  les  conseils  de  son  père,  et  excuse  sa  vie  dépen- 
sière en  disant  qu'il  espère  ainsi  acquérir  de  nombreux  amis. 
«  Combien  en  avez-vous  ?  »  dit  le  père.  —  «  Dix  »,  répond  le  fils. 
—  «C'est  beaucoup  »,  reprend  lepère:  «bien  que  j'aie  longtemps 
vécu,  je  n'ai  jamais  pu  en  avoir  plus  d'un  demi,  qui,  je  crois, 
ferait  tout  pour  moi.  Mettez  vos  nombreux  amis  à  l'épreuve. 
Dites  au  premier  que  vous  avez  commis  un  meurtre,  que  vous 
devez  vous  présenter  devant  l'empereur  pour  vous  défendre, 
et  demandez-lui  de  vous  accompagner  et  de  vous  tirer  de  ce 
mauvais  pas.  »  Le  fils  consent.  Il  se  rend  chez  un  premier  ami 
qui  refuse  absolument,  puis  chez  un  second  qui  s'ofire  à  l'ac- 
compagner jusqu'à  la  porte  de  l'empereur.  Le  fils,  sans  pousser 
plus  loin  l'expérience  (ce  qui  ne  laisse  pas  de  surprendre), 
retourne  auprès  de  son  père  et  lui  fait  part  des  réponses  qu'il 
a  reçues.  Le  père  lui  conseille  d'aller  trouver  le  demi-ami,  sur 


FRAGMENTS   DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  4I 

lequel  toutefois  il  n'ose  pas  beaucoup  compter,  lui  ayant  fait 
peu  de  bien.  Le  fils  fait  encore  cette  démarche  :  le  demi  ami  se 
met,  par  amour  pour  le  père,  à  sa  disposition  et  fera  tout  pour 
le  sauver.  Le  premier  ami,  ce  sont  les  biens  du  monde  ;  le  second, 
qui  nous  abandonne  à  l'instant  où  nous  aurons  (après  la  mort) 
à  paraître  devant  le  juge  souverain,  ce  sont  les  parents  qui 
assistent  aux  obsèques,  en  pensant  à  l'héritage,  la  femme,  qui 
déjà  songe  à  se  remarier.  Le  demi-ami  ce  sont  nos  bonnes 
œuvres,  les  aumônes  que  nous  avons  faites,  etc. 

Quel  est  le  type  original  de  ce  conte  ?  Il  y  a  deux  paraboles 
auxquelles  on  peut  songer,  et  qui,  bien  que  fort  analogues,  au 
point  qu'il  paraît  légitime  de  leur  supposer  une  origine  com- 
mune, diffèrent  cependant  beaucoup  dans  les  détails,  et  ont  été 
l'une  et  l'autre  maintes  fois  reproduites, avec  des  variantes,  dans 
les  littératures  du  moyen  âge  :  ce  sont  la  parabole  du  demi- 
ami,  dans  la  Disciplina  clericalis  de  Pierre  Alphonse,  et  la  para- 
bole des  trois  amis  dans  Barlaaii!  et  Josaphat  \  Voici  d'abord  le 
texte  de  h  Disciplinadericalis,  que  je  transcris  d'après  l'édition  de 
l'abbé  Labouderie  (Société  des  bibliophiles  français,  Paris,  1824, 
1. 1),  le  corrigeant  çà  et  là  d'après  le  ms.  B.  N.  latin  5397  (fol. 
147  0: 

Arabs  moriturus,  vocato  filio  suo,  dixit  :  «  Die,  fili,  quot  tibi,  dum  vixisti, 
«  acquisieris  amicos?  »  Respondens  filius  dixit  :  «  Centum,  ut  arbitrer,  acqui- 
«  sivi  amicos.  »  Dixit  pater  :  «  Quia  philosophus  dixit  :  <(  Ne  laudes  amicum 
«  donec  probaveris  eum.»  Ego  quidem  prior  natus  sum,  et  unius  dimidieta- 
«  tem  vixmihi  acquisivi  ;  tu  ergo  centum  quomodo  tibi  acquisisti?  Vade  igitur 
«  probare  omnes,  ut  cognoscas  si  quis  hominum  tibi  perfectus  erit  amicus.  » 
Dicit  filius  :  «  Quomodo  consulis?  »  Dicit  pater  :  «  Vitulum  interfectum  et 
«  frustatim  comminutum  in  sacco  repone,  ita  ut  saccus  forinsecus  sanguine 
«  infectus  sit,  et  cum  ad  amicum  veneris,  die  ei  :  Hominem,  care  mi,  forte 
«  interfeci  ;  rogo  te  ut  eum  secreto  sepelias  ;  nemo  enim  te  suspectum  habe- 
«  bit,  sicque  me  salvare  poteris.  »  Filius  fecit  sicut  pater  imperavit.  Primus 
amicus  ad  quem  venit  dixit  :  «  Fer  tecum  mortuum  super  collum  tuum  : 
«  sicut  fecisti   malum,  patere  satisfactionem  ;  in  domum  meam  non  introi- 


I.  Voir  l'article  de  M.  G.  Huet  intitulé  La  parabole  des  faux  amis,  dans  la 
Romatiia,  XXXIII,  87.  —  La  parabole  des  trois  amis  a  été  plus  d'une  fois 
mise  en  vers  français  d'après  Barlaam,  en  dehors  des  traductions, qui  nous  sont 
parvenues  de  ce  roman.  Citons  la  pièce  Bien  deicssons  essample prendre  (Zeitschr . 
J.  roui.  Pbil.,  XXII,  64,  et  Jean  de  Condé,  éd.  Scheler,  II,  m). 


42  p.    MEYER 

«  bis.  ))  Cum  autem  per  singulos  amicos  suos  sic  ecisset,  eodem  responso 
omnes  responderunt.  Ad  patrem  rediens,  renunciavit  quae  fecerat.Dixitpater  : 
«  Contigit  tibi  ut  dixit  pliilosophus  :  Multi  sunt  duni  numerantur  amici,  sed 
«  in  necessitate  pauci.  Vadc  ad  dimidium  amicum  queni  habeo,  et  vide  quid 
«  dicat  tibi.  »  Venit,  et  sicut  aliis  dixerat,  hiiic  dixit,  qui  ait  :  «Intra  domum; 
«  non  est  hoc  secretum  quod  vicinis  debeat  propalari.  »  Emissa  igitur  uxore 
cum  omni  familia  sua,  sepulturam  fodit.  Cum  autem  ille  oninia  videret  parata, 
rem  prout  erat  disseruit,  gratias  agens.  Deinderetulit  patri  quefeccrat.  Pater 
vero  dixit  :  «  Pro  tali  amico  philosophus  ait  :  «  Hic  est  vere  amicus  qui  te 
«  adjuvat  cum  tibi  substantia  déficit.  » 

Il  existe  un  rapport  évident  entre  ce  récit  latin  et  notre  récit 
français.  D'abord  l'idée  du  demi-ami,  pais  le  fait  que  le  fils, 
abandonné  par  ses  propres  amis,  rencontre  enfin  un  accueil 
favorable  chez  ce  demi-ami,  qui  est  celui  de  son  père  et  non 
pas  le  sien  ;  enfin  cette  circonstance  importante  que,  dans  l'un 
et  l'autre  texte,  le  crime,  qui  motive  l'épreuve,  est  supposé, 
tandis  que  dans  la  parabole  de  Barlaam,  dont  le  texte  latin  sera 
publié  plus  loin,  l'homme  qui  a  recours  à  ses  amis,  au  nombre 
de  trois,  est  sous  le  coup  d'une  accusation  réelle.  Il  y  a  aussi 
des  différences,  les  unes  secondaires,  les  autres  capitales.  Je 
considère  comme  secondaire  la  localisation  du  récit  :  chez 
Pierre  Alphonse  il  s'agit  d'un  Arabe,  dans  le  conte  français,  le 
père  est  un  bourgeois  de  Rome.  Que  le  jeune  homme  ait  (ou 
croie  avoir)  cent  amis,  comme  dans  le  latin,  ou  dix  comme 
dans  le  français,  il  n'y  a  pas  lieu  d'attribuer  grande  importance 
à  ce  détail.  Mais  il  est  plus  intéressant  de  remarquer  que  dans 
le  français  le  père  avoue  qu'il  n'a  jamais  montré  à  son  demi- 
ami  une  bienveillance  particulière,  aveu  qui  manque  dans  la 
Disciplina,  et  qui  au  contraire  se  retrouve  dans  le  conte  français 
et  âiins  Barlaam.  Enfin,  la  moralisation  qui  termine  le  récit 
français  n'existe  pas  chez  Pierre  Alphonse  et  est  exactement  celle 
que  nous  présente  Barlaam.  Il  paraît  donc  certain  qu'il  y  a 
dans  le  conte  français  une  fusion  des  deux  paraboles.  La  seule 
question  qui  se  pose  est  de  savoir  si  cette  fusion  doit  être 
attribuée  au  poète  français  ou  si  elle  existait  déjà  dans  un  texte 
latin  inconnu.  Je  pose  la  question  sans  la  résoudre.  D'une  part 
en  effet  il  est  certain  que  l'auteur  de  la   Vie  des  Pères  '  traitait 

I.  Plus  exactement  des  42  premiers  contes.  On  sait  que  la  suite  est  d'un 
autre  écrivain. 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS  43 

avec  liberté  les  matières  qu'il  mettait  en  vers;  et  sans  doute  il 
eût  été  capable  de  fondre  ensemble  deux  contes  analogues, 
originairement  distincts'.  Mais  d'autre  part  nous  connaissons 
plusieurs  récits  où  la  parabole  de  Pierre  Alphonse  et  celle  de 
Barlaam  sont  combinés  de  façon  variable  \  Les  deux  hypothèses 
exprimées  plus  haut  sont  donc  a  priori  aussi  admissibles  l'une 
que  l'autre.  Aucun  des  récits  combinés  qu'on  a  signalés  jusqu'à 
présent  ne  paraît  être  la  source  du  conte  de  la  Vie  des  Pères, 
mais  il  n'est  pas  impossible  que  l'on  trouve  un  jour  une  rédac- 
tion latine  où  les  types  fournis  par  la  Disciplina  et  par  Barlaam 
soient  combinés  comme  dans  la  Fie  des  Pères  K 

Afin  de  permettre  la  comparaison  entre  les  deux  types,  je  tran- 
scrirai maintenant  la  parabole  de  Barlaam,  où  il  n'est  pas  ques- 
tion d'un  demi-ami,  mais  qui  doit  être  intitulée  «  les  trois 
amis  ».  On  la  cite  ordinairement  d'après  le  texte  grec,  qui, 
naturellement,  n'a  pas  été  connu  en  Occident,  ou  d'après  la 
traduction  latine  de  Jacques  de  Billy  (1602),  réimprimée  par 
Rosweyde,  dans  ses  VitcB  Patrum  (161 5  et  1628)+,  mais  il  y  a 
tout  avantage  à  citer  l'ancienne  traduction  latine,  dont  on  a 
des  manuscrits  dès  le  xii^  siècle,  et  par  laquelle  la  fabuleuse  his- 
toire de  Barlaam  et  Josaphat  a  pénétré  dans  les  pays  romans^. 
Je  transcris    le  texte   d'un  ms.    du    Musée    britannique,  Add. 


1.  Peut-être  inconsciemment,  car  bien  souvent  il  parait  avoir  écrit  de 
mémoire,  sans  avoir  le  texte  sous  les  yeux. 

2.  Par  exemple  celui  des  Gcsla  Koinaiiorutn,  ch.  129.  Dans  ce  récit  il  y  a 
trois  amis,  comme  dans  Barlaam  ;  la  moralisation  aussi  est  à  peu  près  sem- 
blable. Mais  d'autre  part  l'épreuve  est  la  même  que  dans  la  Disciplina,  c'est-à- 
dire  que  le  jeune  homme,  sur  le  conseil  de  son  père,  feint  d'avoir  commis 
un  meurtre  et  se  présente  chez  ses  trois  amis  portant  dans  un  sac  un  porc  qu'il 
vient  de  tuer,  et  qu'il  prétend  être  le  cadavre  de  sa  victime.  Cette  rédaction 
ressemble  assez  à  celle  de  la  Vie  des  Pires,  où  toutefois  certains  traits  de  la 
Disciplina  sont  mieux  conservés.  —  Ce  qui  prouve  combien  la  teneur  de  ces 
récits  est  flottante  et  variable,  c'est  que,  dans  une  forme  particulière  des 
Gesta  Romanorum  (éd.  W.  Dick,  1890,  n°  196),  la  même  parabole  se  présente 
sans  moralisation  et  avec  une  fin  toute  différente,  et  d'ailleurs  absurde. 

3.  Il  faudrait  retrouver  la  source  de  la  rédaction  des  Gesta.  Mais  on  n'a  pas 
encore  étudié  avec  méthode  les  sources  de  cette  compilation. 

4.  Aussi  dans  la  Pat rologie  latine  de  Migne,  tome  73. 

5.  Je  l'ai  déjà  citée  à  propos  d'une  autre  parabole,  Romania,  XIII,  593.    . 


44  P-     MEYER 

17299  (fol.  37),  de  la  fin  du  \ir'  siècle".  Je  le  publie  d'autant 
plus  volontiers  que  j'aurai  à  m'}'  référer  à  propos  d'un  autre 
fragment,  en  français  d'Angleterre,  que  je  ferai  connaître  plus 
loin. 

Senex  vero  disit  :  Rursus  similes  sunt  amatores  secularium  delectationum, 
et  qui  harum  dulcedine  illiciuntur  atque  futuris  et  stabilibus  fluida  et  fragi- 
lia  preferunt,  homini  qui  très  amicos  iiabuit,  quorum  quidem  duos  precor- 
dialiter  et  affectuose  honorabat  ac  vehementer  eorum  caritate  afficiebatur, 
usque  ad  mortem  pro  ipsis  agonizans  et  periclitari  desiderans.  Adversum 
tercium  vero  multo  ferebatur  despectu,  neque  honore  neque  decenti  eum 
aliquando  gratificans  dilectione,  nisi  modicam  quandam  et  exiguam  ad  cum 
simulans  amiciciam.  Venerunt  ergo,  die  quadam,  terribiles  quidam  ac  preci- 
pui  milites,  festinantes  celeritate  multa  liuncad  imperatoremducere,  rationem 
redditurum  pro  debito  decem  millia  talentorum.  Coartatus  vero  ille  quere- 
bat  adjutorem  ad  subveniendum  sibi  in  terribili  rationis  positione  apud 
regem.  Currens  igitur  ad  primum  suum  et  pro  omnibus  aliis  carissimum 
amicum,  dicit  ei  :  «  Nosti,  o  amice,  quomodo  animam  meam  semper  pro 
«  te  posui;  nunc  autem  indigeo  auxilio  tuo  in  die  ista,  detinente  me  necessi- 
«  tate.  Quomodo  ergo  promittis  michi  nunc  auxiliari,  et  que  apud  te  reposita 
(  michi  spes  est,  dilectissime  ?  »  Respondens  ergo  ille  ait  :  «  Non  sum  ami- 
«  eus  tuus.  o  homo,  neque  scio  quis  sis.  Habeo  enim  alios  amicos  cum  qui- 
«  bus  oportet  me  hodie  letari,  et  amicos  istos  a  modo  possidebo,  Prebeo 
«  tamen  ccce  tibi  (Jol.  ^S)  ciliciola  duo  ut  habeas  ea  in  via  qua  ambulas, 
«  que  tamen  nichil  tibi  proderunt,  et  nullam  aliam  spem  a  me  prestoleris.  » 
Hec  audiens  ille  et  diffidens  de  auxilio  quod  speraverat  ab  eo,  ad  secundum 
perrexit  amicum.  Cui  et  ait  :  «  Recordare,  amice,  quantum  a  me  recepisti 
«  honoris  et  gratie.  Hodie  vero,  in  tribulationem  corruens  et  adversitatem 
«  maximam,  auxiliatore  opus  habeo.  duantum  vero  ^  vales  michi  subvenire 
«  nunc  indica  michi.  »  Ille  vero  ait  :  «  Non  vacat  michi  hodie  ut  tecum 
n  subeam  agonem.  Curis  enim  et  ego  ac  sollicitudinibus  circundor,  et  in 
«  tribulatione  sum.  Modicum  tamen  tecum  pergam  quamvis  non  tibi  sit 
«  profuturum.  »  Et  statim  domum  reversus  et  undique  destitutus,  lamenta- 
batur  se  ipsum  de  vana  spe  ingratorum  suorum  amicorum  et  de  inutilibus 
laboribus  quos  pro  illorum  sustinuit  dilectione.  Pergit  etiam  ad  tertium 
amicum  de  quo  nunquam  curam  habuit,  nec  socium  Içticie  suç  advocavit,  et 
ait  ad  eum,  confuso  et  in  terram  vultu  demisso  :  «  Non  habeo  os  loquendi 


1.  Acquis  en  1848.  Ce  ms.  paraît  avoir  été  fait  en  France.  La  reliure 
(xviiie  siècle)  est  française.  —  Le  Musée  possède  deux  autres  copies  de  la 
même  version  (voir  Ward,  Catalogue of  romances ,  II,  125-7),  ^^  ^"  outre  divers 
abrégés. 

2.  Ailleurs  er^o. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  45 

«  ad  te.  Cognosco  enim  diligenter  quia  nunquam  tibi  benefèci  nec  amicabi- 
«  liter  erga  te  me  habui  ;  sed,  quoniam  adversitas  apprchendit  me  durissima 
«  et  nullam  spem  salutis  in  ceteris  amicis  meis  repperi,  veni  ad  te  rogans  : 
«  Si  est  tibi  possibile  quodlibet  auxilium,  vel  modicum,  impendere,  ne 
«  tardes,  memor  ignorantiç  meç.  »  Tune  ille  respondit  ei  hylari  ac  sereno 
vultu  :  «  Certe  amicum  meum  carissimum  confiteor  te  esse,  et  modici  illius 
«  tui  beiieficii  non  immjmor,  cum  usura  retribuam  tibi.  Ne  timeas  ergb 
«  neque  formides.  Ego  enim  precedam  te,  ego  interveniam  pro  te  apud 
M  regem,  et  non  tradam  te  in  manibus  ininiicorum  tuorum.  »  Confide  ergo, 
«  dilectissime,  et  ne  tristeris.  »  Tune  compunctus  ille  diccbat  cum  lacrimis  : 
(vo)  «  Heu  michi  !  quid  prius  lamentabor  aut  quid  potius  plangam  ?  Vanum 
«  affectum  meum  reprehendam  quem  ingratis  illis  et  falsis  exhibui  amicis, 
«  an  amentiam  meam  plangam  que  huic  vero  et  germano  amico  nullam 
«  ostendi  familiaritatem?  » 

Josapliat  auteni  et  istum  cum  ammiratione  sermonem  suscipiens,  exposi- 
tionem  requirebat. 

Tune  Barlaam  ait  :  Primus  amieus,  utique  est  divieiarum  possessio,  et 
amor  pecuniarum  pro  quibus  homo  multis  subjacet  periculis,  et  plurimas 
sustinet  miserias.  Veniente  vero  ultimo  mortis  termine,  nichil  ex  omnibus 
illis  nisiquç  ad  sepulturam  pertinent  inutiles  accipit  panniculos.  Secundus  autem 
amieus  voeatur  uxor  '  et  filii  et  eeteri  cognati  et  amici  quorum  affectui  adhé- 
rentes inseparabiliter  tenemur,  ipsam  animam  et  corpus  propter  illorum 
spernentes  amorem.  Sed  nullam  aliquis  ex  eis  utilitatem  consequitur  in  hora 
mortis,  nisi  quod  tantummodo  usque  ad  monumentum  seeum  pergunt.  De- 
inde  mox  revertentes  suis  vacant  curis  et  sollicitudinibus,  non  minus  obli- 
vioni  memoriam  quam  corpus  aliquando  amici  operientes  sepulchro.  Ami- 
ens vero  tertius,  despeetus  et  gravis,  non  faniiliaris,  sed  exosus  et  quasi  aver- 
sus,  justorum  operum  chorus  est,  videlicet  fides,  spes,  caritas,  elemosina, 
humanitas  et  eçtera  virtutum  congregatio  quç  potest  precedere  nos  cum  exi- 
mus  de  corpore  et  pro  nobis  apud  Deum  intervenire  et  de  inimicis  et  crude- 
libus  exaetoribus  liberare,  qui  calumniam  et  amaram  rationis  exactionem 
nobis  commovent,  in  aère  nos  eomprehendere  temptantes.  Iste  est  gratus 
amieus  et  bonus  qui  et  modicum  bonum  opus  nostrum  in  memoriam  fert 
et  cum  usura  nobis  integrum  restituit. 

Il  a  été  fait  de  cette  version  divers  abrégés  qu'il  n'est  pas 
utile  de  prendre  ici  en  considération.  Mais,  ce  qui  est  vérita- 
blement intéressant  c'est  que,  parmi  les  exempla  de  Jacques  de 
Vitri.  il  s'en  trouve  un  qui,  bien  que  visiblement  identique 
par  le  fond  à  la   parabole   de   Barlaaiii,    en   diffère  cependant 


I.  Je  rétablis,  d'après  les  autres  mss.,  uxor  qui  manque  dans  l'Add.  17299. 


4^  p.     MEYER 

par  les  circonstances  du  récit  '.  Il  ne  s'agit  plus,  comme  dans 
le  texte  précédent,  d'un  comptable  appelé  inopinément  à  rendre 
ses  comptes,  mais  d'un  serviteur  (scrvicns)  qui  n'a  pas  craint 
d'accueillir  les  ennemis  de  son  seigneur  dans  le  château  dont 
la  garde  lui  avait  été  confiée.  Autre  différence  :  le  troisième 
ami  est  le  Christ,  et  non  plus,  comme  dans  Barlaani  un  groupe 
de  vertus  ^  Ces  récits,  passant  de  bouche  en  bouche,  subis- 
saient de  perpétuelles  modifications.  C'était  comme  une  matière 
malléable  que  chacun  accommodait  à  sa  guise. 

4.    —    BIBL.     NAT.     LATIN      IO769. 

Ce  ms.  est  classé  dans  le  fonds  latin  parce  que  le  premier  des 
ouvrages  qu'il  renferme  (ff.  1-121)  est  en  latin.  Mais  du  fol. 
122  au  fol.  179  il  contient  une  copie  de  V Image  du  monde, 
seconde  rédaction,  qui  se  termine  par  cet  explicit  où  le  copiste 
se  nomme  : 

Chi  fenist  l'Image  du  monde 

Dont  vos  avez  oï  la  somme, 

Escrit  l'an  d'incarnation 

Mil  et  trois  chens  et  .x.  en  son. 

.1.  clerc  l'escrit  de  poi  d'afere, 

Car  autre  cose  ne  pont  fere  : 

On  l'apele  Raol  Crisnon 

Par  sen  droit  non  et  par  sournon. 

Jesucrist  5  otroit  bon  repos 

A  s'ame  quant  ira    du  cors  !  Amen  '. 

A  la  suite  de  Vliiiage  du  monde  est   copié,   d'une  écriture 


1.  Crâne,  The  exeiiipla  oj  Jacques  de  Vitry  (London,  1890),  n"  cxx.  C'est 
le  no  108  des  Latin  stories  de  Th.  Wright. 

2.  Une  rédaction,  qui  est  au  fond  celle  de  Jacques  de  Vitri,  mais  qui  s'en 
écarte  sur  certains  points,  est  copiée  isolément  dans  le  ms.  1249  (fol.  80)  de 
la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève.  Là  les  amiS  sont  au  nombre  de  quatre,  le 
troisième  est  le  diable,  conception  qui  ne  se  trouve  nulle  autre  part;  le  qua- 
rième  est  le  Christ. 

5.  Il  ne  semble  pas  que  ce  manuscrit,  dont  la  valeur  est  médiocre,  ait  été 
signalé  dans  les  travaux  que  nous  possédons  sur  V Image  du  inonde. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  47 

fine  et  serrée  le  conte  38  de  Weber.  Je  me  borne  à  en  trans- 
crire  le  début  : 

De  la  noiuiaiii  en  qui  le  diable  se  tnist  pour  sa  viande  qu'elle  ne mie. 

Mauvez  est  qui  ne  gucrredonne  Son  serviche  pert  et  sa  pêne 

Et  ne  désert  che  c'onli  donne.  Qui  du  maufé  servir  se  pêne  ' 

Pour  che  deserf  que  bien  me  faciles,  Q.u'en  tel  manière  et  en  tel  guize 

Non  pas  pour  che  que  tu  me  haches.  Rent  a  son  serjant  tel  servise  : 

Vilein  guerredon  me  rendroit  Premièrement  cheli  honist 

Qui  pour  bien  servir  me  batroit.  Q_ui  plus  le  sert  et  obeïst.  .  . 


III.  —  FRAGMENT  D'UNE  RÉDACTION    DE  LA  PARABOLE 
DU  DEMI-AMI  FAITE  EN  ANGLETERRE 

Ce  fragment  se  compose  de  deux  feuillets  de  parchemin, 
rognés  du  haut,  qui  servent  de  feuillets  de  garde  à  un  manu- 
scrit de  la  Bodléienne,  fonds  Bodley  82  ^.  Le  manuscrit  pro- 
prement dit_,  qui  a  de  lintérèt  pour  l'histoire  de  la  littérature 
française  en  Angleterre,  sera  de  ma  part,  l'objet  d'une  pro- 
chaine notice. 

Revenons  à  nos  deux  feuillets.  Il  y  a  bien  des  années  que  je 
les  ai  transcrits.  Je  ne  me  pressais  pas  de  les  publier,  ne  déses- 
pérant pas  de  trouver  un  texte  complet  du  poème  auquel  ils 
appartiennent.  Mais  cet  espoir  ne  s'est  pas  réalisé  et  j'arrive  à 
un  moment  de  la  vie  où  il  est  prudent  de  ne  pas  reculer  indéfi- 
niment l'achèvement  des  travaux  commencés.  L'écriture  est  de 
la  première  moitié  du  xiv^  siècle.  Elle  est  disposée  sur  deux 
colonnes,  à  vingt-six  vers  par  colonne.  Les  feuillets  ayant  été  très 
rognés,  pour  s'accommoder  au  format  du  livre,  le  premier  vers 
de  chaque  colonne  est  plus  ou  moins  entamé.  Le  poème,  qui 
peut  être  attribué  au  milieu,  environ,  du  xiii''  siècle,  est  en 
strophes  de  six  vers  disposés  selon  une  forme  {a  ab  c  c  F)  qui  a 
été  fort  usitée  dans  la  poésie  latine  rythmique  et  dans  la  poésie 
vulgaire.    Elle    est    surtout    fréquente    dans   les    compositions 


1 .  Lire  mauvais  et  non  rnaufé.  C'est  un  proverbe  bien  connu  :  Le  Roux  de 
Lincy,  II,  174,  392  ;  Tristan  de  Thomas,  éd.  Bédier,  v.  1955,  etc. 

2.  Ancien  N.  E.  E.  127;  no  2274  des  Catalogi  de  Bernard  (1696). 


4S  l'.     MEVER 

françaises  d'Angleterre  et  dans  la  poésie  anglaise  du  moyen 
âge  '.  Ce  qu'il  y  a  ici  de  notable,  c'est  que  le  sens  se  continue 
parfois  d'une  strophe  à  l'autre  (voir  str.  11,  14,  26,  27,  29), 
tandis  que,  dans  les  autres  exemples  qu'on  a  de  cette  forme,  la 
fin  de  la  strophe  est  en  même  temps  celle  de  la  phrase.  La 
langue  est  dans  un  état  avancé  de  déchéance  phonétique  ;-/ et 
-ic  riment  ensemble;  de  même  -er  et  -ère,  etc. 

Nos  fragments  appartiennent  à  une  rédaction  dans  laquelle, 
de  même  que  dans  celle  de  la  Fie  des  Pères,  le  récit  de  la 
Disciplina  clcricalis  a  été  combiné  avec  celui  de  Barlaaiii. 
En  voici  le  résumé  :  Un  prince  (probablement  un  roi),  avait 
pris  son  fils  pour  sénéchal.  Mais  ce  fils  remplissait  fort  mal  sa 
fonction.  Il  était  «  volage  »  et  passait  son  temps  à  jouer. 
Même,  il  dissipait  en  orgies  les  sommes  qu'il  recevait  au 
nom  de  son  père.  C'est  du  moins  ce  qui  semble  ressortir  des 
premières  strophes;  nous  avons  dit  que  l'ouvrage  était  incom- 
plet du  début.  Le  père  se  montra  d'abord  indulgent  :  il  envoya 
à  son  fils  des  messagers  chargés  de  lui  adresser  des  représenta- 
tions; mais  voyant  qu'il  n'en  était  tenu  aucun  compte,  il  jura 
que,  si  le  jeune  homme  ne  lui  rendait  pas  un  compte  exact  des 
sommes  perçues,  il  le  ferait  pendre.  Le  fils  demanda  un  répit  de 
huit  jours  qui  lui  fut  accordé.  Il  alla  demander  conseil  à  sa 
mère.  «  Beau  fils  »,  lui  dit  celle-ci,  «  du  temps  que  vous  étiez 
homme  puissant,  avez-vous  su  vous  faire  un  ami  lo3'al  qui 
puisse  vous  venir  en  aide  ?  »  Le  jeune  homme  répondit  qu'il 
avait  deux  amis  et  un  demi.  La  dame  lui  conseilla  d'aller  les  trou- 
ver. Le  fils  se  rend  auprès  du  premier  ami.  —  Ici  lacune.  —  Quand 
le  texte  reprend,  au  second  feuillet,  le  récit  est  terminé  :  évi- 
demment, commedans  les  autres  r-édactions  de  la  parabole,  le  fils 
n'avait  trouvé  aucun  secours  chez  les  deux  amis  qu'il  chérissait 

I.  M.  Naetebus  n'en  cite  que  trois  exemples  français,  tous  fournis  par  des 
poèmes  écrits  en  Angleterre  (Die  nicht-lyrischeii  Strophenfornieu  des  Alt/ran- 
:{osischen,  art.  LXiii  (pp.  152-3).  Mais  il  y  en  a  d'autres,  et  jusqu'aux  derniers 
temps  du  moven  âge.  C'est  une  des  formes  du  rythme  que  Fabri  {Le  grand 
et  vrai  art  de  plaine  rlietoriqiie,  éd.  Héron,  II,  50)  appelle  «  deux  et  art  »  et 
qu'il  serait  plus  correct  d'appeler  «  deus  et  as  »,  comme  le  remarque  l'éditeur 
dans  sa  note  sur  ce  passage.  C'est  du  reste  le  nom  adopté  dans  un  des  arts 
de  seconde  rhétorique  publiés  par  M.  E.  Langlois  (p.  225).  —  En  anglais, 
c'est  la  forme  des  proverbes  de  Hending  (voir  Romania,  XV,  534)  et  du  Sir 
Thopas  de  Chaucer. 


FRAGMENTS    DE    MAMUSCRITS    FRANÇAIS  49 

le  plus  et  pour  qui  il  s'était  dévoué,  tandis  que  le  «  demi- 
ami  »  avait  plaidé  sa  cause  devant  le  roi  et  l'avait  sauvé.  Le 
second  feuillet  contient  la  morale  de  la  parabole  et  autre  chose 
encore.  Cette  autre  chose  est  intéressante,  et  nous  permet  de 
nous  former  une  idée  de  ce  que  devait  être  le  poème  dont  ces 
deux  feuillets  nous  ont  conservé  un  fragment.  La  parabole  expo» 
sée,  nous  voyons  intervenir  un  interlocuteur,  du  nom  de 
William,  qui  remercie  le  narrateur,  lui  disant  :  «  Sire,  mille  fois 
merci  :  vous  m'avez  appris  comment  je  dois  aimer  le  monde 
et  quels  sont  les  amis  à  qui  je  dois  faire  part  des  biens  que 
Dieu  m'a  donnés  :  ce  que  j'ai  donné  à  des  amis^  à  des 
parents,  est  perdu.  »  Sur  quoi  le  narrateur  reprend  son  exhor- 
tation morale  :  «  Il  n'est  pas  d'enfant,  dit-il,  qui  aime  son  père 
autant  que  son  père  l'aime.  Le  père  mort,  il  ne  pense  qu'à  l'héri- 
tage. Ce  n'est  pas  amour,  c'est  haine  évidente,  quand  on  souhaite 
la  mort  de  son  père  pour  avoir  son  bien.  Aussi  doit-on,  quand  on 
en  a  le  loisir  en  cette  vie  mortelle,  dépenser  son  bien  en  telle 
manière  qu'on  en  sache  rendre  compte  au  jour  du  Jugement; 
et  si  on  attend  qu'autrui  le  dépense,  on  est  trahi  vilement.  Que 
personne  ne  se  fie  aux  exécuteurs  [testamentaires],  car  ce  sont 
les  plus  terribles  traîtres  qui  soient  en  terre.  Ils  promettent  de 
faire  droit  '  quand  vous  leur  confiez  le  soin  de  vos  affaires  ; 
mais  aussitôt  que  vous  serez  mort,  ce  droit  se  changera  en  tort. 
Pas  une  maille  ne  sera  donnée  là  où  vous  l'aviez  assignée,  à 
moins  qu'il  se  trouve  un  témoin  du  legs  ou  que  le  souverain 
intervienne  et  impose  sa  volonté....  Dieu  n'y  aura  pas  sa  part. 
Les  exécuteurs  prendront  tout  à  leur  discrétion  et  feront  le 
jugement  :  «  Partageons,  diront-ils  :  tout  cela  est  à  nous.  » 
Telle  est  la  patenôtre  qu'ils  en  disent.  Peu  leur  chaut  de 
l'àme,  où  elle  aille,  mais  ils  s'occupent  activement  à  partager  les 
biens  entre  eux  en  parts  égales  ^.  » 

Il  n'est  pas  facile  d'étudier  dans  le  détail,  cette  rédaction  oii  le 
début  manque  et  dont  les  deux  fragments  sont  séparés  par  une 
importante  lacune.  Toutefois  on  peut  relever,  comme  venant  de 
la  Disciplina  clérical is,  la  mention   du    «  demi-ami  »,  Pour  le 

1.  Faire  droit,  au  sens  du  moyen  âge,  payer  ce  qui  est  dû. 

2.  Ces  imputations  contre  les  exécuteurs  testamentaires  sont  fréquentes  au 
moyen  âge.  Voir  par  ex.;  William  de  Waddington,  éd.de  l'-E.  £.  T.  5.,  p.  202 
et  suiv.  (cf.  Hist.  lilt.  de  la  Fr.  XXVIII,  280);  Coules  de  Boion,  pp.  103  et  1 56. 

Romania,  XXXy  A 


50  1'.    MEYER 

reste  c'est  bien,  semhle-t-il,  la  rédaction  de  Barlaam  qui  est  sui- 
vie. Ainsi  l'homme  qui  se  voit  obligé  de  recourir  à  ses  amis  a  com- 
mis une  faute  réelle  :  il  ne  s'agit  pas,  comme  dans  la  Disciplina 
d'un  crime  imaginaire.  Mais  il  y  a  pourtant  une  divergence 
notable.  Dans  toutes  les  rédactions  que  je  connais  l'homme 
accusé  et  le  souverain,  empereur  ou  roi,  ne  sont  unis  par  aucun 
lien  de  parenté.  Ici  c'est  à  son  père  que  l'accusé  doit  rendre  ses 
comptes;  c'est  son  père  qui  le  fera  pendre  s'il  n'arrive  pas  à  se 
justifier.  C'est  là  une  modification  peu  heureuse  du  type  primitif. 

Il  y  a  encore  une  autre  remarque  à  faire.  Le  fragment  d'Ox- 
ford semble  appartenir  à  un  ouvrage  moral  où  la  parabole  était 
citée  à  titre  d'exemple.  La  parabole  se  termine  avec  la  strophe 
23.  A  la  strophe  24  le  texte  continue  comme  suit  :  «  Sire, 
dis-je,  merci  mille  fois.  Vous  m'avez  sagement  appris  et  ensei- 
gné comment  je  dois  aimer  le  monde,  à  quels  amis  je  dois 
faire  part  des  biens  que  Dieu  m'a  donnés...  » 

C'est  le  langage  d'un  disciple  s'adressant  à  son  maître,  d'un 
fils  parlant  à  son  père.  Et,  à  la  strophe  26,  le  père  ou  le  maître 
reprend  son  exhortation  morale  en  nommant  William  celui 
dont  il  fait  l'éducation.  Nous  avons  donc  peut-être  ici  les  débris 
d'un  poème  moral,  d'une  sorte  «  d'enseignement  »,  qui,  je  le 
répète,  m'est  complètement  inconnu.  Voici  le  texte  : 

I . . dépendre  Pur  quant  que  fust  en  ceste  vie, 

D'autri  bens  senz  acunte  rendre,  Tant  fu  de  mal  su.spris. 

Kar  celi  .  r\       ^  •  •. 

4  Quant  son  père  iceo  vit, 

Qui  volunters  vult  acuntcr  «  u       1        j  j-. 

^  A  un  son  chevaler  ad  dit 


Dreit  vult  fere  z  dreit  aver 
Et  ren  d'autri. 


K'il  out  nurrie 
Ke  il  auge  a  son  fiz 


z  k'il  le  chastie  par  beaus  diz 
2  Son  père  esteit  un  hom  sage,  j^^  ^^  ^^jj^ 

Ne  trop  hastifs  ne  trop  volage  ; 

Si  s'aperçust  bien,  5   Cil  chevaler  se  mist  avant, 

z  quidout  ben  ke  amender  Amunt  z  aval  l'ala  querant. 

Se  devereit  ;  pur  ceo  chastier  ^^  '^^>  ""  "i^tin> 

Nel  volt  de  rien.  ^^"^  ^  ""^  ^'^^^  marchant;  (/;) 

Entre  ribauz  le  trova  juant 

5  Un  grant  secle  issi  passa  ;  tntur  le  vin. 

Le  senescha!  tuz  jurs  déclina  5  a  sei  l'apela  priveement, 

De  mal  en  pis.  Si  le  mist  mult  ducement 

Ne  voleit  lesser  sa  folie  \  resun 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


51 


De  part  son  pore  ki  mult  l'ameit 
z  le  plus  haut  hom  fet  l'aveit 
De  sa  meson. 

7  «  Beaus  sire  »,  dit  li  chevaîer, 
«  Vus  avez  un  hom  a  père 

«  Mult  vaillant, 
«  Qui   mult  vus  aime  de  bone  fei 
«  z  fere  vus  vult,  ben  le  sei, 
('  Honur  mult  grant. 

8  K  Ducement  par  mei  vus  prie 
«  Que  vo  ribaudie 

«   Des  ore  lessez. 
«  Venez  !  si  le  criez  merci  : 
«  Tuz  vos  trespaz,  jeo  vus  affi, 

«  Vus  serrent  pardonez. 

9  —  Sire  »,  dit  il,  «  jeo  vendrai 
«  Ja  quant  parjué  avérai  ; 

«  Alez  devant.  » 
Cil  s'en  ala  z  cil  renva 
Q.ui  tantost  en  ubli  li  mist 

Le  covenant. 

10  Ne  voleit  a  son  père  aler,  (c) 
Einz  se  délita  en  son  juer 

Plus  que  ainz  ne  fist. 
Plusors  fee  enveier  le  père 
Gent  a  lui  pur  lui  chastier, 

Mes  ren  ne  profist. 

1 1  Tuz  jurs  se  tint  a  la  folie. 
Le  père,  quant  ceo  ad  oye, 

Si  ad  juré 
Que  il  le  fra  a  furches  pendre 
S'il  ne  sache  acunte  rendre, 

Tant  est  iree, 

12  De  chcscun  dener  z  maille 
Et  par  escrit  et  par  taille, 

Senz  ren  tnentir, 


Puis  icel  primer  jur 
Que  il  fu  fet  rece\'vur 
De  l'empire. 

1 3  Le  fiz,  quant  ceo  ad  oy, 
Mut  fu  dolent  z  marri 

Et  ben  si  dust, 
Ke  de  son  père  ben  saveit 
Que  sa  parole  ne  retrereit 

Pur  ren  ke  fust. 

14  Umblement  son  père  priast 

Que  huit  jours  de  respit  li  donast, 

Et  il  le  granta. 
Et  cil  qui  respit  quis  aveit  {à) 
A  sa  mère  ala  tut  dreit. 

Si  l'acunta 

I  )  Cum  son  père  pendre  le  voleit 
S'il  acunte  rendre  ne  savereit 

Déprimes  que  il  fu  senescal. 
«  Beau  fiz  »,  dit  ele,  «   avez  quis, 
«  Tant  com  fustes  hom  poustifs, 
«  Nul  ami  leal 

16  «  En  ki  vus  pussez  affier 

«  Pur  vus  au  busoing  Icaument  ai- 
[der?  » 

Et  il  dist  ke  si, 
Que  deus  amis  entiers  aveit 
Quis,  tant  com  poutifs  esteit, 

Et  un  demi. 

17  «  Beau  tiz  »,  dist  ele,  «  dune  alez 
«  A  vos  amis,  si  les  priez 

«  Par  grant  amur 
«  Qpe  il  od  vus  voillent  aler 
«  Et  del  acunt  vus  aquiter 

«  A  vostre  jur.  » 

18  Et  il  monta  ;  si  s'en  veit 

A  un  son  ami  ke  mult  ameit; 
Si  le  cunta 


6  à  Mult  en  tontes  lettres,  et  de  même  en  qnelqiies  antres  cas\  mais  ordinaire- 
ment ce  mot  est  abrégé  —  j  a  Ms.  cheual'  —  8  /'  vo,  ms.  v?,  c.-à-d.  vus  ;  corr. 
vostre  —  9  i  renva,  corr.  remist  ?  —  10  d  enveier,  corr.  enveia  —  \6  a  vus  vas 
—  17  a  alez,  ms.  aler 


5  2  p.     MEYER 

Corn  son  père  mis  Tavcit  24  -  Sire,  dis  jeo,  mile  féz  mercis.  (/') 

Hors  de  la  poustc  ou  il  esteit  Curteisement  m'avez  apris 

Et  com  il  jura Ht  enscingné 

Cornent  le  mond  dai  amer, 

19   Et  as  queus  amis  doner 

De  ceo  ke  Deu  m'ad  preste. 

Servi  n'ad  nule  des  ore  mes  (f.  2.)    25  Ceo  k'ai  donc  a  ami  ou  parent 
Pur  ceo  le  lessoms  en  pès  Tut  ai  perdu  nettement, 

Senz  remenbrance.  Ceo  m'est  avis. 

N'ainme  pas  meisme  mon  trésor; 

20  Tant  com  l'om  est  en  prosperitez  j^g  13^^  ^^  ^^^[  aperceu  ore 
Par  tut  ad  il  amis  assez,  par  vos  diz. 

Sachez  de  fi  ; 

Mes,  si  tost  com  il  est  enterrée  26  —  Willam,  dit  il,  se  Deu  me  aide, 

Tantost  en  est  ublié  ;  N'est  enfant  orendreit 

N'en  pense  nul  de  li'.  De  mère  nez 

Ki  la  meité,  jeo  vus  affi, 

21  Allas  !  chaytif  dolorus,  Tant  ayme  le  père  com  le  père  li  ; 
Com  failli  avez  a  estrus  Car  sachez 

De  suceurs  quere 
T^  ,  .  ,.  27   Ta  ne  l'ait  le  père  si  suet  nurn. 

De  ceus  ki  amer  sohez  '   ■'  ^      .    ,       . 

T,  .  Si  ben  gardé  ne  si  cherri 

lant  com  poer  aviez  ° 

j^         .    .        1  Deskes  atant 

En  ceste  terre  ! 

Q.ue  il  seit  de  âge  pleinere, 

22  Vos  aumosnes  z  vos  ben  fètz  lut  dis  après  la  mort  son  père 

Vus  esterront  mult  près  Serra  désirant, 

Au  grant  busoing  ; 
u    j-  .     j         •    ^ ,»  28  Pur  aver  un  poi  de  héritage 

Hardiement  od  vus  irront  t^        ,  ^ 

,  . ,  Dunt  le  père  en  tut  son  âge 

z  al  acunte  vus  aideront  .  ,        ,  . 

„  .  Ad  este  mestre  z  sire. 

Senz  assoing. 

Itel  amur  est  mult  amere  (c) 

25  Tant  pur  vus  en  prieront  Qiumt  le  filz  la  mort  son  père 

Ke  Jhesu  z  vus  acorderont  Pur  terriene  chose  désire. 

Si  k'il  après 

Vus  mectra  od  ses  amis  29  N'est  pas  amur  mes  haunge  aperte 

En  la  joie  de  parais  ^1"^"^  ^'0"sit  de  son  père  la  perte 

Ke  ja  ne  cesse.  P^'r  ""1  chatel. 


19  11  manque  à  tout  le  moins  un  feuillet  (plus  probablement  deux)  qui 
contenait  le  récit  de  l'entrevue  du  jeune  homme  avec  ses  trois  amis  et  le 
commencement  de  l'application  morale  dont  nous  avons  la  fin  au  feuillet 
suivant  —  2^  d  Corr.  N'aime  pas  mei,  mais. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


53 


Pur  coo  chescuiî  se  purpenst, 
Tant  corn  veit  z  liu  z  tens 
En  ceste  vie  mortel, 

30  De  Sun  chatel  issi  despendre 
Que  il  sace  les  acunte[s]  rendre 

Au  Jugement  ; 
Et,  s'il  tant  attent  ke  autri 
Le  despent,  il  est  trahi 
Mult  viliment. 

3 1  Ne  s'affie  nul  en  executurs, 

Ke  ces  sunt  les   plus  fers  travturs 

Ke  sunt  en  tere  : 
Il  promettent  de  fere  dreiture  ; 
Quant  vus  les  durrez  la  cure 

De  vostre  afere  ; 

32  Mes  tantost  quant  vus  serrez  mort 
Serra  cel  dreit  turné  en  tort, 

Si  k'il  n'i  ait 
Une  suie  maille  dune 
La  ou  vus  l'avez  devisé, 

Si  ceo  ne  seit 


53  Pur  pie  de  aucun  ki  veù(?). 
Ou  par  soverein  ki  le  face 
Par  destresce  fere  ; 


00 


34  Ne  ja  Deu  n'en  avéra  part  ; 
Tut  tendrunt  en  lur  agard 

Et  jugement  front  : 
«  Partons  a  dreit,  tut  est  nostre.  » 
Ceo  serra  la  paternostre 

K'en  dirrount. 

35  De  l'aime  ren  ne  lur  en  cliaud 
Cornent  u  en  quele  part  ele  auit. 

Mes  des  chateus 
S'entremettront  vigrusement 
Qu'il  seient  departiz  owelement 

Par  entre  eus. 

56  Mes  certes  ja  n'enjoieront 
Cel  aver  ke  si  quis  unt  : 

Tel  ure  vendra, 
Meimes  la  manere   k'il  l'unt  quis. 
Tut  dreit,  issint  ou  pis. 

S'en  irra; 

37  Ke  chose  que  quise  est  par  péchez 
A  hunte  s'en  va,  ceo  sachez. 

Et  a  dolur, 
Ne  jamès  bien  n'achèvera 
Cil  ki  fausine  amera 
A  nul  jur. 

{Le  reste  manque.') 


IV. 


FRAGMENT  DE   RENART 


Nous  avons  déjà  fait  connaître  deux  fragments  provenant 
de  manuscrits  dépecés  de  Renaît.  L'un,  publié  en  entier  dans 
la  Romania,  III,  373,  avait  été  trouvé  à  Bruxelles  \  l'autre,  dont 
on  s'est  contenté  de  donner  un  extrait  (Rom.,  XXXIV,  455)5 
vient  des  archives  de  Maine-et-Loire.  Ce  dernier  ne  présente 
qu'un  bien   faible   intérêt.  Celui  que  je  vais  publier  a  plus  de 


33  a  Les  deux  derniers  mots,  rognes  par  le  haut,  sont  d'une  lecture  incertaine. 
Il  faudrait  quelque  chose  comme  l'uevre  sace. 


I.  Le  fragment  coté  /;  par  M.  E.  Martin,  Le  Roman  de  Renart,  p.  xxii. 


54  !"•    MHYER 

valeur,  bien  qu'à  vrai  dire  il  appartienne  à  une  famille  qui 
nous  est  connue  d'ailleurs. 

C'est  un  feuillet  qui  forme  l'une  des  gardes  du  ms.  257  de 
la  Bibliothèque  Sainte-Geneviève.  M.  Kohler,  dans  son  cata- 
logue de  cette  bibliothèque  (I,  159)  le  décrit  ainsi  :  «  Le  feuil- 
let de  garde  de  la  fin  du  volume  contient  un  fragment  du 
Roman  de  Renard,  soit  les  56  derniers  vers  de  la  branche  de 
la  Jument  et  d'Ysengrin,  et  les  104  premiers  de  la  branche  du 
Renard  et  de  la  Mésange  (xiV  siècle).  Au  bas  du  feuillet  se 
trouve  le  chiffre  I III'''' et  X  qui  indique  probablement  la  place 
de  ce  feuillet  dans  le  volume  d'où  il  a  été  tiré.  » 

Ajoutons  que  le  feuillet  est  à  deux  colonnes  par  page,  que 
chaque  colonne  contient  40  vers,  qu'il  est  relié  dans  le  volume 
de  telle  sorte  que  ce  qui  paraît  être  le  recto  est  en  réalité  le 
verso,  et  que  l'écriture  est  du  xiV  siècle,  sûrement  du  commen- 
cement, peut-être  même  de  la  fin  du  précédent. 

Le  premier  des  deux  morceaux  qui  se  suivent  dans  ce 
feuillet  (de  la  Jument  et  d'Ysengrin)  appartient  à  la  branche 
XIX  de  l'édition  Martin,  le  second  (deRenart  et  de  la  Mésange) 
est  le  commencement  d'une  branche  qui  dans  certains  manu- 
scrits et  dans  l'édition  de  Méon(I,  i6é)  commence  comme  ici, 
tandis  que,  dans  la  famille  de  manuscrits  que  M.  Martin  a  sui- 
vie, elle  se  trouve  jointe,  dans  la  branche  II,  à  un  récit  tout 
différent,  celui  de  Chantecler  et  de  Renart. 

Voici  le  texte.  Les  numéros  des  vers  sont  ceux  de  l'édition 
Martin  (t.  II,  p.  249).  Pour  le  second  morceau  on  trouvera  la 
concordance  avec  l'édition  à  droite,  entre  []. 

«  No  compaingnie  esteroit  bêle.  «  Car  venez  en  ma  compaignie  ; 

«  Car  vos  porpensez,  damoisele,  «  Si  seroiz  fors  d'autrui  dangier   : 

«  De  ce  vilain  qui  si  vos  tue  48  «  Ne  vos  estovra  charroier 

40  «  Et  vos  fait  traire  a  la  charrue.  «  Ne  ça  ne  la  porter  nul  faiz, 

«  Vos  gaaingniez  trestot  son  bien,  «  Et  toz  jors  mais  vivroiz  en  pais. 

«  Ne  vos  n'en  averoiz  ja  rien  —  Sire  Ysengrin,  se  je  peiisse, 

«  Fors  le  noauz  que  il  porra  52  «  Vos  compaignie  chiere  eusse  ; 

44  «  Et  ce  dont  il  cure  n'avra.  «  Mes  je  ne  puis  corre  n'aler, 

«  Haï  !  Rainsaut,  ma  douce  amie,  «  Por  ce  voil  ge  ci  pasturer. 


42  Martin  iivre-  ce  qui  fausse  le  vers.  —  43  pomi  est  certainement  préfé- 
rable à  uvra,  leçon  suivie  par  M.  Martin. 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS 


55 


«  De  mon  pic  destre,  par  derrière, 

56  «  Passai  ier  en  une  charriere; 
«  Une  espine  me  feri  enz. 
«  Se  la  me  traïez  aus  denz, 
«  A  nul  jor  ne  seroit  partie 

60  «  De  vos  la  moie  druerie. 

«  Grant  mestier  vos  porrai  avoir, 

«  Car  je  ferai  tôt  vos  voloir  ; 

«  Car,  s'en  vos  velt  gaignon  huer, 

64  «  Je  savrai  très  bien  regcter, 

«  Mordre  des  denz,  ferir  des  piez. 
«  Qui  comsivrai  toz  iert  jugiez  : 
«  Qui  je  porrai  bien  assener 

68  «  N'avra  talent  de  regiber.  » 
Dist  Y.  :  «  Le  pié  mostrés, 
«  Celui  ou  l'espine  sente[z], 
«  Tost  la  vos  avrai  ja  sachie  ; 

72  «  Ja  mar  i  avra  autre  mire.  » 
Le  pié  li  lieve  et  il  s'acrout, 


G  ses  ongles  li  vuide  tôt. 

Que  qu'lsengrin  au  voidier  bron- 
[che, 
76  Et  il  le  pié  netoie  et  furche, 

Rainsaut  le  pié  a  destendu,        (/') 

Et  Y.  si  a  féru 

Entre  le  pis  et  le  musel, 
80  Tôt  quoi  le  geta  el  prael. 

Ransaut  s'en  tome  regibant, 

Queue  levée  va  fuiant  ; 

Et  Y.  tout  quoi  se  gist, 
84  Grant  pièce  après,  et  puis  si  dist  : 

«  Ahi  !  maleûreus  chaitis. 

«  Se  ier  oi  mal,  or  ai  hui  pis. 

«  Ne  me  sai  mes  en  qui  fier, 
88  «  Ne  puis  en  nului  foi  trover.  » 

Ainsi  se  démente  Ysengrin, 

Ici  prent  ceste  branche  fin. 


/(■/  feiiist  de  Rainsaut  et  d'Yseu^riii,  et  co)imence  de  la  nieseiige. 


Renart  se  leva  par  matin  ; 
Se  s'estoit  mis  en  son  chemin, 
Qar  la  fain  durement  l'estraint. 
4  Si  se  démente  et  se  complaint. 
Que  qu'il  se  plaint  de  sa  losenge, 

Seur  la  branche  d'un  chesne  crues 
8  Ou  ele  avoit  repost  ses  oes.  [472] 
R.  la  voit,  si  la  salue  : 
«  Conmere,  bien  soiez  vos  venue  • 
«  Car  descendez,  si  me  besiez. 
12  —  R.,  fet  elle,  or  vos  tessiez, 
«  Voirement  estes  mes  compères, 
«  Se  vos  ne  parfussiez  si  lerres  ; 
«  Car   vos  avez  fait  mainte  guis- 
[che 


16  «  A  maint  oisel,   a  mainte  biche, 

«  C'on  ne  s'en  set  a  quoi  tenir. 

«  Et  que  quidiez  vos  devenir? 

«  Maufévos  ont  si  déserté  [483] 
20  «  Q'en  ne  vos  puet  prandre  a  ver- 

[té. 

—  Dame  »,   ce  respont  le   gorpil. 

«  Si  voirement  com  vostre  fil    (c) 

«  Est  mes  filleus  en  droit  batcsme, 
24  «    Onques    semblant   ne     fis    ne 

[esme 

»  De  riens  qui  vos  deûst  desplere. 

«  Savez  por  quoi  je  nel  doi  fere? 

«  Droiz  est  que  nos  le  vos  disons  : 
28  «  Mesire  Noble  li  lions  [492] 

«  Si  a  par  tout  la  pès  jurée 


5  Ici  commence  le  texte  de  l'édition  Martin,  branche  II,  v.  469  —  6  Le 
copiste  a  passé  un  vers  :  Atant  es  vous  une  mesenge  —  9  l'oit  vaut  mieux  que 
vit  (Martin)  et  c'est  d'ailleurs  la  leçon  de  la  majorité  des  mss,  —  10  Suppr, 
vos 


s6 


p.    MEYER 


«  Q.ui  avra,  se  Deu  plet,  durée. 
il  Par  sa  terre  l'a  fet  jurer 
«  J:t  a  ses  homes  afier,  [496] 

«  Qui  ert  gardée  et  maintenue. 
«  Grant  joie  en  a  la  gent  menue  : 
«  Par  tôt  iront  en  pluseurs  terres, 
«  Que  par   tôt  charront   mortiex 

[guerres,    64  R.  li  conmença  a  rire; 
«  Et   les   hestes  granz  et   petites.  Si  li  a  geté  .j.  abai.  [531] 

[501I 
«  La  merci  Deu,  seront  bien  qui- 


La  mesenge  li  escria  : 
«  Haï!  R.,  quel  pés  ci  a? 
«  Tost  eussiez  la  pès  enfrete 
60  «  Se  ne  me  fusse  aricres  trete. 
«  Vos  disiez  que  afiée  [527] 

«  Estoit  la  pès  et  bien  jurée      {d) 
«  Et  jurée  l'avoit  vo  sire.  » 


«  Certes  »,  fet  il,  «  gc  me  gabai  : 
K  Ce  fis  ge  por  vos  poor  fere. 


[tes.  n    68  «  Vos  qui  chaut? Or  soit  a  réfère; 


La  mesenge  respont  errant  : 
40  «  R.,  or  m'alez  vos  gabant, 

«  Mes,  s'il  vos   plest,  bessiez  au- 
[trui. 


«  Je  reclignerai  autre foiz.     [535] 

—  Or  dont  »,  fet  elle,  «  c'est  tôt 

[drois.  » 

Cil  clingne  qui  molt  sot  de  bole  ; 


K  Que  moi  ne  beseroiz  vos  hui.  »    72  Celi  li  vint  près  de  la  goule 
[506]         R.,  mes  ne  vint  pas  dedenz  ; 


Quant  R.  ot  que  sa  comere  [509] 
44  Ne  fera  rien  por  son  compère, 
«  Dame,  fet  il,  or  escoutez  : 
«  Por  ce  que  vos  me  redoutez, 
«  Les  elz  cliniez  vosbeserai.  [515] 
—  Par  foi!  »  fet  ele,  «  et  je  l'o- 
[troi. 
«  Clingniez  donqucs.  »  Il  a  clin- 
[gnié. 
Et  la  mesenge  a  empoingnié  [516] 
Plain  son  poing  de  mousse  et  de 


48 


Et  R.  a  geté  les  denz;  [54o] 

Prendre  la  quide,  mes  il  faut. 

76  «  R.,  »  fet  ele,  «  ce  que  vaut? 

«  Ce   n'iert    mie  q'en    croire  vos 

doie. 

«  En  quel  manière  vos  querroie  ? 

«  Se    mes    vos    croi    le   m  au  feu 

[m'arde  !  » 

80  Ce  dist  R.  :  «  Trop  ies  coarde. 
«  Ce  fis  ge  por  toi  esmaier, 
«  Que  je  te  voloie  essaier,     [548] 
«  Car,  certes,  je  n'i  entent  mie 


[fueille  ;    84  «  Ne  traïson  ne  felonnie  ; 


52  N'a  talent  que  besier  le  veille. 
Les  guernons  li  conmence  a  tor- 
[dre, 
Et  quant  R.  la  cuide  aherdre, 
Ne  trueve  se  la  mosse  non    [521] 

56  Qi  li  fu  remese  el  guernon. 


«  Mes  or  revenez  autre  foiz, 
«  Tierce  foiée,  c'est  li  droiz.  [552] 
«  Par  non  de  sainte  charité 
88  «  Par  bien  et  par  humilité. 
«  Bêle  conmere,  sus  levez  ! 
«  Par  celé  foi  que  me  devez  [556) 


42  II  manque  ici  (comme  dans  C  M)  deux  vers  assez  peu  utiles  au  sens  : 
Ne  jci  por  n'en  que  vos  clie:;;^  |  Icirt  besiers  nerl  otroie:^.  —  53  tordre,  corr.  ladre. 

—  71  Ce  vers  est  répété  :  la  seconde  fois  le  copiste  a  écrit  Celé  cligne  —  73 
quide,  ms.  quile  —  73  II  y  a  comme  ici  R,  dans  les  mss.  CAf;  Martin  raiant 

—  77  mie,  corr.  ja. 


FRAGMENTS    DE    MANUSCRITS    1-RANÇAIS  57 

«  Et  que  devez  a  mon  filluel,  96  Mes  celé  fet  oreille  sortie  [561] 
92  «  Que  j'oi  chanter  sor  cel  tillucl.  Q.ui  n'est  mie  foie  ne  lorde, 

«  Si  refaisomes  ceste  acorde  :  Ainz  siet  sor  la  branche  d'un  che- 

«  De pecheor  miséricorde.     [560]  [ne. 

«Guidiez  vos  donc    que  je    vos  Que  que  R.  si  se  desrene, 

[morde?  »  100  Atant  ez  vos  les  veneors.     [565] 

Il  suffit  de  comparer  ce  fragment  avec  les  variantes  conscien- 
cieusement relevées  par  M.  Martin  dans  le  tome  III  de  son 
édition,  pour  lui  reconnaître  une  étroite  parenté  avec  les  mss. 
CMn  '.  Ainsi,  pour  ne  citer  qu'un  seul  détail,  dans  le  second 
morceau,  entre  les  vers  42  et  43,  les  autres  mss.  ont  deux  vers 
de  plus.  Je  ferai  une  autre  remarque.  On  voit  que  dans  notre 
fragment,  la  branche  de  Renart  et  de  la  mésange  fait  immédia- 
ment  suite  à  la  branche  de  Renart  et  de  la  jument.  Il  en  est  de 
même  dans  le  ms.  C  (voir  Martin,  préface,  p.  viii).  Dans  le 
ms.  M,  il  y  a  cette  différence  qu'entre  les  deux  se  trouve 
intercalée  la  branche  du  Prêtre  Martin.  Le  ms.  n  ne  contient 
pas  la  branche  de  Renart  et  de  la  jument.  Ces  trois  mss. 
forment  un  groupe  que  M.  Martin  désigne  par  y  et  qui,  selon 
lui,  «  contient  un  texte  qui  combine  d'une  façon  arbitraire 
ceux  des  classes  a  et  (i^  ».  Je  n'en  suis  pas  convaincu.  Cette 
famille,  me  paraît  indépendante  d'à  et  de  .3,  et  a  certainement, 
en  beaucoup  de  cas,  conservé  la  bonne  leçon.  Elle  a  notamment 
le  mérite  d'avoir  fait  du  récit  concernant  la  mésange  une 
branche  à  part,  tandis  que  dans  les  mss.  suivis  par  M.  Martin, 
ce  récit  est  soudé,  bien  à  tort,  à  d'autres  morceaux  de  sujets 
très  différents.  Remarquons  en  terminant  que  ce  groupe  7 
acquiert  une  plus  grande  autorité  par  ce  seul  fait  qu'il  ne  con- 
tient pas  seulement  les  trois  mss.  avec  lesquels  M.  Martin  l'a 
constitué  :  il  y  faut  joindre  maintenant  notre  fragment  et  aussi 
le  fragment  trouvé  à  Saluces,  que  j'ai  signalé  tout  récemment 


95  Ce  vers,  qui  est  évidemment  de  trop,  se  trouve  à  cette  même  place 
dans  plusieurs  mss.,  notamment  dans  C  M. 

T.  C  =  B.  N.  fr.  1579;  ^  =  Turin,  Bibliothèque  du  roi,  151;  ;/ = 
Vatican,  Regina  1699,  seconde  partie  du  ms.  ;  voir  la  préface  de  M.  Martin, 
pp.  VII,  XV,  XX.  J'ai  coUationné  moi-même  le  fragment  de  Sainte-Geneviève 
sur  le  ms.  de  Paris  et  sur  celui  de  Turin. 

2.  Observations  sur  le  romun  Je  Renart  (1887),  p.  30. 


58  p.     MHYEK 

d'après  une  publication  italienne  '.  Il  y  a  là  une  question  qui 
le  recomininde  à  l'attention  d'un  futur  éditeur  du  Roman  de 
Renart  -. 


V.  —  FRAGMENT  D'UN  MS.  DU  ROMAN  DE  JULES  CÉSAR 

PAR   JaCOT   D1-:    FOREST 

Je  passais  un  jour  par  la  rue  du  Vieux-Colombier,  lorsque 
mon  attention  fut  attirée  par  un  feuillet  de  parchemin  exposé 
à  la  devanture  d'un  marchand  de  curiosités.  M'étant  approché, 
je  vis  que  ce  feuillet,  écrit  à  deux  colonnes  vers  la  fin  du 
xiii^'  siècle  ou  au  commencement  du  xiv%  contenait  un  fragment 
de  poème  français,  et,  en  ayant  lu  quelques  vers,  il  ne  me  fut 
pas  difficile  d'y  reconnaître  le  poème  de  Jules  César  par  Jacotde 
Forest.  Or  on  n'a  signalé  jusqu'à  présent  que  deux  copies  de  ce 
poème  encore  inédit  :  l'un  à  Paris  >  et  l'autre  à  Rouen  ^  :  le 
fragment  que  le  hasard  mettait  sous  mes  yeux  offrait  donc  un 
certain  intérêt.  J'en  fis  l'acquisition  et  je  vais  en  transcrire 
le  commencement  et  la  fin,  l'importance  du  morceau  ne  me 
paraissant  pas  justifier  une  publication  complète. 

Ce  feuillet  contient  44  vers  par  colonne.  Il  a  fait  partie  d'un 
ms.  exécuté  avec  un  certain  luxe  :  les  lettres  initiales  et  finales 
sont  alignées,  et  il  y  a  dans  les  marges  du  haut  et  du  bas  des 
enjolivements  rouges  et  bleus.  L'écriture  est  très  soignée.  On 
en  jugera  par  le  fac-similé  ci-joint,  qui  reproduit  le  haut  de  la 
première  colonne  du  verso.  Le  livre,  dont  ce  feuillet  est  proba- 
blement l'unique  débris,  était  fort  volumineux  et  devait  conte- 
nir bien  d'autres  ouvrages  que  le  Jules  César  en  vers,  car  on  lit, 
à  la  partie  supérieure  du  recto,  les  chiffres,  .CCC.  .xj.  Il  y  a  un 
espace  vide  entre  le  premier  nombre  et  le  second,  de  sorte  que  je 


1.  Roiinviia,  XXXIV,  624-5. 

2.  G.  Paris  a  déjà  fait  remarquer  (Rom.,  III,  374-5)  que  M.  Martin  n'avait 
pas  apprécié  à  sa  valeur  le  ms.  C. 

3.  B.  N.  fr.  1 457.  M.  Settegast  en  a  extrait  de  nombreux  vers  qu'il  a  insé- 
rés dans  les  notes  de  son  édition  du  Jules  Ci'sor  en  prose,  de  Jean  de  Thuin 
(voir  RotiHinia,  XII,  380). 

4.  Romania,  XV,  129. 


FRAGMFA'TS    DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS 


59 


ne  sais  s'il  faut  entendre  fol.  311  ou  fol.  300,  onzième  article. 
Pourtant  la  première  interprétation  paraît  la  plus  probable. 


^ 


fi 


■•'4 


imcm  sfStaiVLsmù  i^nb&t  &Cw0  iim^Ut    n 

i:«lretant  '  que  la  gent  Cesare  fait  cesser 
Za  fain  qui  les  souprant,  et  qu'il  cuide  ester 
A  pais  et  a  repos  et  asseùr  garder, 
A  lor  murs  par  defors  dévoient  arester, 
5     Si  com  César  i  vot  ses  homes  ordener 
Por  les  murs  détenir  et  les  tors  detenser, 


I.  Les  deux  premières  lettres  sont  coupées. 


60  p.     MKYER 

Pompeus  est  venus  as  murs  soudainnement, 
due  nuns  de  ceus  de  la  nulle  garde  n'an  prant, 
Et  tantost  ces  enseingnes  fait  dcsploier  a  vent 
lo     Et  commande  a  sonner  ces  grailcs  erranment 
Et  buisines  et  cors  a  vois  concordament  ; 
Et  il  ont  fait  trestuit  lors  son  conmandement, 
Et  se  lievent  trestuit,  que  meut  grant  fiertci  rent 
La  grant  noise  et  dou  hu  et  des  cors  encement. 

15     La  grant  noise  c'on  a  en  Fost  Pompé  menei, 
Et  li  hus  et  li  cris  c'on  i  a  eslevei 
De  celle  part  ou  il  a  son  ost  anienei 
Les  chevaliers  César  ont  si  espoentei 
Ke  par  paour  sont  tuit  près  en  fuie  tornei, 

20     Et  li  hardi  son  près  de  deffendre  aprestei  : 
Cil  sont  sor  les  dcfois  remeis  mors  ou  navrez. 
Tantost  a  on  as  murs  a  grans  hics  hurtci 
Et  moût  fort  assailir  cil  qui  l'a  craventei 
En  a  moût  grant  partie  a  la  terre  boutei, 

2  5     Et  lors  a  ens  es  tors  le  feu  ardent  getei, 

Dont  li  marrien  sont  tuit  esprins  et  embrasez. 

Ja  avoit  fait  Pompé  des  murs  acraventer  ; 
Grant  partie  des  tors  en  avoit  fait  verser  ' 


I.  Voici,  en  prenant  le  texte  un  peu  plus  haut,  pour  plus  de  clarté,  le 
passage  correspondant  de  Jean  de  Thuin  (édit.  Settegast,  p.  92-3).  On  sait 
que,  d'après  M.  Settegast,  le  poème  de  Jacot  Forest  serait  la  mise  en  vers  de 
la  prose  de  Jean  de  Thuin. 

Quant  Pompeus  voit  en  tele  manière  morir  se  gent  de  jour  en  jour  et 
amaladir,  il  dist  k'il  ne  veut  plus  demorer  laiens.Dont  commanda  privéement 
a  tous  ses  homes  k'il  s'apareillaissent  pour  assalir,  et  les  a  fait  tourner  celée- 
ment  par  .j.  couviert  chemin  viers  les  chastiaus  ke  César  faissoit  frumer; 
et  entretant  k'il  quidoient  iestre  em  pais  a  lor  defois,  et  César  i  voloit 
ordener  ses  homes  peur  desfendre  les  tors  et  garder,  atant  es  vous  Pompée 
venir  si  soudainement  ke  la  gent  César  ne  s'en  prendent  garde,  si  les  voient. 
Et  Pompée  fait  ses  enseignes  desploiier,  et  commanda  cors  et  buisines  a  sou- 
ner  ;  dont  lieve  II  hus  et  la  criée  par  toute  l'ost  de  celc  part,  et  en  furent  si 
esfraét  li  chevalier  de  César  c'a  poi  qu'il  ne  s'en  torncrent  en  fuies;  et  cil  ki 
plus  se  firent  hardit  demorerent  au  defois  sour  les  murs  et  i  furent  ocis. 
Dont  commenchierent  a  hurter  et  a  hier  as  murs,  et  tant  assalirent  k'il  en 


FKAGMKNTS   DE    MANUSCRITS    FRANÇAIS  6l 

Entrcuint  '  que  Sceva  devant  lui  regarda 

Por  aviser  sor  coi  trebuchier  se  laira, 
170     Por  ce  que  desoz  lui  par  destroit  l'ocirra, 

.1.  bons  archiers  de  traire  son  dart  aparila  ; 

Si  lansa  a  Sceva,  si  a  droit  l'ascna 

due  parmi  l'orilliere  dou  hiaume  li  lansa 

Le  dart  si  que  il  l'oil  senestre  li  creva  ; 
175     Mais  maintenant  retrait  et  regeta  (sic) 

Le  dart  lors  de  son  chief  et  avoec  en  osta... 

Pour  qu'on  puisse  juger  de  la  relation  de  ce  texte  avec  les 
deux  autres,  je  vais  transcrire  les  mêmes  vers  d'après  le  ms.  de 
Paris,  plaçant  à  la  suite  les  variantes  du  ms.  de  Rouen 
(fol.  éo  v°)  : 

Entretant  que  les  gens  Cesare  fet  cesser  (/.  66  v") 
La  fains  quilles  souprent,  et  qu'il  cuident  ester 
A  pais  et  a  repos  et  asseùr  garder 
Lor  murs  ou,  por  defois,  dévoient  arrester, 
5     Si  com  César  volt  ses  homes  ordener 
Por  les  tors  détenir  et  les  murs  detenser. 

Pompée  est  si  venus  as  murs  soudainement. 
Que  nus  de  cels  de  la  nule  garde  n'i  prent, 
Et  tantost  les  enseignes  fet  desploier  au  vent 
10     Et  conmende  a  soner  les  grailles  erraument 
Et  buisines  et  cors  a  vois  concordaument  ; 

12  Et  lors  ont  il  trestout  fait  son  conmandement, 
la^is  Et  buisinent  et  cornent  a  vois  et  plainement, 

13  Et  si  lieve  li  huz  qui  moût  grant  friente  rent, 
I3'''s  Si  que  luie  (sic)  et  demie  l'oïst  on  amplement, 

La  grant  noise  du  hu  et  des  cors  ensement. 


abatirent  a  tiere  une  grant  partie.  Apriès  jetèrent  feu  grigois  k'ilorent  àppa- 
reillét  es  tours  pour  ardoir  les  et  en  firent  vierser  pluisours.  Puis  fist  Pompée 
mètre  ses  enseignes  sour  les  murs. 

Voir  Lucain,  VI,  iiSetsuiv, 

I.  Jean  de  Thuin  (p.  99)  :  Et  en  cou  k"il  esgardoit  a  cou,  uns  archiers  de 
Grèce  l'avise  et  li  lance  .j.  dart  et  le  fiert  en  l'oel  seniestre,  droit  parmi  l'oe- 
lierc  dou  hiaume,  et  li  crievc.  Et  Sceva  trait  errament  a  lui  le  dart  atout 
l'oel... 

Voir  Lucain,  VI,  214  et  suiv. 


62  1'.     MEYER 

1 5     La  grant  noise  c'on  a  en  l'ost  Pompe  mené 
Et  H  hiis  et  li  cris  c'om  i  a  eslevé 
De  ccle  part   ou  il  a  son  ost  amené 
Les  chevaliers  César  ont  si  espoenté 
Que  par  poor  sont  prés  tuit  a  fuie  torné, 

20     Et  li  hardi  qui  sont  de  deffendre  apresté  : 
Cil  sont  sor  lor  defois  remez  mort  ou  navré. 
Tantost  a  on  as  murs  a  granz  hies  hurté 
Et  moût  fort  assailli  si  c'om  acraventé  (/.  6'j~) 
En  a  moût  grant  partie  et  a  terre  bouté, 

2)     Et  lors  a  on  as  tors  le  fu  ardant  geté, 

Dont  li  mairien  sont  tost  espris  et  embrasé. 

Ja  avoit  feit  Pompée  des  murs  acraventer  ; 
Grant  partie  et  des  tors  plus  d'une  fet  verser 


Êntretant  que  Sceva  devant  lui  regarda 
Por  aviser  sor  cui  trebuchier  se  laira, 

170     Por  ce  que  desGuz  lui  par  destroit  l'ocira, 

Uns  bons  archiers  de  Grèce  son  dart  apareilla 
Sa  lance  a  Scevain,  et  si  droit  l'ascena 
Que  très  parmi  l'oilliere  dou  hiaume  II  lança 
Le  dart  si  que  il  l'oeil  senestre  li  creva  ; 

175      Mais  maintenant  Sceva  retrait  et  regeta 
Le  dart  fors  de  son  chief  et  avec  en  osta 
L'oeil  qui  au  dart  pendoit,  et,  de  l'ire  qu'il  a, 
L'oeil  et  le  dart  emsamble  desouz  ses  plez  froissa. 

Var.  de  Koiicn  :  2  qui  les  —  4  par  defors  —  7  Toutes  les  finales  des  vers  sont 
écrites  ant.  —  8  n'en  —  9  sez  e.  —  10  a  sonner  tost  et  apertemant  —  lia 
vois  bien  concordant  Et  cil  lievent  la  noise  qui  retentist  formant.  Par  consé- 
quent le  V.  12  bis  manque.  —  ijb's  plainemant  —  14  ausemant  —  15. 
P.  levé  —  16  démené  —  17  il  ot  —  18  La  gent  au  ber  C.  —  19  en  f.  — 
21  lesd.  ou  ocis  ou  n. —  25  es  t.  le  feu  grigois  —  168  Cevals,  ici  et  ailleurs 
—  169  Por  esgarder  —  172  S'a  lanciét  a  Ceval. 

Si  l'on  compare  les  trois  textes,  on  reconnaîtra  qu'ils  sont 
indépendants.  Il  y  a  bien  au  v.  4  une  foute  commune  au  frag- 
ment et  à  R  Çdefors  au  lieu  de  dejois),  mais  elle  est  acciden- 
telle, les  deux  mots  ne  différant  que  par  une  seule  lettre  :  il  est 
facile  de  prendre  /  pour  r.  Pour  le  reste  le  fragment  s'accorde 
tantôt  avec  P  et  tantôt  avec  R.  Souvent  aussi  il  offre  des  leçons 


FRAGMENTS    DE  MANUSCRITS    FRANÇAIS  6} 

particulières  qui  sont  généralement  mauvaises.  V.  2  caide, 
fragm.,  est  fautif;  il  faut  cuidenî,  comme  dans  les  deux  autres 
textes.  La  leçon  du  v.  4  est  corrompue  dans  le  fragment.  Les  vers 
11-14  diffèrent  notablement  dans  les  trois  textes.  Le  fragment 
omet  les  vers  12  bis  et  13  bis  de  P,  et  de  ces  deux  vers  le  premier 
manque  aussi  dans  i^;  au  v.  13,  friente,  de  P,  est  certainement 
la  bonne  leçon  que  le  fragment  a  corrompue  enjiertei,  et  que 
R  a  modifiée  arbitrairement.  Les  vv.  23  et  24  sont  évidemment 
corrompus  dans  le  fragment  :  les  deux  autres  mss.  ont  la  leçon 
correcte.  Au  v.  25  on  peut  hésiter  entre  grigois  de  R  et  ardent 
des  deux  autres  textes.  V,  171  Grèce,  PR,  est  sûrement 
préférable  à  traire.  V,  172  le  cas  régime  Scevain,  de  P,  est 
intéressant,  mais  ne  se  trouve  que  dans  ce  ms.  V.  173,  orilliere, 
fragm.,  au  lieu  d'oilliere,  est  évidemment  fautif. 


VI.  —  FRAGMENT   D'UN  POEME  SUR  LA  THEOLOGIE   MORALE 

COMPOSÉ   EN   ANGLETERRE 

Je  serais  heureux  si  quelqu'un  de  nos  lecteurs  pouvait  nous 
apprendre  de  quel  ouvrage  le  fragment  qui  suit  est  tiré.  Je 
crois  bien  ne  pas  m'aventurer  beaucoup  en  supposant  que  c'est 
le  débris,  peut-être  unique,  de  quelque  poème  théologique  ou 
moral,  mais  je  suis  obligé  de  m'en  tenir  à  cette  vague  indica- 
tion. 

Il  fait  partie  du  recueil  tactice,  coté  à  la  Bibliothèque  de 
l'Université  de  Cambridge  Additional  3303,  qui  renferme  le 
fragment  de  chanson  de  geste  publié  ci-dessus  (p.  22).  C'est 
un  feuillet  de  parchemin  (19  cent,  sur  14)  à  deux  colonnes  par 
page  et  à  34  vers  par  colonne.  L'écriture,  visiblement  anglaise, 
est  des  environs  de  l'an  1300.  La  langue  et  la  versification  ne 
fournissent  pas  d'indices  suffisants  pour  déterminer  une  date, 
même  simplement  approximative  ;  mais  on  peut  du  moins  affir- 
mer que  le  poème  n'est  pas  plus  ancien  que  le  milieu  du 
xiii^  siècle.  Je  le  placerais  volontiers  vers  la  fin  du  règne  de 
Henri  IIL  Le  poète  fiiit  rimer  -é  avec  -ié  (39,  40,  51-2,  59-60, 
61-2,  etc.),  u  avec  ou  15-6,  45 -6,  127-8).  Il  admet  volontiers 
quatre  et  même  six  vers  sur  la  même  rime  (27-31,  35-40,  59- 


64  !••    MHVHR 

62,  85-8,  II 1-4),  ce  qui  est  fréquent  dans  les  poèmes  compo- 
sés en  Angleterre'.  La  grammaire  est  mauvaise  :  il  y  a  de 
nombreuses  fautes  d'accord  attestées  par  les  rimes. 

On  trouve  dans  ce  fragment  la  Hn  d'un  récit  et  le  commen- 
cement d'un  autre.  Le  récit  dont  nous  avons  la  fin  est  l'his- 
toire de  Tarsilla  et  de  ses  deux  sœurs,  contée  d'après  saint  Gré- 
goire, Homélies  sur  les  Evangiles,  II,  xxxviii  (Migne,  Patr., 
lût.,  LXXVI,  1291).  Je  joins  en  note  la  partie  correspondante 
du  texte  latin,  plaçant  de  temps  à  autre,  entre  parenthèses, 
des  renvois  à  la  traduction  en  vers  2. 


1.  Voir  mon  édition  des  Fraj^nncnts  il' une  vie  de  saint  Thomas  de  Cantoihery , 
p.    XXXV. 

2.  Quadanivero  nocte  huic  Tharsillœ  amitit  mea:,  quce  inter  sorores  meas 
virtutc  continuce  orationis,  afflictionis  studiosce,  abstinentiœ  singularis,  gra- 
vitate  vita;  vcnerabilis,  in  honore  et  culmine  sanctitatis  excreverat,  sicut  ipsa 
narravit,  per  visionem  atavus  meus  Félix,  hujus  Romaniv  ccclesia;  aniistes 
apparuit,  eique  mansionem  perpétua  ciaritatis  ostcndit,  dicens  :  «  Veni, 
quia  in  hac  te  lucis  mansionesuscipio  »  (f.  12).  Qua;,  subsequenti  mox  febre 
correpta,  ad  diem  pervenit  extremum.  Et,  sicut  nobilibus  feminis  virisque 
morieniibus  multi  conveniunt,  qui  eorum  proximos  consolentur,  eadem  hora 
hujus  exitus  multi  viri  ac  femina;  ejus  lectulum  circumsteterunt,  inter  quas 
mater  mea  quoque  adfuit  (z'  22)  ;  cum  subito  sursum  illa  respiciens,  Jesum 
venientem  vidit,  et  cum  magna  animadversione  cœpit  circumstantibus  cla- 
mare,  dicens  :  ««  Recedite  1  recedite!  Jésus  venit!  »  Cumque  in  eum  inten- 
deret  quem  videbat,  sancta  illa  anima  a  carne  soluta  est,  tantaque  subito 
fragrantia  miri  odoris  aspersa  est,  ut  ipsa  quoque  suavitas  cunctis  ostcndcret 
illic  auctorem  suavitatis  vcnisse  (i'.  J4).  Cumque  corpus  ejus,  ex  more  mor- 
luorum  ad  lavandum  esset  nudatum,  longo  orationis  usu  in  cubitis  ejus  et 
genibus,  camelorum  more,  inventa  est  obdurata  cutis  excrevisse,  et  quid 
vivens  ejus  spiritus  semper  egcrit,  caro  mortua  tcstabatur  (z'.  42).  H;ec 
auteni  gesta  sunt  anteDominici  natalis  diem.  Quo  transacto,  mox  .^îlmilianiv: 
sorori  sux  per  visionem  nocturna:  visionis  apparuit,  dicens  :  «  Veni  ;  ut 
quia  natalem  Dominicum  sine  te  feci,  sanctum  Theophaniii;  diem  jam  tecum 
faciam  »  (r  )2).  Cui  illa  protinus,  de  sororis  sue  Gordianie  salute  sollicita, 
respondit  :  «  Etsi  sola  venio,  sororem  nostram  Gordianam  cui  dimitto  ?  » 
Cui,  sicut  asserebat,  tristis  vultu  iterum  dixit  :  «  Veni  ;  Gordiana  etenim 
soror  nostra  inter  laicas  deputata  est  »  (z'.  6;).  Quani  visionem  moxmolestia 
corporis  secuta  est,  atquc  ita,  ut  dictum  fuerat,  ante  Dominica;  apparitionis 
diem,  eadem  molestia  ingravescente,  defuncta  est  (z'.  66').  Gordiana  autem, 
mox  ut  solam  remansisse  se  reperit,  ejus  pravitas  excrevit,  et  quod  prius 
latuil  in  desiderio  cogitationis,  hoc  post  eflfectu  prav^e  actionis  exercuit,  narn 


FRAGMENTS     DE     MANUSCRITS    FRANÇAIS 


6^ 


Le  second  morceau  est  la  vie  de  Malcus,  moine  captit.  L'ori- 
ginal est  la  Fitû  Malchi,  nionachi  caplivi,  de  saint  Jérôme,  qui 
est  comprise  dans  le  premier  livre  des  Vitœ  Patrum  de  Ros- 
weyde  (réimpression  dans  Migne,  Patr.  lût.,  XXIII,  55).  Cette 
légende  a  été  plusieurs  fois  traduite  en  prose  française  —  je 
donne  sur  ces  versions  d'abondants  renseignements  dans  le 
t.  XXXIII  (sous  presse)  de  V Histoire  littéraire  —  mais  je  n'en 
connais  aucune  traduction  en  vers,  sinon  l'imitation  de  La 
Fontaine. 

Faut-il  croire  que  l'ouvrage  dont  le  feuillet  de  Cambridge 
parait  être  le  seul  reste  était  un  recueil  de  vies  de  saints  en  vers? 
je  ne  le  crois  pas.  Les  deux  morceaux  ne  sont  pas  indépen- 
dants l'un  de  l'autre  :  ils  sont  reliés  par  quelques  vers  de  tran- 
sition qui  se  trouvent  à  la  fin  du  premier.  Je  crois  donc  que 
les  deux  légendes  de  Tarsilla  et  de  Malchus  ont  été  introduites 
dans  l'ouvrage  à  titre  d'exemples.  Cet  ouvrage  devait  être  une 
compilation  de  théologie  morale,  à  l'usage  des  laïques.  On  sait 
qu'il  a  été  composé  en  x\ngleterre  plusieurs  de  ces  compilations 
versifiées.  On  peut  citer  le  Manuel  de  péchés  de  William  de 
Waddington,  la  Lumière  as  lais  de  Pierre  de  Peckham,  les  Evan- 
giles des  Doinées,  le  Corset,  etc.  Mais  il  a  dû  en  exister  bien 
d'autres  qui  ne  nous  sont  pas  parvenues. 


Une  noyt  mut  avej-t  vel\'é 
E  en  ureyson  travalié  ; 
Sumoyl  prisl,  si  li  fust  vis 

4  Ke  un  apostolie  Félix 

(Ke  a  le  père  saynt  Gregorie, 
Ke  Deus  eyt  en  memorie, 
Père  esteyt)  z  si  parla 

8  A  Tarsille  ke  la  trova, 
E  la  joye  le  ad  mustré 
Ki  jamniès  ne  ert  terminé, 
Sy  li  dist  :  «  Venez  a  moy; 


12   «  En  ceste  joye  vus  receveray.  » 
Celé  tost  esteyt  esprise 
De  une  fevere  ke  en  fere  guise 
La  anguissa  dekes  ele  morust 

16  Corne  nus  covendra  trestut. 
Mes  quant  ele  morir  deverevt 
Grant  assemble  i  esteyt 
De     prodeshomes,    de     femmes 
[seyntes 

20  Ke      pur     Iv    fesayent    pitust[s] 
[pleyntes. 


7  Corr.  issi  p.  ? 

oblita  Dominici  timoris,  oblita  pudoris  et  reverentiiE,  oblita  consecrationis, 
conductoreni  agrorum  suorum  postmodum  maritum  duxit.  Ecce  omnestres, 
uno  prius  ardore  conversse  sunt,  sed  non  in  uno  eodemque  studio  perman- 
serunt,  quia,  juxta  Dominicam  vocem,  «  niulti  sunt  vocati,  paucivero  electi  » 
(Matth.  XX,  16). 

Romania,  XXXV  ir 


a 


t.   MEYER 


La  nicre  saynt  Gregoric  i  fu 

Ke  la  chose  ad  oy  e  veu, 

Ke,  quant  e!e  devereyt  morir, 

24  Jhesu  Crist  vceyst  venir, 
Dunt  ele  ad  mut  haut  criez  : 
«  Jhesu  vent  !  car  dcpartez  !  » 
E  si  corne  garda  sus  ver  ly 

28  Le  esperit  noble  rcndi 
E  le  aime  s'en  départi 
Ou  ly  sire  ke  vint  pur  ly, 
E  si  aveyt  tant  de  fleyrur 

52  Ke  bien  fu  mustré  ke  auctur 
De  duceor  i  fust  venu, 
Ly  noble  sire,  ly  duz  Jesu. 
Or  esteyt  le  cors  liveré,  (/') 

36  Corne  manere  fust,  ke  fust  lavé; 
Lors  esteyt  le  quir  trovc 
A  eûtes  e  a  genuz  enflé 
Corne  de  chamel  ust  esté, 

40  Tant  aveyt  geu  e  genulic  ; 
Dunt  la  char  morte  tesmonia 
Quele  fust  la  vie  ke  ele  menad. 
Si  esteyt  par  un  dimeyne  le  jor 

44  Devant  la  nativité  NostreSegnior. 
Après  tost  si  aparust 
A  Emiliane  ke  ele  ama  mut  ; 
Si  ly  dist  treducement 

48  Parole  bêle,  ky  le  entent  : 
«  Pur  ceo  ke  jeo  ay  en  joye  u 
«  La  nativité  Jesu 
«  Sanz  vus,  la  Tiphaine,  sachez, 

52  «  Ou  grant  joye  ou  mey  avérez.  » 
Quant  Emiliane  ceo  oy  a, 
E  ele  tantost  demanda 
Ke  Gordiane  serreyt, 

56  E  si  ele  suie  demureyt. 

Ou  murne  chcre  la  respuiidist 
Sa  soer  Tarsilla,  si  la  ad  dist  : 
«  Bone  soer,  avant  venez, 

00  <i  Car  Gordiane,  ceo  sachez. 


«  Entre  seculers  est  alugnié, 
«  Par  la  vie  ke  ad  mené.  » 
Emiliane  se  esvelia, 

64  La  avision  nent  ne  ublia, 
E  la  maladie  la  prist 
Dunt  un  poy  de  ure  languist, 
Ke  devant  la  Tiphaine  fini 

68  La  vie  ke  out  mené  ici. 

E  Gordiane,  quant  aparceyt  (c) 
Ke  ele  suie  remaneyt, 
Tost  ad  apertement  mustré 

72  De  quel  curage  ele  out  esté, 
Car  ele  prist  tost  un  barun 
Ke  il  valeyt  set  Deus  u  nun  : 
Un  vassal  ke  sout  semer 

76  Sun  semayl  pur  son  luer. 
Bien  vey  treben  comencerent. 
Tûtes  une  corde  tirèrent 
E  esteyent  en  fin'  amur 

80  De  paer  lur  creatur. 

Pur  ceo  di  ke  nul  ne  deyt 
De  sey  fier,  quey  que  il  ^^yx. 
Car  cil  ke  set  que  il  est  uy 

84  Car  est  si  demeyn  seyt  issi  : 
Pur  ceo  covent  ke  seyt  gardé 
Le  quer  en  bon  e  en  chasteté. 
Par  le  quer  est  checon  nomé 

88  Net  u  ord  devant  Dé 

Ki  set  les  privetés  de  quer 
E  les  fèz  de  checon  ber. 
Il  set  ke  eyme  chasteté, 

92  Ky  lecherie  e  foleté. 

Ke  ceo  seyt  veyrs  je  vus  dirray 
Un  example  ke  jeo  trovay. 
Jeo  le  trovay  en  escrist 

96  De  un  seynt  home  ke  laie  mist. 

De  Mako  nionacoaliquando  captiva. 

Si  dist  ke  un  jevenes  hom  esteyt- 
Ke  Nostre  Sire  treben  ameyt, 


74  Ce  vers  est  peut-être  corrompu.  Le  latin  n'est  ici  d'aucun  secours,  la  tra- 
duction étant  très  libre — 84  Corr.  Corn  sel...} —  86Corr.  en  boue  chasteté.  — 
yi  ke,  corr.  ki. 


Fragments  de  manuscrits  français 


67 


De  quer  net,  de  pur  curage. 

100  Ccl  siècle  tint  tut  a  folage, 
Ke  pur  Deu  gerpi  père  e  mère 
E  héritage  de  grant  manere 
E  se  rendi  en  moniage,  (</) 

104  Car  a  ceo  tret  sun  corage, 
En  Syrie,  en  une  cité 
Ke  Marok  esteyt  clamé. 
Sun  abé  esteyt  mut  prodhom, 

108  Se  i'reris  de  grant  religion. 
Il  meymis  esteyt  debuneyre 
A  tuz  e  de  bon  affere. 
Malcus  esteyt  apellé, 

112  De  se  freris  mut  amé. 

Quant  longement  i  out  esté, 
Une  novele  i  est  levé 
Ke  sun  père  mort  esteyt 

116  E  il  autre  heyr  ne  aveyt, 
For  ke  ly,  si  fu  riches  hom 
De  terres  e  de  pocession. 


Ly  jevenes  hom  de  ceo  pensa 

120  E'son  quer  ne  chastia, 

Corne  mut  de  altre  gent  ne  funt 
Quant  en  pensé  entré  sunt, 
Mes  pensa  ke  fereyt  grant  damage 

124  Si  issi  noble  héritage 

Par  defaute  de  heyr  irreyt 
Issi  ke  nul  pru  n'i  avendreyt, 
E  pensa,  si  il  i  fust, 

128  Le  affere  amendereyt  trestut. 
Car  d'une  pose  le  tendreyt 
E  puys  trestut  le  vendreyt 
E  durreyt  as  orphanins, 

152  A  vewes  e  a  pèlerins, 
E  sa  mère  purvereyt 
Si  ke  defaute  n'i  avereyt. 
Deu  1  come  ici  out  grant  queyn- 
[tise  '• 

1 56  Car  ly  diables  quant  en  sa  guise. . . 


Paul  Meyer. 


108  Corr.  Li  Jrere  ? 


AN   EARLY  MS.  OF  GUI  DE  WARWICK 


The  library  ot  the  late  Sir  Henry  HopeEdwardes,  which  was 
dispersed  by  an  auction-sale  at  Christie's  in  May  1901,  includ- 
ed  two  mss.  which  hâve  formed  the  subject  of  articles  in 
Roniania  \  The  first  of  thèse  contains  a  Life  of  St.  Margaret, 
not  known  elsewhere,  togetherwith  a  copy,  unique  in  parts,  of 
Adgar's  Miracles  of  Our  Lady;  butin  point  of  interest  and 
importance  it  is  completely  eclipsed  by  the  second,  which  is  no 
other  than  the  now  famous  Chançun  de  Willame.  A  third  nis. 
in  Old-French  was  acquired  at  the  same  sale  by  the  discerning 
iand  fortunate  bibliophil  to  whom  thèse  two  treasures  fell;  and 
through  his  kindness  I  am  now  enabled  to  introduce  it  (but  not 
ts  owner,  for  lie  still  prefers  that  his  anonymity  should  be 
respected)  to  the  readers  of  Romania.  It  does  not  add  a  new 
epic  to  the  language,  like  the  Chançun  de  Willame,  nor  does  it 
even  rival  the  Adgar-ms.  in  giving  us  fresh  texts  of  minor 
importance;  but  it  deserves  some  notice  at  least,  being  certainly 
one  of  the  oldest  —  if  not  indeed  actually  the  oldest  —  of  the 
ex  tant  mss.  oi  Gui  de  Wanuick. 

Though  still  inedited,  the  poem  is  well  known  from  the 
varions  English  translations  and  the  15'''  cent,  version  in 
French  prose,  as  well  as  from  many  articles  devoted  to  the 
study  of  one  or  more  of  the  mss.  A  useful  summary  of  the 
bibliography  of  the  subject  may  be  found  in  Dr.  Oscar  Winne- 
berger's  inaugural-dissertation  %    or   in  Dr.  Max  Weyrauch's 


I  XXXII,  394,  597. 

2.    Ueher  dus  Handschnjtenverhàltnis  des  all/r.  Guy  de  JV^imnch,  Marburg, 
1889. 


AX    EARLY    MS.    OF    GUI  DE  U'ARinCK  G<) 

more  récent  work  '.  It  will  perhaps  be  convenient  to  repeat 
hère  the  lisu  of  mss.,  adding  their  dates  when  possible,  so  as 
to  show  more  readily  the  sii^nificance  of  the  addition  which  is 
now  to  be  made  to  their  number.  Following  Dr.  Winneber- 
ger's  enumeration,  those  known  hitherto  are  : 

1.  WoLFENBÛTTEL,  Cod.  Aug.  87,  4.  Impcrfect.  Assigned  by  C.P.C. 
Schôiiemann  -  to  the  end  of  the  13''^  cent.;  dated  "  13-14  Jahrh.  "  by 
Dr.  O.  von  Hcinemann  in  his  récent  catalogue  '. 

2.  Paris,  Bibl.  Nat.,  fr.  1669  (anc.  7656.  3,  Colbert  1289).  Complète. 
Analysed  by  Littré  in  Hist.  litt.  de  la  Fr.,  XXII,  841-851,  who  describes  it 
as  "  une  transcription  faite  manifestement  par  un  copiste  anglais,  à  la  fin  du 
xiiie  siècle  ou  au  commencement  du  xive  ".  The  Cat.  des  mss.  français, 
tome  I,  1868,  p.  284,  savs  merely  "  xiiie  siècle  ".  The  fîrst  28  Unes  were 
printed  hy  M.  Paul  Me\-er  in  the  Bulletin  de  la  Soc.  des  anc.  textes  fr.,  1882, 
p.  62. 

3.  LoxDON,  Collège  of  Arms,  Arundel  27.  Complète.  Beginning  of  the 
xiv'th  cent.  See  the  Cal.  of  the  Arundel  mss.  in  the  Coll.  of  amis,  by  C.  G.  Y. 
(i.  e.  Sir  Charles  Young),  1829,  p.  38. 

4.  Cambridge,  Corpus  Christi  Collège,  50,  art.  6  in  Nasmith's  Catalogus, 
^777'  PP-  32-3,  where  't  is  dated  "  seculo  xiii  ".  Complète.  Through  the 
courtesy  of  Mr.  C.  W.  .Moule,  fellow  and  librarian  of  Corpus,  I  was  enabled 
to  procure  the  photograph  of  the  fîrst  page,  which  accompanies  the  présent 
notice.  Dr.  Warner  and  the  other  experts  whom  I  hâve  consulted  agrée 
with  me  in  assigning  it  to  the  latter  half  of  the  xiii'h  cent.,  though  Zupitza  + 
put  it  as  late  as  the  xivt'i.  The  first  28  Unes  were  printed  by  M.  Meyer  in 
the  Bulletin,  p.  65,  and  the  last  20  are  printed  below  from  his  transcript, 
which  he  kindly  p!aced  at  mv  disposai. 

5.  LoN'DON,  Brit.  Mus.,  Harl.  3775,  ff.  15-26  b.  Imperfect.  Circa  1300. 
See  H.  L.  D.  Ward,  Cat.  of.  Romances,  i,  471-484;  the  first  28  lines  printed 
in  Bulletin,  p.  63. 

6.  LoNDON,  Brit.  Mus.,  Roy.  8  F  ix.  ff.  105-159.  Imperfect.  Early  xiv^h 
cent.  See  Ward,  I,  485-7. 

7.  Oxford,  Bodleian,  Rawl.  D  913  (formerly  Rawl.  Mise.  1370), 
ff.  86-89.  Fragments.  Beginning  of  the  xiv*  cent.  ;  see  W.  D.  Macray, 
Cat.  Codd.  mss.  Bibl.  Bodl.,  pars  V,  fasc.  IV,  1898,  col.  141. 

1.  Die  mittelengl.  Fassun^en  der  Sa^e  von  Guy  oj  War-iuick  und  ihre  alffr. 
Vorlage,  Breslau,  1901,  forming  Heft  II  of  E.  Kôlbing's  Forschungtn  ^tir  engJ. 
Sprache  und  Litteratur. 

2.  Serapeum,  111(1842),  p.  355. 

3.  Die  Hss.  der  Her^ogl.  Bibl.  i^n  JVolfenbïittcl,  VU  (1900),  p.   109. 

4.  Ziir  LiteratiirgescJ}ichte  des  Guv  von   Wanvick{i%']-Ç),  p.  8. 


70  J.-A.    HERBERT 

fWinncbcrgcr  countcd,  as  No.  8,  two  sniall  fragments  at  Oxford,  which 
Mr.  Madan  kindly  identified  for  me,  not  without  trouble,  as  ff.  88-89  of 
Rawl.  D.  913  (sec  No.  7  above).  Thev  were  first  printed  in  1814,  by  the 
Rev.  J.  J.  Conybeare  '  .] 

9.  Marske  Hall,  Yorkshire,  library  of  Mr.  d'Arcy  Hutton.  Imperfect.  Des- 
cribcd  by  M.  P.  Meyer  (Bulletin,  pp.  43-60),  who  says  «  Il  a  été,  sans 
aucun  doute,  exécuté  en  Angleterre.  L'écriture  est  normande  et  paraît  appar- 
tenir aux  dernières  années  du  règne  de  Henri  III.  » 

[«  Ms.  Howard,  Coll.  Arm.  14  ist  nirgends  zu  finden.  »  So  Winneberger, 
having  evidently  taken  the  référence  from  «  A  Clerk  of  Oxenforde  » ,  who 
States'  that  «  three  copies  certainly  exist  in  England,  vi\.  one  in  ms.  Harl. 
3775.  2;  the  second  in  ms.  Howard,  Coll.  Arm.  14;  and  the  third  in  Ben- 
net  Coll.  Camb.  No.  50.  6  ».  On  making  inquiry  at  the  Collège  of  Arms, 
I  was  assured  that  no  Howard  mss.  were  preserved  there,  tl'ough  that 
name  might,  of  course,  hâve  been  applied  with  propriety  to  what  is  known 
as  the  Arundel  collection;  and  there  can  be  no  doubt  that  «  A  Clerk  of 
Oxenforde  »  meant  to  refer  to  Arundel  27  (No.  5  above),  which  was  for- 
merly  numbered  154.] 

10.  Cheltenham,  Phillipps  8345.  Winneberger  says  «  Ueber  Lùckenhaf- 
tigkeit  ist  nichts  bekannt  ».  But  heprobably  overlooked  a  notice  of  this  ms. 
by  C.  Sachs =,  w^hich  would  hâve  escaped  me  but  for  a  timely  word  from 
M.  P.  Meyer;  no  hint  is  given  there  of  any  imperfection,  so  it  may  be  pre- 
sumed  to  be  complète.  Sachs  assigns  it  to  the  thirtcenth  century.  The  first 
28  lines  are  printed  in  the  Bulletin,  p.  62. 

1 1 .  Cambridge,  University  Library.  A  single  leaf,  found  by  Mr.  Jénkin- 
son  in  an  old  book-cover.  Described  at  a  meeting  of  the  Cambridge  Anti- 
quarian  Society,  on  Mar.  7,  1887,  by  Prof.  Skeat,  who  savs'.  «  The  writing 
is  perhaps  as  early  as  the  thirreenth  century  »  :  but  the  beginning  of  the 
fourteenth  century  isamore  probable  date.  We  shall  return  to  this  fragment 
further  on. 

The  Edwardes  ms.  was  numbered  565  in  Christie's  sale- 
catalogue,  where  it  is  described  as  foUows-*    : 

1.  ne  Brilish  Bibliognipher,  by  Sir  Egerton  Brydges  and  Joseph  Hasle- 
wood,  IV,  268.  See  an  article  in  the  Gentleman's  Magasine,  XCVIII.  II  (Dec. 
1828),  495,  over  the  signature  «  A  Clerk  of  Oxenforde  »,  which  Mr.  Ma- 
dan tells  me  was  a  pseudonym  used  by  Sir  Frederick  Madden. 

2.  Beilràge  :(iir  Kunde  alt-fr.,  engl.  und  profen^.  Literatur  (Berlin,  1857), 
pp.    50-54. 

3.  See  Academy,  XXXI,  224-5. 

4.  Catalogue  of  the  choice  and  mluahle  library  of  Sir  Henry  Hobe  Edwardes, 
Bart.ydeceased,  p.  68. 


AN    EARLY   MS.    OF    GUY  DE  IVARWICK  ']\ 

Roman  de  Guy  Comte  de  Warwick,  manuscript  of  tlie  xiv'h  century,  on 
vellum  (80  leaves)  bnnun  niorocco  extra,  hy  Bedfonl. 

It  contains  80  leaves  of  vellum,  measuring  230  by  156  milli- 
mètres, in  ten  quires  of  eight  leaves.  The  script  is  in  double 
columns  of  40  Unes,  written  throughout  in  one  hand,  proba- 
bly  towards  the  middle  of  the  thirteenth  century.  At  the  begin- 
ning  is  a  large  ornamental  initial  in  red,  white,  blue  and 
green  ;  the  sections  of  the  poem  are  marked  by  smaller  ini- 
tiais, red  with  green  flourishes,  or  blue  with  red  flourishes. 
From  the  accompanying  photograph  the  hand  will  be  readily 
recognised  as  that  of  the  Cbançun  de  Willauic  ;  and  there  can 
be  no  doubt  that  thèse  two  mss.  and  the  Adgar-ms.  were  in 
one  volume,  along  with  other  pièces,  at  some  time  not  long 
before  the  Edwardes  sale.  AU  three  were  bound  uniformly 
by  Bedford,  probably  in  the  latter  half  of  the  nineteenth  cen- 
tury, and  the  numbers  (3),  (4)  and  (é)  were  pencilled,  appa- 
rently  about  the  same  time,  at  the  top  of  the  first  page  of  Giii, 
Willanie  and  Aâgar  respectively.  There  is  nothing  to  show 
what  N°'  (i),  (2)  and  (5)  were,  nor  how  many  pièces  fol- 
lowed  Adgar.  The  présent  owner  tells  me,  however,  that  he 
remembers  seeing  another  volume,  similarly  bound,  and  pen- 
cil-numbered  in  double  figures,  at  the  Edwardes  sale  ;  he  also 
finds  indications  that  Adgar  was  not  originally  bound  up  with 
Gui  and  IVillamc,  but  that  it  joined  them  at  some  unknown 
period  before  the  middle  of  the  fifteenth  century.  However  this 
may  be,  let  us  hope  that  the  missing  numbers  will  some  day 
corne  to  light,  and  prove  not  unworthy  of  their  whilom 
companions. 

The  poem  contains  12^762  Unes  in  this  ms.,  part  of  fol.  80  r° 
and  the  whole  of  fol.  80  v°  being  left  blank,  while  many  ol 
the  other  pages  hâve  more  than  80  Unes  of  verse,  Unes  acciden- 
tally  omitted  having  been  inserted  in  the  margins  by  the  ori- 
ginal scribe.  As  I  hâve  not  had  an  opportunity  of  studying 
Dr.  Winneberger's  article  in  the  Frankfurter  neuphilologische  Bei- 
tràge,  1 887,  where  he  explains  the  principles  on  which  he  classifies 
the  mss.,  no  attempt  is  made  hère  to  assign  to  the  Edwardes 
ms.  its  proper  place  in  his  scheme.  The  foUowing  extracts  wiU 
however,  it  may  be  hoped,  be  of  some  service  towards  this 
end. 


1 

V 
3 


fk   ,2f^^iezlmi»^aiCtOi 


4 


ticoïc  «w  Ut  p*tr  ^Httnt^ 
mtfC^4lhrtff?ttW!ratiSi 

^  1)itMrtta^mF<mte 


1^  tf£^4(kl^:^d'ri?gm<^'. 
t  4r^î«ftmrî3i^i^ti2ô;0 


Ms.  Edwardes 


A\    FAKI.Y    MS.    OF    GUI  DE  irARtVlCK 


5      «^ 

5  0  3 
§  ^    - 


C.C.C.  Cambridge,  50 


74  J.-A.    HERBERT 

The  opening  Unes  are  : 


Puis  cel  tens  que  Deu  fu  néd, 
■    E  establi  fu  la  crestientéd, 

Multcs  aventures  sunt  avenues 
4  Q.ue  a  tuz  homes  ne  sunt  seùes. 

Car  (/.  Pur)   ço  deit  l'om    niult 
enquere 

E  pener  sei  de  ben  faire, 

E  des  boens  prendre  esperemenz 
8  Des  faiz,  des  diz  as  anciens 

QliI  devant  nus  esteient. 

Aventures  bêles  lur  aveneient 

Pur  ço  qu'il  ameient  vérité, 
12  Tut  dis  fei  e  lealté. 

D'els  deit  l'om  ben  sovenir 

E  lor  bons  faiz  dire  e  oïr. 

Ki  mult  ot  e  ço  retient 
i6  Sovent  mult  sage  devient; 

Iço  est  tenu  a  bêle  mestrie 

Ki  fait  le  sen  e  laist  la  folie. 

De  un  cunte  voluns  parler 
20  Ki  mult  fait  a  preiser, 

E  de  un  sun  seneschal 

Ke  preuz  ert  e  leal, 

E  de  Sun  fiz,  un  damaisel, 
24  Qui  mult  par  ert  e  gent  e  bel, 

E  cum  il  amat  une  pucele, 

La  fille  al  cunte,  que  mult  ert  bêle. 

En  Engletere  uns  coens  esteit, 
28  En  Warewic  la  cité  maneit. 

Riches  ert  e  de  grant  poeir, 

Cointes  e  sages,  bon  chevaleir  ; 

Riches  ert  d'or  e  d'argent, 
32  De  dras,  de  seie,  de  veisselement. 

De  forz  chastels,  de  riches  citez  ; 

Par  tut  le  règne  ert  mult  dotez. 

N'aveit  home  en  tote  la  tere 
56  Ki  vers  lui  osast  prendre  guère, 

Que  par  force  tost  nelpreïst(f.  ih) 

E  en  sa  chartre  le  meïst. 

Bons  chevalers  mult  ama, 
40  Riches  dons  sovent  lur  dona; 


Pur  ço  fud  cremu  e  doté 

E  par  tut  le  règne  preisé. 

Coens  esteit  de  mult  grant  pris, 
44  Sires  ert  de  tut  le  pais  ; 

De  Oxeneford  tote  l'onur 

Sue  esteit  a  icel  jur; 

De  Bokingeham,  de  tut  le  cunté, 
48  Sires  en  icel  tens  esteit  clamé. 

Li  coens  Roalt  out  a  nun  ; 

Mult  par  esteit  noble  barun. 

Une  fille  aveit  de  sa  moiller  ; 
5  2  Sa  grant  belté  ne  puis  cunter, 

Pur  la  plus  bêle  l'unt  choisie. 

Ore  est  raisun  que  l'um  vus  die 

Un  petitet  de  sa  grant  belté  : 
56  Le  vis  out  blanc  e  coluré, 

Long  e  traitiz  e  avenant, 

Bêle  bûche  e  nés  ben  séant, 

Les  oilz  veirs  e  le  chef  bloi, 
60  De  lui  veer  vus  semblast  poi. 

Bien  faite  de  cors,  de  bel  estature. 

Tant  par  ad  dulce  la  regardure; 

Curteise  ert  e  enseigné, 
64  De  tuz  arz  ert  enletré  ; 

Ses  meistres  esteient  venuz 

De  Tulette,  tuz  blancs  chanuz, 

Ki  l'aperneient  d'astronomie, 
68  D'arismatike,  de  jeometrie; 

Mult  par  ert  fere  de  corage. 

Pur  ço  qu'ele  ert  tant  sage 

Dux  e  cuntes  la  requereient, 
72  De  multes  teres  pur  lui  veneient  ; 

Mais  nul  d'els  amer  ne  voleit 

P'ir  ço  que  tant  noble  esteit. 

Felice  fud  la  bele  apelée  ; 
76  Pur  sa  belté  fud  mult  amée. 

De  totes  beltez  ert  ele  la  flur  ;  (f.  ic) 

Tant  bele  ne  fud  a  icel  jur. 

Ki  totes  teres  dunques  cerchast 
80  Une  tant  bele  n'i  trovast. 

Ki  tote  sa  belté  contereit 

Trop  grant  demorance  i  freit. 


De  la  pucele  larrum  ester  ; 
84  Del  seneschal  voldrum  parler, 


AN  EARLY    MS.    OF    GUI  DE  WARUICK 

« 

Ki  mult  crt  cortcis  e  sage. 


75 


This  may  be  compared  with  11.  1-85  oftheMarske  ms.,  print- 
ed  in  the  Bulletin,  1882,  pp.  46-9. 

The  following  lines  correspond  to  the  first  six  Unes  of  Royal 
8  F  IK  (cf.  Ward,  Cat.  of  Romances,  I,  485)  : 


Ore  s'en  va  Gui  del  estur;  (f.    ic) 
Mult  demeine  grant  dolur. 
Le  cors  Heralt  od  lui  porta, 


Sun  compaignun,  qu'il  tant  ania. 
Tut  dreit  s'en  va  a  un  abbeie 
Qu'il  vit  ester  près  de  la  veie. 


The  passage  in  which  Harl.  3775  breaks  off  (Ward,  I,  484) 
is  hère  : 


Gui  dit  a  ses  compaignuns  (f.  1 9  c) 
«  Seignurs,  ore  tost  nus  armuns, 
Les  Sarazins  irruns  assaillir.  » 
Chescun  se  peine  de  bien  ferir  : 
Hastivement  se  sunt  armez, 


En  lur  destrers  sunt  puis  muntez. 

Ferir  les  vont  erralment, 

N'i  ad  mes  esperniement. 

Gui  va  ferir  l'amirail  ; 

Escu  ne  halberc  ne  li  valt   un  ail. 


The  passage  in  which  the  Marske  ms.  is  defective  (see  Bulle- 
tin, p.  49)  begins  : 


«  Deus  !  Dunt  m'est  venu  cest  en- 
[combrer?  (f.  64  /') 
«  Ja  ne  combati  jo  pas  pur  luer 
«  Ne   pur  chastel  ne  pur  dungun, 

and  ends  : 

Venuz  sunt  par  devant  l'empereur 

(/•.  65 .0- 

Li  quons  Terri  n'est  pas  asseur. 
«  Sire  enpereres  »,  ço  ad  dit  Gui, 
«  Veez  ci  le  bon  cunte  Terri  ». 
Li  empereres  le  regarda, 
E  Terri  sun  chef  enbruncha, 


«  Ainzfispur  mun  bon  compaignun 

«  Que  de  péril  voleie  délivrer 

«  Dunt    il  out  mult  grant  niester. 


Car  deli  grant  pour  aveit. 

E  li  empereres  li  diseit  : 

«  Este  vus  ço  li  quons  Terri 

«  De  Guarmeis,  li  fiz  Alberi? 

—  OU  sire  »,  fait  il,  «  ço  sui  mun  ; 

«  Ore  sui  chaitif,  ia  fui  barun.  » 


The  story  of  Guy  ends  with  the  death  of  Felice  : 


Qu'ele  après  la  mort  sun  seignur 

[(f.  72  c) 
Morut  al  cinquantime  jur  ; 
Après  li  se  fist  mettre,  par  amur, 
Sevelie  fu  a  grant  honur. 


Ensemble  sunt  en  la  compaignie 
De  nostre  dame  sainte  Marie  ; 
E  issi  nus  doinst  Deu  servir 
Ke  en  sa   glorie   puissum  venir. 
[Amen. 


76  J.-A,    HERBKUT 

Tlie  poem  ends  at  this  point  in  the  Royal  ms.  :  sce  Ward,  I, 
487.  The  Edwardes  ms.  lias  a  two-line  space,  and  then  goes 
on  with  the  usual  continuation,  ofwhicii  Guy's  son  Rainhrun 
is  the  hero  : 


Ore  avez,  seignurs,  de  Gui  oï 
Cum  il  sa  vie  en  ben  feni  : 
Fei  e  lahé  tut  dis  ama, 
Sur  totes  riens  Deu  honura, 
E  Deu  le  gueredun  li  rendi, 
Cum  vus  avez  ici  01. 
Totes  buntez  en  li  csteient, 
Aventures  bêles  li  aveneient, 


En  bataille  ne  \-int,  ne  en  estur, 
U  il  ne  fust  tenu  al  nieillur. 

Q.uant  li  quons  Terri  oï  aveit 
Ke  Gui  sis   compainz  morz  esteit, 
Al  rei  vint  d'Englctere 
Le  cors  sun  compaignun  requere. 


The  concluding  section  is  : 

Quant  iloec  unt  scjurné  (f.  80) 
Tant  cum  lur  est  venu  a  gré, 
Al  cunte  unt  puis  congié  pris, 
Aler  voldrunt  en  lur  pais; 
Desoremès  ne  finerunt, 
A  la  mer  si  vendrunt. 
Quant  a  la  mer  venuz  sunt 
Hastivement  passer  se  funt  ; 
A  Lundres  sunt  tut  dreit  aie, 
U  le  rei  Adelstan  unt  trové. 
Le  reis  encontre  els  est  aie, 
Od  li  le  mi'jlz  de  la  cité. 
Mult  durement  les  ad  honuré  (f. 
[80  b) 
E  del  suen  assez  doné  ; 
A  Rainbrun  rent  sun  cunté, 
E  si  li  acreist  mult  sun  fé. 
Treis  jurs  i  sunt  sejurné, 
Al  quart  unt  pris  lur  congié. 
A  Warewic  vont,  a  la  cité; 
Cil  del  pais  en  sunt  mult  lié. 
Rainbrun  prentdeses  homes feltez; 


Mult  par  est  entr'els  amez. 
Heralt  s'en  va  a  Walingeford, 
A  sun  chastel  qui  est  bon  e  fort  ; 
Desore  i  voldra  sejurner 
Od  sa  femme,  la  bone  moiller. 
Car  mult  ad  sun  cors  travaillé 
En  plusurs  terres,  pur  sa  lealté. 
De  ceste  estorie  voil  fin  fere  ; 
Plus  ne  voil  des  ore  retraire. 
Bel  essample  i  puet  l'um  prendre, 
Qui  ben  le  set  e  velt  entendre  : 
De  prouesce  amer  e  lealté  tenir. 
De  tuz  bens  faire  e  mais  guerpir, 
Orguil  e  richesces  aver  en  despit. 
De  Guiun  nus  aprent  l'escrit  ; 
Ço  fu  la  sume  de  sa  valur. 
Qui  tut  guerpi  pur  sun  Criatur. 
E  cil,  qui  en  la  sainte  Trinité 
Uns  Deus  est,  par  sa  pité 
Nus  doinst  en  tere  lui  servir. 
Que  a  lui  en  glorie  puissums  ve- 
[nir.  Amen. 


The  last  twenty  lincs  may  be  compared  with  the  following 
extract  from  the  Corpus  ms.,  for  which  my  thanks  are  due  to 
M.  P.  Mever  : 


AN    EARLY    MS.    OF 

Heraud  s'en  va  a  Walingeford,  (f. 
[182) 
A  son  chastel  bon  e  fort  ; 
Des  ore  i  vodra  sojurner 
Od  sa  femme,  bone  mulicr, 
Kar  mult  ad  son  cors  travaillé 
En  plusurs  lius,  por  sa  beauté. 

De  ceste  estorie  voil  fin  faire; 
Plus  n'en  voil  des  ore  traire. 
Bel  ensaumple  i  peut  em  prendre, 
Qui  bien  la  siet  e  veut  entendre  : 


GUI  DE  WARWICK  77 

De  pruesce  amer,  leauté  tenir. 
De  tuz  biens  faire  e  mal  gerpir, 
Orguil,  richesces  aver  en  despit, 
De  Guion  nus  aprent  le  escrit  ; 
Ceo  est  la  sumnie  de  la  valur 
Ke  tut  guerpi  pur  sun  Crcatur. 
E  cil,  qui  en  la  sainte  Trinité 
Un  Deu  est,  par  sa  pité 
Nus  doint  en  terre  si  servir, 
Ke  a  li  en  glorie  puissums  venir. 
[Amen. 


The  Cambridge  fragment  '  consists  of  a  single  leaf  of  vellum, 
rneasuring  205  by  149  millimètres,  in  double  columns  of  30 
Unes;  each  section  begins  with  a  large  red  initial,  in  the  other 
lines  the  first  letter  is  touched  with  red.  The  text  deals  with 
Guy's  victory  over  the  dragon  and  bis  betrothal  to  Felice,  ans- 
wering  to  11.  6947-7078  of  the  fifteenth  century  English  ver- 
sion -  ;  the  corresponding  passage  in  the  Edwardes  ms.  runs 
from  fol.  46  d,  1.  7,  to  fol.  47  c,  1.  20.  The  Cambridge  text  is 
as  follows  : 


La  beste  chet,  ne  puet  avant, 
Crie  e  brait,  grant  doel  fesant. 
Gu:  se  retret  atant  arere 
4  Pur  la  puur  5  que  est  si  fere. 


Puis  que  beste  ^  mort  estoit 
De  5  lungur  trente  pez  avoit. 
Gui  lui  va  le  chef  couper, 
8  Ensemble  od  lui  le  fet  porter. 
Si  vient''  a  ses  compaignons 


1.  No  II  in  the  foregoing  list.   I  am  greatly  indebted  to   Mr.  Jenkinson 
for  his  courtesy  in  sending  it  to  the  British  Muséum  for  my  use. 

2.  The  Romance  of  Guy  of  IViirwick,  éd.  Zupitza,  Early  Engl.  Text  Soc, 
1875-6,  pp.  199-203. 

5.   Ediu.  pulence.  Echu,  bas  iwo  addilional  lûtes  after  l.  4  : 
Ne  i  osa   dune  adeser, 
En  loinz  s'en  ala  reposer. 

4.  Ediv.  la  beste. 

5.  Ediv.  En.  For  //.  y-iS',  Edw.  bas  : 

Pur  merveille  l'unt  tuit  mesurée 
La  gent  qui  erent  de  la  contrée; 
La  teste  puis  trencher  ala. 
Ensemble  od  sei  la  emporta. 

6.  Edw.  Revenuz  est. 


7^  J.-A. 

Que  pur  lui  sunt  '  en  afflictions. 

A  Everwyc  puis  s'en  ala, 
r  2  Al  roi  le  chef  présenta  ; 

Lui  rois  mult  heité  se  fet  ' 

Quant  seine  heité  le  veit. 

A  Everwic  unt  le  chef  pendu, 
i6  A  grant  merveille  l'unt  tenu. 

Gui  al  roi  ad  cungé  pris, 
Si  s'en  vet  '  en  sun  pais. 
A  Wailigfort  ■♦  s'en  est  aie  ; 

20  Ceus  '>  del  honur  i  ad  trové. 
Que  pur  lui  grant  joie  firent, 
Meitit  jors  de  lui  ren*  n'oïrcnt, 
Quar  sis  pères?  mort  estoit, 

24  Autre  eir  de  lui  n'en  avoit*. 
Heralt  sun  mestre'  dune  apella; 
Tout  cel  honur  lui  dona  '°, 
[E]  a  cels"  qui  l'ont  servi 


HERBERT 

28  Lur  g[uari]sun  mult  ben  rendi  ". 
A  Warvvic  puis  s'en  ala, 
Al  cunte  que  mult  le  honura, 
E  tout  cil  '5  de  la  cuntré  (ro  /') 

32  Si  sunt  pur  lui  mult  heité'-». 

Lui    quoens    l'eime   e    mult    ho- 
[nure'5, 
Sanz  lui  ne  volt  estrc  nul  hure, 
Ensemble  vont  en  bois  chascer 

36  E  en  rivcre  pur  riveicr. 
A"'  sa  amie  parler  ala, 
Toute  sa  vie  lui  ■'  cunta, 
Cum  riches  rois  e  emperors 

40  Lui  unt  offert  '^  mult  grant  honurs, 
E  cum  ert  amé  des  puceles, 
Finies '9  as  princes,  que  mult  sunt 
[bêles, 
Mes  nul  amer  ne  voloit; 


3- 
4. 
5- 
6. 

7- 
8. 

9- 
10. 
II. 
12. 


14. 

15- 

16. 

17- 
18. 

19- 


Edw.  erent. 

Edw. 

Li  reis  joius  e  lez  se  fait 
Quant  Gui  sain  e  haite  veit. 

Ediv.  Aie  s'en  est. 

Edw.  Walingford. 

EdzL'.  Ses  homes. 

Edw.  novele. 

Edw.  sun  père. 

Edw.  dune  n'aveit. 

Édw.  Heralt  d'Arderne. 

Edw.  Tote  l'onur  puis   li  dona. 

Edïu.  E  a  ses  homes. 

Edii-,  Lur  guareisun  ben  lur  rendi.  Tben  Iwo  additional  lines 

As  chevalers  e  as  serganz 

E  as  petiz  e  as  granz. 
Edw.  icil. 

Edw.  Pur  lui  unt  joie  démenée. 
Edw.  l'onure. 
Edw.  Puis  a. 
Edw.  mustré  lui  ad. 
Edw.  Offert  li  unt. 
Edw.  Des  filles. 


AN  EARLY    i\lS.    OF    GUI  DE  IFARJriCK 
44  Altre  de  lui  jamès  n'averoif. 


79 


«  Amis  '  »,  fet  de,  «  vostre  merci 
«  E  jo  verraiment  vus  di  ' 
«  Que  mult  requis  ai  esté 

48  «  Des  plus  riches  del  régné, 

«  Mes  nul  de  eus  amer  4  ne  voloie, 
(c  Ne  a  nul  jur  mes  ne  feroie. 
«  A  vus  me  doins  q>  si  me  otroi. 
52  «  Vcstre  pleisir  fetcs  de  moi.  » 
Gui  de  joie  l'en  ad  beisé; 
Unkes  mes  ne  fu  si  lé'^ 
Joie  demeine  e  î  nuit  e  jour 

56  Quant  est  asseur  de  ?  sa  amur. 

Lui  quoens  un  jour  sa  fillieapele^  : 


«  Felice  »,  fet  il,  «  fillie  bêle, 
«  Pur  Deu,  quar  pernez  baron; 
60  «  Nous  n'avom  cir  si  vus  nun. 
«  Dux  e  cuntes  vus  unt  requis  (vo) 
«  Quevenuz  sunt  de»  autre  païs; 
«  Nul  de  eus  ne  volez'°  prendre. 

64  «  Cumben  volez"  vus  atendre? 
—  Sire  )),  fet  ele,  «  jo  en  penserai, 
(i  Deci  que  al  terz  jor  vus  dirrai  •^  » 
Cum  il  avint  '5  al  tierz  jor 

68  Lui  quoens  apele  par  '*  amor 

Sa  fillie   que  tant   par  est  sage  '5  : 

«  Dites  moi  »,  fet  il  '^,  «  tun   co- 

[rage. 

—  Sire  »,  fet  ele,  «  jo  vus  dirrai  '7 

72  «  Cum  en  mun  quor  purpensé  ai  '». 


Edîu.  ne  ja  n'amereit. 

Edîu.  Sire  Gui. 

Edw.  le  vus  di. 

Edw.  Mais  amer  nuL 

Edzu.  omits  e. 

Edw.  Une  mes  de  rien  ne  fu  tant  lé.  Then  two  additional  Unes 

A  s'amie  prist  puis  congié, 

Si  est  a  sun  ostel  aie. 


Edw 
Edw 


9- 
10. 

II. 
12. 

13- 

14. 

15- 
16. 

17- 
18. 


Edw. 
Edw. 
Ediu. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 
Edw. 


.  del  suen  amur. 

.  bas  for  11.  ;  y -60 

Li    quons  sa  fille  apela, 
Devant  sa  mère  l'areisona  : 
Fille,  fait  il,  pernez  barun; 
N'avums  nul  heir  si  vus  nun. 

d'estrange  païs. 

Nuls  d'els  ne  voliez  vus. 

voldrez  fille  atendre. 

Deci  al  tierz  jur  le  vus  dirrai. 

vint. 

par  grant  amur. 

Felice  sa  fille  qui  tant  ert  sage. 

Fille  di  mei. 

ben  vus  mustrai. 

corage  purposé  l'ai. 


gQ  J.-A.    HERBERT 

«  Ne  VUS  en  pcist  si  jo  le  vus  di,  «  Son  -  corage  saver  voudrai.  » 
«  Beau  duz  sire,  jo  vus  pri  '  : 

«  Ceo  est  Gui,  vostre  chivaler,  Un  jor,  cum  il ■'  repeira  (vo  b) 

76  «  En  le  niunde  ne  ad,  ceo  croi,  sun  92  De  la  rivere,  ou  il  pris  a 

[  per  ^  Volatil  a  grant  plentc, 

«  Si  jo  certes  '  lui  n'en  ai  Gui  ad  a  soi  apellé  '+. 

«  James  autre  n'en  amerai*.  «  Gui  »,  fet  il,  «  entendez  '5  ça. 

—  Fillie  »,  fet  il,  «  ben  avez  dist.  ^(^  „  Vostre  corage  me  dirrez  ja  'S 

80  «  Dampnedeu  vus  en  ait  5,  „  Quant  vus  femme  prendre  vou- 

«  Quant  vus  or  lui  '  desirez  [drez  ? 

«  Par  ki  serom  honurez^  ;  ^^  Q^\^y  ^.^ç,  ne''  me  deviez. 
«  Jo  l'amasse  ceste  cité 

84  «  Que  il  venist  Gui  a  gré  ».  _  «  Sire  ,.,  fet  il,  jo  ■»  vus  d.rrai  : 

«  Tarn  ad  refusé  puceles,  100  «  En   le   munde  "  n'ad   femme 

,           ,1  loue  jo  sai 

«  Filliesasrois, que  multsunt  bêles,  l  .      ) 

«  Que  plus  de  vus  valent  d'assez ..            «  Que  jo  preisse,  si  une  nun 
88  «Mes  quant  vus. o,  fillie  taml'amez            «    Pur    nent    me    metre.ez^^^  a 
«  Volunters  en"  parlerai, 

1.  Edw.  ço  vus  en  pri. 

2.  Edw.  El  mund  n'en  ad  ço  qui  sun  per. 

3.  Edu\  Certes  si   jo. 

4.  Ediv.  A  nul  jur  mes  barun  n'avrai. 

5.  Edw.  Beneie  vus  ore  qui  une  ne  mentit. 

6.  Ediu.  celui  (omitting  or). 

7.  Edw.  tuz  honorez. 

8.  Edw.  Que  de  vus  prendre  li  venist  a  gré. 

9.  For  11.  Syj,  Edw.  bas  : 

Pucele  amer  une  ne  deignat. 
Tantes  puceles  refusez  ad, 
Filles  de  reis  e  de  empereurs. 
Qui  mult  erent  de  greignur  valur^ 
Que  n'estes  vus,  jamès  serrez. 

10.  Ediv.  bêle. 

1 1.  Edw.  a  lui  en. 

12.  Edw.  Tut  sun. 

13.  Edic.  li  quons. 

14.  Edw.  Guiun  par  sei  ad  apelé. 

1 5 .  Ediu.  ça  entendez. 

16.  Edw.  car  me  diez. 

17.  Edw.  nel  me  devez. 

18.  Edw.  jol. 

19.  Edw.  El  mund 

20.  Edw.  mettreit  hom. 


An  early  ms.  of  gui  de  ivarwick 


8i 


—  Gui  »,  fet  il,  «  ore  entendez. 
104  «  Une  fillie  ai,  cum  vus  savez  ■  ; 

«  Autre  eir  nen  ai  -  si  lui  nun  ; 
i<  Grant  terre  l'atent  cî  environ  5 . 
«  Jo  la  vus  doins  si  la  pernez, 
108  «  De  toute  ma  terre  sire  soiez  *. 

—  Sire  »,  fet  Gui,  «vostre merci. 
«  Grant  honur  me  mustrez  ci  5. 
«  Vostre  fillie  melz  voudroie 

112  «  Od    Sun  cors,    melz    que    ne 

feroie  ^ 


«  La   fillie  al  emperor   de  Ale- 

[maigne 

«  Od    toute    sa     terre    cham- 

paigne7.  » 

Lui  quoens  l'en  ad  mult  *  mercié 

1 16  Al  col  le  prent,  si  l'ad  beisé'. 

«  Gui  »,  fet  il,  «  ore  sai  j[o]  bien 

Que  vus  m'amez  sur[tu]te  ren  '°. 

Si  voil  des  hui  a  quin[ze]  jors  " 

120  Teignoms'^  les  noces  a  grant  ho- 

[nurs.  » 


J.-A.  Herbert. 


I. 

Edw. 

2. 

Ediv. 

?• 

Ediv. 

4. 

Edw. 

5- 

Edw. 

6. 

Edw. 

7- 

Edu: 

8. 

Ehu. 

9- 

Edw. 

10. 

Edw. 

II. 

Edw. 

12. 

.  Edw 

bêle  ben  le  savez. 

N'ai  altre  heir. 

Jo  la  vus  durrai  sire  Guiun. 

adds  t-wo  liiics  : 

De  chastels  e  de  citez, 
Vostre  plaisir  de  tôt  facez. 
Mult  ad  grant  honur  ici. 
Sul  od  Sun  cors,  que  jo  ne  freie. 
la  tere  si  k'en  Espaigne. 
sovent  baisé. 

De  mult  bon  quor  mercié. 
,  adds  two  Unes  : 

Quant  ma  fille  prendre  volez 
E  tantes  bêles  guerpi  avez. 
,  D'icest  jur  dune  a  ait  jurs. 
.  Seient. 


Romania,  XXKV 


JAMETTE    DE    NESSON 
ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF 


Le  bagage  littéraire  de  Jamette  de  Nesson  n'est  pas  lourd  : 
on  n'aura  garde  de  le  confondre  avec  celui  de  Cristine  de  Pisan. 
Nous  connaissons  d'elle  un  rondeau  amoureux  adressé  à  Tanne- 
guv  du  Chastel  (qui  y  répondit  galamment),  et  c'est  tout'. 
iMais  on  peut  tenir  pour  certain  qu'elle  avait  beaucoup  écrit. 
Autrement,  on  ne  s'expliquerait  pas  la  place  d'honneur  que  lui 
a  accordée  indirectement  Martin  Le  Franc  dans  son  Champion 
des  Dames,  en  faisant  reprocher  par  «  l'Adversaire  »  à  «  Franc- 
Vouloir  »,  panégyriste  enthousiaste  de  Cristine,  d'avoir  passé 
sous  silence  «  la  belle  Jamette  »  : 

Et  m'esbahis  que  mot  ne  son 
N'as  fait  de  la  belle  Jamette, 
Niepce  de  Pierre  de  Nesson  : 
Ele  vault  qu'en  rench  on  la  mette, 
Car  n'est  rien  dont  ne  s'entremette. 
Et  l'appeU'on  l'aultre  Minerve  ^ 

Sa  qualité  de  nièce  de  Pierre  de  Nesson  est  tout  ce  que  la 
postérité  a  su  jusqu'ici  de  sa  biographie.  M.  Gaston  Raynaud 
a  conjecturé  qu'elle  était  fille  de  Jamet  de  Nesson,  officier  de 
Charles  VI  '  :  les  documents  complémentaires  que  j'ai  publiés 
récemment    sur  Pierre  de   Nesson  •♦  et  ceux    que   je  vais  faire 


1.  Gaston  Raynaud,  Rondeaux  et  antres  poésies  du  XV^  siècle  (Paris,  iJ 
Soc.  des  anc.  textes  français),  p.  59-60. 

2.  Vers  cités  par  G.  Paris,  Romania,  XVI,  417. 

3.  Rondeaux,  p.   xxviii. 

4.  Romania,  XXXIV,  540  et  s. 


JAMETTE    DE    NESSON    DT    MERLIN    DE    CORDEBEUF  83 

connaître  confirment  cette  hypothèse  et  fournissent,  directe- 
ment ou  indirectement,  beaucoup  de  détails  sur  la  carrière  mon- 
daine de  famette  deNesson.  Espérons  que  l'avenir  nous  réserve 
des  découvertes  plus  intéressantes  encore  sur  son  activité  litté- 
raire. 

Mais  avant  de  parler  de  notre  «  Minerve  »,  il  est  bon  de 
déblayer  le  terrain  et  de  prévenir  le  lecteur  qu'il  a  existé,  dans 
la  première  moitié  du  xV^  siècle,  une  Jamette  de  Nesson  qu'il 
faut  se  garder  de  confondre  avec  elle.  Cette  Jamette  était  veuve 
d'Etienne  Souchet  ou  Sochet  et  plaidait,  à  Poitiers,  le 
29  novembre  1423,  devant  le  parlement  de  Charles  VII,  contre 
le  célèbre  Pierre  de  Giac,  ainsi  qu'en  fait  foi  l'extrait  suivant'  : 

Entre  Jamette  de  Nesson,  veuve  de  feu  Estienne  Sochet,  en  son  nom  et 
comme  administrateresse  du  filz  d'elle  et  du  dit  défunt  et  héritier  d'icelui 
défunt,  demanderesse  et  complaignant  en  cas  de  saisine  et  de  nouvelleté  et 
aussi  sur  excès,  d'une  part,  et  messire  Pierre  de  Giac,  deffcndeur  et  oppo- 
sant, d'autre  part. 

Pour  la  dicte  Jamette,  Rabateau  dit  que  son  dit  feu  mary  estoit  notable 
homme  et  que  le  dit  Giac  et  sa  mère,  l'an  IIII'^  XI,  pour  le  douaire  de  la 
suer  du  dit  messire  Pierre  paier  et  autres  leurs  affaires,  vendirent  et  trans- 
portèrent au  dit  feu  mary  de  Jamette  le  chastel  ou  lieu  de  Brion-. 

Les  registres  du  Parlement  parlent  souvent  de  la  veuve 
d'Etienne  Souchet,  entre  1423  et  1427,  soit  à  propos  de  ce  pro- 
cès, soit  à  propos  de  deux  autres  affaires'.  Mais  nous  n'avons 
pas  à  la  suivre  plus  loin.  Il  nous  suffira  de  dire  que  son  mari 
était  un  notable  marchand  de  Clermont,  en  Auvergne +,  et  qu'il 
avait  obtenu  pour  lui,  sa  femme  et  ses  descendants,  des  lettres 
d'anoblissement  dans  les  dix   dernières  années  du  xiv^  siècle^. 


1.  Arch.  Nat.,  X'  a  9197,  f°  266  v». 

2.  Brion,  c"''  de  Compains,  co"  de  Besse  (Puy-de-Dôme).  Il  y  a  un  hom- 
mage de  cette  terre,  en  1494,  au  comte  de  Montpensier,  par  quatre  frères 
Souchet  (Noms  fi'ochiux,  II,  914  :  on  a  lu  Brioii). 

3.  Arch.  Nat.,  X'.\  9197,  fo  278,  284,  302,  307  ;  9198,  f°  230,  233,  308, 
314  ;  9199,  f°  8,  etc. 

4.  L'avocat  de  la  partie  adverse.  Me  Jouvenel,  dit  de  lui  :  «  Souchet  estoit 
marchant  soutil  et  faiiiosiis  de  nsiiris,  vel  quasi  »  (plaidoirie  du  31  janvier 
1424,  Arch.  Nat.,  X'a  9197,  f"  284). 

5.  Bibl.  Nat.,  Nouv.  acq.  franc   7745,  fo  103,  vo  :   «  Nobilitatio  Stephani 


84  A.     THOMAS 

L'acte  le  plus  ancien  que  je  connaisse  relativement  à  Jamette 
de  Nesson  la  poétesse  est  un  acte  immédiatement  consécutif  à 
la  célébration  de  son  mariage  qui  eut  lieu  à  Paris  le  25  janvier 
143 1  (nouv.  style).  Le  baron  de  Joursanvault  en  possédait 
l'original,  qu'il  céda  à  un  descendant  de  la  famille  dans  laquelle 
était  entrée  par  alliance  Jamette  de  Nesson  '  ;  je  ne  sais  ce  qu'il 
est  devenu.  Heureusement,  il  s'en  conserve  à  la  Bibliothèque 
Nationale  une  copie  presque  complète,  faite  au  .wnr'  siècle,  et 
qui  suffit  pour  le  but  que  nous  poursuivons  -.  Dans  cet  acte, 
reçu  par  deux  notaires  du  Châtelet,  Jaques  de  Vaux  et  Jean 
François,  Jamette  est  dite  fille  de  feu  Jamet  de  Nesson,  écuyer, 
et  de  demoiselle  «  Ysabel  de  Nesson  »  ;  son  mari  est  nommé 
Huguet  de  Cordebeuf,  dit  Merlin.  On  y  voit  intervenir  le  mari 
de  Guillemette,  sœur  ainée  de  Jamette,  Jaques  Falle  ',  bourgeois 
de  Paris.  Voici  d'ailleurs  la  partie  essentielle  du  document  : 

...Disans  et  affcrmans  les  dites  parties  que  comme  ce  jour  d'uy,  par  lettres 
faictes  et  passées  avant  les  espousailles  et  solemnité  du  mariage,  qui  au  jour 
d'uy  avant  le  passement  de  ces  présentes  a  été  faict,  solemnizé  et  célébré  en 
sainte  Eglise,  dudit  Huguet,  dit  Merlin,  et  la  dite  dam^'e  Jamette  de  Nesson, 
entre  les  autres  choses  contenues  au  dit  traittié,  les  dis  Jacques  Falle  et 
dam"e  Guillemcte  eussent  et  aient  transporte?  et  délaissé  a  tousjours,  par 
forme  de  partaige  sur  ce  faict  entre  eulx,  aus  dis  Huguet,  dit  Merlin,  et  a  la 
dite  Jamette  a  cause  d'elle,  lors  sa  fiancée  et  a  présent  sa  femme  espousee, 
tous  les  droits...  etc.  qui  a  la  dite  Guillemete  pourroient  appartenir  a  cause 
de  feu  Jamet  de  Nesson  escuier,  son  père,  etc.,  combien  que  par  convention 
faite  entre  eulx  paravant,  comme  ils  disoient,  les  dis  Huguet  et  sa  femme  ne 
dévoient  avoir  que  le  droit,  part  et  portion  que  a  cause  de  ce  la  dite  Jamete 
seulement  et  de  son  chief  y  avoit  et  pouvoit  avoir,  sans  avoir  le  droit  des  dis 

Socheti,  Jacobitie  uxoris  et  prolis,  febr.  139  ?  ;  Chambre  des  comptes,  reg.  3, 
fo  95.  »  Le  chiffre  de  l'année  manque;  le  registre  visé  a  été  détruit,  comme 
tant  d'autres,  dans  l'incendie  de  la  Chambre  des  comptes  de  1737. 

1.  Le  catalogue  manuscrit  de  la  collection  de  Joursanvault,  que  j'ai  vu  à 
Londres  (British  Muséum,  Add.  Mss.  ii539)en  octobre  1903,  porte  à  la 
p.  30,  en  marge  de  l'analyse  de  ce  contrat,  la  note  suivante  :  «  Cédé  à  M.  de 
Cordebeuf,  marquis  de  Mongon.  » 

2.  Franc.  27337,  fo  15  v"-i7  v°  (série  dite  des  Pièces  originales,  ancien 
Cabinet  des  titres,  dossier  CordeheuJ). 

3.  J'ignore  s'il  faut  prononcer  Fdlle  ou  Fallc  et,  dans  le  doute,  je  m'en 
tiens  à  la  graphie  ambiguë  du  moyen  âge.  Le  premier  secrétaire  de  la  Cour 
atnotireiise  étudiée  par  M.  Piaget  était  Jean  Ftillc,  sommelier  de  corps  du  roi 
(Roiiiiiiiia,  XX,  1891). 


JAMETTE    DE    NESSON    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  bj 

Falle  et  sa  femme...,  et  sans  ce  aussi  que  es  héritages...  du  dit  feu  Jamet, 
estans  a  Paris  et  environ  et  ailleurs  par  deçà  la  rivière  de  Loire,  icelle 
Jamete  peust  avoir  ou  demander  aucun  droit  lors  ne  ou  temps  advenir,  pour 
ce  que  par  le  dit  traictié  et  partaige  ilz  dévoient  demeurer  a  dam'l'^  Ysabel  de 
Nesson,  leur  mère,  et  aux  dis  Jacques  Falle  et  sa  femme...,  néanmoins  a  la 
vérité  le  dit  transport  du  dit  droit  et  part  d'icelle  dam'ie  Guillemete  des  dites 
choses,  heritaiges  et  biens  qui  furent  au  dit  feu  Jamet,  estans  par  delà  la  dite 
rivière  de  Loire,  avoit  et  a  esté  ainsi  fait,  comme  les  dites  parties  disoient, 
pour  et  affin  que  les  dis  Huguet'  et  Jamete,  sa  femme,  peussent  et  puissent 
plus  valablement  en  leurs  noms  saulver  a  la  dite  dam"e  Guillemete,  son 
dit  droit  et  part...  Pour  quoy,  en  usant  de  bonne  foy,  les  dis  Huguet  et  sa 
femme...  consentent  et  accordent  que  le  dit  transport  et  délaissement  ainsi 
a  eulx  fait  par  la  dite  forme  de  partaige  et  au  dit  traictié  de  mariage  d'iceulx 
heritaiges  et  droits  de  la  dite  Guillemette,  situez  aud.  lieu  d'Aiguespersez  et 
ailleurs  par  delà  la  rivière  de  Loire,  n'ait  aucun  effet. 

Dans  l'acte  en  question,  la  mère  de  Guillemette  et  de  Jamette 
de  Nesson  est  appelée  «  Ysabel  de  Nesson  »,  du  nom  de  famille 
de  son  mari;  mais  en  réalité  elle  s'appelait  Marcadé  ou,  selon 
l'usage  populaire  de  mettre  le  nom  de  flimille  au  féminin  en 
l'appliquant  aux  femmes,  usage  que  nous  constatons  dans  un 
acte  du  23  décembre  1440,  transcrit  aux  registres  du  Conseil 
du  parlement  de  Paris,  «  la  Marcadee  »  :  elle  était  morte  à 
cette  date  et  sa  succession  était  litigieuse  '.  Nous  savons  par 
ailleurs  qu'elle  avait  épousé  en  secondes  noces  Jean  Lamy  ^  et 
qu'elle  vivait  encore  le  23  août  1438  ^  Elle  appartenait  à  une 


1.  Reg.  du  parlement  de  Paris,  Conseil,  Arch.  Nat.  X'a  1482,  fol.  155  vo 
(23  déc.  1440)  :  «  Entre  damoiselle  Anthoinete  de  Maignac,  vcfve  de  feu 
maistre  Guillaume  Lamy,  tant  en  son  nom  comme  ayant  le  gouvernement 
des  enfans  du  dit  Lamy  et  d'elle,  soy  faisant  fort  de  maistre  Hugues  Lamy, 
et  damoiselle  Guillemette  de  Nesson,  en  son  nom  et  soy  faisant  fort  de 
Merlin  Cuerdebuef  (^r/V)  et  de  Jamette  de  Nesson,  sa  femme,  filles  et  héritières 
de  feu  Isabeau  la  Marcadee,  jadix  femme  de  feu  Jamet  de  Nesson...  » 

2.  Reg.  du  pari.,  Arrêts,  Arch.  Nat.  X'a  69,  fol.  65  \°  (12  janvier  1437, 
nouv.  st.)  :  «  Cum  lis  mota  fuisset...  inter  Johannam  Bourbeline,  defuncti 
Guillermi  Mercadé  viduam,  et  Guillermum  Mercadé,  ipsorum  defuncti  et 
Johanne  filium,  actores,  ex  una  parte,  et  magistrum  Jacobum  Tiessart,  Ysa^ 
bellim  Mercadee,  Johannis  Lamy,  uxorem  ab  eo  separatam,  Gei-aldam 
Raguiere,  defuncti  Jacobi  Mercadé  relictam,  defensores .  .  .    » 

3.  Reg.  du  pari.,  Arrêts,  Arch.  Nat.  X'A  69,  fol.   185  v°  (23  août  1438). 


86  A.    THOMAS 

hiiiiillc  qui  n'ctait  peut-être  pas  parisienne  d'ori*;inc,  mais  qui 
était,  en  tout  cas,  fixée  à  Paris  depuis  longtemps  et  en  posses- 
sion d'olHccs  de  la  maison  du  roi.  Le  dossier  Marcadé  de  la 
série  des  pièces  originales  de  l'ancien  Cabinet  des  Titres  de  la 
Bibliothèque  Nationale  (aujourd'hui  coiéficuiç.  283  i9)contient 
un  certain  nombre  d'actes  concernant  les  uns  Jaques  Marcadé, 
qualifié  écuyer,  d'abord  serviteur  de  François  Chanteprime  ' 
dont  il  devint  gendre,  puis  valet  de  chambre  du  roi,  dès  1383, 
les  autres  un  homonyme,  premier  sommelier  du  roi  en  1403, 
fils  du  valet  de  chambre  :  ce  sont  respectivement  le  père  et  le 
frère  de  notre  «  Ysabel^  ».  Le  testament  de  Jaques  Marcadé  père, 
daté  du  6  août  1409,  a  été  transcrit  dans  un  registre  du  parle- 
ment de  Paris  et  le  texte  nous  en  est  parvenu  grcâce  à  cette 
trancriptiôn  5.  Nous  y  apprenons  que,  par-devant  les  notaires 
au  Châtelet  Jehan  Hure  et  Toussains  Badoulx,  «  Jaques  Marcadé, 
escuier,  varlet  de  chambre  du  roy...  eslut  sa  sépulture  et  voult 
estre  enterré  en  l'église  Saint  Gervais  a  Paris,  dont  il  est  par- 
roissien,  en  une  chapelle  par  lui  nagaires  taicte  édifier  et 
ordener  en  ycelle  église  »  et  qu'il  choisît  comme  exécuteurs 
testamentaires  «  damoiselle  Jehanne  Chanteprime,  sa  femme, 
honnorable  homme  et  saige  maistre  Estienne  de  Vray, 
conseiller  du  roy  nostre  sire  et  maistre  en  sa  Chambre  des 
Comptes  a  Paris,    maistre  Guillaume  de   Neauville,  secrétaire 


1.  François  Chanteprime,  originaire  de  Sens,  fut  un  des  plus  gros  bonnets 
des  finances  sous  Charles  V  et  Charles  VI  ;  voyez  la  notice  développée  que 
lui  a  consacrée  M.  Maurice  Roy  dans  son  livre  intitulé  :  Le  Chcsnoy  le:^  Setis 
(Sens,  1901),  p.  37-64. 

2.  Aucun  indice  de  cette  parenté  ne  se  trouve  dans  les  pièces  du  dossier  ; 
mais  les  actes  judiciaires  visés  .ci-dessus  et  le  testament  analysé  plus  loin  ne 
laissent  aucun  doute  à  ce  sujet. 

3.  Arch.  Nat.  X'  a  9807,  fol.  261  \°.  M.  Tuetey  a  tiré  de  ce  registre  la 
matière  de  sa  publication  intitulée  :  Tcstaiiients  eiircgistn's  au  parlement  de 
Paris  sous  le  règne  de  Charles  FI,  qui  a  paru  en  1880  dans  la  Collection  des 
documents  inédits  relatifs  à  l'histoire  de  France,  Mélanges  historiques,  t.  III, 
p.  241-704;  mais  il  a  fait  un  choix  parmi  ces  testaments,  et  celui  de  Jaques 
Marcadé,  qu'il  a  indiqué  à  sa  place  sans  le  publier,  est  toujours  inédit;  il 
n'offre  d'ailleurs  rien  qui  sollicite  particulièrement  la  curiosité.  Jaques  Mar- 
cadé survécut  peu  de  temps  à  son  testament  :il  ét;iit  mort  avant  le  17  octobre 
suivant  (Reg.  cité,  fol.  15  vo). 


JAMETTE    DE   XESSON    ET    MERLIN'    DE    CORDEBEUF  87 

du  roy  nostre  dit  seigneur,  Albert  du  Moulin,  maistre  Pierre 
Marcadé,  secrétaire  du  roy  nosrre  dit  seigneur  ',  et  Jaques  Mar- 
cadé,  premier  sommelier  de  corps  du  roy  nostre  dit  seigneur  ». 

Mais  laissons  les  Marcadé  ^  pour  revenir  à  Jamette  de  Nesson 
et  à  Huguet  de  Cordebeuf  dit  Merlin. 

Comme  on  le  sait  par  les  documents  déjà  publiés,  Jamette  de 
Nesson  et  son  mari  poursuivirent  énergiquement  la  revendica- 
tion de  leur  part  des  biens  de  Jamet  de  Nesson  contre  leur 
oncle  Pierre,  le  poète,  frère  cadet  de  Jamet,  et,  après  sa  mort, 
contre  ses  héritiers  :  le  parlement  de  Paris,  par  arrêt  définitif 
du  5  juillet  1453,  leur  donna  satisfaction  '.  Il  est  à  croire  que 
la  sœur  de  Jamette,  Guillemette  de  Nesson,  avait  conclu  un 
arrangement  particulier  au  sujet  des  droits  qui  devaient  lui  reve- 
nir de  la  succession  paternelle,  car  il  n'est  pas  fait  mention  de 
son  intervention  dans  le  procès  soutenu  par  sa  sœur  et  par  son 
beau-frère.  "Veuve  dès  1434,  elle  mourut  au  mois  de  septembre 
1466,  sans  enfants  +.  Jamette  de  Nesson  ne  parait  pas  avoir  sur- 


1.  Resté  à  Paris  sous  la  domination  de  l'Anglais,  P.  Marcadé  mourut  peu 
avant  le  18  mai  145 1,  date  où  le  Parlement  évoqua  la  connaissance  de  l'exé- 
cution de  son  testament  (Arch.  Nat.  X'  a  9807,  fol.  27  v). 

2.  Il  est  probable  que  c'est  ce  nom  de  famille  qui  s'est  perpétué  dans  celui 
d'une  rue  et  d'une  cité  du  18=  arrondissement  de  Paris  dites  aujourd'hui  Mar- 
cadet.  Mon  ami  Fernand  Bournon,  si  familier  avec  l'histoire  de  la  capitale  et 
de  ses  environs,  me  signale  dans  les  Curiosités  du  vieux  Montmartre  de 
Ch.  SeUier  (Paris,  1904),  p.  298,  un  acte  de  la  fin  du  xvii^  siècle  par  lequel 
«  Charles  Ruelle  de  Marcadé  »  vend  une  terre  sise  au  territoire  de  La  Cha- 
pelle, «  lieu  dit  la  Marcadé  »,  et  lui-même,  dans  ses  Additions  à  Vliistoire 
de  Paris,  p.  544,  a  fait  mention  d'un  «  lieu  dit  la  Marcadé  »  qui  était,  en 
1540,  dans  la  censive  de  l'abbaye  de  Saint-Denis.  —  Soit  dit  en  passant,  je 
n'ai  trouvé  aucune  trace  de  parenté  entre  les  Marcadé  auxquels  se  rattache 
Jamette  de  Nesson  et  Eustache  Marcadé  ou  Mercadé,  auteur  du  mystère  de 
la  Voigeance  de  Jésus  Christ,  à  qui  je  consacrerai  prochainement  une  notice 
biographique. 

3.  J'ai  publié  le  texte  de  l'arrêt,  Roniania,  XXXIV,  549-558. 

4.  On  lit  dans  les  extraits  des  registres  du  Chàtelet  de  Du  Fourny  (Bibl. 
Nat.,  coll.  Clairambault,  764,  p.  6),  à  la  date  du  2  juin  1467  :  «  Merlin  de 
Cordebeuf,  escuier  d'escuierie  du  roy,  héritier  à  cause  de  sa  femme  de  damoi- 
selle  Guillemette  de  Nesson,  sœur  de  la  femme  dudit  Cordebeuf....,  jusques 
au  mois  de  septembre  1466,  qu'icelle  damoiseile  est  alée  de  vie  a  trespas.  » 


88  A.     THOMAS 

vécu  très  longtemps  à  sa  sœur,  et,  comme  elle,  elle  mourut  sans 
entants,  entre  1467  et  1476. 


II 


Le  mari  de  Jamette  de  Nesson  a  fourni  une  bien  plus  longue 
carrière. 

Je  dois  résumer  ici  les  renseignements  essentiels  que  nous 
possédons  sur  lui,  non  seulement  parce  que  le  rang  social  d'une 
femme  dépend  surtout  de  celui  de  son  mari,  mais  parce  que 
Merlin  de  Cordebeuf  a  droit,  lui  aussi,  à  une  petite  place  dans 
l'histoire  littéraire  de  notre  pays. 

Son  nom  patronymique  était  Regnaud.  La  généalogie  de  la 
famille  ne  remonte  qu'au  père,  Durand  Regnaud  de  Cordebeuf, 
écuyer.  Hugues,  dit  Merlin, "était  son  fils  puîné:  l'aîné,  Guil- 
laume, qualifié  chevalier,  épousa,  le  12  avril  143 1,  Louise  de  la 
Roche,  vicomtesse  de  La  Mote  ',  et  mourut,  semble- t-il,  .sans 
enfants  \  Cordebeuf  est  le  nom  d'un  ancien  fief  situé  dans  la  com- 
mune de  Parai-sous-Briailles,  canton  de  Saint-Pourçain,  Allier  K 

Son  mariage  avec  Jamette  de  Nesson  est  le  premier  acte  de 
Merlin  de  Cordebeuf  dont  la  connaissance  nous  soit  parvenue, 
et  vraiment  ce  mariage  n'est  pas  banal.  Il  faut  se  rappeler  que 
le  jour  où  il  fut  célébré  à  Paris,  le  25  janvier  143 1,  Paris  était 
aux  mains  des  Anglais  et  reconnaissait  Henri  VI  comme  roi  de 
France,  tandis  que  Merlin  de  Cordebeuf,  à  n'en  pas  douter, 
était  un  fidèle  de  Charles  VII,  alors  livré  corps  et  âme  à  son 
favori  La  Trémoille  et  cantonné  dans  son  château  de  Chinon, 
pendant  que  s'ouvrait  à  Rouen  (12  janvier  143  i),  le  procès  de 
l'héroïque  Pucelle  qui  avait  assujetti  la  couronne  de  France  sur 
son  front.  Il  est  fâcheux  que  les  documents  ne  nous  renseignent 
nas  sur  les  moyens  employés  par  Merlin  de  Cordebeuf  pour  for- 


1 .  Sans  doute  La  Motc,  co»  de  Brioude,  H»e-Loire. 

2.  En  1441,  il  exerçait  l'office  d'élu  dans  la  H'^  Auvergne;  voy.  mes 
Etals  pnn'iiiciaiix  de  la  France  centrale,  I,  203,  pièces  J  et  B. 

3.  Ambr.  Tardieu,  Dict.  des  anc.  familles  de  V Auvergne,  col.  113.  —  Cha- 
zaud,  Dict.  des  noms  de  lieux  habités  de  l'Allier,  écrit  Cordebcvuf  ;  il  indique 
sous  ce  nom  une  ferme  et  un  moulin. 


JAMETTE    DE    NESSON    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  §9 

ccrle  blocus  delà  capitale  et  obtenir  ainsi  cette  curieuse  trêve 
nuptiale  ;  mais  nous  ne  saurions  suppléer  à  leur  silence. 

Nous  ne  retrouvons  notre  personnage  que  quelques  années 
plus  tard,  lorsque  l'autorité  de  Charles  VII  est  rétablie  à  Paris, 
et  alors  nous  le  voyons  au  service  du  duc  de  Bourbonnais  et 
d'Auvergne,  son  suzerain  direct.  Le  15  février  1439,  il  donne 
quittance  d'unesomme  de  50  livres  tournois  que  lui  ont  allouée 
les  gens  d'église  et  nobles  de  la  Basse-Auvergne  '  ;  aux  côtés  du 
Dauphin  et  du  duc  de  Bourbonnais,  il  prend  part  à  la  Praguerie, 
et  bénéficie  du  pardon  général  qui  termine  cette  échauffourée, 
le  15  juillet  1440  2.  Au  commencement  de  1445,  il  est  avec 
la  Cour  à  Nancy  :  le  roi  et  le  maréchal  de  La  Fayette  le 
dépêchent  en  Auvergne,  sans  doute  pour  préparer  la  grosse 
aftiire  du  casernement  des  gens  d'armes  dans  la  province,  et  il 
reçoit  pour  ses  bons  offices  une  allocation  de  50  livres  tournois  ^. 
Il  fut  retenu  pour  servir  lui-même  dans  les  nouvelles  compa- 
gnies d'ordonnance,  et  honoré,  peu  après,  du  titre  d'écuyer  de 
l'écurie  royale  :  nous  voyons  en  effet  que  le  roi,  l'autorisant  à 
fortifier  son  lieu  de  Beauverger,  au  mois  de  mars  1449  (nouv. 
style),  le  mentionne  en  ces  termes  :  «  nostre  escuier  d'escuie- 
rie  servant  en  ordonnance  Merlin  de  Cordebeut,  seigneur  de 
Saint-Pont  et  de  Beauvergier  ^.  » 

Les  comptes  royaux  de  la  fin  du  règne  de  Charles  VII  qui 
ont  échappé  à  la  destruction,  contiennent  de  curieux  témoi- 
gnages sur  le  degré  d'intimité  et  de  faveur  dont  jouissaient 
auprès  du  vieux  roi  Merlin  de  Cordebeuf  et  sa  femme  Jamette 


1.  Bibl.  Nat.,  franc.  27337,  f°  ^7  v°  (copie). 

2.  Du  Fresne  de  Beaucourt,  Hist.  de  Charles  Vil,  III,  133,  n.  4. 

3.  Woy.  mts  Etats  provinciaux,  W,  222. 

4.  Arch.  Nat.,  JJ  179,  no  339.  Le  ms.  porte  Saint-Porl,  mais  il  s'agit  cer- 
tainement de  Saint-Pont,  commune  du  canton  d'EscuroUes,  Allier.  Quant  à 
Beauverger,  ce  lieu  est  dit  situé  dans  la  paroisse  de  «  Soset  en  Bourbonnois  », 
qui  est  Saul^et,  canton  de  Gannat.  Étonné  de  ne  pas  trouver  Beauverger 
dans  le  Dict.  des  noms  de  lieux  Ijahites  de  F  Allier  de  Chazaud,  je  me  suis  ren- 
seigné auprès  de  M.  F.  Chambon,  bibliothécaire  de  la  Sorbonne,  très  au  cou- 
rant des  choses  du  Bourbonnais  :  le  château  de  Beauverger,  rebâti  vraisem- 
blablement par  Merlin,  est  fort  bien  conservé  ;  il  fait  partie  intégrante  du 
bourg  même  de  Saulzet,  ce  qui  explique  qu'il  n'ait  pas  d'article  spécial  dans 
le  dictionnaire  de  Chazaud. 


90  A.    THOMAS 

deNesson,  intimité  qui  s'explique  si  Ton  se  rappelle  lesemplois 
qu'avaient  occupés  à  la  cour,  auprès  de  Charles  VI,  le  père,  le 
grand-père  et  les  oncles  de  Jamette.  Du  Fresne  de  Beaucourt  y 
a  fait  allusion  '  ;  en  voici  le  texte  exact,  d'après  le  compte  des 
être  unes  de  1453  et  1454  conservé  à  laBibl.  Nat.,  franc.  10371  : 

A  Merlin  de  Cordcbeuf,  escuier  J'escuierie  J'.i  Roy  nostre  sire,  lequel  a 
donne  au  Roy  ungz  avan:braz  garniz  d'or,  en  x.  aulnes  damas,  que  le  Roy 
lui  a  données,  en  xxxv  escus,  la  somme  de  XLViij  1.  11  s.  vi  d.  t.  a  lui 
paies  par  vertu  dud.  rôle,  pour  ce  ci...  xlviii  1.  11  s.  vi  d.  t. 

A  la  femme  dud.  Merlin,  laquelle  donna  aud.  seigneur  led.  jour  unes 
caries  bien  riches,  en  xx.  aulnes  de  damas,  que  icellui  seigneur  lui  donna  led. 
jour,  Lxx escus,  qui  valent  liii'"'  xvi  1.  v  s.  t.,  a  ellepaiez  parvenu  dud.  rôle, 
pour  ce  ci iiiix"  xvi  1.  v  s.  t.  (fol.  24  r»,  étrennes  de  1455). 

A  Merlin  de  Cordebeuf,  escuier  d'escuierie  dudit  seigneur,  lequel  donna 
led.  premier  jour  de  l'an  a  icellui  seigneur  des  estrietz^  de  madré,  en  xxxv 
escuz,  la  somme  de  xlviii  1.  11  s.  vi.  d.  t.,  pour  dix  aulnes  damas,  que  le 
Roy  nostred.  seigneur  lui  a  ced.  jour  donnée,  laquelle  somme  lui  a  esté  paiee 
par  led.  commis  par  vertu  [dud.]  premier  rôle,  pour  ce  cy....  XLvni  1.  11  s. 
VI  d. 

A  la  femme  dud.  Merlin,  laquelle  a  donné  aud.  seigneur  ung  tablier 
divisé  led.  premier  jour  de  l'an,  en  lxx  escus,  que  icelui  seigneur  lui  a  don- 
nez pour  avoir  xx  aulnes  damas,  la  somme  de  iiu''''  xvi  1.  v  s.  t.  a  lui  (sic) 
paiee  parvertu  dud.  premier  rôle....  Iiii'"^  xvi  1.  v.  s.  t.  (fol.  34  vo  et  35  v», 
étrennes  de  1454). 

En  1459,  Merlin  de  Cordebeuf  représente  le  duc  de  Bourbon 
à  l'assiette  d'un  impôt  sur  la  Basse-Auveri^ne  K 

Au  commencement  du  règne  de  Louis  XI,  il  prend  part  à  la 
campagne  de  Roussillon  (1462-1463)  sous  le  commandement 
de  Jaques  d'Armagnac,  duc  de  Nemours  et  comte  de  la 
Marche  ■». 

Il  resta  fidèle  au  roi  pendant  la  ligue  du  bien  public,  bien  que 
son  suzerain  direct  le  duc  de  Bourbonnais  et  le  duc  de  Nemours 


1.  Hist.  (le  Charles   Vil,  V,  8j,  81. 

2.  Des  étriers  et  non  des  écrins,  comme  le  conjecture  Du  Fresne  de  Beau- 
court,  qui  lit  cscrieli. 

3.  Thomas,  États  prov.,\,  172. 

4.  Voy.   Vaesen,  Lelt.  missives  de  Louis  XI,  II,  p.  65,  et  Calmette,  Louis  XI 
et  la  révolution  catalane,  p.  164,  no  2. 


JAMETTE    DE    NESSON    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  91 

fussent  parmi  les  révoltés  '.  C'est  pour  cette  raison  que  le  duc 
de  Bourbonnais  le  révoqua  de  sa  charge  de  gouverneur  de  Can- 
nât :  il  la  lui  rendit   d'ailleurs  un  peu  plus  tard,  le  8  février 

1467'; 

Louis  XI  paraît  lui  avoir  toujours  maintenu  sa  confiance  : 
le  6  février  1470,  il  le  charge,  conjointement  avec  i'échiinson 
Merlin  de  Nerenx,  de  passer  en  revue  les  troupes  du  sire  de 
Lescure  destinées  à  faire  campagne  en  Catalogne  '  ;  le  2  sep- 
tembre 1472,  il  autorise  l'imposition  sur  la  Basse-Auvergne 
d'une  somme  de  trois  cents  livres  tournois  dont  les  États  de  ce 
pays  lui  avaient  fait  don  4. 

Merlin  de  Cordebeuf,  veuf  de  Jamette  de  Nesson,  se  remaria 
avec  une  demoiselle  Antonie  Blanche,  dont  le  nom  est  men- 
tionné, conjointement  avec  le  sien,  dans  une  concession  d'autel 
portatif  faite  aux  deux  époux  parle  légat  pontifical,  à  Tours,  le 
jour  des  ides  de  janvier  1476  (15  janvier  1477,  nouv.  style),  tt 
dont  il  eut  la  joie  d'avoir  une  postérité.  Il  parvint  à  un  cage 
très  avancé,  car  nous  le  voyons  encore,  le  21  juin  1499,  de 
concert  avec  sa  seconde  femme,  ratifier  le  contrat  de  mariage 
de  son  fils  Robert  et  de  Françoise  de  la  Garde  ;  il  n'était  plus 
de  ce  monde  en  15 10  >. 

Un  seul  opuscule  a  été  signalé  jusqu'ici  comme  portant 
expressément  le  nom  de  Merlin  de  Cordebeuf.  Il  se  trouve  dans 
un  m-muscrit  de  la  fin  du  x\^  siècle,  le  n°  1997  ^^  fonds  français 
de  la  Bibliothèque  Nationale,  page  8r,  et  y  débute  ainsi  : 

Ici  après   s'ensuit    par  chapitres  rordonnance  et    manière    des    chevaliers 
errants  comme  je  MerHn  de  Cordebeuf  me  suis   pensé  estre  chose  de  grant 


1.  C'est  ce  qu'on  peut  conclure  d'une  pièce  du  21  mai  1465  citée  par 
M.  Vaesen,  Lettres  missives,  II,  92. 

2.  Copie  des  lettres  de  provision  dans  le  dossier  Cordebeuf  (Wo\.  Nat., 
franc.  27337,  fol.  19  vo);  elles  ne  furent  enregistrées  que  le  13  décembre 
1471. 

3.  Copie  ihid.,  fol.   20  r°. 

4.  Copie //'/W.,  fol.  22  vo.  — lime  paraît  inutile  de  citer  tous  les  documents 
groupés  sur  lui  dans  le  dossier  Cordebeuf;  je  me  borne  aussi  à  dire  que  son 
nom  revient  plusd'une  fois  dansles  extraits  des  registres  du  Châtelet(vol.  763  et 
764  de  la  collection  Clairambault),  ainsi  que  dans  les  registres  du  Parlement. 

5.  Dossier  Cordebeuf  ciré,  fol.  24. 


92  A.    THOMAS 

bruit  et  de  grant  plaisance  pour  esbattrc  les  seigneurs  princes,  chevaliers  et 
L'scuiers  de  ce  royaulnie.  Et  premièrement  la  faczon  des  armes  de  leurs  per- 
sonnes ;  secondement  celle  de  leurs  chevaulx... 

^Ordonnance  et  nmnicre  des  chevaliers  errants  occupe  sept 
feuillets  dans  le  manuscrit,  lequel  est  de  petit  format;  malheu- 
reusement les  deux  derniers,  déchirés  de  gauche  à  droite, 
n'offrent  qu'un  texte  tronqué,  dont  voici  la  fin,  Ljui  est  celle 
même  du  manuscrit  : 

[toujtes  les  choses  davant  dictes  je 

Cordebeuf  davant  nommé  faiz 

nostre  sire  et  a  messeigneurs  de 

blanche  ou  du  serement  de 

fin  que  de  sa  maison  ysse  nouveaux 

en  armes  qui  pieça  ne  furent  faiz 

[tjemps  du  règne  du  roy  Artus  sobz 

....  correction  du  roy  nostre  d.  seigneur,  de  mesd.  seigneurs 

et  de  tous  ceulx  qui  y    sauront  mieulx 

re  chose  ad  ouster  etc.  {sic'). 

René  de  Belleval,  dans  un  livre  illustré  intitulé  !)/<  costume 
viilitairc  des  Français  en  1446  (Paris,  Aubry,  1866;  in-4°, 
VI11-91  pages  et  7  planches),  a  parlé  de  cet  opuscule  de  Merlin 
de  Cordebeuf  :  «  Il  y  avait  encore,  curieux  vestiges  d'un  autre 
âge,  quelques  chevaliers  errants  dont  le  costume  offrait  des  par- 
ticularités assez  remarquables  pour  que  Merlin  de  Cordebeuf 
ait  songé  à  les  réunir  sous  le  titre  de  :  V ordonnance  et  matière 
[sic]  des  chevaliers  errans.  C'est  ce  petit  traité  très  court  et 
entièrement  inédit  que  nous  publions  ci-après  '.  »  Malgré  cette 
déclaration  catégorique,  Belleval  n'a  donné  au  public  que  la 
première  partie  du  traité  de  Cordebeuf.  Son  texte  s'arrête 
après  ces  mots  :  «  donner  cop  qui  grève  ou  face  mal  »,  qui  se 
lisent  au  bas  de  la  page  86  du  manuscrit.  \'oici  le  titre  et  le 
sommaire  de  la  seconde  partie  que  l'éditeur  a  négligée  sans 
prévenir  son  monde  : 

Icy  après  s'ensuivent  les  formes  et  manières  comment  les  chevaliers  errans 
querront  leurs  adventures. 

Premièrement,  quelles  armes  il/,  porteront  en  leurs  cscuz. 


I.  Op.  laud.,  p.  78. 


JAMETTE    DE   XESSOX    ET    MERLIN    DE    CORDEBEUF  93 

Secondement,  comment  ilz  seront  acompaignez  tant  de  gentilz  hommes 
comme  de  variez. 

Tiercement,  la  forme  et  manière  comment  ilz  devront  quérir  leur  herber- 
gement. 

Quartement,  la  forme  et  manière  comment  ilz  devront  envaïr  '  et  courre 
sus  l'un  a  l'autre. 

Quintement,  la  forme  et  manière  comment  ilz  devront  chevaucher  par  le 
pais. 

Sixtement,  les  sermens  qu'ilz  auront  a  faire  pour  estre  chevaliers  errans  et 
en  quel  main. 

Setieme[ment],  coment  dames  et  damoyselles  yront  par  pais  avecques  les 
diz  chevaliers  errans. 

Huitieme[ment]  -,  ce  que  herault  et  poursuivant  auront  a  faire. 

La  publication  intégrale  de  l'opuscule  de  Merlin  de  Cordebeuf 
pourrait  tenter  quelque  bibliophile;  mais  il  sera  sage  d'attendre 
qu'on  mette  la  main  sur  un  manuscrit  qui  ne  soit  pas  lacéré 
comme  le  1997  de  la  Bibliothèque  Nationale.  René  de  Belleval, 
dans  son  introduction,  déclare  posséder  un  manuscrit  iden- 
tique à  ce  manuscrit  et  de  la  même  époque,  mais  il  ne  s'explique 
pas  sur  l'état  des  derniers  feuillets,  et  même  l'on  peut  se 
demander  si  ce  manuscrit  contient  bien  l'opuscule  de  Cordebeuf 
ou  seulement  le  traité  anonyme  qui  le  précède  dans  le  1997, 
traité  auquel  est  spécialement  consacrée  la  publication  de 
Belleval''.  Voici  les  premières  lignes  du  traité  anonyme  (page  63 
du  manuscrit  1997)  : 

Icy  après  s'ensuit  la  façon  comment  les  gens  de  guerre  du  royaume  de 
France,  tant  a  pié  comme  a  cheval,  sont  habillez  et  +  la  manière  et  usance  de 
leur  5  guerroier  qu'ilz  font  contre  leurs  ennemis. 

Item  aussi  la  faczon  comment  oud.  royaume  tant  hommes  que  femmes  se 
habillent  en  vestemens  auiourduv 


1.  Ms.  en  voyc;  mais  la  correction  s'impose  d'après  le  passage  correspon- 
dant du  traité. 

2.  Le  ms.  a  un  ^  initial  en  bleu,  au  lieu  d'une, H. 

5.  Ce  traité  a  été  utilisé  par   M.  Jusserand  dans  son  livre  récent  intitulé 
Les  Sports  et  les  jeux  d'exercice  dans  rancienne  France  (Pa.ns,  Pion,  1901). 

4.  Ms.  en. 

5.  Belleval  lit  le  pour  n'avoir  pas  remarqué  le  sigle  abréviatif  de  ur. 


94  A.    THOMAS 

Ce  traité  anonyme  a  été  composé  aux  alentours  de  1448 
puisqu'on  y  lit  la  déclaration  suivante  (p.  69  du  manuscrit)  : 

En  Fan  mil  IIII'-"  XL\'I,  XL\'II,  XLVIII  portoient  tant  gentilz  hommes  que 
gentilz  femmes  en  teste  et  sur  leurs  corps  la  propre  forme  et  faczon  en  telle 
manière  comme  cy  davant  est  paint  ;  si  me  en  tays  atant,  car  par  la  painture 
le  pourrez  aussi  bien  comprendre  '. 

Belleval  s'est  demandé  si  la  paternité  pouvait  en  être  attribué 
à  Antoine  de  la  Sale,  dont  le  manuscrit  1997  contient,  en  tête, 
le  Traité  iIcs  tournois  et  le  poème  intitulé  Journée  d'onneur  et  de 
prouesse  :  il  a  sagement  conclu  que  non.  On  ne  voit  pas  pour- 
quoi il  ne  s'est  pas  posé  la  même  question  au  sujet  de  Merlin 
de  Cordebeuf.  J'avoue  qu'il  me  paraît  très  vraisemblable  que 
les  deux  traités  qui  terminent  le  manuscrit  1997,  et  dont  l'objet 
témoigne  de  préoccupations  d'un  ordre  si  spécial,  doivent  avoir 
le  même  auteur,  c'est-à-dire  Merlin  de  Cordebeuf*.  L'étude  de 
la  langue  et  du  vocabulaire  —  si  l'on  veut  prendre  la  peine  de 
la  faire  —  confirmera  probablement  cette. hvpothèse  qui  a  pour 
elle  toutes  les  apparences. 

A.  Thomas. 


1.  Le  manuscrit  n'a  malheureusement  ni  peintures  ni  dessins. 

2.  Quoi  qu'en  dise  Belleval,  l'écriture  n'est  pas  identique  dans  tout  le 
manuscrit  1997  :  il  y  a  deux  mains  distinctes,  celle  qui  a  copié  les  deux  opus- 
cules d'Antoine  de  La  Sale  et  celle  qui  a  copié  les  deux  traités  sur  le  costume 
qui  terminent  le  manuscrit. 


MÉLANGES 


ENCORE  FLOÎRE  ET  BLANCHEFLEUR 

Ces  quelques  mots  ont  pour  objet  de  compléter  et  de  justi- 
fier ce  que  j'ai  écrit  jadis  sur  ce  sujet  dans  le  tome  XXVIII 
(année  1899)  de  la  Romania,  p.  348  et  suiv. 

I.  Au  moment  où  je  préparais  mon  article,  je  n'avais  pas 
encore  lu  un  ouvrage  qui  venait  alors  de  paraître,  V Hh'toirc delà 
lilh'rûlinrnéerlandaise de  feu  le  professeur].  TenBrink'.  Quelle 
ne  fut  pas  ma  surprise,  en  consultant  ce  livre,  il  y  a  quelque 
temps,  pour  un  tout  autre  objet,  de  voir  que  Ten  Brink  avait 
fait  (p.  115,  né  de  son  ouvrage)  une  partie  des  rapproche- 
ments pour  lesquels  je  croyais  avoir  la  priorité  !  Il  compare  en 
effet  à  Floire  et  Blancheflciir  trois  des  quatre  récits  que  j'ai  cités 
dans  la  seconde  partie  de  mon  étude  (ceux  que  j'ai  désignés  par 
les  lettres  A,  B  et  C),  et  conclut,  comme  moi,  contre  l'origine 
byzantine  et  en  faveur  de  l'origine  arabe  du  récit-  Je  note  ici 
le  fliit  pour  constater  d'abord  la  priorité  de  Ten  Brink  et  lui 
accorder  ce  qui  lui  est  dû,  ensuite,  pour  faire  observer  qu'un 
rapprochement  qui  se  présente  à  l'esprit  de  deux  chercheurs 
entièrement  indépendants  l'un  de  l'autre  peut  ne  pas  corres- 
pondre à  la  réalité  des  faits,  mais  mérite  de  n'être  pas  repoussé 
à  priori. 

IL  L'épisode  de  l'amoureux  qui  se  déguise  en  marchand  pour 
aller  rejoindre  sa  bien-aimée  (voir  p.  354  de  mon  premier 
article)  se  trouve  dans  un  conte  des  Mille  et  une  nuits,  celui 
intitulé  Taie  of  Taj  al  Muli'ik  and  the  Princess  Diinya  dans  la  tra- 
duction de  Burton  (III,  i2-32;il  manque  dans  Galland),  bien  que 
les  circonstances  ne  soient  pas  tout  à  fait  les  mêmes  :  il  ne  s'agit 


I.  Gcschicdcnes  derNederlaiulsche  letterkunde,  Amsterdam,  1897,  p.  115,116. 


9é  MÉLANGES 

plus  de  retrouver  une  amante  perdue,  mais  d'un  voyage  inco- 
gnito pour  une  demande  en  mariage.  Cette  observation 
répond  à  une  critique  de  M.  Reinhold,  p.  159  de  l'article 
dont  je  vais  maintenant  parler. 

III.  Sous  ce  titre  :  Quelques  n'iitarqnes  sur  les  sources  de  Floire  cl 
Blanceflor,  M.  J.  Henry  Reinhold  publie,  dans  h  Revue  de  phi- 
lologie française,  t.  XIX,  2*=  et  y  semestres  1905,  p.  152-175, 
un  article  destiné  à  combattre  les  conclusions  de  mon  travail  et 
à  leur  substituer  une  autre  hypothèse.  Rejetant  l'idée  d'une 
origine  arabe  aussi  bien  que  d'une  origine  byzantine,  M.  R. 
voit  dans  Floire  la  libre  invention  d'un  romancier  français  se 
servant  d'éléments  empruntés  à  la  Psyché  d'Apulée^  à  Théagène 
et  Chariclée,  à  Apollonius  de  Tyr,  au  livre  à'Esiher,  au  livre  des 
Nombres,  à  Partonopeu  de  Blois  et  enfin  au  Roman  d'Eneas, 
auquel  serait  empruntée  la  ruse  de  Floire  pour  s'introduire  dans 
la  tour  (le  panier  à  fleurs  serait  une  imitation  du  cheval  de 
Troie,  p.  170).  L'auteur  aurait  joint  à  ces  éléments  divers  des 
notions  sur  l'Orient,  qu'il  tenait,  «  soit  d'un  voyageur,  soit 
d'un  croisé  venu  d'Orient,  soit  de  ses  lectures  »  (p.  165)  et 
l'idée  d'une  Tor  as  puceles  qui  se  retrouve  ailleurs. 

A  ce  système,  ingénieux  mais  complique,  je  n'opposerai 
qu'une  objection  fondamentale.  Je  crois  qu'il  serait  difficile  de 
trouver,  dans  la  poésie  française  du  moyen  âge,  un  récit  mieux 
suivi  (à  quelques  détails  fantastiques  près,  qui  sont  évidem- 
ment adventices),  plus  logiquement  construit  que  le  récit  des 
aventures  de  Blanchefleur,  depuis  le  moment  où  elle  est  vendue 
comme  esclave,  jusqu'à  celui  où  l'on  découvre  ses  amours  avec 
Floire  ;  en  outre,  ce  récit  suggère  irrésistiblement  l'idée  d'un 
harem  ;  cela  est  si  vrai  que  Jonckbloet,  qui  croyait  pourtant  à 
l'origine  byzantine  du  thème,  se  sert  du  mot  dans  l'analyse  du 
poème  {Geschiedenis  der  Nederl.  letterkunde,  y  éd.,  I,  p.  337),  et 
signale  une  foule  de  détails  qui  coïncident  avec  ceux  qui  se 
trouvent  dans  des  contes  arabes  où  il  est  question  de  harems. 
Pour  moi,  je  me  déclare  incapable  de  comprendre  comment  un 
homme  prenant  pour  point  de  départ  le  thème  purement  fan- 
tastique de  la  Tor  as  puceles,  et  y  mêlant  une  foule  de  traits 
hétérogènes  pris  à  droite  et  à  gauche,  aurait  pu  construire 
un  récit  aussi  réel,  aussi  net  et  précis  que  cette  seconde  partie 
du  roman.   Au  contraire,  cette  logique  et  cette  précision    du 


ENCORE    FLOIRE  ET  BLANCHEFLEUR  Cjj 

récit  s'explique  si  ce  récit  est  réellement  d'origine  orientale, 
arabe. 

Je  ne  m'arrêterai  que  sur  un  point,  où  M.  R.  me  reproche 
une  erreur  de  méthode  et  qui  touche  à  une  question  d'ordre 
général.  D'après  M.  R.  je  n'avais  pas  le  droit  de  me  servir,  pour 
mes  démonstrations,  des  Mille  et  une  nuits  :  «  On  place  les  ori- 
gines des  Mille  etune  nuits  aux  temps  de  Haroun-al-Raschid,  mais 
ce  ne  sont  que  pures  hypothèses.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que 
leur  forme  actuelle  remonte  au  xV^  siècle  et  qu'elles  se  répandent 
en  Europe  pour  la  première  fois  au  xviii^  siècle...  Un  poème 
du  second  'tiers  du  xii^  siècle  ne  doit  pas  être  expliqué  par  des 
contes  du  xV'  siècle,  à  moins  qu'on  démontre  leur  existence 
antérieure  et  qu'on  prouve  qu'ils  ont  été  connus  dans  les  pays 
où  se  développa  la  littérature  du  moyen  âge.  « 

D'abord,  le  recueil  des  Mille  et  une  nuits  est  certainement 
antérieur  au  xv*=  siècle,  vu  que  M.  Zotenberg  a  signalé  un 
manuscrit  qui  ne  peut  être  plus  récent  que  la  seconde  moitié 
du  xiY^  {Notices  et  extraits  des  mss.,  t.  XXVIII,  p.  1 68  et  171). 
En  outre,  le  prot.  A.  Mûllera  montré,  par  des  arguments  très 
forts  et  très  probants  (voy.  son  article  dans  les  Beitrâge  ~iir 
Kunde  der  Indo-Genn.  Sprachen,  XIII)  que  les  parties  les  plus 
anciennes  de  l'ouvrage,  notamment  la  plupart  des  contes  où 
figure  le  calife  Haroun,  ont  dû  être  composées  à  Bagdad,  dans 
un  temps  où  cette  ville  était  encore  riche  et  florissante,  par 
conséquent  bien  avant  le  xV  siècle.  Burton,  dans  le  Terminal 
Essay  placéà  lasuitedesa  traduction(édit.  1885, t. X,  p.  93-94), 
place  la  composition  de  la  partie  la  plus  ancienne  de  l'ouvrage 
au  dixième  siècle.  C'est  remonter  encore  plus  haut,  peut-être 
trop  haut'. 

Mais  des  £iits  spéciaux  montrent  bien  que  nous  ne  pouvons 


I.  On  peut  voir  encore,  sur  la  question,  Oestrup,  Studier  over  looi  Nat, 
Copenhague,  1891,  in-80  (dissert.  d'Université),  un  article  de  M.  Blochet, 
dans  la  Revue  eucyclopcdique  Larousse,  année  1900,  I,  p.  7-10  ;  une  étude 
pour  le  grand  public  du  prof.  A.  Mùller  dans  la  Deutsclic  Ruudsclmu,  année 
1887  (vol.  LU),  p.  77  suiv.),  et  un  art.  de  M.  Carra  de  Vaux  dans  la  Revue 
des  Deux  Mondes  du  i^r  janvier  1906.  Très  divergents  dans  les  détails,  ces 
orientalistes  se  prononcent  tous  contre  l'hypothèse  d'une  origine  récente 
de  l'ensemble  des  Mille  et  une  nuits. 

Romania,  XXXV  J 


C)8  MELANGES 

pas  fliire  descendre  la  composition  des  Mille  et  une  nuits  à  une 
date  aussi  basse  que  le  xv^^  siècle.  M.  De  Goeje,  après  un  exa- 
men détaillé,  conclut  que  les  Voyages  de  Sindbad  ont  dû  être 
composés  au  x"^  siècle  ;  en  tout  cas,  des  récits  qui  semblent 
bien  empruntés  à  ces  voyages  étaient  connus  en  Europe  dans 
le  dernier  quart  du  xii'  siècle  (revue  D<?  Gids,  1889,  III,  p.  288  et 
suiv.).  Un  des  contes  que  j'ai  comparés  pour  le  fond  à  Flaire 
et  Blanchefîcur  se  trouve,  sous  une  forme  légèrement  différente, 
chez  un  historien  arabe,  mort,  selon  M.  De  Goeje,  en  l'an 
1200  (voir  mon  premier  article,  p.  355),  et  qui  dit  le  tenir  de 
la  tradition  orale.  Un  épisode  essentiel  du  conte  de  Qamar-al 
Zaman  est  le  fond  du  Roman  de  l'Escoufle,  composé  avant  l'an 
1204  (voir  l'édition  de  M.  P.  Meyer,  dans  l'Introd.  de  son  édi- 
tion p.  xxxv).  Je  cite  ce  fait  plutôt  pour  mémoire,  vu  que 
l'épisode  utilisé  dans  VEscoufle  peut  parvenir  d'un  conte  diffé- 
rent, dans  son  ensemble,  du  conte  actuel  de  Qamar-al- Zaman; 
il  n'en  est  pas  moins  curieux  comme  preuve  de  l'antiquité  rela- 
tive de  ces  sortes  de  récits".  Autrement  important  est  le  fait  que 
le  conte  du  Cheval  de  bois  d'ébcne  (trad.  de  Burton,  éd.  1885, 
tome  V,  p.  I  et  suiv.)  est  évidemment  la  source  de  deux 
romans,  Ciéomadès,  d'Adenet  le  Roi,  et  Méliaciu,  de  Girard 
d'Amiens,  composés,  le  premier  dans  les  dix  premières  années 
du  dernier  quart  du  xiii^  siècle,  le  second  avant  1291-.  Ici  on 
ne  retrouve  pas  seulement  un  épisode  isolé:  la  structure  com- 
plète du  récit  est  reproduite  par  les  deux  imitateurs  occidentaux 
avec  une  fidélité  telle  qu'ils  peuvent  servir  de  garants,  pour  le 
fond,  sinon  pour  le  style,  de  l'antiquité  du  récit  arabe.  Comme 
nous  devons  admettre  un  intervalle  assez  long  entre  la  compo- 
sition de  ce  conte  dans  les  régions  orientales  du  monde  musul- 


1.  Le  conte  de  Oa ma r-al-Ziniia  11,  dans  sa  forme  actuelle,  a  certainement 
fourni  des  épisodes  au  roman  de  Pierre  de  P.crveuce,  ainsi  qu'au  poème  italien 
d'Oltiitellp  e  Giiilia  (xv^  siècle);  il  aurait  donc  pénétré  en  Europe  à  deux 
reprises. 

2.  G.  Paris  dans  Histoire  littèr.  de  la  France,  XXXI,  190,  ainsi  que  l'article 
de  M.  V.  Chauvin  sur  Pacolet  dans  la  revue  IVallonia,  t.  VI,  p.  i  et  suiv.  — 
M.  Chauvin  a  bien  montré  que  les  deux  poèmes  dérivent  d'une  version 
occidentale  perdue,  mais  cette  version  peut  difficilement  être,  comme  il  le 
croit,  une  traduction  espagnole  des  Mille  et  une  nuits  ;  comp.  les  observations 
de  G.   Paris,  /^(w/.,  XXVIll,   325-326. 


ENCORE   FLOIRE  El    BLAKCHEFLEUR  99 

man  (le  héros  est  persan),  et  sa  première  apparition  en  France, 
en  1275  ou  plus  tôt,  nous  sommes  de  nouveau  obligés  d'ad- 
mettre les  dernières  années  du  xii^  siècle  comme  terme  extrême, 
et  le  conte  est  probablement  bien  plus  ancien  (d'après  le  prof. 
A.  Millier,  ce  récit  pourrait  être  un  de  ceux  qui  ont  fait  partie 
des  Mille  et  une  nuits  primitives,  rédigées  en  persan  ou  en  pehl- 
vi').  Ce  fait  est  d'autant  plus  important  pour  le  sujet  qui  nous 
occupe  que  j'ai  cité  un  certain  nombre  d'analogies  entre  le 
conte  du  Cheval  de  bois  d'cbène  et  Floire  et  Blancheflenr . 

Les  autres  contes  que  j'ai  cités  pour  des  détails  de  mœurs  ou 
d'analogies  du  récit  sont  de  ceux  où  figure  Haroun-al-Raschid. 
Le  conte  du  Dornieur  Eveillé,  bien  que  Haroun  y  joue  le  rôle 
principal,  pourrait  bien  ne  pas  appartenir  au  noyau  le  plus 
ancien  des  Mille  et  une  nuits  à  cause  de  la  place  qu'il  occupe 
dans  les  manuscrits;  on  ne  peut  cependant  le  faire  descendre 
très  bas  :  on  trouve  le  conte,  plus  ou  moins  défiguré,  chez 
l'humaniste  L.  Vives  ^,  qui  le  donne  comme  une  anecdote  his- 
torique, rattachée  au  duc  Philippe  le  Bon  de  Bourgogne  :  il  a 
donc  pénétré  en  Europe  au  xv^  siècle  et  pourrait  avoir  été  rédigé 
au  xiV^  siècle  au  plus  tard.  Vu  le  caractère  traditionnel  et  per- 
manent des  mœurs  orientales,  j'avais  le  droit  de  m'en  servir 
pour  un  détail  d'étiquette  (la  présence  d'odalisques  au  lever  du 
calife). 

En  somme,  si  quelques-uns  des  rapprochements  de  M.  R. 
ont  de  la  valeur  5,  s'il  a  eu  le  mérite  de  fixer  l'attention  sur  la 


1.  Article  cité  dans  les  Beitnii^e,  p.  241. 

2.  Voy.  Vives,  Openi,  édil.  de  Valence,  1788,  VII,  p.  144-145.  Un  début 
de  conte  espagnol  fort  semblable  à  celui  de  Vives  a  été  publié,  d'après  un 
manuscrit  (xv»  siècle)  du  Coude  Liicanor,  par  Amador  de  los  Rios,  Historia 
critica  de  la  literatiira  espanold,  IV,  618.  Comp.  V.  Chauvin,  /.  c,  fos  18-19. 

3.  Celui  avec  Apollonius  de  Txr  est  frappant  (tombeau  érigé  pour  faire 
croire  qu'une  personne  est  morte)  ;  cependant  la  ruse  n'a  pas  pour  but,  dans 
Apollonius,  de  tromper  un  amoureux,  ainsi  que  cela  est  le  cas  dans  Floire  et 
dans  le  conte  de  Ganem  ;  il  est  possible  que  l'auteur  de  Floire  ait  ajouté  cet 
épisode,  ou  bien  qu'il  ait  combiné  le  récit  très  connu  au  moyen  âge  d'Apollo- 
nius avec  les  données  du  conte  arabe  ;  du  reste,  je  n'avais  pas  présenté  le 
rapprochement  avec  Ganem  en  première  ligne.  —  En  revanche,  je  crois  qu'il 
faut  faire  les  plus  expresses  réserves  sur  les  rapprochements  avec  la  Psyché 
d'Apulée  ;  il  est  fort  peu  probable  qu'on  ait  connu,  en  France,  au  xii^  siècle, 


rOO  MELANGES 

donnée  de  la  Tor  aspiiceles',  je  persiste  i  croire  l'hypothèse  d'une 
origine  arabe  du  roman  plus  probable  que  toute  autre, 
plus  surtout  que  celle  de  M.  Reinhold.  Je  reconnais  du  reste 
que  mon  hypothèse  n'est  que  vraisemblable,  tant  qu'on  n'aura 
pas  trouvé  un  conte  arabe  qui  serait  à  Floire  ci  Blaiichejîeur  ce 
que  le  conte  du  Cheval  ifchàw  est  à  Clcoiiiadcs  et  à  Méliacin  ^. 

G.    HUET. 

GUENELOX  —  GJXELON 

Dans  son  étude  sur  le  Carmen  de  prodicione  Guenonis,  Gaston 
Paris  a  prétendu  que  la  forme  Ganelon  était  postérieure  à 
Giienclon  et  n'était  apparue  qu'après  la  chute  de  1'//  du  groupe 
giiK  C'est  très  certainement  une  erreur. 

Le  célèbre  archevêque  de  Sens,  prototype  du  traître,  a  été 
de  son  vivant  appelé  Ganelon  et  s'est   lui-même  ainsi  désigné. 

Les  «  Annales  »  dites  «  de  Saint-Bertin  »,  dans  la  partie 
rédigée  par  Prudence  (mort  le  6  avril  86 1),  évêque  de  Troyes 
et,  par  suite,  suffragant  de  la  métropole  senonaise,  signalent  à 
l'année  859  que,  au  concile  de  Savonnières,  Charles  le  Chauve 
porta  plainte  contre  l'archevêque  :  «  libellum  accusationis 
adversus  Guaniloneni  Agcd'mci  Senonum  metropolitanum  +  ».  Et 
un  peu  plus  loin  elles  rapportent,  avec  un  blâme  discret,  que 


le  roman  de  iin'ldiiiorphoscs  dont  Psycbc  tait  partie.  Mais  cette  question  serait  à 
examiner  à  part. 

1.  Cette  mention  de  la  l'or  as  piicclcs  n'est  du  reste  pas  décisive.  Dans  le 
système  de  M.  R.,  si  je  le  comprends  bien,  l'idée  d'une  lor  as  pucelcs,  mêlée 
à  des  détails  pris  d'ailleurs,  a  conduit  l'auteur  de  Floire  à  une  conception  qui 
présente  une  ressemblance  extérieure  avec  un  harem.  Mais  il  est  tout  aussi 
possible  que  l'auteur  ait  appliqué  le  nom  traditionnel  de  Tor  as  piicdcs  au 
harem  qu'il  trouvait  dans  un  récit  venu  d'Orient. 

2.  Bien  des  points,  dans  l'histoire  du  roman,  sont  encore  à  élucider. 
M.  R.  raisonne  perpétuellement  comme  si  l'auteur  du  poème  I  de  Du  Méril 
avait  été  le  premier  à  traiter  le  sujet  en  français  ;  c'avait  été  aussi  mon  opinion  ; 
mais  G.  Paris  a  conjecturé  que  tous  les  récits  conservés  dérivent  d'un  origi- 
nal français  ^^/ï/»  et  il  a  donné,  en  faveur  de  son  hypothèse,  des  raisons  qui 
ne  sont  pas  à  négliger  (Koiii.,  XXVIII,  445). 

3.  Roinanid,  XI,  486-487. 

4.  Annales  Bertiniutii,  éd.  G.  VVaitz  (Hannoverae,  1885,  in-80),  p.  52. 


G  UE\ELOX  —  GANELOK'  I O I 

le  roi  se  réconcilia  avec  le  prélat  qui  l'avait  trahi  :  «  Guanilo 
episcopus  Senonum  absque  audientia  episcoporum  Karlo  régi 
reconciliatur  '  ». 

On  pourra  objecter,  il  est  vrai,  que  nous  n'avons  (pour  cette 
partie  des  Annales)  qu'un  seul  manuscrit,  lequel  semble  de  la 
fin  du  x*"  siècle  =,  et  que,  par  suite,  cette  graphie  pourrait  être  le 
fiait  non  de  Prudence  mais  du  scribe  ;  d'autant  que  le  LiheJlus 
proclamatkmis  doiiini  Karoli  régis,  auquel  fait  allusion  Prudence, 
nous  a  été  conservé  par  plusieurs  manuscrits  anciens  ;  or  ce  Lihel- 
lus  est  certainement  l'œuvre  d'Hincmar,  archevêque  de  Reims, 
etil  porte cà plusieurs  reprises  JVcnilo,  jamais  Giiûiiilonï  WaniloK 

Mais  l'épître  synodale  envoyée  de  Quierzy  à  Louis  le  Ger- 
manique en  novembre  858  et  conservée,  elle  aussi,  par  des 
manuscrits  anciens,  porte,  à  côté  du  nom  de  l'archevêque  de 
Rouen  JVenilo,  celui  de  l'archevêque  de  Sens  Wanilo'^.  Et  cette 
forme  se  retrouve  dans  l'épître  synodale  du  concile  de  Soissons 
de  866  adressée  à  Nicolas  P""  :  «  Uanilo  archiepiscopiis  ^  yK  Celle-ci 
est  au  fol.  78  verso  du  ms.  407  de  la  Bibliothèque  de  la 
ville  de  Laon,  manuscrit  du  ix*^  siècle,  exécuté  à  l'instigation 
d'Hincmar  de  Reims  (mort  en  décembre  882)  et  portant  des 
annotations  de  sa  main^. 

Enfin  l'archevêque  de  Sens  lui-même  a  signé  deux  diplômes 
synodaux  dont  les  originaux  existent  encore  aujourd'hui.  Dans  le 
premier,  en  faveur  de  l'abbaye  de  Saint-Denis,  donné  en  862  ou 
peu  après,  on  lit  :  «  -[ego  Fuajiilo  munere  divino  Sennençis  (m') 
episcopus,  prius  per  advocatum,  postea  per  memetipsum  sub- 
scripsi.»  Son  représentant,  lediacre  Baumond, avait  souscrit  tout 
d'abord  :  «  -f  Baltmundus  diaconus,  ad  vicem  domni  et  patris  mei 
Vuanilonis,  Senonum  urbis  archiepiscopisubscripsi  "  »  ;  le  second 

1 .  Ihid .,  p.  53. 

2.  Conservé  à  la  Bibliothèque  de  la  ville  de  Sainî-Omer,  r\°  "06.  Les 
passages  que  nous  venons  de  citer  se  trouvent  aux  fol.  188  verso  et  189 
recto. 

3.  Capittilaria,  éd.  Boretius  et  Krause,  II,  430-453  (Moinimciita  Gcniia- 
niiv  hislorica,  série  in-40). 

4.  Capitulaiia,  éd.  Boretius  et  Krause,  II,  427. 

5.  L'initiale  est  bien  line  lettre  simple. 

6.  Voy.  Le  Moyen  Age,  année  1902,  p.  438. 

7.  Tardif,  Moiiiiiiients  bistcn\]ues,  Caiioits  des  rois,  n"  ïi'i'j,  p.   121. 


102  MELANGES 

en  faveur  de  l'abbaye  de  Saint-Germain  d'Auxerre,  donné  en 
864  porte  :  «  -j-  Vnanilo  munere  divine  Sennensis  episcopus  hoc 
privilegium  recognovi  et  ;subscripsi' '  ». 

Il  est  donc  bien  établi  que  l'archevêque  de  Sens  était  appelé 
et  s'appelait  Ganelon. 

Mais  cette  prononciation  était-elle  générale  ?  N'était-ce  pas 
un  cas  particulier?  Au  premier  abord  on  serait  tenté  de  le 
croire  en  voyant  dans  un  exemple  rapporté  plus  haut  le  nom 
de  l'archevêque  de  Rouen  écrit  Wenilo  tandis  que  celui  d'un 
homonyme  sénonais  est  mis  sous  la  forme  Wanilo.  Comme  ce 
dernier  est  étranger  au  royaume  de  Charles  et  est  venu  du 
royaume  de  Lothaire%  on  pourrait  se  laisser  aller  à  imaginer 
soit  une  influence  germanique  soit  un  reflet  de  quelque 
prononciation  romane  dialectale. 

Il  n'en  est  rien.  En  efl'et  l'archevêque  de  Roiien  reçoit  en  863 
une  lettre  du  pape  Nicolas  P''  adressée  «  Wanihmi  Rotoma- 
gensi'  ».  Et  lui-même  a  souscrit  en  862  au-dessous  de  son 
homonyme  dans  le  même  diplôme  synodal  pour  Saint-Denis: 
«  Y  Vuanilo  humilis  Rotomagorum  episcopus  subscripsi'*  ». 

D'autres  exemples  pourraient  facilement  être  réunis.  Ceux-ci 
suffisent  pour  montrer  que,  dès  le  milieu  du  ix=  siècle,  la 
prononciation    Guanelon,   Ganelon,  coexistait  avec  Guenelon'^. 

^  Ferdinand  Lot. 

FRANC.     ÉPAULE 

Dans  son  Lat.-rom.  J^tV/^rZ'.,  à  l'article  s  pat  ula,  Kôrting, 
déclare  que  le  changement  phonétique  de  l'anc.  franc,  espalle 
es  pale  tn  franc,  mod.  épaule  n'est  pas  encore  éclairci.  Dans  les 


1.  Max.  Quantin,  Cartulaire  général  âe  T Yonne,  I,  86-87  (^vcc  fac- 
similé). 

2.  Audradus  Modlcus,   Révélât iones,  dans    Historiens  de  France,  VII,   291. 

3.  Annales  Bertiniani,  p.  63. 

4.  Tardif,  op.  cit.,  p.   121. 

5.  [La  coexistence  de  Wanilo  et  de  Wenilo  au  milieu  du  ix=  siècle,  n'est 
pas  douteuse.  Wanilo  est,  linguistiquement,  la  forme  la  plus  ancienne 
et  IVenilo  offre  un  affaiblissement  de  l'a  en  c  dû  à  l'action  de  Vi  du  suffixe 
hvpocoristique  -ilo,  action  qu'on  désigne  ordinairement,  à  l'allemande,  sous 


FRANC.    EPAULE  IO3 

lignes  qui  suivent,  nous  nous  efforcerons  de  donner  l'explica- 
tion de  ce  changement. 

Nous  n'insistons  pas  sur  le  développement  irrégulier  de  tl  en 
ill,  II,  qui  indique  que  spat(u)la  =  espadle,  espaUe  de 
même  que  rot(u)lus  =  anc.  franc,  ro/û',  bien  que  très  anciens, 
n'appartiennent  pourtant  pas  au  fonds  premier  de  la  langue 
comme  veclus   vet(u)lus  ou   *secla  sit(u)la. 

M.  Mever-Lùbke  {Gramm.  d.  roui.  Spr.,  I,  p.  449-450) 
affirme  que  le  groupe  //,  s'il  est  de  formation  récente,  devient 
-//-en  franc.  ;  c'est-à-dire  que  la  première  des  deux  /devient une/ 
vélaireetparsuitese  vocalise,  tout  comme  si  elle  se  trouvait  non 
pas  devant  une  /  mais  devant  une  autre  consonne.  M .  Foerster  (Z. 
/.  10m.  Ph.,  XXVI,  430)  refuse  à  bon  droit  d'admettre  l'explica- 
tion de  M.  Meyer-Lùbke  ;  il  n'y  a  pas  en  effet  d'autre  exemple 
où  la  première  liquide  du  groupe  -//-  se  soit  vocalisée'.  Quelques 
lignes  plus  bas,  M.  Foerster . suggère  une  autre  explication: 
espalle,  espale  serait  devenu  espaiile  dans  un  dialecte  de  l'Est  où 
a  passe  régulièrement  à  an  devant  /,  et  le  français  du  Centre 
aurait  ensuite  emprunté  à  l'Est  cette  forme  dialectale.  Il  a  soin 
pourtant  d'ajouter  aussitôt  :  «  Mais  pourquoi  la  forme  de 
l'Est  aurait-elle  pénétré  en  français  et  de  si  bonne  heure  ?  »  Et  en 
effet,  on  nesaurait  admettre  que  le  nom  d'une  partie  du  corps  soit 
un  emprunt  fait  par  le  français  à  un  dialecte  tout  comme  un  terme 
techn'que  ou  un  mot  désignant  une  chose  originaire  de  telle 
contrée  ou  plus  abondante  là  qu'ailleurs.  Si  l'on  tient  compte 
encore  de  ce  que  la  forme  épaule  paraît  au  commencement 
du  xiii^  siècle  et  qu'à  cette  date  le  bourguignon  —  qui  n'a 
presque  rien  fourni  au  vocabulaire  commun   —  était  le  seul 

le  nom  d'«  umlaut  »  ou,  à  la  grecque,  sous  celui  de  «  métaphonie  »,  recom- 
mandé par  M.  Victor  Henry.  Ce  nom  germanique  remonte,  d'après  l'opinion 
généralement  reçue,  au  thème  gothique  vën-s  «  espoir  »  ;  mais  il  ne  saurait 
y  avoir  de  rapport  direct  entre  l'i^  gothique  et  Ve  de  la  forme  carolingienne 
Wenilo,  Vê  gothique  s'étant  changé  en  â  dans  tout  le  domaine  allemand. 
Comme  la  métaphonie  de  ]'<;  n'apparaît  en  haut-allemand  qu'au  ixe  siècle, 
la  forme  JVenilo  doit  provenir  des  pays-bas  allemands  où  le  phénomène  est 
beaucoup  plus  ancien  :  cf.,  sur  ce  point  de  chronologie  linguistique,  Roiiiaiiia, 
XXXI,  495.  —  A.  Th.] 

I.  L'exemple  soulier  (sotlar,  soller)  que  M.  L.  cite  à  côté  de  épaule  est  peu 
concluant  vu  que  Vo  est  atone. 


104  MÉLANGES 

dialecte  de  l'Est  auquel  le  français  eût  pu  prendre  ce  mot,  on 
voit  le  peu  de  vraisemblance  de  cette  supposition  '. 

Dans  la  Grainni.  de  ranc.  franc,  de  Schwan-Behrens  (4"^  édit. 
p.  72-73),  on  trouve  une  autre  explication  qui  n'est  pas  plus 
heureuse  que  la  précédente:  à  cause  du  lieu  et  de  la  date  de 
l'emprunt,  l'atone  pénultième  ne  serait  pas  tombée  et  n'aurait 
pas  mis  en  présence  la  dentale  et  la  liquide  dans  épaule  de 
même  que  dans  7)ieiile  <metula,  roule  <  rotulat  et  viouh' 
<modulus;  la  dentale  intervocalique  aurait  disparu  et  Vu  aurait 
formé  diphtongue  avec  la  voyelle  tonique  précédente.  Mais 
aucun  des  exemples  allégués  n'est  probant  :  meule  ne  vient  pas  de 
metula,  qui  n'a  pas  donné  de  dérivé  dans  les  langues  romanes, 
mais  de  môla  (pour  le  sens,  voy.  le  Dict.  général  de  Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas)  ;  Von  de  roule  est  dû  à  l'influence  ana- 
logique exercée  par  le  verbe  roeler,  roueler  {dérivé  de  roele. 
rouelle)  sur  le  verbe  roller,  roler  (*rotulare);  quant  à  molle, 
moule,  et  à  épaule,  affirmer  l'existence  en  latin  vulgaire  des 
types  *moulus,  *spaula,  c'est  négliger  complètement  les 
formes  romanes:  esp.  molde,  roum.  inodru  ;  catal.  espattla, 
prov.  espatla,  ainsi  que  les  formes  de  l'anc.  franc.  :  modle,  molde 
et  espalde,  espaude. 

Espalde  est  sorti  par  méthathèse  d'espadle  qui,  par  l'assimila- 
tion du  ^  à  /,  a  donné  naissance  à  la  forme  espalle,  espale,  la 
plus  usitée  en  anc.  franc.  Néanmoinsdans  quelques  textes  de  la 
première  moitié  du  xii^  siècle,  écrits  dans  le  dialecte  du  Centre 
ou  en  anglo-normand,  on  rencontre  assez  souvent  espalde'. 
Quatre  Livres  des  llois  29,  35,  61,  141,  370,  377;  Psautier 
de  Cambridge  20,  12;  80,  6;  90,  4;  Psautier  d'Oxford  90,  4. 
Enfin,  dans  un  texte  du  xiii^  siècle,  avec  la   vocalisation  de/, 

espaude  : 

En  l'espaude  as  denz  l'aert 
Que  l'os  remaint  tut  descuvert-. 


1.  Le  lorrain  du  xiv^  siècle  ne  présente  encore  que  d'une  manière  spora- 
dique  le  changement  de  «  devant /en  au:  loial,  e  spécial  z.  côté  de  loiaul, 
ailles  (Apfelstedt,  Introduct.  del'édit.du  fta/zZ/Vr/o/n//;/,  p.  x)  ;  et  en  wallonce 
phénomène  ne  fait  son  apparition  que  dans  les  dernières  années  du  xin« 
siècle  (Wilmotte,  Étiuies  Je  tlialecloloi^ie  walL,  dans  Rom.  XVII,  554-55,  et 
XVIII,  211-212).  Voy.  d'autre  part,  pour  le  bourguignon,  Gôrlich,  Z)^;- 
biirgiiiul.  Dial.  iiii  XIII  u.  XIV  Jahrh.,  p.  15. 

2.  Fragment  d'At?iadas  ci  Ydoitie  publié  d'après  le  ms.  de  Gotha  par 
Andresen  (Z.  /'.  roiii.  PJjil.,  XIII,  92,  vers  23).  Dans  le  manuscrit  575  de 


TRANÇ.    ÉPAULE  IO5 

Il  est  à  remarquer  que  la  iormc  espaude  '  a  dû  être  d'un  usage 
courant  au  xii*^  siècle,  à  côté  de  la  forme  espalle,  espale. 
Les  formes  autres  et  aiifei  des  Qiiatre  Livres  des  Rois  prouvent 
que  la  graphie  cspahh-  de  ce  texte  cache  une  prononciation  « 
espdude  (cf.  Schlôsser,  Die  Laiiiverhàlinisse  der  QLD R,p.  6-7); 
d'autre  part  les  formes  Hairaiid,  Teihaud  etc.  du  Liber  censna- 
lis  de  Guillaume  le  Conquérant  (voy.  Hildebrand,  Ueber  d. 
fran:^.  Sprachelement  ini  L.  Cens.  Wiih.,  \,  39,  P-  361)  qui 
témoignent  de  la  vocalisation  de  /  suivie  de  consonne  et  précé- 
dée de  a  dès  1086,  permettent  d'aflirmer  qu'on  a  prononcé 
cspaude  pour  espalde  à  partir  du  commencement  du  xii^  siècle 
en  franc.,  norm.  et  anglo-norm.  et  que  les  Psautiers  repro- 
duisent, en  dépit  de  la  prononciation  de  leur  temps,  l'ortho- 
graphe surannée  de  l'original  du  xi^  siècle  ^. 

Vers  la  fin  du  xir  siècle,  espalie,  espale  et  espaude  créèrent 
par  croisement  une  forme  nouvelle.  Le  résultat  de  ce  croise- 
ment entre  des  mots  très  rapprochés  au  point  de  vue  de  la  forme 
et  identiques  au  point  de  vue  de  la  signification,  fut  l'ancêtre  dii 
franc,  mod.  épaule,  lequel  supplanta  les  formes  anciennes  qui 
lui  avaient  donné  naissance  :  espaude  -\-  espale  =  espaule,  épaule. 

Il  faut  donc  enrichir  de  cet  exemple  la  liste  des  croisements 
cités  par  M.  Suchierdans  Le  franc,  et  le  prov.,  p.  145  :  anc.  franc. 
oreste  (orage)  =:  orage  -\~  tenipeste;  anc.  franc,  triers  =  très 
<trans-f-  fier  <  rétro,  etc.,  et  par  M.  Meyer-Lûbke  dans  sa 
Grammaire  des  l.  rom.,  II,  §  466,  notamment  l'anc.  ùanç.peiir, 
sorti  du  croisement  des  suffixes -6  re  et  -iira  :  pavore-j-  pavura 
=  peiir. 


la  B.Nat.,  que  Hippeau  a  suivi  pour  son   édition  de  ce  poème,  espaude  est 
remplacé  par  espaulle,  v.  181 1. 

1.  La  forme  espaude  est  attestée  une  seconde  fois, ''dans 'un  document 
de  1590  cité  par  Carpentier,  dans  Du  Gange,  spondalis,  et  par  La  Curne 
de  S'e-Palaye  à  l'art,  espaude  :  «  Le  suppliant  lia  sa  femme  à  l'espaude  de  son 
lit  et  la  feri  d'une  cognée.  »  Mais  M.  Thomas  croit  qu'espaiide  est  ici  une 
simple  faute  de  copiste  pour  espoiide  «  bord  du  lit  ». 

2.  La  langue  de  l'original  des  Psautiersqueles  copies  du  xii^  siècle  repro- 
duisent laisse  déjà  voir,  par  la  diphtongaison  de  la  terminaison  -t'/5  =:  eaîs 
(cfmîeuieaJsybeallet  dans  le  Fs.d'Oxt'.,oiseaIs,  ruisseah,  dans  le  Ps  de  Cambr.), 
une  tendance  à  la  vocalisation  de  /,  notamment  après  a,  e  (cf.  Harseim, 
Voc.  H.  Cous,  iiii  Oxf.  Ps.,  p.  320). 


I06  NltLANGES 

Quant  à  la  ÇormccspaiiiUi'(hcc  scapula  '  :  espaudle)  du  Glos- 
saire anglo-normand  publié  dernièrement  par  M.  Priebsch  % 
il  V  faut  voir  une  fiiute  de  scribe  plutôt  qu'une  hésitation 
de  langage  entre  la  forme  ancienne  espaude  et  la  nouvelle 
espaith'.  Le  copiste,  ayant  présente  l'esprit  la  désinence  du 
mot  latin,  a  ajouté  une/  devant  la  lettre  finale  du  mot  français 

.qui  était  en  regard. 

Ch.  Drouhet. 


«  GIRAUT  DE    BORNEIL    »  OU   «    GUIRAUT    DE  BORXELH    >,  ? 

M.  le  Docteur  Adolf  Kolsen,  qui  va  enfin  publier  le  premier 
fascicule  de  son  édition,  depuis  longtemps  annoncée  ^  du  célèbre 
troubadour  Giraut  de  Borneil,  m'a  tait  l'honneur  de  me  con- 
sulter sur  les  raisons  qui  m'ont  amené  à  écrire  récemment,  à 
propos  d'une  étude  de  M.  René  Lavaud  :  «  L'origine  du  trou- 
badour étant  parfaitement  établie,  il  y  aurait  tout  avantage  à 
l'appeler  comme  il  s'appelait  lui-même,  Giraut,  et  non  Guiraut  : 
c'est  ce  qu'a  fait  M.  Chabaneau...  ^  « 

Voici  mes  raisons. 

Le  nom  propre  germanique  que  les  documents  mérovingiens 
et  carolingiens  latinisent  ordinairement  en  Ga i roald us  ^  est 
devenu  plus  récemment,  en  Limousin  comme  ailleurs,  Geral- 
dus  et  Giraldus^.  Il  est  certain  que  le  g  germanique,  placé  à 
l'origine  devant  un  a,  a  passé  du  son  explosif  au  son  chuintant, 
de  même  que  leiijdeGauciobercthus  (plus  récemment  Gauz- 


1.  Scapula  remplace  dans  les  Gloses  de  Cassel  spatulaet  traduit,  de 
même  que  humérus,  le  germ.  ahsla.  Dans  le  Gloss.  d'Évreux  on  trouve 
quatre  synonymes  lat.  pour  «  épaule  »  :  biniienis,  vel  ariiius,  vel  scapula  ■= 
espauîe  54  et  spaltûa  —  cspaiilc  44  (Petit  vocab.  lat. -franc,  du  xiiie  siècle,  p. 
p.  Chassant). 

2.  Dans  les  Bausteine  (icr  rom.  Phi'.  Ft'stgahef.  A.  Mussafia,  p.  536. 

3.  Cf.  Romania,  XXIII,  496. 

4.  Romania,  XXXIV,  157. 

5.  Cf.  A.  Longnon,  Polypt.  de  Vahbave  de  S. -Germain  des  Très,  I,  311. 

6.  Geraldus  est  de  beaucoup  la  forme  dominante  en  Limousin  ;  mais  il 
y  a  quelques  exemples  de  G  irai  dus  ;  cf.  Viiidex  noviinum  des  Doc.  hist.  con- 
cernant principalement  la  Marche  et  le  Limousin  de  Leroux,  Molinieret  Thomas, 
t.  II,  p.  345- 


«    GIRAUT    DE    BORNEIL    »    OU    «    GUIRAUT    DE    BORNELH    »?       IO7 

bertus);  mais  tandis  qu'on  a  pris  de  bonne  heure  l'habitude 
d'écrire  en  roman  Jausberl ,  ce  qui  rend  manifeste  le  changement 
de  g  en  y  devant  un  a  persistant,  le  son  e  en  i,  qui  avait  succédé 
au  son  primitif^/  dans  les  formes  latinisées  Geraldus,  Giral- 
dus,  a  maintenu  l'usage  traditionnel  du  ^  parce  que  les  nom- 
breux mots  latins  où  g  devant  un  e  ou  un  /  sonnait  ;  (comme 
geii,  de  gentem,  ougirar,  de  gy  rare)  ne  laissaient  aucun  doute 
sur  la  prononciation  du  g  devant  les  voyelles  e  et  /. 

Ce  n'est  qu'au-dessous  de  la  ligne  de  partage  des  sons  ca  et 
ga,  d'une  part,  cha  et  ja  de  l'autre  ^  que  le  g  germanique  a 
conservé  le  son  explosif  primitif,  et  que,  pour  bien  marquer  le 
son  explosif,  on  a  pris  l'habitude  de  faire  suivre  le  g  d'un  //  et 
d'écrire  Gniraiit.  II  est  fort  possible  que  le  troubadour  s'appelât 
réellement  Gérant  plutôt  que  Giraitt,  mais  il  est  impossible, 
étant  donné  qu'il  était  «  de  l'encontrada  d'Esidueill,  d'un  ne 
castel  del  vescomte  de  Lemoges  ^  »  que  le  nom  qu'il  portait  fût 
Giiiraut.  Les  chansonniers  qui  nous  ont  transmis  ses  poésies 
hésitant  entre  Giraiit  et  Guiraiit,  c'est  Giraiit  qu'il  faut  choisir. 

L'exemple  de  M.  Chabaneau  que  j'ai  invoqué  appelle  une 
réserve  importante.  De  parti  pris,  M.  Chabaneau  appelle  Girau 
tous  les  troubadours  dont  le  nom  remonte  à  Gairoaldus, 
quelle  que  soit  leur  patrie  :  mais  dire  Girant  Riquier,  comme  il 
le  fait,  c'est  commettre  une  confusion  inverse  de  celle  que  j'ai 
critiquée  chez  M.  Lavaud.  Il  faut  dire  Gniraut  Riquier  (de  Nar- 
bonne)  et  Giraui  de  Borneil  (d'Excideuil)  :  c'est  une  question  de 
latitude,  c'est-à-dire  de  géographie  linguistique  5. 

Il  est  un  autre  détail  sur  lequel  M.  Kolsen  ne  m'a  pas  consul- 
té, mais  sur  lequel  je  me  permets  d'attirer  son  attention  :  il 
concerne  la  graphie  du  surnom  de  notre  troubadour.  Dans  sa 
thèse  de  1894  et  dans  un  mémoire  qui  foit  partie  du  Festschrift 
publié  en  1905  en  l'honneur  de  M.  Tobler -^j  M.  Kolsen  écrit 

1.  Cf.  l'art,  de  P.  Meyer,  Remania,  XXIV,  529  et  s. 

2.  Aujourd'hui  orthographié  Excideuil,  ch.-l.  de  canton  de  l'arr.  de  Péri- 
gueux,  Dordogne.  —  Cf.  Chabaneau,  Biog.  des  troubadours,  p.  14. 

3.  Même  devant  e  et  i  primitifs,  le  o-  germanique  esftraité  comme  devant 
a,  de  sorte  que  si  Geraldus,  Giraldus  étaient  des  formes  primitives  et  non 
secondaires,  nos  conclusions  resteraient  les  mêmes.  Cf.  ce  que  j'ai  dit,  à  pro- 
pos delà  thèse  de  M"e  Cipriani,  dans  Romania,  XXXI,  455. 

4.  Die  heiden  Kreuilieder  des  Trohadors  Guiraut  von  Bornelh  (pages  205-227 
du  volume). 


io8 


MELANGES 


Bornelh,  contrairement  à  l'usage  suivi  le  plus  généralement  et 
qui  consiste  à  écrire  Borneil,  comme  l'ont  fait  et  comme  le 
font  Diez  et  MM.  Paul  Meyer  et  Camille  Chabaneau  '.  Le  plus 
sage  me  paraît  être  de  s'en  tenir  à  la  forme  Borneil,  car  c'est 
cette  forme  qui  a  le  plus  de  chances  d'être  celle  même  dont  se 
servait  le  poète.  Je  crois  que  le  surnom  du  poète  est  un  nom 
de  lieu  qui  est  à  Born  comme  Monteil  est  ;\  Mont,  c'est-à-dire 
que  Borneil  représente  un  type  étymologique  *Borniculum% 
comme  Monteil  représente  Mont  i  eu  lu  m,  et  par  suite  nous  offre 
dans  sa  désinence  un  e  fermé  suivi  d'une  /  mouillée.  Or  la 
notation  de  1'/  mouillée  par  //;,  que  l'orthographe  provençale  a 
en  commun  avec  la  portugaise,  n'apparaît  pas,  à  ma  connaissance, 
au  moins  d'une  façon  suivie  %  avant  l'extrême  fin  du  xir  siècle  '^. 
Jusque-là,  à  côté  des  cas  nombreux  où  le  mouillement  n'est 
pas  noté,  nous  ne  trouvons  à  la  finale  que  //  (par  exemple  vell 
dans Boeci  235  et  d^ins sancia  Fides  2),  //(par  exemple  oil:(,veil:(, 
meil:;^,  voil,  soil,  broil,  dans  Sanrta  Fides  78,  118,  232,  236, 
260,  264,  266,  273,  286),  ///  (par  exemple  voill,  doill,  foill, 
acoill,  oill,  cahdoiU,  escoill,  orguoii,  troill,   dans   Sancta   Fides, 


1.  Bartsch,  dans  son  Gniiidn'ss,  écrit  BorHt'/// d'après  le  nis.  A  (c'est  ce  que 
fait  aussi  M.  Crescini  dans  son  Maniialctto),  dans  sa  CJirestom.  prov.,  3e  éd., 
Borneil  à  la  col.  79  et  Bonieth  à  la  col.  418  (index).  M.  Appel  écrit  Bonielli 
dans  sa  Prov.  Crestovi.  Émeric-David  {Hist.  litt.  de  la  France,  XVII,  447), 
se  sert  de  la  (orm^Bomeilh,  qui  s'accorde  bien,  dans  sa  graphie  pléonastique, 
avec  la  forme  Girauld,  qu'il  donne  au  nom  du  poète.  Enfin, s'il  m'est  permis 
de  faire  en  public  mon  examen  de  conscience,  je  dois  avouer  que,  dans  mon 
édition  de  Bertran  de  Born,  j'ai  maladroitement  flotté  entre  Borneil 
(p.  wxm),  Bornelh  (p.  18,  n.  i)et  Borneilh  (p.  165,  art.  Alamanda). 

2.  Il  est  vraisemblable  que  cet  ancien  Borneil  est  aujourd'hui  Bonrnei, 
hameau  de  la  commune  de  'Nantiat  (Dordogne),  qu'on  écrit  avec  un  x  final 
sans  valeur  phonétique  (Chabaneau,  Biogr.  des  Iroithuhnrs,  p.  145)  ;  malheu- 
reusement les  formes  anciennes  manquent  qui  pourraient  seules  relier  Bourneix 
à  Borneil  et,  à  première  vue,  le  Bonrneix  actuel  peut  être  un  ancien  Bornés  ou 
Bornesc. 

3.  Voyez  quelques' exemples  sporadiques  anciens  dans  Diez,  Grannn.,  trad. 
franc.,  I,  375,  n.  3. 

4.  Je  ne  sais  sur  quel  fondement  M.  Crescini  a  écrit  :  a  Si  fa  quindi  dalla 
meta  del  dugento  più  fréquente  e  comune  il  segno  //;  »  (Manualetto,  2céd., 
P-  47)- 


PROV.    ANC.    ALBUESC.l  ;    PROV.    MOD.    AUBUiCO  I09 

202,    228,  231,  235,  263-272),   OU,    très  exceptionnellement, 
ilh  (par  exemple  lailh  dans    Sancla  Fidcs  205). 

Étant  donné  que  l'usage  dominant  au  xii^  siècle  dans  les 
textes  provençaux  flotte  entre  Bortieil  et  Bonieill,  et  qu'il  nous 
faut  choisir  entre  ces  deux  formes  concurrentes,  notre  préfé- 
rence doit  naturellement  aller  à  celle  de  ces  deux  formes  qui 
est  la  plus  simple  et  qui,  par  surcroît,  concorde  avec  l'ortho- 
graphe française  usuelle,  orthographe  dont  il  est  bien  permis  de 
critiquer  les  défauts  mais  dont  on  ne  saurait  contester  la  grande 
notoriété'. 

A.   Th. 


PRO\'.    ANC.  ALBUESCA  ;  PROV.  MOD.  AUBIECO. 

Le  Trcsor  don  Fdibrigc  de  Mistral  a  l'article  suivant  : 

AuBiECO,  s.  f.  Citrouille  commune,  citrouille  longue,  en  Périgord  ;  sorte 
de  petite  calebasse,  en  Guienne. 

Contrairement  à  son  habitude,  Mistral  n'indique  aucun 
rapprochement  avec  d'autres  langues.  Je  me  demandais  depuis 
longtemps  s'il  ne  fallait  pas  considérer  aubicco  comme  identique 
au  catal.  nlbiidcca,  à  l'esp.  albndeca  et  hadca,au  portug.  albiidieca 
et  paicca,  mots  d'origine  arabe  dont  Diez  s'est  occupé  (Etyiii. 
JVœrteib.jlV-"  pateca  -.)  Cette  idée,  qui  m'était  venue  à  première 
vue,  me  semble  nettement  confirmée  par  un  texte  qui  n'avait 
pas    attiré   mon  attention    jusqu'ici,   le  leudaire   de    Montréal 


1.  On  pourrait  encore  discuter  la  question  de  savoir  s'il  vaut  mieux  écrire 
Giiaiit  que  Giraud.  Bien  que  Giraiit  ait  pour  lui  l'usage  du  xiF  siècle  et  la 
phonétique  (car  le  d  étymologique  a  fini  par  s'assourdir  en  t  à  la  finale),  je 
n'aurais  aucune  répugnance  pour  Giraud,  qui  est  certainement  antérieur  à 
Giraut  (cf.  la  graphie  de  Sancta  Fidcs,  qui  ne  change  pour  ainsi  dire  jamais  la 
sonore  en  sourde  à  la  finale  et  qui  écrit  non  seulement  parled  2,  cervs  8,  prob 
13,  aiidid  32,  unsqiiegs  J^(),  pdg  90,  à  côté  pourtant  de  hrac  86,  laid  166,  sauh 
2^0,  perd  24^,  grand  2^<^,  plaid  112)  et  qui  a  l'avantage  de  distinguer  la 
désinence  -aut  secondaire,  issue  de  -ald,  de  la  désinence  -aid  primitive,  issue 
de  -ait.  Mais  il  ne  faut  peut-être  pas  faire  cette  concession  à  l'orthographe 
étymologique,  car  la  pente  est  glissante  et  on  ne  saurait  où  s'arrêter. 

2.  Cf.  Kôrting,   1440. 


IIO  MELANGES 

(Aude),  rédigé  vers  13206!  publié  par  M.  l'abbé  Sabarthés  dans 
\e  Bnll.  historique  et  philologique  du  Comité,  année  1896,  p.  48e 
et  s.  L'article  3  i  de  ce  leudaire  est  ainsi  conçu  : 

Item,  en  lunh  autre  cos  ressemblant,  ni  coggas,  ni  cogombres,  ni  plantas 
{sic),  ni  anienlas,  ni  albnescas  {sic),  ni  cscaluenhas,  ni  biedas,  ni  cauls,  ni  lunha 
autra  erba,  no  dona  re. 

Dans  cet  alhucsca,  dont  la  désinence  paraît  altérée  sous  l'in- 
fluence du  suffixe  provençal  -esca,  il  est  impossible  de  mécon- 
naître un  emprunt  au  catalan  nlbudeca,  et  il  sert  de  lien  entre 
le  catalan  et  le  provençal  moderne  aubieco. 

A.  Th. 

UN  SENS  RARE   DU  MOT    VOITURE 

Il  y  a  dans  les  archives  communales  de  Bourisp  (Hautes- 
Pyrénées)  un  long  mémoire  de  griefs  d'appel,  rédigé  en  léii 
et  produit  devant  le  sénéchal  d'Armagnac  par  des  habitants  de 
ce  village  et  de  quelques  villages  voisins;  on  doit  la  connaissanceet 
lapublicationpartielledecemémoireà  M.  Labrouche  '.Les appe- 
lants exposent  que  «  sur  le  commencement  du  moys  de  juing 
16 10,  revenantz  d'Espaigne  par  le  port  de  Plan  et  chemin 
royal  et  publicq  qui  conduict  par  la  montagne  de  Rieumajou 
vers  les  dicts  vilaiges  de  Bourisp,  etc.,  comme  leurs  voytures, 
cinq  en  nombre,  feussent  hors  d'aleyne  et  lasses  du  chemin 
(que  la  Cour  remarquera...  sembler  plus  tost  un  chemin  d'en- 
fer que  de  la  terre,  tant  il  est  rabouteux,  estroict,  difficile  et 
dangereux  pour  précipiter  la  voyture  et  le  voyturier  dans  des 
abismes).  ils  auroint.. .voulu  descharger  leurs  bestes  et  les  lais- 
ser un  peu  repaistre...  »  Plus  loin,  le  mémoire  parle  de  «  voytures 
paysans  et  repousans  de  passade  et  nécessité  »  et  il  affirme 
que  «  tous  passants  estrangers  ou  du  pays...  ont  le  privilège... 
de  faire  repaistre  et  descharger  leurs  voytures  en  tel  endroit  que 
|bon|  leur  semble.  » 

M.  Labrouche  a  cru  que  ce  mémoire  prouvait  que  le  port  de 
Plan   était  alors   traversé  par  une  route  carrossable,  et  que  les 


I.  Bultetin    de  ^èograpliie    historique  et    descriptive,    année    1897,    p.    122 
et  s. 


UN    SENS    RARE    DU    MOT    VOITURE  I  1 1 

cinq  «  voitures  »  dont  il  est  formellement  question  étaient  cinq 
«  chars  ».  Il  est  manifeste  que  le  rédacteur  du  mémoire  a 
employé  le  mot  voiture  au  sens  de  «  bête  de  somme  »  :  le  fait 
mérite  d'être  signalé  car  aucun  dictionnaire  français  n'attribue 
expressément  ce  sens  au  mot  voiture.  On  sait  que  le  latin 
classique  emploie  vectura,  type  devoiture,  pour  désigner  soit 
l'action  de  vehere,  soit  le  prix  perçu  pour  faire  cette  action  :  par 
conséquent  vectura  s'applique  aussi  bien  à  l'action  de  porter 
une  chargea  dos,  qu'à  tout  autre  mode  de  portage'.  Par  suite, 
une  fois  vectura  passé  au  sens  concret  et  appliqué  à  l'agent  de 
transport,  il  peut  aussi  bien  désigner  une  bête  de  sonnne  qu'un 
véhicule.  En  fait,  le  latin  du  moyen  âge  emploie  vectura  et  son 
doublet  barbare  vehitura  dans  le  même  sens  où  notre  mémoire 
pyrénéen  emploie  voiture-.  Dans  les  exemples  français  réunis 
par  Godefroy,  art.  veiture  du  Complément ,  il  y  en  a  un,  le 
premier,  où  ce  même  sens  semble  s'imposer '. 

Je  crois  qu'il  ne  serait  pas  difficile  d'établir  quel'ital.  vettura 
s'est  prêté  et  se  prête  peut-être  encore  au  même  emploi.  La 
locution  figurée  dure  iina  âojina  a  vettura  «  prostituer  une 
femme  »  montre  déjà  que  vettura  désigne  l'action  de  «  porter»; 
et  le  sens  de  «  muletier  »,  que  possèdent  vetturale  et  vetturino, 
témoigne  que  vetiura  peut  s'appliquer  à  la  bête  de  somme 
elle-même-*. 

Pour  en  revenir  au  français,  voiture  «  bête  de  somme  »  fait 
tout  de  suite  songer  à  notre  ancien  mot  cbevaucheïire  «  bête 
qu'on  chevauche  »  et  à  notre  mot,  très  vivant  encore,  monture 
«  bête  qu'on  monte  ».  Mais  il  faut  remarquer  que  le  dévelop- 
pement sémantique  n'a  pas  eu  le  même  point  de  départ  :  voiture 
vient  directement  du  latin  vectura,  c'est-à-dire  qu'il  repose  sur 


1.  Cf.  Gellius,  Nocl.  Att.,Y,  3  :  c  Protagoram  aiunt  victus  quœrendi  gratia 
vecturas  onerum  corpore  suo  factitavisse.  » 

2.  Cf.  Du  Cange,  vectura:  «omne  jumentum,  nempe  cquus,  camelus, 
mulus,  asinus,  bos.  » 

3.  «  Cil  firent  prendre  viandes  assez  sur  chamaus  et  en  autres  veictun's  » 
(trad.  de  Guillaume  de  Tyr);  le  texte  latin  porte  (XX,  6)  :  «  Suniptis  ali- 
mentis  ad  iter  necessariis  et  camelis  ad  devehenda  onera  sufficientibus.  » 

4.  hevoitiiricr  de  notre  mémoire  est  donc  le  correspondant  e.xact,  pour 
le  sens,  du  vetturale  ou  vetturino  italien. 


112  MELANGES 


vehcrc  pris  au  sens  actif,  tandis  que  clicvauchciirc  et  vioiiteiire, 
créés  à  une  époque  postérieure,  reposent  sur  chn'aucher  et 
monter  pris  au  sens  passif. 

A.  Th. 


ITAL.  jA\'A,  JANARA 

A  proposito  del  prov.  antico  jana,  che  si  legge  nelle  chiose 
dal  cod.  parigino  Bibl.  Nat.  lat.  7622,  testé  pubblicate  e  studiate 
dal  Thomas,  si  è  ricordato  che  il  sardo  conosce  la  stessa  parola 
jana  nel  senso  di  «  strega  »  '.  Mi  sia  permesso  di  notare  che 
anche  nell'antico  toscano  esiste  la  parola  jana  per  indicare  una 
strega.  lo  credo  di  poter  additare  la  stessa  voce  in  un  passo 
del  Tesoro  versificato  di  Brunetto  Latino,  edito  in  parte  dal 
D'Ancona  nelle  Meniorie délia R.  Accademia de'  Lhicei,  anno  1888. 
Vi  si  parla  di  una  donna,  la  regina  del  reame  di  «  Sizire  «^  che 
aveva  predetto  la  nascita  d'Alessandro  per  astrologia: 

Era  iiana  et  per  sua  sorte  sapea 

Che  d'Olimpiade  uno  Alesandro  nascer  dovea-. 

Il  D'Ancona  postilla  :  «  Perché  naiia  ?  Dubito  debba  leggersi 
iiiaga  »  ;  e  la  sua  congettura  è  stata  approvata  da  W.  Hertz, 
Die  Sage  von  G  if t?nàdchen  (in  Henz,  GesainnicJtc  Abhandlungen, 
Stuttgart,  1905,  p.  176).  E  sta  bene;  ma  basterà  mutare  îiaiia 
in  jana. 

L'esistenzia  délia  parola  janara  nella  stessa  significazione  in 
dialetto  napoletano  è  accennata  dal  Kôrting,  2^ediz.,  n°  2946. 
Non  sarà  inutile  perô  di  citarne  un  esempio  tolto  dal 
De  nucc  maga  beneventana  del  Piperno  (Napoli,  1635),  dove  si 
legge,  a  p.  17  :  «  Retinet  hodie  locus  la  ripa  delk  ianare,  in 
qua  erat  ceu  antrum  aqua  plénum,  qua  aestivo  tempore 
lamiae  etiam  balneantur.  »  Che  la  vccq  sia  viva  ancora  a  Bene- 
viento  risulta  da  A.  de  Blasio,  Iiiciannafori,  iiiagbi  c  sfreghe  di 
Binevento  (Napoïi,  1900),  p.  136,  passim. 

F.    NOVATI. 

1.  Romania,  XXXIV,  201. 

2.  D'Ancona,  //  Tesoro  di  B.  L.  versifie,  Roma,  US89,  p.  29  deU'estratto. 


COMPTES    RENDUS 


Bausteine  zur  romanischen  Philologie.  Festgabe  tûr  Adolfo 
Mussafia  zuni  15.  Fcbruar  '.905.  Halle,  Niemeyer,  1905.  In-8,  xlviii- 
716  pages. 

Nous  avons  annoncé  (Remania,  XXXII,  633,  et  XXXIV,  346  et  489)  la  pré- 
paration et  la  publication  de  ce  volume  collectif,  bouquet  de  fête  que  moins 
de  quatre  mois  ont  suffi  à  transformer  en  couronne  de  deuil.  Nous  ne  revien- 
drons pas  sur  les  circonstances  qui  l'ont  inspiré,  sauf  pour  faire  remarquer 
qu'il  était  destiné  à  célébrer,  en  même  temps  que  le  soixante-dixième  anniver- 
saire de  la  naissance  du  maître,  le  centième  semestre  de  son  activité  univer- 
sitaire. Il  nous  reste  à  faire  connaître  à  nos  lecteurs  les  titres  des  mémoires 
qui  le  composent,  en  insistant  sur  ceux  de  ces  mémoires  qui  nous  touchent 
plus  particulièrement. 

P.  viii-XLVii,  Élise  RiCHTER,  A.  Mussafias  Schriftcn  (1858- 1904).  Biblio- 
graphie très  complète  et  très  minutieuse,  par  ordre  chronologique,  terminée 
par  une  .able  alphabétique  des  noms  propres  et  des  matières. 

P.  1-8.  De  Lollis,  Di  alcune  forme  verhali  nelV  italiano  atitico.  Il  s'agit  de 
formes  rares  de  l'ancienne  langue  qui  correspondent  phonétiquement  et  séman- 
tiquement,  d'une  manière  plus  ou  moins  complète,  au  futur  antérieur  du 
latin;  l'auteur  en  relève  un  certain  nombre,  surtout  chez  les  premiers  lyriques 
et  dans  les  chroniques  d'Aquila,  tout  en  admettant  des  contaminations  de 
sens  et  de  tonne  entre  ce  temps  et  le  passé  du  subjonctif,  voire  avec  le  plus- 
que-parfait  de  l'indicatif.  Il  croit  même,  ce  qui  parait  excessif,  que  l'emploi 
du  futur  antérieur  a  donné  à  l'infinitif  une  vitalité  qui  n'était  pas  dans  sa 
nature. 

P.  9-16.  Wahlund,  Bibliographie  der  frau:iôsischen  Strasslmrger  Eidei'om 
Jdhre  842.  Travail  poussé  à  fond,  avec  cette  minutie  inlassable  dont  l'auteur 
a  donné  tant  de  preuves  dans  ses  précédents  travaux  ;  on  n'a  d'ailleurs  ici  que 
ce  qui  concerne  le  xvie  siècle.  Les  extraits  des  livres  cités  que  donne  M.  W. 
constituent  non  seulement  une  bibliographie,  mais  une  bibliothèque  du  sujet. 

P.  27-45.  Lang,  Ohl  Portuouese  Songs.  [M.  L.  étudie  les  sept  alhas  conte- 
nues dans  le  chansonnier  portugais  du  Vatican  (il  eût  pu  remarquer  que 
quelques-unes   de  ces  pièces  sont  moins  des  albas  proprement  dites  que  des 

Remania,  XXXV  8 


114  COMPTES    RENDUS 

variations  assez  éloignces  du  type  ordinaire)  ;  il  signale  un  nouveau  «  des- 
cort  »,  qu'il  avait  oublié  de  mentionner  dans  son  étude  sur  ce  genre  (voy. 
Romviia,  XXIX,  124),  et  cinq  pièces  se  rattachant  de  plus  ou  moins  loin  à 
Vescoudic;.  Il  publie  avec  traduction  et  notes  neuf  de  ces  morceaux.  Cette 
publication,  faiteavec  le  plus  grand  soin,  fournit  de  nouvelles  preuves  de  l'in- 
fluence des  troubadours  sur  l'ancienne  poésie  galicienne.  —  A.  Jeakroy.] 

P.  46-59.  Philippide,  Aîtgriechische  Elemenleim  Rumànischen .  [Miklosich  a 
montré (5<r///rt^v,  Vocal.  III,  17  :  Cotisou.  I,  78)  que  l'ugrec  pouvait  être  repré- 
senté en  roumain  par  [n.  Ce  phénomène  ne  peut  naturellement  se  présenter  que 
dans  des  mots  empruntés  au  grec  avant  la  transformation  de  l'y  en  i,  c'est-à- 
dire  avant  le  x*  siècle,  mais  il  peut  encore  nous  fournir  le  moyen  de  remon- 
ter plus  haut  dans  l'histoire  des  éléments  grecs  en  roumain  :  c  -\-  i  et  t  -\-  i 
avant  l'accent  passent  en  roumain  à  c  (sauf  devant  d)  dans  les  mots  latins  ;  si  la 
même  transformation  se  produit  pour  c  et  /  devant  iii  <  u,  ce  ne  pourra  être 
que  dans  les  éléments  grecs  d'emprunt  très  ancien,  d'époque  préroumaine. 
M.  Philippide  propose  d'expliquer  ainsi:  1°  Ciuricd,  «  fête  du  15  juillet 
Saint  Cyriaque)  »  <  Kjp'.a/.o;  ;  —  2"  Ciuj-ild,  nom  propre,  ■<  KupiX/oç  ;  — 
5°  *ciumur  (primitif  hypothétique  des  dérivés  ciumdrat  a  fâché  »,  ciunidros 
«  aigrelet  »,  a  ciuiudn  «  devenir  amer,  en  parlant  du  vin  »  ;  a  ciuinurluia,  ciuvitir- 
luiald  «  avoir  un  refroidissement,  courbature,  etc.  »)et  ital.  cimiirro,  «  mala- 
die du  cheval  caractérisée  par  un  écoulement  nasal  »  (mais  avère  il  cimiirro, 
if.  être  en  colère  »  ;  cf.  aussi  esp.  cimorni);  *ciuiniir  représenterait  un  composé 
grec  yuijLou  porj  ;  —  4°  ciuturâ  «  seau,  gourde  »  •<  diminutif  de  -/.jto;  ;  —  5° 
ciuc  «  boucle  de  cheveux,  toupet,  pic  »  et  ciucà  «  cible  »  <  y.jzXo;  ;  —  6"  a  ciidi, 
ciiiciuli,  ciiil  et  dérivés  «  rouler  »  et  sens  analogues  <<  xuXÀô)  ;  —  7°  cimbni 
«  thym  »  <C  *ciiimhnt  (cf.  les  nombreux  doublets  en  -ci-  et  ■ciii-')  <C  Oj|j.[îpov  ; 
—  8°  citiiel,  ciuiitel  etc.  «  devinette  »  dont  le  primitif  *cf//;«  pourrait  représen- 
ter Ou;j.ô:  ;  —  90  cioc,  «  bec,  etc.  »,  ciocan  «  marteau  »  <  Tyzo:.  L'on  ne 
saurait  oublier  que  beaucoup  de  mots  ainsi  expliqués  ont  des  analogues  dans 
les  diverses  langues  balkaniques,  d'où  ils  ont  pu  passer  au  roumain  avec  le  c/- 
initial.  Mais  il  est  intéressant  de  noter  qu'en  même  temps  que  M.  Philippide 
et  indépendamment  de  lui,  M.  S.  Puscariu  proposait  d'ajouter  à  o-/»/-  <  yûpo:, 
outre  l'it.  acciuga  <<  àojr,,  deux  nouveaux  exemples  de  u  >  in  :  1°  xujjia  > 
mac.-roum.  et  megl.  tsuma  «  bosse,  enflure,  abcès  »,  et  roum.  ciiiiiia  fctil 
«  ponmie  épineuse  »  ;  —  2°  xotjÀ»]  >■  *cytola~;>  roum.  ciuturd,  cf.  l'art.  4  de 
M.  Ph.  et  voy.  Puscariu,  Lalcinische  Ti  iind  Ki  int  Rumànischen,  Leipzig, 
1904.  —  M.  RodUES]. 

P.  60.  MuSATTi,  Catranionacia.  Ce  mot  signifie  «  maléfice  »  et  aussi 
«  crasse,  dépôt  sédimenteux  »  en  dialecte  vénitien  :  l'auteur  l'explique  par 
une  locution  grecque  de  la  basse  époque  :  t7,v  /.«Tâpav  u.o-j\i'i-/r^t  «  puisses-tu 
avoir  ma  malédiction  !  »,  mais  il  reconnaît  lui-même  que  c'est  là  une  simple 
conjecture. 

P.  61-76.  MoHL,  La  préposition  eu  m  et  ses  successeurs  en  gallo-roman. 
Cherche  à  montrer  que  la  substitution  de  apud  à  cum  dans  la  langue  vul- 


Bausteiiic  ::^iir  roiiianischcn  Philologie  115 

gaire  de  la  Gaule  n'est  pas  une  évolution  naturelle,  mais  une  réaction  de  la 
langue  savante,  dont  le  grand  facteur  doit  être  cherché  dans  les  écoles  célèbres 
fondées  par  la  politique  romaine  à  Narbonne,  Toulouse,  Bordeaux,  Autun, 
etc.  :  adhère  ii  l'étvmologie  du  prov.  ah  par  apud,  mais  considère  la  variante 
ani  comme  issue  de  la  vieille  particule  italique  amb,  am;  retire  l'adhésion 
qu''il  avait  donnée  antérieurement  à  l'étymologie  du  français  avec  par  le  lat. 
ab  hoc  ,  et  voit  dans  le  mot  français  le  représentant  du  lat.  ad  hoc  au  même 
titre  que  dans  l'anc.  franc,  avollre  le  représentant  du  lat.  adulter(?) 

P.  77-89.  Behreks,  Etyjuohgisches.  Ane.  fr.  bnwien[t'\  :  ne  signifie  pas 
«  barque  »,  comme  le  dit  Godefroy,  mais  «  portefaix  »,  et  vient  du  nordique 
byrja  «  porter  »  +  man  «  homme  »  (cf.  mes  Noiiv.  Essais,  p.  184,  art. 
bniiman.  où  l'on  trouvera  des  renseignements  plus  étendus  sur  l'extension  de 
ce  mot  dans  les  parlers  de  France).  —  Ane.  wall.  by  «  hovau  »  :  du  néerl. 
bik.  —  Fr.  chique  «  bille  à  jouer  »  :  à  rattacher  à  l'aliem.  schicken 
«  envoyer  ».  —  Fr.  orieiu.  Jîingot  «  fusil  »  :  allem.  du  sud  flingge,  variante 
de  flinte.  — Pic. gomiiie  «  réservoir  »  :  allem.  kumme  «  bassin  »,  auquel  se 
rattache  aussi  le  mot  gomer  «  seau  ».  —  Wall,  hanèt,  hènat  «  nuque  »  :  même 
origine  que  le  fr.  hanap  (german.  hnap),  avec  altération  de  la  désinence  par 
substitution  de  suffixe,  comme  le  montre  l'anc.  fr.  hanepier.  —  Wall,  hèder 
«  s'interposer  entre  le  vendeur  et  l'acheteur  »  :  allem.  scheiclen  «  séparer  ».  — 
Wall.  ivie)(e)  «  neige  »  :  appuie  l'étymologie  par  hibernum,  déjà  donnée 
par  M.  Horning  et  à  laquelle  je  me  suis  rallié  d'enthousiasme  (Noiiv.  Essais, 
p.  284).  —  Pic.  h'iiiiiére  «  vache  qui  n'a  pas  eu  de  veau  dans  l'année  »  :  lat. 
vulg.  *annucu  la  ria  :  cf.  mes  Mélanges,  p.  112,  art.  «o/Z/^/t;,  auquell'auteur 
apporte  d'intéressantes  et  convaincantes  additions.  —  Gasc.  mèco  «  moelle  »  : 
même  mot  que  mèco  «  mèche  ».  —  Ane.  wall.  cirselle  «  noir  de  fumée  »  :  flam. 
zwartsel,  déjà  indiqué  par  Bormans  ;  même  racine  dans  ivarsier  (Godefroy) 
et  :5;u'rt/  (Grandgagnage).  Je  remarque,  à  l'art,  ivarsier  de  Godefroy,  un  exemple 
de  la  locution  icairsier  de  ivai:ie  :  or  le  subst.  wai^e  n'est  relevé  ni  par  Gode- 
froy ni  par  M.  Behrens.  —  Ane.  fr.  plete  «  espèce  de  bateau  »  :  est  classé  à 
tort  par  Godefroy  sous  plate  et  omis  par  Kemna  dans  le  mémoire  dont  nous 
avons  rendu  compte  (Roiiiatiia,  XXXI,  ^132)  ;  l'auteur  le  rapproche  du  néerl. 
pleyte,pîeit  sans  se  prononcer  à  fond  sur  l'étymologie.  En  note,  liste  à  ajouter  à 
celle  que  j'ai  donnée  des  mots  omis  par  Kemna.  —  Ane.  fr.  rie[s]  v  botte  d'aulx, 
d'oignons  »  :  néerl.  rije,  correspondant  à  l'aliem.  reihe.  Article  de  sept 
lignes,  manqué,  mais  instructif  ;  au  lieu  du  néerlandais  rije,  c'est  le  lat.  restis 
qui  fournit  l'étymologie  (cf.  l'art,  rest  de  mes  Essais,  p.  378)  ;  il  faut  garder 
Vs  et  voir  dans  ie  la  diphtongue  wallone  régulière  de  Ve  latin  entravé.  — 
Wall,  rivé,  rivis  «  èglefîn,  merlan,  carrelet,  etc.  »  Anciennement  ritivés  :  bas 
allem.  rinfisk,  proprement  «  poisson  du  Rhin  ».  Très  jolie  conjecture  ;  mais 
puisque  c'est  toujours  un  poisson  de  mer  que  le  rive,  le  Rhin,  qui  est  un  fleuve, 
m'inquiète.  —  Biais,  rognon  «  coup  de  talon  donné  par  le  sauteur  sur  le 
derrière  du  patient,  au  jeu  de  saute-mouton  »  :  forme  résultant  de  l'aggluti- 
nation   au  mot    ognon  de  Vs  de   l'article  pluriel    devenu    ensuite  r  ;  rappro- 


Il6  COMPTES    RENDUS 

chemcnts  sémantiques  intéressants,  mais  pas  tous  convaincants.  —  Fr.  sineau 
«grenier  à  fourrage»:  lat.  cenacula  m  ;  étvmologie  déjà  connue,  mais 
qu'il  était  bon  de  remettre  en  lumière,  avec  des  indications  sur  l'état  actuel 
des  représentants  patois  du  mot  latin. 

P.  80-107.  ScHULTZ-GoRA,  Vitr  ifiedierte  Jtiix-parlxs.  [Ces  jeux  partis  sont 
les  nos  1794,  942,  405,  2083  de  Raynaud,  tous  quatre  contenus  dans  /?■  et 
R'  (le  premier  aussi  dans  A  qui  n'a  pas  été  utilisé).  M.  S. -G.  donne  la  préfé- 
rence à  R\  qui  est  en  général  beaucoup  meilleur  ;  mais  il  l'a  néanmoins, 
comme  on  va  le  voir,  suivi  trop  aveuglément  :  ce  ms.  efface  en  outre 
la  plupart  des  nuances  dialectales,  de  sorte  que  le  texte  ici  imprimé  s'éloigne 
sensiblement  de  la  langue  des  auteurs.  Les  notes  grammaticales  sont  un  peu 
maigres  et  n'élucident  pas  toutes  les  difficultés.  Voici  quelques  remarques  cri- 
tiques '.I,  19,  pour  est  une  faute  de  R'  :  le  sens  exige  impérieusement  ^ar,  qui 
est  en  effet  dans  les  deux  autres  mss.  (/>  barré  dans  A). —  20,  désirent  signifie 
pas  grand'chose  ici  ;  lire  avec  /?'  A  :  désert. —  30,  servir  a  dû  être  amené  par 
le  servans  de  la  fin  du  vers  ;  lire  :  furnir  (R'  A). —  40,  la  leçon  de  R'  A  (de  bien 
canter  en  gUse)  est  plus  vive  ;  elle  est  en  outre  appuvée  par  le  rapprochement 
fait  en  note  avec  un  autre  jeu  parti.  — II,  22-3,  la  ponctuation  fausse  le  sens  ; 
effacer  le  point  après  puisant  et  le  reporter  après  prende^.  —  67-8,  le  premier 
de  ces  deux  vers  est  trop  long,  le  second  trop  court  ;  arme  appartient  au  second. 
—  Aux  vers  42,  69  le  ms.  a  souffisant  et  chaîne  '.  — III,  2,  le  ms.  suivi,  au 
lieu  de  pris,  a  sens. —  19  ss.,  il  n'est  pas  question  dans  ces  vers  de  voler  une 
boulangerie  (je  comprends  mal  le  reste  de  l'e.xplication).  Le  sens  me  paraît 
être  :  «  pour  être  un  vrai  ribaut,  il  faut  savoir  jouer  aux  dés  »,  et  ribaus  de  four 
doit  signifier  simplement  «  ribaut  authentique  »  ;  on  sait  que  les  jongleurs  et 
autres  vagabonds  avaient  l'habitude  d'aller  giter  dans  les  fours,  probablement 
les  fours  banaux  (voy.  le  fragment  imprimé  dans  mes  Origines,  p.  506,  note, 
v.  6);  sur  leur  habitude  de  se  rôtir  les  jambes  auprès  des  fours,  vov.  Ronumia 
X,  401  et  591.  —  22,  les  mots^M  mestier  ne  manquent  pas  dans  R'. —  30  ss., 
M.  S. -G.  admet,  si  je  comprends  bien  sa  note  trop  concise,  que  c'est  la  dame 
novice  en  amour  qui  est  comparée  à  un  arbre  transplanté  (puisqu'il  l'oppose  à 
celle  dont  le  cœur  est  déjà  occupé)  ;  c'est  tout  le  contraire  :  l'arbre  qu'on  trans- 
plante, dit  Grieviler,  fleurit  plus  difficilement  :de  même  la  femme  qui  a  déjà 
aimé  est  plus  difficile  à  séduire  que  la  novice. —  46,  au  lieu  de  a,  lire  avec  R' 
lost.  —  50,  au  lieu  de  tost,  trop  (/?').  —  IV,  20  lire  avec  R^  :  on  le  doit  en  gré 


1.  M.  S. -G.,  en  annonçant  (p.  21)  l'intention  de  publier  les  jeux  partis  conte- 
nus dans  R'  R',  ne  s'était  pas  souvenu,  comme  il  a  bien  voulu  me  l'écrire  depuis, 
que  ces  pièces  doivent  faire  partie  de  la  collection  des  jeux  partis  dont  la  publica- 
tion a  été  annoncée  ici  (XXX,  1 5  7).  De  cette  publication  ne  seront  exceptés  que 
ceux  d'Adam  de  la  Haie,  si  M.  R.  Berger  conserve  l'intention  de  les  éditer. 

2.  Le  sujet  de  cette  pièce  est  fort  analogue  à  celui  d'un  jeu  parti  entre 
Simon  Doria  et  Albert,  récemment  publié  par  M.  Bertoni  (Trovatori  niinori 
di  Genova,  p.  15). 


Baiistcinc   :^ur   roitianischcn   Philologie  117 

prendre,  leçon  qui  s'accorde  bien  mieux  avec  le  sens  général  ;  le  se  rapporte 
à  l'idée  —  27  qiw]  quele  (R').  —  51,  l'éditeur  avoue  son  embarras  sans 
nous  faire  connaître  exactement  son  sentiment  ;  cet  embarras  provient  de 
ce  qu'il  a  lu  au  v.  56  mai,  au  lieu  de  mai)!  (—  m  a  ne).  Sens  :  «  de 
même  que  la  lune  rend  les  ténèbres  moins  épaisses,  de  même  l'amour 
fait  sembler  à  la  vieillesse  que  sa  nuit  soit  le  plein  midi  ;  souvent  il  arrive 
qu'il  pleuve  le  matin  et  qu'avant  le  soir  le  soleil  brille.  »  La  métaphore 
signifie  que  l'amour  peut  enflammer  sur  le  tard  un  cœur  de  femme 
et  lui  donner  le  change  sur  l'opportunité  de  ses  désirs.  —  48,  tele]  plutôt, 
ihele  (âviic  R'). —  58,  R-  âh'ien  plesaument;  mais  je  préférerais  la  forme  plus 
correcte  de  R'  plesanment  ;  de  même  plus  haut  II,  58.  —  A.  Jkanroy]. 

P.  108-116.  Von  Weilen,  Eine  deutsche  Stegreifkomôdie.  Imitation  du 
Légataire  universel  de  Regnard. 

P.  1 16-146.  D'An'CONA,  Saggio  di  una  bibliografia  ragionata  délia  poesia  popo- 
hire  itdliatia  a  stampa  del  secolo  XIX.  On  regrette  d'apprendre  que  l'illustre 
maître  renonce  à  écrire  le  livre  caressé  depuis  longtemps  et  dans  lequel  il  aurait 
recueilli  les  traces  de  toutes  les  Storie  imprimées  grossièrement  qui  se  débi- 
taient jadis  dans  certaines  rues  où,  suspendues  à  des  ficelles,  elles  mettaient  le 
long  des  murs  comme  une  floraison  littéraire  ;  puisse  l'ofifre  qu'il  fait  de  céder 
ses  matériaux  à  qui  voudra  et  saura  les  mettre  en  œuvre  sous  sa  direction  ne 
pas  rester  sans  eff"et  !  LeSaggio  qu'il  publie,  limité  au  xix*  siècle  et  aux  lettres 
A  et  B,  est  un  modèle  de  bibliographie  raisonnée,  c'est-à-dire  d'histoire  litté- 
raire résumée. 

P.  147-157.  Appel,  Vermischtes.  [i.  Port«  Pass  ».  On  sait  que  port  a  pris  le 
sens  de  «  passage  »  dans  diverses  régions,  notamment  dans  les  Pyrénées. 
Dans  cette  note,  aussi  érudite  qu'ingénieuse,  M.  A.  combat  l'hypothèse  par 
laquelle  M.  Schultz-Gora  a  essayé  d'expliquer  ce  singulier  changement  de  sens. 
D'après  lui  il  faudrait  en  chercher  l'origine  dans  le  sens  primitif  de  portus 
«  traversée  »  ;  il  aurait  été  favorisé  en  outre  par  l'analogie  formelle  de  porta  '  ; 
l'emploi  du  mot  au  pluriel  s'expliquerait  par  le  fait  que  le  passage  dans  les 
montagnes  s'opère  généralement  par  plusieurs  voies.  —  2.  Huelh  de  veire. 
C'est,  dans  un  petit  bestiaire  provençal  bien  connu  (Appel,  Chrest.,  n°  125), 
le  nom  d'un  oiseau  dont  la  vue  est  censée  percer  les  murs.  M.  A.  pense  que 
cette  absurde  dénomination  vient  d'une  faute  de  lecture;  l'auteur  provençal, 
qui  suivait  Richart  de  Fournival,  aura  lu  l'ius  de  voirre  au  lieu  de  //  li?is  de 
veoir  (début  du  chap.  sur  le  lynx).  Cette  explication  séduisante  ne  résout  pas 


I.  [M.  A.  déclare  ne  pas  pouvoir  contrôler  «  topographiquement  »  l'exemple 
que  donne  Du  Cange  (plus  exactement,  les  Bénédictins,  continuateurs  de  Du 
Cange)  pour  l'emploi  de  portus  au  sens  de  porta  :  le  contrôle  topographique  est 
facile,  car  il  s'agit  de  la  lameuse porte  Mordclaise  (c'est-à-dire  donnant  passage 
à  la  route  de  Mordellcs)  qui  se  voit  encore  aujourd'hui  à  Rennes  ;  c'est  le 
contrôle  «  paléographique  »  qui  est  difficile.  —  A.  Th.] 


Il8  COMPTES    RENDUS 

toutes  les  difficultés  :  la  disparition  de  l'article  n'est  pas  motivée  :  en  outre 
dans  les  mss.  picards  oculus  est  ordinairement  ;V.v  ou  ex,  non  ius  (voy. 
Dits  artésiens,  v.  33).  Il  reste  à  expliquer  pourquoi  le  lynx,  qui  est  un  petit 
ver  dans  les  autres  bestiaires,  devient  ici  un  oiseau  ;  la  conjecture  de  M.  A. 
me  parait  ici  moins  vraisemblable.  —  A.  Jeanroy]. 

P.  158-166.  ViDOSSiCH,  Tre  uoterellf  siutattichc  clal  Tristano  Viucto.  On 
sait  que  ce  texte  est  contenu  dans  un  ms.  de  Vienne  que  Mussafia  a  le  pre- 
mier signalé;  M.  V.  le  croit  traduit  du  français  à  la  fin  du  xiiic  siècle  ou 
dans  les  premières  années  du  xiveet,  en  attendant  une  étude  générale,  il  en 
extrait  beaucoup  d'exemples  (reliés  par  des  considérations  très  sobres)  qu'il 
classe' sous  trois  chefs  :  discours  indirect  et  direct  (Meyer-Lùbkc,  III,  f,  579), 
verbe  suppléant  (ibid.,  §  521),  le  type  ititro  mi  e  ti  (^ibid.,  §  217). 

P.  167-176.  LuiCK,  Ztir  Aussprache  des  Franiôsischen  im  XVlI.Jahrumiert. 
Extraits  de  quatre  grammaires  du  temps,  que  Thurot  ignore  et  dont  Sten- 
gel  ne  connaît  qu'une  ;  la  moins  insignifiante  est  un  remaniement  de  Tl)e 
French  Schoolemaister  de  Claude  de  S'-Liens  (alias  Holybatid)  par  P.  Eron- 
delle,  paru  à  Londres  en  1619. 

P.  177-192.  S.wj-LoPEZ,  La  Jettera  epica  di  Rambaut  de  Vaqueiras  in  un 
nuovo  manoscritto.  Manuscrit  catalanisé  de  la  bibliothèque  Vintimiliana  de 
Catane,  remontant  au  xv^  siècle,  plein  de  fautes  et  d'omissions.;  M.  S.-L.  en 
donne  le  texte  aussi  fidèlement  que  possible,  avec  quelques   notes  critiques. 

P.  193-210.  Kawczyxski,  ht  Apiiteiiis  iin  Mittelalter  bekamil  gewesen? 
Montre  que  Jofrei  de  Monmouth  a  cité  et  utilisé  le  De  Deo  Socratis  d'Apulée 
dans  un  passage  de  son  Hist.  reg.  Brit.  Quant  au  reste,  l'auteur  fait  des  rap- 
prochements intéressants,  sinon  décisifs,  entre  VAmor  et  Psyché  d'Apulée  et 
quelques  poèmes  français  (notamment  Partenopeu  de  Blois,  Erec,  Renaud)  ; 
il  rabroue  M.  Voretzsch,  et  s'efforce  de  répondre  à  cette  remarque  de  G.  Paris 
au  sujet  d'un  de  ses  précédents  travaux  :  «  quant  à  la  vraisemblance  qu'il 
peut  y  avoir  à  ce  qu'un  poète  comme  celui  de  Huon  ait  lu  Apulée,  l'auteur 
ne  prend  pas  la  peine  de  l'établir  »  {Remania,  XXXII,  479). 

P.  211-223.  Ettmayer,  Die  provençal ische  Mundart  von  Vinadio.  Vinadio 
est,  avec  Démonte,  le  centre  de  population  le  plus  considérable  de  la  vallée 
de  la  Stura,  en  Piémont  ;  il  est  d'autant  plus  difficile  de  fixer  les  traits  du  dia- 
lecte local  que  la  plupart  des  habitants  parlent  concurremment  le  piémontais, 
l'italien  et  le  français.  L'auteur  trace  un  tableau  d'ensemble  auquel  des  préoc- 
cupations multiples  (géographie  lexicographique,  étymologie,  etc.)  ajoutent 
de  l'intérêt,  mais  enlèvent  de  la.clarté.  Il  y  a  trop  de  rapprochements  oiseux, 
fertiles  en  inexactitudes.  P.  213,  viege  n'est  pas*vicata,  mais  viaticum  ; 
p.  218,  l'affirmation  que  darboiissieiro  désigne  le  stramonium  à  Limoge  {sic) 
est  une  erreur  :  l'auteur  a  cru  que  le  sigle  /.  de  Mistral  désignait  le  limousin, 
tandis  qu'il  s'agit  du  languedocien;  ibid.,  l'explication  du  prov.  mod.  alabreiio 
«  salamandre  »  par  un  type  *larvina  n'est  pas  sérieuse;  et  que  dire  de 
celle  de  sagno  «  laiche  »  par  y.jotvê'.o;    qui  se  trouve  à  la  même  page  .'' 

P.  224-226.  NiGRA,  Bas-fat.  c  a  m  butta  [  «  crosse  »].  Combat  avec  raison 


Baiisicinc  :[^iir  roiiuniischcn   Philologie  119 

l'opinion  exprimée  par  les  Bénédictins,  continuateurs  de  Du  Cange,  d'après 
laquelle  le  premier  élément  serait  cani  et  le  second  bot  :  le  radical  est  sûre- 
ment camb  «  courbure  ».  La  reproduction  d'une  sculpture  du  ixe  siècle  exis- 
tant dans  l'église  Saint-Tliomas  de  Strasbourg  confirme  (mais  qui  en  doutait?) 
que  le  bâton  pastoral  était  recourbé  au  sommet,  sans  volute,  dès  la  fin  du 
iv^:  siècle.  Il  aurait  été  bon  de  faire  la  critique  des  exemples  accumulés  à 
l'article  cambuta  de  Du  Cange  (au  moins  des  plus  anciens).  D'autre  part  un 
suffixe -ùtt a  ne  va  pas  tout  seul,  et  on  en  voudrait  voir  citer  d'autres 
exemples. 

P.  227-254.  Rajna,  Uiia  ridu-:^ione  quattrocenlistica  in  ottava  rima  del primo 
lihro  ihi  Reuli  di  Frauda.  Manuscrit  du  British  Muséum,  add.  22821,  prove- 
nant de  Libri  et  de  Rinuccini.  C'est  une  oeuvre  anonyme,  indépendante  de 
celle  de  l'AItissimo,  mais  sans  grand  intérêt;  il  est  difficile  d'affirmer  que  la  ' 
date  de  1436,  qui  est  fournie  par  une  des  octaves,  vise  l'auteur  plutôt  que  le 
scribe  (il  s'agirait,  dans  cette  dernière  hypothèse,  d'un  scribe  antérieur  à  celui 
à  qui  nous  devons  le  22821).  M.  Rajna  publie  quelques  fragments  en  plaçant  en 
bas  le  texte  même  des  Reali  :  le  rapport  est  très  étroit.  L'auteur  paraît  origi- 
naire de  ia  Vénétie,  mais  il  a  cherché  à  écrire  en  pur  toscan. 

P.  253-275.  Cloetta,  Grandor  de  Brie  und  Guillaume  von  Bapaume.  Appuie 
d'arguments  solides  et  clairement  présentés  l'opinion  d'après  laquelle  Gran- 
dor de  Brie  serait  bien  (conformément  au  témoignage  de  Guillaume  de 
Bapaume)  l'auteur  de  deux  chanjons  de  geste.  Le  Moniage  Rainoart  et  La 
Bataille  Lokifier,  qui  forment  une  continuation  à'Aliscans  ;  le  rôle  de  Guil- 
laume de  Bapaume  consiste  à  avoir  plus  ou  moins  remanié  non  seulement 
Le  Moniage  et  La  Bataille,  mais  aussi  Aliscans,  dont  il  n'a  pas  fait  connaître 
l'aifteur  parce  qu'il  ne  le  connaissait  pas  lui-même. 

P.  276-288.  Pasini,  Montiaiia.  Lettres  inédites  de  Monti. 

P.  289-308.  Bartoli,  Di  una  metafonesi  )iel  veneto  di  Mitggia  (^Veiie:(^ia 
Giulia).  Il  s'agit  de  l'influence  exercée  par  la  voyelle  finale  sur  la  qualité  de 
Ve  et  de  Vo  en  syllabe  tonique  :  cette  influence  paraît  souveraine  et  tout  à 
fait  indépendante  de  la  qualité"  que  les  voyelles  toniques  avaient  en  latin  vul- 
gaire. Etude  faite  sur  les  lieux  et  qui  repose  sur  une  connaissance  approfon- 
die de  la  phonétique  expérimentale.  L'auteur  proteste  contre  la  confusion 
trop  fréquente  qu-i  fait  voir  du  ladin  en  Istrie  ailleurs  qu'à  Muggia  et  contre 
l'expression  ladino-veneto  employée  encoie  récemment  par  M.  Ive. 

P.  309-512.  Ara,  AppuHti  diversi.  Courtes  étymologies  de  mots  italiens 
dialectaux,  surtout  vénitiens  ;  remarques  sur  a  Torino  en  face  de  in  Asti. 

P.  313-320.  Meyer-Lûbke,  Zur  Geschichte  des  C  vor  helleti  Vokalen.  Série 
d'observations  critiques  et  hypercritiques  sur  quelques  témoignages  d'où  nous 
pouvons  chercher  à  induire  l'époque  où  l'on  a  eu  conscience  de  l'évolution 
du  c  ;  ces  observations  ne  peuvent  être  résumées  en  quelques  lignes,  mais  il 
en  faut  noter  la  conclusion  assez  décourageante,  surtout  si  l'on  tient  compte 
de  l'assurance  ordinaire  de  l'auteur  :  Xr,sî  /.xl  aiavri^o  ir-irs-Ev/. 

P.  321-331.    Subak,  £)fl5    Verbiim  in  Judeiispanischeu.  Classement  métho- 


I  2 O  COM  PT KS     K  EN  DUS 

Jiquc  do  tbriucs  phonétiques  et  niorpliologiqucs  lournies  par  M.  Salvator 
Sefamy  de  Constantinople,  avec  références  au  «  ladino  »,  prononciation 
arcliaïque  conservée  dans  la  traduction  de  la  Bible  en  vielchir. 

P.  552-556.  Braun,  //  caiito  di  Tryni,  do  hi  Sacuiumiar  Edda.  Traduction 
en  vers  italiens. 

P.  357-564.  A.  L.  Stif.fei.,  Ueher  die  Coiiwdia  «  Iii  Espaiiola  de  Floren- 
ciii  ».  [L'auteur  s'efforce  de  montrer  que  cette  pièce,  inspirée  de  la  comédie 
italienne  GF  Iiigatniati  (1537),  et  subsidiairement  de  la  Comedia  de  los  Euga- 
fios  de  Lope  de  Rueda  et  d'une  nouvelle  de  Bandelio,  remonte  à  la  fin  du 
xvi<:  siècle  et  qu'elle  pourrait  être  une  œuvre  de  jeunesse  de  Lope  de  Vega, 
plus  ou  moins  remaniée  au  xvip  siècle.  L'attribution  à  Lope  semble  peu 
vraisemblable  pour  plusieurs  raisons  (dont  une  a  été  indiquée  par  H.  A.  Ren- 
nert,  The  Life  of  Lope  de  ^t^^/,  p.  498);  les  détails  de  costume,  entre  autres, 
et  notamment  l'allusion  au  g.ardainfaute,  renvoient  au  premier  tiers  au 
moins  du  xviie  siècle  et  l'on  ne  peut  les  mettre  tous  au  compte  d'un  rema- 
nieur. —  A.  Morel-Fatio.] 

P.  565-566.  Del  Lungo,  «  Cattività  onorevole  »  nel  MachiaveUi. 

P.  567-568.  Mazzoni,  Ouakhe  appiiuto  sulla  voce  «  Erro  ».  Cet  «  Erro  » 
est  l'allemand  Heu  introduit  au  xive  siècle  par  les  soldats  mercenaires 
d'Allemagne. 

P.  369-585.  Rydberg,  Uber  die  Enhvichhmg  voti  «  illui,  illei  n  aufFran- 
:^ôsischen  Boden  und  dus  Eindritigen  der  Forni  «  lui  »  aïs  schwachtonige  Dativ, 
eiu  Beitrag  :^/(7-  Geschichte  der  Reichssprache.  Recueil  extrêmement  riche  fourni 
par  un  dépouillement  minutieux  des  documents  littéraires  et  diplomatiques 
depuis  l'origine  de  la  langue  jusqu'au  xir*"  siècle. 

P.  586-400.  Ramôn  Menéndez  Pidal,  Sufijos  dloiios  en  espafwl.  [Il  s'agit 
des  suffixes  atones  -aro,  -ai;o,  -atio,  -alo,  et  de  quelques  autres  où  la  voyelle 
n'est  plus  a,  mais /ou  0,  de  formation  analogique.  Le  sujet  a  été  traité  concur- 
remment par  M™e  Carolina  Michaëlis  de  Vasconcellos,  à  propos  du  mot 
ptïcaro,  dans  son  article  intitulé:  Algitmas  piiluvras  a  respeito  de  pùcaros  de 
Portugal.,  voy.  le  Bulletin  hispanique  d''âvnl-]u'Kï  1905.  M.  Menéndez  Pidal 
apporte  beaucoup  d'exemples  nouveaux  tirés  surtout  de  la  langue  provinciale 
actuelle.  Il  a  tout  à  fait  raison  de  rattacher  picaro  à  picar,  verbe  qui  joue  un 
rôle  important  dans  l'art  culinaire  :  le  picaro  a  été  originairement  un  solhistre, 
c.-à.-d.  un  marmiton,  un  gâte-sauce.  —  A.  Morel  F.\tio.J 

P.  401-460.  F.MUNKLLi,  Note  sulla  fortuna  del  «  Corhaccio  y>  nellaSpagna 
médiévale.  [Excellente  étude  de  littérature  comparée,  domaine  où  M.  Farinelli 
est  passé  maître.  Il  a  très  bien  mis  en  lumière  les  emprunts  considérables 
faits  au  Corhaccio  par  le  catalan  Bernât  Metge,  auteur  du  Sonini,  emprunts 
que  n'avait  notés  aucun  de  ceux  (et  j'en  suis)  qui  se  sont  occupés  de  ce 
dernier  ouvrage.  —  A.  Morel-Fatio.] 

P.  461-472.  Crescini,  Di  uua  tcn~one  iniaginaria.  [Excellente  édition, 
fondée  sur  une  rigoureuse  classification  des  mss.  (sauf  deux)  de  la  tenson 
entre  Peirol  et  "  Amors  »,  avec  traduction  et  notes,  grammaticales  et  histo- 


Baiislci)tc   ~iir  roiiianischen  Philologie  121 

riqucs.  Les  allusions  aux  faits  contemporains  ont  permis  à  M.  C.  de  la 
dater  de  11 88  ou  1189.  —  A.  Jeakroy.) 

P.  475-480.  Demsusianu,  Eiii  albaneshches  Suffix  iiii  Riiniânischen.  (Il 
s'agit  du  suffixe  diminutif  -^s,  conservé  en  roumain  dans  un  très  petit 
nombre  de  mots  dont  certains  peuvent  d'ailleurs  avoir  été  pris  directement 
à  l'albanais,  tandis  que  les  autres  (une  demi -douzaine),  tels  que  câcùrea:^à  < 
cdcdrea  -f  -\iï,  sfîrlea:^â  <  s/îrla  -\-  -ea-iâ,  paraissent  bien  être  de  formation 
roumaine.  Ce  serait  là  un  témoignage  fort  important  pour  juger  de  l'intimité 
des  relations  anciennes  entre  l'albanais  et  le  groupe  roumain.  —  M.  RoauEs.] 

P.  481-502.  HerzoG,  Elvinologiscbes.  —  Fr.  «  -cir  »,  prov^.  -«  (e)iir  ». 
Admet  le  ivpe  phonétique  lat.  vulg.  -i  cire,  que  j'ai  proposé,  et  en  explique 
très  ingénieusement  la  naissance  et  le  développement  en  partant  non  de  l'in- 
finitif, mais  du  présent  de  l'indicatif  :  *obscuricare  avant  eu  un  inchoatif 
*o  b  scu  ricisco  ,  la  conjugaison  inchoative  "finisco,  etc.  a  fait  créer  plus 
tard  un  infinitif  *  o  bscurici  re,  d'où  le  franc,  obscurcir.  —  Fr.prov.  k  fin  », 
/7ii/.  «//')/(%  fiiio  ».  Cherche  à  montrer  que  l'on  a  affaire  au  subst.  finis  con- 
struit d'abord  avec  le  génitif  f  i  n  i  s  honoris  équivalant  à  s  u  m  m  u  s  h  o  n  o  s  ; 
plus  ingénieux  que  convaincant.  —  Fr.  «  oaloper  »  prcn\  «  galmipar  »  ; 
itdl,  «  g(u)aîoppare  »  :  german.  wela  ou  wala  +  h  1  au  pan.  L'auteur 
ignore  que  la  même  étymologie  a  été  proposée  par  M.  Grammont,  Bull, 
tk  la  Soc.  de  liiii^uistiqnc,  n"  51,  p.  cv,  séance  du  25  août  1903.  —  Fr. 
(i  paie  »:  adj.  verbal  tiré  de  piilir,  d'après  les  couples  ronge  rougir,  verd 
verdir,  etc.  —  Fr.  «  torche  »,  prov.  «  torca  »,  ital.  «  torcia  ».  Serait  le  lat. 
torques,  qui  signifie  ordinairement  «  collier  »;  et  pour  le  prouver,  l'auteur 
accumule  les  exemples  de  mots  féminins  de  la  3e  décl.  lat.  qui  ont  passé  à 
la  première.  Je  lui  donnerais  volontiers  raison,  bien  que  beaucoup  des 
exemples  qu'il  cite  ne  prouvent  rien  dans  l'espèce.  —  Aiic.  fr.  et  prov.  «  vercii  ». 
Serait  le  lat.  vulg.  *veraius,  formé  d'après  verum  aio   «  je  dis  vrai  ». 

P.  503-512.  Nyrop,  Remarques  sur  quelques  dérivés  français.  Liste  intéres- 
sante de  dérivés  (généralement  très  modernes)  formés  soit  par  addition  soit 
par  suppression  d'une  consonne  du  mot  primitif  :  ba~arder,  de  ba~ar,  d'une 
part  ;  faubourien,  àt  faubourg,  de  l'autre. 

P.  513-532.  Grôber,  Koniaiiisches  ans  niittclalterlichen  Itinerarien.  Etude 
minutieuse  de  l'itinéraire  du  vovage  fait  à  Rome  par  l'archevêque  de  Cantor- 
béry  Sigeric  (-]-  994),  dont  le  manuscrit  est  tout  à  fait  contemporain,  com- 
paré aux  documents  analogues  postérieurs.  Les  noms  de  lieu  offrent  çà  et  là, 
sur  la  prononciation  romane,  des  indices  intéressants  que  Fauteur  commente 
savamment. 

P-  534-556-  Priebsch,  Ein  anglonormannisches  Glossar.  Publication  et 
commentaire  approfondi  de  la  moitié  d'un  Nominale  contenu  dans  le  ms 
Douce  88  de  la  Bodléienne  d'Oxford;  l'écriture  est  de  la  fin  du  xnie  siècle. 

P-  5  57" 562.  Baist,  «  Mutulus  »  «  Butina  ».  Après  avoir  relevé  la  présence 
de  ces  deux  mots,  à  peu  près  svnonymes  de  «  borne  »,  dans  la  Lex  Ripuario- 
ruui,  l'auteur  passe  en    revue  les  formes  romanes  qui  les  continuent  plus    ou 


122  COMPTES    RENDUS 

moins  directement  :  esp.  iiiojon,  catal.  iiiolbo,  Iran*;,  primitif /W;/t',  etc.  11  pro- 
met (Je  revenir  quelque  jour  sur  l'histoire  des  limites  dans  les  langues 
romanes. 

P.  563-580.  CoKXU,  Zii  Commodiiut.  Extrait  d'un  travail  sur  la  versifica- 
tion de  Commodianus  qui  est  sur  le  chantier  depuis  huit  ans. 

P.  581-586.  d'Azevedo,  Dois  Jragmeiitoi  de  luua  vida  de  S.  Nicolau  do  sec. 
XV  en  porluguès.  Proviennent  de  la  couverture  d'un  registre  de  VArchivo 
national  de  Lisbonne  ;  publication  sans  commentaire. 

P-  587-593-  WiCKHOFF,  Der  Apollon  von  Belvédère  als  Frenidlini^  hei  den 
Israelilen.  Étude  sur  une  fresque  de  Luca  Signorelli,  avec  une  planche. 

P.  594-608.  Carolin.\  Michaëlis  de  Vascon'cellos,  Zum  Sprichwôrter- 
schat~  des  Don  Juan  Manuel.  [Il  existe  dans  le  Conde  Lucanor  un  certain 
nombre  de  sentences  morales  dont  l'auteur  s'est  plu  à  faire  des  casse-têtes  en 
intervertissant  l'ordre  des  mots  (cf.  Remania,  XXIX,  601).  Il  faut  rétablir 
l'ordre  logique,  et  c'est  à  quoi  s'est  employée  très  habilement  M™*;  de  Vascon- 
cellos,  qui  a  de  plus  confirmé  ses  essais  de  restitution  en  rapprochant  certains 
passages  des  Bocados  de  010  et  d'autres  recueils  sentencieux  des  praverhios  de 
Juan  Manuel.  —  A.  MoREL-F.vno.] 

P.  609-628.  Freymond,  Eine  hisher  nicht  h'niit~te  Haudschri/t  der  Prosaro- 
mane  Joseph  von  Arimathia  iind  Merlin.  Manuscrit  de  Florence,  Riccard.  2759, 
exécuté  par  un  Italien  au  xiv*  siècle;  l'original  appartenait  probablement  à 
la  région  française  de  l'Est.  L'auteur  publie  quelques  fragments  du  manu- 
crit  et  en  détermine  les  rapports  avec  les  autres  manuscrits  connus  antérieu- 
rement. 

P.  629-640.  Jeanroy,  Un  sirventes  en  faveur  de  Rainion  VII  (12 16).  Publie, 
traduit  et  commente  le  sirventes  Si  col  flacs  niolins  torneja  de  Tomier  et 
Palazi  (Bartsch,  Grundriss,  442,  2). 

P.  641-660.  Thomas,  U évolution  phonétique  du  suffixe  «  -arius  »  en  Gaule. 
Remaniement  d'un  article  paru  en  1902  {Ronninia,  XXXI,  491-498)  :  la 
nouvelle  rédaction  (sauf  un  postscriptum  de  12  lignes)  figure  aussi  dans  les 
Nouveaux  essais  de  philoloi^ie  française,  p.    1 19-147. 

P.  661-668.  SucHiER,  Die  Heinial  des  Leodegarliedes.  S'appuyant  sur  les 
raisons  qu'il  avait  jadis  données  pour  attribuer  au  poème  sur  saint  Léger 
une  origine  wallone  (d.  Roiuania,  Vil,  629),  l'auteur  pense  que  c'est  à 
Brogne,  au  sud-est  de  Namur,  où  des  reliques  du  saint  avaient  été  solen- 
nellement portées  vers  926,  que  l'on  peut  vraisemblablement  en  localiser  la 
composition. 

P.  669-675.  BiADENE,  Nota  etiinohgica  :  u  pa:^io  »  e  aliri  dérivât i  délia 
sua  inedesima  radiée.  Le  mot  serait  un  participe  syncopé  du  verbe  pa-{:^are 
(inusité  comme  simple,  mais  contenu  dans  les  composés  inipa:^:^are,  strapa-{- 
:^are,  spaiiare),  lequel  représente  le  lat.  vulg.  *pactiare,  dérivé  de  pac" 
tum,  supin  de  pan  gère. 

P.  676-682.  Leitede  Vasconcellos,  Dois  textes portuguesesda  Idade  Media. 
Le  premier  est  un  acte  daté  (le  plus  ancien  qui  ait  encore  été  signalé)  de  l'ère 


j.-M.   BURNAM,   Glosseniata  de  Prudoilio  123 

1230  {  -  1192  de  Jésus-Christ);  le  second  est  la  confirmation  d'un  prieur 
par  son  abbé,  en  forme  de  dialogue,  daté  de  l'ère  1351  (=1  1293).  L'auteur 
accompagne  ces  deux  actes  (le  second  seul  est  inédit)  d'un  excellent  com- 
mentaire philologique. 

P.  683-714.  Friedwagner,  Runiànische  Volkslieder  ans  der  Bukcnviua. 
Textes  précédés  d'une  substantielle  introduction  et  accompagnés  de 
remarques  philologiques  et  de  rapprochements  folkloriques. 

P.  715-716,  M.\DD.\LENA,  Pcr  il  hagno  di  Ldiira.  Remarque  sur  la  fameuse 
chanson  Chiaie,  fresche  e  dolci  acqiie. 

A.  Th. 


Glossemata  de  Prudentio  edited  from  the  Paris  and  Vatican  manu- 
scripts  bv  lohn  M.  Burxam.  Cincinnati,  1905  in-8",  102  p.  (Extrait  des 
Uiiivcrsitx  Studh's  pitblisl.vd  bv  tbc  Un.  of  Cinciiniati,  nov.-dec,  1905). 

Les  gloiseniata  que  publie  M.  B.  ne  se  trouvent  que  dans  deux  mss.  rela- 
tivement récents,  Rome,  Vat.  Pal.  lat.  237  (xi<^  s.)  et  Paris,  Bibl.  Nat.  lat. 
13953  (x'^s.),  mais  l'éditeur  croit  pouvoir  fixer  la  date  de  cette  œuvre  entre 
650  et  750,  et  il  estime  que  l'auteur  était  un  Celte,  probablement  moine  à 
Corbie.  Tous  les  mots  nouveaux  ou  rares  qui  se  trouvent  dans  le  commen- 
taire ont  été  soigneusement  relevés  et  discutés  par  M.  B.,  dont  on  ne  saurait 
trop  louer  la  conscience  et  l'esprit  critique.  L'élément  latin  savant  y  prédo- 
mine, mais  on  v  trouve  aussi  quelques  mots  insolites  sur  l'origine  desquels 
on  ne  peut  faire  que  des  conjectures,  par  exemple  :  ahlenoheha,  sorte  d'in- 
secte, p.  3,  où  M.  B.  est  disposé  à  voir  une  altération  de  attelalnis;  clarnus, 
au  sens  de  disciis,  p.  22,  qui  se  trouve  aussi  chez  Papias,  fait  qui  a  échappé 
à  M.  B.,  bien  que  les  Bénédictins  l'aient  signalé  dans  leur  édition  de  Du 
Cange;  ifa,  miel  sauvage,  p.  31,  etc.  La  philologie  romane  a  peu  à  y  gagner; 
notons  cependant  deux  mentions  de  langue  rustique  :  «  vestem  orbiculatam 
quam  rustici  diutinnan^  vocant  »,  p.  49;  «  vocamus  mastrucas  renones  alio 
nomine,  quœ  rustice  crocina  vocantur,  p.  90.  Mais  sommes-nous  en  pays 
roman?  Je  crois  que  non,  car  si  je  ne  sais  rien  de  clintinna,  je  ne  doute  pas 
que fn\/Hi7  soit  l'anc.  haut  ix\\<im.  chrusina  (cf.  l'art,  cruska,  de  Du  Cange,  où 
crotina  doit  être  lu  crocina).  Mentionnons  en  outre  la  glose  :  «  sero,  id  est 
mesio  »,  p.  23.  M.  B.  a  bien  vu  que  ))i:'sio  était  apparenté  au  franc,  et  prov. 
mesgue  «  petit-lait  »,  auquel  on  attribue  une  origine  celtique  ;  mais  je  doute 
que  mesio  soit  une  simple  graphie  pour  niesgo,  comme  il  le  dit,  car  le  patois 
de  la  Corrèze  (débordant  légèrement  sur  la  Creuse)  appelle  le  petit-lait  nu'ii 


I.  Leçon  du  ms.  de  Paris  (lu  clinliniiain  par  Du   Cange);  celui  de  Rome 
a  cUnlint. 


124  COMPTES     RENDUS 

(et  lii-inè^i):  or  wi'^/ remonte  a  un  type  mêsium,  qui  a  pu  être  antérieure- 
ment mes  i  eu  m  (cf.  la  glose  latino-germanique  «  mesico  cbas^L'aner  »  dans 
Steinmeyer,  Altljochil.  Gloss.,  III,  476,  12),  mais  non  à  mèsguni,  quoi  qu'en 
pense  M.  Chabaneau.  Gnuiitii.  liiiiousiiie,  p.  555.  A.    Tu. 

Cartulaire  de  Saint-Vincent-de-Lucq,  pp.  L.  Barrau  DiHicoet 
R.  PocPARDiN.  Pau,  Garet,  19O).  In-cSf^,  52  p.  (Extr.  delà  Revue  du  Bnini 
et  du  Pa\s  Basque.) 

Les  textes  anciens  relatifs  au  Béarn  sont  si  rares  que  la  publication  de  ce 
cartulaire  (ou  plutôt  des  fragments  qui  nous  en  sont  parvenus  dans  une  copie 
du  chanoine  Candomec  qui  ne  remonte  qu'au  début  du  xviie  siècle)  doit 
être  accueillie  avec  reconnaissance.  Les  actes  sont  généralement  du  xic  ou 
du  xiie  siècle,  tous  sans  date  expresse,  sauf  un,  de  1 1 14  ;  il  y  en  a  27.  Bien  que  la 
langue  des  documents  soit  le  latin,  la  philologie  romane  peut  y  faire  quelques 
glanures.  — Charte  VI:  «  accepitpretium  .xiii.  /'/woi  et  duos boves.  »  Une  note 
informe  le  lecteur  que  hiuio  désigne  «  une  chèvre  d'un  à  deux  ans  qui  n'a  pas 
encore  porté  »  ;  suit  un  renvoi  à  G.  Azaïs.  Quand  on  veut  expliquer  un  mot 
latin  du  Béarn  par  le  patois,  ce  n'est  pas  à  Azaïs,  mais  à  Lespy  et  Raymond  qu'il 
faut  s'adresser.  Or,  dans  le  Dict.  Beartiais  de  ces  deux  derniers  auteurs,  je  ne 
trouve  /'////«'qu'avec  le  sens  de  «  génisse»  ;  j'y  trouve  aussi  hiiuat  «  taureau  '  ». 
Il  est  certain  à  mes  yeux  que  biinus  dans  le  cartulaire  de  Luc  (le  mot  revient 
dans  la  charte  XII)  veut  dire  «  taureau  d'un  à  deux  ans  »  :  il  y  a  là  matière  à 
un  article  supplémentaire  non  seulement  pour  Du  Gange,  mais  pour  Lespy  et 
Raymond,  voire  pourGodefroy,  puisque  lefém.  binie  figure  dans  un  texte  fran- 
çais méridional  que  Carpentier  a  bizarrement  mis  en  rapport  avec  l'art,  bima- 
Nis  de  Du  Gange:  "  Sur  chacune  bi me  ou  petite  vache  ^  ».  —  Charte  VII  :  au 
lieu  de  iornatas,  Wm  jonuitas  :  cf.  n°  XXVII.  —  Charte  IX  :  pièce  de  quatre 
lignes  constatant  qu'un  quidan  «  dédit  et  vendidit  pro  sua  anima  et  pro  pretio 
quem  accepit  unam  equam  unum  desnierum  et  vestivit  super  altare  S*'  Vin- 


1.  Mistral  donne  biiuo,  avec  deux  sens  :  1°  jeune  chèvre  d'un  an  à  deux, 
qui  n'a  pas  encore  mis  bas  ;  2°  génisse  en  rut,  génisse  pleine,  en  Velay, 
Gascogne  et  Béarn.  Le  sens  de  «  jeune  chèvre  »  paraît  restreint  à  la  région 
qui  est  entre  le  Rhône  et  les  Alpes  (cf.  le  Dict.  savoyiinl  de  Constantin  et 
Désormaux,art.  BËM.Xet  binma.)  Au  sens  de  «  j^énisse  »,le  mot  n'est  signalé 
par  la  carte  637  de  V Atlas  liiiifuistùjue  de  Gilliéron  et  Edniont  que  dans 
quatre  départements  :  Basses-Pyrénées,  Gers,  Lot-et-Garonne  et  Puy-de- 
Dôme.  Sa  présence  dans  les  environs  de  Clermont-Ferrand  est  constatée 
depuis  longtemps  par  F.  Mège,  Souveuirs  de  la  langue  d'Auvergne  (Paris, 
1861),  art.  Bi.ME. 

2.  Ce  texte  est  extrait  d'une  ordonnance  des  commissaires  rovaux  en  Lan- 
guedoc datée  de  Montpellier,  8  nov.  1443  ;  ordonnance  publiée  d'abord  par 
dom  Vaissete  dans  VHist.  de  Languedoc  (éd.  Privât,  X,  col.  2201),  puis  par 
l'abbé  Douais  (Aun.  du  Midi,  VIII,  422),  qui  a  eu  le  tort  de  Vire  buve  au 
lieu  de  bime. 


STEFFENS,  Dic  Liedcr  d.    Troveors  Pétrin  v.  Aiigicoiirt    125 

centii  »,  ce  que  les  éditeurs  qualifient  de  «  vente  d'une  jument  »,  sans 
s'expliquer  sur  le  sens  de  desnientm.  Il  y  a  quiproquo  :  la  jument  n'est  pas 
vendue  par  le  quidan,  mais  au  contraire  reçue  par  lui  en  échange  de  ce  qu'il 
cède  au  couvent,  à  savoir  un  dcsnier  (il  ne  faut  pas  hésiter  à  lire  desinenim  au 
lieu  dedesnieruni),  c'est-à-dire  un  homme  soumis  à  la  dîme  :  cf.  la  charte  XXV 
et  l'article  de~inari  du  glossaire  du  Recueil  de  M.  Luchaire.  —  Charte  X  :  au 
lieu  de  Aiiieritis,  lire  Aineriiis  (ci.  n°  XIV):  le  tvpe  primitif  est  Asinarius; 
la  représentation  par  /de  Vs  devant  11  est  un  fait  connu.  —  Charte  XXVI , 
quelle  est  la  céréale  mentionnée  à  côté  du  millet  et  du  froment  sous  le  nom 
de /'('/(^rtii/Hw  ?  Je  ne  le  devine   pas.  A.  Th. 


Die  Lleder  des  Troveors  Perrin  von  Angicourt  kritisch 
herausgegeben  und  eingeleitet  von  D''  G.  Steffexs.  Halle,  Niemeyer, 
I905.1n-8o,  x-364  T^agQS  {Rovianische   Bihliotek,  XVIII). 

Ce  volume  est  le  fruit  d'un  travail  considérable;  c'en  serait  un  aussi  que 
de  l'examiner  en  détail  dans  toutes  ses  parties.  Je  laisse  donc  de  côté  la  bio- 
graphie du  poète  et  les  recherclies  sur  sa  langue  et  sur  sa  versification, 
ainsi  que  celles  sur  le  rapport  des  manuscrits,  c'est-à-dire  la  moitié  du 
volume  (p.  1-182).  Je  me  borne,  de  propos  délibéré,  et  sans  prétendre 
épuiser  la  matière,  à  la  constitution  du  texte  et  aux  notes  explicatives.  Je 
ne  me  demanderai  même  pas,  au  moins  en  général,  si  le  texte  est  établi 
conformément  à  la  classification  des  mss.,  mais  s'il  offre  un  sens  satisfaisant  ; 
je  n'examinerai  pas  non  plus  les  questions  accessoires,  étymologiques  ou 
autres,  abordées  dans  les  notes  ;  je  nie  contenterai  de  signaler  et  de  discuter 
les  passages  que  je  comprends  autrement  que  l'éditeur. 

I,  V,  5-6  5e  n  est  plus]  lire  s'en  e.p. 

II,  II,  strophe  inintelligible,  que  je  suis  obligé  de  transcrire  : 

J'tii  servi  toute  ma  vie, 

Onqttes  fioi  un  bel  semblant 

Ou  un  tout  seul  coup  d'escremie 
4  Que  me  fist  en  retraiant 

De  ses  vairs  ieus  en  riant. 

L'eut  Atnors  de  moi  saisie  ? 

Lors  cuidai  avoir  amie  ; 
8  Mais  c'est  noient,  j'ai  failli.  .  . 

La  îM/'/if  lectio  est  donnée  d'une  façon  trop  peu  claire  (ainsi  au  v  5,  deux 
leçons  différentes  sont  attribuées  à  aZ)  pour  que  je  propose  une  restitution 
ferme.  Il  est  évident  que  le  v.  6  ne  peut  être  isolé  :  eut  doit  avoir  pour 
sujet  un. ..seul  coup.Jti  mettrais  un  point-virgule  à  la  fin  du  v.  2  et  lirais  (saut 
correction)  au  v.  3  fors  qti'uns  sens  cous  (leçon  appuyée  par  aZ  -\-  C  U  -\-  R)  et 
au  v.  6  0  ut,  en  supprimant  toute  ponctuation  à  la  fin  du  v.  5. 


126  COMPTES    RENDUS 

Le  sens  serait  :  «  Car  un  seul  regard,  qu'elle  nie  lança  en  se  détournant, 
rendit  Amour  maître  de  moi.  »  Il  serait  séduisant  de  lire  (v.  3)  avec  la 
famille  ,3,  fors  un,  mais  il  faudrait  en  tète  du  v.  6  un  relatif  et  il  serait  bien 
hardi  de  corriger  lent  en  cent  (:=  que  eut). 

III,  II,  5-6: 

.  .  .SiUn  sentir 
Me  Joignent  Ainors  joir... 

c'est-à-dire  qu'il  n'aspire  pas  à  la  possession  :  ce  sens  particulier  de  sentir 
n'est  pas  rare  en  anc.  franc,  (cî.  Erec,  5598)  et  se  retrouve  dans  Perrin  lui- 
même  (XXI,  V,  6  et,  avec  quelque  atténuation,  XXVII,  iv,  5).  —  III,  8  : 
en  joie  en  moi  retenir  \\e  second  en  ne  saurait  s'expliquer  :  il  n'est  du  reste  que 
dans  deux  niss.  voisins;  il  faut  lire  avec  tous  les  autres  et;  l'expression 
technique,  au  reste  bien  connue,  retenir,  était  à  relever  ;  v,  8:  niorir  a  ici  son 
sens  ordinaire  et  non  celui  de  «  tuer  »  ;  il  suffit  pour  obtenir  une  phrase 
limpide,  de  mettre  une  virgu'e  après  ^/a/i/  et  un  point  et  virgule  après  tnorir  : 
«  je  consens  à  languir  pour  vous...  et,  si  vous  le  voulez,  à  mourir.  » 

IV,  IV, 3  :  se  ç'avenoit,  que  par  raison diroie,...  M.  St.  veut  (aux  notes) effacer 
la  virgule  et  donne  une  explication  insoutenable.  Le  sens  me  paraît  être  :  «  Si 
cela  advenait,  chose  que  je  dirais  arriver  avec  raison...  « 

V,  II,  1  :  bien  se  bonist  li  cuers  et  desnature ..  .  M.  St.  veut  prendre  des- 
m//î<rf/- au  sens  intransitif  ;  il  est  bien  plus  naturel  de  sous-entendre  >v  (cf. 
VII,  VI,  4).  —  IV,  I  :  il  est  tout  naturel  de  donner  zfaiture  son  sens  ordi- 
naire et  non  celui  de  «  traits,  au  sens  psychologique  »,  que  je  n'ai  jamais 
rencontré  ;  noH/Wz//(î,  au  v.  10  ne  peut  se  traduire  par  sïisse  Kost;  le  poète 
prie  sa  dame  de  le  laisser  persister  dans  la  douce  habitude  qu'il  a  prise  de 
l'aimer  (cf.  v.  8) . 

VI,  I,  7-8  :  le  régime  de  rendans  n'est  pas  toute  ma  vie  (complément  cir- 
constanciel) mais  une  chançon.  — 11,  2  :  tant  soit  nices,  entre  deux  virgules. 
—  III,  7  ;  vengie  n'a  évidemment  pas  ici  son  sens  ordinaire;  «  elle  sera  punie 
(et  ce  sera  la  vengeance  d'Amour)  en  ce  qu'elle  sera  haïe  de  tous  les  nobles 
cœurs  »  ;il  faut  lire  en  effet,  avec  trois  groupes  de  manuscrits,  si  en  ert;  à  la 
rigueur,  ce  verbe  pourrait  avoir  pour  sujet  Amors  (du  v.  i)  et  l'on  conserve- 
rait à  vengier  son  sens  habituel. 

VII,  II,  3  ;  je  nùibati,  non  «  je  fus  pris  de  découragement  »,  mais  «je  me 
détruisis,  j'allai  à  ma  perte  ».  —  m,  5  ss.  :  le  poète  dit  que  son  cœur  est  pris 
et  qu'il  est  mis  dans  une  tour  : 

.  .  .plus  clere  et  plus  pure 
Que  n'est  li  tens  de  Pascour, 
El  cors  eïist  grant  seigneur 
S'il  fus t  en  autel pasture. 

Par  un  bizarre  quiproquo,  dont  je  ne  me  charge  pas  d'expliquer  en  détail 
les  conséquences,  M.    St.  a  vu  là   une    allusion    au  sacrement    de  ïautel,  à 


STEFFENS,  Die  Licdcr  d.   Troveors  Pétrin  v.  Angicourt    iij 

l'Hucharistie.  Le  sens  est  bien  clair  :  il  s'agit  ici  de  cette  métaphore  sur 
laquelle  M.  Van  Hamel  a  récemment  disserté  (Roniania,  XXXIII,  470),  dans 
laquelle  le  poète  feint  que  son  cœur  l'a  quitté  pour  aller  habiter  chez  sa  dame 
(dans  le  cœur  ou  le  corps  de  celle-ci,  peu  importe)',  c'est-à-dire  dans  le 
plus  agréable  des  séjours:  «  mon  corps  serait  un  grand  seigneur,  c'^st-à-dire 
honoré  autant  qu'heureux,  s'il  pouvait  partager  ce  séjour»;  pastiire  = 
proprement  «  l'endroit  où  paît  un  animal  »,  comme  dans  le  vers  coimu 
d'Adam  de  la  Halle  (Raynaud,  Motets^  II,  iii)  :  (V  esl  Bdiars  en  lapasliire^ 
—  VI,  2:  faire  de  son  paoïir  n'a  pas  de  sens  :  il  faut  corriger  hardiment 
paour  en  pioiir  (le  ms.  est  unique). 

VIII,  I,  2  :  teiis  félon  signifie  ici  «  hiver  »,  comme  chez  tous  les  lyriques  et 
Perrin  lui-même  (XI,  i,  i  :  XVII,  i,  2)  ;  il  faut  bien  se  garder  de  chercher 
là  une  allusion  à  des  événements  historiques.  —  i,  4:  je  ne  comprends  pas 
la  note  sur  novele  chanson  :  cette  expression  a  exactement  le  même  sens  qu'en 
français  moderne.  —  i,  10  :  supprimer  toute  ponctuation  entre  ces  vers  et 
le  suivant.  —  iv,  9  (]iul\  lire,  avec  la  famille  a,  cjni  ;  conquérir  est  pris  abso- 
lument. —  V,  6:  virgule  après  langue.  —  v,  lo-i  :  le  premier  des  sens 
proposés  dans  la  note  est  le  seul  possible  ;  il  est  du  reste  absolument  indiflFé- 
rent  d'écrire  hoin  ou  on.  —  vi,  1-2:  je  mettrais  la  virgule  après  chançon.  — 
2-5  :  chanson  envoie...  seras  a  la  flor  —  des  dames  a  droit  jugier.  Cet  infi- 
nitif, dit  M.  St.,  se  rapporte  à  chanson  et  a  le  sens  passif,  ce  qui  n'est  pas 
clair.  Entendez:  «  à  celle  qui  est,  si  l'on  juge  bien,  la  fleur  des  dames.  » 

IX,  I,  7  :  supprimer  toute  ponctuation  après  ce  vers.  —  m  :  deux  points 
après  le  v.  2,  pas  de  ponctuation  entre  3  et  4,  virgule  après  ce  dernier  vers. — 
V  bis,  )  :  M.  St.  fait  de  faite  (sic)  le  part,  passé  de  fiitier  ;  mais  il  faut  une 
rime  er  é  pur;  corr.  le  faite  du  ms.  (unique) en  chante. 

X,  III,  I  :  assentir,  non  «  se  figurer  »,  mais  «  s'accorder  à  cette  opinion 
que  ».  —  V,  2  :  resleecier,  simplement  «  remettre  en  joie  ».  —  v  bis,  7: 
l'euiUes]  veuillies. 

XI,  I,  7:  a]  en  (avec  O).  —  iv,  4:  servie  ne  doit  pas  être  corrigé. 
XJI,  IV,  5,  bon  est  ici  adverbe,  synonyme  de  buer. 


1.  Aux  exemples  que  j'ai  signalés  à  M.  Van  Hamel,  ajouter  celui-ci, 
particulièrement  précis  : 

Sani  cuer  stii,  deus  en  a  via  dame  ; 
San:^  cuer  sui ,  deus  en  a  od  soi. 

(Scheler,  Trouvères  belges,  II,  143.) 

Perrin  lui-même  reprend  ailleurs  cette  métaphore  (XV,  i  4).  Cf.  encore  : 
En  vo  gent  cucur  prent   son  repaire  (Chansons  du  xv^  siècle,  p.  29). 

2.  La  traduction,  au  reste  très  libre,  que  P.  Paris  a  donnée  de  ce  passage 
(Hist.  litt.,  XXIII,  666)  aurait  dû  mettre  M.  St.  sur  la  voie  du  véritable 
sens. 


128  COMPTES    RENDUS 

XIII,  V,  lo:  aucune  difficulté  :  «  je  lui  impose  ^cela]  en  pénitence  [deses 
fautes]  »,  c'est-à-dire  comme  une  stricte  obligation. 

\IV,  II,  6-7  :  ponctuation  fausse  :  point  après yo/o/V,  virgule  après  doie.  — 
V,  9  :  ilones]  doues. 

XVII,  II,  4  :  pilie\  pitc.  —  m,  2  :  effacer  virgule  après  dame. 

XVIII,  IV,  7  :  cnuie  (iiiodia)  n'existe  pas;  lire  cirvie.  —  v,  4:  plutôt  or^fc 
(F)  que  crevé. 

XIX,  II,  5  :  lûi^c  au  sens  de  «  folie  »  est  fréquent.  —  m,  7  :  vers  trop 
court.  —  VI  :  cet  envoi  a  fort  embarrassé  l'éditeur  (vov.  sa  note  générale);  il 
n'y  a  rien  à  v  changer  ;  il  faut  indiquer  seulement  que  les  trois  premiers  vers 
sont  prononcés  par  le  poète,  les  deux  autres  par  «  Bone  Amour  ».  M.  St.  a 
raison  (mais  trop  longuement)  contre  moi  {Origines,  2t  éd.  p.  54,  n.  i),  en 
pensant  que  «  Bone  Amour  »  est  une  abstraction,  et  non  un  seiibal  de  la 
dame;  j'avais  au  reste  dit:  «  peut-être  ». 

XX,  La  forme  strophique  est  mal  comprise  ;  M.  St.  est  amené  par  sa  théo- 
rie à  supposer,  dans  trois  couplets  sur  cinq,  une  lacune,  qui,  nulle  part,  ne 
nuirait  au  sens.  Le  compas  est  ab  ah  ce,  plus  un  vers  qui  rime  avec  le  refrain  : 
celui-ci  compte  tantôt  un,  tantôt  deux  vers.  —  I,  i  :  5în]corr./«/  ;  nouveliere, 
non  a  inexpérimentée  »,  qui  ferait  ici  contresens,  mais  «  inconstante»,  sens 
ordinaire  du  mot.  —  iv,  3  pUt  est  une  forme  incorrecte;  C  au  moins  a  phi 
(non  indiqué).  —  i\',  9-10  :  mss.  :  Ne  vencs  plus  ^a  (sa),  talensde  bien  faire  ; 
l'en  vous  clorroit  l'uis.  La  coquette  personnifie  et  interpelle  le  désir,  la  velléité 
de  bien  faire  et  le  chasse  loin  d'elle.  Ce  joli  refrain,  que  j'avais  pourtant  impri- 
mé correctement  (Revue  des  langues  rovuvies,  1902,  203),  mais  sans  explica- 
tion, a  eu  bien  de  la  malchance  ;  M.  St.  veut  corriger  ça  en  qua,  qui  ne 
donne  aucun  sens,  et  M.  Schultz-Gora  {Zeitsch.  f.  roui.  PW/.,  XXVII,  378) 
veut  lui  substituer  san~,  ce  qui  est  pis;  car  cette  Schlitumverhesserung  fausse 
à  la  fois  le  rythme  et  le  sens,  la  femme  inconstante  étant  mal  qualifiée  pour 
donner  des  conseils  de  morale. 

XXI,  II,  5  :  pour  vo  chapel.  M.  St.  propose  de  prendre  ces  mots  dans  un 
sens  métaphorique,  c'est-à-dire  obscène.  Nullement  :  «  En  échange  de  votre 
couronne  de  fleurs  je  vous  offre  mon  amour.  » 

XXII,  II,  )  :  virgule  après  m'asseiire;  ce  verbe  signifie  «  se  rassurer  », 
non  «  acquérir  la  certitude  ».  —  iv  :  les  v.  3-4  se  rattachent  à  ce  quiprécède, 
non  à  ce  qui  suit.  —  v,  8  :  la  correction  proposée  est  impossible  ;  il  faut  une 
rime  en  er,  non  en  -ure  ;  peut-être  sd)is  ja  remuer. 

XXIII,  V,  5-6:  la  ponctuation  fausse  le  sens;  lire  jadis,  ce  dit  ou, 
Yvains... 

XXIII»,  m,  4-6.  Et  je  versli  ni'espris  ai,  la  mercii  ïen  prierai  ;  paor  ai  que 
Jailli  n'oie.  Espris  ne  peut  être  le  part,  de  esprendre  :  il  faudrait  moi  ;  lire 
se. .  .  mespris,  sa  merci.  Au  v.  6  noie  n'a  pas  de  sens  ;  Vue  faille  r  doie  (R)  ou 
failli  n'aie  (OX);  la  rime  oi  :  ai  est  acceptable;  vov.  p.  153.  —  v  bis,  i  : 
n'a  nul  besoin  de  correction  ;  eu  est  iude,  comme  l'éditeur  l'a  soupçonné.  — 


STEFFEXS,  Die  Licderd.  Trovcors  Pevr'mv.  Angicourl        129 

7  :  gies,  qui  fausse  la  rime  et  ne  donne  aucun  sens,  doit  être  lu  (ou  corrigé 
en)  ^re's. 

XXIV,  I,  5  :  effacer  la  virgule  après  voloiitc.  —  11,  5-8  :  n'ont  pas  de  sens; 
au  lieu  de  iw  lire  roc,  leçon  de  V  (voy.  l'éd.  Noack  ;  ce  mot  a  été  mal  lu 
ici);  peut-être  :  «une  femme  mal  élevée  a  plus  tôt  donné  son  amour  qu'une 
autre  (c'est-à-dire  une  honnête  femme)  n'écoute  l'amant  le  plus  irrépro- 
chable ». 

XXV,  III,  8:  qu'an]  qu'au  ;  le  passage  est  au  reste  obscur.  —  v,  3  me 
serré  ne  peut  s'expliquer  et  l'éditeur  s'y  efforce  en  vain  ;  lire  iiieserrè. 

XXVI,  M.  St.  fait  un  rapprochement  intéressant  entre  cette  pièce  et  une 
chanson  de  Peire  Raimon  qui  en  a  fourni  l'idée  générale  et,  à  peu  de  chose 
près,  le  rythme  Les  deux  pièces  doivent  être  sur  la  même  mélodie  ;  il  eût 
valu  la  peine  de  le  rechercher.  —  i,  11,  remise  signifie  naturellement 
«  usée,  détruite  »,  et  non  «  remplacée  ».  Si  la  chandelle  est  «  remplacée», 
ce  n'est  plus  elle  qui  «  fait  le  service  ».  —  iv,  8  :  il  me  paraît  plus  naturel  de 
rattacher  creiï  à  croire  qu'à  croistre.  —  ^,7  ■  niesprison,  que  l'éditeur  semble 
rattacher  à  mesproisier,  a  son  sens  ordinaire  de  «  faute  ».  —  vi,  3  :  M.  St.  corrige 
liiigiUice  en  lii^inuice  {}),  qu'il  traduit  par  «  violence  »  ;  corr.  ligeance  (de  lige). 

XXVII,  II,  7  :  (/twtvJM.  Brandin  a  lu  dou:;^,  qui  convient  mieux.  —  iv,  5: 
daigniessie^]  Brandin:  daignissiei.  —  v,  7  :  hienvaillance]  l'éditeur  propose  de 
corriger  tn grant vaillance;  mais  c'est  précisément,  selon  M.  Brandin,  la  leçon 
du  ms.  —  V,  8  :  souvient]  M.   Brandin  a  lu  souvent,  que  le  sens  exige. 

XXVIII,  II,  5  :  celle  =  certainement  s'ele  (si  elle)  ;  M.  St.  a  eu  grand  tort 
de  rejeter  cette  idée,  qui  lui  était  venue. 

XXVIII  a,  II,  6:  /a]  il  faut  le  et  c'est  ce  que  porte  une  copie  de  M.-  St.  lui 
même  (A rchiv,  88,  322). 

XXIX,  I,  I."  contre  a.  son  sens  fréquent  (voy.  Godefroy,  II,  271  b)  de  «  au 
temps  de  >;.  —  11,  i  n'icrt  fausse  le  sens;  lire  n'icrr(M).  —  2  jolis]  Vire  faillis 
(M).  —  Il  ne  faut  pas  de  point  d'interrogation  après  8.  —  m,  3  a]  lire,  tient 
(iVf  )  et  on  aura  un  sens  excellent:  «  une  dame  de  valeur  inspire  à  son  ami 
la  courtoisie.  »  Le  v.  7  se  rattache  à  ce  qui  suit,  non  à  ce  qui  précède. 

XXX,  II,  8  :  c'est  le  sens  indiqué  en  second  lieu  qui  est  le  bon. 

XXXI,  IV,  4:  l'expression  jouir  de  son  cuer  me  paraît  aussi  claire  que 
jolie,  elle  signifie  simplement  «  goûter  de  la  joie,  être  heureux.  »  —  vi,  5  :  ne 
(/H(?f/7.  La  traduction  nicht  n'ie  (.';«(.'/•  fausse  le  sens:  il  faut  entendre  «  non 
[autrement]  que  ». 

Appendice.  —  II,  iv,  7  :  vous]  nous.  —  v,  4,  con]  corne. 
IV,  I,  4  correciê.  —  6-7  :  reporter  le  tiret  à  la  fin  du  second  vers.  —  8  dou] 
corr.  i(.  —  II.  Les  v.  3-6  sont  inintelligibles;  il  suffit,  pour  obtenir  un  sens,  de 
grouper  autrement  les   syllabes  et   de  comprendre  qu'il  s'agit  d'abst.actions 
personnifiées  : 

Li  nit'sdisaut  (lire  mesdisaus),  cant  sa  langue  desloie, 
Contre  son  col[p]  nait  {r=z  n'a)  unie  airme  garant, 

Romania,  XXXV  n 


130  COMPTES    RENDUS 

Et  Anvie  (Envie),  sa  iiieiie,  li  apraiil 
Kc  sor  A  mors  Mcsdil,  son  fil,  aiivoie... 

III,  5  apii'vieul  ne  peut  rester  ;  corr.  afieiuent  au  sens  de  «  assurances  qu'ils 
se  donnent,  cabales  qu'ils  font  entre  eux  »(?).  —  1  :  a  niant.  —  iv,  2  sou  =zsel, 
si  k,  il  ne  faut  donc  pas  corriger  en  sons  ;  c'est  une  allusion  à  un  proverbe 
connu.  — 4  les]  corr.  le.  —  7.  Luiiruenient]  corr.  langue  [(]iii]  nunt  '. 

A.   Je.\nroy. 


Table  des  nonjs  propres  de  toute  nature  compris  dans 
les  chausons  de  geste  imprimées,  par  Ernest  Langlois.  Paris, 
Bouillon,  1904.  In-8",  xx-674  pages. 

En  1899,  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  proposa  pour  le 
prix  ordinaire  de  l'Académie,  à  décerner  en  1901,  le  sujet  suivant  :«  Relever 
les  noms  propres  de  toute  nature  qui  figurent  dans  les  chansons  de 
geste  imprimées  antérieures  au  règne  de  Charles  V.  «  Le  prix  fut  décerné 
à  M.  Ernest  Langlois  (voir  Romania,  XXX,  464),  qui,  on  le  voit,  n'a  pas 
tardé  à  publier  son  travail.  Je  puis  attester  qu'avant  de  l'imprimer,  il  l'a 
revu  et  amélioré,  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu'il  ne  reste  rien  à  faire  pour 
l'amener  à  la  perfection.  Tel  qu'il  est,  cependant,  l'ouvrage  est  d'une 
incontestable  utilité.  Si,  en  général,  les  éditions  récentes  de  vieux  poèmes 
français  —  et  notamment  celles  de  la  Société  des  anciens  textes  français  — 
sont  pourvues  d'index,  les  anciennes  éditions  en  ont  rarement.  De  plus, 
alors  nVéme  que  chaque  édition  aurait  un  index,  il  serait  pourtant  commode 
d'avoir  à  sa  disposition  une  table  générale,  formant  en  quelque  sorte  le 
résumé  de  tous  les  index  particuliers.  Ajoutons  que  les  dépouilkments  de 
M.  L.  paraissent,  autant  que  j'en  ai  pu  juger  par  quelques  vérifications,  exacts 
et  complets.  A  cet  égard  il  n  y  a  qu'à  louer.  Nous  verrons  tout  à  l'heure  que 
certains  articles  auraient  pu  être  disposés  selon  une  méthode  meilleure.  Quant 
aux  textes  qu'il  s'agissait  de  dépouiller,  il  y  a  quelques  lacunes,  dont  je  ne 
veux  pas,  du  reste,  exagérer  l'importance.  M.  L.  a  compris  dans  sa  table  les 
noms  qui  figurent  dans  les  poèmes  relatifs  à  la  croisade.  Pourquoi  a  t-il 
négligé  le  plus  ancien  de  ces  poèmes,  le  fragment,  que  j'ai  publié  en  1884,  de 
la  chanson  provençale  d'Antioche?  Est-ce  à  cause  de  la  langue?  Mais  il  a 
bien  dépouillé  Giiait  de  Roiissil Ion  (d'après  ma  traduction).  Et  le  poème  sur  la 


I.  Voici  quelques  additions  concernant  la  bibliographie  Une  partie  c'a 
no  V  est  reproduite  dans  les  Fac-siniili  de  M.  Monaci,  fol.  16.  La  première 
strophe  de  cette  chanson  est  citée  dans  le  Conte  du  Cheval  defust  (Zeitsch.  f. 
roui.  Ph.  X,  462).  —  Les  nos  XII,  XIV,  XXIV  ont  été  imprimés  par  Noack, 
Der  Strophenausgang,  etc.,  p.  12-14,  24.  —  Le  premier  couplet  du  no  XXVI 
l'avait  été  (d'après  O)  dans  Hist.  lilt.,  XXIII,  823. 


E  LANGLOis,    Tûhle  ries  noms  propres  131 

première  croisade,  dont  j'ai  don  ne  de  longs  extraits  dans  le  t.  Vdela  Roiiiiinia'} 
Sans  doute  il  est  inédit,  mais  les  extraits  publiés  pouvaient  être  dépouillés. 
Pourquoi  aussi  avoir  laissé  de  côté  Matirin,  et  DaitreJ  et  Betoii,  qui  sont  assu- 
rément des  chansons  de  geste?  J'irai  plus  loin  et  je  dirai  que,  à  la  place 
de  M.  L  ,  je  n'aurais  pas  hésité  à  faire  entrer  dans  cette  table  les  noms 
contenus  dans  le  Caiiuen  de  proditioiie  Guauelonis,  dans  le  Fragment  de  La 
Haye,  dans  le  Pseudo-Philomena.  Sans  doute  le  programme  du  prix  proposé 
ne  l'exigeait  pas  expressément;  mais  ce  programme  était  un  peu  bref,  et  il 
fallait  l'interpréter  largement.  —  Pour  le  fragment  du  poème  en  alexandrins 
sur  la  Reine  Sébile,  découvert  et  publié  par  le  baron  de  Reiffenberg,  M.  L. 
a  fait  usage  de  la  réimpression,  améliorée  par  places,  jointe  par  Guessard  à 
son  édition  de  Miicaire,  mais  il  n'a  pas  connu  la  nouvelle  édition  de  ces  frag- 
ments par  Aug.  Scheler^  Or  cette  édition,  outre  qu'elle  présente  un  texte 
amélioré  par  la  collation  du  manuscrit,  contient  76  vers  de  plus  que  celle  de 
Reiffenberg.  Ti  istaii  Je  Xaiileuil  est  inédit  et  ne  sera  sans  doute  pas  publié  de 
si  tôt,  mais  à  peu  près  tous  les  personnages  du  poème,  sont  mentionnés  dans 
les  longs  fragments  que  j'en  ai  publiés  en  1868'.  De  plus,  j'ai  pris  la  peine 
d'en  dresser  la  liste  au  commencement  de  mon  mémoire.  Ces  noms  pouvaient 
donc  prendre  place  dans  la  Table  générale  qu'ils  n'eussent  pas  sensiblement 
allongée.  Je  regrette  aussi  que  M.  L.  n'ait  pas  compris  dans  ses  dépouillements 
les  poèmes  sur  Alexandre  le  Grand,  ou  du  moins  le  principal,  celui  dont  les 
différentes  branches  ont  pour  auteurs  Lambert  le  Tort,  Alexandre  de  Bernai, 
Pierre  de  SaintCloud.  C'est  une  véritable  chanson  de  geste. 

L'une  des  principales  ditîîcultés  du  travail  entrepris  par  M.  L.  consistait 
dans  la  distinction  de  personnages  ayant  le  même  nom  et  le  même  surnom, 
mais  n'étant  pas  identiques.  Ce  cas  n'est  pas  rare,  tout  comme  il  peut  arriver 
que  des  personnages  avant  des  surnoms  différents  soient  identiques.  On 
ne  peut  assurément  exiger  que  l'auteur  d'une  table  générale  donne  la  solu- 
tion de  tous  ces  problèmes,  et  l'on  doit  savoir  gré  à  M.  L.  d'avoir,  en  cer- 
tains cas,  renvoyé  à  des  ouvrages  où  l'on  trouve  la  solution  désirée.  Mais  il 
aurait  pu  le  faire  plus  souvent.  Notamment  pour  les  personnages  historiques 
qui  figurent  dans ies  poèmes  sur  la  croisade,  des  identifications  précises  auraient 
pu  être  faites  en  beaucoup  de  cas  par  la  comparaison  avec  les  textes  latins, 
particulièrement  avec  Albert  d'Aix.  Voici,  à  ce  propos,  quelques  remarques 
de  détail,  l.a  Cannlerie  est  bien  «  un  château  non  loin  d'Antioche  », 
mais  il  eut  été  bon  de  dire  que  cette  forme  était  corrompue  et  qu'il 
fallait  lire  La  Taïuehric  ou  Taleniaiie  (cf.  Albert  d'Aix,  ///.</.  occ,  IV, 
4^1,  note  a).  Rairiicl  est  en  Arménie  et  non  en  Asie  mineure.  Rohais 
(Edesse)  n'est  pas  non  plus  en  Asie  mineure.  Bauduin  de  Mont  ou  de  Mons, 


1.  Cf.  un  autre  morceau  du  même  poème,  VI,  489. 

2.  Bulletin  de  l' Académie  royale  de  Belgique,  2<^  série,  t.  XXXIX  (avril  1875). 

3.  Jabrb.J.  roui.  u.  engl.  Literalur,  IX,  142,  355-398. 


t}i  COMPTES    RENDUS 

qualifie  de  «chevalier  croise»,  doitctrc  Baudouin  comte  de  Hainau.  Casses  de 
Beers  est  le  «  Gastus  de  Beders  »  d'Albert  d'Aix,  «  Gasto  de  Bearn  »  selon 
d'autres  (H/5/,  occ,  III,  516,  n.  y).  Halloic,  Hallilie,  etc.,  a  été  identifié,  voir 
Hoiiniiu'ii,  XVIII,  39.  —  Moiilchtvrel  n'est  pas  «près  de  Rome  »,  c'est  Mon- 
crivello,  entre  Ivrée  et  Verceil  (Réf.  des  1.  rom.,  4<^  série,  VII,  255-6,  n.  6). 
On  pourrait  citer  d'autres  cas  du  même  genre,  mais  j'insiste  d'autant  moins 
que  des  observations  analogues  ont  déjà  été  présentées  dans  un  des  comptes 
rendus  qu'a  suscités  le  livre'.  D'ailleurs  on  conçoit  que  de  telles  erreurs 
sont  inévitables  dans  une  table  aussi  étendue. 

M.  L.  s'est  tenu  en  garde  contre  les  fautes  de  lecture  qui  abondent  dans  les 
anciennes  éditions.  Voici  cependant  un  cas  où  sa  sagacité  a  été  en  défaut.  De 
l'art.  Otiviaus  il  nous  renvoie  à  l'article  Olivier  i,  où  se  trouve  une  citation 
de  Baudouin  de  Seboiirg,  II,  552,  ave;  cette  observation  :  «  texte  Otiviaus  ». 
Or  voici  le  vers  tel  qu'il  se  lit  dans  l'édition  :  Aius  puis  cpCOtiviaus  fisl  le 
champ  contre  Rollaut.  Cet  Otiviaus  n'est  nullement  à  confondre  avec  Olivier  : 
c'est  Oliiiel  (donc  lire  Otiuiaus),  qui,  dans  le  poème  de  ce  nom,  combat  en 
effet  contre  Rolant  (édition  Guessard  et  Michelant,  pp.  10  et  suiv  ).  Il  fallait 
donc  placer  cette  citation  à  l'art.  Otinel  i  . 

Il  est  bien  certain  qu'une  table  de  cette  nature  ne  peut  être  que  provi- 
soire. Comme  le  titre  l'annonce,  M.  L.  n'a  pas  dépouillé  les  chansons  de 
geste  inédites,  et,  parmi  les  éditions  dont  il  a  dû,  faute  de  mieux,  se  conten- 
ter, beaucoup  sont  très  défectueuses  et  donnent,  pour  les  noms  de  personnes 
ou  de  lieux,  bien  des  formes  erronées.  Chaque  édition  nouvelle  apporte 
son  contingent  d'additions  et  de  rectifications.  On  peut  donc  croire  que 
dans  quelques  années  l'ouvrage  de  M.  L.  devra  être  réimprimé.  Je  voudrais 
qu'à  cette  occasion  l'auteur  prît  la  peine  de  refondre  un  certain  nombre 
d'articles,  surtout  les  plus  longs,  qui  sont  vraiment  bien  incommodes  à 
consulter.  L'auteur  devrait  adopter  un  ordre  immuable  pour  le  classement 
des  chansons  de  geste  qu'il  cite,  et  l'indiquer  en  un  tableau  auquel  on  pour- 
rait recourir  pour  chaque  recherche  :  dans  des  articles  (Charletuagne,  Espaone, 
France  etc.)  qui  ont  souvent  plusieurs  pages  on  perd  un  temps  infini  à  recher- 
cher la  place  de  chaque  chanson  de  geste.  Je  n'ai  pas  réussi  à  trouver  le 
principe  du  classement,  qui  varie  pour  chaque  article.  D'autre  part,  le  dépouil- 
lement est  purement  mécanique,  il  s'applique  non  pas  aux  personnages, 
mais  strictement  aux  noms  par  lesquels  ils  sont  désignés.  Ainsi,  à  l'art. 
Charhviagnc,  je  vois  que  ce  nom  figure  dan^  A\e  d'Avignon  aux  pages  i, 
2,  19,  22,  25,  35,  36,  42-5,  52,  53,  125.  Est-ce  à  croire  que  l'Empereur  ne 
figure  qu'à  ces  pages?  Non,  car  il  est  le  plus  souvent  appelé  Charles  ou 
Karles.  Je  me  reporte  à  la  seconde  partie  de  l'article,  celle  qui  est  consacrée 
au  nom  Charles,  et  je  vois  dans  Aye  d'Avignon  ct^ue  simple  mention  c  2  etc.  ». 
M.  L.  a  reculé  devant  le  dépouillement.   Il  a  bien  fait  ;  il  eût    fallu  plus  de 

i.  Voir  Zeitschr.  f.fran-.  Spr.  u.  Litcr.,  XXVII,  Réf.  u.  Recen-.,  p.  13. 


THOMAS  DU  MAREST,  Livre  des  comptes  p.p.  le   cacheux   133 

cinquante  renvois,  et  les  longues  séries  de  chiflFres  ne  servent  à  rien  :  il  est 
plus  simple  de  lire  l'ouvrage.  Je  crois  qu'il  aurait  mieux  valu  fondre  en  une 
seule  série  Chtrlemacrne  et  Charles,  et,  à  propos  d'Aye  d'Avignon,  dire  que  le 
jjersonnage  figure  dans  ce  poème  presque  à  chaque  page  sous  l'un  ou  l'autre 
de  ces  noms,  ou  sous  les  désignations  de  roi  ou  d'empereur,  et  on  se  serait 
dispensé  de  tout  renvoi.  La  même  remarque  pourrait  être  faite  au  sujet  de 
bien  d'autres  poèmes.  Il  est  inutile  de  faire  des  dépouillements  pour  des  per- 
sonnages qui  sont  presque  constamment  en  scène.  Robaslre  ne  paraît  que 
dans  la  fin  de  Doon  ie  Mayence  et  dans  Gaiifrey.  Mais  dans  ce  dernier  poème 
il  est  l'un  des  principaux  personnages.  A  quoi  bon  cinq  lignes  de  renvois? 
Une  ou  deux  auraient  suffi  avec  un  etc.  M.  L.  a  souvent  employé  ce  procédé 
et  personne  ne  l'en  blâmera.  Quant  aux  axùcXqs  Jésus  et  Marie,  je  les  suppri- 
merais entièrement.  Ils  ne  peuvent  évidemment  servir  à  rien.  M.  L.  aurait 
pu  aussi  bien  faire  un  art.  Dieu  :  il  s'en  est  sagement  abstenu. 

Telle  qu'elle  est,  et  bien  que  sur  quelques  points  de  méthode,  je  ne  sois 
pas  d'accord  avec  l'auteur,  cette  table  est  une  oeuvre  de  patience  qui  est  à 
la  fois  très  méritoire  et  très  utile. 

P.  M. 


Le  livre  des  Comptes  de  Thomas  du  Marest,  curé  de  Saint-Nicolas 
de  Coutances  (1397-143  3),  publié  par  Paul  Le  Cacheux,  suivi  de  pièces  du 
xve  siècle  relatives  au  diocèse  et  aux  évêques  de  Coutances,  publiées  par 
Ch.  de  BeauRepaire.  Rouen,  Lestringant  ;  Paris,  A.  Picard  et  fils,  1905. 
In-80,  XL-265  pages  (publication  de  la  Société  de  l'histoire  de  Normandie)'. 

Thoujas  du  Marest  naquit  en  1367,  à  Carentan.  Pourvu  en  1397  du 
bénéfice  de  Saint-Nicolas,  de  Coutances,  il  se  rendit  à  l'Université  de  Paris 
où  il  resta  six  ans  sans  toutefois  obtenir  aucun  grade.  Revenu  à  Coutances,  il 
s'occupa  avec  zèle  de  la  réparation  de  son  église,  qui  se  trouvait  en  un  tel 
état  de  délabrement  qu'elle  ne  pouvait  servir  au  culte.  Son  livre  de  comptes  — 
qui  est  proprement  ce  qu'on  a  appelé  plus  tard  un  livre  de  raisons  —  contient 
en  assez  mauvais  ordre  la  liste  des  dons  qu'il  reçut  et  le  détail  des  dépenses 
faites  en  vue  de  lareconstruction,  le  tout  entremêlé  de  notes  autobiographiques 
qui  ont  permis  à  l'éditeur  de  retracer  la  vie  du  personnage.  Ce  livre  méri- 
tait en  soi  d'être  imprimé  ;  la  publication  en  était  d'autant  plus  désirable  que 
loriginal  appartient  à  un  particulier,  et  par  conséquent  n'est  pas  à  la  portée 
de  tous  ceux  qui  auraient  intérêt  à  le  connaître.  Les  comptes  de  Thomas  du 
Marest  sont  le  plus  souvent  en  français,  quelquefois  en  latin  avec  emploi 
de  mots  français  pour  les  termes  techniques.  C'est  naturellement  en  raison 
de  l'intérêt  linguistique  de  la  partie  française  que  cette  publication  est  annoncée 


I.  Le  présent  compte  rendu  ne  s'applique  qu'au  Jivrc  de  Comptes,   qui   se 
termine  à  la  p.  163. 


134  COMPTES    RENDUS 

ici.  Il  s"v  trouve  en  effet  —  indépendamment  de  termes  de  construction, 
quiont  été  généralement  bien  expliqués  dans  les  notes  —  quelques  particularités 
linguistiques  qu'il  n'eût  pas  été  inutile  de  relever  dans  la  préface.  Thomas 
du  Marest  écrit  à  peu  près  en  français  central  ;  c'était  l'usage  de  son  temps  en 
Normandie,  et  on  a  vu  qu"il  avait  passé  six  ans  à  Paris.  Mais  bien  souvent  les 
formes  de  la  phonétique  locale  se  présentent  sous  sa  plume.  Ainsi  il  écrira 
avhhlle  5  5 ,  canvre  44,  aipi  tir  71,  carectcs  48,  cariage  57,  carier  46, 5  7,  car  leur  78  , 
carpeiitier  ■^(), 40, cartier{c\\2irrc:\(^x')46,casuble  89,  coulx  (chaux) 5  5, 86-7,  quesve 
(chêne)  22,39,  40,  qiieville  61,  clo:jiies,'j();  et,  d'autre  part,  achuta  25,  chanvre 
55,  chaest  (part,  p.)  58,  chayrcnt  5 1,  ch.iricr  44,  chevrons  27.  Les  finales  en  -ie 
se  réduisent  à  /;  inarchi  (marché)  58,  les  part.  p.  masc.  empechi  89,  enchargi 
29,  viihU  25.  Citons  encore  les  inf.  aver  42,  voyer  (voir)' 58.  Notons  que 
hosc,  un  bois,  59,  est  distingué  de  bois  signifiant  le  bois,  charpente'.  L'édition 
est  faite  avec  soin  :  elle  reproduit  très  exactement  l'original,  autant  qu'on  en 
peut  juger  sans  avoir  vu  le  manuscrit,  ce  qui  est  l'essentiel;  çà  et  là  quelques 
fautes  d'interprétation.  Ainsi,  p.  41  :  «  Autres  mises...  coniineiichies  n,  il  faut 
coinnienchies,au  fém. — -P.  64,  il  faut  écriracbevauche,  envoyé  âu  prétérit,  i^^pers. 
du  sing.,  et  non  chevauche,  envoyé.  —  P.  1 30  les  mots  «  quesne  gallice  «  devraient 
être  entre  deux  virgules.  P.  145  (cf.  p.  xij),  «  Item  do...librum  meum  calho- 
//Vi'»...  »  L'éditeur  n'a  pas  compris  qu'il  s'agissait  du  dictionnaire  bien  connu  de 
Jean  de  Gênes  qui  fut  impinné  plusieurs  fois  à  la  Renaissance  (cf.  Hist.  litt.  de  la 
F/-.,  XXII,  13-5,  cf.  33). — -Thomasdu  Marest  n'était  pas  dépourvu  de  littéra- 
ture. Il  aime  à  faire  des  citations:  p.  91,  il  transcrit  des  vers  latins  sur 
Paris  dont  je  ne  saurais  indiquer  la  source  : 

Parisienses  sunt   sicut  enscs  seniper  acuti 
Prelia  iioscunt,  oninia  poscunt,  sunt  bene  tuti... 

On  doit  regretter,  disons-le  en  passant,  que  l'éditeur  n'ait  pas  corrigé  les 
nombreuses  fautes  que  présentent  ces  transcriptions. 

i^illeurs(p.  156)  l'écrivain  cite,  sans  doute  de  mémoire,  en  tout  cas  très 
inexactement,  quelques  vers  de  la  pièce  J'ai  un  cuer  trop  lait,  qui  a  été  si 
souvent  copiée  et  que  plusieurs  manuscrits  attribuent  à  un  certain  Thibaut 
d'Amiens,  lequel,  jusqu'à  présent,  n'a  pas  été  identifié  avec  certitude^. 

Il  peut  être  intéressant  dénoter  que  dans  un  acte  de  14 17  analysé  par  notre 
Thomas  figure  (p.  83)  un  Olivier  Basselin.  sergent  de  la  vicomte  de 
Mortain.  Cette  qualific.ition  exclut  toute  identification  avec  l'auteur  plus 
célèbre  que  connu  des  vaux-de-vire,  mais  le  sergent  en  question  était 
probablement  de  la  même  famille.  Le  seul  reproche  d'une  certaine  gravité 
qu'on  puisse  adres.ser  à  cette  publication  est  qu'il  n'y  a  ni  glossaire  ni  table. 

P.  M. 


1.  Il  faudr.iit   donc  considérer  /'tni;  et /v/.v  comme  deux  mots  distincts,  ce 
que  n'a  pas  fait  Godefrov*,  Cowpl.  Bois. 

2.  Voir  Bulletin  de  la  Soc.  des  anciens  textes  français,  1901,  p.  73. 


CARXAHAN,  ProIoguc  iti  tbe  oJd  french  Mystery         135 

The  Prologue  in  the  Old  French  and  Provençal  Mys- 
tery, by  David  HobartCARMAHAX.—  Ncwhaven.  TheTuttle,  Morehouse 
and  Taylor  Company,  1905.  In-80,  200  p.  (Thèse  de  l'Université  de  Yale). 

Des  deux  parties  —  versification,  analyse  des  prologues  — ,  la  première 
seule  a  été  présentée  comme  thèse  à  l'Université  de  Yale.  On  y  trouvera, 
touchant  un  certain  nombre  de  mystères  (78  français,  9  provençaux, 
quelques  bretons),  des  listes  et  catalogues  des  différents  mètres  employés, 
des  cas  d'élision,  d'hiatus,  de  svnérèse  ou  de  diérèse,  des  rimes  masculines  et 
féminines,  plates  ou  mêlées,  identiques  ou  équivoques,  des  constructions  de 
strophes,  des  rimes  à  cheval  sur  deux  couplets  ou  sur  le  prologue  et  le  mvstère 
lui-même;  dans  la  seconde  partie,  des  passages,  découpés  de  prologues, 
rangés  sous  les  rubriques:  sermons;  proverbes  et  comparaisons  ;  mention  des 
sources;  érudition;  intentions  et  apologie  des  auteurs;  invitations  au  silence; 
analyse  des  mystères  ;  présentation  des  acteurs  ;  indications  de  mise  en  scène, 
par  qui  le  prologue  est  dit  ;  à  qui  il  s'adresse;  les  prologues  doubles  et  les 
formes  irrégulières  (diableries,  discours  du  fou).  Les  appendices  donnent 
(p.  II 7- 190),  juxtaposées  sous  les  mêmes  rubriques,  des  citations  de  prologue 
qui  n'ont  pas  trouvé  place  dans  le  corps  de  la  thèse.  Ils  seront  utiles 
parce  qu'on  peut  y  picorer  des  exemples,  et  le  seraient  davantage  avec  des 
références  précises  aux  manuscrits  et  aux  éditions:  M.  Carnahan  ne  donne 
ni  le  folio  ou  la  page,  ni  le  chiffre  du  vers,  et  il  renumérote  tous  ses  extraits. 
Une  table  des  mystères  assez  sommaire  et  une  bibliographie  terminent  le 
volume.  L'auteur  promet  de  publier  dès  cette  année  des  prologues  inédits  ou 
cachés  dms  des  éditions  rares  de  la  Bibliothèque  nationale,  et  de  poursuivre 
ensuite  ses  recherches  sur  les  épilogues. 

M.  C,  n'ayant  pas  comparé  le  prologue  au  corps  du  mystère,  ne  nous  dit 
pas  s'il  a  des  caractères  particuliers,  tranchés,  ni  quels  ils  sont  ;  les  exemples 
cités  mis  décote,  le  résidu  d'observations  et  de  conclusions  est  bien  mince, 
de  volume  et  de  poids,  et  pourrait  être  encore  réduit.  P.  28,  liste  de  vers  ne 
rimant  pas  :  messagers,  héritages  ;  la  mesure  du  vers  à  elle  seule  exige  la 
correction  tn  messages  ;  inoy,  résurrection,  venant  après  exposicion,  passion,  avant 
toy,  croy,  ne  sont  pas  sans  rime  :  le  tout  est  un  sixain  du  type  aababb;  p.  29, 
«  Pour  les  péchiés  du  premier  jour  De  Adam  que  mangat  h  pome  »,  Jour 
est  visiblement  une  mauvaise  lecture  de  home  ;  même  page,  valoir-religieux, 
ce  dernier  mot  est  impossible  pour  la  mesure  du  vers,  il  faudrait  un  dissyl- 
labe comme /'mz'c'/V(é').  —  Le  chapitre  sur  l'orthographe  et  la  prononciation 
d'après  l'examen  des  rimes  laisse  beaucoup  à  désirer:  on  ne  peut  pas  voir 
des  phénomènes  de  phonétique  dans  les  moindres  divergences  de  graphie 
(p.  45  «  âge  pronounced  aige  »);  p.  50  apostre-  dcuionstre,  rangés  parmi  les 
assonances;  il  eût  fallu  peut-être  lire  demoustre;  même  page  charge  et  vierge 
(chez  Jean  Michel)  donnés  comme  «  rimes  imparfaites  n  ;  l'auteur  se  contente 
d'entrevoir  en  tout    cela    «  the  possibility   of    dialectic    forms  »   (p.    50). 


'36  COMPTES    RENDUS 

P.  72,  «  iid  ce  que  »  noté  comme  mot  latin  inséré  dans  le  français  au 
même  titre  que  item,  illec,  etc.  La  typographie  est  agréable  à  l'œil,  mais 
l'emploi  des  accents  est  bien  capricieux. 

Henri   Chatelaik. 


Der  Huge  Scheppel  der  Gràfln  Elisabeth  von  Nassau. 

Saarbrùcken.  nach  der  Handschrift  der  Hamburger  Stadtbibliothek, 
mil  einer  Einleitung  von  Hermann  Urtel.  Hamburg,  Lucas  Gràfe,  1905. 
In-folio,  25  pages  -f-  57  feuillets,  et  table  non  paginée  de  5  pages — , 
6  pi.  en  couleurs,  hors  texte  ou  fac-similés. 

Le  roman  en  vers  français  du  xive  siècle  dont  Hugues  Capet  est  le  héros 
fantaisiste,  traduit  en  allemand  au  xve  siècle  par  la  comtesse  Elisabeth  de 
Nassau-SaarbrùcT<,  a  joui  dans  les  pays  germaniques  d'une  vogue  assez 
surprenante  mais  indéniable,  étant  attestée  par  au  moins  dix  éditions  qui 
s'échelonnent  de  l'année  1500  à  1794.  En  examinant  un  manuscrit  de  la  tra- 
duction allemande  conservé  sous  le  n"  12  à  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Ham- 
bourg, le  distingué  bibliothécaire  à  qui  est  due  la  belle  publication  que  nous 
annonçons  a  pu  établir  que  ce  manuscrit  avait  été  exécuté  pour  Jean  III  de 
Nassau-Saarbrùck,  le  propre  fils  de  la  comtesse  Elisabeth,  et  que  sa  date  se 
place  entre  1455  et  1472.  Il  v  a  donc  les  meilleures  raisons  de  croire  que  ce 
manuscrit  (dont  l'éditeur  nous  donne  une  reproduction  soignée  en  gothique 
allemande)  est  sensiblement  plus  proche  de  l'œuvre  de  la  comtesse  que  les 
éditions  du  xvi';  siècle,  et  c'est  ce  qu'une  comparaison  des  deux  textes  met 
hors  de  doute.  On  sait  d'autre  part  que  la  comtesse  Elisabeth  s'est  appuyée 
sur  une  version  française  qui  diffère  de  celle  que  présente  le  texte  édité  par 
le  M>s  de  la  Grange.  Le  manuscrit  de  son  fils  permet  de  corriger  certaines 
leçons  de  cette  dernière  édition. 

M.  Robert  Schmidt  a  joint  à  l'introduction  de  M.  Urtel  une  intéressante 
étude  sur  les  miniatures  du  ms.  de  Hiige  Scheppel,  et  de  deux  autres  mss. 
renfermant  Lober  nnd  Mallart  et  Herpiii,  lesquels  sont  certainement  du 
même  enlumineur.  Il  arrive  à  la  conclusion  que  ces  miniatures  sont  copiées 
sur  les  manuscrits  français  d'après  lesquels  la  comtesse  Elisabeth  a  exécuté 
ses  traductions.  La  patrie  de  l'enlumineur  (ou  de  l'association  d'enlumineurs) 
français  pourrait  bien  être  Amiens,  et  la  date  de  l'exécution  se  placerait  vers 
1420-1430. 

Ce  splendide  volume  forme  le  premier  fascicule  des  VerôffentUchiingen 
ans  der  Hainlnirger  Stadtbibliothek  et  a  été  imprimé  aux  frais  de  la  municipa- 
lité hambourgeoise,  que  l'on  ne  saurait  trop  féliciter  de  son  zèle  éclairé. 

Ferdinand  Lot. 


PÉRIODIQUES 


ZeITSCHRIFT  FUR  ROMAMSCHF,  PHILOLOGIE,  XXIX,  ^  —  P.  2)7,  O.  Dit- 
trich,  Ueher  Wort:;usavn7ieiiset\iiiii^,  aiif  Gruiid  der  ueufrdn:^ps'nchi'u  Sprache 
(suite).  —  P.  293,  L.  Poulet,  Marie  de  Fiance  elles  Liis  bretons  (suite  et  fin). 
[Dans  la  première  partie  de  son  étude,  M.  F.  montrait  que  les  auteurs  des 
lais  anonvmes  n'ont  connu  les  «  lais  bretons  >■•  que  par  Marie  dé  France;  ici, 
il  soutient  que  Marie  de  France,  à  son  tour,  ne  les  connaissait  que  par  ouï- 
dire,  ('  qu'elle  n'a  jamais  été  en  contact  avec  les  originaux  celtiques  »  ;  qu'il 
faut  reculer  dans  un  passé  lointain  et  presque  mythique  les  anciens  «  musi- 
ciens »  et  surtout  les  anciens  «  conteurs  »  bretons.  «  Marie  n'était  pas  plus 
renseignée  à  leur  égard  que  nous  ne  le  sommes  »,  ce  qui  revient  à  dire, 
puisque  nous  ne  les  connaissons  que  par  son  témoignage,  qu'elle  ne  savait  rien 
d'eux.  M.  F.  arrive  à  ces  conclusions  à  la  suite  de  discussions  parfois  obscures 
(vov.  les  pages  306-7),  très  souvent  ingénieuses  et  fortes,  mais  toujours  si 
complexes,  si  nuancées,  si  subtiles  aussi,  qu'on  ne  saurait,  sans  trahir  sa  pen- 
sée, les  résumer  en  quelques  lignes.  Je  me  bornerai  donc  à  dire  qu'on  peut 
en  contester  le  point  de  départ  même  :  tandis  qu'on  avait  jusqu'ici  bonne- 
ment accepté,  au  même  litre  et  sur  un  même  plan,  tous  les  renseignements 
que  Marie  nous  donne  sur  ses  sources,  M.  F.  estime  qu'il  en  faut  distinguer 
de  plus  anciens  et  de  plus  récents  :  le  sens  que  Marie  attachait  au  mot  lai 
aurait  évolué  au  cours  de  son  travail;  M.  F.  décrit  l'histoire  de  ces  variations 
et  tire  de  là  par  la  suite  maintes  conséquences.  Par  malheur,  nous  ignorons 
tout  à  fait  si  Marie  a  employé  à  la  composition  de  ses  poèmes  plusieurs  années 
ou  quelques  mois  seulement,  en  quel  ordre  elle  les  a  composés,  si  le  lai  de 
Gui(;eiuar,  par  exemple,  bien  qu'elle  ait  visiblement  tenu  à  le  mettre  en  tête 
de  son  recueil,  n'est  pas  néanmoins  le  plus  récent  de  tous,  si  elle  n'a  pas  revisé 
et  remanié  d'ensemble  les  introductions  et  les  épilogues  de  ses  contes  lorsqu'elle 
les  a  rassemblés  pour  en  faire  une  collection,  etc.  Nous  vovons  bien  qu'elle 
a  écrit  en  dernier  lieu  le  Prologue  de  son  ouvrage,  mais  c'est  tout.  M.  Foulet 
rencontrera  sans  doute  plus  d'un  contradicteur ,  mais  ses  adversaires  apprécie- 
ront chez  lui  une  rare  faculté  d'analyse  et  de  combinaison,  et  ce  travail  ori- 
ginal et  hardi  leur  révélera  qu'on  doit  beaucoup  attendre  de  son  auteur.  — 
J.  Bédier.]  — P.  323,  H.  Schuchardt,  Lut.  «  galla  ».  A  propos  du  portug. 
galelo,  M.  Sch.  étudie  la  famille  du  lat.  g  al  la,  «  noix  de  galle  »,  et  en  parti- 
culier l'espagnol  galilh  ;  le  franc,  gattge  et  les  formes  apparentées  ;  l'ital. 
galla,  noce  di  galla,  auquel  il  rattache  le  franc,  noix  de  galle;    les  formules 


138  PÉRIODiaUES 

italiennes  telles  que  leggiero  corne  uiia  galla,  aiuiaie  a  galla  «  venir  à  la  sur- 
face »,  d'où  gallare,  galleggiare,  sources  du  {r.galer,  galoier,  etc. 

Mélanges.  P.  333,  A.  L.  Stiefel,  Zu  Lope  de  Veç;as  «  El  hoiiraJo  heniuvio  ». 
Une  scène  curieuse  de  cette  comédie  nous  montre  Horace  envoyé  en  ambas- 
sade à  Albe  et  ne  trouvant  pas  place  pour  s'asseoir  devant  les  sénateurs  albàins 
qui  ont  concerté  cet  affront  :  il  plie  alors  son  manteau,  le  pose  à  terre  et  s'as- 
sied dessus,  puis,  son  ambassade  terminée,  se  retire  tn  abandonant  son  man- 
teau, car,  dit-il,  «  No  ine  iiiostiniibro  llevar  \  La  silla  en  que  me  iiseutè  ».  L'in- 
vention n'appartient  pas  en  propre  à  Lope  de  Vega  :  l'anecdote  se  retrouve, 
avec  pour  héros  un  ambassadeur  vénitien  à  la  cour  du  grand  Turc,  dans  Juan 
de  Timoneda,  et  des  variantes  se  rencontrent  ailleurs  encore'.  —  P.  336, 
Schultz-Gora,  Eiiie  Gedkhtslelle  hei  Rainion  von  Miraval  (Gr.  406,  j).  Cor- 
rection, appuvée  sur  un  passage  de  Peire  Espanhol,  des  vers  où  il  est  fait  allu- 
sion à  la  façon  dont  la  huppe  lait  éclore  ses  œufs,  ou  plutôt  son  œuf  unique. 

—  P.  337,  Schultz-Gora,  «  Augen  des  Herie?is  »  ini  Proa.'en\alischen  utid  AU- 
frtvuiosischen.  Exemples  provençaux  et  français  anciens  de  l'expression  «  ieus 
del  citer  »,  appuyés  d'exemples  français  modernes  et  italiens  ^our  yeux  de  Tes- 
prit,  de  la  pensée,  etc.  —  P.  340,  H.  Schuchardt,  Ital.  k  pisciare  >^,fr.  «pis- 
ser ».  Il  y  a  bien  à  l'origine  de  ces  verbes  une  onomatopée,  ps  servant,  très 
généralement,  à  noter  le  bruit  d'un  liquide  qui  coule,  ou  qu'on  fait  couler, 
ou  qu'on  veut  faire  couler.  Les  formes  du  tvpe  «  pisser»  se  rencontrent,  avec 
le  même  sens,  chez  les  Germains  et  les  Romans,  chez  d'autres  peuples 
encore,  sans  rapports  avec  ceux-ci,  et  une  telle  extension  ne  se  comprendrait 
guère  pour  un  mot  qui  n'aurait  pas  pour  origine  une  onomatopée. —  P.  343, 
G.  Bertoni,  Appnnti  lessicali  ed  etimologici  :  i.  II.  ant.  lerpo=^  palpebra; 
rattaché  à  l'anc.  haut.  ail.  leffur  ;  —  2.  Ziano  (r=  lio),  archaïque  dans  la 
langue  littéraire,  mais  bien  vivant  dans  l'Italie  du  sud,  a  comme  pendant  en 
Emilie  ;;;//»;;;  d'où  M.  B.  pense  qu'il  faut  voir  dans  :(iano,  \iino  les  représen- 
tants de  types  *thi-anus,  *thi-inus,  dérivés  de  thi us, plutôt  qu'un  reflet 
de  la  déclinaison  en  n  —  due  (barba  —  barbano),  comme  on  l'avait  proposé  pour 
liano:  —r  3.  liai.  «  cafaggiaio  »,  «  garde  champêtre  et  forestier  »,  à  ratta- 
cher au  longobard  gahagi,  bas-Iat.  cahagium  v<  enclos,  bois  »  ;  —  4.  Anl. 
bologn.  «  sagiiradaria  »  ;=  ital.  «  sciagiirataggine  »,  avec  changement  de  suf- 
fixe. 

Comptes  rendus.  —  P.  346,  Andraud,  Li  vie  et  Vœuvre  du  troubadour 
Rainion  de  Miraval  (R.  Zenker).  —  P.  558,  Obras  de  Lope  de  Vega,  t.  X 
(A.  Restori,  suite).  —  P.  365,  Docuvientos  Cervanlinos  hasta  ahora  inedilos, 
recogidos   y  anotados  par   D.  Cristobal  Ferez  Pastor  (W.  von  Wurzbach). 

—  P.  375,  n  La  perfecta  casada  »  por  el  maestro  fr.  Luys  de  Léon,  édit . 
E.  Wallace  (W.  von  Wurzbach).  —  P.  377,  E.  Fischer,  Die  Herkunft  der 
Rumâncn  (G.  Weigand).  —  P.  378,  Bianu  et   Hodo^,  Bihliografia   romdnesuï 


I.  [Cf.  Ro)nania,l\,  5 1 5  et  suiv.  —  Red.] 


PERIODiaUES  139 

feche,  I,  1508-1716(0.  Wcigand).  —  P.  579,  Ri'Z'ista  htsitaua,  ^'-VI  (A.  R. 
Laiig).  —  P.  l'è^,  SUtdj  lU  filologui  ivnniii^a,  IX,  5  (P.  Savj-Lopoz). 

XXIX,  4.  —  P.  385,  L.  Jordan,  Ziir  Eiitirickeliiiii^  des  Gotlesiicn'chtUchcn 
Zweikainpfs  in  Frankreich.  M.  J.  montre  que,  aussi  loin  que  nous  pouvons 
rjmonter  dans  l'histoire  des  Francs  et  des  Burgondes,  le  duel  judiciaire 
apparaît  co  imie  légal  et  ayant  force  probante  entière,  mais  n'avant  originai- 
rement aucun  caractère  sacré  ;  c'est  une  coutume  proprement  franque,  contre 
laquelle  on  proteste  de  bonne  heure  en  Gaule,  mais  que  les  Francs  con- 
servent, sans  avoir  cependant,  sur  cette  matière,  de  droit  écrit.  —  P.  402, 
Mever-Liibke,  JVortgeschichlUchcs.  [i,  prov.  «  heko  »  Biitie.  Wespe.  L'auteur 
ne  connaît  le  mot  qu'il  étudie  que  par  r^//(75  linguistique  de  MM.  Gilliéron  et 
F^Jmont,  où  ce  mot  est  donné  comme  signifiant  «  abeille  »  (carte  1)  au  point 
605  (Saint-Dizier,  Creuse)  et  comme  signifiant  «  guêpe  »  (carte  672)  aux  points 
506  (Châteauponsac,  Haute-Vienne),  606  (Saint  Junien,  ibid.),  607  (Châlus, 
ibid.),  611  (La  Tour-Blanche,  Dordogne),  6)2  Saint-Pardoux-la-Rivière, 
ibid.),  614,  (Excideuil,  ibid.),  615  (Saint-Pierre-de-Chignac,  ibid.),  et  (-24 
(Bourgnac,  ibid.).  Cela  ne  l'empêche  pas  de  partir  du  suns  «  abeille  »  pour 
chercher  l'étymologie,  et  il  fait  un  beau  chapelet  d'hypothèses  :  le  gaulois 
avait  bëcos  «  abeille  »,  qui  a  donné  en  Limousin  hec,  lequel  est  devenu  beca 
d'après  la  désinence  féminine  de  aheJha  ;  ce  beca  a  réagi  à  son  tour  sur 
abelha  en  le  transformant  en  beUia  dans  la  Haute-Vienne,  la  Coirèze,  la 
Creuse,  la  Charente  et  la  Dordogne  ;  on  comprend  très  bien  que  bëcos 
ait  évolué  du  sens  «  abeille  »,  au  sens  «  guêpe  »  etc.  En  fait,  le  sens 
«  abeille  »,  donné  par  l'Atlas,  n'est  qu'une  illusion  d'enquêteur,  comme 
je  m'en  suis  assuré  par  deux  contre-enquêtes  faites  à  Saint-Dizier  même 
(lo-ii  avril  1905  et  20-21  avril  1905)  :  beko  signifie  «  guêpe  »  à  Saint- 
Dizier,  comme  ailleurs  en  Limousin,  mais  il  y  a  partout  des  individus  qui 
répondent  de  travers  ou  qui,  par  imbécillité  d'esprit,  confondent  guêpes  et 
abeilles.  M.  Rolhnd,  Faune  pop.,  Ul,  271,  connaît  Mco  par  les  fables  de  Foucaud 
(l'éJi:.  Ruben,  p.  43,  écrit  bèko),  et  M.  Chabaneau  n'hésite  pas  à  tirer  beko  du 
lat.  ve s  pa  (Gra »/;/;.  lim.,  p.  116)  moyennant  une  métathèse  de  consonnes 
combinée  avec  un  échange  de  degré  qui  de  guespa  aurait  fait  besca  pour  *pesga  : 
il  y  a  de  quoi  donner  à  réfléchir.  Ce  qui  est  sûr,  c'est  que  la  forme  actuelle 
représente  une  forme  romane  bèsca,  car  dans  le  patois  de  la  partie  orientale 
de  la  Creuse  on  a  blèko  (Ahun,  Sannat,  Lépaud),  obïiko  (Chambonchard), 
(^^«('^•^(Chambon),  etc.,  c'est-à-dire  des  témoins  d'un  <;  ouvert  suivi  primitive- 
ment d'une  5  ;  j'ai  '■ecueilli  bïègo  à  Chenerailles  (de  la  bouche  d'une  personne 
née  dans  la  commune  voisine  d'IssouJun),  ce  qui  semble  favoriser  l'hvpo- 
thèse  de  M.  Chabaneau,  mais  je  tiens  que  ce  g  est  un  afTaiblissement  indi- 
viduel et  récent  du  k,  et  non  le  g  de  guespa.  La  désinence  ca  ne  peut  pa.s 
être  primitive,  puique  c  devient  c/;  en  limousin  devant  a  ;  d'autre  part  un  tvpe 
comme  *bësqua,  qui  semble  postulé  par  la  phonétique,  ne  laisse  pas  que 
d'être  bien  étrange.  —  2,  nonifran^.  «  hur  »,  i^enlralfrani.  «  largo  »  IVidder. 


143  PÉRlODiaUES 

Rattache  le  premier  mot  et  son  dérivé  hnrde,  usités  dans  les  Cùtes-du-Nord, 
au  celtique  (corn,  hordh,  etc.),  et  le  second  (Bourgogne  et  Bretagne)  au  ger- 
man.  brui  :  cette  dernière  étymologie  est  bien  invraisemblable  du  côté  phoné- 
tique ;  en  tout  cas,  il  eût  été  bon  de  rappeler  que  Chamburc,  dans  son  Glos- 
saire  du  Morvan,  s'est  longuement  occupé  de  ce  mot  :  dans  le  fatras  de  ses 
articles  leuhiau,  luhiar,  lureai,  lureau,  luria,  luron,  le  rapprochement 
avec  l'anc.  verbe  luire  «  saillir  »  mérite  de  retenir  l'attention.  Finalement, 
l'auteur  jette  un  coup  d'œil  superficiel  sur  les  différents  noms  romans  de  la 
race  ovine  (remarques  intéressantes  sur  l'esp.  carnero)  ;  je  note  en  passant  que 
a  ri  es  était  vivant  au  moyen  âge  dans  l'est  de  la  langue  d'oïl,  cf.  Gloss. 
hébreu-franç.  du  XII[e  s.,  p.  p. Lambert  et  Brandin.  —  i,Jrani.  v  jade  ».  Combat 
avec  raison  l'étym.  j  as  pi  de  donnée  par  M.  Behrens,  et  se  rallie  à  celle  de 
Murray  (iVfU'  EiigJ.  Dicl.)  qui  voit  dans  le  mot  français  un  emprunt  à  l'espa- 
gnol [piedradela]  ijada  :  citation  d'un  passage  de  Monardes,  médecin  de  Séville, 
emprunté  à  ses  Dos  lihros  (1569)  sur  les  vertus  curatives  du  jade.  —  4,  veii. 
«  onfegar  ».  Ce  mot,  qui  signifie  «  tacher,  graisser»,  représente  *olficare 
pour  *oleificare,  plutôt  que  *ungificare  ou  *unctificare  ;  aux 
exemples  de  verbes  en  -ficare  qui  sont  attestés  par  des  formes  romanes  on 
peut  ajouter  le  franc,  oriental  bonijer  <  *bo  ni  ficare  et  turijer  <  turifi- 
care  (Gloss.  hébreu-franç.  du  XIII^  s  ,  p.  p.  Lambert  et  Brandin.  —  4,  ostfrani. 
«  pane  »  kebreii,  Kpanor»  Besen.  Ces  mots  du  patois  des  Vosges  (Atlas  liuiJ.  de 
Gilliéron  et  Edmont,  cartes  107  et  109)  remonteraient  au  lat.  pinna  et  non 
à  pannus;  cf.  auvergnat  pena  «  genêt  »  (Mistral),  etc.  Je  crois  que  l'auteur 
fait  tort  à  pannus  ;  la  présence  de  «  nettoyer  »  au  sens  de  «  balayer  >^  dans 
le  dép.  voisin  de  la  Haute-Marne  me  paraît  faire  le  pont  entre  «  essuver»  et 
«  balayer»  :  or  paner  «  essuyer  »  est  très  répandu  et  vient  incontestablement 
de  pannus  ;  cf.  Godefroy,  et  la  carte  485  de  l'Atlas,  où  l'on  peut  constater  que 
le  verbe  *buxare  cumule  les  sens  «  essuyer  »  et  «  balayer  »  aux  points  548, 
624,  635,  etc.  —  5,  sard.  «  ruskidare  »  schnarchen.  Du  lat.  vulg.  *reoscitare, 
nouvelle  preuve  de  la  survivance  de  oscitare,  à  ajouter  à  celles  qu'ont 
données  Schuchardt  et  Ascoli.  —  6,  Franchecomt.  «  tll  ».  Mot  qui  signifie  à 
Damprichard  «  file  de  monceaux  de  fumier  »  (Grammont  en  déclare  l'origine 
inconnue)  :  du  germ.  *tila  (franc  ou  burgonde),  forme  primitive  correspon- 
dant à  l'allem.  actuel  :(tele  «  file,  ligne  »  ;  peut-être  faut-il  rattacher  à  la 
même  étymologie  le  subst.  tilo  qui,  dans  la  Suisse  romande,  signifie  «  rucher  » , 
c'est-à-dire,  si  l'on  veut,  une  rangée  de  ruches.  —  A.  Th.  ]  —  P.  413,  F.  Sette- 
gast,  Armenisches  un  «  Daurel  e  Béton  ».  C'est  un  complément  aux  Quellen- 
stiidien,  etc.  du  même  auteur  (cf.  Remania,  XXXIV,  524)  et  une  nouvelle  série 
d'exemples  d'identifications  aventureuses  :  Béton  représente  le  nom  patrony- 
mique d'une  famille  princière  arménienne,  Bagratuni  ;  Esmanjarl  =z 
armén.  Pbarand~em,  etc  ;  enfin  l'histoire  de  Daurel  et  Béton  a  une  source 
arménienne.  M.  S.  espère  avoir  rendu  ses  conclusions  vraisemblables;  mais 
c'est  sa  méthode  même  qu'il  faudrait  justifier  :  ces  rapprochements  fondés  sur 
des  analogies  de  forme  et  si  lointaines  sont  plus  que  contestables  —  P.  418, 


PERIODldUES  I4Î 

J.  Subak,  IVeiterekh'ine  Ndchtràge  ^n  Kôrtiiig,  Lateinisch-  lonniniscbes  IVorter- 
Imch  '.  —  P.  429.  Cari  Ollerich,  Der  katahxnischeBrief  mit  Beilageinder  Arhorea- 
Sainmluucr  in  Cdgliari.  Inauthenticité  démontrée  par  l'étude  linguistique. 
Une  note  préliminaire  de  M.  Foerster  fait  connaître  le  point  de  départ  du 
travail  de  M.  Ollerich. 

MÉLANGES,  p.  449,  H.  Schuchardt,  Ahru:;^.  n  ciiixe  »,  etc.  observations  sur 
l'ouvrage  de  M.  Puçcariu,  Lai.  tj-,  cj-  iiii  Riiiii.,  etc.,  à  propos  de  roum.  spîn:;^, 
abbruz.  ciirce,  ital.  go:^io.  —  Port.  «  cai'idar  ».  —  Baskische  Naiiieii  des Ei\ihecr- 
hatinis.  —  Lut.  semen/w  Bask:  basq.  seine  «  fils  i-  <<  lat.  semen,  cf.  anc. 
port,  seniel  «  progéniture  »,et  les  expressions  bibliques  semen  David,  etc.  — 
Altprov.  (c  doha  »  :  observations  sur  l'étymologie  dolsa  <C  dolichus, 
«  fèverole  »,  proposée  par  Mistral,  cf.  A.  Thomas,  Nouveau.x  Essais,  etc., 
p.  245,  où  cette  étymologie  a  été  inexactement  interprétée  '.  —  Wor  . 
«  caieti  »,  Miesmuchel  :  observations  sur  un  article  de  M.  A.  Thomas  (Joiinuil 
des  Débats,  21  mars  1905  ;  cf.  Romania,  XXXIV,  287).  —  Nicdeniiaiii.  «  cosaque  » 
Schoher  :  remarques  sur  diverses  dénominations  de  la  meule  (de  paille,  etc.) 
et  l'intérêt  d'études  comparatives  sur  les  dénominations  de  ce  genre  ;  en 
particulier  on  signale  l'analogie  de  la  forme  cosaque  (Bas-Maine)  avec  le  slav. 
kô:(a. —  P.  456.  P.  Kretschmer,  ItaJ.  «  uiolo  ».  Les  difficultés  qui  empêchent 
de  rattacher  directement  l'ital.  luolo  (d'où  le  fr.  môle')  à  môles  ont  été  déjà 
signalées:  changement  de  déclinaison  et  de  genre,  qualité  de  l'o  (ouvert); 
mais  les  mêmes  difficultés  n'existent  pas  s'il  s'agit  de  rattacher  à  môles  le 
gr.  [xwXo;  (attesté  dès  le  vi^  siècle  parProcope)  :  le  changement  de  déclinaison 
etparsuite  de  genre  est  normal  et  w  représente  p  latin  à  défaut  d'une  meilleure 
transcription;  enfin  aoJÀo:,  emprunté  par  l'italien,  devait  bien  devenir  moJo 
qui  se  rattache  ainsi  à  môles  mais  par  l'intermédiaire  du  grec.  Le  double 
courant  d'emprunts  qu'il  faut  ainsi  admettre  entre  l'Italie  et  la  Grèce  n'a 
rien  qui  puisse  surprendre  pour  un  mot  du  vocabulaire  maritime.  —  P.  458, 

1 .  J'ai  laissé  passer  dans  un  précédent  numiro  de  la  Romania  (XXXIII,  62  3), 
où  je  signalais  un  travail  analogue,  mais  moins  important,  de  M.  Subak,  une 
expression  excessive  («  beaucoup  de  remarques  oiseuses  »)  ;  un  exemple  aurait 
fait  entendre  ma  pensée  et  aurait  permis  de  donner  sa  valeur  réelle  à  une 
épithète  qui  a  paru  un  peu  forte  ;  ex.  :  à  l'article  9973  de  Kôrting^  (VaJeo), 
M.  S.  ajoute  :  Das  Pai  ti-ip  [vaiUaiit]  nocb  in  «  sans  un  sou  vaillant  »  ;  est-ce 
la  une  remarque  fort  utile?  Ceci  dit  sans  vouloir  nier  l'intérêt  d'additions  à 
Kôning  et  la  nécessité  d'une  refonte  du  Lat.-Rom.  IVorterh.  à  l'aide  de 
multiples  contributions;  n;ais  peut-être  n'est-il  point  nécessaire  d'imprimer 
d'abord  dans  une  revue  tous  ces  matériaux,  quels  qu'ils  soient. 

2.  [M.  Sch.  a  tout  à  fait  raison  de  me  tancer  pour  avoir  confondu  le  subst.  lat. 
dolichus,  cité  par  Mistral,  qui  signifie  effectivement  «  fève  »  ou  «  fève- 
role »  (  grec  ooA'./o;),  avec  l'adj.  grec  ôoXr/o;  «  long  »  ;  mais  l'étymologie  du 
prov.  dolsa  reste  toujours  a  trouver,  car  je  ne  puis  croire  que  le  scribe  caro- 
lingien à  qui  nous  devons  le  ms.  "Vat.  Keg.  846  et  qui  écrit  scorcia 
«  écorce  »  ail  pu  écrire  dolsa  si  ce  mot  procédait,  comme  le  dit  M.  Sch., 
d'une  forme  antérieure  *d o  1  c i a,  tirée  du  lat.  *dolcus  pour  dolichus, 
—  A.  Th.]. 


142  PERIODiaUES 

G.  Bertoni,  p-//«/^cn/.  M.  B.  rétablit  par  conjecture  ce  mot  dans  un  texte  ita- 
lien du  xin"^  siècle  où  il  est  question  d'armes  en  s'appuyant  sur  le  bas  latin 
giiavferia  (d'origine  germanique)  attesté  par  deux  documents  de  Modène 
(xive  siècle). 

Comptes-rendus.  P.  460,  Œuvirs  couplètes  irEustache  Deschamps,  p.p. 
G.  Raynaud,  XI,  Introduction  (E.  Hœpffner).  —  P.  469,  L.  Brandin,  Les 
gloses  françaises  {Loaiiiii)  de  Gerscbom  de  M^^;^;  (J.  Subak).  —  P.  472.  Miscel- 
lanea  di  sliidi  critici  édita  monoredi  Artitro  Graf  (P.  Savj-Lopez).  —  P.  476, 
Stiidi  medievali  diiettida  F.  Novati  e  R.  Renier,  I,  i,  1904  (P.  Savj-Lopez  et 
R.  Ortiz).  —  P.  479.  Societù  filologica  roiiuiita.  Sltuli  roiiianii  edili  a  cura  di 
E.  Monaci,  I,  190}  ;  II,  1904  (P.  Savj-Lopez).  —  P.  483,  Stiidi  glottohgici 
italiani  direlti  da  G.  deGregorio,  III  (H.  Schneegans).  —  P.  488,  Zeitschriji 
fïir  fraiii-  Sprache  utid  Litleratiir,  XXV-XXVI  (A.  Schulze).  —  P.  500, 
Revista  hisitana,  VII,  1899,  (H.  R.  Lang).  — P.  502,  Gioruale  slorico  dcUa 
letteratiira  italiaiia,  XLIV,  3  àXLV,  1  (B  Wiese).  —  P.  507,  Revue  de  philo- 
logie Jrançaise  et  de  littérature,  XVIII  (E.  Herzog).  —  P.  509.  Archiv  Jiir 
lateiuische  Lexicographie,  XIII,  4  a  XIV,  2  (E.  Herzog).  —   Livres  nouveaux 

(G.  G.). 

M    R0Q.UES. 

Revista  de  bibliografi.\  catalaka.  Numéro  6.  Janvier-décembre  1905. 
Année  III.  —  P.  5.  A.  Rubiô  i  Lluch,  Notice  de  deux  manuscrits  d'un  Lau- 
celot  cataan.  Il  s'agit  d'un  fragment  relatif  au  combat  de  Lancelot  avec  le 
géant  Karadoc,  retrouvé  dans  une  reliure  à  Majorque,  et  d'un  autre  Lancelot 
catalan  qui  a  été  signalé  à  l'Ambrosienne  et  que  doit  faire  connaître  M.  S;)n- 
visenti.  Dans  son  étude  sur  le  roman  de  Lancelot  en  catalan,  M.  Rubiô 
aurait  pu  citer  la  Tragcdia  ordenada  per  Mosseii  Gras,  la  quai  es  part  delà  gruu 
obra  dels  actes  del  famo;  cavalier  Lançalot  del  Lac,  qui  existe  peut-être  parmi 
les  livres  laissés  par  D.  Mariano  Aguilô  (voy.  P.  de  Gayangos,  Libros  de 
cahallerias,  p.  xi).  —  P.  21.  Matheu  Obrador,  Fragment  d'un  Lancelot  catalan. 
Édition  du  fragment  de  Majorque  étudié  dans  l'article  précédent.  A  en  juger 
par  le  fac-similé,  ce  fragment  est  du  xv-"  siècle  et  non  de  la  fin  du  xiv^.  — 
E.  Aguilô,  Quelques  notes  sur  Ranion  Muntaiier  et  sa  famille.  Documents  tirés 
des  archives  de  Majorque.  —  P.  39.  J.  Pijoan,  Au^ias  March  à  Naples  en 
1444.  Le  docunTent  ici  publié  est  une  lettre  d'Alphonse  V  datée  du  Château 
neuf  de  Naples  le  8  mai  1444  et  qui  a  pour  objet  de  faire  payer  250  sous 
pour  des  oiseaux  de  chasse  apportés  de  Valence  à  Naples  et  qu'avait  dressés 
Auzias  March  :  los  quais  lo  amat  nostre  mossen  Ausias  March,  cavalier,  en  dies 
passats  havia  afaytats  per  ohs  e  servey  nostre.  La  lettre  ne  prouve  donc  pas  du 
tout  la  présence  du  poète  à  Naples  en  1444.  —  P.  45.  J.  Massô  i  Tor- 
rents, Manuscrits  catalans  de  Valence.  I.  Bibliothèque  métropolitaine.  Mss. 
du  Cristid  d'Eximenez  et  de  la  Vida  de  fesu  Christ  du  même.  Sermons  en 
langue  vulgaire  de  saint  Vincent  Ferrier.  Mémorial  de  Francesch  de  Pertusa. 


PERIODIQUES  143 

Lo  Pccador  icinut  de  Felip  de  Malla.  Traduction  des  Psumncs,  différente, 
d'après  M.  Massô,  de  celle  qui  fut  imprimée  à  Venise  en  1490  et  dont 
existent  au  moins  deux  exemplaires,  l'un  à  Madrid,  l'autre  à  la  Mazarine. 
Pour  prouver  que  ces  deux  versions  diffèrent,  M.  Massô  imprime  le  premier 
psaume  d'après  l'une  et  le  dernier  psaume  d'après  l'autre  :  cela  ne  fiuilite  pis 
la  comparaison.  Vies  de  saints,  suivies  de  l'histoire  de  Tobie.  Plant  l'c  saut 
EstfVf.  II.  Archives  de  l'église  métropolitaine.  Règlements  intérieurs  de  la 
cathédrale  en  langue  vulgaire.  —  P.  87.  Joseph  Ribelles  Comin,  Xoticc 
biographique  et  bibliographique  sur  le  lexicographe  Labernia.  —  P.  116.  Angel 
Aguilô,  Index  des  noms  de  personnes  et  des  noms  géographiques  de  la  Chronique 
de  Jacques  I'^^  le  Conquérant  (édit.  de  la  Biblioteca  catalana).  —  P.  168.  Jaunie 
Bofarull,  Manuscrits  catalans  de  la  bibliothîque  provinciale  de  Tairagoiie. 
Recueils  d'Usages  cisterciens  du  xv-'  siècle.  Dialogues  de  saint  Grégoire. 
Recueil  de  sentences  et  de  proverbes;  l'un  de  ces  recueils  intitulé  Ex  pio- 
verbiis  Arabuni  a  été  imprimé  en  1891  dans  la  revue  UAïunç.  Funérailles 
des  rois  d'Aragon.  • —  P.  217.  Bulletin  bibliographique  des  ouvrages  en  catalan 
ou  relatifs  aux  pars  catalans  publiés  en  i^^oj.  Travail  utile  et  bien  fait. 

A.  Morel.-Fatio. 

Studier  I  MODERN  Sphâkvetenskap,  III,  1905.  — P.  6t,  Pon  freno  al 
gran  dolor  che  ti  trasporta,  par  Fr.  Wulff  (en  français).  M.  W.  étudie  les 
rédactions  successives,  conservées  dans  le  ms.  Vat.  3196,  fos  13  et  12, 
de  la  strophe  VII  de  la  canzone  Che  debF  io  far  de  Pétrarque.  —  P-  71, 
Des  locutions  emphatiques,  par  A.  Malmstedt  (en  français).  Remarques  intéres- 
santes sur  les  constructions  :  c'est  lui  qui,  c'est  de  lui  que,  c'est  lui  dont,  etc. 
—  P.  205,  Gaston  Paris;  nàgra  niiniwsblad  af  P.  A.  Geijer.  —  P.  257, 
Aperçu  bibliographique  des  ouvrages  de  philologie  romane  et  germanique  publiés 
par  des  Suédois  depuis  iç}02  jusqu'à  i^oj. 

M.  RociUES. 

Ann'ales  du  Midi,  XVII  (1905).  — Janvier.  P.  27-62,  D''  Dejeanne,  Le 
troubadour  Cercamon.  Monographie  très  méritoire  comprenant  une  édition 
critique,  avec  traduction  française  et  notes,  des  huit  poésies  de  Cercamon 
qui  nous  sont  parvenues,  en  comptant  les  quatre  que  M.  Bertoni  a  fait 
récemment  connaître  d'après  le  ms.  Campori,  de  Modène.  J'y  trouve  bien 
peu  à  reprendre  :  V,  17,  lire  avec  le  ms.  (dont  la  leçon  exacte  n'est  pas 
reproduite  en  note)  domnejador,  et  non  domnej'adors,  car  il  faut  le  nominatif 
pluriel,  comme  pour  ^(/Z  ;  ibid.,  au  lieu  de  corriger  druderau  en  (//;//  se  fan, 
j'aurais  le  courage  de  supposer  un  verbe  driulejar  et  de  lire  drudijan.  —  V, 
19,  pourquoi  ne  pas  garder  reprocher  et  le  corriger  en  reprovier}  —  V,  41,  il 
est  plus  indiqué  de  suppléer  tal  que  lo.  —  P.  63-67,  Steffens,  Fragments 
d'un  chansonnier  provençal  aux  archives  royales  de  Sienne.  Deux  feuillets  du 
xive  siècle  contenant   quatre  chansons  de  Bernard  de  Ventadour   (Bartsch, 


144  PERIODIQ.UES 

Gruihlriss,  6,  lo,  15,  25)  et  la  tin  d'une  autre  (ibid.  3);  M.  S.  reproduit  le 
texte  diplomatiquement. —  P.  71-75,  De  Bartholomaeis,  Une  nouvelle  làlac- 
tion  d'une  poésie  de  Guilbetu  Montanlhn^ol.  C'est  la  pièce  Xuls  oni  no  val,  dont 
Bartsch  a  oublié  de  signaler  la  présence  dans  le  ms.  Vatic.  Barb.  lat.  3953 
(ci-devant  à  la  Barberine,  XLV,  47),  de  sorte  que  M.  Coulet  ne  s'est  pas 
préoccupé  de  ce  manuscrit.  M.  De  15  en  publie  la  leçon,  fait  quelques 
menues  observations  et  conclut  que  le  texte  peut  rester  tel  qu'il  a  été  établi 
par  M.  Coulet.  —  P.  73-77,  Ji-'anroy,  Gascon  «  lanipournè  ».  Adjectif 
employé  surtout  par  D'Astros  et  Ader,  à  côté  du  \-erhe  la nipou ma  et  du  subst. 
verbal  lampor  :  même  famille  que  l'anc.  franc,  raniposne,  raniposner.  —  P. 
77-8,  A.  Thomas,  Encore  le  nom  de  lieu  c  Traviesaigues  ».  Signale  deux  autres 
représentants  de  In  ter  ambas  aquasen  Gascogne,  d'après  des  communi- 
cations de  MM.  Millardet  et  Pépouev;  la  série  n'est  pas  close  (cf.  Revue  de 
Gascogne,  1905,  p.  84). 

Avril.  —  P.  161-217,  Jeanroy,  Poésies  de  Guilhuinic  IX  comte  de  Poitiers. 
Aucun  provençaliste  n'ignore  combien  était  difficile  la  tâche  entreprise  par 
M.  J.  ;  aucun  n'hésitera  à  le  féliciter  de  la  manière  dont  il  s'en  est  acquitté. 
Je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  pénétrer  plus  avant  dans  la  connaissance  de  ce 
fantaisiste  troubadour,  qui  ne  fut  pas  un  moins  fantaisiste  homme  d'État 
et  chef  d'armée,  ni  définir  avec  plus  de  finesse  le  singulier  mélange  de 
banalité  et  de  déséquilibrement  de  ses  poésies.  La  langue  et  la  versification 
sont  très  exactement  caractérisées.  Des  onze  poésies  qu'accepte  M.J.  comme 
authentiques,  il  traduit  toutes  celles  qui  ne  défient  pas  trop  audacieusement  la 
traduction  et  annote  abondamment  toutes  celles  qu'il  publie.  Je  ne  relève 
qu'une  inexactitude  vénielle,  qui  est  du  ressort  de  l'histoire  locale  :  p.  216, 
Ucle  Brun  est  qualifié  «  comte  de  Lusignan  »  ;  il  n'y  a  pas  de  comtes  de  Lusi- 
gnan,  mais  un  Uc  de  Lusignan,  IXe  du  nom,  devint  comte  de  la  Marche  en 
1199  (longtemps  après  la  mort  de  Guillaume  IX)  et  transmit  ce  comté  à  ses 
descendants.  —  P.  296-7,  compte  rendu  par  le  D""  Dejeanne  du  livre  de 
M.   Bertoni  intitulé  :  /  trovatori  minori  di  Genova. 

Juillet.  —  P.  361-2,  Bertoni,  Sur  quelques  vers  de  Guillaume  IX.  Au  v.  6 
de  la  pièce  Companho  farai,  lire  :  qui  la  troha  son  taleu,  au  lieu  de  :  qui  la 
troF  a  son  ialeu.  En  note  M.  Jeanroy  communique  quelques  observations  de 
M.  Rajna,  dont  l'une  excellente  sur  le  sens  «  étriller  »  qu'il  convient  d'attri- 
buer au  verbe  ?'i///fl/-.  — P.  362-365,  A.  Thomas,  Sur  la  date  d'un  nu'moran- 
âiim  des  consuls  de  Martel.  Attribué  à  1256  par  l'éditeur,  M.  Teulié  (Revue  de 
plnlol.Jranç.,  VII,  260),  il  est  en  réalité  postérieur  de  peu  à  1275.  —  P.  365- 
385.  E.  Aude,  Les  plaintes  de  la  Vierge  et  les  signes  de  la  fin  du  monde,  d'après 
un  imprimé  toulousain  du  xvie  siècle.  Cet  imprimé,  inconnu  de  tous  les  biblio- 
graphes, est  sorti  des  presses  de  Nicolas  Vieillard,  vers  1 540  et  se  conserve  à  la 
Méjanes  d'Aix  dans  un  recueil  factice.  M.  A.  en  donne  le  texte  entouré  de 
commentaires  fort  instructifs  ;  il  rappelle  quels  sont  les  textes  en  langue  vulgaire 
du  Midi  qui  furent  imprimés  à  Toulouse  au  xvie  siècle.  En  appendice,  notice 
sur  une  version  provençale  du  Chant  de  lu  Sibille  (mieux  vaut  ne  pas  mettre 


PÉRlODiaUES  145 

d'v  que  d'en  mettre  un,  connue  le  fait  le  compositeur  des  Annales  du  Midi, 
dans  la  syllabe  initiale)  d'après  un  nis.  des  archives  de  l'Aude,  signalé  par 
M.  Jeanrov.  —  P.  386-590,  compte  rendu  par  M.  Jeanroy  de  la  6^  éd.  de  la 
Cbrcstoinatbicprov.de  Bartsch  (relbndue  par  Koschwitz),  laquelle  est  bien 
inférieure,  même  sous  cette  forme,  à  celle  d'Appel. 

Octobre.  —  P.  457-489,  Jeanroy,  Poésies  provençales  inédites  d'après  les  inss. 
de  Paris.  En  tout  12  pièces,  dont  les  auteurs  sont  :  Cadenet,  Guiraut  de 
Calanson,  Bernart  Arnaut  Sabata,  Pons  Barba,  Sordel,  Uc  de  Lescura,  Mar- 
cabrun,  Rambaut  d'Orange.  L'éditeur  les  traduit  (sauf  celles  des  deux  der- 
niers auteurs  qu'il  se  contente  de  reproduire  diplomatiquement  d'après  le 
chansonnier  C  de  Bartsch  en  donnant  les  variantes  de  R).  —  P.  517-534, 
.\.  Vidal,  Les  comptes  consulaires  de  Montagnac  (Hérault).  Extraits  d'après  les 
originaux  conservés  aux  archives  communales  :  il  y  a  22  comptes  de  1422  à 
1451  ;  à  suivre.  Nous  reparlerons  de  ces  comptes,  dont  la  graphie  est  très 
curieuse,  lorsque  la  publication  de  M.  V.  sera  parvenue  à  son  terme,  —  P. 
535-6,  compte  rendu  par  M.  Jeanroy  de  Kolsen,  Die  Kreuilieder  des  Trobadors 

Guiraut  von  Boruelb. 

A.  Th. 


Studi  romanzi,  editi  a  cura  di  E.  Monaci.  II,  1904.  In-8,  170  p.  (Publi- 
cation de  la  Societéi  filologica  Roniana.  Rome,  au  siège  de  la  Société,  palais 
Sera)  '.  —  P.  5,  V.  Crescini,  La  redaiiotie  velletrana  dcl  canlare  di  Fiorio  e 
Biaucifiorc.  Remarques  sur  le  texte  du  nouveau  ms.  de  ce  cantare,  qui  a  été 
publié  pour  h  Sociclà  filologica,  par  M.  Crocioni(cf.  ci-dessus,  XXXIII,  126). 
—  P.  27,  R.  Fornaciari,  Uimperfettostorico.  —  P.  41,  A.  F.  Massera,  I sonclti  di 
Cecco  Amriolicri  contenuti  ncl  codice  chigiano  L.  VIII.  305.  Travail  préparatoire 
à  une  nouvelle  édition  de  ce  poète.  M.  Massera  passe  en  revue  les  poésies 
anonymes  transcrites  dans  ce  ms.,  restitue  un  certain  nombre  d'entre  elles 
à  leurs  auteurs  (par  ex.  à  Cino)  et  fait  le  départ  de  celles  qui  peuvent  être 
légitimement  attribuées  à  Cecco.  —  G.  Bertoni,  Ntiove  rime  proveniali  traite 
dal  cod.  Carnpori.  Extraits  faisant  suite  à  ceux  qui  ont  paru  dans  le  tome  VIII 
des  Studi  difilologia  ronian:^a  (cf.  Roniania,  XXXI,  160-2).  Les  textes  publiés 
cette  fois  ne  sont  pas  à  proprement  parler  inédits  :  on  en  possède  d'autres  copies, 
mais  le  ms.  Campori  offre  souvent  des  leçons  nouvelles,  plus  complètes  et 
ordinairement    fort  précieuses  -.   Malheureusement  la   transcription    due   à 


1 .  Les  observations  que  nous  avons  présentées  à  propos  du  premier  cahier 
des  Studi  {Ronumia,  XXXIII,  1 54)  s'appliquent  aussi  aux  fascicules  II  et  III. 

2.  Je  citerai  notamment  le  n»^  XIII  qui  offre  de  bonnes  variantes  au  texte 
unique  (fr.  856)  qu'on  en  avait.  C'est  la  pièce //a  e  dolor  s'es  dins  mon  cor 
assc:;a  (imprimée  dans  mon  Recueil,  n°  20)  ;  pour  le  v.  54  la  leçon  nouvelle  : 
Contrais  Lombarl^  a  Carle[e]  ah  Frances,  vaut  assurément  mieux  que  la  leçon 
Contr  Alamans  ab  Arles  e  Frances  dont  il  avait  fallu  se  contenter  jusqu'ici.  De 

Roman  ta,  XXXV  lO 


14e  PÉRIODIQUES 

Jaques  Tcissier  de  Tarascon",  fourmille  de  fautes,  entre  lesquelles  celles  qui 
consistent  en  une  mauvaise  séparation  des  mots  ne  méritaient  guère  d'être 
reproduites.  La  lecture  des  pièces  éditées  par  M.  B.  est  à  peu  près  impossible 
sans  la  confrontation  avec  les  autres  textes.  Il  est  du  reste  fort  incommode 
d'avoir  à  chercher  en  des  publications  diverses  les  fragments  mis  au  jour  à 
diverses  reprises  par  M.  B.  et  par  M.  Stengel,  et  il  serait  bien  à  désirer  que 
l'édition  complète  que  M.  B.  a  l'intention  de  faire  ne  tardât  pas  trop.  On  v 
joindra  sans  doute  des  tables,  et  aussi  des  notes  offrant  la  correction  des 
fiiutes  de  copie  commises  par  le  copiste.  P.  67,  M.  B.  présente'  un  argument, 
auquel  du  reste  il  ne  paraît  pas  attacher  grande  importance,  en  faveur 
de  l'existeiîce  d'un  recueil  des  poésies  des  troubadours  qui  aurait  été 
imprimé  au  xvi"*  siècle,  et  dont  on  ne  connaît  plus  aucun  exemplaire.  — 
P.  97,  C.  Segré,  Aiicdilotto  hioi^rafico  ciel  Petraica.  C'est  un  acte  de  1324  tiré 
des  Memoriali  d'un  notaire  de  Bologne,  où  Fr.  Pétrarque,  encore  mineur, 
figure  à  côté  de  son  père.  —  P.  105,  A.  Parducci,  Staline  nisticali  iii  dialetto 
lucchese  del  sec.  XVII.  Poésies  tirées  d'un  ms.  de  Lucques  écrit  du  xvii«  au 
xviiie  siècle.  —  P.  123,  P.  Rajna,  La  Jettera  di  frate  Ilario.  Cette  lettre  latine 
à  Uguccione  délia  Faggiola,  ici  imprimée  plus  correctement  que  dans  les  pré- 
cédentes éditions,  nous  a  été  conservée,  comme  on  sait,  par  le  ms.  Plut. 
XXIX,  8,  qui  est  de  la  main  de  Boccace.  M.  R.  ne  pense  pas  que  cette  lettre 
soit  une  fabrication  de  Boccace,  mais  il  ne  croit  pas  pour  cela  à  son  authenti- 
cité ;  en  quoi  il  est  d'accord  avec  la  majorité  des  critiques  (cf.  Rom.,  XI, 
615).  —  P.  135,  G.  Fogolari,  La  leggmda  di  Barlaam  e  Josafat  in  un  codice  del 
ijii.  Sur  un  ms.  du  fonds  Ottoboni,  au  Vatican,  qui  renferme  la  version 
latine  de  ce  roman,  et  dont  le  seul  intérêt  consiste  dans  les  dessins  dont  il  est 
orné.  —  P.  141,  G.  Ferri,  La  prefa:[io)H'  ad  u)i  saltero  del  xij  secolo.  Cette 
préface  se  trouve  dans  un  ms.  de  l'église  Sainte-Marie  /;/  Trastevere, 
à  Rome.  —  P.  149,  P.  Egidi,  Postille  Baiherniane.  M.  P.  Egidi  s'efforce  de 
réfuter  les  critiques  que  j'ai  adressées  (XXXIII,  127)  à  son  édition  du  com- 
mentaire de  Fr.  da  Barberino  sur  les  Dociunenti  d'Aniore.  L'édition  étant 
commencée  d'après  un  certain  système,  il  est  évidemment  trop  tard  pour  en 
adopter  un  autre,  et  par  conséquent  le  débat  entre  nous  est  sans  intérêt  pra- 
tique ;  aussi  ne  chercherai-je  pas  à  le  prolonger.  Je  me  borne  à  dire  que  je 
conteste  la  valeur  des  arguments  que  m'oppose  M.  Egidi.  Je  ne  crois  pas,  par 
exemple,  qu'il  y  ait  utilité  à  conserver  l'emploi  irrégulier  que  fait  l'écrivain 
des  majuscules.  Je  suis  heureux  de  voir  que  M.  E.  a  l'intention  de  joindre  à 
sa  publication  une  série  de  notes  et  de  tables,  mais  il  aura  quelque  difficulté 
à  placer  ses  appels  de  notes.  Si  M.  E.  avait  eu  plus  d'expérience  de  l'art  de 

plus,  tandis  que  ilans  cette  leçon  l'auteur  était  indiqué  vaguement  comme 
étant  «  un  chevalier  du  Temple  »,  le  ms.  de  B.  Amoros  nous  fournit  ce 
nom,  à  la  vérité  en  partie  corrompu  :  «  En  Ricatz  Honomel,  fraire  del 
Temple,  w  II  faut  donc  rejeter  l'hypothèse  de  Milà  selon  laquelle  le  «  Tem- 
plier »  devrait  être  identifié  avec  Olivier  le  Templier  (r/or.a/.  en  Esp.,p.  564). 
l.  \ o'ir  Komania,  XXXI,  160. 


PERIODIQUES  1^7 

faire  une  édition,  il  aurait,  comme  je  l'ai  dit,  entouré  de  guillemets  les  cita- 
tions, de  sorte  qu'on  pût  apercevoir  à  première  vue  où  commence  la  cita- 
tion et  où  elle  finit.  Il  aurait  aussi  numéroté  les  vers  des  Dociiiiienti,  et  repro- 
duit les  numéros  entre  crochets  dans  la  paraphrase  latine  et  dans  le  commen- 
taire, aux  endroits  convenables.  De  cette  façon  on  aurait  pu  sans  aucune 
perte  de  temps  rapprocher  1°  le  texte  italien,  2"  la  paraphrase,  3°  le  commen- 
taire; ce  qui  est  d'autant  plus  difficile  actuellement  que,  par  suite  des  nécessi- 
tés typographiques,  le  commentaire  se  trouve  souvent  à  une  autre  page  que 
le  texte.  Telle  qu'elle  se  présente,  cette  édition  est  d'un  usage  fort  incom- 
mode. —  P.  159,  Noti:(ie. 

—  III,  1905',  155  pages.  —  P.  7,  Ascoli,  Ricordi  concenteiili  la  toponotiuis- 
ticd  italidiia.  Un  vaste  répertoire  des  noms  de  lieux  de  l'Italie  pourrait  être 
tiré  des  fiches  du  dernier  recensement  de  la  population  (1901)-.  M.  A. 
expose  sommairement  comment  ce  travail  devrait  être  exécuté.  Dans  une 
note  préliminaire,  M.  Monaci  explique,  que,  par  suite  de  difficultés  finan- 
cières ou  autres,  le  projet  de  M.  Ascoli  ne  peut,  pour  le  présent,  être  réa- 
lisé. —  P.  15,  E.  G.  Parodi,  La  data  délia  coiiiposi:(ioiie  e  le  teoriepolitiche  delV 
Inferno,  e  del  Purgatorio  di  Dante.  Exposé  peu  clair  d'idées  analogues  à  celles 
qui  ont  été  en  dernier  lieu  soutenues  par  M.  Michel  Barbi,  tendant  à  placer 
avant  1 307  la  composition  de  l'Enfer,  et  celle  du  Purgatoire  dans  la  période 
comprise  entre  1307  et  1312.  — P.  S.  Santangelo,  //  nis. provençale  U.  Sur  le 
chansonnier  provençal  XLI-43  de  la  Laurentienne.  Relevé  des  erreurs  de 
transcription  commises  dans  l'édition  de  Grûzmacher  (Herrig's  Archiv, 
XXXV)  ;  recherches  (qui  ne  donnent  pas  de  résultats  bien  certains)  sur  les 
rapports  du  ms.  en  question  avec  d'autres  chansonniers  qui  sont  aussi  d'ori- 
gine italienne.  —  P.  75,  C.  Marchesi,  La  prima  tradu^ione  in  volgare  italico 
délia  Farsaglia  di  Liicano,  e  una  nuova  reda:(ione  di  essa  in  ottava  rima. 
Signale  une  traduction  en  prose  dans  un  ms.  Riccardi  du  xiv^  siècle,  et  une 
version  en  ottava  rima  dans  un  ms.  de  la  Bibliothèque  Victor-Emmanuel,  à 
Rome.  —  P.  97,  C.  Nigra',  Note  etimologiche  e  lessicali.  —  P.  103,  Ascoli, 
Intorno  ai  continuatori  Corsi  del  lat.  ipsu.  Complète  un  mémoire  publié  dans 
le  t.  XV  de  VArchivio  glottologico  (cf.  Romania,  XXXI,  457).  —  P.  113, 
G.  Crocioni,  Lo  studio  sul  dialetto  marchigiano  di  A.  Neumann-Spallart.  Exa- 
men critique  d'une  dissertation  publiée  dans  la  Zeitschrift  f.  rom.  Pbil., 
XXVIII,  273  et  suiv.  M.  Cr.  refait  à  peu  près  complètement  le  travail  de 
l'auteur  critiqué.  —  P.  134,  G.  Bertoni,  Un  nuovo  testo  volgare  del  sec.  XIIL 
Courte  pièce  en  vers  italiens  copiée  à  la  fin  d'un  ms.  des  Gesta  Francoriim 
Jérusalem  peregrinantium  de  Fouchier  de  Chartres.  —  P.  137,  G.  Bertoni, 
Un  nuovo  accenno  alla  Rotta  di  Roncisvalle.  Cette  mention  est  tirée  du  Chroni- 
con  Estense,  publié  par  Muratori,  non  sans  suppressions,  dans  le  t.  XV  des 
Rerum  Italicarum  scriptcres.  Le  passage  manque  dans  l'édition.  La  date  de  la 
bataille  est  fixée  à  l'année  804,  25  juin,  «  in  die  sancti  Viti  ».  Mais  la  fête  de 
ce  saint   est  célébrée  le  15  juin.  —  P.  143,  Kotii^ie. 

P.  M. 

1.  Le  titre  porte  1905,  mais  la  couverture  1904. 

2.  Pour   un    précédent   travail    de  M.   Ascoli   sur  la   même  question  cf. 
Romania,  XXX,  617. 


CHRONIQUE 


A  partir  du  présent  numéro  la  Romania  parait  à  la  librairie  Champion,  bien 
connue  par  ses  éditions  d'ouvrages  relatifs  à  l'Iiistoire  de  France.  La  maison 
Bouillon  n'existe  plus,  MM.  Champion  ayant  acheté  le  fonds  de  cette  librai- 
rie. Ce  n'est  pas  sans  regret  que  je  vois  disparaître  une  maison  qui,  sous  les 
noms  de  Brockhaus  et  Avenarius,  Franck,  Vieweg,  Hérold,  de  nouveau  Vie- 
weg,  et  Bouillon  (M.  Bouillon  était  le  gendre  de  M.  Vieweg),  a,  pendant  envi- 
ron trois  quarts  de  siècle,  rendu  à  nos  études  des  services  signalés,  et  à 
laquelle  se  rattachent  mes  plus  anciens  souvenirs.  C'est  dans  cette  librairie 
qu'ont  paru  de  1859  à  1862  les  publications  d'Hdelesland  du  Méril,  relatives 
aux  littératures  du  moyen  âge.  C'est  Vieweg  qui  édita,  en  1858,  la  deuxième 
édition  des  Graiimiaires  provençales  de  Guessard,  et,  à  partir  de  1859,  après  la 
chute  de  la  maison  Jannet,  le  recueil  des  anciens  poètes  de  la  France  '.  La 
même  maison  (alors  dirigée  par  Hérold)  publia,  en  1865,  mon  édition  de 
Flamenca.  M.  Vieweg  avant  repris  cette  même  année,  la  direction  de  la  mai- 
son, c'est  chez  lui  que  fut  publiée,  de  1866  à  1874,  la  Revue  critique,  fondée 
par  G.  Paris,  Ch.  Morel,  H.  Zotenberg  et  moi-même.  C'est  lui  enfin  qui 
entreprit,  en  1872,  la  publication  de  la  Romania,  pour  laquelle  nous  aurions 
alors  trouvé  difficilement  un  autre  éditeur.  La  plupart  des  livres  de  G.  Paris, 
à  commencer  par  sa  thèse  sur  le  rôle  de  l'accent  latin  en  français  (1862), 
portent  le  nom  de  Franck  ou  celui  de  Vieweg.  —  La  publication  de  la  Roma- 
nia se  poursuivra  chez  MM.  Champion  dans  les  mêmes  conditions  que 
devant.  —  P.  M. 

—  M.  Gustave  S.\ige,  archiviste  de  la  principauté  de  Monaco  et  correspon- 
dant de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  est  décédé  le  5  décembre 
dernier,  à  l'âge  de  soixante-sept  ans.  Ses  travaux,  consistant  principalement 
en  publications  de  textes  diplomatiques  du  moyen  âge,  ont  pour  objet  diverses 
parties  du  midi  de  la  France  et  surtout  la  principauté  de  Monaco,  qui  possède  de 
très  importantes  archives.  Ces  archives  n'ont  pas  un  caractère  exclusivement 
local  :  ce  sont  des  archives  de  famille  groupées  dans  le  même  dépôt  à  la  suite 


I.  Le  premier  volume.  Gui  de  Bourgogne,  etc.,  avait  paru,  en  1858,  dans  la 
Bibliothèque  el:^cvirienHe.  Il  parut  de  nouveau  en  1859,  avec  le  nom  de  Vie- 
vveK. 


CHRONIdUE  149 

d'alliances,  et  par  conséquent  ayant  des  origines  très  diverses.  Saige  en  avait 
entrepris  la  publication  aux  frais  du  prince  de  Monaco.  De  cette  collection  — 
qui,  nous  l'espérons,  sera  continuée  —  ont  paru  neuf  volumes  in-40.  Nous 
avons  rendu  compte  de  l'un  d'eux  qui  contient  le  cartulaire  de  la  seigneurie 
de  Fontenav-le-Marmion  (Calvados),  dans  notre  tome  XXIV,  p.  626. 

—  M.  Achille- Jacques-Arsène  Delboulle,  ancien  professeur  au  lycée  du 
Havre,  né  en  1834  à  Dancourt  (Seine-Inférieure),  est  mort  le  20  décembre  à 
Grandcourt  (Seine-Inférieure),  où  il  s'était  fixé,  après  avoir  pris  sa  retraite  de 
l'Université,  il  v  aune  dizaine  d'années.  Bien  qu'il  ne  fût  pas  un  profession- 
nel de  la  philologie  et  de  la  linguistique  et  que  son  éloignement  constant  de 
Paris  ne  lui  ait  pas  permis  de  pousser  au  dernier  point  de  perfection  tout 
ce  qu'il  a  publié  dans  le  domaine  de  nos  études,  il  a  droit  au  souvenir 
reconnaissant  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  l'histoire  de  la  langue  française. 
Avec  une  rare  abnégation,  il  avait  mis  à  la  disposition  de  Frédéric  Godefroy 
et  des  auteurs  du  Dictionnaire  gênerai  les  dépouillements  considérables  qu'il 
avait  faits  et  qui  avaient  surtout  porté  sur  les  livres  du  xvr  siècle  conservés  à 
la  bibliothèque  de  Rouen.  Collaborateur  assidu  de  la  Revue  critique,  de  la 
Rotnaniii  et  de  la  Revue  iVhistoire  littéraire  de  la  France,  il  avait  en  outre 
publié  les  ouvrages  suivants  :  Glossaire  de  la  vallée  d'Yères  (Havre,  1876); 
Matériaux  pour  servira  Vhistorique  dti  français (Pa.ris,  Champion,  1880)  ;  Join- 
ville,  Hist.  (/^  .f(//«^ilo»/5,  édition  classique  précédée  d'une  étude  sur  la  langue, 
(Paris,  Dupont,  1882);  Les  Fables  de  La  Fontaine,  additions  à  l'histoire  des 
fables,  avec  notes  littéraires  et  lexicographiques  (Paris,  Bouillon,  1891),  etc. 
Le  Recueil  Je  vieux  mots  qu'il  projetait  (et  auquel  renvoie  souvent  le  Diction- 
naire général)  n'avantpaspu  trouver  d'éditeur,  il  l'avait  réparti  entre  la  Roma- 
nia  et  h  Revue  d'histoire  littéraire.  Nous  donnerons  prochainement  la  fin  de 
ses  Mots  obscurs  et  rares;  il  faut  espérer  que  la  Revue  d'histoire  littéraire  ne 
négligera  pas  la  part  qui  lui  était  échue  et  qu'elle  a  commencé  à  publier  dès 
la  première  année  de  son  existence  (1894),  sous  le  titre  de  Notes  lexicologiques; 
malheureusement,  on  est  loin  de  la  fin  puisque  len«  d'octobre-décembre  1905 
ne  contient  que  les  mots  commençant  par  la  lettre  F.  —  A.  Th. 

—  M.  Bernard  Prost,  ancien  archiviste  du  Jura,  inspecteur  général  des 
bibliothèques  et  archives,  est  décédé  le  8  décembre  dans  sa  cinquante-septième 
année.  Il  est  l'auteur  de  divers  travaux  relatifs  à  l'histoire  de  la  Franche- 
Comté  et  à  l'histoire  des  arts,  dont  plusieurs  fournissent  des  éléments  nou- 
veaux et  importants  pour  la  lexicographie  française.  Nous  signalerons  notam- 
ment i>  Trésor  deVahlmye  de  Saint-Bénigne  de  Dijon,  que  nous  avons  annoncé 
en  son  temps  (XXIII,  492),  et  ses  Inventaires  mobiliers  et  extraits  des  comptes 
des  ducs  de  Bourgogne  de  la  maison  de  Valois  (i  365-1477),  dont  le  tome  1er 
(Philippe  le  Hardi,  1 363-1 377)  a  paru,  en  trois  fiiscicules,  de  1902  à  1904. 
On  y  peut  relever  un  très  grand  nombre  de  mots  qui  ne  figurent  pas  dans  les 
dictionnaires. 

—  M.  H.  L.  Ward,  ancien  conservateur  adjoint  au  département  des 
jlKinuscrits  du  Musée  brit^nnicjue,  où  jl   était  çntré  en   1849,   est  décédé  Iç 


150  CHRONIQUE 

28  janvier  1906  à  l'âge  de  81  ans.  Il  ét::lt  particulièrement  versé  dans  l'étude 
des  légendes  du  moyen  âge.  Il  connaissait  mieux  que  personne  le  cycle  bre- 
ton. II  avait  éludié  de  première  main  les  récits  latins,  gallois,  français, 
anglais  qui  se  sont  groupés  autour  du  roi  Arthur  de  Bretagne  et  des  cheva- 
liers de  la  Table  ronde.  En  outre,  il  s'était  livré  à  des  recherches  approfon- 
dies sur  les  légendes  pieuses  et  sur  les  miracles  de  Notre-Dame,  comme  on 
peut  le  voir  en  certaines  parties  de  son  Qitalogue  of  Romances.  A  ces  études  se 
rattache  sa  publication  de  la  vision  de  ThurkiW,  Journal  of  the  British  Archaro- 
logical  association,  XXXI  (1875),  420-449.  D'un  naturel  timide,  se  défiant  de 
lui-même,  il  se  décidait  difficilement  à  communiquer  au  public  les  résultats 
de  ses  études.  Aussi,  en  dehors  du  mémoire  précité  et  d'un  autre  (Laihkeu 
or  Merlin  Silvesier)  qui  a  été  publié  dans  la  Romania,  XXII,  504,  ne  peut-on 
citer  de  lui  qu'un  ouvrage  :  le  Catalogue  of  romances  in  the  âepartnient  of 
manuscripts  in  the  British  Muséum  (Londres,  1883-1893,  deux  vol.  in-80), 
bien  connu  de  tous  les  érudits  qui  s'occupent  de  la  littérature  du.  moyen  âge. 
G.  Paris  s'en  est  beaucoup  servi  et  y  renvoie  souvent  dans  sa  Littérature  fran- 
çaise au  moyen  âge.  C'est  une  œuvre  inégale,  où,  à  propos  de  certains  manu- 
scrits qui  l'intéressaient  particulièrement,  l'auteur  introduit  de  véritables  dis- 
sertations pleines  de  faits  et  d'idées,  tandis  que  pour  d'autres  il  se  borne  à  de 
sèches  notices.  Depuis  qu'il  avait  pris  sa  retraite,  en  1893,  Ward  n'avait  rien 
publié,  et  il  faut  le  regretter,  car  sur  beaucoup  de  points  de  l'histoire  litté- 
raire, du  moyen  âge  il  avait  fait  des  recherches  dont  les  résultats  seront 
probablement  perdus  pour  la  science.  —  P.  M. 

—  La  GeseUschaft  fïtr  romanische  Literatur  a  mis  sous  presse  une  édition  du 
Libre  de  Alexandre  d'après  le  manuscrit  de  Paris.  L'éditeur,  M.  Morel-Fatio, 
consacrera  ensuite  un  fascicule  de  la  Bibliothèque  de  V École  des  Hautes  Études  à 
l'examen  du  texte  de  ce  manuscrit  comparé  à  celui  de  Madrid  et  reprendra 
toutes  les  questions  traitées  dans  la  dissertation  sur  ce  poème  qu'a  publiée  la 
Romania  en  1875  dans  son  quatrième  volume. 

—  M.  J.  Atkinson  Jenkins,  professeur  à  l'Université  de  Chicago,  connu  par 
son  édition  du  Purgatoire  de  Marie  de  France,  nous  annonce  qu'il  prépare 
une  édition  du  poème  champenois  sur  le  psaume  Eructavit,  d'après  les  qua- 
torze mss.  qu'on  en  connaît  (cf.  Romania,  VI,  9,  et  XXIII,  502). 

—  La  maison  Bailly-Baillière  et  fils  à  Madrid  a  entrepris  la  publication  d'une 
Nueva  Biblioteca  de  autores  espaùoles  destinée  à  continuer  l'ancienne  Biblioteca  de 
autoresespaiioles  de  l'éditeur  Rivadeneyra.  Le  moyen  âge  n'était  représenté  dans 
l'ancienne  collection  que  par  deux  volumes  de  poètes  et  de  prosateurs  anté- 
rieurs au  xyc  siècle,  trois  de  chroniques  du  xiii^  à  la  fin  du  xv^,  un  volume 
de  Livres  de  chevaleries  et  un  autre  consacré  à  la  Gran  conquista  de  Ultramar. 
En  général,  mal  transcrits  et  mal  publiés,  les  textes  de  ces  éditions  ne 
peuvent  pas  servir  à  l'étude  de  la  langue,  et  le  vœu  a  souvent  été  exprimé  en 
Espagne  et  ailleurs  qu'ils  fussent  réédités.  La  Nue-va  Biblioteca,  placée  sous  la 
direction  de  D.  Marcelino  Menéndez  Pelayo  qui  s'est  adjoint  plusieurs 
érudits  qualifiés,  se  propose  d'abord  d'éditer  des  ouvrages  qui  ne  figurent 


CHRONIQUE  151 

pas  dansRivndcnevra,  puis  aussi  de  republier  ceux  dont  le  texte  a  été  particu- 
lièrement maltraité  par  les  précédents  éditeurs.  Parmi  les  ouvrages  sous 
presse  et  qui  intéressent  le  mo\en  âge,  il  faut  signaler  la  Crôiiica  vri'iieral 
d'Alphonse  le  Savant  par  D.  Ramon  Menéndez  Pidal,  et  deux  volumes  de 
Livres  de  chevaleries  par  D.  Aldolfo  Bonilla.  Le  tome  I^r  de  \nNtieva  Bihlioleca 
qui  vient  de  paraître  contient,  sous  le  titre  de  Origenes  de  la  Novela,  une  longue 
étude  de  M.  Menéndez  Pelavo  sur  l'histoire  du  roman  espagnol,  depuis  les 
récits  orientaux  et  le  roman  chevaleresque  jusqu'à  la  nouvelle  pastorale, 
étude  qui  doit  servir  d'introduction  à  un  recueil  de  nouvelles  telles  que  la 
Diana  deMontemayor,  la  Cdrcel  de  Anior  de  Diego  de  San  Pedro  et  d'autres. 
Si  toutes  les  introductions  de  la  nouvelle  bibliothèque  ressemblent  à  celle-ci, 
l'entreprise  sera  certainement  couronnée  de  succès.  —  La  Ntieva  Biblioteca  se 
publie  en  volume  in-40  espagnol,  à  deux  colonnes,  au  prix  très  abordable  de 
12  pesetas  le  volume.  —  A.  M. -F. 

—  D.  Adolfo  Bonilla  y  San  Martin  vient  de  donner  dans  la  Bihliotheca  hispa- 
nka  (t.  XIV,  Barcelone  et  Madrid,  1904)  une  nouvelle  édition  de  la  version 
espagnole  du  xiii^  siècle  du  Sùidihdd,  publiée  d'abord  par  M.  D.  Comparetti 
dans  ses  Ricerche  intonio  al  lihro  di  Svidibdd,  Milan,  1869,  puis,  en  1882, 
par  la  Folk-Lore  Society  de  Londres.  L'éditeur  a  coUationné  à  nouveau  le 
manuscrit  provenant  de  la  bibliothèque  du  comte  de  Puiïonrostro,  qui  fut 
acquis  par  le  libraire  Krapf,  de  Vigo,  et  qu'a  racheté  après  la  mort  de  ce 
dernier  l'Académie  Espagnole.  Ce  manuscrit  est  d'une  très  bonne  écriture 
de  la  première  moitié  du  xv«  siècle  qui  ne  présente  aucune  difficulté  de 
lecture.  Cependant,  M.  Bonilla  ne  l'a  pas  toujours  exactement  transcrit. 
En  comparant  le  fac-similé  du  fol.  73  r°  avec  son  texte,  on  s'aperçoit  qu'il 
n'a  pas  reconnu  la  forme  particulière  et  bien  connue  que  les  scribes  de  cette 
époque  donnent  au  ;^  :  il  l'a  prise  pour  s.  Ainsi  dans  cette  page,  il  faut  lire 
yaiieiido,  faier,  contera,  de^ir,  fiiiestes,fiuia,fai,  etc.,  au  lieu  deyasieiido^faser, 
œiitesa,  etc.  Si  ce  manuscrit  a  été  matériellement  bien  exécuté,  il  nous  offre 
un  assez  mauvais  texte  où  bien  des  phrases  sont  inintelligibles.  Un  lecteur 
du  xvie  siècle,  qui  avait  sans  doute  sous  les  yeux  une  autre  copie,  a  corrigé 
çà  et  là  des  fautes  et  mis  des  leçons  qu'il  estimait  meilleures,  en  interligne. 
M.  Bonilla  a  accueilli  ces  corrections  dans  son  texte,  ce  qui  ne  se  justifie 
pas  toujours.  Ainsi  au  fol.  73  r°  muerto  ne  vaut  pas  mieux  que  matado, 
ni  tnixolo  que  aduxolo.  En  tout  cas,  il  ne  fallait  pas  introduire  dans  un  écrit 
du  xiiic  siècle  des  formes  verbales  telles  que  seayset  sai'eys.  Dans  son  glossaire, 
M.  Bonilla  explique  le  mot  ynchahi  par  l'arabe,  mais  les  mots  arabes  qu'il 
cite  ne  peuvent  donner  le  sens  de  «  menace  «.  Je  crois  le  passage  altéré,  et 
il  y  a  lieu  de  supposer  que  cet  ynchala  répond  au  subjonctif  de  incaJer  qu'on 
trouve  dans  le  Lihro  de  Alexandre  et  ailleurs.  —  A.  M. -F. 

—  M.  W.  Foerster  nous  a  envoyé,  à  propos  de  quelques  observations  de 
la  Romania  (XXXII,  341,  et  XXXIII,  433)  sur  une  communication  faite  par 
lui  au  Congrès  historique  tenu  à  Rome  en  1903,  une  réponse  trop  longue  et 
trop  personnelle  pour  qu'il  soit  possible  dç  l'insérer  ici.  Les  points  essentiels 


152  CHRONIQUE 

de  cette  réponse  sont  les  suivants  :  M.  F.  pense  que  la  présence  de  quelques 
documents  authentiques  parmi  les  taux  d'Arborea  a  une  importance  réelle 
que  j'ai  eu  tort  de  méconnaître;  que  de  plus  ces  documents  sont  par  eux- 
mêmes  fort  intéressants;  enfin  que  c'est  à  lui  qu'appartient  le  mérite  de  les 
avoir  découverts'.  En  même  temps  M.  V.  nous  fait  savoir  que  son  mémoire 
entier  (la  communication  de  Rome  n'était  qu'une  esquisse)  a  paru  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  de  Turin  (2^  série,  t.  LV').  Je  dois  ajouter  que  les 
observations  que  je  résume  sans  les  discuter  ont  déjà  paru  dans  la  Zeitschr.f. 
rom.  PhiL,  XXIX,  250-5.  Comme  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  le  dire,  je 
décline  toute  polémique  avec  M.  Foerstcr.  —  P.  M. 

—  Livres  annoncés  sommairement  : 

Chresloiiiiilhie  de  l' ancien  français  (viii'-'-xvc  siècle)  accompagnée  d'une  gram- 
maire et  d'un  glossaire,  par  K.  Bartsch.  Huitième  édition,  revue  et  corri- 
gée par  A.  HoKKiNG.  Leipzig,  Vogel,  1904.  Gr.  in-S",  744  col.  —  Cette 
nouvelle  édition  ne  diffère  pas  très  sensiblement  de  la  sixième  (voir  Rom., 
XXIV,  63})  et  de  la  septième,  aussi  revues  par  M.  Horning.  Çà  et  là 
quelques  améliorations,  dues,  en  partie,  à  divers  critiques.  Mais  il  y  a 
encore  bien  des  textes  dont  la  constitution  pourrait  être  améliorée. 

//  PoiUglioue  cli  re  Alfonso.  Firenze,  tip.  Galileiana,  1904.  In-8°,  23  pages 
(Nozze  d'Ancona-Cardoso).  —  L'auteur  de  cette  publication  nuptiale  est 
notre  collaborateur  M.  P.  Rajna,  qui  rappelle,  dans  une  lettre  à  M.  Paolo 
d'Ancona,  les  publications  faites  en  1871  à  l'occasion  du  mariage  du  père 
de  celui-ci,  M.  Al.  d'Ancona.  Le  roi  Alphonse  dont  il  est  ici  question  est 
Alphonse  le  magnanime,  roi  d'Aragon,  de  Naples  et  de  Sicile.  La  publica- 
tion de  M.  Rajna  consiste  en  tercets  italiens,  composés  vers  1450,  pour 
être  placés  au-dessous  des  personnages  figurés  sur  un  riche  pavillon  oftert 
au  roi  par  la  cité  d'Aquila.  Le  texte  n'est  pas  toujours  très  clair.  M.  Rajna 
s'est  efforcé  de  le  corriger  et  de  l'expliquer  dans  une  série  de  notes  qui 
occupent  les  pages  19-23. 

Can~one  tParnore  di  un  antico  rimatore  pisano,  édita  da  L.  Biadene.  Pisa, 
Mariotti,  1904.  In-80,  22  p.  (Nozze  d'Ancona-Cardoso).  —  Nouvelle  édi- 
tion, avec  commentaire  détaillé,  de  deux  pièces  assez  difficiles  de  Panuccio 
dal  Bagno  et  de  Meo  Abbraciavacca,  la  seconde  étant  une  imitation  ou  plu- 
tôt un  rifaciinento  de  la  première.  Introduction  en  forme  de  lettre  adressée 
à  M.  Al.  d'Ancona. 

DiNO  COiMPAGNi.  Chronique  des  événements  survenus  de  mon  temps.  Traduction 
annotée  par  Ch.    Weiss.  Paris,   Ch.  Foulard  [1905],  In-80,  166  pages.  — 


1.  Un  savant  professeur  italien,  fort  au  courant  de  la  question,  m'avait  dit 
au  moment  de  la  conférence  que  l'existence  de  ces  documents  était  déjà 
connue,  mais  j'admets  volontiers  l'erreur. 

2.  Ce  volume,  que  je  recevrai  certainement  comme  associé  dç  cçttç  Acadé- 
mie, ne  m'est  pas  encore  parvenu, 


CHRONIQUE  153 

La  traduction  est  faite  d'après  la  petite  édition  de  M.  Is.  del  Lungo;  l'an- 
notation est  empruntée  à  la  même  source,  et  comme  il  n'y  a  pas  de  table 
dans  cette  édition,  il  n'v  en  a  pas  non  plus  dans  la  traduction  de  M.  Ch. 
Weiss. 

Miscelhviea  di  shidi  storici  e  ricerche  critiche  raccolta  per  cura  délia  commis- 
sione  per  le  onoranze  al  patriarca  Paolino  d'Aquileia,  ricorrendo  l'xi  cente- 
nario  dalla  sua  morte.  Milano,  Hoepli,  1.905.  In-40,  129  pages.  —  Cette 
publication,  tirée  à  250  exemplaires,  est  mentionnée  ici  parce  qu'il  s'y 
trouve  (pp.  25-33)  u"  mémoire  de  M.  F.  Novati  intitulé  «  Paolino  d'Aqui- 
leia, la  cura  délia  metrica  ed  il  timoré  délie  censure  ne'  poeti  carolingi  ». 
Les  autres  mémoires  sont  étrangers  à  nos  études. 

Fr.  Novati,  Attravcrso  il  iiiedio  ez'o.  Bari,  G.  Laterza  e  figli,  1905.  In-80, 
415  pages.  —  Ce  volume  est  formé  des  articles  suivants,  qui  ont  tous  paru 
à  diverses  époques  en  différents  recueils  périodiques,  et  dont  quelques-uns 
ont  été  mentionnés  en  leur  temps  dans  la  Roiiiania  :  1.  Un  poema  francescano 
del  dtii;euto.  —  IL  //  Loiidnirdo  e  la  Luiiiaca  (cf.  Roman  in,  XXIH,  628).  — 
III.  Il  pdssato  di  Mcfistofcle.  —  IV.  Il  frannuento  Papafava  (cf.  Romanla, 
XIX,  156).  —  V.  /  detlî  d'anioie  d'nna  coiitessa  pisana.  —  VI.  /  codici 
francesi  dei  Gon^iaga  (art.  publié  d'abord  dans  la  Romania,  XIX,  161).  — 
VIL  Le  poésie  siilla  natura  délie  frutta  e  i  canterini  di  Fireii~e  (cf.  Rom., 
XXIIL  279).  —  VIII.  Unavecchiacan-one  a  hallo  (Madonna  Pollaiola).  Une 
table  des  noms  et  des  matières  termine  cet  intéressant  volume,  qui  est 
dédié  à  la  mémoire  de  G.  Paris.  M.  N.  ne  s'est  pas  contenté  de  réimprimer 
ces  divers  mémoires  :  il  les  a  complétés  et  enrichis  de  notes  nouvelles.  A 
propos  des  vers  sur  la  vanité  des  biens  du  monde,  cités  p.  84  (Si  tibi  pul- 
cra  domus  et  splendida  viensa,  quid  inde  ?...),  on  peut  signaler,  à  titre  de 
rapprochement  une  suite  de  vers  sur  le  même  sujet  et  commençant  de 
même,  publiés  dans  la  Bihl.  de  VÈc.  des  ch.,  LUI,  146,  d'après  un  ms.  de 
Privas.  ■ —  Pour  les  vers  Dicavi  quid  sit  avwr...,  attribués  à  Jean  de  Gar- 
lande,  et  imités  d'un  passage  du  De  plancUi  Natura'  d'Alain  de  Lille,  cf. 
Bihl.  de  TEC.  des  ch.,  LXV,  104.  —  P.  M. 

La  Vierge  Marie  dans  la  littérature  française  et  provençale  du  moyen  âge,  par 
le  chanoine  A.  Lepitre.  Lyon,  E.  Vitte,  1905.  In-80,  43  pages  (Extrait 
àtV  Université  catholique).  —  Conférence  pour  le  grand  public.  L'auteur 
qui  est  bien  informé,  mais  était  obligé  de  se  maintenir  dans  les  généralités 
et  de  se  borner  à  quelques  citations,  commence  à  Wace,  dit  quelques 
mots  des  miracles  de  la  Vierge  et  termine  aux  Puys  Notre-Dame. 

The  farce  oj  Master  Pierre  Pathelin,  composed  bv  an  unknovvn  author  about 
1469  A.  D.,  englished  by  Richard  Holbrook.  Illustrated  with  fac-similés 
of  the  woodcuts  in  the  édition  of  Pierre  Levet,  Paris,  ca.  1489.  Bos- 
ton and  New  York,  Houghton  Mifflin  and  C",  1905.  In-80,  xxxviii- 
116  pages.  —  Cet  élégant  volume,  sorti  de  la  célèbre  Riverside  Press  à 
Cambridge  (Mass.),  nous  apporte  un  nouveau  témoignage  du  zèle  et  de  la 
compétence  avec  lac^uelle  notre  vieillç  littérature  est  étudiée  de  l'autre  côté 


1)4  CHRONIQUE 

de  l'Océan.  La  traduction  est  faite  d'après  l'édition  de  Guillaume  Le  Roy 
(Lyon,  vers  i486)  supposée  la  première,  et  dont  on  ne  connaît  plus  qu'un 
exemplaire  auquel  manquent  quelques  feuillets,  qu'on  a  restitués  d'après 
une  autre  édition.  L'édition  de  Pierre  Levct,  dont  les  gravures  sur  bois 
sont  ici  reproduites  exactement  pour  la  première  fois,  est  également  un 
livre  unique.  Ajoutons  que  M.  H.  ne  s'en  est  pas  tenu  exclusivement  au 
texte  de  Le  Roy,  qui  n'est  pas  exempt  de  fautes  :  sa  préface  et  ses  notes 
montrent  qu'il  est  bien  au  courant  des  travaux  dont  la  célèbre  farce  a  été 
le  sujet.  Sa  traduction  est  aussi  exacte  qu'elle  peut  l'être  si  on  considère 
qu'il  y  a  dans  la  farce  nombre  de  jeux  absolument  intraduisibles. 
M.  R.  Holbroock  a  dû  souvent  recourir  à  des  équivalents.  Peut-être  aurait- 
il  dû  multiplier  les  notes  pour  indiquer  la  valeur  des  expressions  qu'il  ne 
pouvait  traduire.  Ainsi  une  note  n'aurait  pas  été  inutile  pour  les  vers  ; 
. .  n^ouhJiei  ptis  a  boire.  Si  vous  trouve'  Martin  Garaut,  imparfaitement 
rendus  par  «  and  don't  forget  vour  dram,  if  you  can  corne  bv  it  for 
nothing  »  (p.  8);  cf.  Ronhiuia,  XXX,  432.  Mais,  en  somme,  cette  traduc- 
tion est  très  digne  d'éloges.  —  P.  M. 
Le  Folk-hre  de  France,  par  Paul  Sebillot.  T.  II,  La  mer  et  les  eaux  douces. 
Paris,  Librairie  orientale  et  américaine,  1905.  In-80,  478  pages.  —  Le 
tome  h''  de  ce  précieux  recueil  des  croyances  et  superstitions  populaires  de 
notre  pays  a  paru  en  1904  :  nous  l'avons  annoncé  en  son  temps  (XXXIV, 
133).  On  voit  que  le  second  suit  à  peu  d'intervalle.  Ce  volume  est  divisé, 
comme  l'annonce  le  titre  en  deux  livres  :  1°  la  mer,  2°  les  eaux  douces. 
Dans  le  premier  livre  sont  étudiés  en  huit  chapitres  :  I,  la  surface  et  le 
fond  de  la  mer;  II,  les  envahissements  de  la  mer  (étude  approfondie  des 
traditions  relatives  à  la  submersion  de  la  ville  d'Is);  III,  les  îles  et  les 
rochers  en  mer;  IV,  la  ceinture  du  rivage  ;  V,  les  grottes  marines;  VI, 
le  bord  de  l'eau  ;  VII,  les  navires  légendaires;  VIII,  observances  et  vestiges 
de  culte.  Les  cinq  chapitres  du  livre  II  sont  intitulés  :  I,  les  fontaines  ; 
II,  la  puissance  des  fontaines";  III,  les  puits;  IV,  les  rivières  ;  V,  les  eaux 
dormantes.  Les  observations  générales  que  nous  avons  faites  sur  le  premier 
volume  pourraient  être  répétées  à  propos  du  second.  II  y  aurait  aussi  lieu 
à  des  critiques  plus  particulières.  Ainsi  c'est  à  tort  (p.  81,  etc.)  que  la 
Légende  dorée  est  citée  par  volume  et  par  page  :  il  faut  naturellement  indi- 
quer le  chapitre,  puisque  l'ouvrage  est  divisé  en  chapitres,  afin  qu'on  puisse 
se  référer  à  toutes  les  éditions  ou  traductions.  Et  puis  il  vaudrait  mieux 
citer  les  vies  plus  anciennes  publiées  par  les  BoUandistes  ou  d'autres.  Trop 
souvent  M.  S.  cite  des  ouvrages  de  seconde  main  quand  il  serait  facile  de 
recourir  aux  originaux.  Saluons, pp.  197,  225,  l'immortel  «  Robert  Wace  ». 
Quoi  qu'il  en  soit,  ce  recueil  est  infiniment  précieux,  non  pas  seulement 
parce  qu'il  résume  d'immenses  lectures,  mais  surtout  parce  que,  sur  beau- 
coup de  points,  il  donne  le  résultat  de  recherches  personnelles,  principa- 
lement pour  la  Bretagne.  Il  faut  surtout  louçr  la  peine  que  M,  S,  s'çs; 


CHRONIQUE  155 

donnée  pour  vérifier  ou  faire  vérifier  certains  récits  dus  à  des  littérateurs 
d'une  véracité  suspecte.  —  P.  M. 
Chants  et    chansons  popithires  du  Laiii^uedoc,  recueillis   et  publiés,    avec   la 
musique  notée  et  la  traduction  française  par  Louis  Lambert,  tomes  I  et  IL 
Paris,  Welter,  1906  (paru  en  rgoj).  In-8",  viii-389  et  347  pages.  —  Ces 
deux  volumes  sont  le    complément  et  la  suite  d'un  précédent  recueil  de 
«  Chants    populaires  du  Languedoc  »  publié  d'abord   dans  la  Revue  des 
huic^ties  romanes,   puis  à  part  (1880),  par  MM.  A.  Montel  et  L.  Lambert. 
M.   Montel  s'étant  trouvé,  par  suite  de  maladie,  dans  l'impossibilité  de 
continuer  son  concours  à    l'œuvre  commune,  M.    Lambert  s'est  décidé  à 
reprendre  seul   la  publication.  Le  recueil  n'y  a  rien    perdu.  Nous   avions 
annoncé  fiivorablement  (Rom.,  IX,  634)  le  volume  de  1880;  les  deux  tomes 
qui  viennent  de  paraître  méritent  les  mêmes  éloges.  Il   y  a  même  un  cer- 
tain progrès,    en  ceci  que  dans  le  précédent  recueil  il  y  avait  quelquefois 
des  rapprochements  inutiles  ou   non  fondés,  reproche  qui   ne  saurait  être 
adressé  à  celui-ci.  Les  textes  sont  bien  établis,  les  variantes  bien  indiquées; 
la  division  est  judicieuse  et  commode;  de  plus,  presque  tout  est  nouveau, 
car  une  faible  partie  seulement  de  cette  seconde  série  a  paru  dans  la  Revue 
des  langues  romanes.  En  somme,  nous  avons  là  une  des  meilleures  collections 
de  chants  populaires  qui  aient  été  publiées  jusqu'à  ce  jour.  La  matière  ne 
paraît  pas  épuisée,  car  on  lit  à  la  dernière  page  :  «  Fin  du  tome  deuxième  «. 
Nous  espérons  qu'il  v   aura   un  troisième   volume,   contenant  une  table 
générale  des  pièces  indiquées  par  leur  premier   vers. 
La  Poesi'a  popolare  italiana.  Studj  di  Alessandro  d'Ancona,  seconda  edizione 
accresciuta.    Livorno,    Raffaello  Giusti,   1906  (paru  en  1905).  In-12,  viii- 
571.  —  Cette  seconde    édition  d'un   ouvrage   dont  l'éloge  n'est  plus   à 
faire,  sera  bien  accueillie  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  la  poésie  popu- 
laire en  Italie  et  hors  d'Italie.  Le  caractère  de  l'ouvrage,  qui  se  compose 
d'unesérie  d'études  indépendantes,  comme  l'indique  le  titre,  a  été  conservé, 
mais  les  additions  sont  considérables  et  devaient  l'être,  puisque  la  première 
édition  est  de   1878.    L'une  de  ces  additions  consiste  en  un   recueil  de 
Stramhotli  de  Giustiniani,  qui,  bien  qu'imprimé  plusieurs  fois  (la  première 
édition  est  de   la  fin  du   xv^  siècle  ou  du  commencement  du  xvi''),  était 
devenu  très  rare.  L'ouvrage  serait  plus  commode  à  consulter  si  les  différents 
chapitres  dont  il  se  compose    étaient  précédés   de  titres  sommaires  qui 
auraient   pu  être  reproduits  à  la  fin  du  volume,  en  forme  de  table. 
Le  Tristan  et  le  Palamède  des  mss.  français   du   British  Muséum.   Étude  cri- 
tique par  E.  LôsETH.  Christiania,].  Dybwad,    1905.  Gr  in-80,  38  pages 
(Extrait   de     Vidcnskahs-Selskahets    Skrifter.  Histor.     Filos.  Klasse     1905, 
no  4).  —  Ces    mss.,  déjà  décrits  par  Ward  dans  le  t.  I  de  son  Catalogue 
of  Romances,  sont  au  nombre  de  huit.  M.  L.  les  étudie  en  les  comparant 
aux  mss.  des   bibliothèques  de  Paris   utilisés   dans  ses   recherches  sur  le 
roman  en  prose  de  Tristan  {Bihl.  de  l'Èc.  des  Hautes-Etudes,  1890,  fasc.  82). 
11  reconnaît  «  que  les  mss.  de  Londres  n'apportent  pas  un  contingent  bien 


156  CHRONIQ.UE 

important  à  l'étude  des  romans  de  Tristan  et  de  Palamède  »  (p.  32).  En  termi- 
nant il  présente  diverses  objections  aux  vues  exprimées  par  M.  Parodi  à 
propos  du   Trislano  RiccanJiano  (cf.  Ronniiiia,  XXV,  634). 

Dcr  Soldmr  (soudoyer)  iin  MUtdaltcr,  nach  den  franzôsischcn  (und  proven- 
zalisclien)  Heldenepen...  von  Ernst  Neumanx,  Marburg,  19O).  In  8", 
162  p.  (dissertation  de  Marbourg).  —  Travail  mal  composé  et  pauvrement 
rédigé,  formé  essentiellement  de  citations  dont  un  grand  nombre  n'ont 
aucun  rapport  avec  le  sujet  traité.  L'auteur,  en  commençant,  se  perd  en 
observations  inutiles  (et  d'ailleurs  toutes  de  seconde  main)  sur  la  compo- 
sition des  armées  et  sur  le  service  militaire  au  moyen  âge.  Partout  il  cite 
des  textes  qui  se  rapportent  à  la  guerre,  aux  troupes,  mais  non  aux  sou- 
doyers  proprement  dits.  Ces  textes  il  les  met  tous  sur  le  même  rang,  sans 
tenir  compte  des  différences  de  date.  Le  sujet  est  à  reprendre  et  ne  peut 
être  traité  que  par  un  homme  ayant  la  pratique  de  la  méthode  historique. 
Et  il  ne  faudra  pas  se  contenter  des  témoignages  offerts  par  les  chansons 
de  geste  :  il  sera  nécessaire  d'utiliser  d'autres  textes,  par  ex.  les  poésies  de 
certains  troubadours. 

La  Plainte  d'Amour,  poème  anglo-normand  publié  pour  la  première  fois  par 
Johan  VisiNG.  Gôteborg,  1905.  In-So,  65  p.  —  La  Plainte  d'Amour  est  un 
poème  en  169  strophes  de  six  vers  dont  la  Romania  s'est  occupée  à  plu- 
sieurs reprises  (voir  par  ex.,  XXIX,  4),  signalant  les  mss.  qu'on  en  possède 
et  faisant  ressortir  la  valeur  littéraire  de  cette  composition.  L'édition 
de  M.  J.  Vising,  est  satisfaisante  en  ce  qui  concerne  le  texte,  reproduit 
d'après  le  meilleur  ms.  (Harl.  273),  et  corrigé  çà  et  là  d'après  les  autres 
mss.  dont  les  variantes  sont  soigneusement  données.  Peut-être  eût-il  été 
désirable  d'aller  plus  loin  dans  la  voie  de  la  correction.  Les  13  pages  de 
la  préface  sont  entièrement  occupées  par  une  étude  sur  le  rapport  des  mss., 
qui  —  M.  V.  ne  le  dissimule  pas  —  n'aboutit  à  aucun  résultat  certain. 
Comme  il  arrive  ordinairement  pour  les  ouvrages  souvent  copiés,  un  clas- 
sement précis  des  mss.  est  impossible.  On  aurait  désiré  que  M.  V.  nous 
donnât  son  avis  sur  la  date  du  poème,  qu'il  en  étudiât  le  style  et  la  versifica- 
tion, qu'il  en  fît  ressortir  l'intérêt  ;  qu'enfin  il  expliquât,  en  note  ou  dans 
un  court  glossaire,  certaines  expressions  qui  embarrasseront  tout  lecteur 
non  versé  dans  la  connaissance  des  institutions  anglaises.  —  P.  M. 

Gormond et  Isembart.  Reproduction  photocollographique  du  manuscrit  unique 
II,  181  de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique,  avec  une  transcription  lit- 
térale par  Alphonse  B.wot.  Bruxelles,  Misch  et  Thron,  1906.  In-40, 
xxiii  pages  et  8  planches  (Publication  de  la  Revue  des  Bibliothèques  et 
archives  de  Belgique).  —  Utile  publication  d'un  prix  modéré  qui  pourra 
utilement  servir  de  base  à  des  exercices  paléographiques  et  philologiques 
dans  un  cours  d'ancien  français.  On  y  trouve  d'abord  une  description  du 
ms.,  des  détails  sur  son  histoire  depuis  le  moment  de  sa  découverte  par 
Mgr  de  Ram,  qui  le  confia  à  Reiffenberg  à  qui  est  due  la  première 
cdilion,  puis  la   bibliographie   des    travaux  dont  il   a  été  l'objet  ;  çnfin 


CHRONiaUE  157 

une  transcription  très  exacte  fait  suite  au  fac-similé  des  quatre  feuillets 
dont  se  compose  le  fragment.  Ce  fac-similé  n'est  que  passable ,  mais  il 
faut  dire  que  l'état  du  parchemin,  souillé  par  places,  ne  permettait  guère 
défaire  mieux.  M.  Bavot  eût  augmenté  la  valeur  de  sa  publication,  et  ne 
l'eût  pas  sensiblement  allongée,  en  indiquant  en  note  les  corrections  qui 
ont  été  proposées  par  divers  savants  pour  les  passages  corrompus  qui  ne 
sont  pas  rares  dans  ce  texte.  Les  mots  qui  se  lisent  dans  la  marge  exté- 
rieure du  feuillet  2  v»  (Johunnes  Marcscaîlus...)  ne  sont  pas  du  xvi^  siècle, 
comme  il  est  dit,  p.  m,  mais  de  la  seconde  moitié  du  xiii'^.  —  P.  M. 

Coiiconlaiiia  délie  opère  italiaiie  in  prosa  e  del  caniiotiere  di  Dante  Alighieri, 
pubblicata  per  la  Società  dantesca  di  Cambridge,  Mass.,  a  cura  di 
E.  S.  Sheldox,  coir  aiuto  di  A.  C.  White.  Oxford,  nella  stamperia 
deir  Universita,  1905.  —  In-8°,  viij-740  pages.  —  Cette  concordance, 
oeuvre  qui  fait  le  plus  grand  honneur  à  la  patience  et  à  la  diligence  des 
deux  auteurs,  est  le  digne  pendant  de  la  Concordance  de  la  divine  Comé- 
die publiée  à  Boston  en  1888,  par  E.  A.  Fay.  C'est  un  instrument  de 
travail  sûr  et  commode.  Les  citations  en  vers  et  celles  en  prose  forment 
deux  séries  alphabétiques  qui  se  suivent,  l'une  au-dessous  de  l'autre,  sur  les 
mêmes  pages.  Il  reste  à  faire  le  même  travail  sur  les  écrits  latins.  On 
voit  par  cette  magnifique  publication  que  les  Etats-Unis  rivalisent 
de  zèle  avec  l'Italie,  l'Angleterre,  l'Allemagne  pour  les  études  dan- 
tesques. 

Le  tournoi  de  Chaiivency  en  128^ .  Etude  sur  ht  société  et  les  mœurs  chevaleresques 
au  Xllh  siècle,  pa.r  E.  DuvERNOY  etR.  Harmand.  Paris  et  Nancy,  Berger- 
Levrault,  1905.  In-80,  51  pages  (Extrait  de  \a.  Revue  de'  VEst).  —  La  pre- 
mière édition  (1855)  du  poème  de  Jacques  Bretel  sur  le  Tournoi  de  Chau- 
vency  était  fort  défectueuse  :  elle  reproduisait  le  ms.  de  Mons  supposé 
unique.  Depuis,  un  second  ms.  et  des  fragments  d'un  troisième  ont  été 
découverts  (Rotnania,  X,  593).  Une  nouvelle  édition  était  nécessaire  :  elle 
fut  malheureusement  faite  (Mons  1898-1901)  par  un  éditeur  absolument 
incompétent.  Elle  ne  compte  pas.  Une  édition  vraiment  critique  et  annotée 
au  point  de  vue  historique  serait  tout  à  fait  désirable,  car  le  poème  de 
Jacques  Bretel,  outre  qu'il  a  le  mérite  d'être  daté  (1285)  contient  la  men- 
tion d'un  grand  nombre  de  personnages  du  temps,  sur  plusieurs  desquels  il 
reste  des  recherches  à  faire.  L'étude  de  MM.  Duvernoy  et  Harmand,  qui 
n'est  pas  proprement  un  travail  d'érudition,  met  bien  en  relief  la  valeur 
du  poème. 

Oscar  Grojean,  Notes  sur  quelques  jurons  français.  Liège,  1905.  In-S''. 
(extrait  de  la  Revue  de  l'Université  de  Bruxelles,  1905,  p.  401-41 1).  —  A 
propos  de  l'étymologie  du  nom  propre  Boieldieu,  M.  Grojean  donne  une 
liste  intéressante,  qu'on  pourrait  grossir  encore,  de  nombreux  jurons 
figurant  dans  les  textes  du  moyen  âge,  et  constate,  comme  l'indiquent 
du  reste  les  deux  sens  du  \aùn  jurainentuin,  l'identité  première  du  serment 
et  du  juron.  L'explication   nouvelle  de  l'expression  tudieu  est  bien  invrai- 


158  CHRONIQUE 

semblable.  Pourquoi  ne  pas  en  voir  l'origine  dans  les  mots  Veilu  Dieu, 
suivant  une  opinion  que  M.  G.  qualifie  de  canonique  ?  La  chute  de  la 
première  syllabe  dans  des  cas  semblables  n'est  pas  rare  (cf.  crcuovi,  pour 
idcrc  nom,  etc.).  —  G.  Rayxauu. 

R.  Menéndez  Pid.\l,  Mauiial  eleniental  de  i^ianidtica  hist'jiica  espaùola, 
Scgtinda  edicion.  Madrid,  Victoriano  Sudrez,  1905,^1-8'^,  vii-271  pages.  — 
Ce  manuel,  dont  la  première  édition  (voir  Romania,  XXXIII,  270)  a 
obtenu  un  grand  succès,  nous  revient  aujourd'hui  notablement  augmenté 
et  amélioré.  M.  Menéndez  Pidal  a  tenu  grand  compte  des  observations 
qui  lui  ont  été  adressées  de  divers  côtés;  il  a  de  plus  enrichi  son  livre  des 
résultats  d'un   travail  personnel  toujours  plus  actif  et  compréhensif. 

Rudolf  Thurneysen,  Die  Etymologie\  eine  akademische  Rede.  Freiburg  i.  B., 
Spever,  1905.  In-8",  55  pages.  —  Rapide  coup  d'oeil  sur  l'histoire  des 
principes  étymologiques,  l'origine  des  changements  phonétiques,  la  place 
de  la  recherche  étymologique  dans  l'ensemble  des  sciences.  En  quelques 
pages,  dont  la  portée  dépasse  la  linguistique  romane,  mais  qui  n'en  seront 
pas  moins  précieuses  à  méditer  pour  les  romanistes,  M.  Th.  insiste  sur  ce 
que  l'application  mécanique  des  lois  phonétiques  a  d'insuffisant  comme 
procédé  étymologique  :  bien  des  groupes  de  mots  échappent  à  la  régula- 
rité des  différenciations  phonétiques  entre  générations  successives,  régula- 
rité dont  nos  lois  phonétiques  sont  la  traduction  ;  ainsi  les  mots  très  fré- 
quents, les  articulations  de  la  phrase,  et  aussi  les  mots  rares  :  pour  ceux- 
ci,  il  n'arrive  pas  à  se  constituer,  comme  pour  les  mots  usuels,  dans  chaque 
groupe  social,  une  forme  moyenne,  commune,  où  viennent  se  perdre  ou 
s'unifier  les  différences  individuelles  ;  par  suite  ils  échappent  à  la  régularité 
des  transformations  propres  à  tout  ce  groupe,  et  témoignent  des  phénomènes 
individuels  dont  ils  peuvent  garder  isolément  la  trace.  M.  Th.  donne  ici 
en  exemple  les  noms  d'animaux  non  domestiqués,  et  qui  n'intéressent  pas 
les  hommes  d'une  façon  générale;  il  indique  encore  d'autres  causes  qui 
peuvent  soustraire  des  mots  aux  développements  généraux  ou  généraliser 
des  formes  individuelles.  D'où  la  nécessité  pour  l'étymologie  d'être  moins 
mécanique,  «  plus  humaine  »,  chaque  mot  devant  être  étudié  dans  son 
milieu  propre.  —  M.  Roques. 

H.  Vagaxay,  Le  vocabulaire  français  du  XFl^  siècle  et  deux  lexicographes  fla- 
nuindsdu  même  siklc.  2.000  mots  inconnus  à  Cotgrave.  In-8",  46  pages.  (Con- 
grès pour  l'extension  et  la  culture  de  la  langue  française,  Liège,  10-13  sept. 
1905).  —  La  principale  source  de  M.  V.  est  le  Dictionnaire  Françoys- 
Fhimeng  de  Gabriel  Meurier,  paru  en  1584,  qui  a  fourni  1500  mots  :  300 
viennent  du  D/c//o««fl//'e  f/fl«/f?/-FmHco/i  du  même  auteur  (1563  et  1567); 
200  du  Tiiesaunis  Tbeutonicx  lingux  anonyme  publié  chez  Plantin  en 
1573,  qui  est  un  dictionnaire  flamand-français-latin.  Une  courte  préface 
précède  la  reproduction  des  articles  :  M.  V.  y  republie  le  curieux  avis 
«  A  l'oreille  du  monde  »,  imprimé  par  Gabriel  Meurier  pour  se  défendre 
contre  les  attaques  des  puristes  et  où  le  lexicographe  cite  quelques-unes  de 


CHRONiaUE  159 

SCS  lectures.  M.  V.  pense  que  Cotgrave  a  connu  le  recueil  de  Meurier  et 
qu'il  y  a  beaucoup  puisé  ;  on  aurait  aimé  à  lui  voir  fournir  la  preuve  de 
cette  assertion.  Il  se  borne  à  dire  :  «  Plusieurs  des  mots  auxquels  Cotgrave 
attribue  une  origine  picarde  viennent  de  chez  Meurier  :  pour  Engrand 
et  Hiibir,  les  exemples  sont  identiques  chez  les  deux  lexicographes,  mais 
Cotgrave  a  su  traduire  par  To  haïuiy  at  Tennis  l'expression  Piehender  en  un 
tripot  à  laquelle  Meurier  n'avait  passa  trouver  un  correspondant  flamand  ». 
Que  les  exemples  de  Engrand  et  de  Huhir  soient  identiques,  cela  ne 
prouve  pas  que  Cotgrave  les  ait  pris  à  Meurier  :  il  est  plus  probable  que 
les  deux  compilateurs  ont  puisé  à  la  même  source,  à  savoir  Robert 
Esrienne  revu  par  Jean  Thierry  (éd.  1564)  ou  par  Nicot  (éd.  i  <i73).Q.uant 
à  l'expression  Prebender  en  un  tripot,  elle  ne  prouve  rien  non  plus,  car  elle 
apparaît  pour  la  première  fois  dans  Robert  Estienne,  édition  de  1549.  Des 
2.000  articles  mis  bout  à  bout,  sans  aucune  note  critique,  il  y  en  a  un  bon 
nombre  qui  sont  insignifiants  et  qu'on  aurait  pu  négliger  ;  mais  il  en  reste 
assez  d'intéressants  pour  qu'on  sache  gré  à  M.  V.  de  la  peine  qu'il  a 
prise.  —  A.  Th. 

Le  patois  de  Court i sols  ;  ses  rapports  avec  les  patois  marnais,  par  Emile  GoÉ- 
NARD.  Châlons-sur-Marne,  19O).  In-12,  380  pages.  — •  L'auteur  est  insti- 
tuteur à  Chouilly  ;  il  est  fâcheux  qu'il  se  soit  lancé  dans  i'étymologie,  à 
laquelle  il  n'entend  rien,  au  lieu  de  décrire  exactement  les  sons  et  de  défi- 
nir avec  précision  les  mots  d'un  patois  qu'il  a  parlé  pendant  ses  premières 
années  et  sur  lequel  il  pouvait  fournir  des  renseignements  puisés  à  bonne 
source.  Heureusement,  la  légende  que  l'ignorance  a  créée  autour  du  patois 
de  Courtisols  est  à  peu  près  dissipée,  et  M.  G.  lui-même  reconnaît  que 
«  le  vocabulaire  est  entièrement  roman  »,  ce  qui  ne  l'empêche  pas  d'ex- 
pliquer par  le  radical  germanique  w  ar  d-  le  subst.  fém.  o»(fn/t',  qui  désigne 
l'ivraie  et  qui,  tout  comme  le  mot  français  ivraie,  mais  à  travers  plus  d'acci- 
dents phonétiques,  vient  du  latin  ebriaca.  Après  une  introduction  con- 
sacrée à  la  phonétique  et  à  la  dérivation,  l'auteur  donne  un  glossaire  éty- 
mologique et  comparatif,  qui  occupe  les  pages  59-364,  mais  où  il  y  a  mal- 
heureusement plus  de  remplissage  que  de  fonds.  —  A.  Th. 

Adolf  ToBLER,  Mélanges  de  grammaire  française.  Traduction  française  de  la 
deuxième  édition  par  Max  Kuttner  avec  la  collaboration  de  Léopold 
SuDRE.  Paris,  Picard,  1905.  In-80,  xxn-372  pages.  —  Ce  n'est  pas  à  nos 
lecteurs  qu'il  est  nécessaire  de  présenter  aujourd'hui  et  de  louer  le  recueil 
formé  par  M.  Tobler,  en  1886,  des  articles  qu'il  avait  publiés  dans  les  huit 
premiers  volumes  de  la  Zeitschrift  Jiïr  romaniscbe  Philologie,  recueil  dont  il 
a  donné  une  deuxième  édition  en  1902  (cf.  Roniania,  XV,  441,  et  XXXI, 
649).  C'est  cette  deuxième  édition  de  la  première  série  des  Verniischte 
Beitràge  ~ur  j'ran:^^.  Granimatik  que  M.  Kuttner  a  mise  en  notre  langue 
avec  la  collaboration  de  M.  L.  Sudre  et  sous  le  contrôle  de  M.  Tobler  lui- 
même.  Il  est  probable  que  le  public  français  n'a  pas  attendu  qu'il  existât 
une    traduction  pour   utiliser   le  livre   de   M.    Tobler,  car    les  nombreux 


l60  CHRONIdUIi 

exemples  qui  l'émaillent  facilitent  singulièrement  la  lecture  du  texte  origi- 
nal au  lecteur  qui  n'a  qu'une  teinture  superficielle  de  la  langue  allemande; 
mais  il  est  bon  que  l'on  médite  les  pensées,  toujours  ingénieuses  et  pro- 
fondes, qui  circulent  à  travers  les  exemples  pour  les  animer  en  les  expli- 
quant, et  on  saura  gré  à  MM.  Kuttner  et  Sudre  de  nous  en  offrir  une  ver- 
sion française  aussi  fidèle  que  le  permet  le  rapport  des  deux  langues.  En 
faisant  des  vœux  pour  le  succès  de  ce  volume,  nous  ne  pouvons  qu'encou- 
rager les  traducteurs  à  nous  donner  bientôt  les  autres  séries  des  Veniiischte 
Beitrâge.  —  A.  Th. 
Contribution  à  la  critique  et  à  Vexplication  des  gloses  latines  par  Max  NiEDER- 
MANN.  Neuchatel,  1905.  In-8",  50  pages  (forme  le  ler  fascicule  d'un 
Recueil  de  travaux  publié  par  la  Faculté  des  lettres  de  l'Académie  de  Neu- 
chatel). —  Série  d'observations  détachées  qui  témoignent  d'une  réelle 
connaissance  de  la  grammaire  comparée  des  langues  indo-germaniques  et 
romanes  et  surtout  de  beaucoup  d'ingéniosité.  Les  résultats,  en  ce  qui 
concerne  notre  domaine,  revêtent  malheureusement  un  caractère  très 
hypothétique  qu'explique  en  partie  la  défectuosité  des  matériaux  mis  en 
œuvre.  P.  27,  on  ne  saurait  rapprocher  le  changement  de  a  en  c  dans 
j  enuarius  pour  jan  uarius  ,  de  celui  de  farrago  en  ferrago  :  l'action 
du  /  sur  l'a  de  jan  uarius  ne  peut  guère  être  mise  en  doute.  —  P.  32, 
l'explication  de  niblus  (ital.  iiibbio  «  milan  »)  par*nilblus  <  *milvu- 
lus,  d'après  le  franc.  uWf,  de  *abla  par  *albla  •<  *albula,  est  à 
prendre  ^en  sérieuse  considération.  —  P.  57,  il  ne  faut  pas  partir  de 
*junica  pour  expliquer  le  prov.  jnnega,  jiirga  «  génisse»,  mais  de 
*junïca.  —  P.  37,  l'hypothèse  que  pumella  serait  une  forme  dissimi- 
lée  de  *plumella  et  aurait  donné  naissance  au  lat.  vulg.  *pluma 
pour  pruna,  abondamment  représenté  dans  la  région  franco-provençale, 
est  fort  séduisante,  mais  il  est  difficile  de  s'y  arrêter  en  présence  de  la 
variânxe prutiella  fournie  par  un  autre  manuscrit.  —  M.  N.  s'était  laissé 
entraîner,  à  la  suite  de  M.  Th.  Reinach,  à  rattacher  le  franc,  boucher  à  un 
prétendu  mot  latin  *bucularius  (p.  i),  mais  il  s'est  ravisé  en  s'autori- 
sant  de  ce  qui  a  été  dit  à  ce  sujet  dans  la  Romaiiia,  XXXIV,  342  (p.  47)  : 
il  aurait  dû  renvoyer  directement  à  l'erratum  publié  par  M.  Th.  Reinach 
lui-même,  Bull,  de  la  soc.  de  Vnignislique,  t.  XI,  p.  xxij,  et  où  l'on  apprend 
que  la  véritable  leçon  n'est  pas  *bucularius,  mais  bubularus,  pour 
b ubul a riu s,  mot  connu  d'ailleurs. —  A.  Th. 


Le  Propriétaire-Geraut,   H.   CHAMPION. 


.M.\CON,    PROTAT    1 RERES,    IMPRIMEURS 


LE 


LATERCULUS   DE    POLEMIUS    SILVIUS 
ET  LE  VOCABULAIRE  ZOOLOGIQUE  ROMAN 


J'ai  eu  récemment  le  plaisir  de  foire  connaître  un  manuscrit 
glosé  du  Liber  Dérivât  ion  u  m  d'Ugucio  de  Pise,  qui  a  apporté 
une  contribution  importante  à  notre  connaissance  du  vocabu- 
laire de  l'ancien  provençal  '.  C'est  une  bonne  fortune  analogue 
qui  m'arrive  aujourdui,  plus  importante  peut-être  puis- 
qu'elle a  pour  théâtre  non  le  xiii%  mais  le  v^  siècle,  plus 
piquante,  en  tout  cas,  puisqu'il  s'agit  non  d'une  œuvre  en- 
fouie dans  un  manuscrit,  mais  d'un  texte  publié  depuis  près  de 
cinquante  ans  et  qui  a  échappé  par  hasard  aux  recherches  de 
presque  tous  ceux  qui  avaient  intérêt  à  le  connaître,  ou  qui 
étaient  en  état  d'en  tirer  parti.  Le  nom  de  Polemîus  Silvius,  à 
peu  près  inconnu  jusqu'ici  aux  romanistes,  aura  droit  désormais 
à  une  certaine  reconnaissance  de  leur  part.  Ils  en  reporteront 
une  partie  sur  celui  de  M.  le  professeur  Frédéric  Kluge,  de 
l'Université  de  Fribourg-en-Brisgau,  un  des  rares  germanistes 
de  la  génération  actuelle  auxquels  on  puisse  appliquer  le  vers 
de  Fortunat  : 

Hinc  cui  Barbaries,  illinc  Romania  plaudit. 

C'est  en  effet  dans  la  deuxième  édition  de  son  remarquable 
mémoire  intitulé  «  Vorgeschichte  der  altgermanischen  Dia- 
lekte  »,  qui  fait  partie  du  Grnndriss  der germûnischen  Philologie, 
publié  sous  la   direction   de  M.  le  professeur  Hermann   Paul 


I.   Voir  Romania,  XXXIV,  177  et  s. 

Romania,  XXXV 


l62 


A.     THOMAS 


(2' édition,  1901,  p.  327  et  s.),  que  le  nom  de  Polemius  Sil- 
vius  a  pour  la  première  fois  frappé  mes  regards.  Passant  en 
revue  les  auteurs  de  l'antiquité  qui  ont  cité  des  mots  germa- 
niques (ou  présumés  tels),  M.  Kluge  a  consacré  la  ligne  sui- 
vante à  celui  qui  nous  occupe  : 

PoLKMius  SiLVius  :  /'//'('/•,  visons,  iints,  laxo,  g^intajngardiuvi  '. 

Et  cette  ligne  m'a  inspiré  le  désir  de  faire  plus  ample  connais- 
sance avec  Polemius  Silvius,  désir  facile  à  satisfaire  entre  tous. 
En  effet,  la  seule  œuvre  de  Polemius  Silvius  qui  nous  soit  par- 
venue a  été  publiée  en  dernier  lieu  par  l'illustre  Théodore 
Mommsen  dans  les  Monumenta  Germaniae  historica,  série  in-4", 
t.  IX  des  Auctores  antiquissimi,  paru  en  1892.  Elle  porte  le 
titre  singulier  de  Laterculns.  On  n'en  a  signalé  jusqu'ici  qu'un 
seul  manuscrit,  déjà  utilisé,  au  xviii'^  siècle,  par  les  Bollan- 
distes,  qui  se  trouve  aujourdui  à  la  Bibliothèque  de  Bruxelles, 
n°'ioé9i-io695  ;  ce  manuscrit  ne  remonte  qu'au  xii^  siècle.  La 
publication  des  Monumenta,  qui  laisse  de  côté  le  calendrier 
déjà  édité  par  les  Bollandistes,  n'est  qu'un  remaniement  d'une 
publication  antérieure  de  Mommsen,  parue  en  1857  dans  les 
Abhandlungen  de  l'Académie  des  Sciences  de  Leipzig,  classe 
historico-philologique,  t.  II,  p.  233-278. 

ht  Laterculns  est  dédié  à  Eucherius,  évèque  de  Lyon,  mort 
le  10  novembre  450;  Mommsen  a  prouvé  qu'il  avait  dû  être 
rédigé  au  début  de  l'année  449.  De  l'auteur  on  sait  peu  de 
chose  :  il  est  certain  seulement  qu'il  vivait  en  Gaule,  et  il  n'y 
a  aucune  bonne  raison  de  l'identifier,  comme  on  l'a  fait,  avec 
un  évêque  d'Octodurus  (Martigny,  dans  le  Valais),  qui  s'ap- 
pelait Salvius,  et  non  Silvius. 

Tout  ce  que  Polemius  Silvius  avait  mis  dans  son  LalerciiUis 
ne  nous  a  pas  été  conservé  par  le  manuscrit  de  Bruxelles,  mais 
peu  nous  importe.  Le  seul  morceau  qui  nous  intéresse  est  une 


I.  H.  Paul,  loc.  laiul.,  p.  332.  —  Je  note  ici,  n'avaut  pas  l'occasion  d'y 
revenir,  que  c'est  par  distraction  que  M.  Kluge  a  attribué  bigarJiuiii  à  Pole- 
mius Silvius  :  ce  mot  appartient  à  une  série  de  17  gloses  ccltico-latines 
connue  sous  le  nom  de  «  Glossaire  d'Endlicher  »  et  au  sujet  de  laquelle  je 
me  contenterai  de  renvoyer  à  une  savoureuse  note  de  M.  d'Arbois  de  Jubain- 
v'iWc,  Rei'iic  ci'Jtiiiitc.  XIII,  296. 


LE    L.irnKCULVS   DE    POLEMIUS   SILVIUS  163 

liste  de  noms  d'animaux  répartie  par  l'auteur  en  différents 
endroits  de  son  calendrier  et  dont  Mommsen  a  groupé  l'en- 
semble aux  pages  543  et  544  du  t.  IX  des  Aiictores  antiquis- 
siiiti.  Il  y  a  six  divisions  :  quadrupèdes  {quadrupediwi),  au 
nombre  de  108;  oiseaux  (volucruni),  au  nombre  de  131; 
coquillages  {coriim  que  se  non  tnavencium  [sic|),  au  nombre  de 
1 1  ;  serpents  (coliihrarum),  au  nombre  de  26  ;  insectes  ou  rep- 
tiles {insectoruni  sive  reptantinm),  au  nombre  de  61;  poissons 
(natantium),  au  nombre  de  148.  Au  total  485  mots  '.  De  parti 
pris,  Mommsen  s'est  borné  à  mettre  sous  les  yeux  du  lecteur 
une  reproduction  du  manuscrit,  reproduction  fidèle  jusqu'à  la 
minutie  et  qui,  après  l'édition  de  1892,  soigneusement  colla- 
tionnée  sur  l'original,  rend  inutile  toute  vérification  ultérieure. 
Il  a  indiqué  ses  raisons  dans  les  termes  suivants,  que  je  traduis 
de  l'allemand  des  Abhandlungen,  l'auteur  ne  s'étant  pas  soucié 
de  les  mettre  en  latin  pour  les  Monumcnta  :  «  Ces  listes 
sont  tellement  en  dehors  de  mon  cercle  d'études  que  je  me  suis 
contenté  de  reproduire  le  texte  avec  toutes  ses  fautes,  car  il  est 
possible  qu'un  lexicographe  ou  un  éditeur  de  Pline  y  trouvé- 
quelque  utilité  »  -. 

Il  ne  semble  pas  que  les  éditeurs  de  Pline  aient  songé  à  étu- 
dier le  texte  de  Polemius  Silvius,  et,  à  vrai  dire,  je  crois  bien 
que  Pline  n'y  a  pas  perdu  grand'chose.  Mais  il  en  va  autrement 
pour  les  lexicographes.  Bien  entendu,  la  majeure  partie  des 
mots  recueillis  par  notre  auteur  appartient  au  latin  courant  et 
est  absolument  dénuée  d'intérêt;  les  mots  rares  viennent  ordi- 
nairement de  Pline,  soit  directement  soit  par  l'intermédiaire  de 
Solin.  Il  faut  se  rendre  compte,  en  outre,  que  sur  le  total  de 
485  mots  enregistrés  à  la  suite  les  uns  des  autres,  il  y  a  un 
déchet  considérable  dont  je  vais  indiquer  les  causes  diverses. 

On  constate  dès  l'abord  dans  le  manuscrit  de  Polemius  Sil- 
vius un  certain  nombre  de  doubles  emplois  :  l'éléphant  figure 
à  deux  reprises,  sous  la  forme  elefans,  dans  la  section  des 
quadrupèdes  ;  on  trouve  deux  fois  strix  dans  celle  des  oiseaux, 


1.  Eu  réalité,  il  n'v  a  pas  485  animaux  différents  pour  les  raisons  qu'on 
verra  plus  loin,  et  aussi  parce  que  de  simples  épithètes  ont  parfois  été  prises 
pour  de  véritables  noms  et  fout  double  emploi  avec  ces  noms  eux-mêmes. 

2.  Loc.  laiid.,  p.  238. 


164  A.    THOMAS 

et  deux  fois  scarus  dans  celle  des  poissons.  Biber  et  feber 
constituent  deux  mentions  distinctes,  éloignées  l'une  de 
l'autre,  dans  la  liste  des  quadrupèdes,  et  il  est  clair  qu'il  s'agit 
du  même  animal,  le  bièvre  ou  castor  :  biber  est  la  forme  cel- 
tique ou  germanique  et  feber  (pour  fiber)  est  la  forme  pro- 
prement latine.  Qu'est-ce  que  furmica  dans  la  liste  des  quadru- 
pèdes, sinon  la  fourmi,  que  l'on  retrouve  dans  la  liste  des 
insectes  sous  la  forme  latine  plus  correcte  formica?  On  voit 
avec  surprise  dans  la  liste  des  quadrupèdes  les  mots  suivants  : 
buteo,  epileus,  gallus,  noctua,  pantagatus,  vultur.  Ces 
mots  devraient  figurer  dans  la  liste  des  oiseaux.  Le  prétendu 
poisson  dit  eu  eu  mis  est  probablement  dû  à  une  méprise  sur  le 
texte  de  Pline  qui  mentionne  une  variété  marine  de  con- 
combre. 

Enfin  des  fautes  multiples  ont  défiguré  beaucoup  de  noms 
qui  se  laissent  assez  facilement  corriger  sans  qu'il  soit  besoin 
d'y  insister  longuement  :  ansisbena  est  pour  amphisbaena; 
le  bannacus  de  Polemius  Silvius  est  évidemment  le  bonna- 
cus  ou  bonacus  de  Solin,  le  bonasus  de  Pline  ;  cacoplepa 
doit  être  corrigé  en  catoblepas;  cabarusest  pourcarabus; 
cibinnus  correspond  au  cybin dis  et  ciclamnus  au  cychra- 
mus  de  Pline;  cinnamullis  doit  être  lu  cinnamolgus; 
cirus  est  pour  ciris  et  gradins  pourgladius;  gromis  équi- 
vaut à  chromis  ;  dasipes  est  pour  dasypus;  opips 
semble  une  mauvaise  leçon  pour  epops;  au  lieu  de  terspi- 
cerus  il  faut  lire  strepsicerus;  theus  est  pour  thos  ;  ticris 
doit  être  corrigé  en  tigris;  pectunctus  représente  pectun- 
culus;  vena  fait  bien  l'effet  d'être  le  -j-j-vi-j.  grec,  transcrit 
ordinairement  en  latin  par  hyxMia,  etc.,  etc. 

Toutefois  il  ne  £mt  pas  aller  trop  loin  dans  la  voie  des  cor- 
rections. Agatullis  est  l'oiseau  appelé  ày.xvO'jAAÎç  par  Aristote 
et  que  les  éditions  de  Pline  mentionnent  sous  la  forme  correcte 
acanthyllis  :  mais  les  manuscrits  portent  agathylis  ou  aga- 
tyllis,  et  le  texte  de  Polemius  Silvius  provient  d'une  leçon 
analogue.  Il  est  curieux  de  trouver  côte  à  côte  chez  notre  auteur 
les  deux  noms  d'oiseaux  :  titus,  titiunglus.  Ce  dernier  cor- 
respond évidemment  au  titiunculus  du  Corpus  gloss.  latin., 
II,  347,  12  (cf.  Not.  Tiron.,  102,  12^),  et  certains  philologues 
sont  portés  à  croire  que  dans  Columelle  et  dans  Pline,  malgré 


Lt    LATERCVLVS    DK    POLHMIUS    SILVIUS  1^5 

a  tradition  des  manuscrits,  il  faut  aussi  lire  titiunculus  et  non 
pas,   comme   le   font  les  éditions,   tinunculus^ 

Le  Thésaurus  Un^uae  latinae,  qui  se  publie  en  Allemagne 
sous  le  patronage  de  cinq  académies,  a  fait  état  des  listes  de 
Polemius  Silvius,  mais  d'une  façon  un  peu  capricieuse  et  qui 
manque  parfois  de  la  science  qu'on  s'attendrait  à  y  trouver. 
Voici  un  exemple  notable.  Le  Thésaurus,  ayant  relevé  chez 
notre  auteur  le  mot  arcomus,  se  contente  de  remarquer  que 
ce  mot  est  dans  la  liste  des  quadrupèdes  et  qu'il  y  fait  suite  à 
arcoleon.  Il  aurait  follu  rapprocher  de  Polemius  la  glose 
«  xpyc'fi.j:  m  élus  »  des  Hermeneumala  Valicana  (C.  gloss.  lat., 
III,  431,  45),  que  M.  Immanuel  David  a  fort  justement  corrigée 
en  «  xpv.zu/j;  mêles-  »,  mentionner  un  passage  célèbre  de  saint 
Jérôme  où,  à  proposduchoerogryllus,  il  est  dit  :  «  sciendum 
animal  esse  non  mai  us  hericio,  habens  similitudinem  mûris  et 
ursi,  unde  in  Palestina  y.pv-zy.'j;  dicitur  \..  »,  et  enfin  renvoyer 
à  une  note  érudite   de  Haupt,  réimprimée  dans  ses  Opuscula, 

m,  301. 

En  revanche  il  n'y  a  qu'à  applaudir  à  la  prudence  éclairée  des 
auteurs  du  Thésaurus  qui  leur  a  fliit  écarter  de  leur  recueil  le  mot 
apellion,  enregistré  par  Polemius  Silvius  entre  le  gragulus"* 
(choucas)  et  le  milvus  (milan).  Si  je  ne  me  trompe,  ce  pré- 
tendu nom  d'oiseau  est  sorti  d'une  mauvaise  leçoa  d'un  passage 
de  Pime  où  il  est  question  des  trois  espèces  de  hérons,  à 
savoir  :  leucon,  asterias,  pellos  \  Au  lieu  de  ces  deux  der- 
niers mots,  les  manuscrits  portent  :  suasperia  pelion,  et  l'on 
comprend  comment  une  mauvaise  coupure  a  donné  naissance 
à  un  mot  factice  apelion,  d'où  apellion. 

Ces  quelques  détails  permettent  d'entrevoir  le  fort  et  le  faible 
du  texte  de  Polemius  Silvius  en  tant  qu'il  a  été  puisé  dans  les 
livres  antérieurs  au  Laterculus  ;  mais  je  n'ai  pas  la  compétence 
nécessaire  pour  pousser  à  fond  une  étude  dans  cette  direction. 
Je  déclare  simplement  que  les  listes  de  Polemius  Silvius,  passées 

1.  Cf.  sur  ce  point  une  note  de  F.  Bùcheler  dans  VArchiv  fiir  h:t. 
Le.xicoi;r.,  II,  119.  —  Les  naturalistes  modernes  ont  adopté  ce  dernier  nom 
pour  désigner  la  crécerelle,  Tinnunculus  alaudarius. 

2.  Dans  les  Conimenlaliones  philologicae  Icntnses,  vol.  V  (1894),  p.  218, 
1.  27,  et  p.  235. 

3.  J'emprunte  la  citation  à  l'art,  choerogryllus  de  Forcellini. 

4.  Le  ms.  a  :  gragulis. 

5.  Hist.  mit.,  X,  164. 


i66 


A.    THOMAS 


au  crible  d'une  critique  assez  approfondie,  présentent  un  résidu 
relativement  considérable  qui  ne  correspond  à  rien  de  ce  que 
les  textes  antérieurs  au  Laterculus  nous  ont  transmis.  Je  crois 
utile  d'inventorier  ici  ce  résidu,  section  par  section  et  en  ordre 
alphabétique  dans  chaque  section,  tout  en  souhaitant  que  les 
progrès  de  la  science  lexicographique  en  réduisent  progressive- 
ment le  volume.  J'y  joins  quelques  mots  rares,  sinon  incon- 
nus; enfin,  j'imprime  en  italiques  tous  ceux  qui  seront  plus 
loin  l'objet  de  notices  spéciales. 


adis 

aris 

arpe 

camox 

darpus 

eleia 


acena  {ou  aceua  -) 

barbio  "> 

camotina 

cebena  {ou  cebeua) 

cicisa 

cordolus  • 

cordus 

eumorfus 


QUADRUPEDES 

engistrus  (ou  eugistrus) 

eocle 

fungalis 

furniellaris 

furo 

lacrimusa 

OISEAUX 

gains  (ou  cravis) 

glanda  n'a 

jacolus 

linustaî 

nession 

perseus ' 

plumbio 


lus 

mufron 

mus  monlavus 

oxurincus  ' 

sincirix 

tabla 

taxo 

pumplio  7 

riparia 

senator 

siibter 

suessalus 

titus 

tteniulus 


1.  Transcription  manifeste  du  grec  ôçjopyY/oç  ;  mais  le  mot  grec  s'applique 
à  un  poisson,  peut-être  l'esturgeon  ;  il  se  peut  qu'il  v  ait  une  erreur  de  clas- 
sement dans  le  texte  de  Polemius  Silvius. 

2.  Peut-être  faute  pour    acceia  «  bécasse  »  ;  cf.    Kôrting,  2^   éd.,  84. 

3.  Ci.  la  glose  ■3zop'.i5a|j.o;  barbio  des  Hermeneumata  Vaticaiia  (Corp. 
gloss.  lai.,  III,  455,67)  que  M.  David  a  peut-ê're corrigée  à  tort  en  xopjoaÀXo; 
hivàc-i,  Commentationes  philûlogicae  lenenses,  vo\.   V  (1894),  p.  237. 

4.  Peut-être  pour  coredulus,  forme  populaire  prise  en  latin  par  le  grec 
xopuoaXXd;  :  cf.  une  note  de  M.  Niedermann,  hidogerman.  Forsch.,  X,  237,  et, 
plus  anciennement,  une  remarque  de  M.  Sittl,  Arch.fiir  Lit.  Lexicogr.,  II,  478. 

5.  Peut-être  identique  à  linosa,  donné  par  Papias  comme  synonvme  de 
curuc.a;  chez  Ugucio  (au  moins  dans  le  ms.  B.  Nat.  lat.  7622,  fol.  29b) 
il  y  a  ïinofa. 

6.  Le  grec  -spTEj;  s'applique  à  un  poisson. 

7.  Peut-être  faute  de  scribe  pour  plumbio,   ce    qui  ferait  double  emploi. 


LE    LATERCILVS    Dl-    POLEMIUS    SILVIUS 


167 


COaUILLAGES 


anabiilio. 


SERPENTS 


INSECTES,    REPTILES 


ehlinda 

gristus 

petalis 

acina 

iulus  - 

popia 

asio 

lanarius 

ruscus 

cefenis 

laparis 

sunhons 

ce  mis 

liscasda 

scxpedo  '. 

corgtis 

minerva 

delpa  ' 

musomnium 

POISSONS 

abclindcas 

cuga 

ricinus 

ambicus 

Jactrinus 

rottas 

amulus 

levaricinus 

samanca  (ou  saniauca) 

ancorovus 

lucuparta 

samosa 

auricularius 

nhirisopa 

scai'da 

carahuo 

mirrus 

serpido 

caraulis 

)iaiipri'da 

sofid 

cleomena 

pardus 

tecco 

coluda 

pelaica 

tirus 

culix 

platensis  * 

trocus 

encataria  (ou  cucataria) 

plotta 

vaguris. 

eufratis 

porca  5 

• 

1.  Peut-être  pour  dolba,  dolva  «  douve  »,  sur  lequel  on  peut  voir  mes 
Essais  de  phil.  franc.,  p.  279. 

2.  Transcription  du  grec  l'ouÀo:  dont  on  n'avait  pas  d'exemple  latin  antique 
en  tant  que  s'appliquant  à  un  insecte. 

3.  Cf.  Rabelais,  IV,  64  ;  Cotgrave  identifie  à  tort  sepedon  (qu'il  a  certaine- 
ment emprunté  à  Rabelais)  et  sepe  (=  lat.  seps,  pis),  puisque  Rabelais 
donne  dans  la  même  liste  d'une  part  sepes,  de  l'autre  sepedons.  On  trouve  en 
anc.  ital.  sepede  (mot  savant)  qu'Ant.  Oudin  traduit  par  «  fourmi  »  et  Duez 
par  «  I.  vn  fourmi.  2.  vn  pouil  ».  Sexpes  ou  sepes  est  effectivement 
appliqué  à  la  fourmi  par  Apulée  ;  mais  le  glossaire  interpolé  d'Aelfric  en  fait 
un  synonyme  de  pediculus  et  le  traduit  par  l'anglo-saxon  lus  (éd.  Wûl- 
cker,  col.    122). 

4.  Le  manuscrit  porte  placensis. 

5.  Peut-être  la  dorée  (Zens  faher  L.)  dite  tnûjo  «  truie  »  sur  les  côtes  de 
la  Méditerranée. 


l68  A.    THOMAS 

Les  listes  que  je  viens  de  placer  sous  les  veux  du  lecteur  con- 
tiennent une  centaine  de  mots.  Je  me  propose  de  montrer, 
dans  une  série  unique  de  notices  rangées  par  ordre  alphabé- 
tique, sans  distinction  de  section,  les  rapports  qui  existent  entre 
Polemius  Silvius  et  le  vocabulaire  populaire  des  différents 
peuples  romans.  Les  quatre  cinquièmes  des  mots  précédents  — 
quels  que  soient  en  définitive  leur  origine,  leur  forme  exacte 
et  leur  sens  —  semblent  défier  tout  rapprochement;  mais  si 
nous  ne  pouvons  en  retenir  qu'une  vingtaine,  quelques-uns  de 
ceux  que  nous  retenons  offrent  un  très  vif  intérêt.  Ce  sont  de 
véritables  perles  que  les  Romanistes  me  sauront  gré  d'avoir 
extraites  du  Laterciihis.  Quoique  le  seul  manuscrit  connu  ne 
remonte  qu'au  xii'^  siècle,  il  n'y  a  aucune  raison  pour  y  suppo- 
ser des  interpolations  et  pour  ne  pas  faire  remonter  à  Polemius 
Silvius  lui-même  la  reconnaissance  du  plaisir  que  nous  cause 
la  rencoatre  en  plein  V^  siècle  de  mots  comme  ancoravus, 
camox,  turo,  gaius,  lacrimusa,  marisopa,  etc.,  etc.  Sans 
doute  il  a  beaucoup  emprunté  aux  livres  de  ses  devanciers  et 
dans  sa  laborieuse  compilation  il  y  a  plus  de  zèle  que  d'intelli- 
gence :  mais  il  lui  est  arrivé  parfois  d'interroger  ses  contempo- 
rains et  d'enregistrer  des  témoignages  oraux,  et  de  cela  nous 
devons  lui  savoir  infiniment  de  gré. 

Ablinda.  —  Ce  mot  figure  dans  la  classe  des  insectes  ou  rep- 
tiles, entre  inuolus  ej  liscasda,  termes  complètement  incon- 
nus". A  titre  d'indication  conjecturale,  je  ferai  remarquer  que 
la  salamandre  porte,  dans  le  midi  de  la  France,  entre  autres 
noms,  celui  de  blando  ou  blendo,  que  Mistral  explique  par  l'alle- 
mand bJinci  «  aveugle  »,  ce  qui  n'est  guère  vraisemblable^.  La 
perte  de  Va  initial  en  provençal  moderne  est  un  fait  fréquent, 
et  blendo  peut  remontera  Tablinda  de  Polemius  Silvius. 

Ancoravus.  —  Nom  d'un  poisson  que  le  Thésaurus  lin^iiae 
Jatinae  a  omis.  Il  est  tout  indiqué  de  voir  dans  ancoravus  une 


1.  Le  Tlksaurus  Huguiie  latiiiae  unrcgistre  ahliiida  et  le  rapproclie  de 
ahelindeas  qui  figure  dans  la  section  des  poissons  de  Polemius  Silvius. 

2.  C'est  l'orvet  qui  est  «  aveugle  »  dans  les  croyances  populaires,  et  non 
la  salamandre,  laquelle  passe  pour  ne  pas  entendre  et  porte  le  nom  de 
sourd  dans  beaucoup  de  patois;  voy.  Rolland,  Faune  pot\,  III.  78. 


LE    LATERCULUS    DK    POLHMIUS    SILVIUS  169 

variiuite  de  ancorago,  mot  mentionne  par  Cassiodore  comme 
le  nom  d'un  poisson  du  Rhin  :  «  a  Rheno  vQwvMancorago  enor- 
mis  '  ».  Du  Cange  a  cité  le  texte  de  Cassiodore  et  il  l'a  juste- 
ment rapproché  d'un  passage  de  la  chronique  de  Saint-Trond  où 
il  est  question  d'une  variété  de  saumon  appelée  soit  anchora, 
soit,  d'après  le  manuscrit  utilisé  pard'Acheri,  Spîcilegiuni,  VII, 
507,  anchoraus-.  L'identité  de  l'ancoravus  de  Polemius 
Silvius  et  de  l'anchoraus  du  chroniqueur  saute  aux  yeux  : 
on  sait  que  la  désinence  -avus  se  réduit  normalement, 
dans  la  prononciation  vulgaire  du  latin,  à  -aus.  D'autre  part, 
Carpentier  a  relevé  dans  le  registre  dit  Habncuc  de  l'abbaye 
de  Corbie,  aux  années  1511  et  1512,  la  mention  de  poissons 
dits  ancroeux  et  ancreulx^.  La  filiation  de  ivicreu  <C  ancora- 
(v)u(m)  est  tout  à  tait  normale  dans  le  dialecte  picard,  où 
cla(v)u(m)  aboutit  à  dm,  pour  ne  rien  dire  de  cailleu,  franc. 
caillou,  pour  lequel  le  moment  serait  vraiment  mal  choisi 
d'abandonner  le  type  *cacla(v)u(  m),  dont  j'ai  naguère 
défendu  les  droits '^.  Mais  y  a-t-il  filiation  entre  ancorago  et 
ancoravus?  Ce  n'est  pas  probable  :  il  faudrait  supposer  une 
forme  *ancoragus  non  attestée,  car  il  vadesoi  que  Cassiodore 
devait  décliner  ancorago  ginis.  Il  est  donc  sage  de  considérer 
ancorago  et  ancoravus  comme  deux  tormes  distinctes  et  non 
comme   deux  étapes  phonétiques  d'une  même  forme  ^ 

AuRis.    —  Nom   d'un   coquillage  que  le    Thésaurus   Unf^nae 
latinae  enregistre  uniquement  d'après  Polemius  Silvius  et  qu'il 


1.  Var.,  12,  4,  I. 

2.  Du  Cange,  anchora. 

3.  Du  Cange,  anchora.  —  Godefroy  a  pillé  Du  Cange,  et  a  constitué 
une  forme  artificielle  aiicrel  comme  tête  d'article. 

4.  Voy.  mes  Noufeaitx  Essais,  p.  198,  et  Roviania,  XXXIV,  287. 

5.  Au  dernier  moment,  je  relève  un  exemple  roman  plus  ancien  que  ceux 
qu'a  cités  Carpentier:  dans  une  ordonnance  de  Liège  du  16  mai  1317,  on 
lit  à  deux  reprises  ancrau.'e,  associé  à  samon  (voy.  Recueil  des  ordonti.  de  la 
principLiuté  de  Liège,  p.p.  Stanislas  Bormans,  Liège,  1878,  in-fol.,  fe  série, 
p.  163).  L'f;  de  ancraïue  est  paragogique  comme  celui  de  meire  (<mare),  qui 
se  trouve  dans  le  même  texte.  —  Grandgagnage  cite  ce  texte  de  13 17  et  un 
texte  de  1547  (où  on  lit  acraiL'e,  à  tort  ou  à  raison)  dans  son  Dict.  étym.  de  la 
huigue  wallouiie,  II,  317,  mais  il  est  muet  sur  l'étvmologie. 


lyO  A.    THOMAS 

rapproche  justement  de  l'expression  d'Athénée  :  our  A^pozirr,:. 
Une  note  complémentaire  de  M.  Meyer-Lûbke  dit  :  «  forte 
comparandum  francogallicum  onnier,  id  est  au  ris  maris  ». 
Orniier  est  effectivement  le  nom  que  porte  sur  les  côtes  du 
département  des  Côtes-du-Nord  le  coquillage  que  les  savants 
appellent  Haliotis,  surtout  la  variété  dite  Haliotis  tuberculata. 
A  Guernesey  et  à  Jersey  on  prononce  armer  \  ce  qui  appuie 
Tétymologie  par  au  ris  maris,  que  donne  Littré,  et  qu'accepte 
M.  Meyer-Lûbke-.  Le  terme  français  a  passé  en  breton  sous  la 
forme  orniel,  dans  laquelle  M.  Victor  Henry  a  parfaitement 
reconnu  une  dissimilation  de  Vr  finale  en  IK  II  est  vraisem- 
blable que  la  dissimilation  est  du  fait  du  français,  car  Bernard 
Palissy  emploie  la  forme  hourmeau  ^,  et  ormeau  figure  dans 
Nemnichet  autres  lexicographes  concurremment  avec  ormier  et 
mmet. 

La  survivance,  dans  un  mot  composé  devenu  bientôt  inintel- 
ligible, du  simple  auris,  remplacé  dans  l'usage  général  des 
peuples  romans  par  le  diminutif  auricula,  est  un  fait  intéres- 
sant qui  n'a  rien  d'inadmissible  \  Il  semble  plus  extraordinaire 
qu'on  ait  dit  en  latin  auris  maris  au  lieu  de  auris  marina, 
qui  est  seul  conforme  à  la  syntaxe  classique,  ou  de  auris  de 
mare,  plus  en  harmonie  avec  la  syntaxe  vulgaire  :  on  peut 
cependant  rapprocher  de  auris  maris  l'expression  avis  maris 
qui  est  dans  un  glossaire  ^. 

Camox.  —  Comme  ce  mot  figure  à  côté  de  ibix  (=  ibex) 
dans  la  liste  des  quadrupèdes,  on  ne  peut  refuser  d'y  voir  le 
chamois.  Il  esta  peine  besoin  de  faire  remarquer  que  le  français 


1.  Rolland,  Fiiw«c /o/).,  III,  191. 

2.  A.  Darmesteter  a  omis  ce  mot  dans  son  Traite  de  la  format  ion  des  mois 
composés,  ou  il  est  seulement  question  d':  l'anc.  Iranç.  ormier  <C  aurum 
merum  ;  voy.  sa  première  édition  (1875),  p.  29  ;  2^  éd.,  revue  par  G.  Paris 
(1894),  p.  3). 

3.  Lexique  étymol.  du  breton  moderne,  p.  214. 

4.  Voir  H.  Dupuy,  Bernard  Palissy,  p.  505  ;  le  coquillage  n'y  est  pas 
identifié.  D'ailleurs  hourmeau  manque  dans  Cotgrave. 

5.  M.  Salvioni  reconnaît  auris  dans  l'expression  dar  ora  «  écouter  >;, 
employée  en  Valteline  (Kôrting,  1069). 

6.  Corffus  orloss.  latin.,  V,  297,  ^i. 


LE    LATERCVLUS    DE    POLEMIUS    SILVIUS  IJI 

(et  franco-provençal)  <:/;a///c'/.f  et  le  provençal  fa//WM5,r/;amMfi' (pri- 
mitivement *cainoi,  *  chamoi)  représentent  très  régulièrement 
l'accusatif  camôcem.  L'italien  courant  dit  catnoscio,  pour  le 
mâle,  et  ca}no::;^a,  pour  la  femelle  :  camoixfl  s'explique  bien  par  une 
forme  allongée  à  l'aide  du  suffixe  -ia,  *camôcia  (cf.  cervia, 
nom  de  la  femelle  du  cerf);  mais  camoscio  ne  peut  venir  de 
*camôcius  et  semble  postuler  un  type  *camôsius  (cf.  cascio, 
de  *caseus)dont  la  raison  d'être  n'est  pas  claire,  et  qui  résulte 
peut-être  d'un  croisement  avec  la  famille  à  laquelle  appartient 
l'adjectif  français  camus.  L'espagnol  gamu:^a  ne  doit  pas  être 
autochtone  ;  est-ce  un  emprunt  à  l'italien,  avec  changement 
de  c  initial  en  ^^  sous  l'influence  de  gamo  «  daim  »  ?  C'est 
d'autant  plus  probable  que  l'on  trouve  aussi  camti::^a  en 
espagnol,  et  que  le  portugais  dit  exclusivement  camiiça  ou 
camurça. 

L'hésitation  du  latin  vulgaire  entre  c  initial  et  g  initial  se 
présente  dans  un  certain  nombre  de  mots  :  camba  et  gamba, 
cattus  et  gattus,  etc.  Rien  n'empêcherait  de  supposer  une 
variante  *gamox  à  côté  de  camox,  et  l'on  serait  ainsi  amené 
à  rattacher  l'ancien  haut-allemand  gam'^  à  une  origine  romane  '. 
En  tout  cas,  ceux  qui  tirent  le  français  chamois  et  les  mots  appa- 
rentés de  l'allemand  oublient  qu'il  n'y  a  pas  un  seul  exemple 
d'un  g  germanique  initial  s'assourdissant  en  c  dans  son  passage 
aux  langues  romanes'. 

Cervus.  — Ce  mot  bien  connu  étant  enregistré  par  Polemius 
Silvius  comme  un  nom  d'insecte  (ou  de  reptile),  on  est  fondé 
à  croire  que  les  Romains  l'ont  appliqué  au  cerf-volant,  le  Liica- 
11US  Cervus  des  naturalistes,  fait  en  soi  fort  vraisemblable,  mais 
à  l'appui  duquel  nous  n'avions  jusqu'ici  aucun  témoignage 
directe 

CoRGUs.  —  Nom  d'insecte  (ou  de  reptile),  qu'il  est  tentant 


1.  Cf.  l'art.  GEMSE  de  Kluge,  Etymol.  IVôrterh.  der  deutschen  Spr. 

2.  La  remarque  de  M.  Mackel  que  «  die  Oberdeutschen  die  Media  wie 
stinimiose  Tenuis  sprechen  «  (Die  germaii.  Hlem.  in  der  jran~.  und  proz'. 
Spracbe,  p.  47)  n'est  guère  concluante. 

3.  Cf.  Rolland,  Faune  pop.,  III,  326.  On  y  verra  que  «  cerf  «,  avec  ou 
sans  épithète,  sert  dans  des  régions  très  diverses  à  désigner  cet  insecte. 


Ï7-  A.    THOMAS 

Je  rapprocher  du  latin  classique  curculio,  lequel  se  présente 
aussi,  comme  on  sait,  sous  la  forme  gurgulio.  Le  provençal 
ancien  corgo^on,  le  provençal  moderne  courcoussoiin  (et  courgons- 
sonn)  remontent  manifestement  à  un  type  du  latin  vulgaire 
*corcocionem  (avec  la  variante  *corgocionem);  le  verbe 
conrcoussa  et  l'adjectif  courcoussoiis  prouvent  qu'on  a  dit  aussi 
*corcocius.  Enfin  le  catalan  co/t/;  semble  démontrer  l'existence 
d'un  type  plus  simple  *corcus,  à  côté  duquel  la  variante 
corgus,  fournie  par  Polemius  Silvius,  a  une  place  tout 
indiquée  '. 

Darpus.  —  Dans  la  liste  des  quadrupèdes,  entre  talpa  (la 
taupe)  et  scirus,  pour  sciurus  (l'écureuil),  on  lit  le  mot 
darpus.  Ce  mot  évoque  nécessairement  les  noms  variés  que 
porte  la  taupe  dans  une  région  considérable  qui  embrasse  en 
gros  le  sud-est  de  la  France  et  la  Suisse  romande  :  dorbon, 
drabon,  derbon,  darbou,  derbou,  dreboii,  enderbou,  etc  ^  Parfois, 
des  animaux  voisins  sont  désignés  par  le  même  mot  ou  par  ses 
dérivés,  notamment  la  courtilièreou  taupe-grillon  5,  le  mulot  ', 
la  musaraigne'  et  le  campagnol^;  mais  c'est  un  foit  excep- 
tionnel". Les  étymologistes  se  sont  escrimés  à  l'envi  sur  l'ori- 
gine de  ces  vocables.  En  1874,  M.  Joret  a  cru  pouvoir 
expliquer  par   carbonem  le  nom   de  tharbon  que  l'on  donne 


1.  Cf.  à  ce  sujet  les  observations  de  M.  Schucliardt,  Zeitschr.  fi'ir  nvii. 
PhiloL,  XXVI,  411,  note. 

2.  Vov.  Rolland,  Faune  pop.,  I,  9;  Mistral,  Tn'sor,  art.  darboux  ;  N.  du 
Puitspelu,  Dkt.  iiyviol.  du  patois  lyonnais,  art.  d.\rbon,  etc.  —  D'après  ces 
données,  ce  nom  semble  s'étendre,  sans  parler  de  la  Suisse  romande,  sur 
16  départements  français  :  Ain,  Alpes  (Basses-),  Alpes  (Hautes-),  Alpes-Mari- 
times, Bouches-du-Rhône,  Doubs,  Drôme,  Isère,  Jura,  Loire,  Loire  (Haute-), 
Rhône,  Savoie,  Savoie  (Haute-),  Var  et  Vaucluse. 

5.  Dans  l'Allier  (Rolland,  Faï/nt'^o/).,  III,  296). 

4.  Dans  l'es  Bouches-du-Rhône  (Rolland,  Fai<He /)()/).,  II,  33). 

5.  Dans  le  Tarn,  d'après  Couzinié,   Dict.  patois-franc.   (Castres,   1847), 

art.    KNDKRHOC. 

6.  A  Genève,  d'après  Humbert,  Nouv.  GIoss.  gi^navis,  art.    darbox    ou 

ZARBON. 

7.  J'ai  de  la  peine  à  croire  que  le  subst.  fém.  ahrbonneira,  qui  désigne  l'écu- 
reuil dans  la  région  de  Murât  d'après  l'abbé  Labouderie  (cité  par  Rolland, 
Faune  pop.,  I,  66)  se  rattache  à  la  même  famille. 


LE    LATERCULUS   DE    POLEMIUS   SILVIUS  I73 

à  la  taupe  dans  les  environs  de  Chambéry  d'après  l'abbé  Pont  '  ; 
mais  il  était  mal  renseigné  sur  la  valeur  du  groupe  //;  employé  ici 
par  l'abbé  Pont  pour  désigner  non  pas  le  //;  dur,  mais  le  îh 
doux  anglais.  Le  Dictionnaire  savoyard  de  Constantin  et 
Désormaux  a  les  formes  concurrentes  darhon,  drahon  et  jhar- 
bon.  Quelle  que  soit  l'explication  du  jb  de  jharhon,  cette 
forme  est  certainement  issue  de  darhon  -.  M.  Rolland,  après 
d'autres'',  part  de  *talponem  ;  mais  N.  du  Puitspelu  et,  plus 
récemment,  M.  Horning-*  ont  montré  les  points  fliibles  de 
cette  étymologie  qui,  pour  être  plus  vraisemblable  que  les 
rapprochements  de  Mistral',  n'en  est  pas  moins  fausse.  Dans  le 
patois  de  Vionnaz  (Valais)  talpa  a  subsisté  sous  la  forme  régu- 
lière tarpa,  mais  avec  le  sens  de  «  rat  des  champs  »,  tandis  que 
la  taupe  est  appelée  derbon^:  n'est-ce  pas  un  indice  sérieux  que 
l'on  n'a  pas  affaire  à  un  môme  radical  ?  Je  suis  d'accord  avec 
M.  Horning  pour  repousser  *talponem  et  j'espère  être  aussi 
d'accord  avec  lui  en  laissant  reposer  in  pace  son  étymologie  par 
le  latin  herpès,  etis  ".  N.  du  Puitspelu  rapporte  que  Darmes- 
teter  a  rattaché  darhon  «  à  un  radical  darb-  dont  nous  ne  con- 
naissons pas  l'origine'^  ».  C'est  la  sagesse  même.  Et  il  n'y  a 
plus  aucun  mérite  à  être  sage,  aujourdui  que  l'on  sait  que 
darpus  est  cité  par  Polemius  Silvius  ;  seulement  il  faut 
admettre  que  le /)  est  une  notation  inexacte  pour/',  notation  due 
vraisemblablement    au  voisinage   de    talpa'.   Qu'il    y    ait  eu 


1.  Du  C  dans  les  langues  romanes,  p.  211  . 

2.  J'imagine  que  jharboii  est  dû  à  un  phénomène  de  prononciation  renver- 
sée :  on  a  en  savoyard  (/t'«/a««a,  doli  à  côté  de  j'heiifaiina  (gentiane), /o/i,  etc.  ; 
on   aura    créé  jhaibon  à  côté  de  darhon. 

3.  Notamment  M.  Cornu,  Roinania,  VI,  413,  et  M.  Gilliéron,  Patois  de 
Vionnai,  p.  76. 

4.  Zeitschr .  jiïr  rom.  PhiloL,  XX,  87. 

5.  Avec  le  persan  darvand  «  damné  v  et  l'arabe  djerhoiih  «  gros  rat  »  ; 
notez  que  le  mot  arabe  a  été  francisé  en  gerboise,  jadis  gerbo. 

6.  Voy.  GiWiéron,  Patois  de  la  commune  de  Vionna:(,  p.    145  et  176. 

7.  Zeitschr.  Jïir  rom.  PhiloL,  XX,  87. 

8.  Je  n"ai  pas  réussi  à  savoir  où  ni  à  quel  propos  Darmesteter  s'est  occupé 
de  darbon. 

9.  Le  bas  latin  darbus  invoqué  par  Mistral  se  trouve  dans  les  comptes  des 
consuls  de  Nimes  à  la  date  de  1 479-1480,  date  qui  lui  enlèverait  toute  impor- 


174  •*^-    THOMAS 

contamination  dans  le  langage  parlé  entre  talpa  et  *darbus, 
cela  est  très  vraisemblable  ;  mais  attendons  de  nouvelles  infor- 
mations pour  l'affirmer,  en  souhaitant  que  les  auteurs  de 
VAtlas  linguistique  publient  bientôt  une  carte  consacrée  au  mot 
laupc  '. 

FuRO.  —  Le  mot  latin  furo  onis,  appliqué  à  l'animal  que 
nous  appelons  «  furet  »,  n'est  pas  précisément  nouveau  dans 
l'histoire  de  la  lexicographie  romane,  mais  on  ne  l'a  relevé 
jusqu'ici  que  chez  Isidore  de  Séville.  Or  Isidore  de  Séville  est 
mort  en  636  :  le  témoignage  de  Polemius  Silvius  est  donc  anté- 
rieur de  près  de  deux  siècles,  et  il  mérite  d'être  retenu  comme 
étant  de  beaucoup  le  plus  ancien  qui  nous  soit  parvenu.  Je  rap- 
pelle que  si  l'ancien  français  dit  ordinairement /«/Vo//,  forme  qui 
postule  un  type  *furionem,  l'italien  jurouCy  l'espagnol  hiiron, 
le  portugais  furâo  et  le  provençal  fnro{jï)  remontent  directe- 
ment à  furo  ne  m. 

Gaius.  —  Malgré  l'incertitude  de  la  graphie  du  manuscrit  de 
Bruxelles,  on  ne  peut  hésiter  sérieusement  sur  la  bonne  leçon 
du  nom  d'oiseau  mentionné  entre  le  passereau  (passer)  et  la 
grive  (turdus)  :  il  faut  hre  gaius  et  non  gavis.  Appliqué  à 
un  oiseau,  le  mot  gaius  a  été  recueilli  par  le  glossateur  Papias 
qui  en  fait  un  synonyme  de  pic  us,  et  qui  donne  en  même 
temps  la  forme  féminine  gaia  comme  synonyme  de  pica;  il 
semble  donc  que  pour  Papias,  qui,  comme  on  sait,  écrivait  en 
1053,  très  probablement  en  Lombardie-,  gaius  désigne  le  pic 
et  gaia  la  pie.  En  est-il  de  même  pour  Polemius  Silvius?  Ce 


tance  en  ce  qui  concerne  la  question  étymologique  ;  mais  je  verrais  plutôt 
dans  ce  texte  le  mot  roman  darho  employé  à  l'ace,  plur.  sans  latinisation  :  il 
s'agit  d'une  sentence  d'excommunication  obtenue  par  les  consuls  «  contra 
mures,  darhos  et  talpas  ».  En  tout  cas  le  texte  prouve  que  darho  s'employait 
alors  à  Nîmes  et  qu'il  y  désignait  un  animal  distinct  du  campagnol  et  de  la 
taupe. 

1 .  Il  faut  attendre  aussi  pour  expliquer  les  formes  daœivie,  diavie,  draivie 
de  la  Franche-Comté,  lesquelles  semblent  postuler  une  variante  *darvus  au 
lieu  de  *darbus. 

2.  Voir  dans  les  Sitiungsh.  de  l'Académie  de  Munich,  année  1903,  p.  267- 
286,  le  mémoire  de  M.  Goetz  intitulé  :  Piipias  utid  seine  Quelle. 


LH    LATEKCULUS    DE    l'OLLMIUS    SILVIUS  175 

n'est  pas  probable,  bien  que  la  constatation  de  quelques  doubles 
emplois  empêche  d'arriver  à  une  certitude  absolue  sur  ce  point. 
Toujours  est-il  qu'il  enregistre  picus  immédiatement  avant 
passer,  ctpica  beaucoup  plus  loin,  entre  le  corbeau  (corvus) 
et  la  corneille  (cornix)  :  aussi  peut-on  considérer  comme  vrai- 
semblable que  gains  est  pour  lui  le  geai,  sans  se  laisser  arrêter 
par  la  mention  du  même  oiseau  sous  le  nom  de  glanda ria 
dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure. 

Plaçant  uniquement  la  question  sur  le  terrain  linguistique, 
il  faut  affirmer  bien  haut  la  filiation  du  français  geai  et  du 
latin  vulgaire  gains  et  rejeter  absolument  tout  rapport 
étvmologique  entre  le  français  geai,  substantif  masculin,  et 
le  français  gai,  adjectif'.  Le  nom  de  l'oiseau  esi  gai  dans  la 
région  normanno-picarde  comme  dans  la  région  provençale 
située  au  sud  de  la  limite  qui  sépare  les  sons  c[a],  o^[a],  avec 
f  et  ^  explosifs,  des  sons  ch[a\  et  j[a],  avec  ch  et;  continus^  : 
c'est  dire  que,  dans  la  partie  du  domaine  provençal  qui  est  au 
nord  de  cette  limite,  on  a  un  y  continu  pour  le  nom  de  l'oiseau 
comme  en  français  propre.  Aussi  la  phonétique  comparée 
impose-t-elle  à  l'étymologiste  un  type  analogue  à  gai  lus, 
c'est-à-dire  possédant  un  g  initial.  Au  contraire,  l'adjectif  gai 
ne  se  présente  nulle  part  sans  le  son  explosif  :  donc  son  type 
étymologique  (qui  reste  à  découvrir)  doit  posséder  un  w, 
ou  à  tout  le  moins   un  v  initial,  et  non  un^. 

Au  lieu  de  gaius,  M.  Nigra  a  proposé  récemment  un  type 
hypothétique  *gacus  pour  expliquer  le  français  geai,  le  pro- 
vençal gai  et  leurs  congénères  5.  Il  n'a  pas  pris  garde  que  la 
phonétique  provençale  opposait  une  barrière  infranchissable  à 
cette  hypothèse,  car,  au  nord  comme  au  sud  de  la  limite 
linguistique   indiquée    plus  haut,    on  aurait    irréductiblement 


1 .  Ménage  semble  avoir  eu  le  premier  l'idée  que  gai  et  geai  avaient  la 
même  étymologie  (non  pas  dans  ses  Origines,  en  1650,  mais  dans  le  Dict. 
élymol.  publié  après  sa  mort);  toutefois  il  préfère  considérer  le  type  gaius 
«  geai  »  comme  une  altération  de  varias.  C'est  Diez  qui  a  donné  la  vogue 
à  l'étymologie  qui  consiste  à  voir  dans  geai  un  doublet  de  gai,  étvmologie 
acceptée  par  Brachet,  Scheler  et  MM.  Baist,  Mackel,  etc. 

2.  Sur  cette  limite,  voir  l'article  de  M.  P.  Mever,    Romania,  XXIV,  529. 
5.  Arch.  glottolog.,  XV,  285. 


17e  A.    THOMAS 

une  désinence  -ac  et  non  -ai,  soit  *jac  soit  *gac  :  il  suffit  de 
penser  au  traitement  du  suffixe  -acus  dans  les  noms  de  lieux 
pour  s'en  convaincre. 

A  côté  de  gai  us,  le  latin  vulgaire  a  certainement  possédé 
gai  a,  mot  auquel  M.  Nigra  rattache  non  seulement  l'espagnol 
ga\a  et  des  vocables  dialectaux  italiens  ou  ladins  comme  gagia, 
gags^ia,  ga:^a,  mais  l'italien  Wnér aire  ga~:(a  lui-même  :  ces  mots 
s'appliquent  ordinairement  à  la  pie,  mais  parfois  (à  Bellune  et 
dans  la  Soprnselva)  au  geai  '.  Nous  avons  sur  l'existence  de 
gai  a  un  autre  témoignage  direct  que  ne  cite  pas  M.  Nigra  et 
qui  est  probablement  un  peu  antérieur  à  celui  de  Papias.  On 
lit  en  effet  dans  la  version  interpolée  du  glossaire  d'Aelfric 
le  grammairien  :  «  Gaia  vel  catanus,  higere^  ».  Le  dernier 
mot  est  anglo-saxon  et  apparenté  à  l'allemand  actuel  hàher 
«  geai  »;  quanta  catanus,  il  va  de  soi  qu'il  n'a  rien  à  voir 
avec  le  terme  homophone  auquel  j'ai  rattaché  le  français  cadc 
«  genévrier'  »  ;  on  doit  l'identifier  à  cicuanus,  glosé  par 
higrae  dans  le  plus  ancien  glossaire  anglo-saxon  qui  nous  soit 
parvenu^  et  par  higerc  dans  un  recueil  analogue  plus  récent  5. 
Mais  qu'est-ce  en  définitive  que  catanus  ou  cicuan  us  ?  Je  ne 
me  hasarderai  pas  à  le  conjecturer^.  Comme,  d'autre  part, 
h igere  glose  plus  d'une  fois  pi  eu  s,  nous  n'avons  pas  le  moyen 
de  déterminer  avec  rigueur  la  valeur  ornithologique  de  gaia 
chez  l'interpolateur  d'Aelfric.  A  peu  près  à  la  même  époque 
nous  voyons  associer  comme  synonymes  picus,  gagia  (5/V)  et 
binera.  ' 


1.  Zeitschr.  fur  roman.  Pbilol.,W\'U.,  140.  Dans  la  région  de  Cadore, 
c'est  le  diminutif  p^flvo/a  qui  a  le  sens  de  «  geai  ». 

2.  Ait<rlo-saxoii  iiiid  ohl  eiic^lish  Vocahularies  by  Thomas  Wright,  2<i  édition 
by  R.  P.  Wiilcker  (London,  1884),  t.  I,  p.  132.  Je  remarque  au  dernier 
moment  que  la  glose  «  gaia  vel  catanus  higere  »  doit  être  postérieure  à 
Aelfric,  car  elle  ne  figure  pas  dans  l'édition  Zupitza  (Berlin,  1880). 

3.  Voy.  mes  Nom'.  Essais,  p.  188. 

4.  An  eiglh-ceulur\  latin-anglo-saxon  Glossary,  by  J.  H.  Hessels  (Cam- 
bridge, 1890),  p.  33. 

5.  Anglo-saxon  and  old  english  Vocab.,  t.  I,  p.  564  (glossaire  du  xi=  siècle). 

6.  Il  n'est  pas  vraisemblable  qu'il  s'agisse  du  cychramus  ou  cynchra- 
mus  de  Pline. 

7.  Loc.  laud.,  p.  286.  —  J"ai  indiqué  plus  liaut  des  exemples  italiens  et  latins 


LE    L.i'l'EKCULL'S    DE    l'OLEMlUS    SILVIUS  l'J'J 

A  côté  de  CCS  témoignages  directs  il  fiiiit  placer  un  témoi- 
gnage indirect  qui  nous  permet  de  remonter  beaucoup  plus 
haut  dans  le  passé  de  gaia  et  par  cela  même  de  gaius  :  je  veux 
parler  du  témoignage  de  la  langue  roumaine. 

M.  Nigra  a  cité,  après  bien  d'autres,  le  roumain  gaità  «  geai  », 
dont  la  désinence  offre  le  suffixe  diminutif  -{[a  et  dont  le  radi- 
cal se  ramène  à  celui  de  gaie  «  milan,  épervier,  oiseau  de  proie 
en  général  ».  Au  lieu  de  gaità  on  trouve  au  xvr'  siècle  la  forme 
gaica  transcrite  en  caractères  cyrilliques  :  en  la  signalant, 
M.  Ha:jdeu  a  affirmé  avec  raison  sa  dépendance  du  latin  vulgaire 
gaius  gaia'.  Il  est  surprenant  pourtant,  il  faut  l'avouer, 
que  gaie  désigne  exclusivement  les  oiseaux  de  proie  :  M.  Apos- 
tolescu,  un  de  mes  auditeurs  à  TEcole  des  Hautes  Etudes,  à 
qui  je  dois  l'essentiel  de  ce  qui  touche  le  roumain  dans  cette 
notice,  me  déclare  qu'il  a  entendu  appliquer  gaie  à  une  variété 
de  corneille,  ce  qui  peut  servir  de  pont  sémantique  entre  gaie 
et  gaifâ.  De  Cihac  a  vu  dans  ^aie  un  emprunt  aux  langues 
slaves,  mais  ses  rapprochements  n'ont  aucune  portée-.  Plus 
récemment,  M.  Densu^ianu  s'est  adressé  au  latin  gavia 
«  mouette  »  '  ;  mais  j'aime  mieux  de  beaucoup  l'idée  de 
M.  Hasdeu.  En  tout  cas,  on  reconnaîtra  qu'un  témoignage 
aussi  ancien  que  celui  de  Polemius  Silvius  sur  l'existence  de 
gaius  n'est  pas  pour  faire  du  tort  à  cette  idée. 

Et  n:aintenant,  que  faut-il  penser  de  ce  terme  de  gaius 
appliqué  à  un  oiseau  par  le  latin  vulgaire  ?  Il  est  difficile  de  ne 
pas  supposer  un  rapport  originaire  entre  ce  gaius  emplumé  et 
le  nom  de  personne  Gaius,  forme  prise  à  la  basse  époque  par 
Gaius.  Dans  cette  supposition,  deux  idées  diamétralement 
opposées  se  présentent  à  notre  esprit.  Ou  gaius  a  dès  l'origine 


où  le  type  gaia  sert  à  désigner  soit  la  pie  soit  le  geai.  La  confusion  du  geai 
et  du  pic  est  plus  rare  ;  je  note  cependant  le  nom  de  bpouc  porté  dans  les 
Vosges  par  le  geai  (Rolland,  Faune  pop.,  II,  144),  bien  que  le  sens  propre  de 
hpouè  (cf.  Godefroy,  espoit  2)  soit  «  pic  ». 

1.  Cuvente  denhCitrdni,  Bucarest,  1878,  I,  281. 

2.  Il  semble  même  qu'une  forme  roumaine  caie,  citée  par  lui,  n'ait  pas 
d'existence  réelle  et  soit  surtout  due  au  désir  de  trouver  en  roumain  la 
même  initiale  que  dans  les  mots  slaves  invoqués  comme  base  étymologique. 

3.  Hist.  lie  Li  langue  roumaine,  II,  197. 

Romania,  XXXf  j  -7 


IjS  A.    THOMAS 

désigné,  chez  les  Romains,  un  oiseau,  et  ce  nom  d'oiseau  a  été 
ensuite  appliqué  à  un  homme,  comme,  par  exemple,  aquila, 
corvus,  merula,  ou  Gaius  est  essentiellement  un  nom 
d'homme  qui  a  été  appliqué  à  un  oiseau,  comme  on  a  appliqué 
plus  tard  au  geai  lui-même  les  noms  d'homme  Jaques,  Gautier 
(en  France)  ou  Markolf  (en  Allemagne  '),  à  l'étourneau  le 
nom  Sansonnet,  etc.,  etc.  M.  Nigra  ne  se  prononce  pas  délibé- 
rément entre  les  deux  hypothèses,  et  j'avoue  qu'il  me  paraît 
sage  d'imiter  sa  réserve,  non  sans  marquer  cependant  qu'on  en 
saurait  assimiler  l'emploi  des  mots  Aquila,  Corvus,  Merula 
dans  l'onomastique  des  Romains,  où  ils  apparaissent  nettement 
comme  surnoms,  à  celui  de  Gaius,  qui  est  un  prénom^. 

Gl.\kdaria.  —  Pline  parle  d'une  variété  de  pie  (pica)  qui 
se  nourrit  de  glands,  sans  lui  donner  de  nom  particulier';  tou- 
tefois le  sommaire  du  livre  X  emploie  l'expression  de  picae 


1.  Déjà  relevé  par  Albert  le  Graud  dans  la  première  moitié  du  xnie  siècle  : 
«  De  garrulo...  germanice  heher...,  a  quibusdam  Marcolfus  vocatur  »  {De 
animalihus,  XXI,  2,  t.  VI,  p.  640  de  l'édition  des  oeuvres  de  1655).  C'est  donc 
à  tort  que  M.  Kluge,  dans  son  Etyvwl.  Worterb.  der  deutschen  Spr.,  déclare 
que  mj/Â;o// n'apparaît  comme  nom  du  geai  que  dans  le  «  neuhochdeutsch  ». 
Il  est  vrai  que  Du  Cange  n'a  pas  dépouillé  Albert  le  Grand,  et  que  Diefenbach 
ne  remonte  qu'à  1 5 1 7. 

2.  Comme  d'autres  prénoms,  Gaius  se  présente  parfois  en  fonction  de 
surnom,  mais  cela  est  sans  conséquence  ;  les  exemples  sont  d'ailleurs  rares. 
En  voici  un  :  dans  les  Inscriptiones  Graecae  ad  res  Komanas  pertinentes,  recueil 
publié  par  l'Académie  des  Inscriptions,  figure  (no  417)  Màp/.oç  nXâv/.io; 
Kopvr,Xiavo;  Tito;.  Au  dernier  moment,  je  m'aperçois  que  G.  Paris  a  écrit,  à 
propos  de  la  thèse  de  M.  Sudre  sur  les  sources  du  Roman  de  Renard  (extrait  du 
Journal  des  Savants,  1894-95,  p.  27-28)  :  «  L'usage  de  donner  à  des  animaux 
des  noms  d'hommes,  qui  désignent  non  un  individu,  mais  tous  les  individus 
de  l'espèce,  existe  en  dehors  du  Roman  le  Renard...  Tout  ce  qu'on  peut 
noter,  c'est  que  l'antiquité,  si  je  ne  me  trompe,  ne  nous  offre  rien  de  pareil.  » 
L'application  au  geai  du  nom  d'homme  Gaius  irait  à  l'encontre  de  la 
remarque  de  G.  Paris  ;  mais  cette  remarque  ne  constitue  pas  une  objection 
de  principe,  et,  plus  j'y  songe,  plus  ie  penche  à  admettre  comme  un  fait 
acquis  le  passage  de  Gaius,  nom  de  personne,  à  gaius,  nom  d'oiseau,  le 
procédé  inverse  me  paraissant  nettement  en  opposition  avec  les  faits  constatés. 

3.  «  Addiscerc  alias  negant  posse  quam  quaeex  génère  eorum  quae  glande 
vescantur  »   (Hist.   nat.,  X,  §  119,  éd.  Jahn). 


LE   LATERCULUS   DE    POLEMIUS    SILVIUS  I79 

glandares  en  l'appliquant  à  cette  variété.  Il  est  certain  que 
chez  Polemius  Silvius  glandaria  est  une  forme  plus  popu- 
laire de  l'adjectif  gland  aris,  et  que  l'adjectif  s'est  de  bonne 
heure  employé  substantivement  :  l'italia  ghiandaja  «  geai  »  en 
est  le  seul  représentant  très  exact  et  comme  sens  et  comme 
forme'.  Kôrting  enregistre  glandarius,  a  (n°  4258),  mais 
il  ne  mentionne  que  le  subst.  roumain  ghindar  «  chêne  »  et 
l'adj.  provençal  crlandier  (catal.  glander^  «  qui  produit  des 
glands  ».  On  peut  faire  remarquer  que  l'adjectit  latin  a  été 
substantivé  au  masculin  et  au  féminin  dans  la  toponymie  fran- 
çaise {ci.  Le  Glandicr,  Corrèze,  et  Glandiêres,  Aveyron)  et  que 
nos  patois  du  Midi  emploient  encore  aglandler  pour  désigner 
le  chêne  qu'on  destine  spécialement  à  porter  du  gland  et  aglan- 
diero  (gasc.  glandero)  pour  désigner  collectivement  soit  la  pro- 
duction du  gland  soit  un  bois  de  chênes^. 

Jaculus.  —  Polemius  Silvius  a  enregistré  jaculus  dans  la 
classe  des  serpents  :  cette  mention  n'offre  aucun  intérêt  parti- 
culier, car  ce  nom  de  serpent  nous  est  déjà  connu  par  Lucain 
et  par  Pline.  Mais  nous  retrouvons  jaculus  (écrit  j  a  co  1  u  s  , 
d'après  la  graphie  en  usage  à  la  basse  époque)  dans  sa  liste  des 
oiseaux,  et  nous  sommes  amenés  à  nous  demander  si  cette  nou- 
velle mention  correspond  à  une  réalité.  En  fait  le  mot  jacu- 
lus n'a  survécu  sous  aucun  de  ses  sens  dans  les  langues 
romanes,  mais  des  raisons  sémantiques  portent  à  croire  qu'il  a 
pu  être  appliqué  en  latin  à  un  oiseau,  soit  à  cause  de  la  rapi- 
dité du  vol  de  l'oiseau,  comparée  à  celle  d'un  trait,  soit  à  cause 
d'une  certaine  ressemblance  entre  un  oiseau  et  un  trait  empenné. 
Tout  récemment,  M.  Pieri  a  proposé  de  voir  le  mot  «  dard  » 
dans  les  noms  que  porte  le  martinet  dans  la  Haute  Italie  :  dard, 
dardan,  darden,  darder,  auxquels  correspond  l'italien  courant 
balestriiccio"'.  Il  aurait  pu  en  rapprocher  les  noms  que  porte  le 


1.  Le  nom  scientifique  du  geai  est,  comme  on  sait,  Giirridus  glandarius. 
Au  moyen  âge,  Petrus  de  Crescentiis,  qui  écrivait  en  Italie,  emploie 
glaiidiini  :  Du  Gange  a  enregistré  le  mot,  mais  il  l'a  défini  prudemment  par 

«  aviculae  spccies  ». 

2.  Les  dialectes  italiens  ont  probablement  des  mots  analogues  :  cf.  Glan- 
DARETUM  dans  Du  Gange. 

3.  Dans  les  Studj  roman:(i,  I,  40.  —  Gf.  Vidossich,  dans  Zeitschr.f.  rom. 
PhiloL,  XXX,  205. 


l8o  A.    THOMAS 

même  oiseau  dans  différentes  provinces  de   France  :  wallon 
airchcQl  arbalète;  languedocien  hakstric,  aiibaleslric,  etc.  ' 

Lacrimusa.  —  Polemius  Silvius  donne  côte  à  côte,  dans  la 
classe  des  quadrupèdes,  lacerta  et  lacrimusa.  Il  ne  faut  pas 
s'étonner  de  voir  le  lézard  qualifié  de  «  quadrupède  »,  puisque 
la  langue  populaire  du  nord  et  de  l'est  de  la  Gaule  a  monopo- 
lisé au  profit  de  cet  animal  la  même  dénomination  \  Mais 
toute  notre  attention  doit  se  porter  sur  lacrimusa,  mot 
nouveau  dans  les  textes  antiques,  que  nous  sommes  pourtant 
en  mesure  de  définir  sûrement  :  il  désigne  le  lézard  gris,  par 
opposition  au  lézard  vert  (lacerta).  La  Faune  populaire  de 
M.  Eugène  Rolland  donne  une  dizaine  de  formes  modernes  du 
nom  du  lézard  gris  qui  se  rattachent  à  lacrimusa,  à  com- 
mencer par  lagraniuso  et  à  finir  par  laf^ranuc''  ;  dans  le  Trésor 
don  Felihrigede  Mistral,  à  l'article  lagramuso,  on  trouve  vingt- 
trois  variantes  :  lagramuso,  Jagremuso,  Icgramuso,  grainuso, 
langramuso,  regramuso,  larmuso,  larniiso,  kgremise,  legremi, 
legremieu,  regremieu,  lagramuo,  lagramue,  langramue,  largamue, 
longamue,  lagranue,  Jangronue,  grananue,  grairuso,  gratamuo, 
gratamuro.  La  carte  766  de  V Atlas  linguistique  de  MM.  Gilliéron 
et  Edmont  fournit  encore  quelques  autres  variantes  :  agramue, 
agranue,  cataiuu~o,  gramu:{èro,  larinota,  etc.  Mais  ce  qui  lui  donne 
surtout  du  prix,  c'est  que  seule  elle  permet  de  se  faire  une  idée 
précise  de  l'aire  occupée  aujourdui  par  le  type  lacrimusa. 
Cette  aire  chevauche  sur  les  Alpes,  car  dans  les  arrondis- 
sements italiens  de  Suze  et  de  Pignerol  on  agraifiu^e  (972),  lar- 
;y///^o  (982)  et  grainu~a  (992).  En  France,  elle  comprend  toute 
la  région  qui  se  trouve  entre  le  Rhône,  les  Alpes  et  la  mer-^; 
en  plus,  sur  la  rive  droite  du  Rhône,  elle  embrasse  à  peu  près 


1.  Rolland,  Faune  pop.,  II,  525  —  Le  nom  de  falcino,  donné  à  Lucques 
au  martinet,  est  aussi  à  rapprocher  du  Languedocien /joz/rïV,  donné  par  Rol- 
land, îoc.  lauil.,  et  par  Mistral. 

2.  Voy.  Rolland,  FaH«e /)o/?.,  III,  17  et  77  ;  Hôrning,  Zcitschr.  fur  rom. 
Philol.,  XVIII,  226;  Marchot,  ibut.,  XVI,  380,  et  XIX,  102.  Les  noms  de 
«  quatre-pieds  »  et  de  «  quatre-bras  »  s'appliquent  aussi  à  la  salamandre. 

3.  Tome  III,  p.  16. 

4.  M.  Edmont  n'a  pas  rencontré  de  représentant  de  lacrimusa  dans  la 
Haute-Savoie,   bien  que   VAtlas  comporte   huit    points  de    repère  pour  ce 


I.K    I.ATERCULUS    DK    POLHMIUS    SILVIUS  l8l 

tout  le  territoire  des  départements  du  Rhône,  de  la  Loire  et  de 
l'Ardèche  et  une  lisière  de  F  Ain,  de  la  Haute-Loire  et  du  Gard. 
Le  point  le  plus  septentrional  qui  lui  appartienne  est  Tor- 
cieu.  près  de  Saint-Ramhert  (Ain),  où  l'on  prononce  raiiiiiiia  ; 
le  point  le  plus  occidental,  Burzet  (Ardèche),  où  l'on  dit,  au 
genre  masculin,  legremi.  U Atlas  ne  donne  rien  pour  la  Suisse 
romande  :  pourtant  les  (ormes  gretnillettc,  greinelhetta,  gremilhettà 
sont  en  usage  dans  le  canton  de  \'aud',  et  il  n'est  pas  témé- 
raire d'y  voir  notre  lacrimusa  privé  de  sa  tête,  altéré  dans 
son  thème  et  enrichi  d'une  désinence  diminutive. 

Mistral  voit  dans  lagramuso,  etc.,  l'expression  latine  lacer  ta 
mûri;  N.  du  Puitspelu,  dans  son  Dictionnaire  étymologique  du 
patois  lyonnais,  art.  larmisi,  a  rompu  une  lance  courtoise  en 
faveur  de  lacer  ta  mu  ri  ci  u  m  ^;  enfin,  plus  sagement,  M.  Phi- 
lipon  restitue  un  «  type  barbare  lacrimusia  »  5,  dans  lequel 
il  voit  «  le  latin  lacryma  +  usia  »4.  Malheureusement  il 
néglige  de  nous  dire  ce  que  c'est  que  -usia  (le  latin  ne 
connaît  pas  de  suffixe  -usia  ni  -usa)  et  ce  que  les  larmes 
peuvent  avoir  à  démêler  avec  la  dénomination  du  lézard  gris. 
Nous  devons  nous  contenter  de  savoir  que  cet  intéressant  ani- 
mal s'appelait  lacrimusa  dans  le  sud-est  de  la  Gaule  dès  le 
v*^  siècle  et  qu'une  forme  allongée  *lacrimusia  —  postulée 
par  la  forme  Ivonnaise  actuelle  —  a  été  en  usage  par  la  suite. 
La  désinence  insolite  de  ce  mot  a  subi  en  beaucoup  de  points 
l'influence  de  divers  suffixes,  et  il  semble  bien  que  l'étymologie 
populaire  ait  vu  dans  le  thème  celui  du  mot  la  cri  ma  :  mais 
cela  ne  préjuge  pas  le  sens  primitif  et  la  nature  propre  du 
nom  recueilli  par  Polemius  Silvius  >. 

département  ;  mais  on  constate  à  l'aide  du  Diciioiimiire  savoyard  de  Constan- 
tin et  Desormaux  l'existence  de  larmiii:^a  à  Annecy,  de  iiiantiuiia  a  Balme- 
de-Sillingy,  de  laniiota  à  Chambérv  et  à  Leschaux. 

1.  Je  les  prends  dans  Rolland,  Faune  pop.,  III,  i6. 

2.  Muricium  est,  aux  yeux  de  N.  du  Puitspelu,  le  génitif  pluriel  de 
murex;  mais  ce  serait  plutôt  m  u  r  i  c  u  m  . 

3.  Rouiania,  XX,  310. 

4.  Ihid.,  XX,  315. 

5.  M.  le  Dr  Bos  m'apprend  qu'à  Marseille  même  on  dit  lannouso  en  patois 
et  larmetise  en  français  local.  —  A  côté  de  larviuse,  qu'il  qualifie  expressé- 
ment de  «  Dauphinois  »,  Cotgrave  a  îarniol,  qui  doit  venir  aussi  de  la  région 
du  Sud-Kst. 


152  A.    THOMAS 

Lactrinus.  —  Il  est  ditîîcilc  que  le  nom  de  poisson  lac- 
trinus,  enregistré  par  Polemius  Silvius  entre  ricinus  et 
s  a  m  osa  (deux  noms  sur  lesquels  je  n'ai  rien  à  dire),  ne  fasse 
pas  songer  à  l'italien  lattarino  ou  latten'no,  nom  de  poisson.  On 
ne  peut  pvas  penser  sérieusement  à  mettre  en  cause  le  grec 
àOspîvt;,  comme  le  fait  encore  le  Di:^ioriario  délia  lirigua  italiana 
de  Tommaseo  et  Bcllini,  pour  rendre  compte  du  mot  italien. 
Un  humaniste  du  xv*-'  siècle,  Platina,  me  paraît  avoir  vu  la  véri- 
table étvmologic.  Voici  ses  propres  paroles  qui  constituent 
un  témoignage  intéressant  sur  l'italien  latîerino: 

duos  vulgus  hhterinos,  ego  lacleolinos  appcllaverim,  a  lactc  et  albido 
colore,  quo  etiam  translucentem  spinam  integro  de  vivo  licet  cernere,  adeo 
diaphani  sunt.  Mari  et  lacubus  capiuntur.  Fricti  moreto  viridi,  aut  agresta 
suffundi   debent  '. 

Antoine  Oudin  enregistre  concurremment  les  articles  sui- 
vants : 

Latarina,  sorte  de  poisson  appelé  alherina  en  latin. 
Laterina,  une  sorte  de  poisson. 
Laltarini,  poissons  laictez. 

Duez,  contrairement  à  son  habitude^  a  été  mieux  renseigné, 
et  voici  ce  qu'il  nous  apprend  : 

Latarina,  nadelle  %  une  sorte  de  poisson  comme  lattarino. 
Laterina,  nadelle,  comme  lattarino. 

Lattarino,  i .  nadelle  ou  petite  loche  un  peu  large,  petit  poisson  un  bien 
peuplas  petit  que  la  sardelle.  2.  poisson  laicté. 

Reste  à  rendre  compte  de  la  forme  lactrinus' du  manuscrit 
de  Polemius  Silvius  :  on  peut  supposer  que  c'est  une  faute  f)ar 
*lactarinus,  tiré  de  lac  par  l'intermédiaire  de  lactaris  ou 
de  lactarius.  L'existence  ancienne  du  suffixe  double  -arinus 


1.  De  honesta  Voluptate,  livre  X,  fol.  xcv  de  l'édit.  publiée  à  Paris  chez 
J.  Petit  en  1550. 

2.  Nadelle  est  dans  tous  les  grands  dictionnaires  français  depuis  Cotgrave  ; 
il  a  l'aspect  d'un  mot  d'origine  provençale,  et,  en  fait.  Mistral  enregistre 
nadelle  «  sardine  fraiche  ».  Je  ne  trouve  rien  d'analogue  dans  la  Faune  popu- 
laire de  Rolland. 


LE    LATERCULUS   DE    POLF.MIUS    SILVIUS  183 

n'a    rien   en  soi  d'invraisemblable  :  cf.  mon   mémoire  sur  la 
naissance  et  le  développement  du  suffixe  analogue  -aricius'. 

Marisopa.  —  Nom  de  poisson  inconnu  aux  textes  de  l'anti- 
quité, placé  par  Polemius  Silvius  entre  serra  et  rota.  On  ne 
peut  hésiter  à  l'identifier  avec  le  poisson  dont  parle  la  biogra- 
phie de  saint  Filibert,  que  M.  Poupardin  vient  de  rééditer,  et 
qu'il  attribue,  dans  la  forme  qui  nous  est  parvenue,  au  début  du 
ix^  siècle  :  «  Cum  territorium  Pictaviense  coepisset  gravis  inedia 
angustiare,...  multitudo  piscium,  quos  marsuppas  vocant,  vene- 
runt  in  alveo,  qu^e  ducentae  trigenta  et  septem  recedente  mari 
remanserunt  in  sicco  ^  ».  Le  même  mot  figure,  sous  la  forme 
marsupa,  dans  le  cartulaire  de  Redon  et  dans  un  acte  de  11 90 
du  cartulaire  de  Saint-Jean-d'Angeli  '.  Les  Bénédictins  ont  eu 
raison  d'y  reconnaître  le  marsouin,  qui  portait  encore,  au  xvi* 
siècle,  le  nom  de  ninrsoiipe  sur  les  côtes  de  Poitou  et  d'Au- 
nis-*.  Mais  j'avoue  que  je  suis  incapable  de  déterminer 
l'origine  de  ce  nom  de  marisopa,  dont  il  est  permis  cepen- 
dant d'affirmer  que  le  p  devait  être  un  p  double  puisque  dans 
le  cours  des  siècles  il  a  conservé  sa  valeur  d'explosive  sourde. 
Le  premier  élément  est  manifestement  mari-  «  mer  »,  et  il 
est  peut-être  d'origine  germanique  (comme  dans  marsouin)  plu- 
tôt que  d'origine  latine  ;  mais  faut-il  voir  dans  -sopa  le  même 
thème  que  dans  notre  mot  soupe,  à  savoir  le  germanique  sùp-, 
auquel  est  attachée  l'idée  de  «  boire  »  ? 

MuFRON.  —  Parmi  les  quadrupèdes,  Polemius  Silvius  enre- 
gistre   à   la    file    :    ibix,   camox,     mussimus,   sincirix. 


1.  Romania,  XXXII,  177,  et  mes  Xoiiv.  Essais,  p.  62. 

2.  R.  Poupardin,  Monuvients  de  Vhistoire  des  ahhaves  de  Saint -Philihen 
(Paris,  Picard,  1905),  p.  17. 

3.  Voyez  Du  Cange,  marsupa.  Cf.  un  texte  de  1294  publié  par  Marche- 
gay  dans  les  Arcb.  hist.  de  Saiiiiotige  et  d'Ainus,  où  on  lit  :  «  iiiarsupioniin 
(sic)  et  aliorum  grossorum  piscium  marinorum  »  (communication  de 
M.  Etienne  Clouzot). 

4.  Le  mot  manque  dans  Godefroy  et  dans  la  Faune  pop.  de  Rolland  ;  mais 
il  figure  dans  un  texte  de  1529  cité  par  M.  Etienne  Clouzot,  Les  viarais  de 
la  Sk're  Niortaise,  p.  126  (cf.  Romania,  XXXIV,  495),  et  dont  voici  un 
extrait  que   nous  devons  à   son  obligeance  :  «  Si  auchun  pescheur  peschet 


1S4  A.    THOMAS 

mufroii.  Il  est  clair  que  mussiinus  est  une  variante  de 
musimo  ou  musmo,  mot  auquel  les  auteurs  latins  clas- 
siques ne  semblent  pas  tous  attribuer  le  même  sens,  mais  que 
Pline  emploie  pour  désigner  le  ;j.;j-;x'.)v  de  Strabon,  c'est-à-dire 
le  nK)urton.  je  ne  puis  rien  dire  de  si  nci  rix;  mais  il  me  paraît 
infiniment  probable  que  nous  avons  dans  mutron  un  autre 
nom  du  mouflon.  Je  me  fonde  sur  l'existence  en  italien  de 
w«/ro  et  mufrone  «  mouflon  »,  dont  le  rapport  avec  mufron 
est  frappant.  De  plus  une  obligeante  communication  de  M.  Max 
Leopold  Wagner  m'apprend  que  dans  l'ile  de  Sardaigne  le  mou- 
flon femelle  s'appelle  iiiiirva  et  le  mouflon  mâle  murvone  ou 
inurone,  formes  qui  se  concilient  très  bien  avec  l'existence  de 
types  primitifs  tels  que  *mufra  et  *mufrone'. 

Mus  MOXT.wus-.  — L'animal  que  Polemius  Silvius  appelle 
mus  mont  an  us  est  placé  par  lui  entre  la  belette  (mu  s  tel  a) 
et  la  musaraigne  (mus  ara n eus).  Je  ne  crois  pas  que  cette 
expression  de  mus  mont  anus'  se  trouve  chez  les  auteurs 
antiques  ailleurs  que  chez  Polemius  Silvius.  Au  moyen  âge,  je 
la  relève  chez  Albert  le  Grand  qui  l'applique,  si  je  ne  me  trompe, 
au  rat  du  Nord  ou  hamster.  Faut-il  croire  qu'il  s'agit  réelle- 
ment du  hamster?  J'incline  plutôt  à  voir  dans  le  mus  mon- 
ta nus  de  Polemius  Silvius  l'animal  que    Pline  appelle   mus 


ou  prent  en  la  dite  chenau  balayne,  elle  est  myene;  et  si  v  prend  niarsoiippe, 
je  doys  aver  la  teste  et  deux  pieds  emprcs  le  cagouet,  et  demy  pied  devers 
la  quehe  en  sus,  nen  preconté  le  balovs  de  la  dite  queuhe  ».  {Arch.  de  la 
r^;;(/(''t;,  fonds  Talmond,  18;  original).  Le  mot  se  trouve  aussi  dans  un  état  de 
la  seigneurie  de  Lesparre  (Gironde)  de  l'an  1592,  qui  permet  d'en  constater 
le  genre  féminin  :  «  Le  droict  que  mon  dict  sieur  a  et  prend  sur  chacune 
marsouppe  qui  se  trouve  en  la  coste  de  la  mer...  »  {Bihl.  Nat.,  frùiiç.  5516, 
fol.  90  ;  communication  de  M.  Et.  Clouzot). 

1.  Vovez  plus  loin  la  note  de  M.  Wagner  sur  les  noms  sardes  du 
mouflon,  p.  291. 

2.  Le  manuscrit  de  Bruxelles  porte  mus  moiitanis,  mais  la  correction  va 
de  soi. 

5.  De  auimalibus,  XXL  2  (tome  VI  de  l'édition  des  œuvres  complètes  de 
i6ji,p.  597):  «  Emptra,  ut  quidam  dicunt...  hoc  animal  est  quod  nuireni 
montanum  quidam  vocant,  nec  invenitur  nisi  in  montibus,  et  est  major 
mus  qui  visus  est  in  terra  nostra  ». 


LF.    L.4THRCULUS    DE    POLEMIUS    SILVIUS  185 

Al  pi  nus,  à  savoir  la  marmotte,  et  j'estime  que  la  vieille  éty- 
mologie  de  Bochart,  reprise  par  Diez,  laquelle  rattache  mar- 
motte et  ses  congénères  aux  types  latins  mu  rem  montanum 
et  murem  montis  y  gagne  un  surcroît  d'autorité  '. 

Nauprhda.  —  Polemius  Silvius  enregistre  naupreda  dans 
la  classe  des  poissons  :  il  s'agit  certainement  de  la  lamproie.  On 
va  répétant  que  le  plus  ancien  témoignage  de  l'existence  en  latin 
d'un  nom  de  la  murène  analogue  à  lamproie  nous  est  fourni 
par  le  glossaire  attribué  à  Philoxène  où  on  lit  :  «  lampetra 
•x'jpa'.va  »  ;  c'est  une  erreur  ^  Dans  YEpistiiJa  du  médecin 
Anthimus,  M.  V.  Rose  a  adopté  la  leçon  naup  rida,  qui  paraît  la 
mieux  appuyée  par  la  tradition  manuscrite,  mais  il  donne  comme 
variantes  naupreda  et  lampreda'.  Enfin  la  vie  de  saint 
Hermelandus  (vulgairement  saint  Erhland,  abbé  d'Aindre,  au 
diocèse  de  Nantes,  j  vers  720),  publiée  par  Mabillon  d'après  un 
manuscrit  daté  de  777  ^,  donne  la  même  forme  que  Polemius 
Silvius  '.  Toutes  les  langues  romanes  sont  d'accord  pour  attes- 
ter que  la  forme  vulgaire  usuelle  avait  comme  désinence  -prëda 
et  non  -pëtra,  mais  elles  n'offrent  aucune  trace  d'un  premier 
élément  n  a  u  -  au  lieu  de  la  m  -.  S'il  est  assez  difficile  de  rendre 
compte  de  la  forme  naupreda,  sa  présence  dans  trois  textes 
indépendants  n'en  atteste  pas  moins  qu'elle  a  eu  une  certaine 
vo£Tue    dans  le  latin   vulgaire  de  la  Gaule  ''. 


1.  Ceci  dit,  je  me  borne  à  renvoyer  aux  opinions  contradictoires  de 
M.  le  Dr  Bos  (Jiavhviia,  XXII,  550)  et  de  M.  Jeanroy  {ihid.,  XXIII,  236) 
sur  les  rapports  possibles  de  marmotte  et  de  marmot. 

2.  Cette  glose  n'appartient  pas  au  recueil  dit  de  Philoxène,  mais  à  VOno- 
viaslicon  de  Vulcanius,  qui  est  l'œuvre  d'un  savant  de  la  Renaissance  ;  voy. 
Locwe,  Prodromus  corp.  gîoss.  latin.,  p.  194  et  s. 

3.  Pages  16 et  55. 

4.  Cf.  Aug.  Molinier,  Les  sources  de  Vhistoire  de  France,  I,  132,  n°  397. 

5.  Voy.  Du  Cange,  naupreda.  Même  forme  chez  Papias,  non  relevée  par 
Du  Cange  :  «  Naupreda  genus  piscis  ». 

6.  M.  Valentin  Rose  a  tenté  d'expliquer  naupreda  par  le  celtique, 
au  moins  à  titre  d'hypothèse  (.4»mfo/a  graeca  et  graecolatina,  Berlin,  1870,  II, 
S3~55)  •  naupreda  signifierait  «  neuf-taches  »  et  serait  le  pendant  de 
l'allemand  neunauge  «  lamproie  »,  attesté  dès  le  moyen  âge,  proprement 
«  neuf-yeux  ».  Malgré  l'appui  que  l'on  pourrait  trouver  dans  le  fait  (non  cité 
par  M.  Rose)  que  la  lamproie   porte  en  France  le  nom  plus  ou  moins  bien 


l86  A.    THOMAS 

Pelaica.  —  Ce  mot  se  trouve  dans  hi  liste  des  poissons  sans 
que  rien  dans  son  voisinage  en  fasse  préjuger  la  valeur  exacte  : 
il  est  encadré  entre  deux  inconnus,  levaricinus  et  amulus. 
Mais  il  se  dénonce  de  lui-même  comme  une  graphie  négligée 
de  l'adjectif  -iKx-;i.v.i:,  pe  lagicus,  sous  forme  féminine  : 
pelaica  est  pour  pela  g  ic  a.  Comme  le  grec  a-t\ôcy:o:  à  côté 
de  -iXxv-y.iç  et  le  latin  pelagicus'  à  côté  depelagius,  je 
n'hésite  pas  à  reconnaître  dans  le  pelaica  de  Polemius  Silvius 
le  pelagia  de  Pline,  IX,  62,  2,  lequel  est  un  autre  nom  de  la 
pourpre,  coquillage.  Ceci  dit,  et  à  titre  d'hypothèse,  je  me 
demande  si  pelagia  et  pelagica  ne  survivent  pas  aujour- 
dui  dans  les  langues  romanes  pour  désigner  un  animal  tout 
différent,  à  savoir  la  sole.  Mistral  enregistre  palaigo  «  petite 
sole,  poisson  de  mer  »,  et  il  cite  ces  vers  de  Mirèio  : 

Lou  picliot  barquet  fcndic  l'aigo 
Sens  mai  de  brut  qu'uno  palaigo. 

Dans  la  Faune  populaire  de  Rolland,  III,  105,  on  trouve 
palaïga,  nom  de  la  sole  à  Cette,  et  palaja,  nom  sicilien  du 
même  poisson.  L'explication  étvmologique  de  Mistral  (palo 
(fûf/V(7),  difficile  à  admettre,  en  ce  qui  concerne  le  provençal,  au 
point  de  vue  syntactique,  se  heurte  phonétiquement  à  la  forme 
sicilienne.  Rien  n'est  plus  commun  que  l'assimilation  d'un  e 
protonique  à  un  a  tonique,  et  *palagica  (pour  pelagica) 
cadrerait  avec  le  provençal  palaigo  tout  aussi  bien  que  *  pa  lagia 
(pour  pelagia)  avec  le  sicilien  palaja-. 


conservé  de  «  sept-veux  »  ou  de  «  bête  à  sept  trous  »  (Rolland,  Faune  pop., 
III,  97),  je  ne  crois  pas  possible  d'identifier  la  désinence -pre  d  a  et  le  thème  cel- 
tique que  M.  Rose  a  en  vue  et  qui  est  sous  la  forme  ancienne,  brik-.  Je 
note,  d'autre  part,  que  des  formes  surprenantes  du  nom  de  la  lamproie  se 
trouvent  dans  le  Corp.  gîoss.  lat.,  à  savoir  nacopretis  et  nocopretis  ; 
vov.  le  Tl}es.  gloss.  euieudal.  de  M.  Gœtz,  au  mot  lampreua,  où  est  proposé 
dubitativement  un  type  grec  *vazfj-pr,T'.:,  dont  je  n'arrive  pas  à  percer  le 
mystère. 

1.  Pelagicus  est  glosé  par  pi  s  ci  s  dans  un  glossaire  dont  le    manu- 
scrit remonte  au  ixe  siècle  (Corp.  gloss.  latin.,  V,  384,  35). 

2.  A  signaler  aussi  palaia,  nom  de  la  sardine  moyenne  à  Nice  (Rolland, 
III.   119). 


LE    L-iTHRCULUS    DE    POLEMIUS    SIL\IUS  187 

Platensis.  —  Le  manuscrit  de  Bruxelles  écrit  placensis, 
mais  comme  ce  mot  est  dans  la  section  des  poissons  entre 
lutarius  (évidemment  le  mu  11  us  lutarius  de  Pline)  et 
sole  a  (la  sole),  il  n'est  pas  téméraire  d'affirmer  qu'il  s'agit  de 
la  plie  et  qu'il  taut  corriger  placensis  en  platensis.  On 
reconnaît  généralement  la  plie  dans  le  platessa  d'Ausone  '  ; 
la  variante  légère  pi  a  tissa  se  retrouve  dans  un  recueil  de 
gloses-,  mais  on  lit  dans  VEpislida  du  médecin  Anthimus  : 
«  platenses  vel  soleae  unum  genus  est'.  »  L'existence  de 
platensis  n'est  donc  pas  douteuse,  et  Polemius  Silvius  nous 
en  fournit  le  plus  ancien  témoignage  connu.  Toutefois  aucune 
langue  romane  ne  paraît  avoir  conservé  de  représentant  du  type 
platensis,  non  plus  du  reste  que  de  platessa  :  le  provençal 
moderne  a  plaiiisso,  le  portugais  patruça;  l'espagnol  otfre 
concuremment  platija,  forme  usuelle,  et  platuja,  platucha, 
formes  dialectales.  Enhn  le  français  plie,  issu  de  l'ancienne 
forme  plai~  (cf.  l'anglais  plaice),  dont  la  désinence  a  été 
bizarrement  altérée,  suppose  nécessairement  l'existence  d'un 
tvpe  *platicem,  lequel  n'a  pas  été  encore  signalé  dans  les 
textes.  Les  formes  romanes  indiquent  en  outre  que  le  thème 
a  oscillé  entre  *platt-  ei  plat-. 

Plotta.  —  Nom  de  poisson  qui  doit  être  vraisemblablement 
identifié  avec  l'italien  dialectal  piota  (Lombardie)  et  l'engadin 
plotra,  lesquels  s'appliquent  au  Cxprimis  rutihis  ou  Leucisciis  ery- 
îhrophthahnus  ^ .  L'allemand  dialectal  possède  aussi  ce  nom  sous 
la  forme  pldl~e,  et  il  semble  qu'il  faille  aussi  le  reconnaître  dans 
le  xwss^  plotiua  ti  ploti:;a  :  c'est  toujours  la  même  espèce  5. 

Carpentier  a  ajouté  à  Du  Cange  un  article  ainsi  conçu  : 
«  Plota,  piscis  genus.  Tract,  ms.  de  Pisc,  cap.  1  ex  Cod.  reg. 
6838  c  :  Est  et  alia  Aristotelis  et  Plinii  rémora  seu  echeneida,  pis- 
ciciilus  saxis  assuetus...  Diversis  nominibus  appellant .  Narn  plota, 


1.  Epist.,  IV,  58. 

2.  Corp.  gloss.  latin.  V,    582,    19. 

3.  Ed.  Rose,  42. 

4.  Rolland,  Faune  pop.,  III,  141. 

5.  Xemnich,  Catholicoii,  II,  1367;  Cuvier  et  Valenciennes,  Hist.  natur.  des 
poissant,  XVII,  p.  90-91. 


l88  A.    THOMAS 

flula,  vennis  nmr'nius,  astcrias,  hirudo,  viurana  noniinatur.  » 
Comme  on  Ta  dcmontré  ici  même  ',  le  ms.  Int.  6838  c  est  iden- 
tique au  célèbre  traité  de  Rondelet  sur  les  poissons  imprimé 
en  1554-1555,  et  où  la  fin  du  passage  cité  par  Carpentier  se 
retrouve  effectivement-.  Mais  dans  Rondelet  plota  est  la  trans- 
cription du  grec  -X(i)ty;,  que  les  auteurs  latins  anciens  rendent 
par  fluta,  sans  doute  par  étymologie  populaire  d'après  f  lui- 
tare,  flutare^  Le  double  t  du  mot  plotta  enregistré  par 
Polemius  Silvius  et  attesté  par  les  formes  romanes  que  nous 
avons  citées  empêche  tout  rapprochement  avec  le  grec  -aokt,. 

Plumbio.  —  Dans  la  section  des  oiseaux,  entre  querqui- 
du la  (la  sarcelle)  et  falacrocorax  (le  cormoran),  nous  trou- 
vons inscrit  ce  mot  lumineux  pour  tout  romaniste  :  plumbio. 
On  sait  que  le  français  donne  le  nom  de  plonjon  (écrit  plongeon') 
à  divers  oiseaux  aquatiques  des  genres  Colwrbus  et  Podiceps^; 
le  provençal  moderne  emploie  un  terme  analogue,  mais  il  la 
peut-être  emprunté  du  français  à  une  date  récente.  Le  rapport 
phonétique  de  plumbionem  à  ploiijon  est  parfait  :  cf.  cam- 
biare  >  chanjier  {changei-),  et  plus  précisément  encore  cam  - 
bionem  >  chanjon'^.  Le  picard  et  le  wallon  disent  ploinion, 
forme  employée  par  Froissart,  lequel  la  fait  trisylhibique  ^; 
elle  repose  sur  la  variante  *plummus  pour  plumbus,  qui 
est  à  la  base  de  tant  de   mots  d'ancien   français'  :  plomion  est 


1.  Romauia,  VI,  269,  n.  3.  art.  de  J.  Bauquier. 

2.  De  piscibus  niarinis,  lib.  XIII,  cap.  ni  (p.  398  de  l'éd.  de  Lyon,  1554). 

3.  On  trouve  déjà  la  forme  latinisée  chez  Platina,  De  honesta  Voluptate, 
X,  de  Muraena  :  «  Ex  pharo  Siciliae  optimae  putantur  quas  illi  plot  as, 
Latini  flutas  vocant  ».  La  vieille  traduction  française  de  Desdier  Cristol, 
dont  la  première  édition  est  de  1505,  dit  :  «  Les  meilleures  qu'on  sache  sont 
au  phar  de  Cécile  appellees  plotes,  et  les  Latins  les  appellent  fl  e  ut  es  » 
(fol.  89). 

4.  Rolland,  Faune  pop.,  II,  404-406.  —  Le  mot  est  attesté  dès  le  xiie  siècle, 
dans  Fhire  et  Blancheflor,  avec  la  graphie  plongon  (vers  1466  de  la  i^^  rédac- 
tion, éd.  Du  Méril,  p.  59). 

5.  Sur  chtmjon,  voir  ce  qu'ont  écrit  G.  Paris,  7?(i;;/fl;;;a,  XXXI,  351,  et 
M.  Paul  Meyer,  ihid.,  XXXII,  452. 

6.  Voir  la  citation  dans  Godefroy,  Compl.,  art.  plongeon. 

7.  Cf.  Godefroy,  art.  plomm.^rt,  plomm.^s,  plomme,  plommee,  etc. 


LE   LATERCULUS    DE    POLEMIUS    SILVIUS  189 

au  français  classique /i/fn/o/î  comme  le  wallon-picard  gouvion  est 
à  goujon.  D'ailleurs  on  peut  invoquer  le  nom  de  ville  Amiens 
<  Ambianis,  parallèle  à  plomion  <  plumbionem'. 
Il  est  plus  délicat  d'expliquer  la  formation  du  type  latin  dont 
nous  devons  la  connaissance  à  Polemius  Silvius.  Jusqu'ici  on 
rattachait /)/t)«^(W/  2. plonger  (comme  bâillon,  à  bâiller]  bouchon, 'a 
boucher;  torchon,  à  torcher,  etc.).  Il  faut  renoncer  à  cette  manière 
de  voir,  d'autant  plus  que  plonger  représente  *plumbicare , 
puisque  l'ancien  français  oscille  entre  plongier  et  plonchier  (picard 
plonkier).  Mais  le  latin  vulgaire  a-t-il  tiré  directement  plum- 
bio  de  plumbus,  comme,  par  exemple,  campio  de  cam- 
pus? La  sémantique  s'accommoderait  mieux  de  l'hypothèse 
qu'un  verbe,  soit  plumbare  (avec  le  sens  non  attesté  de 
«  plonger  »)  soit  *plumbiare,  a  servi  d'intermédiaire;  mais  il 
taut  dire  que  tous  les  substantifs  en  -io  que  nous  connaissons 
en  latin  reposent  ou  paraissent  reposer  sur  des  noms  préexis- 
tants et  non  sur  des  verbes^,  sauf  peut-être  scelio,  de  scelus, 
qui  est  dans  Pétrone  ,  etmirio,  employé  par  Tertullien  au 
sens  de  «  badaud  »,  qui  se  tire  plus  naturellement  de  mi  rare 
que  de  mirus  '. 

RiPARiA.  —  Pline  mentionne  une  variété  d'hirondelle  dite 
ri  paria  parce  qu'elle  fait  son  nid  sur  les  berges  des  cours 
d'eau,  et  les  gloses  de  Virgile  de  la  Bibliothèque  de  Berne 
connaissent  aussi  l'oiseau  dit  ri  paria  «  quae  in  specu  ripae 
nidificat  ■*».  Le  médecin  Marcellus  de  Bordeaux  emploie  le  dimi- 
nutif ri  pariola,  qui  n'a  pas  été  rencontré  ailleurs  que  chez  lui. 
M.  Chabert,  dans  sa  thèse  De  latinilate  MarceUi,  a  bien  relevé 


1 .  Avec  cette  réserve  toutefois  que  Amiens  n'est  pas  trisyllabique  comme 
plomion,  mais  disyllabique  :  cf.    Renaît,  éd.  Martin,  XIII,  1165  : 

Sire,  je  fui  nés  a  Amiens, 

Mes  quanqu'il  i  a  n'est  pas  miens. 

2.  Cf.  aulio  «  joueur  de  flûte  »,  flagrio  «habitué  au  fouet  »,  mulio 
«muletier»,  pellio  «  pelletier  »,  etc. 

5.  A  plumbus  se  rattache  l'italien /'/('/«/'///o  (Oudin,  Duez),  nom  dia- 
lectal du  martin-pécheur  :  cf.  Bonelli,  Noini  degli  ucceîli  nei  dialetti  loni- 
bardi  dunsStudj  difilol.  roniaiiia,  IX,  402. 

4.  Voy.  les  citations  à  l'art,  riparius  de  Forcel!ini-De  Vit.  —  On  sait 
que  Linné  désigne  sous  le  nom  de  Hirundo  ripana  l'hirondelle  de  rivage. 


190  A.    THOMAS 

chez  son  auteur  le  substantif  ripa  riohi  comme  un  àza;  '  ; 
mais  il  n'a  pas  songé  à  se  demander  si  ce  mot  avait  survécu 
ou  non  dans  le  vocabulaire  roman.  Or  il  a  effectivement  sur- 
vécu :  d'après  M.  Rolland  -,  le  pluvier  à  collier  blanc  s'appelle 
rivicyrôla  dans  l'Hérault,  et,  d'après  Mistral,  l'hirondelle  de 
rivage  porte  aussi  dans  le  midi  de  la  France  le  nom  de  riheirolo, 
rivieirolo,  rebcirolo,  raheirolo.  Il  semble  cependant  que  la  forme 
masculine  ribeirou  <C  ripariolus  soit  plus  répandue  que  la 
torme  féminine'.  Pour  cette  forme  masculine  elle-même,  il  est 
permis  de  remonter  à  une  date  assez  reculée  dans  le  latin  vul- 
gaire :  en  effet,  dans  un  glossaire  de  Cambridge  (Corpus Christi 
Collège  144),  qui  est  attribué  au  viii^  siècle,  on  lit  ripariolus 
avec  en  face  le  mot  anglo-saxon  siaeâsuualpe,  lequel  signifie 
littéralement  «  hirondelle  de  rivage-*  ». 

ScARDA. —  Parmi  les  noms  de  poissons,  entre  se  a  r  u  s  et  m  u  1- 
lus,  figure  le  mot  scarda.  Comme  lescarus,  dont  l'identité 
n'est  pas  établie,  et  le  mu  11  us  (mulet  ou  rouget)  sont  des 
poissons  de  mer,  il  est  probable  que  la  scarda  de  Polemius 
Silvius  est  identique  au  scardo  de  l'interpolateur  d'Aelfric, 
qui  est  le  bar  ou  loup  de  mer  K  Toutefois  c'est  aussi  bien  parmi 
les  poissons  d'eau  douce  que  parmi  les  poissons  de  mer  que  ce 
terme  paraît  avoir  survécu  et  donné  naissance  à  des  dérivés, 
surtout,  sinon  exclusivement,  dans  le  nord  de  l'Italie.  Le 
simple  scarda  (latinisé  en  scarda  parPlatina  dans  le  x^  livre  de 
son  De  honesta  Voluplale  ''  est  encore  vivant  en  Lombardie  où 
il  s'applique,  concurremment  avec  son  dïmmmïï  scardola,  à  la 


1.  Op.  laiid.,  p.  48. 

2.  Faune  pop.,  II,  347. 

3.  Ihid.,  II,  323. 

4.  An  eighth-century  lalin-at:^lo-$a.\on  Glossary,  editcd  hv  J.  H.  Hessels 
(Cambridge,  1890},  p.  103,  no  195.  Dans  le  glossaire  interpolé  d'Aelfric  on 
trouve  r  a  p  a  r  i  o  1  u  s  (faute  manifeste  pour  ripariolus)  glosé  par  fiscere  (éd . 
Wright  revue  par  Wùlcker,  col.  132)  :  c'est  le  martin-pêcheur. 

5.  Cf.  Rcv.  des  laiii^iies  roui  ,  XLVIII  (1905), p.  194,  article  de  M.  P.  Bar- 
bier fils. 

6.  «  Scardae,  quovis  modo  coquantur,  insipidae  sunt,  et  plus  molestiae 
ob  minutissimas  spinas  interedendum  quam  voluptatis  afferunt  »  (fol.  xciv 
v'o  Je  l'édition  parisienne  de  1 530,  la  seule  qui  soit  à  ma  portée). 


LE    LATERCULVS   DE    POLEMIUS    SILVIUS  I9I 

brème  commune'.  Antoine  Oudin  se  contente  de  traduire 
scarda  par  «  sorte  de  poisson  »;  Duez,  plus  savant  ou  plus 
suffisant,  dit  :  «  Scarda  i,  brame  de  mer,  une  sorte  de 
poisson  -».  Il  est  d'accord  avec  Oudin  pour  considérer  scàrdine, 
scàrdola,  scardona  et  scardonc  comme  des  termes  synonymes 
désignant  «  une  sorte  de  poisson  de  mer  comme  une  petite 
carpe  ».  On  sait  que  scardova  a  été  employé  par  Dante,  Inferno, 
29  : 

E  si  traevan  giù  l'unghie  la  scabbia 

Come  coltel  di  scardova  le  scaglie. 

Dans  le  Tessin,  scàrdola  s'applique  au  Leucisciis  trythrophîal- 
mus,  le  Scardinius  erythrophthalmiis  du  prince  Bonaparte'. 

En  somme,  le  témoignage  d'Antoine  Oudin,  dont  Duez 
n'est  que  le  plagiaire,  a  bien  peu  de  poids,  en  présence  des  faits 
contemporains,  pour  nous  persuader  qu'en  italien  scarda  et  ses 
dérivés  désignent  réellement  un  poisson  de  mer. 

Sofia.  —  Le  nom  de  poisson  sofia,  que  Polemius  Silvius 
place  entre  tinca  (la  tanche)  et  alburnus  {Taulmir  de  Béarn, 
Xauhourne  ^Q  Saintonge +),  est  très  répandu  aujourd'hui  dans 
nos  patois  de  l'Est  et  du  Sud-Est.  Dès  le  xvi''  siècle,  Belon  et 
Rondelet  ont  signalé  l'existence  de  sophio  en  Languedoc  et  de 
suiffe  en  Lyonnais  pour  désigner  la  vandoise  >.  Mistral  enregistre 

1.  Rolland,  Faune  pop.,  III,  144  (d'après  Schinz,  Faiitia  Helvetica-,   1837). 

2.  La  brème  est  un  poisson  d'eau  douce,  mais  on  désigne  aussi  sous  le  nom 
de  «  brème  grise  »  et  de  «  brème  de  mer  »,  particulièrement  en  Picardie 
(Rolland,  op.  laud.,  III,  166)  le  Canthants  ou,  selon  d'autres  (voy.  Baudril- 
lart,  DiV/.  des  pèches,  1827,  p.  77)  le  Spams  brama  L.,  dit  aussi  «  carpe  de 
mer  ».  Cf.  Bibl.  nat.,  franc.  25545,  fol.  19  r"  :  «  Ce  sunt  les  menieres  des 
poissons  que  on  prant  en  la  mer...  Brieines,  id  est  besques  (=  becûe?)  ». 
La  lecture  hesquis  (Godefroy,  s.  v.)  est  erronée  ;  c'est  le  même  texte  qui  est 
cité  dans  Godefroy,  besq.ue. 

5.  Rolland,  op.  laud.,  III,  141  (d'après  Pavesi).  Je  vois  dans  Valenciennes, 
Hist.  des  poissons,  XVII,  92,  que  le  prince  Bonaparte,  à  qui  est  dû  le  genre 
Scardinius,  admet  une  variété,  distincte  de  celle-ci,  et  qui  porte  les  noms 
vulgaires  de  scarda,  scardafa,    scaerdova,  etc. 

4.  Cf.  Romania,  XXXIII,  139. 

5.  Belon,  De  Aqaatilibus  (Paris,  1553),  p.  3' 3  •  "  Parisienses  une  vandoise 
...Lugdunenses  siiiffani  vocant  ».  — Rondelet,   Universx  Aqualiliiun  Historix 


1^2  A.    THOMAS 

les  variantes  sofi,  sdjio,  sdujîo,  sôufio,  sufio,  suifo,  souafo,  comme 
s'appliquant,  selon  les  régions,  à  l'ablette,  à  la  vandoise  et  à 
l'ombre'.  N.  du  Puitspelu  donne,  pour  le  lyonnais,  soifi  et  suèfi 
que,  dit-il,  on  francise,  à  Lyon  même,  en  soif,  et  qui  désigne 
spécialement  Tablette.  Littré  a  endossé  une  vieille  coquille 
typographique  lorsqu'il  a  inséré  dans  son  article  suisse  une 
section  ainsi  conçue  :  «  6°  Nom  d'un  poisson,  le  leucisque 
commun,  Cyprinus  kuciscns  /.-.  »  Suisse  est  une  faute  d'im- 
pression pour  siiiffe,  dont  la  responsabilité  première  paraît 
remonter  à  La  Chesnaye  des  Bois,  auteur  d'une  compilation 
publiée  en  1739  sous  le  titre  de  Dictionnaire  raisonné  et  universel 
des  animaux. 

J'emprunte  à  la  Faune  populaire  de  Rolland  l'indication  plus 
intéressante  que  la  vandoise  porte  dans  la  Côte-d'Or  le  nom  de 
scujfe\  et  que  le  Cxprinus  nasus  s'appelle  seufjle,  sojfle  à  Mont- 
béliard,  chije  dans  la  Moselle,  sife,  soife,  soufe  dans  le  Jura-*. 

Tout  cela,  malheureusement,  ne  nous  dit  pas  ce  que  c'est  en 
définitive  que  ce  nom  vulgaire  de  sofia  que  Polemius  Silvius 
nous  a  transmis  :  il  n'est  pas  vraisemblable  qu'il  vienne  du 
grec  (yzz'ix  «  sagesse  '  ». 

SuBTER.  —  Parmi  les  oiseaux,  entre  numidia(pour  numi- 
dica)  la  poule  de  Numidie  ou  pintade,  et  clivia,  terme 
archaïque  qui  désigne  tout  oiseau  de  mauvais  augure  (Pline), 


pars  (il  le  lit  (Lvon,  1555),  p.  191  :  «  A  Gallis  vandoise,  a  Santonis  et  Pictavis 
dard,  a  nostris  sopino,  a  Lugdunensibus  suiffe...  »  Sui^e  a  passé  de  là  dans 
Jean  Thierry,  Nicot,   Cotgrave,  etc.  Ce  dernier  donne  aussi  sophie. 

1 .  Je  ne  sais  où  Mistral  (art.  soFio)  a  pris  l'indication  d'un  mot  «  roman  » 
sopbia;  M.  E.  Levy  m'informe  qu'il  ne  l'a  trouvé  dans  aucun  texte. 

2.  Suisse  est  donné  comme  nom  vulgaire  de  la  vandoise  ou  dard  par  tous 
les  grands  dictionnaires  français  :  Boiste,  Landais,  Bescherelle,  Larousse,  etc., 
sans  parler  des  dictionnaires  français-anglais,  français-allemand,  etc.  Le  Nou- 
veau Larousse  illustre  a  omis  ce  sens;  c'est  bien,  mais  il  aurait  fallu  instituer 
un  article  suiffe. 

5.  Tome  in,  p.  142  (d'après  Vallot,  Ichlhyologie  française,  Dijon,  1857). 

4.  Ibid.,  p.  152-153  (d'après  Sabler,  Géhin  et  Toubin).  —  Mon  collègue 
M.  Seignobos  m'apprend  que  dans  l'Ardèche  sojio  désigne  le  véron. 

5.  Je  dois  à  mon  confrère  M.  Vidier  la  communication  —  faite  au  dernici 
moment  — d'un  article  de  M.  J.   Désormaux  paru  dans  la  Revue  savoisienne, 


LE    I..^TERCULL■S    DV.    POLEMIUS    SILVIUS  I93 

on  trouve  inscrit  dans  le  manuscrit  de  Polemius  Silvius  le  nom 
énigmatique  subter,  sur  lequel  on  ne  peut  que  faire  des  hypo- 
thèses. Peut-être  avons-nous  affaire  à  une  forme  archaïque  ana- 
logue à  infer  et  à  super,  pour  inferus  et  superus,  soit  un 
adjectif  non  attesté  *subterus,  de  même  sens  que  *subtera- 
nus,  lequel  fait  pendant  à  superanus,  et  est  représenté  par 
le  provençal  solra{)i)  «  qui  est  en  dessous  »  '.  Le  provençal 
moderne  connaît  le  verbe  sonta  «  plonger,  nager  entre  deux 
eaux  »,  d'où  soiilairc,  nom  du  grèbe  dans  le  Var  -  ;  le  dialecte 
vénitien  donne  le  nom  de  sottarolo  <<*subtariolus  au  Podiceps 
fluviatilis  ou  plongeon'.  Il  est  donc  probable  que  subter 
s'applique  à  un  oiseau  plongeur. 

Taxo.  —  Voilà  un  mot  qui  n'est  pas  nouveau  pour  les 
Romanistes  et  qu'ils  ne  seront  pas  embarrassés  pour  identifier. 
Polemius  Silvius  le  place  entre  histrix  (grec  OT-rpiç  «  porc- 
épic  »,  peut-être  aussi  «  hériçon  »)  et  ericius-*  (le  hériçon)  : 
c'est  le  blaireau,  en  italien  lasso,  en  prov.  tais,  en  français  dia- 
lectal tesson,  etc'.  Je  relève  ici  la  présence  de  taxo  chez  Pole- 


ler  trimestre  de  1904,  p.  67-70,  sous  ce  titre  :  «  Le  français  local  um-  suif.  » 
J'y  trouve  l'indication  d'un  article  de  Littré  qui  m'avait  échappé  et  que  je 
reproduis  :  «  f  soëf  (so-èf)  s.  f.  Nom  donné  dans  l'Ain  au  chondrostoma 
'/(75«i  Agassiz,  cypriiius  tutsiis,  L.,  dit  aussi  quelquefois  vandoise;  mais  la 
vraie  vandoise  c'est  le  cypriniis  lencisciis,  L.  »  M.  Désormaux  renvoie  aussi  à 
un  article  de  M.  Arnould  Locard,  paru  en  1903  dans  les  Me'iii.  de  VAcad.  des 
sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Lyon,  3e  série,  t.  7,  p.  54-60,  article  intitulé  : 
('  La  soafe  et  le  hotu  »,  que  j'ai  lu,  mais  qui  ne  traite  pas  de  l'étj'mologie  du 
«  nom  assez  étrange  de  soafe  ou  seiiflen.  Quant  à  l'opinion  exprimée  et  déve- 
loppée par  M.  Désormaux,  à  savoir  que  le  nom  de  notre  poisson  est  tout 
simplement  le  latin  su  a  vis,  il  n'en  faut  plus  parler  aujourdui. 

1.  Kôrting  donne  *  superanus,  n»  9264,  mais  il  a  omis  *subteranus. 
L'existence  en  latin  vulgaire  de  l'adj.  *subterus  est  rendu  presque  certaine 
par  ce  fait  que  l'anc.  prov.  a  sotror,  lequel  ne  peut  être  que  *subteriorem 
(^omisdans  Kôrting);  cf.  mes  Essais  de phil.  franc.,  p.  107. 

2.  Rolland,  Faune  pop.,  11,404. 

3.  Bonelli,  dans  SludJ  di  filol.  romança,  IX,  407. 

4.  Le  texte  donné  par  Mommsen  dans  les  Momunenta  porte  irioius, 
mais  il  est  à  croire  que  c'est  une  faute  typographique  pour  i  r  i  c  i  u  s ,  qui  se 
lit  dans  le  texte  des  Ahhandlungen. 

S-  Cf.  Kôrting,  2^  éd.,  941 1. 

Romania.    XXXV  j. 


194  '^-    THOMAS 

mius  Silvius,  parce  que,  avant  la  date  où  a  été  composé  le 
Latercitliis,  nous  n'avons  pour  témoigner  de  son  introduction 
dans  le  latin  vulgaire  que  l'adjectif  taxoninus  chez  le 
médecin  Marcellus.  La  forme  concurrente  taxus  se  trouve 
dans  un  commentaire  sur  l'épître  aux  Hébreux  de  saint  Paul 
qui  a  été  publié  en  dernier  lieu  dans  la  Patrologic  latine  de 
Migne,  tome  117,  col.  915.  L'attribution  traditionnelle  de  ce 
commentaire  à  Primasius,  évêque  d'Hadrumète  au  milieu  du 
vi'=  siècle,  paraît  controuvée  :  d'après  M.  Zimmer",  l'auteur 
aurait  écrit  à  la  fin  du  V  siècle  dans  la  Gaule  méridionale. 
Il  est  donc  tout  à  fait  certain  que  le  germanique  *thahs  a  été 
latinisé  dès  le  v"  siècle  en  taxus  et  taxo;  quant  à  chercher 
dans  l'hébreu  l'origine  commune  du  mot  germanique  et  du 
mot  latin,  comme  l'a  fait  Hermann  Rônsch  ^,  c'est  une  idée 
déraisonnable  qui  ne  mérite  pas  d'être  discutée. 

Tecco.  —  Polemius  Silvius  inscrit  tecco  dans  sa  liste  des 
poissons  entre  pectunclus'  (le  coquillage  dit  aujourdui 
pétoncle')  et  coluda  (terme  inconnu).  Il  n'est  pas  douteux 
qu'il  ait  en  vue  le  même  animal  que  celui  qui  figure  dans 
VEpistula  de  observatione  cibonim  du  médecin  Anthimus,  rédigée 
entre  511  et  534  :  «  Tecones  (var.  teciiiiis,  teccuris,  teccones) 
dicuntur  esse  filii  esocum-^  ».  M.  Valentin  Rose,  qui  a  le  pre- 
mier fait  connaître  Topuscule  d'Anthimus',  a  très  justement 
rapproché  ce  terme,  jusqu'alors  non  signalé,  du  français  dialectal 
taco>i.  S'il  s'était  avisé  de  l'existence  de  tecco  dans  le  Latercu- 
lus,  il  aurait  certainement  adopté  la  leçon  tecco nes>  laquelle 
est  d'autant  plus  sûre  que  le  limousin  técoii  «  saumoneau  »  cor- 
respond encore  plus  exactement  à  cette  leçon  que  le  français 
tacon  et  confirme  l'existence  d'un  doubler  dans  le  latin  vulgaire. 
Quel  est  actuellement  l'habitat  des  représentants  de  tecco? 
M.  Rolland  ne  connaît  que  le  bas-limousin  técou  :  son  informa- 
tion est  trop  restreinte.  Littré,  article  tacon,  dit  :  «  Jeune  sau- 

1.  Pelagiiis  in  Irland,  p.  136. 

2.  Zeilschr.  fur  roiii.  Phil.,  I,  420. 

3 .  Le  ms.  porte  fautivement  pectu  nctus. 

4.  Édit.  Valentin  Rose,  p.  16,  ligne  8. 

5.  En  1870,  dans  les  Anecdota  publiés  à  Berlin,  II,  43-62;  voy.  spéciale- 
ment p.  55,  où  est  cité  un  passage  de  Belon  (1555). 


LE   LATERCULUS   DE    POLEMIUS    SILVIUS  195 

moneau,  dans  le  bassin  de  la  Loire  »  :  c'est  trop  de  latitude. 
Mais  à  l'article  TÉcou,  il  s'exprime  ainsi  :  «  Nom,  dans  le  bas- 
Limousin,  de  petits  saumons  qu'on  trouve  dans  la  Vienne  et  le 
Taurion  '  ».  Or  le  Taurion  n'a  rien  à  voir  avec  le  Bas-Limou- 
sin :  il  appartient  à  la  Creuse  (Marche  et  Poitou),  pour  la 
plus  grande  partie  de  son  cours,  et  à  la  Haute-Vienne  (Haut- 
Limousin),  pour  les  derniers  kilonctres,  avant  son  confluent 
avec  la  rivière  de  Vienne;  on  peut  donc  qualifier  técou  de  mot 
du  patois  limousin,  car  il  est  commun  à  une  partie  (qui  reste 
à  préciser)  des  trois  départements  actuels  qui  correspondent  en 
gros  à  l'ancienne  cité  des  Lemovices.  Teccoa  aussi  un  pied 
en  Berry,  comme  en  témoigne  le  Glossaire  du  centre  du  comte 
Jaubert,  où  on  lit  ce  qui  suit  :  «  Sorte  de  petite  truite  que 
l'on  pèche  dans  la  Creuse  aux  environs  d'Argenton  et  au- 
dessus.  On  regarde  mal  à  propos  comme  un  jeune  saumon  ce 
poisson  du  goût  le  plus  délicat;  c'est  \erille-.  Une  observa- 
tion décisive  fait  reconnaître  que  le  tacon  n'est  point  un  petit 
saumon.  11  a  63  vertèbres  et  le  saumon  n'en  a  que  36. 
M.  de  la  Tramblais  a  fait  connaître  ce  fait  il  y  a  une  vingtaine 
d'années  \  » 

Il  ne  faut  pas  confondre  avec  le  nom  fccou  ou  tacon  celui  de 
tacaiid,  ou  iaco,  porté  sur  nos  côtes  de  l'Atlantique  par  quelques 


1.  lia  en  outre  un  article  tocax,  où  il  se  contente  d'une  définition  som- 
maire (vov.  plus  loin). 

2.  Aucun  des  grands  dictionnaires  courants,  ni  Littré,  ni  Larousse,  ni  Bes- 
cherelle,  ni  Sachs,  ne  donne  ce  mot  rilli,  que  le  comte  Jaubert  a  l'air  de 
supposer  connu  de  tout  le  monde.  J'ai  fini  par  le  dénicher  dans  le  tome  45 
(paru  en  1827),  p.  471,  du  Dict.  îles  sciences  naturelles,  où  on  lui  consacre 
cette  notule  :  «  Rille,  i?///ir(Ichthyol.)  nom  spécifique  d'un  poisson  du  genre 
Salmone  ».  Mon  ami  M.  le  D^  Dorveaux  m'apprend  qu'il  remonte  à  La- 
cépède,  Hist.  nat.  des  poissons,  t.  V  (an  XI  de  la  République),  p.  224-226, 
et  qu'il  provient  du  nom  de  la  rivière  de  Rille,  affluent  de  la  Seine.  Il  est 
reconnu  aujourdui  qu'il  v  a  dans  la  Rille  des  saumoneaux  et  des  truites 
mais  pas  de  rilles,  car  le  rille  n'existe  pas  réellement  (voy.  Cuvier  et  Valen- 
ciennes,  Hisl.  nat.  des  poissons,  XXI,  1 51-15  3). 

5.  Je  n'ai  pas  qualité  pour  me  prononcer  sur  ce  point  d'ichtyologie;  je 
crois  pourtant  que  la  vieille  opinion  rapportée  par  le  médecin  Anthimus 
sur  les   «  teccones  »  est  encore  aujourdui  la  plus  autorisée. 


19e  A.   THOMAS 

variétés  de  gades,  Gndiis  ininittus,  Gadus  lusciis  ou  Gadns  harha- 
tus  ' . 

Il  semble  bien,  en  revanche,  qu'il  faille  le  reconnaître  dans 
tocan,  mot  que  Littré  définit  par  «  saumon  qui  a  moins  d'un 
an  »,  mais  sur  la  provenance  duquel  il  ne  fournit  aucun 
renseignement.  Or  tocan  existe  sur  deux  points  très  éloignés 
l'un  de  l'autre  du  territoire  de  la  Gaule,  d'une  part  en  Béarn 
(sous  la  forme  ancienne  tocaa,  rapportée  par  P.  de  Marca  ^), 
d'autre  part  dans  la  Basse-Auvergne,  sur  les  bords  de  TAllier  '. 
En  Béarn,  iocaa  nous  ramène  à  un  type  *  toccânus,  qui  a  pu 
être  primitivement  *teccanus.  Mais  en  Auvergne,  la  présence 
du  son  explosif  c  ne  peut  s'expliquer  que  par  une  substitution 
de  suffixe  relativement  récente;  les  conclusions  de  la  phoné- 
tique historique  sont  d  ailleurs  d'accord  avec  les  faits  connus 
des  naturalistes,  car  c'est  Belon  qui  a  le  premier  signalé  les  tocans 
de  l'Allier,  et  il  les  appelle  tacons  ^. 

Est-il  possible  de  connaître  rét3'mologie  de  tecco?  Je  cons- 
tate que  M.  Holder  a  recueilli  le  mot  dans  Polemius  Silvius 
(sans  faire  mention  de  sa  présence  dans  Anthimus)et  l'a  inscrit 
sans  commentaire  dans  son  Alt-celiischer  Sprachschat':^.  Je  vois 
bien  aussi  chez  lui  un  nom  de  potier  Tecco,  dans  la  région  de 
Trêves,  mais  je  me  demande  s'il  y  a  là  de  quoi  établir  l'origine 
celtique  du  nom  du  saumoneau,  même  en  tenant  compte  du  fait 
que  esoxest  lui-même  un  mot  celtique.  Quant  à  l'idée  émise 
par  Littré  (art.  tacon),  à  savoir  que  l'on  aurait  affaire  à  un  radi- 
cal tac  «  pointe  »,  lequel  est  non  pas  celtique,  mais  germa- 
nique,il  faut  absolument  y  renoncer,  puisque  nous  voyons  que 
la  torme  la  plus  ancienne  du  nom  de  notre  poisson  est  tecco 
et  non  *t acco. 

1.  Duhamel  du  Monceau,  Traite  des  pèches,  2^'  partie,  p.  156;  Rolland, 
Fawie pop.,111,  115  ;  Littré,  Supplément,  tacaud,  etc.  —  Baudrillart,  dans  son 
Dict.des  pêches  (1827),  p.  523,  donne  concurremment  tacaud  et  tacan,  mais 
cette  dernière  forme  semble  être  le  résultat  d'une  coquille  typographique,  n 
pour  n. 

2.  Lespy  et  Raymond,  Dict.  béarnais. 

3.  Duhamel  du  Monceau,   Traité  des  pêches,  2«  section,  p.   223  et  s. 

4.  En  fin  de  compte  je  suis  porté  à  croire  que  tocan,  en  tant  que  certains 
compilateurs  l'appliquent  à  un  poisson  de  l'Allier,  est  sorti  d'une  faute 
d'impression  pour  tacon  ;  je  tiens  de  bonne  source  (communication  de 
M.  FélixChambon)  qu'aujourdui  comme  au  temps  de  Belon  les  riverains 
de  l'Allier  disent  tacon. 


LE    LATERCXJLUS   DE    POLEMIUS   SILVIUS  I97 

Titus.  —  La  latinité  du  mot  titus  <>  pigeon  sauvage, 
ramier  »  n'est  formellement  attestée  que  par  un  scholiaste  de 
Perse,  dont  il  est  impossible  de  fixer  la  date,  et  par  Isidore  de 
Séville  ■  :  le  témoignage  de  Polemius  Silvius,  qui  rapproche 
titus  et  titiunculus  dans  sa  liste  des  oiseaux,  a  donc  son 
intérêt.  Bien  que  Kôrting  ait  omis  ce  mot,  même  dans  sa  seconde 
édition,  il  appartient  au  latin  vulgaire  et  est  représenté  aujour- 
dui  dans  des  régions  fort  éloignées  les  unes  des  autres,  soit 
sous  la  forme  simple,  soit  sous  une  forme  allongée  à  l'aide  du 
suffixe  -onem.  Dès  1879,  sans  connaître,  à  ce  qu'il  semble, 
l'existence  du  mot  latin,  M.  Rolland  avait  rapproché  du  terme 
todc,  usité  dans  les  Pyrénées  orientales,  les  noms  sardes  du 
ramier:  tidus,  tidonc,  tiidone^.  Depuis  lors  M.  Salvioni  a 
signalé  la  présence  du  type  en  -onem  dans  la  Basse-Engadine 
sous  la  forme  tidun  '. 

Tremulus.  —  Nom  d'oiseau  qui  se  retrouve  dans  les  gloses  : 
«  Tremulus  o-cig-ottuy'-?  '^-  »  H  est  certain  que  c'est  lacauda  tre- 
m  u  1  a  qui  figure  aussi  dans  les  gloses,  avec  ces  synonymes  grecs  : 
ï£'.(j:-uYv^  :  r,  ïu^;,  c  ccwoupcç  5.  Le  mot  tremulus  ne  s'est  pas 
conservé  en  roman  avec  ce  sens,  mais  l'italien  connaît  codatre- 
mola,  nom  de  l'oiseau  que  le  français  courant  appelle  bergeron- 
nette, et  auquel  les  patois  du  Nord  et  du  Midi  appliquent  des 
noms  variés  dans  lesquels  figure  le  mot  qtieue  ou  ses  diminutifs 
combinés  avec  les  verbes  battre,  bal Jer,  hausser,  hocher,  lever,  etc.  ''. 

A.  Thomas. 

1.  Cf.  une  note  de  F.  Bûcheler  dans  VArchiv  fur  lut.  Lexicogr.,  II,  118- 
120.  Servius  donne  te  ta  :  «  Columbae  quas  vulgus  tetas  vocant  »  (Eclog.,  I, 
58). 

2.  Faune  pop.,  II,  550.  Cf.  Archiv  fur  ht.  Lexicogr.,  II,  508,  note  com- 
plémentaire de  F.  Bûcheler  où  sont  cités,  d'après  une  communication  de 
M.  W.  Foerster,  les  mots  sardes,  mais  non  le  mot  catalan.  (Ce  dernier  est 
enregistré  dans  le  dictionnaire  de  Labernia  sous  les  formes  concurrentes  todo 
et  ludô).  Dans  son  compte  rendu  de  la  première  édition  de  Kôrting  (Zeitschr. 
fur  (Tsterr.  Gynniasien,  1891,  p.  777),  M.  Mever-Lùbke  a  signalé  la  lacune, 
mais  n'a  cité  que  le  mot  sarde  ttdu. 

5.  Nuoï'e  pastille  italiane  al  vocaholario  latiiio-roi)ian:^o,  dans  les  Reiidiconti 
del  r.  Istituto  Lombarde,  1899. 

4.  Corp.gloss.  latin.,  II,  452,  i. 

5.  Ibid.,  m,  258,21. 

6.  Cf.  Rolland,  Faune  pop.,  II,  224. 


LA    DECLINAZIONE   IMPARISILLABA 
IX  -J  -ÂNE,  -0  -ÔNE,  -E  ÉNE  -ÏNE,  -I  ÏXE  -ÉNE 

NELLE    CARTE    MEDIEVALI    DTIALIA 


Il  titolo  è  lungo;  e  puô  parère  anche  pretensioso  chi  consi- 
deri  che  di  certo  non  ho  io  inierrogate  tutte  le  carte  édite  del- 
ritaha  médiévale  ma  mi  sia  di  nécessita  ristretto  a  un  certo 
numéro  di  raccoltescelte  tra  le  più  copiose,e,  perquestaoquella 
ragione,  più  cospicue'.  Lo  lascio  tuttavia  tal  quale  m'è  inavve- 


I .  Sian  qui  indicati  insieme  alla  sigla  con  cui  s'allegano  :  CDL  =  Codex 
DipUmiaticus  Latigohardiae  (costituente  il  vol.  XIII  degli  Historiae  Patriae 
Monintietita)  ;  CDBe.  =  Codex  dipl.  Civ.  et  EccL  Bergomatis  di  M.  Lupi  (se 
n'è  spogliato  il  2°  vol.  fino  circa  ail'  a.  11 30);  —  CDLod.  ^=  Codice  dipl. 
Landese  â  cura  di  C.  Vignati  (in  Bihliotheca  historica  italica,  vol.  I,  II,  III); 
—  CDR  =  Codice  dipl.  d.  Re~ia  pubblicato  da  F.  Fossati*  in  Periodico 
d.  Societàstor.  di  Como,  vol.  VI-XIII  (spogliato  fin  circa  ail' a.  1200);  — 
DR  =;  Doctim.  d.  Re:(ia  Chiaveniiasca  anteriori  al  sec.  XIV.  pubblicati  da 
P.  Buzzetti  (Como  1903)  ;  —  HPM  =  Historiae  Patriae  monumenla,  e  la 
sigla  rimanda  propriamente  ai  volumi  Chartariim  I  e  II  recanti  i  documenti 
deir  antico  Regno  subalpino  ;  —  M.V  =^  Moniimenta  Novalicensia  vetustiora 
a  cura  di  C.  CipoUa.  Due  volumi  (Ronia,  1898-901);  —  .-^.V  r^  Stoiia  del- 
VAhbaiia  di  Noiuiutola  di  Gir.  Tiraboschi  (vol. II,  che  porta  i  documenti);  — 
MR  =  Monumenti  Ravennati  de'  secoli  di  :ne'{:;o  pubblicati  da  M.  Fantuzzi, 
vol.  I  e  II;  —  CDP  z=  Codice  dipl.  Padovano  dal  sec.  sesto  a  tutto  V iindecimo 
di  A.  Gloria;  —  CDI  =1  Codice  dipl.  Istriano,  dcl  Kandler,  che  si  cita  collo 
indicar  l'anno  del  docum.  ;  —  ML  =  Memorie  e  Docmn.  per  servire  alT  istoria 
del  Ducato  e  délia  Diocesi  di  Lucca,  vol.  IV,  pp.  I  e  II.  vol.  V,  pp.  II  e  III  (v. 
Blanchi,  Arch.  glotl.  it.,  IX  369);  —  RALz^Regesti  del  r.  Arch.  di  Stato  di 
Lucca  (Lucca,  1903).  Vol.  I.  Pergamene  del  Diplomatico,  p.  i"  (daW  a.  "jç^o 
ail.  a.  108 r);  —  DA  =r  Documenti  per  la  storia  délia  Città  di  Are^o  nelmedio 
Evo  raccfllti  per  cura  di  UhMo  Pasqui.  Vol.  I  :  Codice  dipl.  (a.  6jo?-iiSo'). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE     D  ITALIA       I99 

dutamente  caduto  dalla  peiina,  perché  forse  posso  lusingarmi 
dioftrireai  lettoriun  quadro  abbastanzacompiuto  del  fenomeno 
morfologico  che  per  l'Italia  ho  impreso  a  studiare,  un  quadro 
che  più  insistenti  ricerche  potranno  peravventura  meglio  colo- 
rire,  potranno  quà  e  là  nellc  linee  secondarie  modificare,  ma  i 
cuicnpitali  contorni  non  potranno  essere  sensibilmente  alterati. 
La  mia  fatica  intende  solo  a  raccogliere  e  a  disporrc  dei 
materiali  e  a  completare  per  questo  lato  i  lavori  sapienti  che  in 
questa  stessa  rivista  son  venuti  pubblicando  il  compianto  Paris 
(Roiiuwia,  XXIII,  321  sgg.),  che  con  mano  maestra  tessè  la 
storia  délia  quistione,  e  il  Philipon  (//'.,  XXXI,  201  sgg.),  il 
quale  ha  intaccata,  con  argomenti,  a  parer  mio,  vittoriosi,  la 
teoria  délia  origine  mediatamente  o  immediatamente  germa- 
nica  délia  flessione  -a  -âne,  -0  -âne,  dimostrandone  invece  la 
genesi  latina^  Per  la  quale  parla  eloquentemente  il  fatto  che  i 
vari  tipi  délia  nostra  flessione  compajano  nelle  iscrizioni  latine 
prima  délie  invasioni  barbariche,  e  dovevano  essere  abbastanza 
diffusi  nel  latino  dell'età  impériale    perché   i  nomi    barbarici 


Firenze,  1899;  —  CDT  =:  Codice  dipl.  Toscano  di  Fil.  Brunetti;  —  RF  =^  Il 
Regesto  di  Far  fa  compilato  da  Gregoriodi  Catino  e  pubhlicato[a  cura  di  I.  Giorgi 
e  M.  Balzani  ;  —  RS  =  Il  Regi";to  Stddacense  delV  iindecimo  secoh  puhblicaio 
du  L.  AUodi  e  G.  Levi  (Roma  1885);  —  CCav.  =.  Codex  dipl.  Cavensis, 
vol.  I-IV  (v.  de  Bartholomaeis,  Arch.  glott.  it.,  XV,  247   sgg.,    527  sgg.); 

—  CCaj.  =  Codex  Cajetanus  (citato  sulla  fede  del  de  Bartholomaeis,  Arch. 
ghtt.  it.,  XVI,  9  sgg.)  ;  —  CDU  =  Codice  diplomatico  Barese,  vol.  I-V  (Bari, 
1897-902). 

Le  seguenti  scritture  sono  solitamente  citate  col  solo  nome  dell'  autore  : 
GlULiNi,  Memorie  spettanti  alla  storia  délia  città  e  campagna  di  Milano,  2»  éd., 
vol.  VII;  —  Bluhme,  Die  Gens  Langohardorum  II  :  Ihre  Sprache  (Bonn, 
1874);  —  MEYER(Karl)  Sprache  und  Sprachdenhniiler  der  Langoharden  (Pader- 
born,  1877);  —  ^KUCK'iiER,  Die  Sprache  der  Langoharden (Slrassburg,  1895); 

—  Wrede,  Ueber  die  Sprache  der  Ostgoten  in  Italien  (Strasshurg,  1891);  —  HoL- 
DER,  Altceltischer  Sprachschat^;  —  Bianchi,  La  déclina^,  dei  nomi  di  liiogo 
délia  Toscana,  in  Arch.  glott.  it.,  vol.  IX,  365  sgg.,  X,  305  sgg.,  ed  è  inteso 
il  vol.  X  quando  il  rimando  avvenga  colla  sola  indicazion  délia  pagina. — 
Ricordo  infine  che  nel  citar  gli  esempi,  adopero  «  5.  »  per  i<  signiim»,  «/.  » 
per  «  fliiis,  -a  -ii  -iae,  ecc.  » 

I.  Alleconclusioni  del  Philipon  s'associa  'ûParis  (Romania, XXXI,  251  n.); 
ma  non  nepajono  intieramente  convinti  lo  Schuchâvdt  (Zeitschr.f.  roni.  Phil., 
XXVI,  638),  che  fugaccmente  propone  una  nuova  dichiarazione  délia  decli- 


200  C.    SALVIOXl 

potessero  senz'  altro  adagiarsi  in  essi.  Gli  esempi  antichi  di  -n 
-niii'  posson  vedersi  presse  il  Paris  e  il  Philipon  (v.  anche  Sittl, 
Wolfflin's  Arch.,  II,  580,  Meyer-Lûbke,  Einf.,  §  153,  Densii- 
sianu,  Hist.  delà  langue  roumaine,  I,  139);  di  -0 -ô»^ abbiamo 
i'unico  ma  prezioso  dativo  Valentioni  in  una  iscrizione  cristiana 
dell'a.  564(v.  Bonnet,  le  lat.  de  Grég.  de  Tours,  227),equanto  a 
'/  -ine  le  iscrizioni  délia  Narbonese  conoscono  i  dativi  Nalalini 
e  Suabini,  che  il  Philipon  (p.  227)  ha  torto  di  ritener  foggiati 
sul  tipo  sanguis  sanguinis,  supponendo  cosl  che  s'abbia  da  leg- 
gtre  Nalalini  ar\7À  che  Natal  lui  '.  Di  -^  -é7ie  diremo  più  in  là. 

Ma  com' è  sorto  nella  lingua  di  Romaquesto  tipo  flessionale? 
Prcmetto  esser  mia  ferma  convinzione  che  bisogna  considerare 
il  tipo,  prescindendo  dalcolore  délia  vocale  tematica,  e  cioè  corne 
un  tipo  unico,  corne  un  solo sistemadi  forme-,  allô  stesso  modo 


nazione  imparisillabica,  e  il  Meycr-Lûbke  (Grôber's  Grundnss,  2*  éd.,  vol.  I, 
p.  485).  Qui  ricorderô  che  già  nel  1877,  un  germanologo,  il  Meyer  (p.  271), 
dubitava  dell'  origine  germanica  délia  declinazione  imparisillaba.  [Xa  impor- 
tante trattazione  del  Suchier,  Grôber's  Gr.,  2^  ediz.,  827-8,  non  mi  è  capitata 
sott'  occhio  che  dopo  avère  steso  il  mio  articolo.] 

1.  È  forse  il  nom.  -ï(s)  che  induce  il  Philipon  a  leggere  -^ini  (=  -?;//), 
dimenticando  che  anche  ad  -âne  corrisponde  il  nom.  -â.  Gli  è  che  abbiamo 
qui  da  fare  con  prodotti  analogici,  che  poco  o  punto  si  preoccupavano  délia 
regolare  fonetica  latina. 

2.  A  due  riprese  il  Meyer-Lûbke  ha  tentato  una  scissione  pur  dentro  ai 
limiti  d'una  sola  categoria.  Nella  Einf.,  par.  153,  distingue  egli  tragliappel- 
lativi  personali  mascolini  del  tipo  barha  -hanis,  —  che  sarebbero  dovuti  al 
tipo  lat.  -0  -onis,  quasi  a  sanare  il  contraste  tra  il  significato  mascolino  e  la 
desinenza-rt, —  e  i  nomi  propri  feminili  e  mascolini  in -a,  ai  quali  si  sarebbero 
associât! degli  appellativi  feminili,  corne  amita  -tanis,  molto  affini  ai  nomi  propri. 
I  nomi  propri,  secondo  il  Mever-Lubke,  sarebbero  d'origine  germanica,  appa- 
rirebbero  nel  sec.  7°,e  si  ritroverebbero  solo  cola  dove  la  mescolanza  tra  latini 
e  germani  è  molto  forte.  1  primi,  s'io  non  l'raintendo  l'autore,  sarebbero  da 
ritenere  romanzo-comuni.  Nel  Grôber's  Gr.,  il  Meyer-Lûbke  mantiene,  non 
senza  qualche  esitanza,  la  distinzione,  soltanto  i  motivi  di  essa  sono  legger- 
mente  modificati  :  i  nomi  délia  prima  categoria  apparirebbero  solo  in  iscri- 
zioni deir  Oriente  neo-latino  e  cosi  il  famoso  fem.  Fortunataiiem  {-ni  nel 
Meyer-Lûbke),  mentre  gli  altri  feminili  d'origine  germanica  e  latina  (nonchè 
i  loro  compagni,  gli  appellativi  del  tipo  amita  -tanis)  apparirebbero  solo  nella 
Gallia,  nella  Rezia  e  nell'  Italia  settentrionale  e  non  prima  del  7°  sec, 
rimanendo  cosi  estranei  aile  iscrizioni  di  queste  regioni.  Tra  il   primo  c  il 


DECLINAZIONE     IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA      201 

che  nellatrattazion  dell'  infinito,  p.  es.  trattiamcome  una  forma 
sola  e  -â-re  e  -Mr  e  -1-re.  Il  che  è  stato  recentissimamente 
anmiesso  anche  dallo  Zimniermann  (Zeilschr.  /.  rom.  Phil., 
XXVIII,  343),  ma  parmi  che  in  definitiva  non  ammetta  il  Phi- 
lipon,  il  quale  cerca  una  spécial  dichiarazione  per  -a  -âne 
(p.  236)  e  un'altra  per  -o  {-us)  -ônc  (pp.  203-4)',  ^^l  quale 
si  concède  solo  che  possa  essere  stato  tra  i  coefficienti  del  primo. 
Alla  diretta  influenza  del  lat.  -0  -onis  di  accezioni  personali 
{lafro-uis,  ecc.)  sui  masc.  in  -a  pure  di  accezion  personale,  e 
poi  di  questi  sui  loro  correlativi  feminili,  pensa  ilDensusianu, 
p.  140,  senza  più  precisamente  spiegarsi.  Il  Meyer-Lùbke  poi 
(Crôber's  Gr.,  2^  éd.,  p.  483  ;  un  p6  diversamente  giudica  lo 


secondo  de"  due  giudizi  del  Meyer-Lùbke  era  apparso  l'art,  del  Philipon  e  ciô 
spieghi  le  varianti  del  secondo.  Ma  objezioni  ne  rimangono  da  fare  e  parec- 
chie:  in  primo  luogo  contro  Fargumentum  ex  silentio  che  poco  o  punto 
vale  quando  si  sa  che  le  iscrizioni  si  sforzavano  di  imitare  il  linguaggio  ele- 
vato  e  che  solo  per  caso  si  lasciano  scappare  i  volgarismi,  tanto  che  molti  e 
molti  fatti  fonetici  e  morfologici  che  noi  dobbiamo  attribuire  al  latin  volgare 
non  hanno  dalle  iscrizioni  nessuna  conferma  ;  ne  per  questo  se  ne  dubita. 
Tiittavia  qualche  esempio  par  proprio  che  le  iscrizioni  délia  Gallia  lo  torni- 
scano,  e  v.  Brunot,  Histoire  tic  lu  langue  françaiae,  I,  80.  Poi  contro  la  limita- 
zion  territoriale  degli  esempi  :  aliliane  e  amitaint  occorron  nella  Toscana,  e 
tiaiiasi  rltrova  pur  esso,  fin  dai  primordi  del  sec.  9°,  a  Lucca,  poco  più  tardi, 
neir  Umbria,  e  nel  sec  11°,  nella  région  méridionale.  Ne  mancano,  perla 
Toscana  e  l'Umbria,  le  traccie  dei  nomi  propri  in  -a  -âne.  Chè  se  anche  taluno 
dei  pochi  feminili  che  più  in  là  si  attribuiscono  a  questi  territori,  potrà  essere 
discusso,  non  v'  ha  dubbio  che  qualcheduno  rimane  superiore  a  ogni  conte- 
stazione.  Q,ijanto  aile  ragioni  geografiche,  non  sarô  poi  solo  a  stupirmi  che  il 
Meyer-Lûbke  chiami  «  orientali  »  gli  esempi  epigrafici  provenienti  da  Taranto, 
da  Pozzuoli,  da  Miseno,  e  circa  aile  cronologiche,  chi  crede  ail'  unità  siste- 
matica  délia  flessione  -a  -âne,  puô  pensare  ragionevolmente  che  la  lacuna 
tra  gli  esempi  epigrafici  e  quelli  del  sec.  70  è  ben  riempita  dai  nomi  gotici  che 
Cassiodoro,  Giordane  e  altri  ci  presentan  rivestiti  délia  flessione  -a  -âne  (v. 
più  in  là,  p.  216,  n.).  E  allora,  —  e  non  solo  per  questo  motivo  del  resto, 
—  non  parrà  una  inutile  violenzi.  yjella  di  separare  l'esempio  Fortiiiiataneui-, 
per  quanto  epigrafico  <;  per  quanto  orientale  dai  suoi  compagni  latini  e  non 
latini  che  compajon  nelle  scritture  occidcirtii  del  sec.  70?  —  SuU'  argo- 
mento  ritorna  il  Meyer-Lùbke  in  Litbl.f.  ^.  ii.  r.  Ph.,  a.  1904,  p.  206. 

I.  La  quistione  s'è  fin  qui  svolta  intorno  ai  soli  due  tipi  -0  -ône  e  -a  -dm. 
Gli  altri  due  furono  prima  d'ora  trascurati  o  menzionati  solo  per  incidenza. 
Se  ne  tocca  più  in  là. 


202  C.    SALVIONl 

stesso  aurore  in  Eiiif.,  §  153),  dichiarerebbe  -a  -ànc  dalla 
iinmissione  del  «  délia  flession  debole  germanicae  insieme  dalla 
influenzadei  masc.del  tipo  Petro  (-us)  -trône,  che  quindi  avreb- 
bero  preesistito  a  quello.  Il  tipo  masc.  è  poi  spiegato,  ma  in 
modo  dubitative,  del  Meyer-Lùbke,  invocando  insieme  ragioni 
fonetiche  e  analogiche  :  nella  Francia  e  nella  Rezia,  cioè,  -e  e 
-(1  venivano  a  coinciderc  in  -e,  e  cosî  nel  vocativo  risultava  una 
identica  forma  tanto  dal  lat.  Peints  -i  quanto  dai  nomi  propri 
in  -0  (jçi.QS., voc*  Lee=  Léo'').  Masiccomea  questo  *L<'c  corris- 
pondevan  gli  altri  casi  come  Leonis  ecc,  cosî  al  voc.  Petrc  si 
creô  un  *  Petronis  qcc.  Questa  congettura  crolla  par  la  conside- 
razione  che  il  tipo  Petro  (-its)  -trône  t  di  tutta  l'Italia  continen- 
tale mentre  solo  nnn  parte  délia  penisola  potrebbe  acconciarsi 
al  fatto  fonetico  supposto  dal  Meyer-Lûbke.  —  Siam  dunque 
sempre  in  alto  mare  e  il  lettore  vorrà  guardare  benigno  al 
nuovo  tentativo  di  guadagnare  la  riva -. 

La  sentenza  che  «  poca  favilla  gran  fiamma  seconda  »  s'avvera 
molto  di  spesso  ne'  procedimenti  d'ordine  analogico.  Ogni 
niomento  è  dato  ail'  indagatore  di  riconoscere  la  straordinaria 
tortuna  di  certi  suffissi,  di  certe  forme,  chiuse  prima  in  assai 
brève  sponda.  Orbene,  è  uno  di  questi  casi  che,  se  l'ipotesi  mia 
coglie  nel  segno,  ci  si  offre  nella  genesi  délia  declinazione 
imparissillaba.  La  chiave  di  volta  dell'  edificio  sarebbe  il  sost. 
barba  barbàne.  Questa  forma  ci  è  attestata  da  una  iscrizione  di 
Taranto,  e  che  fosse  diffusa  su  tutta  Italia  è  esuberantemente 
provato  dair  articolino  che  più  in  là  le  si  consacra.  A  Roma 
adunque  c'era    barba  -bàne.  Se  la  voce    colla  sua  flessione  sia 


1.  L'esempio  non  è  nel  Meyer-Lûbke,  ma  mi  lusingo,  allegandolo,  di  ren- 
der  bene  il  pensiero  dell'  illustre  romanologo. 

2.  La  nécessita  di  descrivere  con  chiarezza  il  procedimento  analogico  quasi 
mi  obbliga  a  prcsentar  qucsto  come  più  semplice,  come  meno  complicato 
che  in  realtà  non  sia.  Poichè  veramente  più  correnti  potevano  incontrarsi, 
confondersi  e  anche  intralciarsi.  Cosi  non  v'ha  dubbio  che  ai  nomi  propri  del 
tipo  Petro  {-us)  -tronis  la  via  era  molto  agevolata  dai  cognomi  in  -0  -otiis 
(v.  Philipon  205,  e  anche  247  n),  e  da  ciô  certo  si  spiega  la  proporzione 
quantitativamente  assai  maggiore  in  cui  ci  si  offrono  i  nomi  propri  personali 
d'origine  latina  in  -0  -one,  di  fronte  agli  altri.  E  d'altra  banda  ail'  incremento 
di  questi  altri  contribuiva  non  poco  il  fatto  délia  forte  proporzione  numerica 
dei  primi. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE    D  ITALIA       203 

stata  si  ono  portata  nelle  altri  parti  dell'  Impcro,  non  consta", 
ma  poco  monta,  poiclic  nulla  vieta  di  ritenere  che  il  tipo  -a 
-unis  sia  stato  dall'  Italia  portato  altrove  quando  il  germe  già 
aveva  dato  i  suoi  primi  frutti.  L'origine  di  barba  -bâne  io  poi 
l'attribuirei  alla  spéciale  influenza  di  un  *barbo  -bonis  che  la  tra- 
dizione  non  ci  ha  conservato(c'c  tuttavia  il  nome  Vibideius  Barbo 
allcgato  da  R.  Fisch  in  Wôlfflin's  Archiv,  V,  p.  62),  se  non 
torse  neir  it.  barbonc  «  uomo  dalla  lunga  barba  »,  ma  che  si 
puô  supporre  esistesse  come  allato  a  biicca  e  giila  esistevano 
biicco  -cconis  e  giilo  -lonis.  Venuto  barba  al  significato  personale 
e  mascolino  di  «  barbuto  »  (onde  poi  quello  di  «  uomo  vene- 
rando  »,  di  «  zio  »),  era  ovvio  si  andasse  formalmente  racco- 
stando  a  *barbo  -nis,  ch'  era  in  fondo  un  suo  sinonimo,  e  ciô 
tanto  più  facilmente  quanto  più  viva  doveva  sentirsi  la  néces- 
sita di  distinguere  tra  barba  barba,  e  barba  barbuto.  E  il  rac- 
costamento  si  compl  nel  senso  che  il  masc.  barba,  pur  conser- 
vando  la  sua  vocal  caratteristica,  adotto  la  flessione  e  con  essa 
la  vicenda  accentuale  di  *barbo. 

Ma  barba  -nis  era  un  nome  di  parentela,  apparteneva  a  una 
vasta  categoria  concettuale,  e  cosi  poieva  far  sentire  la  propria 
influenza  in  una  duplice  direzione  :  prima  su  d'altri  nomi 
mascolini  di  parentela  uscenti  essi  pure  per  -a  (p.  es.  su  atta, 
ridotto  a*atla  -nis;  cfr.  latani  dat.  CIL,X,  3646,  e  il  vivo 
attâne  di  cui  più  in  là),  poi  sul  suo  correlativo  teminile,  cioè 
su  amita,  che  venne  ad  avère  il  gen.*  aniitanis  ecc.  Questa 
forma  non  è  attestata  da  nessuna  epigrafe,  ma  la  sua  antichità 
(v.  Sittl,  Wôlfflin's  Archiv,  II,  580)  e  la  sua  diffusione  (per  la 
quale  depone  anche  il  pure  antico  tia  -âne  dcU'  Italia  centro- 
meridionale  e  dcUa  Guascogna)  attraverso  l'Italia  centrale  e 
settentrionale,  la  Gallia,  la  Rezia  ci  guarentiscono  che  il  latin 
volgare  doveva  conoscerla.  E  iala  (e  ^7//^)  da  una  parte,  come 
suo  corrchuivo  mascolino,  anrita  dell'  altro,  come  nome  femi- 
nile  di  parentela,  cospiravano  contro  mania  per  fiirlo  entrare  nel 
comun  tipo  di  flessione  (d.  niamaui  CIL,  X,  2965). 

S'era  cosi  venuto  costituendo  un  nucleo,  qualitativamente 
assai  forte,  di  sostantivi  in  -a  -anis,  mascolini  e  feminili^  un 
nucleo  che  appariva  come  l'antesignano  d'una  spécial  declina- 


I.  Circa  ail' esistenza  di  un  franc,  barbe,  zio,  v.  Paris,  336  n. 


204  C.    SALVIONI 

zione  dei  nomi  aventi  un  significaio  personale  e  che  doveva 
percio  esercitare  una  poiente  attrazione,  prima  sui  nomi  per- 
sonali  \n-a,  fossero  essi  nomi  appellativi  o  nomi  propri,  —  e  noi 
abbiamo  visto  or  ora  che  una  reciproca  influenza  tra  questedue 
catégorie  la  trova  naturale  anche  il  Meyer-Lùbke,  —  fossero  essi 
mascolini  o  feminili,  poi  sui  nomi  di  altre  declinazioni  appar- 
tenenti  alla  stesse  catégorie  concettuali.  Poteva  attrarre  a  se, 
pur  rispettandone  la  vocal  tematica,  dei  nomi  délia  2-'  declinaz. 
come  avus,  nel  quale  il  tipo  flessionale  avo  -vone  si  documenta 
a  Lucca  nel  776,  e  la  cui  ditfusione  e  antichità  insieme  è  provata 
dal  friul.  avon,  dal  nap.  vavone  e  dall'  ant.  sardo  aioni  (Solmi, 
Carte  volg.,  num.  XI,  a.  121 5)',  e  infine  poteva  attrarre, 
sempre  rispettando  la  vocal  caratteristica  dei  nominativo,  nomi 
délia  y  in  -c  ed  -/'  -.  S'era  cosî  costituito  il  sistema  -a  -âne,  -0 
-âne,  -e  -éne,  -i  -ine  ' .  / 


1 .  Un  esempio  che  dimostra  quanto  strettamente  si  tenessero  insieme  le 
diverse  catégorie  délia  declinazione  imparisillaba  è  Vattus  -ttouis,  nonno, 
délia  Lex  Romana  Utinensis  o  Curiensis  (v.  Sittl,  /.  c),  che  sarà  il  lat.  atta 
passato  ad  *atto  (-us)  -ttonc,  grazie  a  *avo-vone,  e  grazie  al  parallelismo 
mascolino  con  niaiiio  -aiie  ecc.,ecc. 

2.  Non  conosco  appellativi  che  entrino  in  quest'  ultima  categoria  [v.  perô 
ora  p.  206,  n.].  Ma  se  gli  appellativi  sono  pochi  nelia  i^  déclin.,  se  sono  in 
minor  numéro  ancora  nella  2»,  non  istupirà  che  il  caso  non  ce  ne  abbia 
conservata  nessuno  nella  y.  I  dialetti  moderni  délie  valli  alpine  lombarde 
hanno  nevoddn  le  nipoti,  ^undn  le  giovani,  ecc,  che  son  forme  metaplastiche. 

3.  Il  sistema  che  in  origine,  come  s'è  visto,  non  era  limitatoai  nomi  propri 
e  anzi  ha  per  punto  di  partenza  degli  appellativi,  fini  poi  per  divenire  quasi  un 
sistema  specifico  délia  flessione  dei  nomi  propri  personali.  In  esso  s'adagiaron 
soprattutto  i  nomi  barbarici,  cosi  i  mascolini  gotici  in  -a,  i  feminili  barba- 
rici  accolti  come  latini  nelia  i»  conjugazione,  i  mascolini  barbarici  in  -0,  i 
mascolini  e  feminili  barbarici  (e  pochi  greci)  in  -e  -i.  Non  vi  mancano  natu- 
ralmente  i  nomi  latini  e  latino-cristiani  ;  ma  quesli  o  in  molta  parte  non 
v'  entrarono  affatto  o.  entrativi,  non  vi  allignarono  troppo.  E  ci6  per  due  cause  : 
perché  la  forma  tradizionale  dei  nome  conservata  ne'  testi  rappresentava  come 
un  continue  correttivo,  e  perché  in  fondo  la  flessione  imparisillaba  non  potè 
forse  mai  svestirsi  d'una  certa  impronta  bassa  e  plebea.  Al  quai  proposito 
è  significantissimo  il  fatto  che  il  nome  dei  santi,  in  quanto  applicati  alla 
persona  stessa  dei  santi,  seguono  inflessibilmente  la  declinazione  classica, 
e  cosi  mentre  nelle  pagine  che  séguono  vedremo  Maria  -ri'aiie,  Pctro  -troue, 
Amhrosio  -sione,  Gaudentio  -tionc,  sempre   applicati  a  pcrsone   di   tali   nom" 


DECLINAZIONK    IMl'AKlSlLLAliA    NELLli    CARTE     D  ITALIA       205 

Si  connette  direttamente  con  questo  sistema  quella  declina- 
zione  in  -ê  -cnis,  che,  per  ritrovarsi  quasi  esclusivamente  in 
nomi  propri  d'origine  greca  ',  fu  maie  chiamata  semigreca 
(v.  Bonnet,  Le  latin  de  Grég.  de  Tours,  380;  Philipon,  237;  Schu- 
chardt,  Zeitschr.  f.  roin.  PhiL,  XXVI,  637-8  ;  Zimmermann,  ib., 
XXVIII,  343)''  ?  Essa  vienesoddisfiicentemente  dichiaratadauna 
mossa  analogica  il  cui  motivo  viene  fornito  dalla  grammatica 
greca  stessa.  Avrebbe  quindi  una  ragione  afFatto  spéciale.  Ma 
cW  essa  abbia  poi  potuto  entrare  nel  sistema  générale  délia  decli- 
nazione  imparisillaba  in  -ne  ed  anche  esercitarvi  un'  influenza. 


chc  non  sieno  i  personaggi  venerati,  mai  non  s' incontra  o  un  sancLac 
MariiUiis,  o  un  sancti  Petroiiis,  Ambrosionis,  Guudentionis  *,  nelle  infinité 
volte  in  cui  il  genitivo  di  saucta  Maria,  sanctus  Petrus  ecc.  ha  occasione 
di  prodursi  quai  déterminante  del  determinato  ecclesia  o  monastciium. 
Questo  per  l'Italia  e  fors'  anche  per  la  Francia.  Una  notevole  eccezione  co- 
stituisce  la  Rezia  iransalpina  tra  i  cui  esempi  délia  declinazione  imparisillaba 
(v.  ^\xc\s.,  Zeitschr.  f.  roin.  PhiL,  XI,  iio,  m)  il  Philipon  (pag.  240)  ta  figu- 
rarela  forma  obliqua  in  -aiie  del  nome  à.\Santa  Regola,\niiix\\.a.  dal  tcd.Kiylen, 
e  dove  il  patrono  5i,'//  G.ï//ii  compar  realmente  al  genitivo  come  Ga//o«/5  (Phi- 
lipon, p.  222). 

1.  Tra  i  nomi  non  greci,  è  notevole  il  lat.  Spes  (=  5/)('5  speranza)  che,  in 
quanto  nome  proprio,  s'incontra  col  gen.  Ispenis  e  col  dat.  Speiii.  Ne  viene 
una  singolar  luce  sull'  it.  speiie,  in  quanto  il  nome  proprio  ben  abbia  potuto 
intluire  suUa  declinazione  dell'  appellativo. 

2.  A  una  categoria  spéciale  di  nomi  entranti  in  questa  declinazione  vorreb- 
bero  il  Bonnet,  il  Philipon,  e  quindi  il  Brunot,  attribuire  la  sviluppo  del  tipo 
-a,  -aiiis.  E  un'  analoga  idea,  ma  movente  da  tutti  i  nomi  délia  flessione 
semi-greca,  parmi  implicita  in  ciô  che  dicelo  Schuchardt,  /.  c.  A  me  si  consenta 
di  qui  accenare  a  una  possibilità  che  riguarda  i  rapporti  tra  il  tipo  semi-greco 
e  il  tipo  -il  -anis  :  Hernies  ha  allato  a  se  Herma  -ae,  e  cosi  "Nice  poteva  avère 
allato  a  se  *Nica;  venutosi  ai  genitivi  //^rA/w^w  (Schuchardt,  /.  c.)  Niccnis 
(v.  Rônsch,  Ilahi  11.  Vulg.,  264),  è  facile  supporre  la  presenza  di  *  Hermams 
*NiCiiiiis  allato  a  Henna  * Nica.  E  s'avrebbe  cosi  un  nuovo  coefficiente  délia 
flessione  -a  -anis. 

»Nel  CDL,  num.  222,  si  legge  il  gen.  sancti  Jngialinni  =  s.  Juliani.  H  ben  proba- 
bile  che  a  voce,  già  altrimenti  deformata,  rappresenti,  come  anche  riticne  l'editore 
uno  sbagho.  —Non  so  poi  che  pensare  di  Sant'  Ilarionc  c  della  curiosa  e  diva  copia 
dei  ss.  DomnweDomnwnc.  Q.ui  avrem  forse  il  caso  retto  e  il  caso  obliquo  presi  corne 
due  nonii  diversi  e  nieriti  quindi  a  due  persone.  Là  è  forse  l'obliquo  <^ià  irri<^i- 
Jito  m  un'  unica  tornia  ail"  atto  del  battesimo  del  santo.  Ma  di  più  e  mealio^'ci 
Jicano  gh  agiologi.  . 


206  C,    SALVIOXI 

soprattutto  sui  nomi  dcl  tipo  Johanne(j),  non  è  chi  non 
veda  ". 

Il  quai  tipo  Johannc  -cnc  (e  con  esso  il  tipo  -/  -iné),  in  quanto 
romanzo,  è  forse  considcrato  la  prima  volta  nclle  pagine  che 
seguono.  Almeno  nessun  accennone  scorgo  ne'  trattati  generali 
di  linguistica  romanza,  nessuno  nelle  monografie  spécial!, 
tranne  che  in  quella  del  Blanchi  sui  nomi  locali  délia  Toscana. 
Manca  esso  fuori  d'Italia?  O  solo  uncurioso  caso  havoluto  che 
su  di  esso  non  si  tissasse  l'attenzione  degli  studiosi  di  altri  lin- 
guaggi  neolatini  ?  Farebbe  specie  soprattutto  che  il  tipo  man- 
casse  alla  Francia,  là  dondc  ci  vcngono  dcgli  esempi  epigrafici 
di  -e  -enis  e  di-z(5)  -mw,  corne  Nalalini  Suavini  ^.  lo  non  ho  i 
mezzi  per  istituire  le  opportune  indagini,  ma  parmi  intanto  che 
Gaiideni  Villa  (Bianchi,  340  n.)  potrebbe  voler  dire  qualcosa, 
e  fors' anche  l'analogico  E t toi ene  d'i  cui  a  p.  252,  n.  2. 

Rimane  che  si  tocchi  di  qualche  traccia  délia  flessione  impa- 
risillabache  si  riscontri  conservata  ne'  volgari  italiani.  E  molto 
non  visarà  da  aspettarsi.  Cominciando  da-a  -â?ie,e  rimandando 
prima  ail'  art.  del  Paris,  a  Meyer-Lûbke,  II,  §  18  e  pag.  v,  //. 
Grainm.,  §  353,  agli  Stiidi  di  fil.  rom.,  VII,  185-6,  rilevo  Vat- 
tàuc  del  dial.  di  Bari  e  di  Taranto  (De  Vincentiis)  e  Vatano  ' 
d'altrevarietà  meridionali(Tappolet,  Dieroman.  Verwandtschafts- 
namen,  24)  cui  fa  bel  riscontro  l'atàii  che,  coi  significati  dove 
di  «  padre  »  dove  di  (<  nonno  »,  vive  nelle  valli  ossolane  aven- 
dosi  accanto,  nella  région  limitrofa,  àta  e  làta  (v.  Rendic.  Ist. 
lomb.,  s.  II,  vol.  XXX,  1501-2).  La  presenza  del  vocabolo  aile 
due  estremità  délia  penisola  ci  guarentisce  ben  antica  in  esso 
la  flessione  atta  -ttâne.  Anche  il  riflesso  di  barbarie  s'ode  nel 
mezzogiorno  e  nel  settentrione  :  barbàne,  zio  paterno,  è  di 
Bari,  e   barbàn,  zio,  è  di  qualche    parte  délia  Venezia  e  délia 


1.  Dircttamente  connessi  colla  declinazione  semigrcca  son  forse  gli  obli- 
qui  gotici  del  tipo  IVacceiunii  di  cui  a  p.  206  n. 

2.  [Ed  ecco,  dopo  scritte  le  parole  del  testo,  balzar  fuori  dal  cartolario 
del  monastero  di  Paunat  (Dordogna)  la  bella  forma  di  genitivo  genitricene 
(ancora  un  nome  di  parentela  !),  sulla  quale  richiama  cortesemente  la  mia 
atten7.ione  il  Thomas.  Vedi  Annales  du  Midi,  t.  XVIII,  cap.  m,  délia  intro- 
duzione  ai  Fragments  du  cartulaire  de  Paujiat,  p.   17]. 

3.  Il  /  scempio  forse  per  influen/.a  di  atavus  o  di  tuta. 


DECLIXAZIONE    IMPARISILI.ABA     XELLE    CARTE     D  ITALIA       207 

Emilia  (v,  Tappolet.  o.  c,  105)  ',  ed  è  da  lui  promosso  liam) 
(Tappolet,  95-6;  Arch.  glott.  it.,  XVI,  397  n.)  ^  Corne  nome 
proprio  è  ben  verosimile  che  qui  spetti  Cholane  (=  Nicola(s) 
-làne)  nella  lettera  zaratina,  che  si  legge  a  p.  166  délia  Altita- 
lienische  Chrcstoinatie  di  P.  Savj-Lopez  e  M.  Bartoli.  Ne'  femi- 
nili,  ricordo  chesempre  vive  nella  Lombardia  tusàn  corne  plur. 
di  t(m  ragazza  \  e  che  ugualmente  nelle  Alpi  lombarde,  miita, 
ragazza,  ha  il  plur.  inaîàn.  Ai  quali  esempi  tanno  ottima  com- 
pagnia,  nel  lombardo  del  Bescapé,  i  plur.  donàn  «  donne  »  e 
inadrànc  «  niadri  »  ■<.  nonana  monaca  (^Fraverbia  super  mit.  fciiii- 
uaniiii)  potrebb'  essere  il  franc,  nonnain.  Ma  hanno  vita  florida 
neir  Istria  (Ive,  117,  132,  ecc.)  plur.  siànne,  netànne  {smo.sia, 
niclo).  Questi  ci  menano  a  dire  di  un  angolo  di  Lombardia, 
costituito  dalle  estreme  vallate  alpine  délia  Moesa  e  del  Liro  ^ 


1.  Cfr.  ancora  il  plur.  barbai  nel  Cavassico  (gloss.),  ev.  plù  in  là  le  note  ail' 
art.  «  barba  -bàne  ».  —  Un  nome  proprio  mascolino  in  -due  parrebbe  essere 
il  gen. /'«/■/'(/«  babdu  (Parodi,  Miscellanca  mc^iale  Rossi-Tetss,  343,  Arch.  glott. 
il.,  XV,  49)  se  avesse  ragione  il  Parodi  di  riferirlo  a  Barabba.  Ma  io  credo  vi 
si  tratti  solo  délia  base  «  babau  »  {Arch.  glott.  it.,  XVI,  566)  munitadelsuffissol 
-aiiii.  Sarà  invece  sicura  la  continuazione  di  Andréa  -drcdne  nel  cognome 
Audreaiii  -driaiii  Laiidriaiii.  I  Landriani  di  Lombardia  dipenderanno  perô 
piuttosto  dal  nome  locale  Landriano,  ma  questo  sarà  esso  stesso  altra  cosa 
che  non  i'obliquo  di  Aiidrea[s]} 

2.  Per  «  barbano  »,  cfr.  ancora  il  lig.  barbàii  (Parodi,  nelle  Illustraz.  aile 
Poésie  in  dial.  tabbiese  ;  in  Giorn.  st.  e  lett.  délia  Lignria,  IV),  il  molfett.  ver- 
véne  (con  aiiejéne  e  altéiie),  e  sing.  barba  plur.  barbdni  nel  l'Istria  (Ive, 
pag.  50,  çcc.)  ;  per  «  ziano  -a  >>,  v.  il  Petrocchi,  p.  infer.,  aile  voci  «  :{^iaiio  »  e 
«  ciana  »,  e  cfr.  l'a.  orv.  tia)ia  nel  Diario  di  ser  Toniaso  di  Silvestro  iiotaro, 
pag.  875. 

j.  Puo  poi  passare  al  sing.,  dando  luogo  a  un  tiisdna  che  houdito,  p.  es., 
nel  Ticino  e  anche  a  Pavia  in  Borgo  Ticino.  Cïr.  puttana,  che  ne'  docum. 
volgari  medievali   dell'  Alta  Italia  compare  ancora  corne piiitan. 

4.  In  madrane  ecc.  è  notevole  il  metaplasma,  che  ritorna  nel  suo  corre- 
ativo  mascolino  padron  di  cui  più  avanti. 

5.  Arbedo,  ch'  è  ail'  entrata  délia  Mesolcina,  già  conosce  il  fenomeno  (v. 
Gloss.  del  dial.  d' Arbedo  di  V.  Pellandini,  lUustr.  24,  dove,  nella  nota, 
son  riportati  gli  esempi  di  S.  Vittore  che,  da  mezzogiorno,  è  il  primo  paese 
délia  Mesolcina).  Subito  a  occidente  délia  Mesolcina,  il  Meyer-Lùbke  ha  poi 
rilevato,  di  su  le  Curiosilà  del  venuicolo  bleuiese  di  L.  Demaria  (p.  25),  i 
plur.    aiidai.  zic,  e  norai.   nuorc,   che    pajon   testimoniare  che  in   antico  i 


208  G.    SALVIONI 

fin  giûallespondc  piùscttentrionali  del  Lario  (p.  es.  a  Domaso), 
incui  ilnostro  tipo  flessionale  si  continua  con  una  vivacilà  e 
tenacità  sorprendenti  '  ;  si  continua,  s'intende,  nel  senso  che 
il  plurale  rappresenti  l'obliquo,  e  il  singolare  il  caso  retto.  Se 
n'è  discorso  con  qualche  abbondanza  in  KciicL  ht.  lonib.,  s.  II, 
vol.  XXXV,  917,  e  qui  son  lieto  di  poter  soggiungere  due 
nuove  série  di  personali  feminili  :  quella  dei  sostantividerivanti 
da  aggettivi  di  patria  (mes.  fraùcesàù,  iiiilanesâi'i,  le  trancesi, 
milanesi,  soa::^onàù,  le  soazzesi,  tcc,  campodolc.  DÛ'sokonni,  le 
mesocchesi,  cavenaskéu,  lechiavennasche,  ecc),  e  quella  rappre- 
sentata  da  esempi  corne  la  Noiâfi,  le  donne  di  casa  Nolli,  le 
Nolli,  la  Moîân,  le  Motto,  ecc.  Da  Campodolcino  ho  poi  un 
altro  nome  zoologico  :  ga^çu,  plur.  di  gâi^a,  gazza,  e  tra  i  nomi 
comuni,  Mesocco  t'ornisceancoraî/'^/^hi,  valli,  ravisân,  radici,  e 
inoltre  i  nomi  locali  La  cotân  (cfr.  sing.  cptay  pi.  -ten,  lastra  di 
sasso,  lomb.  pjôta),  dove  un'  altra  volta  si  vede  conservata  nel 
nome  locale  una  tradizione  morfologica  diversa  da  quella  invalsa 
neir  appellaiivo.  — Venendo  ora  ai  nomi  locali  ^  e  ai  cognomi, 
non  ne  posso  dire  che  quel  po'  che  m'è  risultato  dal  paragone 


tipo  vi  fosse  più  diftuso. —  Non  parrà  irriverenza  verso  la  memoria  di  tanto 
uomo,  se  qui  rilevo  un  abbaglio  in  cui  è  caduto  il  Paris,  p.  337,  a  proposito 
dei  fera.  plur.  in  -an  -en  délia  Bregaglia  e  délia  Mesolcina,  portati  prima  in 
discussione  dal  l'Ascoli  {Arch.  i^lott.  jt.,  I,  270).  Questi  plurali  hanno  la  desi- 
nenza  atona  (portpi  le  porte,  ecc),  corne  giustamente  indicanogli  esempi  del- 
l'Ascoli,  e  nulla  hanno  da  vedere,  come  pure  già  avvertiva  l'Ascoli  stesso 
{Arch.  glolt.  27.,  VII,  443),  coi  plur.  in-f/Vidicui  si  tocca  nel  testo;  ondenello 
stesso  dialetto  si  trovan  di  fronte  pçrlen,  porte,  e  kuùaddh  cognate.  Del  tipo 
pôrtçii  è  poi  ampiamente  ragionato  in  Rcndic.  ht.  lonib.,   s.  II,  vol.  XXXV, 

PP-    905  sgg. 

1 .  Corrisponde  bene  alla  tenacità  c  vivacità  delF  oggi  il  fatto  dei  molti  nomi 
propri  in  -a  -dne  che  ci  oflfre  il  manipolo  relativamcnte  esiguo  de'  docu- 
menti  chiavennaschi  che  più  in  là  si  allegano  sotto  la  sigla  «  DR  ».  —  Le 
condizioni  cisalpine  si  riproducono  o  meglio  si  riproducevano  ne'  paesi  tran- 
salpini  immediatamente  limitrofi,  come  risulta  dalla  csposizione  del  Paris, 
337-8,  dalle  osservazioni  dell'  Ascoli,  Arch.  ghtt.  it.,  VII,  443-4,  dal  Buck, 
/.  c. 

2.  Non  abbiam  nulla  in  Italia  da  porre  a  fianco  de'  molti  nomi  di  corsi 
d'acque  in  -a  -unis  che  per  la  Francia  ha  con  tanto  acume  rivelati  e  studiati 
il  Thomas,  Romania,  XXII,  489  sgg.,  Essais  de phil.  franc.,  pp.  30  sgg. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA       209 

tra  le  forme  antiche  de'  documenti  da  me  esaminati  e  le 
moderne.  Ed  è  ben  poco  quelle  che  se  ne  ricava,  poichè  Vima- 
gnano  (Lodi)  =  Vico  Magnani,  Cameriano  =  Arca  Mariane, 
Salberirand  =  sala  Berlaui,  Bassignana^^  [terra  de]  Bassiniane, 
dei  quali  ai  relativi  luoghi,  e  forse  Cabricani  (p.  256  n.)  son  le 
sole  risultanze  relativamentesicure,  e  potrem  forse  loro  aggiun- 
gere,  tra  i  mascolini,  Landriano  di  cui  qui  innanzi.  Gli  è  che 
i  possibili  metaplasmi  di  -âne  nel  senso  délia  r^  e  T'  declina- 
zione,  il  suffisso  -anii,  -a  (soprattutto  -ianii  -a),  e  nell'  Alta 
Italia  la  coincidenza  in  -âiï  délie  uscite  -a^ii  -e  -u  \  intorbi- 
nano  singolarmente  i  fatti  e  inceppano  il  lavoro  del  raziocinio 
per  riconoscerne  la  verità  intima.  Come  affermare,  p.  es.,  che 
Mariano,  Lavano,  Bellano  -a  (Rivolta  d'Adda)  sian  piuttosto 
che  altra  cosa  de'  resti  dell'  antico  obliquo  Mariane,  Lnpane, 
BeJlane}  Uguali  o  analoghe  difficoltà  insorgono  per  i  cognomi  : 
Mariani,  in  quanto  non  dipenda  da  un  nome  locale,  puô  si 
rappresentare  l'obliquo  imparisillabo  di  Maria  %  ma  anche 
essere  un  derivato  in  -ami  da  questo  nome,  oppure  da  Marins. 
Riterrei  tuttaviache,  p.  es.,  un  cognome  come  Bcrtani  o  Berfa- 
na  5  rappresenti'  la  continuazione  dell'  obliquo  Bertani  -ne. 

Non  meno  intida  è  la  storia  di  -i  (-f^)  -ine  Ç-éne)-^;  questa 
anzi  ancora  di  più,  se  si  considéra  che^  mentre  il  suffisso  -anu 
ha  nella  nostra  quistione  un  solo  valore,  quello  di  accennare 
alla  pertinenza,  -inii  ne  ha  due  :  quello  di  esprimere  il  dimi- 
nutivo  e  quello  di  indicare  la  dipendenza,  derivazione,  discen- 


1.  Dalla  quale  consegue  la  uniforme  ricostruzione  per  -no;  cfr.  Cameriano. 
—  Soggiungo  qui  che  tavolta  il  -no  potrebbe  ritenersi  giustificato,  in  quanto 
p.  es.  un  campo  Bellani[s]  o  [de]  Bellane  potesse  issofatto,  raediante  l'aggettiva- 
zione  del  sostantivo  di  caso  obliquo,  con  o  senza  l'ajuto  del  suffisso  -anu, 
convertirsi  in  un  campo  Beîlano,  ecc.  V.  più  in  là  s.  «  Blanca  -cane  ». 

2.  In  quanto  alto-italiani,  i  cognomi  come  Mariani  e  Bcrtani  nuUa  per- 
mettono  di  fondare  suU'  -/.  Poichè  questo  è  récente,  introdotto  per  influsso 
toscane. 

5.  Il  nome  Albertano  non  sarà  un  derivato,  ma  molto  verosimilmente 
dipenderà  dal  fera.  Alberta  per  la  via  che  si  descrive  nella  nota  i  (Bellanoy. 

4.  È  difficile  tener  distinto  -i  -ine  da  -e  -c'ne,  v.  pag.  245  n.  ;  anche  perché, 
come  si  vedrà,  è  tutt'  altro  che  infondato  il  sospetto  di  un  mero  rapporto 
tonetico  tra  -in-  e  -en-. 

Romatiia,  XXXV  lA 


210  C.    SALVlONl 

denza  '.  Cosicché  un  cognomc  Giavaiiiiini  teoricamente  puô 
rappresentare  un  [fil  in  s]  Johaiiiuni{s),  un  JohiUDuiiits  (.<■  piccolo 
Giovanni-  »,  o  l'aggett.  Johanninus  «  discendente  da  Gio- 
vanni ».  E  lo  stesso  valga  dei  Dolcini,  Fortini,  Bonfantini, 
Pasqiialini,  Siabilini,  Terribiliui,  Iiiserniini,  ccc.  Onde  non  è 
senza  qualche  trepidanza  che  mi  decido  a  riconoscere  de'  geni- 
tivi  nelle  parentele  venete  Coutarini,  Foscarini,  Lavarini  (v.  più 
in  là,  s.  «  Guntari  »,  «  Fuscari  »,  «  Lupari  »  ;  e  cf.  ancora  Petrus 
Gunlarinus^  ego  Conlaremis,CDI,  aa.  960,  1106),  V-  e  Willare- 
n'r^  (cfr.  WiUari,  Bruclcner,  322,  e  il  cognome  ViUari)^  e  nella 
toscana  Ochini.  Tra  i  nomi  locali,  si  ricordan  più  in  là  Campo- 
dolcino  e  Camorino,  e  mi  domando  se  non  sia  da  considerarsi  qui 
\\  fiindum qui  vocatiir  Ma^ajreni  -frini,  MR.,  vol.  I,  num.  78  (a. 
1004)  e  il  piac.  Rottofreno  (dial.  Altofrdj)  +.  Anche  loco  Viialma- 
rini,  AN,  num.  loi,  112,  par  essere  da  un  *Walmari. 

Su  assai  più  solido  terreno  ci  moviamo  invece  coi  cognomi 
derivati  da  nomi  propri  in  -0  {-us)  -om.  Infatti  il  suffisso  accre- 
scitivo  -âne  è  ben  lungi  dal  farci  qui  la  formidabile  concorrenza 
che  sul  terreno  de'  nomi  in  -/  -înc  ci  apparecchiavano  il  suffisso 
di  discendenza  e  più  ancora  il  diminutivo.  Il  diminutivo,  ch'è 
insieme  vezzeggiativo,  s'attacca  all'uomo  appena  nato  e  lo 
accompagna  molto  di  spesso  attraverso  l'intiera  vita,  quali  pur 
sieno  le  dimensioni  che  la  persona  venga  poi  acquistando.  Onde 
non  di  rado  sorge  un  comico  contrasto  tra  le  reali  proporzioni 


1.  Ne'  nomi  germanici  puô  anche  rappresentare  la  risultanza  meramente 
fonetica  di  -iviii  o  quanto  meno  la  confusione  de'  due  suffissi  (Lupuiitus  e 
Lupiiius,  Liiidiiinus  e  Liitdenus,  e  altri.  Cfr.  Alhino  e  AJhitino,  RF  nnm.  340, 
applicati  alla  stessa  persona). 

2.  Puô  anche  rappresentare,  naturalmente,  un  aggettivo  sorto  dal  caso 
oblique  :  canipu  Johannino  =  c.  Johann  in  i[s]  o  [de]  Johann  ine. 

5.  Era  un'  antica  famiglia  délie  isole  lorcellane  ;  v.  Monticolo,  Cronachc 
vene\iane  anlirhisshne.  Indice,  p.  212.  —  Un  altro  célèbre  cognome  veneto, 
che  potrebbe  con  qualche  du'itto  esser  qui  menzionato,  è  quelle  dei  Morosini 
(Maureceni  -10-  nelle  carte  :  cfr.  Maiiricius  Maureceni  Monticolo,  0.  c, 
p    179),  per  cui  cfr.  il  nomin.  Maurici,  Blanchi,  p.  580. 

4.  Sarebbe  il  primo  una  forma  parallela  a  Mattejrc[ihts],  Bruckner,  249, 
il  secondo  un  *  Roi  fie  composto  di  Rôd-  Rôt-  (Bruckner,  298  sgg.)  e  di  -JriJ. 
La  forma  dialettale  puô  dichiararsi  senza  più  dalla  forma  antica,  che  qui 
rappresenterebbe  una  giusta  tradizione. 


t)ECLINAZ10\E    IMI'ARISILLABA    XIÎLLE    CARTE     O  ITALIA       21  I 

del  soggetto  denominato  mediante  un  diminutivo  e  il  diminu- 
tivo  stesso.  Ben  altrimenti  avviene  dell'  accrescitivo,  il  quale 
non  s'applica  che  nel  caso  concreto  dell'  uomo  che  lo  meriti,  e 
quindi,  rispettoal  diminutivo,  un  numéro  di  volte  infinitamente 
minore.  Poichè  il  diminutivo  per  un  certo  numéro  d'anni  ben 
s'attaglia  a  iiilti  i  figli  d'Adamo,  l'accrescitivo  a  ben  pochi,  e 
anche  questi  pochi,  per  la  consuetudine  contratta  negli  anni 
deir  infanzia,  possoncontinuare  l'intiera  vitaachiamarsi  conun 
nome  di  forma  diminutiva  '.  A  buon  dritto  dunque  riterremo 
che  di  regola  i  cognomi  italiani  risalenti  a  un  nome  proprio  e 
uscenti  per  -oui  (e  -e)  rappresentino  la  forma  obliqua  del  nome 
stesso.  E  non  son  pochi;  assai  più  certo,  —  pure  astraendo  dai 
nomi  barbarici  -,  —  che  non  sian  quelli  registrati  nella  nostra 
Usta,  tanti  di  più  che  il  completo  elenco  de'  nomi  latino- 
cristiani  declinati  sul  tipo  -o  -onis  dovrebbe  farsi  movendo  dai 


1.  In  un  paese  di  mia  conoscenza,  vivevano  due  Karlin  aventi  lo  stesso 
casato.  Per  distinguerli  si  ricorse  ailo  spediente  di  chiamare  Kàrlin  grdnt  il 
più  grande  e  grosso  de'  due. 

2.  Aiioni  (e  Anif,  Ghe-ioni  (e  Ghe^:^),  Opiyioni  (e  Opini),  Boin\ioni, 
Alhii:(Oui  (e  Aïïnni),  Befi~oni,  Gindoni  (e  Guidi),  Figoiii  Gitigoiii  {Wido  o 
JVigo),  Prandoni,  Franconi,  ecc.  ecc.  Sennonchè  ne'  cognomi  troviam  rap- 
prcsentati  in  assai  maggior  copia  che  non  ne'  dccumenti,  —  dove  sono 
invero  assai  scarsi  (dat.  Gendfoni  CDL  num.  230,  a.  864,  gen.  Trogulfoni, 
ih.  num.  356,  a.  886,  gen.  Briineugoni  ib.  num.  8,  a.  737,  gen.  Adehnoni 
ib.  num.  107,  a.  826,  Anselmoiii  161  a.  847,  Antelmom  abl.  -ne  257,  a.  874, 
ace.  Luiionem  [nom.  Liu:^o  HPM.,\'o\.  I,  num.  203]  ib.num.  738,  a.  972,  gen, 
Lamhcrloni  Giulini  p.  72  (a.  1093),  gen.  Leupertoni  TeiiperUvii  Alpcrtoni 
Uucilpetioiii  Koprandoni  Gospraiidoiii,  tutti  nelle  carte  astigianedi  HPM,  vol.  I, 
num.  i68e  169,  a.  990  ;  188,  a.  998  ;  209,  a.  1004;  170,  a.  99i,gen.5d/Yw- 
goiiis  gen.  dat.  Naviiigonis -ne RF  num.  163  a.  799  ;  219,  a.  816,  dat.  Aiisel- 
inoiiiib.  num.  328,  880,  gen.  Rihcrtoiiis  ib.  num.  989,  a.  1069,  gen.  Cailoiiis 
ib.  num.  1504,  gen.  Caroloiii  e  Carîonis  CDR  num.  53,  60,  61.  88,  166, 
negli  aa.  1073-1189,  gen.  e  abl.  Eiirigone  ML  vol. IV, p.  11  App.  num.  100, 
a.  IT22),  —  i  nomi  composti  o  i  non  famigliari  o  ipocoristici  :  Albertoni, 
Arrigoni,  Origoni,  Gilardoni,  Bernaidoni,  Fraiicescoiii,  Gugliehiiotii,  Astolfoiii, 
Lafraiicoiii,  Liiisoiii,  Carloni,  ecc.  ecc. 

*  La  forma  di  caso  obliquo  c  quclladi  caso  retto  si  trovano  insiemc  a  designare  lo 
stesso  santo  in  5.  Lucio  c  S.  Liigiii:ioiu-,  v.  BoUettino  storico  d.  Srincni  iliilinna,  XIII, 
t04-).  Si  traita  d"un  nome  germanico. 


212  C.    SALVIONI 

cognoni  attuali'.  Ma,  per  rimanere  aile  rispondenze  dell' 
elenco  nostro,  ricorderemo,  solo  facendo  appelle  alla  memoria, 
Ambrosoni  -sic-,  Augeloni,  Belloiii,  Cehoiii,  Coslati:^o)ii,  Da:^:{onij 
Donu'uiconi  Menooni  Moiiconi,  Dokioni,  Donaioni,  Giorgioni, 
Fantoni,  Giavanuoni  Vannoni,  Lan:^oni,  Loren:^oni,  La~:^aroni, 
Longoni,  Luvoni,  Maioni,  Mai:^om,  Magnoni,  Marconi,  Marhioni, 
Marioui  Maironi,  Martiîioni  \  Moroni,  Negroni,  Polloni,  Pedroni 
Peroni  Perrotw,  Pt);/-()n/,  Roniaiioni,  Rossone  -ni,  Siefanoni  Steve- 
îioni.  Pcr  quant'  c  de'  nomi  locali,  e  non  facendo  qui  nessuna 
distinzione  tra  nomi  germanici  e  latino-cristiani,  poco  o  nulla 
ha  raccolto  il  Blanchi  (X,  306  sgg.),  ne  io  ho  istituito  in 
proposito  nessuna  ricerca  ;  onde  mi  limito  a  traire  dalla  mia 
memoria  nomi  come  Avmdone  (Soncino-Cremona),  An:^one,  in 
valle  Mesolcina  (cfr.  An::p  nel  Bruckner,  223),  dove  la  fonetica 
locale  non  permette  di  decidere  se  si  tratti  d'un  genitivo, 
mentre  lo  permette  il  valmagg.  Men:^QJ  (il.  Menooni  0^,  che  or  a, 
dopoconosciuta  l'esistenza  d'un  nome  proprio  Mf;/:^^  (Bruckner, 
285,  RF,  num.  553,  835),  non  esito  a  dichiarare  dal  geni- 
tivo  Men:^dm  (=  -)s).  Anche  in  BeUin:(ona  (cfr.  l'accus. 
Bilitioneui  in  Gregorio  turonense;  Holder  sotto  BilïtioÇuy)  è 
da  veder  non  altro  che  il  caso  obliquo,  aggettivato  poi  e 
concordato  con  un  sostantivo  feminile,  del  nome  proprio 
Beliio  (y.  Bruckner,  232)  K  Son  poi  da  ricordare  Liirago  Mari- 
none  (Como\  Mondiigone  (y .  più  in  là  sotto  Liipo  -pone),  Mon- 


1.  Cfr.  Agustoiii,  Agostinoni,  Baldasscroni,  Cesaroiii,  Pasqualoni,  Siroiii, 
Benedettoni,  Filipponi  (il  metaplastico  Phiîiponus  so  d'averlo  letto  in  una  carta 
d'Ivrea  délia  fine  del  sec.  xii  o  del  prlncipio  del  successive),  Gasperoni, 
Isepponi,  Salvioni  (il  nome  Salvio  era  assai  diflfuso  nel  M.  E.,  e  si  continua 
tuttodi  anche  nellaparentela  Saîvi;  cfr.  del  reste  il  toscane  S.  Salvi  ^  Salvio 
Blanchi  IX,  380),  Tommasoiii,  Gervasoni,  Nicoladoni  (cfr.  Nicoîado  in  Krit.  Jah- 
resher.,  VII,  p.  i»,  122),  ecc.  ecc.  ;  dai  quali  esenipi  si  scerge  anche  quanto 
diffusi  fossere  i  metaplasmi.  Qui  noterô  anche  Anirco)ii,  Butlistoni,  che  sono 
analogie!  e  da  giudicarsi  forse  come  Judoni  ecc.  ;  v.  più  innanzi  a  p.  272  n. 

2.  Più  ancora  che  Martinoni  s'ode  Martignoni.  E  siccome  non  par  proba- 
bile  che  Martiuius  avesse  maggior  séguito  di  Martimis,  cosi  gioverà 
ammettere  in  Martimui  la  dissimilazione  di  n-n  per  n-n.  Un  nome  locale 
Martignotie  occorre  nel  Bolognese. 

3.  Sul  nome  di  Belliniona  mi  prepongo  di  riternare  quanto  prima;  per 
ora,  V.  BoUettùio  storico  d.  Svii:(era  ital.,  XV,  22  sgg. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE     D  ITALIA       21 3 

teJnpone  (Marche),  Cortai:{one.  (Asti)  ',  Cortandone  (Asti)  = 
«  curte  Tondoni  »  (cfr.  curtetundoni  curtcondoni  curteandoni 
ap.  Bruclcner,  329),  Curtatone  (Mantova)  =  «  corte  Attone  » 
(cfr.  curte  Atoni  AN,  num.  132),  FigOHioneÇPnvh)  e  Vigol^pne 
(Piacenza)  «  vico  Unzone  o  Gunzone  »,  Vimodrom  (Monza; 
cfr.  Vicus  Moderoni  CDL,  num.  868),  Vigan:^me  (Lodi  ; 
=  vico  An:^onis  CDLod.,  num.  35),  Vittadone  (Lodi)  = 
vico  Tadone,  Vittuone  (Pavia)  «  vico  Todone  »,  Vimanone 
(Pavia)  '(  vico  Mannone  »,  Casielro^xp^ic,  Cûsteldidoue,  Castel- 
pon:::p}ic,  tutti  in  provincia  di  Cremona,  Roccavione  (Cuneo;  — 
-vione  =  Widonis)  ^  —  Nel  campo  degli  appellativi,  a  suo 
luogo  son  ricordati  l'a.  sa.  aioni,  il  nap.  vavônc,  il  friul.  avon  e 
von,  avo,  'cheben  richiamano  il  ïranc.îîonnones  (Philipon,  247), 
venuto  pero  al  significato  di  «  monaci  »,  nonchè  i  côvsi  sucerâni 
c  bahçni;  qui  vada  anche  il  roman  frateUonc,  confratello,  del 
quale  è  discorso  in  Stiidi  di  fil.  rom.,  VII,  191.  Nella  Lombardia 
è  comune  sing.  iôs,  ragazzo,  pi.  toiçw  (che  puô  passare  alsing.), 
e  nelle  Alpi  lombarde,  il  suo  sinonimo  mat  pi.  matçn  4,  cosi 
come  neir  Ossola  si  ha  wâtar,  ragazzo,  pi.  luatarôh.  C'è  anche, 
neir  Italia  settentrionale  e  nella  Francia  méridionale,  la  bella 

1 .  Cortaiione  non  è  punto  'corte  Azzone'  come  a  prima  vista  parrebbe, 
ma  «  corte  Sedone  »  (cfr.  Curte  seonis  e  Curte  sedonis  HPM,  vol.  I,  num.  5 18 
e  524,  aa.  1161  e  1164.  Asti).  La  risultanza  ultima  di  questa  base  sarebbe 
stata  *  Corain  o  tuttalpiù  *  Cor feçôiï,  che  avrebbe  dovuto  dare  nella  ricostru- 
zione  aulica  un  * Cortessone ,  o  fois' anche  *  Corte:{ione  ammesso  che  il  :{i;^ 
ricostruisca  falsamente  ss.  Riman  quindi  misterioso  Va. 

2.  A  Pavia  c'era  una  chiesa  di  S.  Maria  Perone  cosi  chiamata  dal  fonda- 
tore  di  nome«  Pietro  ». 

3.  Andrà  con  essi  Yavd,  zio,  di  Valtournanche  (Aosta),  comunicatomi 
dal  dott.  Clem.  Merlo. 

4.  A  proposito  délia  base  radicale  di  questa  voce,  è  notevole  che  a  Cam- 
podolcino  si  abbia  ni^t  (plur.  maton)  di  fronte  a  mat  pazzo,  rat  topo,  gat 
gatto.  Equantoalla  sua  parte  formale,  è  da  rilcvare  come  in  qualche  terra  del 
Novarese  (Cerano,  Marano,  Bellinzago)  s'abbia  mattd  plur.  -ttdi,  mentre  in 
più  altre  terre  dello  stesso  territorio  si  ha  sing.  matt  plur.  mattdi.  Il  territo- 
rio  stà  a  cavalière  tra  la  Lombardia  e  il  Piemonte,  e  perô  vedremo  in  mattd 
l'incontro  di  matt  col  suo  sinonimo  pi'rmontcse  ch'è  masiid,  incontro  che  in 
alcuni  luoghi  s'ù  compiuto  solo  nel  plur.,  ottenendosi  cosi  quella  forma 
più  pesante  che,  in  qualche  dialetto,  é  preferita  per  il  plurale  dei  nomi  di 
parentela  (v.  Rendic.  Isl.  tonih.,  s.  II,  vol,  XXX,  p.  1505). 


214  C.    SALVIONI 

controparte  del  lomb.  madrane,  nel  plur.  padron  ecc.  antenati 
«  padri  »  (v.  Arch.  glott.  it.,  \,  455  n.;  XI,  301,371;  XII,  419; 
e  cfr.  il  lad.  babiins  antenati),  che  pur  pu6  passare  al  singolare 
col  significato  di  «  monaco  »,  di  «  padre  »  nel  senso  mona- 
stico  (v.  Studi  critici  dedicali  ad  Art.  Graf.,  p.  402,  sotto 
«  patron  »).  Rimane  ancora  si  ricordi  un  bel  doppione  deri- 
vato  dalla  declinazione  imparisillaba  di  La:{arus  (v.  più  in  h\) 
e  c'ioè  lai:(arône  allatoa  lâixftrc  '. 
E  passiamo  agli  esempi  délie  carte. 


I. A  -ANE 

A.  —  MASCOLINI. 
a.    Appellativi. 

barba -banc  {CIL,  IX,  6402).  AUato  a  barha  (più  raramente 
a  barbas  ^),  occorrono  promiscuamcnte,  e  senza  distinzione  tra 
caso  retto  e  caso  obliquo',  il  tipo  harbnne  e  il  metaplastico 
barbàno.  Ambedue  sono  ben  antichi,  e  vedine  Bluhme,  30, 
Sittl,  Wôlfflin's  Archiv,  II,  580.  Ora  gli  esempi  délie  carte  : 
barbànc  ecc,  ML.,  vol.  IV,  p.  i,  num.  38  (due  volte  ;  a.  731), 


1.  Circa  alla  continuazione  del  tipo  flessionale  in  nomi  propri  di  batte- 
simo,  è  certo  importante  di  ricordare  che  a  Venezia,  ancora  a  principio  del 
sec.  XIV,  la  stessa  persona  poteva  indifferentemente  chiamarsi  Pero  e  Perun 
(v.  Levi,  I  ynomimenti  del  diaktto  di  Lia  Maior,àovc  un  Pero  Floca,  nominato 
con  molla  frequenza,  compar  due  volte  corne  Perun  :  cf.  20  r,  1.  3-4,  e  f.  27 
r,  1.  so). 

2.  E'  in  questa  forma  che  il  Bruckner,  0.  c,  p.  202,  allega  la  parola 
(ch'egli  persiste  a  ritener  germanica)  nel  suo  glossario.  Anzi,  a  p.,  40,  avanza 
egli  l'ipotesi  che  addirittura  si  tratti  di  un  tema  hirhis-  (v.  anche  Cbarak- 
terisiikd.  ^erw.  Elem.  im  ItaL,  p.  16).  Naturalmente,  si  traita  invece  di  un 
-s  analogico,  proveniente  dai  molti  nomi  propri  in  -as,  forse  anche  da  ahbas 
cui  stà  allato  ahha.  E  v.  Paris,  Romaiiia,  XXIII,  336  n. 

5.  La  quai  confusione  è  tanto  più  curiosa  in  quanto  alcuni  testi  volgari 
ancora  distinguano  tra  il  tipo  nominativale,  adoperato  nel  singolare,  e  il 
tipo  di  caso  obliquo,  adoperato  nel  plurale.  Vedi.  Rendic.  Ist.  lomb.  s.  II, 
vol.  XXX,  505,  e  anche,  ma  con  minor  sicurezza,  Arch.  glott.,  XVI,  418.  Il 
notevoic  fatto  par  che  si  verifichi  tuttora  nelF  Istria  (v.  Ive,  p.  50). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA     NELLE    CARTE    D  ITALIA       21 5 

54  (tre  volte;  a.  761),  p.  11,  num.  93  (a.  iO)i),  CDT  p.  11, 
nuni.  41  (a.  794;  nom.  pi.  barbanis),  CCav.,  num.  68  (e  v. 
Arch.  glolt.  h.,  XV,  332),  CDL,  num.  78  (a.  804),  206 
(a.  859),  234  (a.  865),  CDP,  num.  7o(a.  985),  HTM,  vol.  I, 
num.  220 (a.  ioio.Novara),Z)i^, num.  25,  CD5t?.,  II,  col. 673-4- 
5-6  (a.  1068);  barbàno  qcc,  RF,  num.  31  (a.  751),  I22(a.  778), 
184  (a.  807),  317,  ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  98  (a.  786),  V 
p.  II,  num.  246  (a.  794),  376  (a.  811),  305  (a.  803),  p.  m, 
num.  1257  (a.  939),  1391  (a.  961),  1545  (a.  893),  vol.  IV, 
p.  Il,  num.  85  (a.  1018),  92  (a.  105 1)',  CDT,  p.  i,  num.  69 
(a.  767),  p.  II,  num.  41  (a.  794),  CDB,  vol.  V,  num.  87 
(a.  1136),  e  si  scorrano  gli  Indici  degli  altri  volumi-,  HPM, 
vol.  I,  num.  334  (a.  1049.  Novara),  358  (a.  1064.  Pinerolo), 
401  (a.  1085.  Genova,  perla  quai  città  v.  anche  Parodi,  Arch. 
glott.  //.,  XIV,  14),  420  (a,  1095.  Monferrato),  CDLod.,  num. 
47  (a.  1090),  III  (a  1145),  CDBc,  vol.  II, col.  961-2  (a.  1131), 
CDR,  num.  123  (a.  1153),  ^  occorre  pur  nelle  carte  trentine 
(v.  Malfatti,  Degli  idiomi  parlati  auticain.  ne]  Trentino,  49).  — 
Direttamente  promosso  da  barbàno  ',  come  ha  ben  veduto  il 
Mever-Lùbke5,  e  insieme  dal  suo  corrispettivo  feminile  tiana, 
è  poi  tiano  e  Zj  zio,  RF,  num.  214  (a.  815),  320  (a.  876), 
CCav.  e  CCaj.,  Arch.  glott.,  XV,  360,  XVI,  27. 


1.  Cfr.  anche  per  qd.  Lopo  Barhano  et  suis  consortibus,  ML,  vol.  V,  p.  m, 
num.  1702  (a.  995). 

2.  Nel  CD5,  è  fréquente  pure  il  derivato  harhaneus. 

3.  Per  quanto  la  cosa  possa  parère  intuitiva,  pure  vi  contraddicono  il 
Tappolet,  Die  rom.  Verwandlschaftsn.,  95  n,  e  il  Bertoni,  Zst.,  XXIX,  344. 
Ma  la  cronologia,  nelle  carte  di  que'  territori  che  conoscono  intieme  bar- 
bàno e  tid)w,  offre  un  dato  oggettivo  a  favore  délia  desi  del  Meyer-Lûbke. 
Infatti,  nel  CCav.,  barbanes  è  in  una  carta  dell'  848,  tianu  in  altra  del  1004, 
nel  RF,  barbàno,  occorre  prima  nel  751,  tiano  nell'  815.  Se  poi  il  Bertoni,  a 
giustificare  la  derivazione  per  -dnit,  pone  su  d'unastessa  linea  ^iano  e  il  franc. 
marraine,  egli  mostra  di  dimenticare  che  mentre  :^/o  e  i^iano  dicono  la 
siessa  cosa,  non  cos'i  mère  e  marraine,  e  che  qui  perô  il  suffisso  ha  una  giu- 
stificazione  spéciale,  quella  stessa  che  ha  nel  fiUana,  figlioccia,  d'una  carta 
pisana  (v.  Blanchi,  0.  c,  p.  410  n),  dove  quindi  non  potremo  ravvisare  la 
declinazione  filia  -liane-  cfr.  il  côrsojigliano  -a,  rum.Jin  -nd,  alh.fijan,  figlioc- 
cio  -a,  Densusianu,  Hist.  de  la  îangu;  rotim.,  162,  Gartner,  Darst.  d.  rum, 
Spr.,  214. 


2l6  C.    SALVIONI 

se  ri  b  a  -banc.  Von  conosco  che  lo  scrivaiw  -nés  allegato  dal 
Bluhmc,  p.  30.  e  dal  Sittl,  Le.  Nclle  carte,  quasi  sempre  scriva, 
più  raramente  il  metaplastico  5Tn7'^;?//5(C/)5,  I,  num.  43,  68, 
70,  ecc). 

h.  N  omi    propri  '. 

Andréa  -edne  :  nom.-  Andréa  dat.  Andreani,  HPM,  vol. 
II,  num.  156.  (a.  982.  Novara),  s.  Andreani,  ib.,  num.  22 
(a.  840.  Asti),  VitaJis  Andriani,  «  Vitale  di  Andréa  »,  CDR, 
num.  211.  E  andramo  forse  corretti  in  Andreani  il  s.  Anderani 
di  DR,  num.  48,  e  il  s.  Andreani  di  HPM,  vol.  I,  num.  148 
(a.  iioi.  Biella)"'. 

1.  Restan  cronologicamente  esclusi  dal  nostro  assunto  i  mascolini  gotici 
in  -(/  -iint\  per  cui  si  hanno  esempi  e  dall'  Italia  e  dalla  Gallia  e  dalla 
penisola  iberica.  V.  Philipon  208  n,  245,  Bonnet,  Le  latin  de  Grégoire  de 
ToM/i,  p.  380,  Meyer-Lùbke,  Z./Wa«.,  XXIV,  413,  Menéndez  Pidal,  Manuaî 
elemental  de  gravidtica  historien  espailola,  2»  ediz.,  pp.  17-8,  A.  de  Azevedo, 
O  territorio  de  Anegia  (estr.  da  O  Archeologo  Porttigiiés,  vol.  IV,  nn.  7-9), 
pp.  7-8,  Wrede,  Ueb.  d.  Sprache  der  Ostgoten  in  Italien,  183,  e  passim,  di 
su  il  quai  ultimo  libro  si  puô  mettere  insieme  questa  lista  :  *  Butila  dat. 
Butilani  p.  113,  *Gattila  gen.  Gattilanis  81,  *Helba  abl.  Helhane,  Ebhvie,  37. 
38  (v.  anche  p.  80),  Manna  gen.  Mannanis  -ni,  156,  Oppa  abl.  Oppane  126, 
Ouidila  ace.  Quidilanevi  i'^o,Sindila  gen.  Sinthilanis,  142,  *  Tataacc.  Tataneni 
124,  Thanca  abl.  Tancane  131,  Triuua  abl.  Triuuane  78,  Tritta  gen.  Trittani 
93,  Vera  dat.  Verani  -no  123.  Saranno  forse  da  aggiungere  Thelidanus  p. 
90,  108  e  Pitiamum  (1.  -numT)']2,  formazioni  metaplastiche  dai  casi  obliqui 
di  Teoda  56  e  Pit^a 'j2. — Il  dott.  AI.  Sepulcri  ha  poi  la  cortesia  di  pormi 
sott'  occhio  le  Vilae  sanctonim  Colunihani,  Vedastis,  Jolkvinis  di  Jona  (ed, 
Krusch;  Hannover  e  Lipsia  1905),  da  dove  si  ricavano  Domiia  gen.  DoDinane, 
Hunna  dat.  Hunnane,  e  abl.  Attilane  ;  v.  gli  Indici. 

2.  Nelle  carte  da  noi  esaminate  il  nominative  puô  comparire  anche  quale 
rappresentante  dell'  accusât,  grammaticale  ne'  costrutti  infinitivali  (constat 
Petrus  fecisse),  e  nella  apposizione  di  altra  parola,  quai  pur  sia  il  caso  in  cui 
questa  si  presenti  (p.  es.  terra  lui  Petriis,  dedi  tibi  Peints,  dédit  viihi  Petriis 
=z  diede  a  me  Pietro,  ecc). 

3.  Andreals],  in  quanto  non  si  declini  secondo  la  i^  decl.,  segue  spesso 
nelle  carte  medievali  il  tipo  Andréas  -die,  di  cui  s'è  toccato  da  ultimo  in 
Krit.  Jahrcsbericht,  VII,  p.  i,  122:  gen.  Andreatis  ace.  -atem  abl.  -ali,  RP 
num.  9  (a.  745),  12  (a.  747),  22  (a.  749),  gen.  Andreade  -di  -ti,  CDI, 
aa.  933,  977,  1074,  nom.  Tumatus  (dai  casi  obliqui),  AN,  num.  14  (a.  789). 
Dello  stesso  tipo  di   flessione  :  Johannace  Helliadi  «  Giovannace  di  Elia  » 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE     D  ITALIA       21 J 

*Ansi-e*Ansetrida-dane:  s.  Ansifridani  -se- RF,  num.  8 
(a.  745),  20  (a.  748),  33  (a.  752).  La  seconda  parte  del  com- 
posto  va  certamente  col  Fridani  -ne  di  cui  il  Blanchi,  o.c, 
pp.  373,  409,  e  che  si  ritrova  nella  carta  chiusina  (a.  771)  che 
il  Mever  0.  c,  pp.  245,  6,  riproduce  dal  Troya  (v.  anche 
CDT,  p.  I,  num.  77).  Tanto  in  questa  che  nella  carta  lucchese, 
la  forma  obUqua  è  passata  al  nominative,  e  lo  stesso  puo 
forse  presumersi,  ove  pel  nominative  vi  fosse  occasione,  del 
RF.  Per  il  suo  Fridani  -ne  il  Meyer  pensa  a  un  t.  Fridan-,  e  di 
questo  stesso  esempio,  — il  solo  ch'  egli  conosca,  —  il  Bruckner 
(p.  248)  non  pu6  ragionar  bene,  visto  ch'egli  lo  considéra  corne 
feminile.  Ma  un  masc.  Frida,  assai  bene  intuito  dal  Blanchi,  è 
provato  dal  masc.  Ajfreda,  RF,  num.  1280  (p.  272),  dal  fré- 
quent! mascolini  pure  in  -freda  del  CCav.  :  Confreda,  num.  23, 
27,  34,  49,  50,  Pelelfreda  49,  50,  Adelfreda,  38,  52,  Ansfreda, 
34  (questo  dipartlcolar  interesse  per  noi),  Rofrida  1 1  (cfr.  Rof ri- 
da iudice  e  gen.  Roffrede,  RS,  num.  46,  212)'.  V-a  del  quali 
esempi  ha  la  curlosa  conseguenza  dl  far  comparlre  parecchie 
feminefra  1  testlmoni  :  ego  Walfreda  filia...  teste,  CCav.,  16,  27, 
30,  ego  Gaidelfreda  filia...  teste,  lé,  24,  qcc,  —  e  di  far  cre- 
dere  persino  al  de  Bartholomaeis  {Arch.  glott.  it.,  XV,  252) 
che  tutti  quel    noml,  ad    eccezlon    d'uno,  sieno  de'   femlnlli! 

Baronta  -tane  :  nom.  Baronta  gen.  Barontani  ap.  Blanchi, 
0.  c,  pp.  367,  409,  da  carta  dell' a  731;  dove  perô  è  danotare 
che  il  gen.  Barontani  si  referisce  ad  altra  persona  che  non  a 
quella  figurante  al  nom.  e  gen.  come  Baronta  -te  nello  stesso 
documente.  Lo  stesso  nome,  ugualmente  declinato,  compare  in 
una  carta  francese  del  739  (v.  Philipon  211)-. 

CDI,  a.  960,  S.  Mdiiiaduin  S.  Mamma  (v.  Bianchi,  Arcl}.  gtott.  it.,  X,  347 
aggiungendo  un  nuovo  esempo  del  genit.  Andreaii  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  742, 
a.  857),  CDR,  num.  166. 

1.  Cfr.  il  cogn.  Giiifrida. 

2.  Sarà  di  formazione  analoga  a  Baronta  il  Mauninta,  del  RF,  (Bruckner 
285,  s.  'Mauronto')  provato  anche  dal  gen.  Maurunte,  ML,  (Bianchi  580). 
Orbene,  crederei  che  la  traccia  dello  antico  obliquo  in  -âne  si  riscontri  anche 
per  questo  nome  nel  nom.  Morantaniis  (cfr.  Moronio,  Bianchi  ib.),  gen. 
Morentani,  RAL,  num.  77  (a.  1032),  166  (a.  1058),  217  (a.  1069).  E  che 
saranno  Caremtani{s.  C-),  ib.  num.  293  (a.  1079)6  {s.)  Berglilntani,  ib.  num. 
215  (a.  1070)?  Per  la  vocale,  cfr.  Baritita,  RF,  num.  1280  (p.  238). 


2l8  C.    SAI.VIOXI 

*Frida  -  dân  e;  v.  qui  sopra. 

Oliva  (o  -ba?),  -vâne  :  s.  Olivani'  ftlio  RAL,  num.  177 
(a.  1061);  V.  Philipon,  210,  ecfr.  il  derivato  OlivaneJli,  RALt 
num.  139  (a.  1050)  -. 

B.    —    FEMIXILI. 

0.    A  p  p  e  1 1  a  t  i  V  i . 

a  mita  -  tane  .  V.  Sittl,  I.c,  e  per  Lucca  (dove  già  nel  77e 
siamo  al  meiAphsiico  awitana),  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  162, 
a.  776  (v.  Blanchi,  Arch.  glott.  it.,  X,  410  n);  del  resto,  de 
amitaiie,  CDL,  num.  74  (a.  -769). 

aldia-diâne.  Il  sing.  di  questa  voce  quasi  non  ha  occasione 
nelle  carte,  onde  risulta  ben  prezioso  il  solo  esempio  (ahlat. 
aldiane -nevi)  che  ne  offre  il  CDL,  num.  41  (a.  771).  Nel  plu- 
rale ^  invece,  essa  ricorre  in  quasi  tutti  i  diplomatari  délia 
regione  méridionale  e  centrale,  in  parte  colla  sua  schietta  fles- 
sione  in  parte  come  metaplasma  (ace.  pi.  aldianas)"^  :  aldiane 
= -nés  e  aldianis,  DA,  56,  58,  138,  -ncs  ML,  vol.  IV,  p.  i, 
num.  65  (a.  767.  Correggi  perô  aldionibns  et  aldiones  m  ald.  et 


1.  Forse  già  da  un  nomin.  *Ol!vauiis.  C'è  anche/ara  Liha>ii,  Fara  Olivana, 
CDL  (a.  915.  V.  Mazzi,  Corogr.  herg.  246),  ma  non  oso  giudicarne. 

2.  Discuto  in  nota  qualche  caso  singolare.  Nel  RF,  num.  8  (a.-  745),  30, 
34,  compare  un  Lucanus  di  cui  non  so  décidera  se  sia  il  metaplasma  di  un 
Liica  -cane,  ose  continui  il  lat.  Lucanus.  In  MR,  I,  85  (a.  1018),  si  legge  Uga- 
nus,  nel  quale,  se  non  v'ha  una  lezione  o  scrizione  errata  per  Ugonus,  par- 
rebbe  di  vedere  il  metaplasma  di  un  Hnga  -gcine  di  tradizione  gotica.  Cohiiii- 
banus  (cfr.  anche  dai.  Palinnhino,  RF,  num.  1194)  e  Coluiiibu  ci  si  offrono 
insieme,  quali  nomin.,  in  HPM,  vol.  I,  num.  50  (a.  603  ;  apogr.  del  sec.  XIII), 
e  rappresentano  una  tradizione  ben  diffusa,  poicliè  anche  il  nome  del  santo 
compare  nelle  due  forme  (v.  p.  es.  la  vita  bcrittane  da  Jona,  di  cui  in  una 
délie  precedenti  note).  Non  improbabile  certo  che  la  doppia  tradizione  del 
nome  dipenda  da  un  antica  flessione  nom.  CoUmiba  obi.  Cohwibdne.  Lo 
stesso  dicasi  di  Ros:u  e  Rostani  (cfr.  Rostanus,  MN,  vol.  I,  p.  295),  adoperati 
promiscuamente  in  HPM,  vol.  I,  num.  50  (a.  895.  Asti). 

3.  Di  aldianis,  abl.  dat.,  è  difficile  affermare,  viste  le  condizioni  generali 
délia  declinazione,  se  si  riferisca  a  un  nom.  aldianae  o  a  un  nom.  aldiancs. 

4.  Occorre  anche  il  tipo  ahliae  -diariim,  p.  es.,  in  CDL,  num.  454 
(a    914),  231  (a.  864),  553  (a.  938),  RF,  num.  183  (a.  806),  ^cc.  Ne  manca 


DHCLINAZIONE    IMPARISTLLABA    NELLE    CARTE     D  ITALIA       219 

aUiaiii's;  v.  vol.  V,  p.  ii,  num.  roi),  V,  p.  ii,  num.  532 
(a.  836),  -lus  -iiibiis,  CDL,  nuui.  51  (a.  774),  80  (a.  806),  84 
(a.  Soj  ;  proaldianes),  162  (a.  847),  402  (a.  903),  389  (a.  901), 
ecc,  CDBe,  vol.  II,  col.  523-4  (a.  1026),  HPM,  vol.  I,  num.  32 
(a.  874.  Novalesa),  84  (a.  934.Acqui),  180  (a.  99e.  Vercelli), 
WAs  num.  3,  (a.  753;  apogr.),  MR,  vol.  I,  num.  61  (a.  981), 
CDP,  num.  52  (a.  969),  CDl,  aa.  921  e  929;  aldianas  RF, 
num.  276  (a.  831),  371  (a.  920),  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  114 
(a.  795),  CDL,  num.  377  (a.  898),  381  (aldiaiiabiis ;  a.  898), 
403»  534.  535.  607,  760,  ecc,  CDBe.,  II,  col.  523-4,  537-8, 
(a.  1026),  HPM,  vol.  I,  num.  180  (a.  996.  Vercelli),  256 
(a.  1023.  Novara),  AN,  num.  81  (a.  930),  87  (a.  945),  104. 

a  via  -viàne  nonna  :  gen.  aviani,  più  volte  in  CDL,  num. 
236  (a.  865  ;  apogr.). 

domna-mnane  :  nom.  douma  dat.  donmani,  tre  volte  in 
CDL,  num.  401  (a.  902).  Inoltre,  c'e  a  Pavia  una  chiesa  ancor 
oggi  chiamata  in  linguaggio  forbito  S.  Giovanni  Domnarum,  nome 
che  popolarmente  o  è  ridotto  a  S.  Giuvan  Diinà  o  è  tradotto 
per  S.  Ginvaii  di  don.  Ne'  documenti  la  chiesa  è  pur  detta  Dom- 
narum {ccclesia  s.  J.  qnac  niiiiciipatiir  Domnarum,  CDL,  num. 
57e,  a.  946),  ma  anche  trovo  quac  muncupatiir  Domnan,  CDL, 
num.  507  (a.  924),  qaidiciiar  Domnam,  ib.,  num.  534  (a.  929). 
Il  -m  potrebbe  qui  stare  erratamente  per  -n  o  fors'  anche  per 
-ni,  ma  in  domnan  si  ode  la  schietta  continuazione  popolare  di 
donàn  ==  domnanes  o  -aniim. 

femina-nane.  Si  \egge  defendendi  a  femenanis  «  difendere 
dalle  femine  )),in  un  doc.  del  1163  dell'  abbazia  di  Morimondo 
inserto  nel  cartolario  manoscritto  di  detta  abbazia  ch'è  stato 
procurato  da  Ceiso  Bonomi  e  si  conserva  alla  Nazionale  di 
Brera  in  Milano  (AE.,  XV,  36;  v.  p.  45e,  n.  i6r)  '. 

mo  nach  a -chd  ne  :  de  monachane  'délie  monache'  CDP, 
num.  167  (a.  1054;  ma  apogr.  s.  XII  ex.). 


il  tipo  aUia  -clionis,  di  cui  in  una  dellc  seguenti  note  :  aldiones  CDL,  num. 
215  (h'is), -dionibin  ^4j,  e,  con  meta.phsmo,  iildioiiabiis  561  ahîionas  HPM, 
vol.  I,  num.  256  (a.  1023.  Novara),  aldioiiibiti,  ML,  vol.  V,  p.  m, 
num.  1773  (a.  993). 

I.  L'esempio  nrècortesemente  segnalato  dal  dotto  studioso  Signor  Cons. 
dott.  Gir.  Biscaro,  délia  Corte  d'Appello  di  Milano. 


220  C.    SALVIONl 

scripta  -ptdne.  Si  chiamavano  scriptaues  (nelle  carte 
occorrono  scriptanes  accus.,  scriptanihus,  scriptanaruni)  ne'  doc. 
milanesi  de'  sec.  xi  e  xii,  délie  «  donne  certamente  religiose, 
perché  intervenivano  aile  funzioni  ecclesiastiche,  col  resto  del 
clero,  ma  che  non  abitavano  ne'  monisteri  »  e  i  cui  nomi 
«  erano  scritti  in  alcuni  cataloghi  o  brevi,  onde  furono  chia- 
maie  scriptanes  »  ;  v.  Giulini,  McDiorie  spettanti  alla  storia  délia 
città  di  Milano,  2"  ediz.,  vol.  II,  pp.  193-4,  m^  79 1- 

tia  -idne  zia.  Siamo  già  al  metaplastico  tiana  in  ML,  vol.  V, 
p.  ii,num.  316  (a.Sof),  RF,  num.  285  (a.  843),  337  (a.  890), 
dove  la  voce  è  ripetuta  ben  quatro  volte,  plur.  ~iane,  CCaj. 
(a.  1103),  Arch.  glott.  it.,  XVI,  27. 

h.    Nomi    p  r  o  p  r  i  ' . 

Africa  -cane:  nom.  Africa  gen.  -caui,  DR,  num.  36 
(a.   1068). 

A  ha  -h  âne:  nom.  Aba  dat.  Ahani,  CDL,  num.  214 
(a.  861). 

Aemilia  -liane:  nom.  e  gen.  ImmiJia  gen.  Immiliani, 
CDP,  num.  100  (a.    1015). 

Aida  Auda  Olda  -dâne  :  nom.  e  ace.  y^Wa;  gen.  e  dat. 
Aldani  CDL,  num.  607  (a.  955),  872  (a.  993),/.  Aldani, 
HPM,  vol.  I,  num.  341  (a.  1054.  Novara),  gen.  Aldaîii, 
Parodi,  Arch.  glott.  it.,  XIV,  13;  nom.  Auda  gen.  dat.  Audane 
-ni,  CDL,  num.  892  (a 995);  nom.  Olda  dat.  Oldanis,  CDR, 
num.  58  (a.  iioo),  62  (a.  iioi). 

Amiza  -zâ  ne  :  nom.  Ami^fi,  gen.  Amizani,  DR,  num.  31 
(a.  1062),  34  (a.    1068). 

Antela  -Idne  :  a  sera  Antelani,  CDL,  num.  627  (a.  958). 

Atola  -Idne  :  nom.  e  ace.  Atola  gen.  A  tôle,  gen.  e  dat. 
Aîolani,  DR,  num.  25  (a.  1048),  50  (a.    1087). 

Atta  -ttdne  nom.  Atta,  gen.  e  dat.  Attaui  -ne,  CDL, 
num.  784  (a.  978),  879  (a.  993),  carte  Attani,  ib.,  num.  14 
(a.  753  ;  apogr.). 


I .  Ricordo  in  nota  i  fem.  Leudeherta  abl.  -tane,  e  Wilsinda  abl.  -dane  «  ex 
génère  Saxonorum  »,  nelle  Vitae  di  Jona  ricordate  qui  addietro  (v.  gli  Indici 
del  Krusch),  e  l'abl.  Miisane  in  Paolo  Diacono  (v.  Bruckner,  o.  c,  284  s. 
'Masa'). 


DECLINAZIOXK     IMI'ARISILLABA     NKLLH    tlAKTK     D  ITALIA       221 

Bassinia  (Holder  s.  'Bassiniâcus') -niàne  :  Gregorins  de 
Bascnianc,  HPM,  vol.   I,  num.  88  (a.   940.  Asti)  '. 

Bel  la  -11  âne  :  Marlinus  qui  dicilur  Bellani,  CDP,  num. 
loi  (;a.  1016),  nepoics  Bellani,  RF,  num.  1251   (a.  1094). 

Bellaxia  -xiâne  :  nom.  Bellaxia,  gen.  e  dat.  Bellaxiani, 
CDL,  num.  557  (a.  941). 

Benedicta  -ctdne  :  nom.  Bcncdicta,  gen.  e  dat.  Benedic- 
lani,  CDL,  num.  557  (a.  941),  gen,  -ctani,  num.  993  (a.  1000). 

Berga  -gane  :  torse  villa  que  dicitur  Bergani,  CDP,  num. 
47  (a.  964),  115  (a.  1027),  184,  e  Ursi  Vergani,  RF, 
num.  1230,  p.  265. 

Berta-tdne  :  nom.  Berta,  gen.  dat.  Bertani,  gen.  Bcriane, 
HPM,  vol.  I,  num.  191  (a.  999.  Novara),  272  (a.  1028. 
Torino)-,  273  (a.  1028.  Pinerolo),  274  (a.  1028.  Torino) ', 
gen.  Bcrta  e  Bertani  dat.  Bertani,  CDBe.,  II,  col,  723-4 
(a.  108 1),  Johannis  qui  dicitur  Bertani,  CDE,  num.  104 
(a.  1019),  127  (a.  1033),  171  (a.  1035),  Martino  Berianis, 
ib.  num.  154  (a.  1049). 

Bertilla  -11-  Bertilâne  -11-  :  nom.  e  gen.  Bertilla  -II-  lie 
gen.  e  dat.  Bertilani  -ell-,  CDL,  num,  735  (a.  972),  789 
(a.  972)  682  (a.  964). 

Bertillia  -lliane  :  gen.  Bertilliani,  CDL,  num.  764 
(a.  975),  ma  il  nome  si  confonde  col  précédente,  come  appare  da 


:.  Bascniaiie  puo  qui  essere  direttamente  un  nome  proprio.  Credo  tuttavia 
che  sarà  più  prudente  vedervi  un  nome  locale  derivato  dal  nome  proprio 
([lena  de]  Bascniaiie).  E  il  nome  locale  ci  si  offre  spontaneo  nel  Bassignana  di 
Alessandria. 

2.  Nellostesso  doc.  c'è  anche  Bertani  che  a  me  par  di  dover  leggere  Bertani, 
come  qui  indietro  s.  «  Andréa  »  e  s.  «  Bertillia  »  abbiamo  visto  un  -m  maie 
letto  per  -ni,  e  come  più  altri  analoghi  casi  s'incontreranno.  Gli  è  che  i  tras- 
crittori  di  pergamene,  mal  raccapezzandosi  davanti  a  una  forma  in  -ani,  si 
trovavan  portati  a  leggere  senz'  altro  -ain  ;  e  cosi  lo  stesso  Gloria  deve 
neir  errata  correggere  in  Ciciliani  un  Ciciliani  délia  sua  trascrizione,  e  un 
s.  Livam  è  corretto  per  5.  Lïvani  dal  Philipon  238.  Non  che  in  qualche  caso  già 
l'originale  possa  avère  -m,  ma  questo  sarebbe  in  ogni  modo  molto  insolito, 
e  generalmente  nonandremo  errati,  quando,  imbattendoci  in  un/.  05.  Bertani 
ecc,  leggeremo  -ni.  Cfr.  del  resto  anche  s.  Vilîam  =  s.  Vittani  (da  Villanits) 
RAL,  num.  106,  e  Amicom  =z  Amiconi  più  in  là  a  p.  231  n.  4. 

5.  Qui  anche  il  nome  locale  Satahertani  Salih-  (=  Salbertrand)  HPM, 
vol.  I,  num.  277  (a.  1029),  304  (a.  1038.  Susa). 


222  C.    SALVIONI 

nom.  e  gen.  Bcrtilla  -lie;  gcn.  Bcrlilliaiii  (1.  -ni),  CDLod., 
num.  22  (a.  991). 

Blanca  -cane  :  da  tcrciaBlancani,  DR,  num.  34  (a.  1068), 
cioè  «  J./.  [terra]  5.  »  ',  hoiiiines  qui dicimiiir Blancani,  AN,  num. 
143  (a.  1038).  E  sarebbe  assai  prezioso,  perla  sua  provenienza, 
il  /.  Blancani,  del  CDT,  (v.  Bianchi,  o.c,  409),  ove  non  insor- 
gesse  il  dubbio  accampato  dallo  stesso  Bianchi  e  che  trae  forza 
appunto  da  ciô  che  5/^nrrt/z/ sarebbe  nelle  carte  toscane  quasi 
l'unico  esempio  di  un  feminile  cosi  declinato  -. 

Bon  a  -nâne  :  nom.  Bona,  gen.  dat.  Bonani,  CDL,  num. 
883  (a.  994),  DR,  num.  56  (a.  1094),  abl.  Banane,  DR,  25, 
Ursus  de  Banane,  CDI,  a.  932,/.  Banani  feniina,  HPM,  vol.  I, 
num.  411  (a.  1089.  Biella). 

Bruna  -nane:  nom.  Bnina  e  s.  Bninani  (1.  -ni)  HPM, 
vol.  I,  num.  282  (a.  103 1.  Biella). 

Burga  -g âne  :  nom.  Biir^a,  gen.  abl.  Burgani,  HPM, 
vol.  I,  num.  68  (a.  910.  Asti),  /.  Burgani,  DR,  num.  30 
(a.   1062). 

Caecilia  -liane:  nom.  e  abl.  Cicilia,  gen.  Ciciliani, 
(e  Ciciliam  =-ni),  CDP,  num.  58  (a.  972),/.  Geciliani,  DR, 
num.  41  (a.  1074). 


1.  Tali  formule,  di  cui  si  son  già  visti  più  esempi,  occorrono  con  somma 
frequenza  in  tutte  le  carte  quando  si  tratti  di  descrivere  i  confini  d'una 
proprietà.  Ne  v'  ha  nessun  dubbio  che  il  nome  proprio  vi  stia  al  genitivo. 

2.  E  perô  rinfiancato,  nello  stesso  CDT,  p.  I  (num.  65  ;  a.  765.  Chiusi)  da 
terra  Blancani,  es.  non  so  se  sfuggito  alla  diligenza  del  Bianchi  o  da  lui  volu- 
tamente  negletto.  —  Le  scambio  di  vocale  su  cui  il  Bianchi  appoggia  i  suoi 
dubbi  intorno  a  Blancani,  è  di  quelli  in  cui  gli  editori  di  diplomi  incorrono 
con  una  certa  frequenza;  cosi  leggo  s.  Anihroxiani  per  -oui  o  -wii  in  CDL, 
num.  387,  A'N,r\um.  60,  5.  Doiniuicani,  DR,  num.  42  (si  tratta  di  un  testi- 
monio),  s.  Boni^ani  per  -oni  o  -nui  nel  CDBe.,  .'ol.  II,  col.  525-6,  e  ail'  incon- 
tro  /.  Vidalioni  per  -ani  ib.  col.  565-6,  ecc.  Onde  ben  potrebbe  darsi  che 
anclie  nelle  carte  nostre  qualche  -dni  stia  per  -ôni.  duanto  aile  ML  in  ispe- 
ciale,  noi  perô  già  vedevamo  come  il  Bianchi  avesse  torto  di  dubitare  di 
Fridani.  —  Del  resto,  per  tornare  a  Blancani,  c'é  Rolaudns  de  Bhvicano,  RF 
num.  1067  (a.  1082),  dove  Blancano  e  potrebb'  essore  un  errore  per  Blancane 
(obi.  di  Blanca)  o  anche  rappresentare  un  np.  Blancanus  fondato  su  d'un 
aggettivo  dipendente  alla  sua  volta  da  un  genit.  fem.  Blancani  (cfr.  Contareni 
e  Contarenus  più  in  là,  s.  «  Guntari  »J. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    N'ELLE    CARTE     d'iTALIA      22  3 

Celsa  -sa  ne  :  nom.  Cclsagen.,  dat.  e  ace.  Celsani,  gen. 
Celsajiis,  DR,  num.  48  (a.  1084),  58  (a.  1096). 

Crescentia  -tiàne:  nom.  Griscncia  ',  gen.  Crisenciani, 
CDL,  num.  976  (a.  1000). 

Ch  ristina  -nâne  :  nom.  Christina,  gen.  Cristinani,  CDL, 
num.  862  (a.  992),  gen.  Cristinani,  HPM,  vol.  I,  num.  228 
(a.  ion.  Novara),  e  sarà  forse  da  leggere  cosi  pure  il  Cristiani 
dello  stesso  documente. 

C 1  a  V  e  n  n  u  1  a  - 1  d  n  e  :  nom .  Clavcnola,  gen .  Clavenolanis 
-II-,  CDR,  num.  54  (a.  1092),  gen.  e  abl.  CJavenolani,  -nu-,  DR, 
num.  16  (a.  1034). 

Critu  na  -nâne  :  a  meridicvia  cl  Critunani,  CDL,  num.  ^  i  r 
(a.  904). 

Cumperga  -gdne  :  /.  Cuiiiperganis,  DR,  num.  54 
(a.  1092),  57  (a.  1094). 

Dominica  -cane  :  nom.  Doniinica,  gen.  edat.  Dominicani, 
DR,  num.  22  (a.  1041),  da  îcrcia  Domiiiicani,  CDL,  num.  888 

(a.  995)- 

Doda    (RF,    num.    1036)    -dane  :   silva   Dodani,   HPM, 

vol.  I,  num.  353  (a.  1062.  Novara). 

Domna  -mnane  :  Uberti  qd.  Donnane,  ML,  vol.  V,  p.  m, 
num.  181 5  (a.  1121)  e  si  retrova  forse  nel  pure  metaplastico 
Dumnaita  -âiiain,  CDB,  vol.  V,  num.  87  (a.  1136)-. 

Druxa-xâne  :  Laurenciiis  Dnixani,  CDR,  num.  178  (ctr. 
Johannes  Driixa,  ib.). 

Eba  -bdne  :  Ana  f.  Elmiii,  HPM,  vol.  I,  num.  248 
(a.   10 19.  Genova). 

Emma -m md ne  :  occorre  più  volte  l'obi.  Eiiiniaiii  (ïn  una 
cogli  errati  Eiini-  Einiu-)  in  HPM,  vol.  I,  num.  133  (a.  969. 
Novara). 

Ermiza-zdne  :  nom.  e  abl.  Eniii~a,  gen.  Ernnji^ani,  DR, 
num.  32  (a.  1067). 

Ficia  -idne  (=  Officia}  Cfr.   Officia,  ML,  vol.  V,  p.  m, 


1.  Circa  al  G-  di  questa  forma,  v.  s.  «  Crescentio  »  più  in  là,  e  cfr.  Gre- 
xeiicius  Arch.  glott.  it.,  XIV,  8. 

2.  Il  np.  Donaiid  compare  in  HPM,  vol.  I,  num.  463  (a.  1129.  Novara). 
Sarà  certo  un  metaplasma,  ma  non  saprei  dire  se  da  Domna  Donna  o  da  Dona 
fera,  del  nome  proprio  Dow  (Bruckner,  512). 


224  C.     SALVIONI 

num.  141 5,  <t  Ficia,  -ciac,  RAL,  num.  30^,  CDL,  iium.  854)  : 
Joh.  Fitiam -cia-  CDBe.,  vol.  II,  col.  891-2,  e  897-8  (a.  1117). 

Flora  -râne  :  nom.  Florauc,  CDL,  num.  377  (a.  898). 

Framiza  -zâne:  Marcbisi  Fraini:^ani,  CDLod,  num.  128 
(a.  1148). 

Franca  -cane  :  nom.  Franca,  gen.  Frmicani,  CDP,  num. 
42  (a.  954)  /.  Francani,  HPM,  vol.  I,  num.  40  (a.  1085. 
Genova),  s.  Francani  (l.  -ni),  Vcrci,  St.  d.  Marca  triv.  e  ver., 
I,  doc.  4  (a,  954)  '. 

Fraxia  (=  Eufr-Ï)  -xiâne  :  nom.  e  dat.  Fraxia,  gen. 
Fraxiani,  DR,  num.  32  (a.  1067). 

Fusca  -scâne  :  nepos  Fuscani,  CDI  (a.   932). 

Gaiperga    -gdne  :  /.    Gaipergani,   CDI,  a.  932. 

Galla-lldne  :  nom.  Galla,  gen.  Gallani,  CDL,  num.  11 
(a.  745)-  Si  tratta  di  due  diverse  donne,  la  zia  e  la  nipote. 

G  a  u  d  e  n  t  i  a  - 1  i  d  n  e  :  Johannes  Gaudcn~am,  CDR,  num . 
178. 

Gausa.-sane  :  dat.  Gausani,nt\  doc.  104  ap.  Meyer  (o.c, 
p.  180),  che  lo  toglie  dal  Troya  (v,  anche  Fôrstemann,  Alid. 
Nanienb.,  2^  éd.,  s.  Gauda).  L'esempio  è  notevole  in  quanto 
provenga  dal  mezzogiorno  délia  penisola  nostra. 

Gaza  -zdne  :  gen.  Ga:^ani,  v.  Parodi,  Arch.  gloit.  it.,  XIV, 
13,  Petrns  Gha~ane  ML,  vol.  V,  p.  m,  num.  1701  (a.  995). 

Gisa  -sdne  :  valle  Gisani,  CDP,  num.  42  (a.  954)  [cf. 
Johannes  de  Gisa,  ib.,  num.  125,  ecc.]. 

Georgia -gidne  :  Martino  qui  dicitur  Zoriiani,  CDP,  num, 
72  (a.  988),  due   volte. 

Gisla  -sldne  :  nom.  Gisla,  gen.  Gisle  e  GisJani,  CDL, 
num.  76e  (a.  975),  abl.  Gislane,  num.  768  (a.  975),  Mafeus 
Gislaiii,  CDR,  num.  178,  e  spetterà  qui  anche  da  una  parte 
Gixilani,  CDR,  num.  62. 

Grata -tdne  :  nom.  G/vzi/rt,  obi.  Gradane,  CDL,  num.  11 
(a.  745)  ^ 


1.  N'è  forse  il  diminutivo  nel  ni.  vallis  Francolani  (c  Flang-)  CDDLod., 
num.  52. 

2.  lo  qui  porrei  anche  il  Boiiipnuulis  et  Graiii  iin^dliluis  di  HPM,  vol.  I, 
num.  154  (a.  981.  Asti),  nel  cui  Grani  vedrei  un  *Graivn  *Gra[d]ani.  La 
scomparsa  dcl  -/-  si  documenta  ad  .Vsti  già  un  secolo  prima  col  nome  locale 


DECLIMAZIONE    IMPARISlLLABA    NËLLE    CARTE    D  ITALIA      2:2  5 

Grima  -m  âne  :  gen.  Grimaui,  CDL,  num.  215  (a.  861), 
da  istam  Grimaiie  (=  d.i.  [rerra]  G-)HPM,  vol.  I,  num.  194 
(Novara). 

Gunza  -zâne  :  nom.  Giinia,  gen.  Gimxfim,  CDL,  num. 
106  (a.  824),  Jobanues  Giin:(aiii,  CDLod.,  num.  150  (a.  1153). 

Higenza  -zâne:  terra  Higeu~aiii,  CDL,  num.  833  (a.  987). 

Ida-dâne  (cfr.  Iddanue,  ap.  Philipon,  p.  205)  :  gen.  Yda- 
nae,  MR,  \'o\.  I,  p.  404  (a.  1296),  che  rappresenta  forse  un 
metaplastico  îdaita  '. 

Imiza  -zdne  :  nom.  Imi:;a,  gen.  e  abl.  L)ii~am,  CDLod., 
num.  42  (a.  1068). 

Johanna  -nnâne  :  ace.  Johannaue,  CDL,  num.  136 
(a.  840),  gêner  Johannani,  CDI,  a.  932,  e  fors'anche  Petrus  de 
Jauane,  ib,,  a.  933. 

Jus  ta  -stdne  :  Joh  de  Justane,  CDI,  aa.  932,  933,  977. 

Laeta-tdne:  dat.  Ledani,  CDL,  num.  494  (a.  921). 

Laurentia  -tiane:  nom.  Laurencia,  gen.  e  dat.  Lauren- 
ciani,  DR,  num.  23  (a.  1045). 

Lida  -dane  :  forse  /.  Lidani,  RF.  num.  1124  (a.  109 1). 

Longa  -gdne  :  Franco  Longani,  RF,  num.  11 67  (a.  11 13). 

Lucia  -cidne  -./.Lnciane,  HPM,  vol.  l,  num.  457  (a.  1123. 
Asti). 

Lupa  -pdne  :  nom.  Liipa  e  Lupane,  gen.  Lupani,  abl. 
Liipaiw  CDL,  num.  215  (a.  861),  956  (a.  999);  nom.,  ace.  e 
abl.  Luba,  abl.  Liibane,  ib.,  num.  98  (a.  822),  casalis  Lupani 
(nome  loc),  CDLod.,  num.  32  (a.  1039),  35  (a.  1044),  CDBe., 
vol.  II,  col.   599-600,  613-4. 

Magna  -gndne  : /.  Magnaui  CDL,  num.  558  (a.  941), 
Johannes  de  Magnane,  CDI,  a.  932  -. 

Maria  -ridne  :  nom.  Maria,  dat.  Marie,  gen.  Mariani, 
DR,  num.  16  (a.   1034)  '. 

Paerno  (oggi  Perno)  che,  allato  al  tradizionalo  Patenio,  si  legge  anch'  esso  in 
HPM,  vol.  I,  num.  51  (a.  896). 

1.  Dico  forse,  in  quanto  V-ae  potrebbe  rappresentare  quell'  -e  che  vediamo, 
p.  es.,  anche  nel  gen.  Giin:^aiie,  mentre  solitamente  il  gen.  è  in  -ni,  da  giudi- 
carsi  non  diversamente  dal  -;/('  di  genitivo  de'  masc.  in  -0  -onis. 

2.  Vico  Miignaui  CDL,  num.  734  (a.  972),  ed  è  forse  da  ragguagliarvi  il 
Vimagnani  e  Vicomagnano  di  CDLod.,  num.  72  (a.  11 18). 

3.  Archamariane,  Arca  Marianc  -ni  è  ne' docum.  il   nome  di  Canicnaiio 

Rumania,  XXXV  j  r 


226  C.    SALVIOXI 

Nîartlia  -thdne  :  Guidoiiis  Martani  (=  Guido  di  Marta?) 
IIPM,  vol.  I,  num.  138  (a.  972.  Bobbio). 

M  art  in  a  (o  -th-?)  -nâne  :  Joharvm  Bonus  Martinani, 
CDR,  num.  178. 

Maura-rânc  :  camie  Manraiii,  CDL,  num.  892  (a.  995). 

Megenza  -zàne  :  nom.  Megeii:^a,  dat.  Megin::^e,  gen. 
Mci^cn::am,  CDL,  num.  690  (a.  965). 

Obiza  -zdne  :  nom.  Ohi:;ri,  gen.  Obi:^ani,  DR,  num.  lé 
(a.  1034). 

*Passinga   -gane  :  f.  PassiHgaui,  RF,  num.    1285. 

Pau  la  -Idne  :  casale  Paulaiii,  CDL,  num.  14  (a.  753). 

Perenza  -zane  :  f.  Pereti:(ain,   DR,    num.   45   (a.  1082). 

Proba  -bdne  : /.  Proi'mii,  RAL,  num.  72  (a.  1030). 

Rilieza-zdne  :  nom.  Rihe^a,  gen.  Riheianis,  DR,  num. 
52  (a.  1089).  Dalla  stessa  base  forse  :  da  nieridie  Rige^ani,  Giu- 
lini,  O.C.,  VII,  p.  58  (cfr.  Rigc~a,  ib.,  p.  52),  Andrcam  et  Bomi- 
nianniim  gui diciwtiir  Rigi~a}ii,  CDLod.,  num.  147  (a.  1153). 

Rimiza  -zdne  :  Johannis  Rimi:^ani,  CDLod.,  num.  100 
(a.  II 38). 

Roza  -zdne  (v.  Bruckner,  295  s  «  Roccia  »)  :  Fermosa  que 
vocatur  Rocianes,  MR,  vol.  I,  num.  41  (a.  964),  «  Formosa  ' 
ch'è  chiamata  di  Roza  ». 

Tadola-ldne  :  vi)iea  Tadolani,  CDL,  num.  799  (a.   980). 

Teveta-tdne  :  nom.  Teveta,  ace.  e  gen.  Tevetani,  CDL, 
num.  692  (a.  966).  Correggi  poi  in  Tevetane  il  Tevecate  dello 
stesso  documente. 

Una  -nâne  :  castellum  Unani,  CDL,  num.  734  (a.  972); 
cf.  il  nome  proprio  Una  in  ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  54 
(a.  761). 

Unia  -nidne.  E  assai  verosimilmente  un  metaplasma 
VUniana  di  CDR,  num.  84  (cfr.  Uiiia  gen.  -ie,  ib.,  num.  83, 
103). 


(Novara)  :  V.  HPM,  vol.  I,  num.  414  (a.  1091.  Novara),  426  (a.  1094. 
Novara).  Mérita  poi  menzione  anche  qucsto  passo  di  HPM,  vol.  I,  num.  450 
(a.  II 20  circa.  Torino)  :  Villa  Mariana...  et  ecclesiani  Sancte  Marie  in  eadem 
villa  sitam. 

I.  Fermoso  -a  occorre    fréquente  nellc  carte  italiane  e  certo  vi  s' ha  da 
vedere  «  Formoso  -a  >>.  Cfr.  lo  sp.  hcrvioso. 


DECLIXAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE    d'iTALIA       227 

Ursa  -sdne  :  gen.  metaphistico  Orsaiiac,  RF,  num.  1221 
(data  incerta). 

Ursula  -lane  :  abl.  Orsolaiie,  CDP,  num.   15  (a.  874). 

Warna  -nane  :  nom.  JVarna,  gen.  e  dat.  fVarnani,  CDL, 
num.  993  (a.  1000). 

Wida-dâne  :  nom.  Vuida,  dat.  ace.  Vuidane,  CDLod., 
num.  42  (a.  1068). 

Willa  -lldne(cf.  Giiillo,  Bruckner,  321,  c  Gtiilla,  RF, 
num.  1067)  :  hoiuincs  qui  dicuuiHr  Gnillmii,  AN,  num.  18 r 
(a.  1068). 

Degli  esempi  posti  in  fila  quisopra  qualcuno  potrà  non  essere 
intieramente  sicuro  per  le  ragioni  che  si  dicono  a  p.  222  n 
(per  la  errata  sostituzione  di  a  ad  0,  cfr.  ancora  s.  Gisaiii,  CDL, 
num.  372,  dove  Gisani  è  un  testimonio)  e  per  altre.  Cosi  per 
la  possibilità  che  il  nome  in  -àni,  anzichè  il  genit.  d'un  fem,  in 
-a,  rappresenti  quello  d'un  masc.  in  -anus.  Per  questa  ragione 
anche  non  ho  allegato  esempi  come  fiUa  Clemaiciani,  CDL, 
num.  819  o  Joannes  Alhani  CDI,  a.  960  ',  potendosi  avère  in 
essi  CJeinencianus  e  AJhamts  piutosto  che  Clemeiicia  e  Alha. 
D'altra  parte  è  forse  da  emendare  in  Aiuiane  il  gen.  Antione 
(nom.  Alla  fem.)  di  CDL,  num.  628.  Dico  forse,  perché 
non  mancano  nelle  carte  (v,  Philipon,  p.  204  n.)  le  traccie 
di  una  flessione  masc.  ^  e  fem.  in  -a  -âne,   e  ne  vedevamo  un 


1.  Forse  il  dubbio  era  meno  impellente  per  Joannes  Baffaui  CDI,  a.  960, 
heredes  Fibiini  DR,  num.  25.  V.  Anche  Geranl us  qd.Fralani,  ML,  vol.  V, 
p.  III,  num.  1820  (a.  1151),  Bruni  Ubihane  «  Bruno  di  Ubibana  ?  »,  th., 
num.  1819  (a.  1 156). 

2.  Mascolino  è  il  fréquente  Wala  (cfr.  la  parentela  piemontese  Guala)  che 
ha  l'obliquo  IValone  in  CDL,  num.  619  (v.  ancora  num.  618,  CDBe.,  II  col. 
737-8,  HPM,  vol.  I,  num.  404,  399,  RF,  num.  310,  397,  nella  quai  uhima 
raccolta  perô,  il  nom.  suona  Gualo  num.  396,  e  v.  il  Bruckner,  p.  516),  ma 
il  cui  obliquo  *  IVahne  è  forse  rappresentato  dal  metaplastico  IValanus  che 
s'incontra  talvolta  nelle  carte  («05  Walano  CDP,  num.  270).  Un  Cona  gen. 
Co«ok/5  compare  in  CDLod.,  rwim.  145,  edè  inutile  rammentare  che  è  fre- 
quentissimo  il  nom.  Cono.  Nel  gen.  Judoni  (h\s)  CDL,  num.  724  (a.  970)  abl. 
hidone  HPM,  vol.  I,  num.  56  (a.  799.  Novara),  nell'  abl.  Golione  CDL, 
num.  884  (a.  994),  nel  gen.  Sahbonis  RF,  num.  683  (a.  1025),  1296,  sarà  da 
vedere  un  genit.  analogico  di  Juda  Golia  Sabha,  come  è  dovuto  alla  stessa 


228  C.    SALVIONl 

esempio  qui  indietro  toccando  délia  dcclinazione  dell'  appella- 
tivo  ahiia  ' . 

II.  _  .0  2  ONE. 

La  lista  potrebbequi  farsi  lunga  ail'  infinito  ove  non  prescin- 
dessimo  degli  appellativi  e  dai  nomi  propri  d'origine  germa- 
nica  (del  tipo  di  flessione  -o  -^on)  che,  nel  loro  passaggio  aile 
lingue  romanze,  s'adattarono  al  tipo  flessionale  latino  -o  -âne. 
Una  parte  di  questi,  aventi  uno  spiccato  significato  perso- 
nale,  non  saranno  perô  da  considerare  germanici  che  quanto  al 
teqpa,  chè  la  derivazione  per  -io  -iôiie  accenna  a  una  formazione 
dotta    del    latino     médiévale.     Son    questi    i    sostantivi    aldio 


spinta  analogica  il  rapporte  che  corre  in  Lomhardia  tra  i  casati  Rtisca  e  Riisconi. 
Curioso  è  il  caso  offerte  dal  doc.  212  (a.  959.  Asti)  di  HPM,  vol.  I.  Qui  si 
parla  di  una  terra  Roioni,  ma  insieme,  e  sempre  con  évidente  riferimento 
alla  stessa  persona,  vi  occorre  terra  suprascripti  Ro:(aiii  e  iam  dicte  Ro:iaiii. 
Evidentemente  qui  c'e  uno  sbaglio  e  forse  più  d'uno,  ma  dove  ?  Poichè  la 
quistione  si  coniplica  appunto  per  la  circostanza  che  in  carte  délia  Liguria 
si  trovi  un  Ro^a  mascolino. 

1.  II  Bruckner,  par.  106,  allega  di  su  quello  stesso  doc.  del  CDL,  che  a  noi 
forniva  l'es.  IVarna  -nane,  il  gen.  fem.  IVarnoni.  Ma  l'egregio  germanista  ha 
qui  preso  abbaglio,  poichè  questo  Wanioiii  è  un'  altra  persona,  che  tutto 
induce  a  ritenere  mascolina.  Nel  RF,  num.  144,  c'è  Haleranam  (una  sol  volta) 
e  insieme  Haleroiiam  -runae  (e  -ro)ia  -riuia  pure  ai  num.  148,  213).  Se  la 
prima  forma  non  è  un  errore,  essa  andrebbe  considerata  corne  un  metaplasma 
délia  flessione  -a  -due  e  ci  porterebbe  di  nécessita  a  vedere  nella  seconda  pure 
un  metaplasma,  ma  délia  flessione  -a  -oiie.  E  quesî'  ultimo  (e  cosi  in  Stiroiia, 
RF,  num.  228,  Alderuna  e  Godenina,  num.  1280,  pp.  254,  255,  Auriina, 
CDL,  num.  374,  a.  897)  potrebbe  ammettersi,  anche  supposto  che  Halera- 
nam  sia  da  emendare  in  -ouata  (y.  perô  anche  Bruckner,  301).  —  Tra  i  nomi 
locali,  è  notevole  che  Cavandone  (Novara)  appaja  ne'  doc.  corne  Capiit  de 
Anda;  v.  MN,  vol.  Il,  Indici. 

2.  La  quistione  di  sapere  se  si  tratti  di  Petrus  Petroiiis  o  di  Petro  Petronis 
ha  una  importanza  in  Francia,  ma  non  ha  motivo  d'essere  se  posta  in  Italia, 
dove  in  Petro  si  ritrovarono  ben  presto  e  Petru(s)  e  Petrd.  Solo  i  dialetti  meri- 
dionali,  che  distinguono  tra  -u  e  -ô,  potrebbero  invitarci  a  un  più  attento 
esame  délia  quistione.  E  infatti  i  cognomi  Russo,  Fusco  accennano  piuttosto 
a  Russu  ecc.  che  non  a  Russo.  Ma  giova  tener  conto  che  il  tipo  di  flession 
classico  visse  sempre  accanto  ail'  altro  e  che  le  reciproche  contaminazioni  de' 
due  tipi  non  potevano  mancare.  —  Del  resto,  circa  alla  metafonesi  nelle  carte 


DECLINAZIONE  IMPARISILLABA  NELLE  CARTE  d'iTALIA  229 

-dione  \  gastaldio  -diône,  scario  -riône,  sculdascio  -sciône,  marchio 
-chkvie,  mitndio  mundione,  che  son  rappresentati  tutti,  quali  più 
quali  meno,  nelle  carte  medievali  d'Italia.  Qui  basti  l'avervi 
accennato.  Onde  le  liste  che  ora  seguono  non  conterranno  che 
i  pochi  appellativi  d'origine  latina  e  i  moki  nomi  propri  d'ori- 
gine latina  e  latino-cristiana  -. 

a.     Appellativi. 

avo  -vône  e  avio  -vione  :  nom.  havoni,  ML,  vol.  V, 
p.  II,  num.  93  (a.  776),  avoue,  nella  apposizione  di  un  genitivo, 
ib.,  num.  202  (a.  785),  e  v.  ancora  Blanchi,  0.  c,  410  n.  ;  avioni, 
pure  nella  appos.  d'un  gen.,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  755 
(a.  861)  avioni  -ne,  CDL,  num.  31  (a.  76e),  plur.  aviones, 
HPM,  vol.  I,  num.  19  (a.  897.  Novalesa),  avionibus,  DA, 
num.  91  (a.  1003). 


meridionali,  e  poichè  siam  venuti  per  incidenza  a  toccarne,  v'  ha  del  vero 
in  ciô  che  ne  dice  il  de  Bartolomaeis  (/4rc/;.  ^/o«.  it.,  XV,  252  sgg.;  XVI, 
1 1).  Ma  i  fatti  sono  ben  lungi  dall'  avère  quelle  proporzioni  assolute  che 
parrebbero  risultare  dalla  esposizione  dello  studioso  abruzzese.  Poichè, 
p.  es.,  da  una  parte  non  è  infrequente  -etu  nel  CCav.  (castanietum,  qtier- 
tiettim,  num.  35,  caitnietii  et  salicetu,  num.  47,  quertietii,  num.  50,  casta- 
nieto  etnseletu,  num.  53,  78,  ecc.  ecc),  e  dall'  altra  parte  ci  sono  esempi  come 
/?o/'w/a  (num.  II).  Anche  qui  dunque  nessuna  possibilità  di  conchiudere. 
Cosi  come  nulla  è  da  inferire  dal  fatto  che  nelle  carte  di  tutta  Italia  s'alter- 
nino  al  nomin.  -us  e  -0. 

1.  Per  aldione  occorre  qualche  rara  volta  alJiauo.  Deve  trattarsi  délia  diretta 
influenza  del  feminile,  il  quale,  come  s'è  visto,  puô  anche  declinarsi  come 
i//t//i7  -ih'otte. 

2.  Per  i  quali  si  tengano  sempre  présente  gli  elenchi  del  Philipon,  pp.  223 
(questo  consacrato  specialmente  ail' Italia),  224-5,  che  forse  abbondano 
neir  ammettere  materia  romana.  —  Parecchi  nomi  naturalmente  potrebbero 
venir  considérât!  come  d'origine  gernianicae  cosi  il  Bruckner  ritien  tali  Amico, 
Caro,  Lupo,  Magno,  Mauro,  Donnolo,  Romolo,  Primo,  Ponio,  Marco,  e  altri.  Se 
anche  si  possa  ammettere  che  qualche  volta  abbia  ragione,  o  meglio,  che  nel 
nome  possan  quà  e  là  incontrarsi  le  due  basi,  penso  tuttavia  che  in  génère  il 
Bruckners'è  lasciato  trascinare  dalla  suatesi.  Per  compenso  ciregalerebbeegli 
(pag.  198)  un  Benedicto  -ctone,  ma  nelle  forme  ridotte  di  Becto  -doue,  Necto 
o  (Ni-)  -ctone,  occorrente  la  prima  una  volta,  la  seconda  numerose  volte 
nel  RF.  Puô  darsi  che  la  prima  sia  da  accogliere,  ma  quanto  alla  seconda  o 


230  C.    SALVION'I 

socro  -crône.  E'  certamente  la  base  socroiie  '  che  si  scorge 
nel  gen.  consocrunii  abl.  plur.  consocrnniis  (=  consoceri  -ris)  che  si 
leggono  in  documenti  napoletani  (v.  la  citazion  de'  passi  nel 
Gloss.  che  stà  in  fondo  al  vol.  II,  p.  2^,  de!  Monumenta  ad  Nea- 
politani  Ducatiis  historiain  pertinentia).  Circa  al  -iiis  di  questo 
consocrunius  si  ricordi  il  pugl.  barbaneus  di  cui  a  p.  215  n. 

*veclo -clone  (=  vêtu  lo  -  lône).  «  Nella  nostra  metro- 
politana  chiamansi  veggiôn  e  veggionn  dieci  vecchi  e  dieci  vec- 
chie,  vestiri  quelli  da  chierici,  e  queste  da  monache,  i  quali 
air  offertorio  délia  messa  capitolare  offrono  il  pane  e  il  vino 
rappresentando  il  popolo  milanese  nelle  offerte  che  antica- 
mente  si  solevano  fare  alla  chiesa,  e  precedono  il  clero  metro- 
politano  nelle  processioni,  ecc.  Il  Du  Gange  fa  memoria  di 
questi  nostri  Veggion  che  veggonsi  chiamati  Vegloiii,  Vegloncs, 
Vegionio  Seiies,  e  délie  nostre  Veggionn  che  si  leggono  da  lui 
dette  Veglonae  e  dal  Giulini  (VIII,  363),  Veglonessae  »  (Gheru- 
bini,  Voc.  mil.,  s.  «  veggiôn  »).  Girca  al  Giulini,  v.  ancora 
vol.  I,  2*  ediz.,  p.  326-7,  dove  compajon  le  forme  gen.  veglo- 
nuni,  dat.  vegJonihus.  —  Non  dubito  di  ravvisare  in  questo  plu- 
rale il  resto  dell'  antica  flessione  -0  -ône  ^ 


sarà  germanica  o,  se  latina,  rispecchierà  un  Nitido  -doue  (cfr.  Fit.  netto).  Il  Br. 
s'appoggia  al  fatto  che  in  un  docum.  (num.  509)  la  stessa  persona  si  chiami 
Nettonem  nel  testo  ma  Betiedictus  nella  firma.  Sennonchè  Xi'tlonein  dev'  essere 
un  soprannome  corne  risulta  dal  num.  471  (Benedictum  qui  pro  tioniine  Nitto 
sproccus  vocor  ;  Benedicti  qui  et  Nitto  vocor),  e  il  fatto  che  il  soprannome 
possada  solo  rappresentare  il  nome  non  è  senza  esempi. 

1.  Questo  *socrone,  o  almeno  *soceroiie,  appar  chiaro  nel  zàrso sucenvii  suo- 
cero.  Il  Guarnerio  {Arch.  glott.  it.,Xl'V,  191)  vi  vedrebbe  veramente  una 
voce  originariamente  diminutiva.  Sennonchè  in  un  tal  nome  la  ragion  del 
diminutivo  non  risulta  chiara,  a  meno  non  si  ritenga  che  nelF  -çmi  abbia  una 
mano  hahoni  nonno.  Ma  e  qui  avremo  realmente  un  diminutivo  o  non  piut- 
tosto  vi  riconosceremo,  a  ciô  confortati  dall'  a.  sardo  aioni,  dal  nap.  z'uvone 
ecc,  l'obliquo  délia  flessione  -0  -ône,  flessione  estesa  poi  a  mamvioni  nonna? 
Certo  «  avone  »  poteva  farsi  valere  in  Corsica  come  s'è  fatto  valere  nel  /'<(/'- 
hone (t  (\umà\.  mamvione')  d'altre  parti  d'Italia  (v.  Tappolet,  Rovi.  Venvu., 
pag.  74)- 

2.  Come  nel  mil.  vegdna,  vecchiaccia,  è  da  vedersi  il  metaplasma  dell'  obli- 
quo  di  *vecla  -cldne  (cfr,  sing.  vega  pi.  -gdh,  sost.,  nella  Mesolcina). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA      23 1 

/'.     Nonii    propri. 

Adamo-mône'  : /.  Adatiunoiiis,  RF,  num.  82e,  1069 
(a.  1082-3),  terra  Adammojiis,  ib.,  num.  733. 

Aemilio -liône  ""  :  iiiaiiiis  Melioiie,  AN,  num.  17  (a.  800), 
da  maiie  Mclioni,  HPM,  vol.  I,  num.  145  (a.  976,  Novara). 

Albino  -nône  :/.  AUnnoni,  CDL,  num.  49  (a.  773),  665 
(a.  962). 

Amandulo  -16  ne  :  nom.  Aniandolo,  gen.  e  dat.  Aiiiciiido 
loni,  HPM,  vol.  I,  num.  5  (a.  886.  Asti). 

Amato  5  -tône  :  nom.  Aiiiato,  gen.  Ainaionis,  ace.  Arnaio- 
nem,  RF,  num.  498  (a.  1014),  593,  625  (a.  1012),  724,  747, 
751  (a.  lo-jo),  ecc. 

Amb  rosio'  -siône  :  nom.  Aiiibrosius,  dat.  egen.  Auihrosioni 
abl.  Amhrosiom,  CDL  num.  13e  (a.  840),  149  (a.  843),  180, 
484  (a.  919),  Qcc,  CDBe.,  vol.  II,  col.  647-8,  CDLùd.,  num. 
151  (a.  II 53),  HPM,  vol.  I,  num.  119  (a.  963.  Vigevano), 
145  (a.  976.  Novara),  CDP,  num.  53  (a.  969). 

Amico  -cône  :  nom.  Amico  Amiens  ^,  gen.  Aiuiconis  -ni, 
dat.  Amiconi,  ace.  Amiconem,  abl,  Amicone,  RS,  num.  193  (a. 
1013),  i94,2io(a.  993),  i?F,  num.  373  (a.  940),  381,  388,  458 


1.  Aùamo  0-1UUS  in  realtà  non  ni  è  occorso  mai,  bensi  il  gen.  Adami-mmi. 
Il  nominativo  è  solitamente  Adam,  assai  più  raramente  Ada.  Nel  RF  è  fre 
quenteil  gen.  ^Jaegiànoto  al  latino. — Dialtri  metaplasmi,  v.  s.  «  Johanno  » 
e  i<  Victoro  ».  Curiosi  sono  qucsti  :  gen.  Feluni  (e  fors'  anche  gen.  Filoni, 
ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  65,  a.  767)  CCav.,  num.  26  (a.  825),  e/.  Cresconis 
RF,  num.  1030  (a.  1077)  s.  Criscioni,  CDT,  p.  11,  num.  74  (a.  807).  Il  primo 
è  dal  noto  nominativo  Fêle  ^  Félix,  AscoVi  A rch.  glott.  it.,  II,  435,clie 
occorrene'  doc.  declinato  per  lopiù  corne  Fêle -lis,  e  il  secondo  pure  dal  nom 
Crescens  (cfr.  il  tosc.  Crescio  ;  e  nom.  Crescio,  RF,  num.  956,  a.  1092,  gen. 
Crescii,  Ciisci,  CDT,  p.  11,  num.  81,  a.  809;  89,  a.  812,  i?F,  num.  931,  a. 
1062). 

2.  Potrebbe  anche  trattarsi  àiMelio;  v.  Holder,  All-celt.  Sprachschati,  s. 
«  Mclius  ». 

3.  Amato  poteva  fors' anche  rappresentare  il  nom.  Auiator,  se  non  è  per 
errore  che  nel  CDT,  num.  86,  al  nom.  Amato  corrisponda  s.  Amatori,  e  che 
in  RF,  num.  593,  ail' ^wa/o«/5  délia  firma  corrisponda  nel  testo  Amatorem. 

4.  Nom.  Amicom,  HPM,  vol.  I,  num.  305  (a.  1039.  Asti),  che  perô  leg- 
geremo  Amiconi  (cf.  nom.  Opiioni  e  Liii^oni  ib.  num.  252,  339). 


232  C.    SALVIOXI 

479,  590,  615  (a.  ion),  736,  72o(a.  1037),  1050,  CCav.  num. 
421    (a.    990),    terra  Atnigoiii,   CDL,    num.   751,   col.    13 11, 

(a.  974)'• 
Atilio  -liône  :  /.  Alchoni,  -ti-,  CDL,  num.  933  (a.  997), 

HPM,  vol.  I,  num.  139  (a.  973,  Asti). 

Angelo  -lône  :  campo  dicitur  de  Angeloue,  CDL,  num.  845 
(a.  988),  e  fors'  anche  AgiielJoue,  ib.,  num.  ^78  (a.  918). 

*Anticio  -ciône-  :  Leonis  de  Anticioue,  RF,  num.  646 
(a.  1028). 

Arvio  -viône  ''  :  /.  Arvioni,  CDBe,  col.  443-4  (a.  1005). 

*Aucello  -llône:/.  Uccelloiiis,  RF,  ii94(a.  1104). 

Auso  -son  e  :  s.  Ausûni  -iiis,  CDT,  p.  11,  num.  36  (a.  793), 
89  (a  812),  RF,  num.  1280,  p.  267. 

*Ausulo-lône  :  gen.  Ausuli,  dat.  AusuJoni,  ML,  vol.  V, 
p.  II,  num.  102  (a.  767). 

Baroncio  -ciône:  nom  Baroucius  -cio,  gen.  Baronciôni, 
ML,  vol.  IV,  p.  I,  num.  éi  (a.  765),  Blanchi  p.  367,  RAL, 
num.  137  (a.  10-19),  CDL,  num.  866  (a.  992). 

Barucio  -ciône  :  nom.  Bariicio,  gen.  Banidoni,  ML, 
vol.  IV,  p.  I,  num.  39  (a.  737),  e  Blanchi,  p.  367. 

Beato  -tône  :  s.   Biadoni,  CDL,  num.    869  (a.  992),   899 

(a-  995)- 

Bello   -llône    :    nom.    Bellone,    gen.    Bclloni,    -nis,    ML, 

vol.  IV,  p.  II,  num.  91  (a.  1049),  ib.,  App.,  num.  91 

(a.  1099),  106  (a.  1164),  vol.  V,  p.  m,  num.  1813  (a.  1121), 

1816  (a.  1123),  1825  (a.  1177),  RAL,   num.  207  (a.  1068), 

270  (a.  1077),  RF,   num.  1098  (a.  108 1),  1280  (p.  268), 

Giulini,  p.  78  (a.  1098). 

Blandino  -nône  :  Tribnnus  Blandinoni,  CDP,  num.  4 
(a.  673  ;  apogr.  saec.  x). 

Bono  -nône  :  nom.  Boiio  eBomvie,  dat.  e  gen.  Bononi,  ace. 
Bonus  e  Bonone,  ML,  vol.  IV,  p.  11,  num.  81  (a.  1000),  CDT, 
p.  II,  num.  64  (a.  804;  Bimonï),  RAL,  num.  158  (a.  1056), 
CDL,   num.  291  (a.    879),   446  (a.    912),    597,  tcc,  HPM, 


1.  Curioso  Amisone  -nis,  CDBe.,  vol.  II,  col.  597-8,  901-2,  se  da  esso  già 
traluce  il  moderno  amis  (Roniania,  XXIX,  546  sgg.). 

2.  V.  Flechia,  Di  akune  forme,  ecc.  p.  40. 

3.  V.  Holder  s.  «  Arvius  ». 


DECLIXAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA         233 

vol.  I,  num.  129  (a.  967.  Novara),  401  (a.  1085.  Genova), 
CDP,  num.  52  (a.  969),  CDR,  num.  61  (a.  iioi).  Si  emendi 
poi  in  Bononi  il  fréquente  Bonoiii  di  CDLod.,  num.    141. 

Bon'io  (RF,  num.  1280,  p.  267,  ML,  vol.  V,  p.  m,  num. 
1309,  a.  945) -ni 6 ne  :  s.  Boiiioiiis,  RF,  num.  769  (a.   1043). 

Brutio-tione  :  gen.  Bni~oius,  ace.  Bni:^iucm,  RF,  num. 
783  e  78^- (a.  1046). 

Cahallio  -lliône  :  s.  CavaUioui.,  CDLod.,  num.  128 
(a.  1148). 

Caelio  -lié ne  :  gen.  CelUonis,  RF,  num.  854  (a.  1055). 

Calvo  (cfr.  nom.  Calvm,  RF,  num.  1177)  -vône  : /.  Cal- 
vonis,  RF,  num.  732  (a.  1030-31). 

Caesario  -riôneirt  capite  Caesar'wnis,  RF,  num.  597 
(a.  1043). 

Carentio  -tione  :  s.  Carentionis  -cio-  -~o-  CDLod., 
num.  69  (a.  11 17),  129,  130  (a.  1140)  '. 

Ca.ro  -ràne  :  s.  e  f.  Crtnww,  i?F,  num.  457  (a.  10 18),  507, 
654  (a.  ion),  abl.  Caroiie,  ib.,  num.  11 15  (a.  1088),  gen. 
Caronis  e  Cari,  ML,  vol.  IV,  p.  11,  App.,  num.  i  ro  (a.  1 179), 
113  (a.  1181). 

Caruncio  -ciône  :  f.  Caninciouis,  RF,  n um .  630 
(a.  1012). 

Casto  -stône  :  nom.  Casto,  gen.  Castonis,  RF,  num.  736, 
(a.    1034-5). 

Catulo  -lône:/.  Cadoloiiis,  CDI,  a.  10 17  (cfr.  Cadiihis, 
ib.,  a.  1 102). 

Celso-sône  :  nom.  Celso  e  Celsus,  gen.  Celso)u,  dat.  Ccl- 
soni,  ace.  Cehonem,  RF,  num.  119  (à.  778),  CDL,  num.  133 
(a.  839),  291  (a.  879),  376  (a.  898),  450  (a.  912),  674 
(a.  963),  839,  (a.  997),  CDBe.,  vol.  II,  col.  595-é  (a.  1039), 
637-8  (a.  105 1),  HPM,  vol.  I,  num.  21  (a.  836.  Asti),  242 
(a.  1017.  Asti). 

Cinctio  -ctiône  :  /.  Cîntioni,  CCav.,  num.  41  (a.   855). 

Civicio  -ciône  :  /;/  Civicioni  -nis,  HPM,  vol.  I,  num.  no 
(a.  959.  Asti).  E  un  nome  locale,  davanti  al  genit.  è  quindi  da 
sottintendere  un  sostantivo  reggente. 


I.  Anche  5.  CanuiyOnis  e  il  metaplastico  nom.  Caraii:^dnus,  RF,  num.  1047 
(a.  1080)?  Per  il  nome  stesso,  cfr.  poi  il  cognome  pavese  Carentio  e  Sca-. 


2  34  C.    SALVIONI 

Clavennulo  -lônc';  s.  Clavenoloiii,  DR,  num.  44 
(a.   1081). 

Clcmentio  -tiône  :  /.  Clemencioni,  CDL,  num.  817 
(a.  983). 

Concesso  -ssône  .  s.  Concessoiii,  CDL,  num.  86 r 
(a.  992). 

Constantio  -tiône:  a  sera  Cônstancioni,  CDL,  num. 
433  (^-  907), -J-  Cônstancioni,  ib.,  num.  708  (a.  968). 

Corvio  -viône  :  /.  Corvionis,  RF,  num.    1210  (a.  1096). 

Corvo  -vône  :  gen.  Corbonis,  ace.  Corbonem,  RF,  num. 
783,  784  (a.  1046),  856,  1008  (a.  1073),  (ego  Corbo,  ib.   928). 

Crescentio  -  tiôn  e  :  nom.  Grixencius,  Crisentius,  abl.  Cn- 
seniio,  gen.  Gre-  e  Cresencioni,  CDL,  num.  131  (a.  837),  421 
(a.  906),  DR,  num.  32  (a.  1067),  ^-  ^ /•  Crescentionis,  RF, 
num.  418  (a.  1003),  906  (a.  1060). 

Crispio  -spiône  :  s.  Crispionem,  CDLod.,  num.  41 
(a.  1065). 

Damiano-nône  : /.  Damianoni,  CDL,  num.  650  (a.  961- 

Datio  -tiône  : /.  Dationi,  AN,  num.  27  (a.  826). 

Dato  -tône  ^  :  nom.  Dalo,  gen.  Datonis,  ace.  Datonem,  RF, 
499  (a.  1014),  720  (a.  1037),  734,  914,  921,  1256  (a.  1093), 
ecc,  gen.  dat.  Dadoni,  HPM,  vol.  I,  num.  418  (a.  1092),  e 
fors'  anclie  ML,  vol.  V_,  p.  11,  num.  828  (a.  873),  RAL,  num. 
61  (a.  936). 

Decimo-mône  :  Thedaldi  Decinoni  (\.  -nioiii}),  AN,  num. 
117  (a.  1089). 

Dominico  -cône  :  nom.  Domînicus,  gen.  Dominiconi,  ace. 
Dominicone,  CDL,  num.  98  (a.  822),  161  (a.  847),  171 
(a.  851),  229  (a.  864),  487  (a.  919),  603  (a.  933),  707 
(a.  968),  Qcc,  HPM,  vol.  I,  num.  56  (a.  899.  Novara),  [35 
(a.  970,  ib.),  106  (a.  955.  Asti),  Martini  Dominiconi,  AN, 
num.  loé  (a.  ion),  Doniinicus  Mengoni,  CDP,  num.  7 
(a.  829),  s.  Minconis,  RF,  num.  92  (a.  775). 


1.  V.  il  suo  corrispettivo  feminile  qui  indietro  s.  «  Clavennula  ».  Tanto 
il  maschio  che  la  femina  compajono  in  document!  chiavennaschi.  E  di  Bella- 
gio  è  la  signora  Betlaxia  di  cui  a  suo  luogo. 

2.  In  RF,  num.  736  (a.  1034-5),  il  gen.  Dalonis  corrisponde  al  nom   Deo 
datiis. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE     CARTE    D  ITALIA       233 

Domino  -nône  :  nom.  Dominus  -no,  gen.  Doiiiiiii  e  Dotni- 
noui,  CDL,  num.  773  (a.  976),  813  (a.  983),  817  (a.  983), 
862  (a.  992),  873  (a.  993),  DR,  num.  20  (a.  1039),  /.  Don- 
nom',  CDL,  num.  932  (a.  997). 

Domnulo  -16 ne  :  s.  Donnoloni,  CDL,  num.  196  (a.  856). 

Donato  -tône  :  gen.  Donadoni,  dat.  Douatone,  CDL, 
num.  142(3.  841),  207  (a.   859). 

Dulcio -ciône  : /.  Dnlcioni,  CDLod.,  num.   54  (a.   1106). 

Fabario  -rione  :  Martini  Laharonis,  RF,  num.  ^40 
(a.  999). 

Faustino  -no  ne  :  nom.  Fanstinns,  gen.  Fanstinoni,  ace. 
Faustinone,  CDL,  num.  83  (a.  807),  206  (a.  859),  423  (a.  907). 

Februario  -riône  -.s.  Februarioni,  HP  M,  vol.  I,  num.  70 
(a.  911.  Asti). 

Fessucio  (cfr.  il  nome  proprio  Fessus  ap,  Verci,  Storia  d. 
Marca  Triv.  e  Veron.  I,  doc.  14)  -cione  :  ace.  Fessnccione, 
CDT,  p.  I,  num.  70  (a.  768). 

Firmo  -mône  :  nom.  Fernins,  gen.  Fernioni,  CDT,  p.  11, 
num.  6  (a.   775). 

Florentio  -tiône  :  s.  Florent ioni,  CDL,  num.  19  (a.  741), 
per  Florentione,  ib.,  num.  53  (a.  774). 

Fusco  -scône  :  gen.  Fusconis  -ni  abl.  Fuscone  ace.  Fusco- 
neni,  RF,  num.  )i_|  (a.  1018),  698,  763,  765,  853,  1018  (Fo- 
sconis ;  a.  1075),  1051,  1311,  ecc,  CDB,  vol.  III,  num.  71 
(a.  1148),  72,  V,  num.  éi  (a.  1114),  96,  CDP,  num.  79 
(a.  999),  82  (a.  100)). 

Gallo  -llône:  Peints  Gallone,  ML,  vol.  V,  p.  m,  num. 
1778  (a.  looi).  [In  assai  più  tarda  età  e  in  contraddizione  con 
quanto  è  detto  a  p.  205,  gli  Statuti  di  Bormio  offrono  sanctnni 
Gallonuin,  sancto  Gallone.  Si  sente  qui  l'influenza  dcl  Gallo 
-llonis  délia  Rezia  ;  v.  p.  205  n.]. 

Gaudentio  -tiône  :  nom.  Gaudentius  -dus,  gen.  e  dat. 
Gaudentioni  -cio-,  ace.  Gaiidencione,  CDL,  num.  83,  146  (a.  84'») 
325  (a.  884),  613  (a.  956),  866  (a.  992),  869  (a.  992),  956 
(a.  999),  Qcc,  HPM,  vol.  I,  num.  102  (a.  953.  Novara),  ecc, 
CDR,  num.  184,  s.  Gaiiden:^ont  e  Godoi^onis,  DR,  num.  42 
(a.  1076),  56  (a.  1094). 

Germano  -nône:  nom.  Germano,  gen.  Germanoni,  abl. 
Germanone,  HPM,  vol.  I,  num.  69  (a.  910.  Asti),  94  (a.  945. 
Asti). 


23  e  C.    SALVIONI 

Georgio  -giône  :  gen.  Geo-  Gioi\^ioni  -ne,  CDL,  num. 
60  (a.  785),  206  (a.  859),  HPM,  vol.  I,  num.  23  (a.  861. 
Asti),  -j4  (a.  886.  Asti). 

Giso  -sône  :  nom.  Gisus  eGiso,  gen.  dat.  Gisoui,  ace.  Giso- 
nem -ne,  CDL,  num.  207  (a.  859),  RF,  num.  359  (a.  953), 
573  (a.  1032),  ecc,  CDBe.,  vol.  II,  col.  945-6  (a.  ii^o.  Gesoné), 
CDP,  num.  29, 

Gratio  -tiône  :  gen.  Gra:^o  e  Gra~onis,  RF,  num.  1113 
(a.  1085). 

Grato-tône  :  nom.  Grains,  obi.  Gradone,  CDL,  num.  39 
(a.   769). 

Gregorio  -riône  :  gen.  Grigorioni  CDL,  num.  325 
(a.  884),  557  (a.  941). 

Honora  to-tô  ne  :  j.  Onoradoni,  CDL,  num.  390  (a.  901). 

Helleno  :  (cfr.  nom.  Eleniis,  RF,  num.  1280,  p.  258) 
-nône  '  :  nom.  Helleno,  dat.  Hellenoni,  ace.  Hdlenone,  CDL, 
num.  206  (a.  859). 

Infantio -tiône  :  nom.  Fan^one,  DA,  num.  293  (a.  iiio 
circa). 

*Infanto-t6ne-:  terra  Fantonis,  ecc,  HPM,  vol.  I,  num. 
404  e  419  (aa.  1086,  1092.  Novara),  435  (a.  1098.  Biella), 
s.  Fanioni,  RAL,  num.  263  (a.  1076). 

Jobo  -bône  5  :  terra  Jobonis,  RF,  num.  403  (a.  986),  416 
(a.  998),  ecc,  s.  Joboni,  CCav.,  num.  421  (a.  990). 

Johanno  -nnône^  :  5.  Johannoni,  CDL,  nUm.  357 
(a.  892);/.  Johannoni,  CDLod.,  num.  143  (a.  115 1). 

Joviano  -nône:j.  Jobianoni,  DR,  13  (a.  1017),  22 
(a.  1041). 

Julio -liône  :  f.  Julioni,  CDL,  num.  692  (a.  966). 

Justo-stône  :  nom.  Jnstus,  gen.  Justoni  -nis,  abl.  Justoni, 
CDL,  num.  560  (a.  941),  787  (a.  978),  813  (a.  983),  817 
(a.   983),  863 (a.  992),  873  (a.  993),  HPM,  vol.   I,  num.  210 


1.  V.  Bruckner,  p.  267. 

2.  Anche  qui  si  postula  Infanto  senza  che  un  tal  nom.  realmente  occorra,  e 
senza  che  in  fonde  ve  ne  sia  bisogno. 

3.  Cfr.  nom.  Jobo  RF,  num.  402  ;  e  vi  si  traitera  d'i Job  corne  nel  ven.  Giopo. 

4.  Cfr.  Joawto   (ter),  HPM,  vol.  I,  num.  421    (a.  1902.  Asti),  Juaunus, 
CDT,  num.  89  (a.  812),  e  Zaïininii  ap.  Verci,  0.  c,  I,  doc.  13. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    d'iTALIA         23^ 

(a.  roo6.  Novara),   DR,  num.  24  (a  1047),  ML,  vol.  V,  p.  11, 
num.  24  (a.  739). 


Laeto  -tône  :  nom.   Lae-  Leto  -tus  oren.  Lae-  Letonis  - 


&^ 


;// 


-tuui  -doni,  ace.  Lcdo,  dat.  Ledoiii,  abl.  Laetone,  CDL,  num.  54 
(a.  776),  635  (a.  960),  809  (a.  982),  HP  M,  vol.  I,  num.  77  e 
204  (aa.  927,  1003.  Asti),  MR,  vol.  II,  num.  60  (a.  1137), 
RF,  num.  398  (a.  981),  437,  458,  575,  577,  682,  715,  754, 
800,  866,  873,  1046,  1060  (a.  1081),  tcc. 

Lancio  -ciône  (Holder)  :  nom.  Lancius,  gen.  Lnncioiiis, 
ace.  Lancione,  HPM,  vol.  I,  num.  45  (a.  887.  Asti),  /.  Lan- 
:{Oui,  RF,  num.   1253. 

Lato  -tône  :  f rater  Latom's,  RF,  num.  647  (a.  1030). 

Laurentio  -tiône  :  nom.  Laiirencio  -tins,  gen.  Laitrcn- 
cionis  -ni,  dat.  Laiircncioni,  ace.  Laiircnc'w,  Laiirencionem,  abl. 
Laurencione,  CDL,  num.  186  (a.  854),  478  (a.  918),  519 
(a.  926),  540  (a.  931),  819  (a.  983),  866  (a.  992),  tcc.  ecc, 
gen.  LoreriT^onis  -ni,  DR,  num.  56  (a.  1094),  4^  (^-  1084), 
CDR,  num.  61  (a.  iroi).  Qui  andrà  anche/.  Ren:^onis  -ni, 
CDBe.,  vol.  II,  col.  691-2  (a.  1073),  CDLod.,  num.  69 
(a.  1117);  cfr. /.  Rencii,  AN,  num.  161. 

Laurio  -riône  :/.  Laurionis,  RF,  num.  67  (a.  766). 

Lazaro  -rône  :  nom.  La^aro  e  La~ariis,  gen.  La:(aroni  -Z;^- 
CDL,  num.  196  (a.  856),  532  (a.  929),  533  (a.  929),  551 
(a.  938),  565  (a.  941).  624  (a.  957),  778  (a.  977),  ecc,  Giu- 
lini,  p.  94  (a.  11 30),  CDBe.,  vol.  II,  col.  503-4  (a.  102 1), 
591-2  (a.  1036),  619-20  (a.  1045),  945-6  (a.  1130). 

Liminio  -niône'  :  gen.  Li-  Leminoni,  CDL,  num.  149 
(a.  843)  [abl.  Liminiu<;,  ib.]. 

Longicio  -ciône  ^  : /.  Long iioni s,  RF,  nnra.  943  (a.  1065) 
[cfr.  de  Longi~o,  ib.,  num.  971]. 

Longo  -gône  :  gen.  Longoni,  RF,  num.  1267  (a.  1102), 
1297,  de  Longono  in  Verci,  0.  c,  vol.  I,  doc.  14  (a.   11 38). 

Lucido  -dône  -.s.  Lucedoni,  HPM, vol.  I,  num.  i6(a.8i2. 
As,iï)  [dr.  Lncido  -xedo,\h.,  num.  417  (a.  1092.  Ventimiglia)]. 

Lucio -ciône  :  nom.  Liicius,  obi.  Liiciuni  -ne,  CDL,  num. 
73- 

1.  V.  Holder  s.  «  Liminius  ». 

2.  Cfr.  Clariiam,  RF,  num.  975. 


238  C.    SALVIONI 

Lupicino -nône  (cfr.  Lupicinus,  AN,  num.  56)  :  s.  Lupeci- 
non,HPM,  vol.  II,  num.  9  (a.  730.  Novara)'. 

Lupo  -pône  (v.  Meyer-Lùbke,  Altport.  Personuenamcn, 
p.  65)  :  nom.  Lupus  Lupo  Lo-,  gen.  Liiponis  e  Liiponi  -puni 
Zo-,dat.  Liiponi,  ace.  Luponem,ah\.  Lupone  -pune,  ML,  vol.  V, 
p.  II,  num.  18  (a.  736),  534  (a.  837),  626  (a.  84s),  CDT, 
p.  I,  num.  31  (a.  739),  p.  11,  num.  3  (a.  775),  36  (a.  793),  34 
(a.  j^i),  DA,  num.  48  (a.  S8i),  73  (a.  967),  80  (a.  996), 
114  (a.  1021),  147  (a.  1031),  RF,  num,  3  (a.  718),  18 
(a.751),  5o(a.  762),é3(a.  764),  166,167,  191,  204,  205,  217, 
221,  388,  453,  456,  674,  794,  859,  866,  1003  (a.  1072),  ecc. 
ecc,  CDB,  vol.  I,  num.  61  (a.  1188),  71  (a.  1202),  78 
(a.  1210),  94  (a.  1228),  vol.  II,  num.  I4(a.  1234),  vol. III,  num. 
94  (a.  II 64),  219  (a.  1228),  vol.  V,  num.  28  (a.  1099),  78 
(a.  1130),  84  (a.  1135),  87  (a.  1136),  CDI  a.  847,  CDL, 
num.  51  (a.  774),  72  (a.  800),  81  (a.  806),  83,  85  (a.  810 
circa),  ecc.  ecc,  AN,  num.  28  (a.  827),  48  (a.  885),  51 
(a.  890),  gen.  Lobo  e  Loboiii  Lu-  Lob  uni-,  CDL,  num.  64 
(a.  792),  142  (a.  841),  HPM,  vol.  I,  num.  22  e  70  (a.  792, 
841.  Asti),  gen.  Luvoni, ab\.  Lovone,  CDL,  num.  815  (a.  983), 
HPM,  vol.  I,  num.  22  (a.  840.  Asti),  Monte  Lovone,  nome 
locale  (oggi  Mondugone"^),  CDLod.,  num.  124  (a.  1147). 

Maccio  -cciône  ^  :  s.  Maionis  -ni,  RF, num.  170  (a.  801), 
172  (a.  796),  HPM,  vol.  I,  num.  401  (a.  1085.  Genova), 
Albert  us  t  Guidus  Madone,  MR,  vol.  II,  num.  81  (a,  1187). 

Maco  -cône  :  s.  Maconis,  RF,  num.  868,  vico  Maconi, 
CDLod.,  num.  2  (a.  761). 

Magno  -gnône  :  nom.  Magnus,  gen.  Magnoni  -nis,  CDL, 
num.  222  (a.  862),  396  (a.  901),  597  (a.  951),  809  (a.  982), 
RF,  num.  38  (a.  757),  gen.  Mangnuni  CCav.  (v.  Arch. 
glott.  it.,  XV,  261). 

1.  Il  Bruckner,  p.  188,  fà  un  lungo  ragionamento  intorno  a  Liipecinon, 
basandosi  appunto  sulla  desinenza  -on.  Essa  è  tutt'  altro  che  infrequente  al 
posto  di  -ôni  -âne,  ne  credo  occorra  vedervi  una  flessione  longobardica.  Ana- 
logamente  c'è  -aw  per  -dne[5],  e  v.   qui  indietro,  p.  219. 

2.  Il  Philipon,  p.  224,  muove  per  Lob-  da  un  *Lolms  -boni. 

3.  Per  il  0-,  cfr.  il  nome  locale  ferrar.  Cantalôg  Cantalupo. 

4.  Potrebbe  trattarsi  anche  di  Mattio  -ttione,  e  al  postutto  anche  di  Mat- 
thaeo  -tthaeone. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE     d'iTALIA       239 

Maio  -iône  '  :  nom,  Maione,  gen.  Maiouis  -ioni  -71e  -iuni, 
dat.  -ione,  ace.  -ionem,  CCav.,  num.  2  (a.  798),  6  (a.  816), 
18  (a.  837),  36  (a.  853),  RF,  num.  735,  1060  (a.  1081),  ML, 
vol.  V,  p.  III,  num.  1708  (a.  996),  1714  (a.  997),  [ego  Maio, 
CCav.,  num.  4,  a.  801]. 

Mancio  -ciône  (Holder  s.  «  Mancius  »)  : /.  Mancioni,  ML, 
vol.  IV,  p.  II,  num.  117  (a.  770). 

Manso  -sône  :  dat.  Mansoni,  CCav.,  num.  167  (a.  940), 
208  (a.  960). 

Marcio  -ciône  ^  :  /.  Marcioni,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  201 
(a.  785),  s.  Martionis,  RF,  num.  222  (a.  816). 

Marco  -cône  :  nom.  Marcus,  gen.  Marconis  -ni,  dat.  Mar- 
coni, abl.  Marconc,  CDL,  num.  877  (a.  993),  CDLod.,  num. 
42  (a.  1068),  HPM,  vol.  I,  num.  69  (a.  910.  Asti),  CDP, 
num.  7  (a.  829),  RF,  num.  686  (a.  1033),  873,  13 13 
(a.  1104),  CDB,  vol.  III,  num.  148  (a.  1187). 

Marino  -nône  :  gen.  Marini  e  Marinoni,  CDL,  num.  433 
(a.  909),  793  (a.  979),  869  (a.  992). 

Mario  -riône  :  s.  Marionis,  RF,  num.  42  (a.  760),  CDB, 
vol.  III,  num.  222  (a.  1229),/.  Marrioni,  ML,  vol.  IV,  p.  i, 
num.  54  (a.  761). 

Marti  no  -nône  :  nom.  Martino  e  Marti  none,  gen.  Marti- 
noni  -nis  -ne,  ace.  Martinone,  abl.  Martinone,  CDL,  num.  407 
(a.  903),  563  (a.  941),  497  (a.  922),  685  (a.  964),  874 
(a.  993),  881  (a.  994),  900  (a.  995)>956  (a.  999),  CDBe.,  vol. II, 
col.  945-6  (a.  1118),  DR,  num.  20  (a.  1039),  CDLod., 
num.  85  (a.  1125),  HPM,  vol.  I,  num.  271  (a.  1028. 
Novara),  99  e  188  (aa.  949,  998.  Asti),  A::p  Martinomis, 
Giulini,    pag.    93  (a.  11 30). 

Maurico  (Bruckner  284  s.  «  Mauricus  »)  -cône  : /.  Mori- 
coni,RAL,  num.  262  (a.  1076). 

Maurilio   -liône   :   casale    Maiirelioni,    CDL,    num.    14 

(^-  753)- 

Mauritio  -tiône  :  nom.  Mauriccius,  dat.  Maiiricciuni,  CDT, 
p.  1,  num.  24  (a.  730),  p.  11,  num.  3  (a.  775),  s.  Mauricioni, 
ML,  vol.  V,  p.  II,  num.  4  (a.  713),  CDL,  num.  557  (a.  941). 

1.  V.  Holder  s.  «  Maius  ». 

2.  Si  puô  anche  pensare  a  Martio  -tione. 


^40  C.    SALVIONI 

Mauro  -rône  :  gen.Mauroiii  -uis,  acc.Mauromm,ah\.  Mau- 
rone,RF,  num.  12  (a.  747),  44 (a.  761),  ML,  vol.  V,  p.  ii,num. 
167  (a.  777),  270  (a.  798),  CDT,  num.  36  (a.  793),  RAL, 
num.  180  e  181  (a.  1062.  ego  Morone),  CCav.  num.  167 
(a.  940),  208  (a.  960),  CDI,  num.  472  (a.  917),  561  (a.  941), 
578  (a.  946),  Giulini,  p.  72  (a.  1093),  CDLolL,  num.  26 
(a.  1000),  37  (a.  105 1),  HPM,  vol.  I,  num.  419  (a.  1092. 
Novara),  MiV,  pp.  15e,  157,  AN,  num.  125  (a.  1029),  5. 
Moronis  HPM,  vol.  I,  num.  364  (a.  1069.  Novara). 

Maximo  -mène  :  gen.  Masimoni\HPM,  vol.  I,  num.  430 
(a.  1095.  Novara). 

MuHano  -nône  (v.  Olivier!,  Sltidi  gloit.  it.,  III,  88  s. 
«  Mulius  »)  :  uno  stesso  luogo  è  chiamato  in  Molianis  e  in 
Molianoni,  HPM,  vol.  I,  num.  no  (a.  959.  Asti).  V.  s.  «  Ciyi- 
cio  -cione  ». 

Mutelio-llio  (Holder)  -1-,  - 1 1  i  6  n  e  :  fundo  Modelioni,  CDL, 
num.  855  (a.  890). 

Mutio  -tiône  : /.  Muccioni,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  42 
(a.  744-5). 

Nazario  -riône  :  nom.  Natiario,  gen.  Natiarioni,  HPM, 
vol.I,  num.  28  (a.  861.  Asti),  e  {ors'2Lnche^,'gen.  Zaronis,  RF, 
num.  181  (a.  806)  [ego  Zaro,  ib.,  num.  125,  a.  779],  dove  il 
Bruckner,  p.  325,  vedrebbe  una  base  germanica. 

Nigro  -grône  :  gen.  Nigroni  -nis  Ne-,  CDL,  num.  639 
(a.  960),  CDLod.,  num.  53  (a.  1104),  120  (a. .  1046)  in 
nota, D^,  num.  23  (a.  1045), //PM,  vol.  I,  num.  401  (a.  1085. 
Genova),  408  (a.  1088.  Asti). 

Nonno  -nnône  :  /.  Nonnonis,  RF,  num.  70  (a.  767), 
[nom.  Nonniis,  ib.,  num.  183,  a.  806].  V.  invece  Bruckner, 
p.  86. 

Otilio  -Ho ne  :  gen.  Otilloni  -dilioui  -de-,  CDL,  num.  723 
(a.  970),  771  (a.  976),  965  (a.  099)  (cfr.  Odelio,  ib.,  num. 
951,  in  funzione  di  abl.  assoluto]. 

Paulinio  -niône  :  gen.  Paulijiioni  in  un  doc.  del  CDP, 
cheora  non  so  più  precisamente  indicare. 

1.  Stà  per  Mass-,  dove  è  da  notare  che  lo  stesso  doc.  ha  più  altri  eseinpi 
per  -s-  r=  ss. 

2.  Cfr.  Natiario  qui  Tiario  vocal  ur  (bis),  H  FM,  vol.  I,  num.  28  (a.  861. 
Asti). 


DECLINAZIONE    IMPARISILLAHA    NELLH    CARTE     D  ITALIA       24 1 

Paulo  -lône  :  nom.  Paiilns  e  Ptiitio,  i^en.  Pauloni  -iiis, 
dat.  Pauloni,  abl.  Paiiloiic  -iicni,  CDL,  num.  loo  (a.  833), 
120  (a.  835),  122  (a.  836),  142  (a.  841),  379  (a.  898), 
689  (a.  965),  708  (a.  968),  809  (a.  982),  tcc.  ccc,  CDBc, 
vol.  Il,  col.  561-2  (a.  1030),  DR,  num.  t2  (a.  1016),  19 
(a.  1039),  HPM,  vol.  I,  num.  16,  154e  173  (aa.  812,  981, 
994.  Asti),  AN,  num.  43  (a.  872),  117  (a.  1021),  CDP,  num. 
40  (a.  950),  100  (a.  1015),  130  (a,  1040),  RF,  num.  903 
(a.  1059). 

Petro  -trône  :  n.om.  Pciro  e  Pclrns,  gcn.  Pcliviii  -uis,  dat. 
Pelroiii,  ace.  Pc l nvw,  àhl.  Pchonc,  CDL,  num.  78  (a.  804),  179 
(a.  852),  194  (a.  8)6),  199  (a.  856),  207  (a.  839),  203 
(a.  86r),  223  (a.  862),  234  (a.  863),  242  (a.  867),  261 
(a.  863),  327  (a.  883),  374  (a.  897),  338  (a.  93  0,  5^6 
(a.  941),  720  (a.  970),  809  (a.  982),  956  (a.  999),  994 
(a.  1000),  ecc.  Gcc,  CDBe,  vol.  II,  col.  473-4  (a.  1014), 
CDLod.,  num.  127  (a.  1148),  137,  144,  HPM,  vol.  I,  num. 
12  (a.  774.  Bobbio),  41  (a.  885.  Novara),  219  (a.  loio. 
Biella),  241  (a.  1013.  Genova),  284  (a.  103 1.  Asti),  401 
(a.  1083.  Genova),  vol.  II,  num.  3  (a.  886.  Asti),  AN,  num. 
43  (a.  872),  50  (a.  890),  54  (a.  896),  36  (a.  898),  161 
(a.  1046),  CDP,  num.  17  (a.  893),  37  (a.  944),  ML,  vol.  IV, 
p.  I,  num.  36  (a.  721),  vol.  V,  p.  11,  num.  372  (a.  810), 
629  (a.  846),  650  (a.  847),  614  (a.  844),  382  (a.  843),  395 
(a.  844),  p.  m,  num.  1289  (a.  942),  1773  (a.  993),  1801 
(a.  1073),  1824  (Pedronis;  a.  1168),  vol.  IV,  p.  11,  App.  num. 
91  (a.  1099),  Qcc,  RAL,  num.  218  (a.  1070),  296  (1079), 
CDT,  p.  II,  num.  2  (a.  774;  ace.  Petnine,  dat.  -uni),  68 
(a.  806),  73  (a.  807),  88  (a.  813),  DA,  num.  10  (a.  752),  27 
6  28  (a.  833),  72  (a.  967),  132  (a.  1028),  tcc,  RF,  num.  92 
(a.  775)>  177  (a.  805),  179(3.  802),  274  (a.  824),  338  (a.  893), 
392  (a.  963),  303  (a.  1017),  644  (a.  1027.  de  Petrono),  863 
(a.  1057),  1027  (a.  1073-6),  1047  (nom.  Pétrone;  a.  1080), 
1133  (a.  1094),  1173  (a-  II 12),  1180  (p.  271  :  nom.  Pefronus; 
273),  ecc,  CCaj.  a.  1047  (de  Petrune;  v.  Arch.  glott.  it.  XVI, 
12),  CDB,  vol.  I,  num.  103  (a.  1255),  vol.  V,  num.  72 
(a.  r  126).  V.  ancora  dat.  Petroni,  gen.  dat.  Petruni,  a.cc.  Petrune, 
ne'  Doc.  modenesi  (aa.  8rr,  816)  pubblicatl  dal  Bertoni,  Dial. 
di  Modena,  pp.  61  sgg. 

Romania,  XXXV  l6 


242  C.    SALVIONI 

Placito  -tône  '  :  a  sera  Placitoni,  CDL,  num.  585  (n.  948). 

Pontio  -tiône  :  gen.  Pon-o  e  Pon-oiii  -ni  s  -cio-,  HP  M,  vol.  I, 
num.  75,  115,  121  (a;i.  926,  961,  965.  Asti),  RS,  num.  i6r 
(a.  967),  RF,  num.  1280  (pag.  264,  274),  1296. 

Primo  -mône  :  gen.  Primo  e  Priinoni,  ahl.  Prirnone,  HPM, 
vol.  I,  num.  28  e  94  (aa.  861,  945.  Asti),  128  (a.  966. 
Novara),  1072  (a.  1072.  Torino).  Qui  fors'anche  nom.  Prcnio, 
ace.  Premoni,  CDP,  num.  42  (a.  954). 

Froho  {dr.  ego  Probus,  RF,  num.  108) -bone  :/.  Proboiiis, 
RF,  num.  720  (a.  1037),  734  (a.  103 1-2),  Job.  Proboni,  num. 
1129. 

Proto  -tône  :  s.  Protonis,  CDLod.,  num.  84 (a.    1123). 

Ravenno -nnône  -  :  gen.  Rav-  e  Rabennonis,  ace.  Ravenno- 
nem,  abl.  Rabenmne,  RF,  num.  20  (a.  748),  144  (a.  787),  159 
(a.  742),  194  (a.  809),  248  (a.  788)  [Cfr.  Rabenno.  RF,  num. 
138,  Ravennus  e  Ravenni,  MR,  vol.  I,  num.  23,  148J. 

Romulo  -lône  :  nom.  Romuh  -mo-,  gen.  Romoloni,  ace. 
RonioJone-nem,  HPM,  vol.  I,  num.  45  e  47  (aa.  887,  892.  Asti). 

Russo  -ssône  :  gen.  Russonis,  dat.  Rnssoni,  ace  Russoneiii, 
CDB,  vol. III,  num.  54,  55,  56,  57  (aa.  1139-41),  72  (a.  1154). 
79  (a.  1158),  vol.  V,  framm.,  num.  9  (a.  1108),  eec. 

Rustieo  -cône  :  Rainuccius  Rusticonis,  RF,  vol.  V,  App. 
num.  1,  Jobannes  Riistigonis,  CDLod.,  num.  108  (a.  1142). 

Sabinio -niône  :  nionastcrinni  Savinionis,  CDL,  num.  318 
(a.  883),  terra  Savinioni,  HPM,  vol.  I,  num.  97 (a.  947.  Asti). 

Secundo  -dône  :  gen.  Secundoni,  HPM,  vol.  I,  num.  75  e 
150  (aa.  926,  984.  Asti). 

Sicco  -ceone  : /.  Sicconis,  RF,  num.  iooo(a.  I07i)[efr.  de 
Sicco,  num.  1023]. 

Silvo  -vône  :  gen.  Silvonis,  RF,  num.  364  (a.  957),  1280 
(p.  265)  [cfr.  Silvo,  ib.,  num.  820,  ece.] 

Stabilio  -liône  :  gen.  Stavelioni  -lotii,  ace.  Slavelioni,  HPM, 
vol.  I,  num.  158  (a.  984.  Asti). 


1.  Cfr.  il  nome  proprio  fem.  Plaihi,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  94. 

2.  Il  Bruckncr,  291,  vi  veJrjbbj  un  norac  germanico.  Ma  cfr.  il  nome 
proprio  fem.  Ravcuna,  MR,  vol.  I,  num.  58,  132,  vol.  II,  num.  46,  48,  e  qui 
indictro  Claveiiiuilo  ecc. 


DECLINAZIOXH    IMPARISILLABA    NELLE    CARTE    D  ITALIA       243 

Stantio  -tiônc  :  gen.  Stantionis,  RF,  num.  807  (a.  1046) 
[ikSidiitio,  ib.,  num.   1026,  nom.  Stanicio,  AN,  num.  i6i|. 

Stephano  -nônc"  :  nom.  Stefanus  Steff-  e  Stefano,  gen.  e 
dat.  Stefanoni  -nis  -ff-,  abl.  Stefanone,  CDL,  num.  482  (a.  919), 
484  (a.  819),  557  (a.  941),  573  O^-  943),  597  (^-  9)0,  630 
(a.  959),  708  (a.  968),  866  (a.  992),  tcc,  AN,  num.  64 
(a.  905),  HPM,  vol.  I,  num.  33  (a.  875.  Asti),  156  (a.  982. 
Novara),  RF,  num.  1280  (pp.  264,  274),  dat.  Slevmioni -no, 
HPM,  vol.  I,  num.  68  (a.  910.  Asti). 

Syndico  -cône  :  gen.  Sindicoiiis,  HPM,  vol.  I,  num.  239 
(a.  10 14.  Vercelli). 

Talisio  -siône'  :  Talesits  e  Talesoni,  HPM,  vol.  I,  num. 
240  (a.  1014.  Novara). 

Theodoro  -rône"'  :  heredes  Teoderoiii,  CDL,  num.  473 
(a.  917). 

Tiano-nône^  :  gen.  Tianoni,RF,  num.  22  (a.  749). 

Tiberio  -riône  :  îoxst  terra  Teveroni,  HPM,  vol.  \,  num. 
169  (a.  996.  Asti). 

Tito  -tône  :  f.  Titoni,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  59  (a.  764). 

Upilio  -liône  :  Opilio,  dat.  Opillioni,  CDP,  num.  4 
(a.  673  ;  ma  apogr.  del  sec.  x),  posiernla  Ovilioni  -nis,  MR, 
vol.  II,  num.  15  (a.  971),  73  (a.  1169). 

Ursacio  -ciône  :  nom.  Ursacio,  gen.  Ursacioni,  CDL,  num. 
288  (..879). 

Urseo-seône  :  nom.  Orseo,  dat.  gen.  Orseoni,  CDL,  num. 

43)  0^-  910). 

Urso-sône  :  nom.  Urso  e  Ursus,  gen.  Ursoni  Or- -nis  -ne, 
dat.  Ursoni  Or-,  ace.  Ursonem,  abl.  Ursone  Or-  -sune  :  ML, 
vol.  \,  p.  II,  num.  10  (a.  722),  IV,  p.  i,  num.  38  (a.  731), 
61  (a.  765),  12  (a.  777),  p.  Il,  num.  100  (a.  1068),  DA,  num. 
121    (a.  1025),    150  (a.  103 1),  168   (a.   1044),  CDT,  p.  11, 


1.  Sarà   un  accorciamento   di    Stephano   lo   Stepho    -phouis   (bis)  dd  RF, 
num.  1024  ? 

2.  V.  Holder  s.  «  Tâlisius  »,  alla  quai  forma   contraddirebbc   pcro  l'c  de 
nostro  Taîesus. 

5.  Con  questa  base  potrebbe  per  avventura  entrare  in  concorrenza  il  germ. 
TTieoderi. 
4.   M'immagino  si  tratti  dell'  appellat.  tiano  dl  cui  qui  addietro. 


244  C.    SALVIONl 

num.  40  (a.  794;  Ursiini),  RF,  num.  98  e  99  (a.  777),  208 
(a.802-15),  num.  1282  (a.  1039-47),  1283,  CD5,  vol.  I,  num. 
îo  (a.  1021),  15  (a.  1028),  23  (a.  1049),  32  (a.  1087),  vol. 
II,  num.  I  (a.  1 124),  vol.  III,  num.  37  (a.  un),  42(a.  1123), 
54  (a.  1138),  vol.  IV,  num.  13  (a.  1015),  41,  vol.  V,  num. 
19  (a.  1094),  53  (1108),  ecc,  CDP,  num.  95  (a.  1013),  m 
(a.  [026),  CDI,  a.  1005,  CDL,  num.  28  (a.  765),  57  (a.  781), 
78  (a.  804),  87  (a.  812),  635  (a.  960),  685  (a.  964),  809 
(a.  982),  ecc,  CDLod.,  num.  31  (a.  1037),  120  (a.  1146),  in 
nota,  //PM,  vol.  II,  num.  113  (a.  1049.  Genova),  vol.  I,  num. 
272,  364  e  401  (aa.  1012,  1069,  1085,  Novara),  313  (a.  1041. 
Genova),  ^A^,  num.  i,  9  (a.  758),  18  (a.  801),  48  (a.  885), 
54  (a.  896),  76  (a.  918),  108  (a.  1014;  Ursono),  MR,  vol.  I, 
num.  74  (a.  looi),  90  (a.  1026),  118  (a.  1068),  vol.  II,  num. 
38  (a.  1056). 

Valentio  -tiône  :  gen.  Falentioni,  ace.  Falciitioncin,  ML, 
vol.  V,  p.  II,  num.  25  (a.  739),  RF,  num.  57(3.  764),  102 
(a.  777),  113  (a.  778),  s.  Varen-oiiis,  Giulini,  p.  72  (a.  1098). 
Vedi  pag.  200. 

Victoro  -rôni'  :  heredes  Victoroni,  CDL,  num.  887 
(a.  992),  /.  Vittoroni,  HPM,  vol.  I,  num.  200  (a.  looi. 
Novara). 

Vigilio  -liône  :  Vitalis  Vigilioni,  CDB,  vol.  V,  num.  68 
[è  un  documento  del  sec.  xii  d'origine  venezianaj. 

Vincentio  -tiône  :  nom.  Vinceniius,  gen.  Vicen-.  Vinccn- 
tioni  -nis  -ne -do-,  CDL,  num.  297  (a.  880),  421  (a.  906),  707 
(a.  968). 

Zacchajo  -a;ône^  :  gen.  Zdccionis,  ace.  Zaccioncni,  RF, 
num.  885  (a.  1052),  13  19. 


1.  Cfr.  nom.  e  gen.  Victoro,  DR,  num.  27  (i.  1054). 

2.  Zaccionis  e.cc.  potrcbbe  per  avventura  leggersi  Zakkioiiis  ccc;  ma  anche 
Zaccio-  non  sarebbe  fuor  di  luogo. 


DECLINAZIONE     IMPARSILLABA    NELLE    CARTE     d'iTALIA       24$ 

m,  —  -E  -ÉNE,  -I  -ÎNE,    -E    ENE  -ÎNE,  -1    -ÎNE    -ÈNE  ■ 

A.  —  NOMI  PROPRI  MASCOLINI  = 

Acerisi  -sine(v.  Bruckner,  218  s.  «  Ageris  »)  :  nom.  Ace- 
risiiti'^  gen.  Acerisini,  RF,  niim.  181  (a.  806),  200  (a.  813), 
208,  234(^.816). 

Aderisi  -sine  (Bruckner,  216  s.  <*  Aderis  »)  :  gen.  Aderi- 
sini,  RF,  num.  29  (a.  794),  158  (a.  802),  164  (a.  799),  206 
(a.  808),  201  (a.  813),  250. 


1.  La  confusione  tra  /  e  e  nella  vocale  caratteristica  trae  origine  da  più 
cause,  non  ultima  quella  per  cui  già  nel  latino  si  confondevano  temi  in  -/  e 
terni  in  consonante.  Circa  alla  realtà  dell' -/,  non  v' ha  da  dubitarne  nella 
maggior  parte  de'  nomi  germanici  e  in  parecchi  nomi  latini  o  latino-cristianl 
(v.  Bianchi,  Arcb.  glott.  it.,  IX,  389  sgg.),  cosi  in  Gio-vaiini  (ib.  391  n;  e  ego 
Johanni  RF,  num.  253)  che  s'appalesa  anche  cisapenninico,  —  e  quindi  di 
tradizione  bon  antica,  —  nell' ossol.  Zvafi  e  nel  bol.  Zan  (ven.  Za/zc)  zanni 
(cfr.  alto-it.  aii  ^nvà,  paù  panni)  e  in  Chinieiiti  (Bianchi,  /.c,  390).  Ne'  casi 
obliqui  era  poi  ovvio  s'inframettesse  -Inu,  vuoi  in  quanto  diminutivo  vuoi  in 
quanto  iormativo  di  aggettivi  di  discendenza,  derivazione.  Ne  la  fonetica 
mancherà  d'avervi  detta  la  sua,  poichè  le  vicende  di  -In-  son  tutt'  altro  che 
chiare  e  assodate,  e  andrebbero  ristudiate  attraverso  tutta  Italia  (v.  intanto 
Planta,  Wôlfflin's  Arch.  XII,  567  sgg.,  Schuchardt,  Voh.  I,  291-3,  II,  70- 
71,  e  qualche  elemento  in  Arch.  glotl.  it.,  XVI,  316  n.,  BolJ.  stor.  d.  Svi^- 
lera  it.,  XXIII,  79,  Krit.  Jahrsh.,  VII,  p.  i,  135  e  nel  Pianto  d.  Marie  in  aiit. 
marchig.,  par.  3  délie  Illustraz.  Ricordo  ancora  il  fréquente  floremim,  fiorino, 
délie  carte  medevali,  nelle  quali  s'incontra  pure  Ticemim  Ticino  ;  ricordo  i 
nomi  locali  tosc.  Selvena  che  è  Silviua  nelle  carte,  v.  Repetti  s.  «  Selvena  »  ;  e 
ricordo  m^ne  caprena  caprina,  e  Lupeniim=zLiipinutn  o  Liipuinum,  CCav.,Arch. 
ghtt.  it.,  335,  344  s.  «  gorga  »,  pariteHÎs  :=  parielinis,  CCaj.,  th.,   XVI,  24. 

2.  Il  solo  appellativo  italiano  che  parrebbe  qui  spettare  sarebbe  spene  spe- 
ranza.  Ma  già  vedevamo  come  esso  vada  forse  giudicato  diversamente. 

3.  Il  nom.  in  -iiis  (e  la  conseguentene  declinazione)  prova  per  -/  essendo 
esso  fatto  direttamente  su  di  questo,  come  Rotharius  su  Rothari,  ecc.  E  cosi 
data  una  base  come  Aceris,se  ne  possono  avère  nella  declinazione  médiévale  : 
nomin.  Aceris,  Acerisi,  Acerisius,  e  anche  Acerisinus,  cioè  un  nominative 
foggiato  sui  casi  obliqui.  Ne'  nomi  in  -ri  s'aggiunge  il  metaplasma  del  tipo 
Sifitiirns. 


2.\6  C.    SALVIOXI 

Al  bine  -jii  -ne  ne  -ni  ne  :  a  nianc  Alhimni  diaconi,  CDL, 
num.  450  (a.  912),  nom.  Albininus^  RF,  num.  199  (a.  813). 
Circa  al  nom.,  cfr.  Alhine,  CDL,  num.  985,  nom.  gen.  dat. 
Albeni,  ib.,  num.  223,  367  (a.  8<^6),  Albini,  CDP,  num.  109, 
113,  e  V.  il  Bruckner,  p.  220,  s.  «  Albeni  ». 

Al  boni  -né  ne  :  da  meridie  Alboneni  eeredes  Alboneni,  CDL, 
num.  707  (a.  968).  Nom.  Alboni,  CDL,  num.  464  (a.  915),  RF 
(^Albimi),  num.  262  (a.  827),  e  frequentissimo  nelle  ML. 

Aldine  Aldeni-néne  :  nom.  Aldeni  t  Aïdine,  gen.  Aldi- 
ncni,  dat.  o  abl.  Aldincui,  HPM,  vol.  I,  num.  36  (a.  880.  Asti). 

Alerisi  -sine  (Bruckner,  p.  222,  s.  «  Alerissi  »)  :  abl. 
Alerisino,  RF,  num.  174  (a.  803). 

Allovisi  -sine  :  gen.  Allovisim,  ML,  vol.  IV,  p.  1,  num.  33 
(a.  686). 

Alpari  -ri ne  -rêne  (Bianchi,  355,  410,  Bruckner,  220,  s. 
«  Alpari  »)  :  abl.  Alparine,  CDT  (aa.  785,  790  ;  v.  Bianchi, 
Le);  nom.  Alpiiriiius, gen.  Alparini,  ace.  Alpareniim,  abl.  Alpa- 
reno,  RF,  num.  26  (a.  746),  30  (a.  747),  165  (a.  801),  s. 
Halpareni,  ap.  Meyer,  num.  181  (a.  760). 

Andemari. -rêne  :  casajn  Andeniareni,  RF,  num.  143 
(a.  786)  [cfr./.  Audemarii,  ib.,  num.  299,  a.  857]. 

Anselmi  '  -mine  :  s.  AuseJmini,  RF,  num.  8  (a.  745),  56 
(à.  764),  167  (a.   801). 

Anserami-     -mine    :    s.     Auserniiiini,    RF,     num.      115 

(a.  778). 

Antelmi  (v.  qui  in  nota)  -mine  :  nom.  Anlehiiini,  ML, 
vol.  V,  p.  III,  num.  r8i6  (a.   1123). 

Aredisi  (Bruckner,  p.  226,  s.  «  Aredîsius  »)  -sine  :  s. 
Ardisiuo,  CDT,  num.  )>  (a.  801),  86  (a.  811),  e  forse  anche 
s.  Ordisino([.  A-}),  ib.,  num.  52  (a.  800). 

Aricisi  -sine  :  s.  Aricisiui,  RF,  num.  31  (a.  751),  269 
(a.  811). 

Arihi  -hêne  :  cnmpo  Aribeni,  CDL,  num.  337  (a.  886). 

Auchi  (ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  5,  a.  762)  -tchi  -chine  : 


1.  Per  V-i,  cfr.  ego  Antelmi,  RF,  num.  263  (a.  827),  nom.  Teiisehni,  Anselmi, 
Roteîmi,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  21,  63,  Bianchi,  p.  363,  404. 

2.  Per  Ausemnti  -me  possiamo  invocarc   Alerame,  e   Beitranie  di  cui  a  p. 
247  n. 


DECLINAZIONF.     IMPARISII.L ARA     NF.Ll.F.    CARTF    D  ITALIA       247 

siamo  al  metaplastico  nom.  Occ'nii  -cchini  secondo  il  Bianchi, 
pp.  399,  410,  e  fors'  anche  in  s.  Occini,  RF,  num.  198  (cfr. 
nom.  Occiniiis,  ace.  -nium,\h.  185). 

Auderisi  (Bruckner,  p.  229)  -sine  :  siamo  al  metaplastico 
nom.  Auderisiuus,  gen.  Anàcris'nii,  RF,  num.  1222  (a.  756), 
1224  (a.  757). 

Authari  -rcne  :  fara  Aiiihareui  ;  iioiiiinatiir  ecclesia  Autareni 
ab  Autari  regc;  abl.  Antharene,  CDL,  num.  3  (a.  716),  322 
(a.  883),  364  (a.  895),  /.  e  s.  Autareni,  RF,  num.  67  (a.  766), 
193  (a.  809);  [cfr.  Jevaverunt  sibi  regeni  nomine  Anîarenem,  nel 
Cod.  goth.  délia  Hist.  Langob.,  MGH,  Script.  Rerum  Lang.  et 
Ital.  X,    13  e   14]. 

Autzi  -tzéne  ■  :  gen.  Aut:^eni  -nii^,  CDL,  num.  502 
(a.  923). 

Bertari  -rêne  :  eredes  Bertarii  (cfr.  gen.  Bertari,  CDL,  num. 
866)  e  eredes  Berfareni,  CDL,  num.  83  (a.  807). 

Bertrame  '  -mine  :  s.  Bertraiiiini,  CDLod.,  num.  167 
(a.  II 56). 

Boni  (Bianchi,  p.  404,  RF,  num.  825)  -ni ne  :  questo 
obliquo  si  ravvisa  nel  metaplastico  Boniuiis  -ni,  RF,  num. 
802  (a.  1043-4),  7^9  ^  790  (^-  ^046). 

Brunari  {Arch.  glott.  it.,  X,  356)  -rêne  :  s.  Brnnareni, 
CDL,  num.  83  (a.  807),  707  (a.  968). 

Causari  {Arch.  glott.,  X,  356)  -rêne  -rine  :  ciirte  Cau- 
sareni,  HPM,  vol.  I,  num.  52  (a.  896.  Asti),  /.  Gaiisarini, 
apud  Bertoni,  Dial.  di  Modena,  p.  62  (a.  816). 

Cameri  -rine+:  abl.  Camerino,  RF,  num.  25  (a.  750), 
f.  Chaniariiii,  ML,  vol.  V,  p.  m,  num.  1358  (a.  954)  -no  -ni 
num.  159  4(a.  984),  1688  (a.  993)  [/•  Icaniarini  num.  1671, 
(a.  99i)|. 

1.  Autii  è  inferito  appunto,  e  non  illegittimamente,  dal  genitivo.  Nel 
CDL,  num.  168,  c'è  Aut'^o  provato  dal  gen.  JiU-oiii. 

2.  Aiit^tiiii  dov'  essere  un  errore. 

5.  Cfr.  Bertrame,  CDLod.,  num.  48,  Beltriimme,  ib.,  num.  165. 

4.  Il  Bruckner,  p.  253,  ha  Camero  (cfr.  terrain  Cameronis,  RF,  num.  254) 
e  Caviara.  Il  nome  del  paese  di  Cameri  (Novara),  che  cosi  suona  già  nelle 
carte (Cawjrz  -mmari,  HPM,  vol.  I,  num.  174,  212),  .sarà  o  il  nostro  Cameri 
o  il  genit.  di  Camcrus.  L'obiiquo  di  Cameri  è  poi  forse  nel  ni.  Kamurin 
Camerino  (Bellinzona). 


2-1 8  C.    SAI.VIONI 

Cclere  -rine  :  /.  Cclcritii,  RF,  nuin.  64  (a.  765). 
Clémente  -tine  :  s.  Claementini,  RF,  nu  m.  3  (a.  718). 
Dagari    (Bruckner,    241)    -rine  :    nom.    Dagariiis,   gen. 
Dagarini,    RF,   num.  4j    (a.    761),   95   e    97    (a.   776),    103 

G-i.  777). 

Dulce  -cine.  Nel  CDLod.,  num.  48  (a.  1094),  figura 
(al  nom.  e  al  gen.)  un  personaggio  di  nome  Dulce.  Un'  antica 
chiosa  al  documento  spiega  poi  chi  fosse  questo  signor  Dulce 
colle  parole  :  Nota  Dulcinum  istiiiii  Juisse;  e  vi  occorre  anche  il 
nom.  Dulcinus.  Al  num.  67  compajon  poi,  ambedue  nella  forma 
del  genitivo,  un  Dulci  c  un  Dulcini,  clie  son  zio  e  nipote'. 

Forte  (cfr.  nom.  Forti  -tes,  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  765, 
V,  p.  II,  num.  489)  -tine  :  s.   Fortini,  CDL,  num.  10 (a.  741). 

Fuscari  (Blanchi,  p.  356, Bruckner,  p.  250)  -rine,  -rêne  : 
Stephanus  Fiiscareni,  nel  doc.  veneto  ^  in  CDB,  vol.  V,  num. 
6S,fundiim  qui  vocatiir  Fuscarini,  MR,  vol.  I,  num.  72. 

*Framari  5  -rine  :  s.  Framarini,  HPM,  vol.  I,  num.  331 
(a.  1047.  Asti). 

Ellari  (Bruckner,  270  s.  «  lllarius  »)-réne-t  :  gen.  Ella- 
reni,  CDL,  num.  413  (a.  905). 


1.  Da  qui  il  ni.  CainpocloJcino  (Kiililnisin),  per  cui  ritiro  l'etimo  proposto 
in  Bail.  st.  d.  Sri^:;^.  il.,  XXII,  87.  Lo  ritiro  anche  perché  una  vecchia  famiglia 
di  Chiavenna  è  quella  dei  Dolciui,  e  risiiha  cosi  hen  antica  in  quelle  parti  la 
tradizione  del  nome  Dulce  -due.  Si  ricordi  ancora  il  nome  dell' ossol.  Frfl 
Dotciuo. 

2.  A  Venezia  si  continua  la  tradizione  del  noniin.  nella  parenlela  Foscari  e 
quella  dell'  obliquo  in  Foscariui. 

3.  Dafram,  di  cui  v.  Bruckner  248.  È  forse  la  nostra  una  forma  longobar- 
dica  corrispondentc  al  got.  Franiirus,  Meyer-Lûbke,  Atport.  Persuu.,  69,  26. 

4.  Qui  veramente  si  puô  pensare  anche  al  lat.  Hilare  (dr.siuicti  Elari,ML, 
vol.  IV,  p.  I,  num.  73,  ch'è  rinfiancato  dal  nom.  Haro,  ib.,  num.  113).  Enoto 
che  Hilare  per  Hilarius  si  dissimula  nel  nome  locale  bolognese  (fraz.  di  Monte 
S.  Pietro)  5i(nC(Tt'/  (italianizzato  mSaiichierlo,  Sau  Chierlo  e  in  Sau  Chiellaro, 
V.  Toni,  Voc.  del  cUal.  bol.,  p.  478),  che  nelle  carte  si  trovacome5.  Ilhuius  -ii 
(v.  F. M.,  Voc.  it.-hit.  il.  uouii  délie  coiuniiiiiità  e  appodiali  delta  proviucia  bol. 
[Bologna,  1829],  p.  13).  Avremodunque  il  gen.  *sauti  Elari[s]*Sautj  Flari[s] 
*  saut  jet-  *5J«f('7-(rapprcsentata,  questa  fase,  in  Sau  Cljiellaro),  poi,  con  meta- 
tesi  reciproca  di  /-/•  in  r-1,  saucèrel. 


DECLINAZIONE     IMPARISILLABA    \ELLK    CARTE    D  ITALIA       249 

Gaidene'  -néne  :  nom.  Gaidcnc,  gen.  Gaidencni,  CDL, 
num.  336  (a.  886). 

Gaiderisi  (Bruckner,  p.  251) -sine  :  gen.  Gaiderisini,  abl. 
Gaiderisino,  RF,  num.  56 (a.  764),  153  (a.  792).  214  (a.  815). 

Gaitari  (Bi-Lickner,  251) -rénc  :  gen.  Gaitari  it  Gaitareni, 
RF,  num.  186  (a.  808),  215  (a.  815).^ 

Gambari  (Bruckner,  253)  -rine  :  hmiincs  qui  dicuuiur 
Gambarini  (cioc  «  di    Gambari   »),  AN,  num.  181  (a.  1068). 

Gauderisi  Go-  (cfr.  Goderis,  RF,  num.  i8é,  Gauderisius, 
gen.  Goderisii,  ib.,  num.  34,  47)  -sine  :  gen.  Goderisiiii,  RF, 
num.  2^  (a.  749),  49  (a.  761),  186  (a.  808),  212  (a.  812), 
nom.  Goder isiniff,  num.  1224  (a.  757). 

Gudifre^  -frêne  :  s.  Giidifreni,  HPM,  vol.  I,  num.  22 
(a.  840.  Asti). 

Guntari  G-  -rine  -rêne  :  gen.  Guuiarini,  CDT,  p.  i,  num. 
44  (a.  752;  V.  Blanchi,  p.  35e),  e  ap.  Bluhme,  p.  29  (a.  752), 
Rohindus  Contareni  e  Cùuiari  Contarenus'',  nel  doc.  veneto  in 
CDB,  vol.  V,  num.  68. 

Herfemarl  (cfr.  nom.  Herfciiiarins  -phc-,  abl.  Hcrfcmaro, 
RF,  num.  107,  135)  -rine  :  s.  Herfciiiarini,  RF,  num.  99  e 
100  (a.  777). 

Infante  -tine  :  forse  i.  Fantini,  RAL,  num.  240  (a.  1073). 

Insari  (Blanchi,  p.  356,  Bruckner,  271) -rêne  :  acc.Insare- 
nem,  RF,  num.  22  (bis.  a.  749). 

Johannaci  -ce  ÇCDI,  a.   960,   977,    ecc.)   -cine   -cène  : 


1.  Cfr.  ancora  il  gen.  Gaidini,  RF,  num.  215  (a.  815).  Riterrei  poi  che 
Gaidene  e  cosi  Aldeiti  -diiie  e  Albine  -béni  rappresentin  ciascuno  doppiamente 
il  tipo  di  flessione  clie  qui  si  studia.  Poichè  dati  Gaidihilfus,  Gaidepeitus  e 
consiniili,  ben  ne  potova  venire  (v.  Blanchi,  pp.  404  sgg.)  l'abbreviato  Gaidi 
(e  Gaidi  postula  il  Bruckner,  p.  251),  e  cosi  Aldi,  di  Ironte  a  Aldiprandii 
Alde/iid,  ecc.  e  AIbi,  di  fronte  a  Alhericns,  i  quali  si  declinavano  Gaidi  -dinc 
ecc,  risultandone  poi  un  nom.  Gaidini  -ne  -déni  -ne,  allô  stesso  modo  che 
Albo  -one  s'irrigidiva  nel  nom.  Alboni  (Blanchi,  p.  405),  da  cui  poi  prendova 
le  messe  la  nuovo  flessione  Alboni  -noie. 

2.  Per  il  nom,  cfr.  Landefre,  itcc.  Il  Bruckner,  p.  259  s.  «  Godefrit  »,  pos- 
tula un  GHdefre[niis],  il  che  naturalmeme  non  è  necessario. 

5.  Contareni  e  Contarenns  sono  equivalcnti.  Solo  che  il  secondo  è  il  geni- 
tivo  concepito  come  un  aggcttivo  c  quindi  fatto  concordarc  col  nome  cui  si 
rifcrisce. 


2)0  C.    SALVIONI 

gen.  Johammceni,  CDP,  num.  7  (a.  829),  CDI,  a.  932,  -n;/;, 
C7J)/,  a.  847,  e  in  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  34  (a.  718),  si 
legge  in  présent ia...  Jolmnnacini  dove  è  forse  da  emendare/o/7fl«- 
nacini. 

Johanne  -nnénc  :  s.  Joanneni,  HPM,  vol.  II,  num.  12 
(a.  903.  Asti),  vol.  I,  num.  83  (a.  933.  Asti)  '.  Qui  fors'anche 
s.  Joahenes  (1.  Johanencs  o  Joancues),  ib.,  vol.  I,  num.  248 
(a.  1019.  Genova). 

Landari  -ri ne  :  gen.  Laiidarini,  CDT,  p.  i,  num.  66 
(a.  765  ;  V.  Blanchi,  p.   556). 

Landefre  -frêne  :  nom.  e  gen.  Landefre^  gen.  Landefreni, 
abl.  Landefrenc,  HPM,  vol.  I,  num.  29  (a.  861.  Asti). 

Landemari  (Bruckner,  276)  -rine  :  gen.  Landeiimrinis, 
RF,  num.  154  (a.  791). 

Liuderisi  (Bruckner,  279)  -sine  :  gen.  Liuderisini,  abl. 
Linderisino,  RF,  num.  153  (a.  792),  176  (a.  804),  263  (a.  827). 

Lubechi^  -chêne  :  gen.  Lubecheni,  CDL,  num.  350 
(a.  891). 

Luceri  (Blanchi,  356;  e  Bruckner,  281,  s.  «  Luciarius  ») 
-rine  :  gen.  Lucerini,  RF,  num.  296  (a.  856). 

Lupari  (Bruckner,  280,  s.  «  Lopari  »)-rine  -rêne  :  gen. 
Luparini,  RF,  num.  131  (a.  776),  /.  Lu  parmi,  num.  269 
(a.  81  r),  Johannes  Lupareni  [e  Luparenus]  nel  doc.  veneziano 
del  CDB,  vol.  V,  num.  68. 

Octari  (Bruckner,  p.  289)  -rêne  :  loco  nhi  riirte  Oclareni 
dicitur,  HPM,  vol.  I,  num.  36  (a.  880.  Asti). 


1 .  Johannes,  nulle  carte  retiche,  è  declinato  sul  tipo  Johannes  -nnentis,  e  gli 
si  accompagna  il  germ.  IVachari  (Bruckner,  315)  -rcnlis;  v.  Buck,  Zeits.  f. 
rom.  Phil.,  XI,  1 1 1 .  Del  quai  tipo  ha  ragionato  da  par  suc  lo  Schuchardt, 
Vok.,  III,  343  n.  In  Italia,  il  Blanchi,  p.  3')9,  ha  poi  rilevato  il  gen.  Filicenti, 
ML,  (a.  769),  che  perô  non  avrà  -eiitius,  come  ritiene  il  Blanchi,  ma  starà  a 
un  nom.  Felice  -ci  come  Johannentis  stà  a  Johanne  -uni.  E  che  sarà  il  curioso 
gen.  Mabertenti,  CDL,  num.  14  (a.  753)?  Parrebbe  di  vedervi  quel  Bertî  che 
il  Bruckner,  234,  non  è  alieno  dal  porre  a  base  del  gen.  Bertini.  Quanto  alla 
prima  parte,  cir.  Malbertus,  Madelpert,  Magipeil,  Maniperl  ap.  Bruckner, 
p. 235. 

2.  Sarà  Luhechi  una  forma  divariata  da  Lu-  Lopicbi[s]  Bruckner,  280;  cfr. 
Marechis  e  Marichis,  Arch.  glott.  it.,  354-5.  V.  invece  Meyer-Lûbke,  Altport. 
Persnn.,  66. 


DECLIXAZIONE     IMPAKISIIJ.ABA     NRLLH    CARTE     d'iTALIA      2)1 

Paltari  (Bruckner,  p.  23i)-rt'ne  :  /.  Paltaroti,  RF,  num. 
268  (a.  828),  269  (a.  811). 

Pasquale  -léne  -line  :  s.  Pasqitaleni,  HPM,  vol.  I,  num. 
80  (a.  929.  Asti),  c  foiV  anche  vicitm...  Pasqualini,  CDLod., 
num.  5  (a.  883). 

Piciari  (?)  -rené  :  purtinncuJam  Piciareui,  RF,  num.  23 
(a.  749). 

Porcari  (Bruckner,  240)  -rêne:  vinea  Porcarems,  RF, 
num.  291  (a.  854). 

Radari  (Bruckner,  291)  -rêne  :  abl.  Radareiio,  RF,  num. 
104  (a.  809). 

Rimichisi  -sine  :  nom.  Riinirhisi,  gen.  Rimichisini,  RF, 
num.  57  (a.  764). 

Rodimari  (Bruckner,  300)  -ri ne  -rêne  :  /.  Rodiniavini  e 
-lieinairni,  RF,  num.  57  (a.  764),  107  (a.  777). 

Rot  h  a  ri  -ri  ne  -rêne  :  gen.  Roihareni,  ace.  Rolbarcne, 
Bluhme,  p.  29,  RF,  num.  32  (a.  752),  CDL,  num.  179 
(a.  852),  197  (a.  8)6),  ahl.  Rolharino,  RF,  num.  71  (a.  768). 

Santari  (Bruckner,  302) -rêne  :  gen.  Santareni,  RF,  num. 
II)  (a.  778),  164  (a.  799). 

Sintari  (Bruckner,  304  s.  «  Sintarius  »)  -rêne  :  ace.  Sin- 
iarine,  ML,  vol.  IV,  p.  i.  num.  26  (a.  721);  v.  Bianchi,  p.  356. 

So-  e  Sunifre  -fri  -frêne  :  nom.  Sunifre  e  Sunifri,  gen. 
So-  Simijreui,  ace.  Sunifrenee  Sonifrenus,  HPM,  vol.  I  num.  22 
(a.  840.  Asti),  109  (a.  956.  Asti). 

Stabile  -léne  -line:  nom.  Slavele,  gen.  Staveleni,  abl. 
Stavelenc,  HPM,  vol.  I,  num.  31  (a.  872.  Asti),  dat.  Slaveliiii 
in  Bertoni,  Dial.  di  Modena,  p.  61  (a.  811). 

Suave  (cfr.  nom.  Suavis,  RF,  num.  818)  -vine  '  :/.  e  s. 
Suabini,  RF,  num.  190  (a.  808),  199  (a.  813). 

Teudemari  (Bruckner,  310)  -rêne  :  s.  Teudemareni ,  RF, 
num.  37  (a.  752). 

Teuderaci  (Bruckner,  310,  e  ML,  vol.  IV,  p.  i,  num.  32, 
95>  97)  o  meglio  Theodoraci  (Meyer-Lùbke,  Portug.  Persnn. 
75)  -ci ne  :  siamo  al  metaplastico  nom.  Theodoraciniis,  gen. 
-ni,  RF,  num.  119  (a.  778). 


I.  Suave  puô  interpretarsi  corne  un  aggettivo  hitino  (cfr.  Duke),  ma  anche 
conie  cquivalcnte  a  «  Svevo  »  ;  v.  lîruckner,  p.  308. 


252  C.    SALVlON'l 

Teuderisi  (Bruckner,  210,  311,  s.  «  Theoderîcus  »  e 
«  Theoderis  »)  -sine  :  gen.  Tendirisini.  RF,  num.  72  (a.  768), 
198  (a.  811). 

Teudici  (Bianchi,  353,  Bruckner,  308,  s.  «  Theodicius  ») 
-cine:/.  Teiiciicifii,RF,  num.  =^j. 

Theoderi  (Bianchi,  356  «  Teudori  »,  Bruckner,  309, 
s.  «  Teudarius  »)  -rêne  :  ace.  Thcoderenem ,  CDL,  num.  15 
(a.  75)),/.  Teudereni,  CDI,a.  932. 

Valeri  '  -rine  :  s.  Valerim,  RF,  num.  31  (a.  751),  33 
(a.  752),  42  (a.  760),  abl.  Falerino,  ih.,  num.  1096,5.  Vallerini, 
ML,  vol.  V,  p.  II,  num.  108  (a,  768). 

Waltari  -rine  -rêne  :  nom.  Waltari,  gen.  IVallarini,  abl. 
JValtarem  -te-,  ML,  vol.  V,  p.  11,  num.  8  (a.  72o.Vedi  Bianchi 
357,  410),  dat.  Guaharino,  RF,  num.  54 (a.  763). 

B.  —  FEMINILI 

Sono  assai  pochi  ma  tanto  più  preziosi.  Qualche  esempio 
potrebbe  anche  venir  infirmato  in  quanto  nel  nomin.  oftra  -a 
anzi  che  -e  o  -i.  Ma  si  tratterâ  di  una  mera  apparenza,  poichè 
queir  -a  è  metaplastico  (cfr.  Matelda  e  Maîilde,  Geltruda  -de, 
ecc,  e.  V.  Bruckner,  pp.  184,  268,  Philipon,  233)-  e  il  gen. 
in  -eue  depone  appunto  per  V  -e  o  -i  anteriore  ail'  -a.  Ed  ecco 
gli  esempi  : 

Arelda  (cioè  Arelde  o  -di)-déne:  nom.  Areldn,:\h\.  Arel- 
dene,  CDL,  num,  47  (a.  772). 

1.  Suppongo  che  *VaJcyi  sia  Vakrl  =  Valerhi\j.']\  v.Y^'vànch'x  e  .Ascoli, 
Arch.  ghtt.  it.,  IX,  380  sgg. 

2.  La  presenza,  avvenuta  per  tal  via,  nella  lingua  di  tipi  in  -a  eue  o  -a 
-jne,  doveva  poi  promuovere  qualche  analogia  tra  i  feminiH  con  -a  etimolo- 
gico.  Giudico  a  taie  stregua  VEttoIa  -h'ne  allegato  dal  Philipon,  238,  il  gen. 
Ferviwe  (ail.  a  Ferme  gen.  e  dat.,  Ferma  nom.)  di  CDLoiL,  num.  96  (a.  1 1 36), 
e  fors'  anche  (de)  Petrimi,  CDL,  num.  87  (a.  812).  —  Ben  è  vero  che  un 
tipo  di  declinazione  in -a  -ene,  limitato  perô  ai  mascolini,  occorre  in  nomi  délia 
etàgotica,  e  il  Wrede,  p.  185,  la  documenta  con  quattro  esempi  :  Waccenevt, 
Ma:^enis,  Pat^enis,  Cessinis.  Sennonchè  il  vero  nominativo  del  primo  non  è 
]Vaca  ma  Waci  (Wrcde  102-3),  e  si  puô  forse  supporre  che  anche  gli  altri 
abbiano  avuto  una  forma  in  -/  allato  a  quella  in  -a.  E  del  resto  sarà  questo 
un  fcnomcno  morfologico  diverse,  o  dove  avrà  influito  qualche  altra  analogia. 


DKCLINAZIOXE     IMPARISILLABA     NELLE    CARTE    D  ITALIA      253 

*lvochilde  -di  (o  Rochilda?)  -déne  :  abl.  Rochildene, 
CDL,  num.  47(^1-  772)- 

Taneldi  -dîne  :  nom.  r^wW/V,  gen.  Taucldiruv,  àhX.  lanel- 
dina,  RF,  num.  73  (a.  768),  dove  c  notevole  il  metaplasma  ne' 
casi  obliqui. 


* 

*    * 


Le  carte  da  cui  provengono  gli  esempi  délie  précèdent!  pagine 
sono  anteriori,  nella  loro  maggior  parte  al  Mille  ;  relativamente 
poche  si  pongono  tra  il  1000  e  il  iioo,  e  quasi  solo  per  ecce- 
zione  s'allegano  carte  di  data  posteriore  a  quest'  an  no.  Il  CDL 
è  ricco  di  1006  numeri  tutti  anteriori  al  Mille;  il  RF  ne  ha 
1330  e  vanno  fino  circa  al  1 125  ;  le  ML  contengono  circa  2300 
carte,  anteriori  al  Mille  nella  loro  stragrande  maggioranza;  i  DA 
vanno  hno  ail'  a.  i  i8oe  contengono  390  numeri  ;  il  CDP  ha  337 
numeri  di  cui  i  piùgiovani  raggiungono  il  1 100  ;  i  DR  constano  di 
86  numeri,  di  cui  una  parte  pernoi  inutile,  ponendosigli  utili  tra 
il  1000  e  il  iioo.  Quaiito  agli  HPM  ne  ho  spogliato  il  1°  vol. 
fino  al  num.  524  (a.  1164)  e  il  2°  fino  al  num.  148  (a.  iioi), 
Giova  perô  ricordare  che  ho  omesso  di  considerare  tutte  le  carte 
di  questa  raccolta  che  non  riguardin  la  parte  continentale  e 
cisalpina  dell'  antico  Regno  di  Sardegna.  Per  la  guale  limita- 
zione  il  numéro  de'  documenti  esaminati,  soprattutto  nel 
2°  vol.,  si  ristringe  di  molto.  —  Ho  premesso  queste  notizie, 
perché  il  lettore  possa  valutare  con  giustizia  le  proporzioni 
numeriche  degli  esempi.  Infatti,  solo  dopo  risaputo  délie  cifre 
ora  esposte,  si  potrà  riconoscere,  p.  es.,  che  i  dieciotto  esempi  di 
nomi  propri  fem.  in  -a  -âne  forniti  dai  DR  valgano  assai  piii 
dei  trenta  offerti  del  CDL  ',  e  che  i  dieci  esempi  di  -e  (-/')  -eue 
(-ine),  datici  dalle  carte  astigiane  degli  HPM,  soverchiano  in 
realtà  i  quarantadue  del  RF. 

Délie  tre  catégorie,  nelle  quali  abbiamo  diviso  gli  esempi,  la 
più  sicura  in  tutti  i  singoli  esempi  che  le  appartengono,  e  la 
più  ricca  è  quella  de'  nomi  in  -0  {-ns)  -onc.  E  lo  sarebbe  ben  di 
più  chi  v'  aggiungesse  leparecchie  centinaja  di  nomi  propri  sicu- 


I.  Di  questa  abbondanza  e  délie  sue  connessioni  storiche  è  detto  qui  indietro 
a  p.  208  n. 


254  ^-    SALVIONI 

rameute  o  (Jubbiiimcnte  gcrmanici  clie  noi  abbiamo  oniessi". 
Ad  impinguar  la  categoria  concorrono  le  carte  d'ogni  parte 
d'Italia,  e  v'hanno  esempi,  corne  Pt'/ro  UrsoLiipo,  che  occorrono 
innuinerevoli  volte  e  che  son  rappresentati  in  quasi  tutte  le  rac- 
colte.  La  più  ricca  messe  in  senso  assoluto,  ce  la  danno  il  RF  e 
il  CDL,  che  son  rappresentati  in  più  di  cinquanta  dci  più  di 
centoquaranta  articoli  onde  constano  gli  elenchi  nostri  ;  ma  la  più 
ricca  in  senso  relativo  la  si  miete  nelle  carte  astigiane  rappre- 
sentate  in  ventisei  articoli.  Il  CDP  figura  in  dodici  articoli,  il 
CDT  in  nove,  le  ML  in  venti,  e,  tra  le  raccolte  meridionali,  il 
CCav  (ne  primi  quattro  volumi)  in  sei,  il  CDB  in  sette. 
Alla  categoria  de'  nomi  in  -a  -âne  spettano  circa  un  centinajo  di 


I.  Ai  nomi  latini  già  citati  se  ne  possono  aggiungere  altri  germanici  odubbi 
nei  quali  è  pero  latino  il  suffisse  derivativo  :  i".  Pranduloni,  CDT,  num.  90 
(a.  812),  nom.  Macciuhis  gen.  Macciuluvi,  ib.  num.  24  (a.  730),  per  Davin- 
loneiu  et  Lucciolonein,  RF,  num.  12  (a.  747),/.  Mannoloni,  CDL,  num.  707 
(a.  968),  s.  Graiisoloiii,  ib.  num.  863  (a.  992),  /.  Guntuloni,  ML,  vol.  IV, 
p.  II.  App.,  num.  100  (a.  1122);  gen.  Bocacuviis  (nome  reso  poi  célèbre  dal 
et  Boccaccio  »,  ma  un  cui  non  son  certo  che  vada  il  Bocassio  di  DK,  num.  71, 
a.  1276),  DA,  num.  357  (a.  115  3),  e  p.  480  n.,  s.  Grimacionis,  RF,  num.  240 
(a.  819),  gen.  Racttcionis,  abl.  Racucione,  e  gen.  Giiarnucnviis,  RF,  num.  19 
(a.  816),  s.  Albiiccioni,  CDL,  num.  881  (a.  994),  s.  Boniiccionis,  ib.,  num.  900 
(a.  1059.  Nom.  Boniicius,  ib.,  num.  1025),  gen.  Siiavi\oiiis  (cf.  nom.  Siia- 
viio,  RF,  num.  1280,  pp  265,  266),  MR,  vol.  I,  num.  109  (a.  1057),/.  Cor- 
biiotiis,  DA,  num.,  261  (a.  1084),  gen.  Carlicionis,  RF,  num.  1240;  nom. 
Bronecto  gen.  Bruiieclonis,  RF,  num.  458  ;  inoltre,  di  origine  incerta  :  nom. 
Maiirisso,  gen.  Maurissonis,  ace.  Maurissoueiii,  RF,  num.  42  (a.  760),  155 
(a.  792),  casam  Maiirissioni,  ib.,  117  (a.  770),  un  nome  ch' io  non  ni  atten- 
terei  di  senz' altro  mandare,  come  fa  il  Philipon,  225,  con  Maiiritiits,  gen, 
Lanissionis,  RF,  num.  305  (a.  872);  nom.  Melesus,gen.  Melcsoni  abl.  Melesone. 
efors'  anche/.  MeJsoni,  CDL,  num.  249  (a.  870),  861  (a.  992),  696(3.  966), 
V.  forse  l'Holder  s.  «  Melisa  n;  per  MarLone,  CDL,  num.  605  (a.  954; 
e  ancora,  senza  sufïisso  e  con  apparenza  non  germanica  :  nom.  Ferro,  gen. 
Fenon is,  ecc.  Ferroueiii,  RF,  num.  790  (a.  1046).  845;  gen.  Pascoiiis,  abl. 
Pascoiie,  ib.,  790,  992,  iiji,  f.  Latulonis,  ib.,  num.  908  (a.  1059),/.  P'sc'wnis 
(*Pisius?),  ib.,  num.  990,  /.  Sabbioiiis  (da  *Siibbiiis  =z  *  savius  savio?),  ib. 
558,  nom  ProJo  (con  proJe'r  Cfr.  anche  il  gen.  fem.  PioJac,  ib.,  num.  560), 
gen.  Piodonis,  ib.,  num.  550,  416,  gen.  Martonis,  ib.,  num.  449,  1267, 
J.  Caionis  (:=  Catius}  V.  Flechia,  Di  aie.  forme,  ecc.  29),  ib.,  num.  1024, 
gen.  Ulmotii  ace.  Uluione,  CDT,  num.  70  (a.  768);  e  v.  ancora  Philipon,  223. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA     NELLli    CARTE     D  ITALIA       255 

esenipi  tra  appellativi  '  e  nomi  propri,  tra  mascolini  e  feminili. 
I  nomi  propri  masc.  son  pochi -,  e  provengon  tutti  dall'  Italia 
centrale,  tranne  uno,  che  perô  ha  il  vantaggio  di  non  rivelarcisi 
soltantoattraversoun  mctaplasma.  Gli  appellativi  feminili  sono 
Otto  :  due  di  essi  son  comuni  aile  carte  settentrionali  e  centrali, 
cinque  son  dati  dalle  carte  settentrionali  soltanto,  e  uno  proviene 
da  carte  centrali  e  meridionali.  Ma  il  nucleo  importante  è  dato 
dai  nnpp.  feminili,  in  numéro  di  ottantaquattro,  dei  quali  poco 
meno  délia  meta  sono  d'origine  latina  '  o  latino-cristiana.  Il 
focolare  di  essi  è  la  Lomhardia  ch'è  rappresentata  in  sessanta 
articoli  •*,  e  nella  Lombardia,  corne  s'è  visto,  la  sezione  alpina 
lomharda  che  cade  nel  territorio  dell'  antica  Rezia.  Son  pure 
ragguardevoli,  a  proporzioni  fiitte_,  i  nove  esempi  del  CDP,  e 
più  ancora  i  sei  di  CDI.  Dai  territori  meridionaU  non  s'hanno 
che  due  esempi  (v.  s.  «  Domna  »  es.  «  Gausa  )))dicui  il  primo 
metaplastico,  e  dai  centrali,  sei  esempi  di  su  il  RF',  uno  di  su 


1.  É  da  aggiunger  loro,  fuori  d"Italia,  lo  sp.  hoiiiiciiianes  Grôbers  Gr., 
2"'  éd.,  908. 

2.  Tra  questi  potrommo  dubitare  di  Olivaiii,  in  quanto  potesse  rappresen- 
tare  un  derivato  per  -ami  ;  ma  ci  ha  deciso  ad  ammetterlo  nella  lista  la  non 
trascurabile  circostanza  che  anche  Miitaonta  -tatii  compaja  insieme  a  Lucca  e 
nella  Francia.  Mi  chiedo  poi  anche  se  non  entri  nella  nostra  série  niascolina 
5.  Boi  itini,  RAL,  num.  79  (a.  1034),  cioè  «  di  Borea[s]  »  (cfr.  il  cognome 
Bôrea);  e  il  Blanchi,  409-10,  vi  farebbe  entrare  Siniumu  -no,  CDT,  num.  44 
(a.  796),  e  persino,  s'io  ben  l'intendo,  AJauo. 

3.  Tra  i  nomi  latini  comprendo  pure  le  formazioni  romanze  da  nomi  di 
luoghi,  corne  Bdlaxia,  Clavennula,  e  cosi  Ravennits,  Claveiuudus  ndla.  seconda 
lista. 

4.  Comprendendo  perô  tra  le  lombarde,  come  è  giusto  avvenga  tanto  nel- 
l'ordine  linguistico  che  nel  geografico,   le  carte  provenienti   da  Novara. 

5 .  Una  objczione  che  potrehbe  venir  mossa  agli  esempi  ch'  io  attribuisco 
al  RF  è  questa  :  che  mentre  nella  série  de'  nomi  in  -0  -àll^  il  genitivo  esce  di 
solito  in  -oui!:,  invece,  nella  série  -a  -due,  esce  sempre  per  -ani.  Al  che  rispondo 
che  -iitii  rappresenta  la  flessione  arcaica,  come  la  rappresentano  i  non  iscarsi 
esempi  di  -ont  =z  -ouis,  e  che  gli  esempi  con  -s  in  questa  série  son  dovuti  a 
Gregorio  di  Catino  che  nella  2»  meta  del  sec.  xi  compile  il  regesto.  Ma  a 
quest'  epoca,  la  flessione  in  -a  -dnis  non  era  più  sentita,  e  cosi  Gregorio  non 
poteva  ricostruire  i  genitivi  in  -aiii  come  ricostruiva  quelli  in  -oui,  tanto  più 
poi  che  quelli  si  prestavan  mirabilmente  a  esser  confusi  col  genitivo  di  -anu. 
È  del  resto  éloquente  il  metaplastico  Orsanae  e  anche  il  de  Blancano  di  cui  s. 
«  Elança  »  in  nota,  la  cui  forza  probativa  s'accresce  pel  fatto  délia  sicura  pre- 
senza  di  Bhuca  -cane  nella  Toscana. 


2)6  C.    SALVIONl 

il  CDT  (s.  «  Bhmca  »),  ■  duedi  su  le  ML,  e  uno  di  su  il  RAL 
(s.  «  Proba  »)  ^  Se  anche  qiialcuno  di  questi  esempi  centrali  e 
meridionali  possa  prestare  il  fianco  a  delle  objezioni,  ne  rimarra 
pur  sempre  abbastanza  per  affermare  che  la  declinazione  impa- 
risillaba  de'  nomi  propri  feminili  in  -a,  non  era  sconosciuta  in 
queste  parti  délia  penisola. 

In  nomi  propri  -/  -ine  ecc.  sono  settantacinque  "',  quasi  tutti 
mascolini,  e,  tranne  una  decina,  d'origine  germanica.  Vigoreg- 
giano  essi  vel  RF,  nelle  carte  délia  2'  meta  del  sec.  8°  e  del 
primi  decenni  del  9°,  e  nei  diplomi  astigiani,  corne  già  s'è 
detto.  Il  CDL  offre  quindici  esempi,  e  una  dozzina  d'esempii, 
tutti  di  su  carte  antichissime,  li  offrono  insieme  le  ML  e  ii 
CDT.  Nessun  esempio  dalle  carte  meridionali. 

Nel  suo  assieme,  conchiuderô,  lo  specchio  che  précède 
dimostra  che  la  declinazione  imparisillaba  era  di  tutta  Italia,  e 
un"  altra  fiera  scossa  è  quindi  data  a  uno  degli  argomenti  che  si 
son  fin  qui  allegati  per  l'origine  germanica  d'  essa  declinazione 
imparisillaba  :  quello  del  suo  apparire  soltanto  in  que'  territori 
romanzi  che  confinano  a  popolazioni  germaniche.   Il  regesto  d 


1 .  L'esempio  Bhmcani  mi  par  guarentito  per  ciô  che  occorra  due  volte  e 
per  ciô  che  si  dice  in  fine  della  précédente  nota.  —  Nel  CDT  occorre  anche 
/.  Branculani  e  corie  Braticulani,  nuni.  39  e  64  (aa.  793,  804),  e/.  Fre:^ani  nel 
RAL,  num.  303  (a.  1081).  Non  so  che  pensarne. 

2.  Qui  siano  ancora  ricordati,  perche  il  It^tore  ne  faccia  quel  calcolo  che 
crede,  /'.  Fiuidani,  RF,  num.  774  (a.  1044),  •^"^''/'^  '/'''•••  Melegane  e  pralo  Lohiani, 
CDL,  num.  112  (a.  830),  884  (a  994),  Pelrum  Ruibain  (1.  -ni)  =  Pietro  di 
Rossa?,  Verci,  0.  c,  doc.  14.  —  Un  nome  Brica  (mascolino  o  feminile  ?  Cfr. 
il  masc.  Briao,  Bruckner  239,  e  nom.  Bin'cho,  gcn.  Birkhoui,  CDL,  num.  1 1 1  ; 
e  pure  masc.  Biri  ica  ap.  Gloria.  Dfl  Volgarc  illustre  dal  sec.  VII  fiiio  a  Dante, 
p.  22)  in  casa  iihi  dicitiir  Brica)! i  e  in  prénom inato  loco  Cahricani,  AN,  num.  147 
(a.  1038). 

3.  Tra  cui  pero  parecchi  nominativi  fatti  suU' obliquo  metaplastico,  ma 
non  per  questo  meno  sicuri.  Da  aggiungere  sarrà  forse  ii  nom.  Morcnitinns, 
RAL,  num.  106,  da  paragonarsi  col  Mauronti[s  (lerra  Maiirontis)  di  RF, 
num.  259  (a.  825).  E  cosi  questo  curioso  nome  ci  si  pi-esenterebbe  in  tre 
forme  :  Mauronta  -tani  (v.  p.  217  n),  Matiroiiio  -tone,  Bruckner,  285,  RF, 
num.  577,  622,  e  Mauronti  -tine.  —  Qui  faccio  seguire  un  certo  numéro  di 
genitivi  in  -ini  -eni,\n  talun  de'  quali  saran  forse  da  riconoscere  gliefFeti  della 
nostra  flessione  :  /".  Armeni,  RF,  num.  193  (a.  809), 7'.  Cbristoceni,  ib.,  num. 
1 17  (a.  778),  casarinum  Ageleni,  ib.,  num.  269  (a.  81 1),  s.  Madaliui,  ib.,  309 
(a.  875),  5.  Gensoveni  (o  =  Gensuini  da  *Gensuin  ?),  CDT,  num.  77  (a.  808), 
s.  Adajui,  ib.,  5.  Passerini  (cf.  i  cognomi  Pdsseri  e  Passerini)  RAL,  num.  273 
fa.  lo-j'jy  f.  Lovisino  -ni  (o  =:  Lupiciniï)  AN,  num.  129  e  135  (aa.  1030, 
1033),  i.  Frauceni  (errore  per  -oni }),  HPM,  vol.  I,  num.  294  (a.  1054,  Torino), 
ecc. 


DECLINAZIONE    IMPARISILLABA    \ELLE    CARTK     d'iTALIA       257 

Farfii  e  anche  le  raccolte  toscane  sono  a  questo  riguardo  ben 
éloquent!.  E  benpiù  éloquent!  sarebbero,  e  insieme  adessi  anche 
le  raccolte  meridionali,  ove  fosse  loro  dato  di  contenere  dei 
document!  p!ù  vetust!  d!  quell!,  in  parte  pur  g!à  tanto  vene- 
rand!,  che  in  realtà  c!  oftVono.  S!  pensi  che  se  il  RF  e  le  rac- 
colte toscane  non  ci  dessero  délie  carte  rogate  tra  il  750  e  r850 
e  solo  cominciasseroil  primo  con  carte  dell'  850,  le  seconde  con 
carte  dell'  800,  noi  non  avremmo,  per  la  regione  centrale, 
nessuno  esempio  délia  declinazione  in  -/  (-<')  -ine  Ç-éne)  e  tut- 
talpiù  dovremmo  esser  contenti  di  rintracciarla  irrigidita  in 
qualche  metaplasma.  Il  caso  è  istruttivo,  e  c'insegna,  s'io  mal 
non  mi  appongo  nell'  interpretarlo,  che  assai  più  esempi  noi 
troveremmo,  e  per  ciascuna  délie  catégorie  del  nostro  tipo  fles- 
sionale,  e  per  ciascuna  regione  d'Italia,  ove  più  indietro  nei 
secoli  ci  portassero  i  documenti.  Onde  la  quistione  non  è  più 
di  sapere  se  tutta  Italia  abbia  conosciuto  il  tipo,  bensi  di  ren- 
derci  conto  perché  in  certe  parti,  p.  es.  nel  Mezzogiorno  e  a 
Roma,  esso  già  si  mostri  languente  quando  altrove  o  ancora 
vigoreggiao  quanto  meno  offre  prove  non  dubbie  délia  sua  vita, 
e  perché,  a  seconda  délie  regioni,  l'una  categoria  abbia  ceduto 
prima  délie  altre.  E  s'io  ho  ragione  di  cosi  concepire  l'anda- 
mento  storico,  è  facile  la  conclusione,  alla  quale  già  s'addive- 
niva,  che  in  fondo  non  altro  che  un  fortuito  silenzio,  — 
silenzio  parziale  '  e  di  relativamente  non  lunga  durata,  — 
sépara  la  dechnazione  imparisillaba  médiévale  dai  Fortunataneni, 
Vakntiûni,Suavini  e  Natalini  délia  tradizione  epigrafica  romana  ^. 

C.  Salvioni. 


1.  Dico  «  parziale  »,  in  quanio,  ne'  riguardi  délia  série  -a  -aiiis,  già  s'è 
veduto  cW  io  ritengo  colmata  la  lacuna  temporale  dai  nomi  mascolini  (e  femi- 
nili,  V.  pag.  220  n)  in  -a  -une  del  periodo  barbarico. 

2.  Avrebbero  dovuto  far  séguito  al  mio  studio  délie  considerazioni  suUe 
viccnde  intime  délia  flessione  imparisillaba,  sulla  realtà  e  il  modo  di  sua  vita 
nel  latino  délie  carte.  Ma  ho  già  troppo  abusato  dello  spazio  concessomi  dalla 
Roiihinia,  e  riserbo  le  mie  considerazioni  per  un'  altra  volta.  Non  posso  tutta- 
via  tralasciare  di  avvertire  il  lettore  che  ogni  quai  volta  nelle  nostre  liste 
l'esempio  délia  carte  è  allegato  nella  forma  :  «  nom.  Petro  (o  -its),  gen.  Petroni 
ecc.  »,  cio  vuol  dire  che  in  almeno  uno  de  documenti  citati  compajono  real- 
mente  il  caso  retto  nella  forma  e  nelia  funzione  del  caso  retto,  l'obliquo  iiella 
forma  e  nella  funzione  deir  obliquo.  E  si  tratta  sempre,  salvo  qualche  rara 
eccezione,  délia  stessa  persona  ch' è  nominata  nell'  un  caso  e  nell' altro. 

Romania,  XXXV  I  7 


VIVIEN    ET    LARCHAMP 


Depuis  un  demi-siècle  les  romanistes  d'Europe  et  d'Amé- 
rique ont  tenté  de  retrouver  le  prototype  historique  du  Vivian 
du  cycle  de  Guillaume  d'Orange,  mais  sans  arriver  à  un  résul- 
tat même  problématique.  M.  Hermann  Suchier  croit  avoir 
trouvé  la  clé  de  l'énigme.  Après  avoir  consacré  à  ce  sujet  un 
copieux  article,  véritable  chef-d'œuvre  d'information  ',  il  pousse 
ce  cri  de  triomphe  :  «  Ich  komme  also  zu  dem  Schlusse  : 
Vivien  ist  der  Vivianus  der  Schlacht  von  851  eben  so  sicher 
wie  Roland  der  Hruolandus  der  Schlacht  des  Jahres  778  ist-^.  » 

Donnons  bien  vite  la  solution  :  Vivian  ou  Vivien  n'est  autre 
que  le  comte  Vivianus  qui  joua  un  rôle  important  sous  le 
règne  de  Charles  le  Chauve;  la  bataille  où  il  succomba  sous  les 
coups  des  Bretons  le  22  août  851  doit  être  placée  à  Larchamp 
dans  le  département  de  la  Mayenne,  canton  d'Ernée.  Cette 
localité  représente  le  mystérieux  champ  de  bataille  de  l'Archant 
(pour  Larchamp)  célèbre  dans  le  cycle  de  Guillaume  d'Orange. 

Pour  quiconque  est  un  peu  lamilier  avec  le  règne  de  Charles 
le  Chauve,  les  objections  surgissent  aussitôt.  Quel  rapport  entre 
le  comte  de  Touraine,   duc  en  Neustrie,  pourvu  dès  843  '  des 


1.  Dans  la  Zeitschrijl  fïir  roiiiaiiische  Philologie,  XXIX,  641-682. 

2.  Ihid.,  66^,. 

5.  Les  deux  témoignages  les  plus  anciens  sur  Vivianus  ont  échappé  à 
M.  S.,  et  on  ne  peut  lui  en  faire  un  reproche.  Ce  personnage  figure  comme 
amhasciator  dans  un  diplôme  de  Charles  le  Chauve  donné  sous  Rennes  le 
13  novembre  843.  La  mention  Vivianus  caméra  ri  us  impetravit  (ces  deux  der- 
niers mots  en  notes  tironiennes)  est  dans  l'édition  de  J.  Tardif  (Cartons  des 
rois,  no  144,  p.  96),  mais  non  dans  celle  des  Historiens  de  France  consultée 
par  M.   Suchier,  Dans  son  édition  d'un  acte  un  peu  antérieur,  du  30  août 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  259 

tonctions  très  élevées  '  de  chambrier,  lesquelles  ne  sont  compa- 
tibles qu'avec  un  âge  mûr,  et  Tenflmt  Vivian  dont  les  prouesses 
n'offrent  d'intérêt  qu'à  cause  de  son  âge  juvénile  -  ? 

Dans  l'histoire,  les  ennem's  de  Vivien  et  du  roi  Charles  (et 
non  de  Louis  le  Pieux)  sont  des  Bretons,  nullement  des  Sarrasins, 
et  jamais  l'épopée  dans  ses  plus  folles  fantaisies  n'a  confondu 
les  Bretons  avec  les  païens.  Il  est  même  remarquable  que,  en 
dépit  des  désastres  de  845  et  851,  les  Bretons  ne  soient  jamais 
considérés  comme  des  ennemis  '.  Erispoé,  (le  Ripeu  de  nos- 
épopées)  et  Salomon  sont,  au  contraire,  traités  comme  des 
personnages  sympathiques,  et  le  second  figure  même  au  nombre 
des  vassaux  de  l'empereur  +. 

M.  S.  le  sait  bien,  mais,  dit-il,  les  Normands  qui,  eux,  ont 
été  confondus  avec  les  Sarrasins,  se  sont  plus  d'une  fois  alliés 
avec  ceux-ci  contre  Charles  le  Chauve  (p.  660,  67)).  Pas  en 
851  en  tout  cas,  et  les  exemples  cités  portent  sur  865  et  866  : 
et  il  s'agit  de  bandes  de  brigands  bretons,  faisant  le  coup  de 

843  à  Quierzv,  Tardif  (no  142)  lui-même  a  néglige  le  mot  Viujaniis  qui  se 
trouve  écrit  en  clair  dans  l'original  des  Archives  Nationales  au-dessous  du 
recogiiovil  et  stibscripsit  du  chancelier. 

1.  Sur  cette  charge,  vov.  Hincmar,  De  online  pdlatii,  éd.  M.  Prou,  p.  56- 
S8  (Bibliothèque  de  r École  des  Hautes  Éludes,  fasc.  58);  G.  Waitz,  Deutsche 
VerfassuKjsgeschichte,  III,  2^  éd.,  502. 

2.  La  discussion  sur  l'âge  du  Vivian  épique,  que  M.  S.  semble  chercher  à 
vieillir  (p.  665-664)  est  fort  peu  probante.  Si  le  Vivian  épique  avait  dans  les 
vingt-deux  ans,  son  rôle  n'aurait  rien  d'extraordinaire  puisque  les  jeunes  Francs 
étaient  adoubés  aux  environs  de  la  vingt  et  unième  année.  L'âge  minimum 
auquel  l'adoubement  était  permis  étant  quinze  ans,  juste  l'âge  du  frère  cadet 
de  Vivian,  celui-ci,  qualifié  «  meschin  »,  doit  être  envisagé  comme  un  jeune 
homme  de  seize  à  dix-huit  ans.  Sur  les  conditions  de  l'adoubement,  voy. 
P.  Guilhermoz,  Essai  sur  l'origine  de  la  noblesse  en  France  (Paris,  1902),  417- 
421. 

5.  Les  raisons  à  l'appui  de  cette  remarque  m'entraîneraient  trop  loin  et 
sortiraient  du  cadre  de  cette  revue.  Je  crois  bon  cependant  de  mettre  en  garde 
les  lecteurs  non  historiens  contre  les  assertions  d'un  pseudo-Breton,  feu 
.\rthur  de  La  Borderie,  qui  présente  sous  un  jour  faux  les  rapports  des  Francs 
et  des  Bretons  dans  sa  grande  Histoire  de  Bretagne,  déployable  à  bien  des 
égards. 

4.  Il  suffit  de  renvoyer  à  Ernest  Langlois,  Table  des  noms  propres...  compris 
dans  les  chansons  de  geste  imprimées.,  Paris,  1904. 


2éo  F.    LOT 

main  avec  les  barbares,  et  non  d'armées  nationales  commandées 
par  le  duc  ou  roi  des  Bretons  '. 

Que  dire  de  la  tentative  de  rapprochement  entre  Guillaume 
d'Orange,  oncle  du  fabuleux  Vivian,  et  Guillaume,  duc  de  Gas- 
cogne et  comte  de  Bordeaux  qui  fut  fait  prisonnier  dans  cette 
ville  par  les  Danois  en  848?  M.  S.  commence  par  supposer  que 
l'historique  Guillaume  de  Toulouse  (le  Guillaume  d'Orange 
de  l'épopée)  a  été  confondu  avec  son  petit-fils  Guillaume  de 
Gothie.  Puis  il  accueille  avec  complaisance  (p.  661,  675)  une 
hypothèse  qui  assimile  ce  dernier  au  duc  de  Gascogne  homo- 
nyme. Par  malheur,  cette  hypothèse  ne  tient  pas  debout. 
L'année  même  où  Bordeaux  et  son  défenseur  tombaient  au 
pouvoir  des  païens,  le  petit-fils  de  Guillaume  de  Toulouse  était 
fort  loin  de  là,  occupé  à  disputer  la  Gothie  aux  marquis  de 
•  Charles  le  Chauve.  Depuis  l'exécution  de  son  père,  décapité  en 
844  ^,  il  guettait  une  occasion  favorable.  Elle  se  trouva  en  848. 
Le  marquis  Sunifré  venait  de  mourir  et  d'être  remplacé  par  Ale- 
ran,  comte  de  Troves,  étranger  au  pays.  Guillaume  s'empara  par 
ruse  d'Ampurias  et  de  la  capitale  de  la  Marche  d'Espagne,  Barce- 
lone, à  la  fin  de  848,  et  un  instant  il  fit  même  prisonniers  Aleran 
et  le  comte  Isambard.  Le  triomphe  du  petit-fils  de  Guillaume  de 
Gellone  fut  de  courte  durée.  Au  début  de  850,  lui-même  fut  pris 
par  trahison  et  décapité  dans  Barcelone  '.  A  six  ans  d'inter- 
valle, le  fils  subissait  le  même  supplice  que  le  père.  Bernard,  à  la 
mort  de  Louis  le  Pieux,  avait  joué  un  rôle  très  louche,  flottant 


I.  Le  troisième  exemple  ne  signifie  rien  :  de  ce  que  Vivianus,  donnant  le 
monastère  de  Cunauld  (le  27  décembre  845)  aux  moines  de  Saint-Philibert 
de  Noirmoutier,  parle  des  incursions  fréquentes  et  inopinées  des  Normands 
et  des  Bretons,  il  n'en  ressort  nullement  que  ceux-ci  soient  alliés  et  confondus 
les  uns  avec  les  autres.  Disons  à  ce  propos,  que  avant  d'avoir  à  souffrir  des 
pirates  bretons  et  Scandinaves,  l'île  de  Noirmoutier  et  lîle  d'Yeu  avaient  été 
vers  le  viii^  siècle  visitées  par  des  navires  «  sarrasins  »,  c'est-à-dire  des  pirates 
musulmans  d'Espagne.  Voy.  Ermentier,  1.  II,  c.  10  dans  R.  Poupardin, 
Monuments  des  abbayes  de  Saint-Philibert,  p.  66  et  xxv  (Collection  de  textes 
Alph.  Picard,  1905,  fasc.  38). 

2.  Voy.  Calmette,  De  Bernardo  sancti  GuiUelmi  filio  (Tolosae,  1902),  92; 
cf.  le  Moyen  dge,  1904,  p.  149. 

3.  Voy.  Calmette,  Les  marquis  de  Gothie  sous  Charles  le  Chauve,  p.  6  (extr. 
des  Annales  du  Midi,  1902);  cf.  F.  Lot,  dans  la  Romania,  XXXIII,  145-9- 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  26 1 

entre  Lothaire  et  Charles.  Il  méditait,  si  l'on  en  croit  une  insi- 
nuation de  Nithard,  de  se  tailler  une  principauté  en  Gothie  où 
son  père  avait  laissé  un  souvenir  inoubliable'.  C'est  en  cette 
contrée  que  le  jeune  Guillaume  pouvait  compter  des  partisans; 
c'est  en  Septimanie  et  dans  la  Marche  d'Espagne  qu'il  dût  se 
tenir  après  la  fin  tragique  de  Bernard.  Croire  que  Charles  le 
Chauve  qui  haïssait  ce  dernier  eût  confié  à  son  fils,  un  tout 
jeune  homme  %  un  poste  de  confiance  comme  était  le  duché  de 
Gascogne  avec  Bordeaux,  c'est  se  méprendre  étrangement. 
Sovons  bien  persuadés  qu'il  n'y  a  qu'un  rapport  fortuit  entre 
le  duc  Guillaume  fait  prisonnier  par  les  Normands  en  848  et  le 
jeune  aventurier  du  même  nom  qui  enleva  Barcelone  à  la  fin 
de  cette  année  \ 

Faut-il  faire  remarquer  que  les  rapprochements  entre  la  topo- 


1.  Voy.  F.  Lot  dans  le  Moyen  Age,  1904,  150. 

2.  Il  était    né  en   826,  comme  nous    l'apprend    le   Mamiale  de  sa  mère 
Dodana. 

3.  Bien  entendu  je  ne  me  fais  aucune  illusion.  Cette  identification  inadmis- 
sible sera  reprise.  Je  puis  même  fournir  une  hypothèse  au  naît  qui  recommen- 
cera à  se  livrer  à  ce  sport  :  Bordeaux  â  été  prise,  ainsi  que  son  défenseur 
Guillaume,  duc  de  Gascogne  en  848,  mais  au  début  de  cette  année,  tandis  que 
Barcelone  a  été  enlevée  par  Guillaume,  fils  de  Bernard,  à  la  fin  de  cette  même 
année,  imaginons  que  leduc  de  Gascogne  n'a  pas  été  tué  par  les  Danois(rien 
ne  certifie  sa  mort)  mais  a  été  racheté  par  le  roi,  et  rien  n'empêchera  d'identi- 
fier les  deux  Guillaume.  Pendant  que  je  suis  en  veine  d'hypothèse  je  conti- 
nue :  la  mention  de  Larchamp  comme  situé  «  sur  mer  »  est  une  fiction  épique 
(cette  thèse  ne  sera  pas  plus  difficile  à  soutenir  que  la  proposition  inverse).  En 
réalité,  le  poète  ignorait  la  position  de  Larchamp.  Les  seuls  traits  «  histo- 
riques »  sont  la  prise  de  Bordeaux,  le  séjour  du  comte  Guillaume  à  Barcelone, 
la  dévastation  du  cours  de  la  Garonne  et  de  l'Aquitaine  par  les  païens  maîtres 
de  Bordeaux.  Mandé  par  Girard,  à  la  requête  des  Aquitains  du  Berry,  le 
comte  arrive  en  toute  hâte.  Où  va-t-il  trouver  l'ennemi?  Non  pas  en  Berry 
(c'est  la  déformation  de  la  légende)  mais  sur  la  Garonne.  Précisément,  au 
tiers  du  chemin  environ  entre  Bordeaux  et  la  frontière  de  la  Septimanie  se 
trouve  un  Larchant  (Lot-et-Garonne,  com.  Saint-Pierre  de  Lévignac,  arr. 
Marmande,  cant.  Seyches).  C'est  là  qu'il  faut  placer  la  première  bataille  de  ce 
nom  de  la  Chanson  de  Guillaume.  Cela  conviendra  aussi  «  remarquablement  » 
que  la  localité  de  la  Mayenne,  propo.sée  par  M.  Suchier.  Il  est  vrai  qu'il 
faudra  établir  que  la  véritable  graphie  est  bien  Larchant  et  non  Larchamp. 
Ce  sera  un  jeu  pour  un  esprit  tant  soit  peu  ingénieux. 


262  F.    LOT 

graphie  du  Larchamp  épique  et  la  description  de  la  commune 
de  la  Mayenne  empruntée  au  Dictionnaire  de  Joanne  sont 
d'une  singulière  fragilité  '.  L'auteur  s'abuse  étrangement  en 
les  croyant,  si  l'on  peut  dire,  topiques. 

Faut-il,  enfin,  observer  qu'aucun  texte  latin  ne  nomme  le 
lieu  où  Charles  fut  battu  et  le  duc  Vivianus  mis  à  mort  et  qu'il 
est  d'une  méthode  plus  qu'aventureuse  de  s'appuyer  sur  des 
poèmes  du  xii''  siècle  dont  la  géographie  est  ultra  fantaisiste  pour 
identifier  un  champ  de  bataille  du  ix*"  siècle? 

A  quoi  bon  ? 

Ces  objections  de  sens  commun,  d'autres  encore,  n'ébranle- 
raient pas  l'imperturbable  confiance  de  l'éminent  professeur  de 
Halle  dans  la  solidité  de  son  système. 

L'étude  d'un  texte  qu'il  n'a  fait  que  signaler  en  passant  aura 
peut-être  un  meilleur  succès.  J'entends  parler  de  la  Vita  sancti 
Conwoionis  abhatis  Rotonensis,  écrite  vers  la  fin  du  ix^  siècle  ^  par 
un  moine  de  l'abbaye  de  Saint-Sauveur  de  Redon  qui  avait 
connu  saint  Conwoion.  Il  nous  raconte  une  anecdote  à  pro- 
pos justement  de  la  lutte  qui  mit  aux  prises  Erispoé  et  Charles 
le  Chauve  en  l'année  851.  L'abbé  de  Redon  avait  à  souffrir  des 
insolentes  revendications  de  quelques  seigneurs  bretons,  notam- 
ment d'un  certain  Risweten  et  d'un  certain  Tredoc,  quand 
ceux-ci  durent  obéir  à  la  convocation  du  prince  Erispoé  ordon- 
nant à  ses  sujets  de  se  réunir  en  armes  «  au  delà  de  la  Vilaine.» 


1.  M.  S.  (p.  659)  trouve  dans  la  commune  de  Larchamp  (Mayenne)  une 
fontaine  de  Saint-Guillaume (commt  si  les  lieux  dits  de  Saint-Guillaume  étaient 
rares  en  France),  une  Fosu'  aux  Sarrasins  (comme  si  toutes  les  fortifications 
antiques  n'avaient  pas  été  attribuées  «  aux  Sarrazins  »).  Qu'importe  l'expres- 
sion «  Larchamp-des-Gaules  »,  nom  «  pop  ilaire  »,  selon  l'abbé  Angot 
(comme  si  le  mot«  Gaule  »  n'était  pas  un  mot  de  fabrication  relativement 
récente)!  Une  ferme  s'appelle  depuis  151 3  au  moins  :  «  la  Viviennière  ».  L'au- 
teur remarque,  il  est  vrai,  prudemment  que  «  es  kann  seinen  Namen  einem 
frùherem  Besitzer  namens  Vivien  verdanken  ».    Sans  doute. 

Que  dire  du  rapprochement  proposé  (p.  663),  avec  doute  je  le  veux 
bien,  mais  singulièrement  inquiétant,  de  la  contrée  épique  Commarcis  (la 
Marche  d'Espagne  selon  G.  Paris)  avec  Cormery,  nom  d'une  abbaye  bien 
connue  de  la  Touraine,  dont  le  comte  Vivianus  fut  le  bienfaiteur  ! 

2.  Sur  la  valeur  et  la  date  de  ce  texte,  voy.  L.  Levillain  dans  le  Moyen 
Age,  1902,  pp.  241  et  suiv. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  205 

Ces  deux  personnages,  comptant  piller  et  se  procurer  des  armes, 
usèrent  du  droit  de  gite  pendant  trois  ou  quatre  jours  dans 
une  villa  (appartenant  à  l'abbaye  ')  nommée  lencglina  %  près 
d'une  église  dédiée  à  saint  Pierre.  Mais,  une  nuit,  les  Francs 
arrivèrent  brusquement  et  se  mirent  à  tout  ravager.  Risweten 
et  Tredoc  se  cachèrent  dans  «  l'aire  '  »  d'un  pauvre  homme, 
sous  la  paille.  Mais  ils  furent  trahis  par  un  des  villageois  qui 
dit  aux  Francs  :  «  Si  vous  cherchez  des  Bretons,  en  voici  qui  se 
cachent  sous  la  paille  ».  Les  misérables,  découverts  et  tirés  de 
leur  cachette,  furent  mis  à  mort  à  coups  d'épée  :  leurs  corps 
furent  jetés  sur  la  place  pendant  que  leurs  têtes  coupées  ser- 
vaient de  trophée  aux  Francs  ^. 

De  ce  texte,   M.    Suchier  n'a  retenu    que  ceci  :  qu'Erispoé 


1.  On  verra  dans  un  instant  que  cette  déduction  est  justifiée. 

2.  Mabillon  a  imprimé  lenegUna,  et  cette  faute  s'est  répétée  dans  les  édi- 
tions postérieures  qui  ne  font  que  reproduire  le  texte  qu'il  a  donné  dans  ses 
Acia  Sanct.,  saec.  IV,  part.  II,  p.  199. 

3.  L'éditeur  des  Mon.  Genn.,  SS.,  XV,  456,  veut  corriger  urea  en  arca. 
Cette  correction  est  inutile. 

4.  Le  ms.  unique,  de  la  fin  du  xi^  siècle,  d'après  lequel  Mabillon  avait 
donné  son  édition  a  été  récemment  acquis  par  la  Bibl.  Nat.,  alors  qu'on  le 
croyait  perdu  depuis  le  xviie  siècle  ;  c'est  le  ms.  des  nouv.  acquis,  lat.  662. 
Il  provient  de  la  vente  du  baron  Jérôme  Pichon.  Voy.  Catalogue  de  la  biblio- 
thèque de  Jeu  M.  le  baron  Jcrânie  Pichon.  Troisième  partie  (Paris,  1898,  gr.  in-80) 
p.  191,  no  5560.  Ce  ms.,  déjà  mutilé  au  xyii'  siècle,  nous  est  malheureuse, 
ment  parvenu  dans  un  état  encore  plus  défectueux  qu'au  temps  de  Mabillon. 
Le  chapitre  qui  nous  intéresse  ne  nous  y  a  pas  été  conservé  en  entier  :  le  fol. 
4  (fol.  8  dans  l'ancienne  numérotation)  ne  nous  offre  ni  le  milieu  ni  la  fin.  Je 
ne  juge  pas  inutile  cependant  de  le  reproduire  en  appendice.  Déduction  faite 
des  fol.  1,3  et  5,  remplis  par  un  sermon  pour  nous  sans  intérêt,  on  constate 
grâce  à  une  numérotation  ancienne  (xvie  siècle  ?)  que  les  Gesta  Sanctorum 
Rotouensiuin  ont  comporté  43  fol.  Il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que  les  fol.  8 
(4  de  la  numérotation  contemporaine),  25  à  36  et  38  à  43.  L'original  du 
ixe  siècle,  d'après  lequel  fut  exécutée  deux  siècles  plus  tard  la  copie  représen- 
tée par  le  ms.  662,  devait  être  lui-même  tronqué  à  la  fin  car  la  moitié  infé- 
rieure du  verso  du  fol.  43  est  demeurée  en  blanc  quoique  l'ouvrage  ne  soit 
certainement  pas  terminé  avec  les  dernières  lignes  reproduites.  Une  main  de 
la  fin  du  xvie  siècle,  peut-être  la  même  à  qui  nous  devons  la  première  folio- 
tation,  n'en  a  pas  moins  écrit  au  bas  «  hic  explicit  historia  monasterii 
sancti  Salvatoris  ». 


264  F.    LOT 

donnait  pour  lieu  de  rassemblement  à  son  armée,  une  localité 
de  la  Vilaine.  «  Donc  le  champ  de  bataille  doit  être  cherché 
non  loin  de  la  Vilaine  »,  observe-t-il  judicieusement.  Larchamp 
à  14  kilomètres  de  la  source  et  du  cours  supérieur  de  ce  fleuve 
satistait  remarquablement  aux  conditions  requises  (p.  653). 

Non  !  Car  le  texte  est  plus  explicite.  Il  porte  qu'Erispoë 
ordonne  à  ses  troupes  de  se  porter  au  delà  de  la  Vilaine 
(ultra  Visnonie  fluviiini).  Comme  notre  informateur  réside  à 
Redon,  qui  est  sur  la  rive  droite  du  fleuve,  le  rendez-vous  est 
nécessairement  sur  la  rive  gauche.  Ceci  posé,  on  voit  tout  de 
suite  que  Larchamp  ne  remplit  pas  les  conditions  requises  d'être 
près  de  la  Vilaine  et  en  un  point  où  il  y  a  intérêt  à  dire  qu'on  ira 
sur  l'une  ou  l'autre  rive  de  ce  cours  d'eau.  En  eff"et,  cette  loca- 
lité étant  à  20  kilomètres  au  nord  de  l'Étang-Neuf,  source  de  la 
Vilaine,  n'est  en  réalité  ni  près,  ni  sur  une  rive  du  fleuve. 

Les  mots  essentiels  lencglina,  ecclesia  sancti  Pétri,  M.  H, 
Suchier  les  passe  sous  silence,  sans  doute  parce  qu'il  n'a  pas 
réussi  à  en  retrouver  l'équivalent  sur  la  carte.  Moi  non  plus, 
l'été  dernier,  quand,  à  la  requête  de  M.  J.  Bédier,  je  tentai  de 
rendre  ce  léger  service  à  notre  éminent  collègue,  je  ne  réussis 
point  à  identifier  ces  deux  localités  que  je  cherchai  d'instinct  le 
long  du  cours  de  la  Vilaine  entre  Redon  et  Rennes.  Je  suis 
plus  heureux  aujourd'hui  grâce  à  un  concours  dont  je  parlerai 
dans  un  instant. 

Dans  le  pays  intermédiaire  entre  les  Etats  d'Erispoë  et  la 
Neustrie  carolingienne  les  églises  dédiées  à  saint  Pierre  sont 
fort  rares.  Nous  n'avons  point  l'embarras  du  choix.  Tout 
d'abord  s'offre  à  nous  le  village  de  Langon,  à  25  kilomètres  en 
amont  de  Redon.  Il  appartenait  à  l'abbaye,  et  avait  pour  patron 
s.iint  Pierre;  mais  Langon  est  sur  la  rive  droite  et  il  n'y  a  nul 
rapport,  entre  ce  nom  et  lenci^lina.  Ce  rapport,  au  contraire, 
est  indéniable  avec  Jexgland  ',  hameau  de  la  commune  de 
Fougeray^,  situé  sur  une    petite  éminence  à    i    kilomètre  au 


1.  Le  nom  est  ainsi  écrit  dés  1466  dans  un  aveu  de  la  duchesse  Françoise 
conservé  aux  Archives  de  la  Loire-Inférieure  sous  la  cote  B  1855. 

2.  Chef-lieu  de  canton  de  l'IUe-et-Vilaine,  arr.  de  Redon.  Cf.  Carte  du 
Sjrvice  vicinal,  VIII-18.  On  dit  plus  communément  le  Grand-Fougerav  : 
cette  expression  se  trouve  déjà   au  IX'-' siècle  dans  un   acte  du    14   septembre 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  265 

nord-ouest  de  l'église,  laquelle  est  dédiée  à  saint  Pierre.  Et 
si  l'on  ajoute  que  Jengland,  sur  la  rive  gauche  de  la  Vilaine, 
à  cinq  kilomètres  de  la  rivière,  est  bien,  par  rapport  à 
Redon,  ultra  Fisnonie  jîuvium ',  il  apparaîtra  à  tout  esprit  non 
prévenu  que  nous  avons  là  l'identification  désirée.  La  bataille 
du  22  août  851  gagnée  par  Erispoé  sur  Charles  le  Chauve  s'est 
donc  livrée  près  de  la  rive  gauche  de  la  Vilaine,  à  peu  près  au 
tiers  du  chemin  de  Redon  à  Rennes. 

Ecartons  une  objection  possible.  «  Si  vous  cherchez  des  Bre- 
tons, en  voici  qui  se  cachent  sous  la  paille  »,  dit  aux  Francs  un 
des  paysans  de  lencg liiia.  Ni  \in,  m  sans  doute  ses  co-villageois,  ne 
sont  donc  vraisemblablement  sur  un  territoire  breton-  :  ils  sont  en 
territoire  roman.  Cela  n'exclut-il  point  Jengland  ?  Nullement. 
Et  en  effet,  tandis  que  les  finales  en  -ac  de  nombreuses  localités 
du  border,  aux  environs  de  lencglina,  indiquent  une  population, 
bretonne  au  moins  partiellement,  dans  le  haut  moyen-âge  ', 
la  commune  dont  fait  partie  Jengland  était  de  langue  romane, 
pmsque  FulkeriacHS,  nom  de  ce  domaine  relevant  en  majorité  de 
l'abbaye  de   Redon  +,  s'appelle  non  Fougerac,  mais  Fougeray. 

892,  par  lequel  Coletoc  donne  une  dépendance  de  Fougeray  ;  «  ex  Felkeriaco 
majore  ».  Voy.  Cartul.  de  Redon,  p.  221,  n"  272,  et  p.  376.  Cf.  pour  la 
date  A.  de  la  Borderiedans  les  Annale^  de  Bretagne,  XIII,  443  et  606. 

1.  En  888,  le  comte  de  Bro-Erec,  Alain,  faisant  donation  à  l'abbaye  de 
Redon  d'un  tiers  de  la  villa  de  «  Bron  Concar  »,  celle-ci  est  dite  dans  la 
charte  :  ultra  Visiionie.  Or  le  comte  résidait  à  Redon  même  au  moment  où  il 
faisait  cette  libéralité  et  «  Bron  Concar  »  est,  comme  lencglina,  une  des  par- 
ties du  grand  plou  de  Fulkcriac  =  Fougeray  :  «  Alan,  cornes  Warochie 
provintiae,  tertiam  partem  villae  quae  nuncupatur  Bron  Concar,  sitam  in 
plèbe  Felkeriac  ultra  Visnonie...  Factum  est  hoc  in  Rotono  monasterio.  « 
{Cartnlaire  de  Redon,  p.  187,  n"  239). 

2.  Cette  remarque  m'a  été  faite  par  un  Armoricain,  M.  André  Oheix. 

3.  Voy.  J.  Loth,  Uèmigration  bretonne  en  Armorique,  p.  196-198. 

4.  Outre  les  chartes  de  donations  déjà  citées  où  apparaît  Fougeray  (p.  264, 
note  2,  e;  plus  haut,  note  i  ),  ce  nom  se  retrouve  dans  la  date  d'une  charte 
d'époque  indécise  (848-868)  :  -<  factum  est  hoc  in  plèbe  Fulkeriac,  in  domo 
Sigiberti,  coram  Courantgenoepiscopo  et  coram  Pascuueten  aliisque  nobiiibus 
viris  a  (Cartul.  de  Redon, p.  166,  no  215);  dans  une  donation  du  prince  Salo- 
mon  donnant  à  l'abbaye,  le  2  mars  860,  le  «  randremes  nuncupante  Agulac  in 
plèbe  Fulkeriac  •>  (ibid.,  p.  24,  n"  30;  cf.  Annales  de  Bretagne,  XII,  485)  ; 
enfin,  dans  une  donation   d'Erispoë  gratifiant   l'abbuve  de  deux  randremes 


266 


F.    LOT 


Au  surplus,  pour  bien  saisir  l'épisode  de  lencf^litm,  il  importe 
d'examiner  le  chapitre  où  il  est  enchâssé.  Le  but  de  l'hagiographe 
c'est  de  montrer  le  juste  châtiment  infligé  par  le  ciel  à  qui  per- 
sécute le  monastère  de'  Redon  en  la  personne  de  son  saint 
abbé  Conwoion.  Ces  persécuteurs  ne  sauraient  habiter  très  loin 
de  Redon.  En  effet  on  nous  montre  l'un  d'eux,  un  guerrier 
breton  nommé  Risweten  ',  se  rendant,  la  menace  à  la  bouche, 
à  un  plaid  que  le  saint  homme,  tenait  en  compagnie  du  prévôt 
Leuhemel  %  à  Bains,  domaine  du  Saint-Sauveur,  à  8  kilomètres 
seulement  au  nord  du  monastère',   et  lui    extorquant   vingt 


Aguliac  et  Moi  (Mouais  à  8  kil.  au  sud-est  de  Fougères)  sur  le  fleuve  Kaer 
(le  Chère)  :  «  Ego  Erispoe,  princeps  Britanniae  provinciae  et  usque  ad 
Medanum  fluvium,  donavi  sancto  Salvatori  duas  randremes  Moi  et  Aguliac 
in  plèbe  quae  vocatur  Fulkeriac  super  fluvium  Kaer  »  (Cartulaire  de  Redon, 
p.  367,  append.  n.  xxx).  L'intérêt  de  cet  acte,  passé  en  préser.ce  de  l'abbé 
Conwoion,  àTalensac  (Ille-et-Vilaine,  canton  de  Montforl)  réside  dans  sa 
date  :  mardi  25  août  852  (voy.  La  Borderie,  dans  Annales  de  Bretagne,  XIII, 
598).  Cette  date  est  juste  postérieure  d'un  an  et  d'un  jour  à  celle  de  la 
bataille  où  Erispoé  remporta  une  éclatante  victoire.  Or  ce  délai  d'an  et  jour 
est  celui  qui  confère  la  pleine  propriété  à  qui  est  demeuré  en  saisine  paisible 
d'un  bien  fonds  (voy.  Champeaux,  Essai  sur  la  vestiture  ou  saisine,  thèse  de 
la  Faculté  de  droit  de  Paris,  1899).  Ne  serait-il  pas  tentant  de  croire  que  le 
jour  même  de  la  lutte,  Erispoé,  pour  se  rendre  le  ciel  favorable,  avait  donné 
verbalement  au  Saint-Sauveur  de  Redon  deux  randremes  du  territoire  de  Fou- 
geray,  sur  lequel,  ou  bien  près  duquel,  s'engagea  la  bataille?  —  Je  remarque 
que,  à  deux  kil.  au  nord  de  Fougerav,  à  l'est  de  Jengland,  un  hameau  est 
dit  La  Bataillais.  Serait-ce  l'emplacement  rêvé??  —  Bien  entendu  je  ne  crois 
pas  à  la  persistance  de  souvenirs  «  historiques  ».  Les  endroits  appelés  La 
Bataille  doivent  leur  nom  aux  ossements  et  débris  d'armes  qui  ont  fait  sup- 
poser, et  parfois  justement,  aux  habitants  que,  à  une  époque  indéterminée, 
un  combat  a  été  livré  sur  un  point  de  leur  territoire. 

1.  Ce  nom  se  rencontre  parmi  les  listes  des  témoins  dans  une  dizaine 
d'actes  du  Cartulaire  de  Redon.  Vu  les  dates,  il  est  certain  que  plusieurs  per- 
sonnages, parmi  lesquels  il  est  impossible  de  distinguer  le  nôtre,  ont  porté 
ce  nom.  Signalons  cependant  une  charte  du  31  mars  846  où  un  Rithgen 
figure  avec  un  Beatus  (p.  43,  no  53). 

2.  Leuhemel  apparaît  à  plus  d'une  reprise  dans  le  Cirtulaire  de  Redon,  voy. 
pp.  17,  19,  20,  21,  22,  24,  25,  30,  36,  53,  etc. 

3.  Il  s'agit  de  Bains  (lUe-et-Vilaine,  arr.  et  cant.  de  Redon),  domaine  de 
l'abbaye  où  l'abbé  et  le  prévôt  apparaissaient  comme  présidant  un  plaid,  et 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  267 

SOUS.  Convoqués  par  Erispoë  peu  de  temps  après,  Risweten  et 
un  autre  «  perfide  »,  Tredoc,  n'ont  rien  de  plus  pressé  que 
d'exiger  l'hospitalité  dans  un  autre  domaine  de  l'abbaye,  à 
lenci^lina,  dans  le  dessein  de  se  procurer  des  armes  et  des  vête- 
ments aux  dépens  des  moines  et  de  leurs  paysans  '.  Leur  but 
était  évidemment  de  s'équiper  gratis  pour  le  service  de  leur 
seigneur  Erispoé  \ 


non  de  Bain-de-Bretagne  (lUe-et- Vilaine,  arr.  Redon,  chef-lieu  de  canton),  à 
40  kil.  au  nord-est  de  Redon  et  où  cette  abbaye  n'avait  de  possession  ni,  par 
suite,  de  juridiction  domaniale. 

I.  L'hagiographe  ne  le  dit  pas  expressément,  mais  cela  saute  aux  yeux.  Si 
leiicgliua  n'appartenait  pas  à  son  monastère,  il  ne  se  soucierait  point  que  Ris- 
weten et  Tredoc  y  prennent  quartier  et  cherchent  à  s'v  procurer  des  vivres 
de  l'argent  et  des  armes.  Pour  prix  de  ses  biens  patrimoniaux  qu'il  accusait 
l'abbé  de  lui  avoir  extorqués,  Risweten,  à  Bains,  avait  demandé  un  cheval 
de  guerre,  un  destrier  (equinji  optimum  mihique  aptniii)  et  un  haubert (/o//("«7;/), 
menaçant  en  cas  de  refus  de  nuire  à  l'abbé  et  à  ses  hommes.  On  l'avait 
apaisé  momentanément  avec  la  promesse  de  vingt  sous  de  deniers  qu'il  alla 
touchera  Redon  le  lendemain.  Mais  il  n'avait  pas  osé  avouer  le  marché  à  son 
parent  Tredoc  qui  proférait  les  plus  grandes  violences  contre  les  moines.  La 
compensation  accordée  à  Risweten  était  bien  insuffisante.  Il  n'obtenait  ni  res- 
titution de  terre,  ni  haubert,  et  vingt  sous  qu'il  toucha  pouvaient  représenter 
le  coût  d'un  cheval  de  labour,  mais  nullement  d'un  destrier,  animal  de  prix, 
évalué,  à  une  époque  postérieure  il  est  vrai,  100  sous,  dix  livres  et  même 
300  sous  (Cartiil.  Je  Redoji,  p.  379,  512,  292,  etc.).  Lui,  et  Tredoc  à  plus 
forte  raison,  en  foulant  les  pavsans  de  Jengland  pour  se  procurer  vivres  et 
armes  mettaient  donc  simplement  leurs  menaces  à  exécution.  Leurs  violences 
s'expliquent  et  se  justifient  jusqu'à  un  certain  point.  Dépouillés  par  la  piété 
inconsidérée  de  leurs  parents  ou  d'eux-mêmes,  du  seul  capital  que  connaisse 
l'époqfle,  la  terre,  les  petits  propriétaires  libres  voisins  d'un  monastère 
célèbre,  sont  hors  d'état  de  s'équiper  pour  le  service  de  leur  prince.  Les 
armes  et  chevaux  de  guerre  coûtaient  horriblement  cher,  et  pourtant  il  fallait 
se  les  procurer  et  n'importe  comment.  De  là  des  revendications  furieuses  et 
sauvages  contre  les  moines.  Si  l'on  admet  la  vérité  de  nos  remarques,  une 
conséquence  importante  s'en  dégage  :  il  faut  que  la  bataille  ait  été  livrée  sur 
ou  près  d'un  domaine  du  monastère  de  Redon.  Larchamp  ne  remplissant  pas 
cette  condition  est  à  écarter. 

2.  On  peut  objecter  à  ce  que  l'on  vient  de  lire  que  l'auteur  place  la  querelle 
de  Risweten  et  de  l'abbé  Conwoion  peu  avant  la  lutte  de  Charles  et  d'Erispoé, 
mais  qu'il  existe  un  intervalle  entre  les  deux,  si  fiiible  soitil  {bis  ita  gestis  parvo 
interviillo  facto,  Karoltis  etc.).  En  réalité,  la  scène  entre  le  petit  propriétaire  bre- 


268 


F.    LOT 


Quand  le  ciel  se  fut  vengé,  Conwoion  en  fut  averti .  En 
sage  administrateur  il  envoya  des  messagers  pour  tâcher  de 
rattraper  ses  vingt  sous".  Ceux-ci  cherchèrent  vainement.  Sur 
ces  entrefaites,  un  certain  Beatus  ^  alla  trouver  l'abbé  et  lui 
dit  :  «  As-tu  retrouvé  les  sous  que  tu  donnas  à  l'impie  Riswe- 
ten  ?»  —  «  Non  »  —  «  Les  voici  »,  reprit  Beatus,  en  les  tirant 
de  sa  poche.  Or  cet  homme  «  prudent  et  juste  »  (l'Histoire 
ne  nous  apprend  pas  malheureusement  par  quels  moyens  il 
avait  l'argent)  venait  du  plou  dit  Poliac,  lequel  n'est  autre  que 
Peillac  à  15  kil.  au  nord-ouest  de  Redon  '.  Risweten  qui  habi- 
tait près  de  Bains,  à  mi-chemin  entre  Peillac  et  Jengland,  avait 
peut-être  laissé  la  somme  chez  lui,  ou  l'avait  confié  à  Beatus 
et  n'avait  pas  voulu  se  munir  d'argent  de  poche.  Conwoion  ne 
pouvait  se  douter  de  la  chose.  Soyons  sûrs  qu'il  envoya  enquê- 
ter au  lieu  où  gisait  le  cadavre  de  l'écornifleur.  Si  le  lieu  de 
rassemblement  de  l'armée  d'Erispoé  avait  été  à  Larchamp,  à 
120  kil.  de  Redon,  le  digne  abbé  eût  passé  ses  vingt  sous  au 
compte  profits  et  pertes. 

L'identification  de  lencglina  eût-elle  été  impossible  que 
Larchamp  n'en  serait  pas  moins  à  écarter  d'une  manière  for- 
melle. Cette  localité   n'est  pas,   n'a  jamais  été  sur  une  route 


ton  et  l'abbé  doit  avoir  été  provoque,  soit  par  la  convocation  d'Erispoë,  soit 
tout  au  moins  par  des  bruits  de  guerre,  d'ailleurs  faciles  à  expliquer  puisque 
Charles  est  resté  longtemps  en  vue  de  la  Bretagne  (voy.  pp.  272-273); 
autrement  on  ne  comprendrait  pas  que  Risweten  réclamât  immédiatement 
un  destrier  et  un  haubert.  Au  surplus,  la  brièveté  de  l'intervalle  entre  la 
remise  des  vingt  sous  et  la  mort  de  Riwesten  ressort  du  fait  que  Conwoion 
fait  rechercher  ses  deniers  (numinos):  il  sait  donc  que  le«  perfide  »  n'a  pas  eu 
le  temps  de  s'acheter  un  cheval  avec  l'argent  qu'il  lui  a  remis  dans  ce  but. 

1.  Il  est  impossible  de  savoir  quelle  somme  représenteraient  de  nos  jours 
20  sous,  ou  plutôt,  car  le  sou  est  alors  une  monnaie  fictive  —  240  deniers. 
Tout  ce  qu'on  peut  dire,  c'est  que  pour  cette  somme  on  pouvait  avoir  un 
cheval  ordinaire,  laboureur  ou  bête  de  somme,  mais  non  un  animal  de  guerre. 
Cf.  page  précédente  note  i . 

2.  Deux  autres  personnages  de  ce  nom,  l'un  diacre,  l'autre  prêtre,  le  troi- 
sième laïque,  semble-t-il,  figurent  comme  témoins  ou  donateurs  dans  le  Cartu- 
hiiie  Je  Redon.  L'un  d'eux  est  évidemment  le  nôtre. 

3.  Peillac,  Morbihan,  arr.  Vannes,  cant.  AUaires. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  269 

Stratégique  '.  Or  le  but  du  roi  Charles  en  85 1  était  de  pénétrer 
en  Bretagne.  Les  sources  contemporaines  s'accordent  toutes  sur 
ce  point'.  Deux  objectifs,  et  deux  seulement,  se  présentaient 
au  roi  :  Rennes,  tombé  depuis  peu  au  pouvoir  des  Bretons  %  et 
Vannes,  éternel  objet  de  conflit  entre  ceux-ci  et  les    Francs +. 


1 .  «  Oïl  ne  signale  aucune  route  ancienne  venant  au  bourg  »  et  les  habi- 
tants en  réclament  une  encore  en  1789.  Voy.  le  Dictionnaire  de  la  Mayenne  de 
l'abbé  Angot  (Laval,  1909-1902),  cité  par  M.  S.,  p.  656-657.  —  Ajoutons  à 
cela  que  Larchamp  éloigné  de  la  baie  du  Mont-Saint-Michel  de  30  kilomètres 
n'a  jamais  pu  être  envisagé  comme  situé  «  de  sor  mer  »  ainsi  que  le  dit 
l'épopée.  Que  dire  des  rapprochements  entre  les  descriptions  banales  de 
champ  de  bataille  de  la  Chanson  de  Giiillannie  (une  champeignc,  le  sablon,  un 
tertre,  etc.),  et  la  configuration  de  la  commune  de  Larchamp! 

2.  Outre  la  Vita  Conwoionis  (Karolus  rex...  putabat  quia  posset  totam  Bri- 
tanniam  armis  capere,  etc.).  Voy.  i"  Annales  Angonmoisines:  «  Karolusquarta 
vice  Britanniam  repetens,  cum  Erispoio,  etc.  »  —  2°  Audradus  Modicus,  Rcve- 
lationes  :  «  scias  te  sequenti  anno,  in  hoc  ipso  mense  qui  nunc  est,  Brittan- 
niam  venturum  ibique  ita  ab  inimicis  tuis  deshonestandum  ut  vix  vivus 
évadas...  inhonestissime  a  Brittania  reversus...  »  5°  Régi  non  :  «  Carolus  cum 
magnoexercitu  Brittanniam  intravit.  »  4°  Chronicon  FontanelJense  :  «  inde  in 
Brittaniam  iter  suum  indixit.  « 

Tous  ces  textes,  M.  S.  les  connaît  et  les  cite.  Ils  prouvent,  non  seulement 
que  Charles  voulait  entrer  en  Bretagne,  mais  qu'il  a  réellement  atteint  au 
moins  la  frontière  de  ce  pays.  Comment  alors  proposer  Larchamp  qui  n'était 
pas  et  n'a  jamais  été  en  Bretagne  ?  Il  ne  faut  pas  oublier  que  ce  nom  de  Bre- 
tagne ne  s'est  étendu  que  tardivement  à  l'ancienne  marche  franque  contre  les 
Bretons.  Au  milieu  du  xi'^  siècle  les  Nantais  considèrent  encore  les  Bretons 
comme  des  étrangers.  Voy.  R.  Merlet,  La  Chronique  de  Nantes,  Introd., 
p.  XXXI.  Rennes,  qui  fut  brittonnisée  de  meilleure  heure,  ne  pouvait  l'être  en 
851,  puisqu'elle  venait  de  tomber  au  pouvoir  de  Nominoe  depuis  quelques 
mois  seulement  (voy.  p.  271,  note  i).  L'auteur  breton  des  Gesta  sanct.  Roto- 
nensium,  racontant,  à  la  fin  du  ix^  siècle,  le  voyage  d'un  certain  Fromond  et 
de  ses  frères  de  Rome  en  Bretagne  (Fromond  termine  son  pèlerinage  à  Redon 
=  Rotonuin,  qui  est  bien  en  Bretagne  pour  l'auteur),  place  Rennes  (Redona)  à 
l'entrée  de  la  Bretagne,  mais  non  en  Bretagne  :  «  cumque  appropinquassent 
Brittanniac,  ad  ReJonam  civitatem  accesseruiit,  receptisque  sunt  hospitio  a 
venerabilii  episcopo  noraine  Electramno...  »  (Bibl.  Nat.,  Nouv.  acq.  lat.  662, 
fol.  20  recto).  Si  Rennes,  bien  que  possédé  par  les  princes  bretons  depuis  85 1 
comme  vassaux  du  roi  de  France,  n'est  pas  en  Bretagne,  que  dire  de  Lar- 
champ! Cf.  J.  Loth,  L'cniigralion  hrelonnecn  Armorique,  p.  184-185. 

3.  Voy.  plus  bas,  p.  271,  note    i. 

4.  A.  de  la  Borderie,  op.  cit.,  1,  506;  II,  6,  8. 


270  F.    LOT 

Les  armées  du  haut  moyen-câge  se  concentraient  en  suivant  les 
anciennes  routes  romaines'  :  pour  gagner  la  Bretagne,  Jeux 
voies  s'offraient  aux  Francs,  l'une  par  la  Beauce  et  le  Mans, 
l'autre  par  la  Loire  et  Tours;  mais  toutes  deux  aboutissaient 
au  même  point,  Angers,  car  il  ne  semble  pas  avoir  existé  de 
route  empierrée  allant  du  Mans  à  Rennes^.  Si  on  voulait 
atteindre  cette  dernière  ville,  ilfiillaitdu  Mans  gagner  Angers 
et  là  rejoindre  la  voie  romaine  unissant  les  antiques  cités  de 
Juliomagus et  deCondate,  en  passant  par  Coiiibaristiim  '  et  Sipia-^. 
C'est  bien  ce  que  fit  le  jeune  Charles  quand,  à  l'automne  de 
843,  il  alla  mettre  le  siège  devant  Rennes  '.   De  même  en  850, 

1.  Il  faudrait  tout  un  mémoire  pour  appuyer  cette  assertion  qui  découle 
de  l'étude  du  règne  de  Charles  le  Chauve  auquel  je  me  consacre  depuis  plu- 
sieurs années. 

2.  En  avril  865,  on  voit  Charles  s'avancer  du  Mans  jusqu'au  monastère 
(ïlnlcramiis  où  le  duc  des  Bretons,  Salomon,  vient  lui  prêter  serment  de 
vassalité  {Annales  Bertiniajii,  éd.  Waitz,  p.  61).  Entrammes  (Mavenne,  cant. 
Laval),  où  se  rencontrent  les  deux  princes,  est  près  de  la  Mayenne,  juste  à  la 
limite  de  leurs  états,  à  rai-chemin  d'une  ligne  droite  tirée  du  Mans  à  Rennes. 
Nous  sommes  en  présence  d'une  véritable  rencontre  diplomatique  et  non 
d'une  expédition  militaire.  L'hommage  qu'y  rend  Salomon  a  le  caractère 
d'un  hommage  «  en  marche  »,  comme  on  dira  beaucoup  plus  tard.  Les  deux 
princes  n'avaient  besoin  que  d'une  escorte  pour  se  rencontrer  à  Entrammes 
et  pouvaient  chevaucher  à  travers  champs.  Au  reste,  même  si  une  route 
existait  à  l'époque  carolingienne  entre  le  Mans  et  Rennes,  elle  laissait  Lar- 
champ  à  dix  lieues  au  nord. 

3.  Châtelais,  Maine-et-Loire,  arr.  et  cant.  Segré.  Vov.  Longnon,  Atlas 
historique,  p.  27. 

4.  «  Le  passage  de  la  Seiche  à  Visseiche  ;>  (llle-et-\'ilaine,  arr.  Vitré, 
cant.  La  Guerche).  Vov.   Longnon,   Atlas  historique,  p.  31. 

5.  En  effet  «  Lauriacum  in  pago  Andegavensi  «  où  Charles  tint  un  concile 
au  mois  d'octobre  843  (Capitularia,  éd.  Krause,  II,  391  et  402)  quelques 
semaines  avant  de  marcher  sur  Rennes,  doit  être  identifié  avec  Loire  (Maine- 
et-Loire,  arr.  Segré,  cant.  Candé),  à  12  kil.  de  la  voie  romaine  d'Angers  à 
Rennes.  Loire  était  une  villa  appartenant  à  Saint-Martin  de  Tours  (voy.  un 
diplôme  de  Charlemagne  dans  les  Historiens  de  France,  V,  737  et  la  rédac- 
tion contenue  dans  la  coll.  Baluze,  t.  76,  fol.  6),  Charles  se  sera  un  peu 
détourné  de  son  chemin  pour  trouver  en  ce  lieu  une  installation  pour  la 
nombreuse  suite  de  laïques  et  d'ecclésiastiques  qui  l'accompagnait. 

C'est  pendant  que  Charles  campait  sous  les  murs  de  Rennes  qu'il  donna 
au  comte  de  Touraine,  Alton,  des  biens  sis  en  Dessin,  par  un  précepte  du 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  27 1 

quand  il  reprit  sa  campagne  contre  Rennes  qu'il  arracha  un 
instant  à  Nominoé  '.  L'objectif  des  Francs,  d'ordinaire,  est 
tout  autre.  Au  ix*"  siècle,  le  centre  de  la  péninsule,  couverte  par 
les  landes  de  la  forêt  de  Brécilien,  est  impraticable  aux  armées \ 
Les  princes  bretons  insoumis  résident  au  sud-ouest  de  la  grande 
forêt,  dans  le  Vannetais  ou  plutôt,  comme  ils  disent,  le  Bro- 
Erec,  qui  s'étend  du  Blavet  à  la  Vilaine.  C'est  là  qu'il  s'agit  de 
les  atteindre  '.  Un  premier  obstacle  s'offre  aux  armées  franques 
parties  de  l'Anjou,  le  cours  de  la  Vilaine.  A  son  embouchure 
le  fleuve,    pendant  l'antiquité  et    le    moyen    âge,  était  quasi 


13  novembre  843  (Tardif,  Cartons  des  rois,  no  144).  C'est  dans  cet  acte 
obtenu  par  son  intercession  qu'apparaît,  on  Fa  vu  plus  haut  (p.  258  note  3), 
Vivianus  comme  camerarius.  M.  Suchier  (pp.  666  et  670-671)  attire  l'atten- 
tion sur  la  Bible  offerte  en  845,  à  Charles  le  Chauve  par  ce  personnage,  abbé 
laïque  de  Saint-Martin  de  Tours,  qui,  dans  les  vers  de  la  dédicace,  est  qualifié 
héros  {\'oy.  Bibl.  Nat.,  ms.  lat.  i,  fol.  412  verso).  «  La  tournure  aiite  Brito 
stabilis  fiel  (ibid.,  422  recto),  semble  faire  allusion,  à  une  guerre  contre  les 
Bretons,  à  laquelle  il  avait  pris  partie  »,  et  M.  S.  suppose  que  «  cette  expé- 
dition pourrait  répondre  à  la  seconde  campagne  que  la  chanson  de  geste 
attribue  à  Vivien  ;  car  évidemment  celle-ci  était  dirigée  contre  les  Vikings 
et  leurs  alliés  bretons.  »  Ce  serait  plutôt  une  allusion  à  la  campagne  très 
historique  de  Charles  contre  Rennes  en  novembre  843.  Ces  vers  Anie  Brito... 
sont  à  la  fin  de  la  première  dédicace  et  visent  Charles,  non  Vivien,  lequel 
n'est  nommé  que  dans  la  seconde  pièce  de  vers. 

1.  Chronicon  Foiitanellense  dans  Hisior.  de  Fr.,  VII,  42.  Après  avoir  tenu 
le  plaid  général  à  Verberie,  puis  un  concile  où  son  adversaire  est  condamné 
(lettre  84  de  Loup  de  Ferrières  ;  cf.  Levillain,  Etudes  sur  les  lettres  de  Loup 
de  Ferrières,  p.  136),  Charles  prend  par  l'Anjou  pour  aller  assiéger  Rennes. 
Les  diplômes  le  montrent  :  le  3  août  à  Bonavalle,  c'est-à-dire  Bonnevaux 
près  de  Braisnes-  sur-AUonnes,  à  mi-chemin  entre  Tours  et  Angers  ;  le 
7  août  à  Fedrarias,  c'est-à-dire  Verrières  dans  la  com.  de  Morannes  (Maine- 
et-Loire,  arr.  Baugé,  cant.  Durtal)  ;  le  25  août  à  Canibriliaco,  c'est-à-dire 
Chambellay  (Maine-et-Loire,  arr.  Segré,  cant.  Le  Lion  d'Angers),  bien  dans 
le  sens  de  la  voie  romaine  Angers-Rennes,  par  Combaristuni,  c'est-à-dire 
Châtelais. 

2.  Voy.  La  Borderie,  op.  cit.,  1,  42  sq. 

3.  Nominoë  se  tient  souvent  à  Coetlou  sur  la  rivière  d'Out.  Ses  missi  se 
montrent  à  Langon,  à  Bains,  à  Renac,  à  Sixt,  à  Peillac.  «  Là  était  la  force, 
le  séjour  habituel  de  Nominoé  et  le  siège  de  sa  puissance  :  c'était  donc  là 
qu'il  fallait  frapper  »,  dit  très  justement  La  Borderie  (II,  .170)  à  propos  de  k 


272  F.    LOT 

infranchissable  '.  En  aval  de  Redon,  et  même  à  quelques  kilo- 
mètres encore  en  amont,  le  passage  du  cours  d'eau  était  malaisé. 
Ce  n'est  qu'à  une  dizaine  de  kilomètres  en  amont  qu'il  com- 
mence à  être  praticable.  En  845,  quand  Charles  fit  un  raid 
d'une  folle  témérité  sur  le  territoire  breton,  c'est  à  Langon, 
ou  près  de  Langon  qu'il  dût  passer  l'eau  pour  aller  se  faire  cer- 
ner à  quelques  kilomètres  de  la  rive  droite,  à  Ballon,  dans  la 
commune  actuelle  de  Bains  dont  il  vient  d'être  question  ^. 

En  851,  quel  est  son  objectif  ?  Celui  de  843  et  850:  Rennes? 
Celui  de  845  :  le  Vannetais  ?  Dans  les  deux  cas,  le  point  de 
départ  est  le  même,  l'Anjou '.  En  851  Charles  s'attarde  en 
cette  contrée,  peut-être  pour  y  attendre  les  mercenaires 
saxons  qui  apportent  à  l'ost  des  Francs  d'Occident  l'appoint 
de  l'infanterie  ■♦.  Le  16  août,  il  est  encore  à  Juvardeil  \  Six 
jours  après  il    subit  une  défaite    écrasante    en   une  localité    à 


campagne  de  Charles  de  845.  On  pourrait  reprendre  cette  phrase  et  l'appli- 
quer à  l'expédition  de  8  5 1  :  la  position  respective  des  deux  adversaires  est  la 
même.  Tout  en  croyant  que  la  bataille  du  22  août  851  s'est  livrée  en  Anjou, 
La  Borderie  (II,  71,  n.  4)  a  senti  qu'elle  avait  eu  lieu,  plus  loin,  vers  VOuest. 

1.  A.  de  Courson,  Cartulaire  de  Redon,  p.  759-760;  La  Borderie,  ci/',  cit., 
II,  470. 

2.  La  Borderie  (II,  38,  48,  471,  472)  présente  h  ce  propos  de  bonnes 
observations  topographiques  et  stratégiques.  Son  récit  de  la  bataille  de  Bal- 
lon, où  il  attribue  à  Charles  une  «  immense  armée  «,  alors  que  le  roi  n'avait 
même  pas  encore  levé  l'ost,  est  malheureusement  annihilé  par  une  grosse 
méprise  :  il  applique  à  la  surprise  de  843  le  texte  de  Reginon,  lequel  concerne 
indubitablement  la  bataille  du  22  août  851.  M.  Suchier  n'est  pas  tombé  dans 
cette  erreur. 

3.  La  levée  de  l'ost  avait  coïncidé  avec  \c  placitum  générale  xcnu  'à  Roucy 
(Aisne,  arr.  Laon,  cant.  Neuchâtel-sur-Aisne)  sans  doute  vers  mai  (Chron. 
Fontauell.  dans  Histor.  de  Fr.,  VII,  42-43).  Dès  le  5  juillet,  le  roi  est  en 
Anjou  (vov.  R.  Merlet,  Guerres  d'indépendanc,...,  p.  26). 

4.  Les  Francs  occidentaux  ne  combattaient  plus  qu'à  cheval  depuis  long- 
temps. Voy.  Ch.  Oman,  History  0/  the  art  of  ivat  (London,  1898),  p.  73. 
Il  est  intéressant  de  lire  dans  Nithard  le  récit  des  expéditions  de  Charles 
de  840  à  843  pour  s'assurer  de  son  rovaume  :  ce  sont,  de  la  Meuse  à  la 
Garonne,  de  la  Bretagne  au  Rhin,  des  chevauchées  à  bride  abattue  du  jeune 
souverain  suivi  d'une  poignée  de  cavaliers. 

5.  Gaverdoliuni  où  le  roi  donne  à  cette  date  un  précepte  au  diacre 
Anschier,   moine  de   Saint-Aubin  d'Angers,  est  Juvardeil    (Maine-et-Loire, 


VIVIEN    ET    LAKCHAMP  273 

déterminer.  L'objectif  pouvait  très  bien  être  Rennes.  Nominoé 
avait  repris  cette  cité  au  roi  dès  la  lin  de  850'.  En  ce  cas,  la 
lutte  se  serait  livrée  sur  un  point  de  la  ligne  Juvardeil-Rennes- 
dont  la  longueur  à  vol  d'oiseau  est  approximativement  de 
90  kil.  La  bataille  aurait  eu  lieu  avant  que  Charles  eût  atteint 
Rennes,  et  en  un  point  situé  à  droite  de  la  Vilaine,  soit  vers  La 
Guerche.  Le  désert  de  Larchamp  qui  est  éloigné  de  50  à  60 
kilomètres  au  nord-est  et  à  droite  ne  saurait  convenir. 

Il  n'est  pas  plus  admissible  dans  l'hypothèse  où  Charles  se 
serait  dirigé  à  travers  champs  vers  un  point  un  peu  en  amont  de 
Redon,  Langon  par  exemple,  car,  en  ce  cas,  la  bataille,  livrée 
près  de  la  rive  gauche  de  la  Vilaine,  ne  serait  pas  fort  éloignée 
de  cette  dernière  localité.  Au  siècle  suivant,  les  landes  qui 
s'étendent  dans  cette  direction  serviront  de  champ  de  bataille 
aux  Angevins  et  aux  Bretons.  Conquereuil,  où  périt  un  duc  de 
Bretagne 5,  est  à  15  kil.  au  sud-est  de  Langon,  à  30  kil.  à  l'est 
de  Redon.  Larchamp  à  100  ou  120  kilomètres  au  nord  ne  peut 
entrer  en  ligne  de  compte. 

L'identification  de  lencgllna  avec  Jengland  montre  que  la 
dernière   hypothèse    est    la    bonne,    mais,    on    le   voit,    nous 


arr.  Segrc,  caut.  Châteauneut-sur-Sarthe).  Le  diplôme  est  dans  les  Historiens 
de  France,  VIII,  518,  no  cv,  et  dans  Bertrand  de  Broussillon,  Cart.  de  Saint- 
Aubin,  p.  28,  n°  XVI. 

1.  R.  Merlet,  Guerre  d'indcpendance  de  la  Bretagne,  p.  10.  Remarquer,  en 
outre,  que  la  campagne  de  851  semble  le  calque  de  celle  de  850.  Le  roi,  parti 
après  le  plaid  général  (Verberie,  juin  850,  Roucy,  mai-juin  8)i),  arrive 
bientôt  en  Anjou.  Camhriliaco  où  nous  le  montre  un  acte  (inédit)  le  25  août 
(cf.  p.  271,  note  i)  fait  le  pendant  de  Juvardeil  qui  n'en  est  éloigné  que  de 
10  kil.  et  où  le  roi  parait  le  16  août  851. 

2.  Charles  a  pu  aussi  descendre  la  voie  romaine  de  Juvardeil  jusqu'à 
Angers  et,  de  là,  reprendre  par  Châtelais  (cf.  plus  haut,  p.  270,  note  3)  et 
Visseiche,  près  de  la  Guerche,  pour  aller  sur  Rennes.  Cela  ne  modifierait 
point  sensiblement  notre  hvpothèse. 

3.  Conan,  comte  de  Rennes  et  duc  des  Bretons,  y  fut  tué  le  27  juin  992  : 
«  Anno  DCCCCLXXXXII  secundura  belluni  Britannorum  et  Andegavorum 
in  Concruz,  ubi  occisus  est  Conanus  Britanniae  consul,  V  kal.  julii  »  (voy. 
dans  R.  Merlet,  Chronique  de  Nantes,  p.  132,  note  2).  Onze  ans  auparavant, 
Conan  avait  sur  le  même  champ  triomphé  des  Angevins  et  des  Nantais  (ibid., 
p.  1 19,  note  1). 

Remania,  XXXV  .o 


274  F.    LOT 

n'avions  même  pas  besoin  de  retrouver  sur  la  carte  cette  loca- 
lité pour  écarter  Larchamp. 

Nous  n'avions  même  pas  besoin  de  connaître  vers  quel  point 
précis  de  la  Bretagne  se  dirigeait  le  roi  des  Francs.  Il  suffisait 
de  savoir  qu'il  est  en  Anjou  le  r6  août,  et  qu'il  est  battu  par  les 
Bretons  six  jours  après,  pour  repousser  absolument  l'identifica- 
tion de  M.  Suchier.  Jamais  un  chef  d'armée  dans  la  situation 
où  est  Charles  le  lé  août  n'aura  l'idée,  voulant  attaquer  la 
Bretagne,  de  marcher,  non  vers  l'ouest  ou  le  nord-ouest, 
mais  directement  au  nord  dans  la  direction  d'une  lande 
perdue  du  Maine  où  ne  le  conduit  aucune  route.  Chose  plus 
extraordinaire  encore,  l'adversaire  partagerait  la  démence  du 
roi.  Erispoë,  qui  voit  son  ennemi  séjourner  en  Anjou  un  temps 
fort  long,  six  semaines  pour  le  moins',  au  lieu  de  chercher  à 
protéger  sa  frontière,  aurait  l'idée  folle  d'envoyer  ses  Bretons 
se  concentrer  dans  le  Maine  alors  que  tout  indique  que  les 
Francs  porteront  leur  effort  sur  la  ligne  Redon-Rennes.  Certes, 
les  gens  du  ix^  siècle  étaient  de  piètres  stratégistes,  mais  il  y  a 
à  la  guerre  des  règles  tellement  élémentaires  qu'elles  valent 
pour  tous  les  temps  et  tous  les  pays. 

Le  seul  point  de  contact  entre  la  poésie  et  la  réalité,  Lar- 
champ, étant  écarté,  la  thèse  de  M.  Suchier  s'écroule  tout  entière. 

Je  ne  me  sens  ni  le  goût  ni  le  courage  de  reprendre  mainte- 
nant un  à  un  les  rapprochement  de  l'auteur  et  de  les  renverser 
en  les  touchant  du  doigt.  J'aurais  mauvaise  grâce  à  ce  jeu, 
n'étant  pas  l'auteur  de  la  belle  identification  qu'on  vient  de 
lire  —  le  mérite  en  revient  à  M.  l'abbé  Bossard-  — ,  et  ayant, 


1.  Voy.  plus  haut  p.  272,  note  3. 

2.  M.  l'abbé  Bossard  prépare  depuis  plusieur-.  années  un  Dictionnaire  topo- 
graphique  du  département  d'Ille-et-Vilaitie.  Consulté  à  ma  demande  par  mes 
élèves  et  amis,  MM.  S.  Canal  et  A.  Lesort,  i!  a  bien  voulu,  par  deux  lettres 
des  29  décembre  1905  et  6  février  1906,  leur  fournir  des  renseignements 
dont  j'ai  tiré  grand  profit.  Un  peu  hésitante  tout  d'abord  (M.  l'abbé  B.  subis- 
sait l'influence  du  livre  de  La  Borderie  qui  place  la  bataille  du  22  août  en 
Anjou),  l'opinion  de  notre  correspondant  en  faveur  de  Jengland  s'est  vite 
affermie.  J'espère  que  le  présent  article  lèvera  ses  dernières  hésitations  dans  le 
cas  ou  il  lui  en  resterait. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  275 

moi  aussi,  péché  plus  d'une  fois  sans  doute  contre  le  bon  sens 
en  proposant  des  identifications  fantaisistes  entre  tel  figurant 
épique  et  tel  personnage  de  l'époque  carolingienne.  Mais  n'est- 
il  pas  inquiétant  de  voir  avec  quelle  intrépidité  un  homme 
éminent  s'est  enfoncé  dans  l'erreur,  avec  quelle  allégresse  il  a 
gâché  son  temps  et  sa  peine,  pour  arriver — triomphant  —  aune 
conclusion  absolument  vaine  ?  Puisse  cette  méprise  nous  servir 
à  tous  de  leçon.  Il  est  temps  de  mettre  fin  à  des  recherches 
inspirées  par  les  plus  futiles  analogies,  il  est  temps  de  cesser,  à 
propos  de  fictions,  d'entasser  d'autres  fictions. 

Ferdinand  Lot. 


APPENDICE 

VIII.  —  DE  INTEKFECTIOXE  RISWETEN  ET  TREDOC  ' 

Vas  electionis  et  doctor  gentium  Paulus  apostolus  cunctis  tidelibus  alloqui- 
tur  dicens  :  «  omnes  qui  pie  volunt  vivere  in  Christo  persecutionem  patien- 
turpropter  justitiam  ».  Nam  et  ipse  dominusnoster  Jésus  Christus  in  evange- 
lio  suis  discipulis  dixit  :  «  si  me  persecuti  sunt  et  vos  persequentur,  tamen 
confîdite  quia  ego  vici  mundum  ».  Q.uadam  itaque  die,  cum  sanctus  et  vene- 
rabilis  vir  noniine  Convoion  abbas,  pro  causa  monasterii  una  cum  venerabili 
viro,  nomine  Lehuhemelo  praeposito  pergeret  ad  ecclesiam  suam  quae  nun- 
cupatur  Bain,  ibique  [essent]  et  discussissent  causas  et  jurgia  virorum  inter 
seipsos  et  bene  inter  eos  ordinassent,  repente  adfuit  quidam  tyrannus  atque 
invidus,  nomine  Risweten.  Nam  et  ipse  ex  invidis  erat  qui  sancti  loci  felicita- 
tem  invidebant.  Cumque  nimis  inter  se  multa  jurgia  ille  perfidus  incitaret, 
sancti  viri  dixerunt  :  «  non  est  conveniens  ut  hodie  inter  nos  disceptemus 
sed  consîituamus  tempus,  in  quo  tempore  aut  pacem  habeamus  aut  scanda- 
lum  ».  Quibus  ille  perfidus  respondit  cum  jurgio  et  superbia  :  «  si  vobis  rec- 
tum videtur,  reddite  mihi  hereditatem  meam  quam  injuste  et  sine  lege  possi- 
detis;  sin  autem  non  vultis  hereditatem  meam  mihi  reddere,  saltem  vel  vil- 
lam    iliam   quae  dicitur     Losin  -    mihi    accomodate   et    equum    optimum 


1.  Gfsta  sancloium  Rotoiiensiuiii  ou  Vita  sancti  Coinuoionis  dans  Mab'ûlon, 
Acta  Sanct.  ord.  sancti  Bened.,  saec.  IV,  part.  II,  198,  199;  —  Bibl.  nat., 
Nouv.  acquis.  lat.  662,  fol.  4. 

2.  Peut-être  Lisitt,  donné  au  monastère  le  8  avril  858  par  un  certain 
Rithgen.  Voy.  Cartul.de  Redon,  éd.  A.  de  Courson,  p.  357,  n"  X. 


276  F.    LOT 

mihique  aptum  sed  et  loricam  date.  Si  hacc  quac  dico  non  vultis  implore 
denuntio  vobis  quia  quantum  praevaluero  et  vobis  et  vestris  hominibus 
nocebo.  »  —  Ad  haec  verba  sanctus  et  venerabilis  abbas  Conwoion  respon- 
dit  :  «  haec  verba  quae  tu  loqueris  non  possumus  implcre,  quia  terram  sancti 
Salvatoris  quae  illi  consecrata  est  nulli  liomini  debemus  dare  quia  ad  victuni 
et  ad  vestimentum  monachorum  a  regibus  illis  est  data.  Nam  neque  equum 
optimum  possumus  invenire  neque  loricam,  quia  non  est  noster  usus  his 
armis  indui,  sed,  si  tibi  placct,  viginti  solidos  ab  aliisinveniemus  quia  nos  non 
habcmus.  Hos  '  accipe  et  caballum  de  eis  enie.  »  Quod  ita  factum  est.  Tune 
ille  perfidus  ad  sua  propria  est  reversus,  similiter  et  monachi  ad  mouasterium 
sunt  reversi.  Altéra  vero  die,  ecce  iterum  ille  tyrannus  ad  monasterium  secun- 
dum  suum  placitum  venit  repente  =  solidos  quos  spo[po]nderat  venerabilis 
abbas.  Tune  piissimus  Conwoion  abbas  reddidit  ei  etiam  per  nummos  viginti 
solidos.  Ille  vero  perfidus  cum  in  manu  eos  haberet  ita  prophetavit  dicens  : 
«  quid  mihi  prodest  si  eos  mecum  abstulero?  non  erunt  michi,  in  adjutorium 
sed  in  opprobrium  »,  et  statim  a  sancto  loco  discessit.  Cumque  iter  pergeret 
ecce  alius  perfidus,  nomine  Tredoc,  obviam  ei  advenit,  cui  et  dixit  :  «  unde 
venis,  inveterate  canis  ?  num  hereditatem  nostram  illis  seductoribus  vendi- 
disti?aut  quale  praetium  ab  eis  accepisti  ?  indica  michi.  Non  ita  erit,  sed 
quando  tempus  invenero  omnes  seductores  illos  jugulabo  et  cadavera  eorum 
in  mare  praecipitabo  ».  Ille  vero  respondens  ait  :  «  falsumtu  loqueris,  nec  here- 
ditatem tuam  vendidi,  nec  precium  abeisaccepi  sed  tantummodo  sacramen- 
tum  atque  juramentum  Evangelii  illis  feci  »  —  pro  nihilo  ille  miserrimus 
ducebat  sacramentum  sancti  Evangelii  — ,  et  ita  ab  invicem  discesserunt.  His 
ita  gestis,  parv£)  intervallo  facto,  Karolus  rex  commovit  universum  exercitum 
suum  :  pulabat  enim  quia  posset  totam  Brittanniam  armis  capere  et  strages 
et  sectas  hominum  facere  et  totam  provinciam  in  sua  dominatione  perdu- 
cere.  At  ubi  Erispoe,  qui  tune  Britanniam  regebat,  haec  omnia  audivit,  jussit 
et  ipse  exercitum  suum  praeparari  et  mandavit  ut  omnes  parati  essent 
et  praeirent  eum  ultra  Visnonii^  fluvium.  Statim  cuncti  Brittones  a 
sedibus  suis  surrexerunt.  Tune  et  illi  duo  perfidi  Riswetenus  et  Tredoc 
una  eum  eis  properaverunt  :  putabant  enim  quod  spolia  diriperent  et 
arma  et  vestes  caperent.  Habueruntque  hospicium  in  villa  que  vocatur  lenc- 
glina,  prope  aecclesiam  sancti  Pétri  apostoli.  Cumque  ibi  mansissent  per  très 
aut  quatuor  dies,  subito  irruerunt  Franci  s  per  noctem  et  vastaverunt  totam 
villam.  Quod  illi  audientes  absconderunt  se  in  area  cujusdam  pauperis  sub 
paleis,  ibique  latuerunt  sicuti  quondam  latuerunt  quinque  reges   in  spelunca 

1.  Ici  commence  le  fragment  conservé  dans  le  ms.  des  Nouv.  acquis,  lat. 
662,  fol.  4. 

2.  Sic,  pour  repeleiis. 

3.  Une  main   du  xv^  (?)  siècle  a  ajouté   les  deux  lettres  ci  de  manière  à 
transformer  «  Franci  »  en  «  Francici  »,  les  Français. 


VIVIEN    ET    LARCHAMP  277 

a  facie  Josuc  fugientcs.  Cumque  vero  Franci  villam  circumdarent,  unus  e 
populo  ait  illis  :  «  si  Britones  queritis,  ccce  latitant  in  palcis.  »  Illi  vero 
concito  gressu  ad  aream  pcrgunt  ibique  ces  latitantes  reperierunt,  eductisque 
gladiis  statim  ces  trucidaverunt  et  corpora  eorum  in  piateis  projecerunt  et 
capita  seorsum  posuerunt.  Tune  adinipletum  est  quod  dictum  est  per  pro- 
phetam  dicentem  :  «  qui  foditfoveam  proximo  suo  primus  incidit  in  iilam.  » 
Illi  namque  cogitaverunt  trucidare  sanctos  Dei  monachos  sed  non  potuerunt 
[quia|  Deus  caeli  defensor  eoruni  est.  Per  omnia  benedictus  Deus  qui  (perj- 
didit  inipios.  Post  hoc  factum,  nuntiatum  est  sanctissimo  ■  viro  quod  decol- 
lati  essent  illi  supradicti  perfidi,  misitque  nuntios  ad  perquirendos  nummos 
sucs.  Et  erat  quidam  vir,  nomine  Beatus,  vir  prudens  et  justus,  in  plebe  quae 
vocatur  Poliac.  Ut  autem  audivit  quia  venerabilis  Conwoion  requireret  soli- 
des suos,  venit  ad  eum  et  dixit  ei  :  «  quid  quaeris  ?  utrum  reperisti  nummos 
tuos  quos  dcdisti  iniquo  Risweteno  ?  » —  Ille  autem  respondens  dixit  :  «  non 
inveni.  »  —  Statim  ille  vir  retulit  nummos  de  sinu  suo  et  reddidit  reve- 
rentissimo  viro.  Et  impleta  est  prophetia  superius  perfidi,  ubi  ait  quia  «  non 
in  adjutorium  mihi  sed  in  opprobrium  sunt  isti  solidi  »,  sicuti  quondam  Cai- 
phas,  pontifex  Judaeorum,  dixit  quia  expediret  unum  hominem  mori  pro 
populo  ne  tota  gens  periret.  Hoc  autem  a  seipso  non  dixit,  sed  quia  cum 
pontifex  esset,  coepit  prophetare  de  Christo,  quia  Jésus  pro  salvatione  totius 
mundi  esset  moriturus. 


I.  Le  fragment  du  ms.  fiait  avec  ce  mot  au  bas  du  fol.  4  verso. 


MÉLANGES 


NOUVEAUX  TEMOIGNAGES  SUR  PIERRE  DE  NESSON 

Grâce  aux  deux  très  curieux  articles  de  M.  Ant.  Thomas  ',  la 
biographie  du  poète  auvergnat  Pierre  de  Nesson  a  fait  récem- 
ment un  grand  pas.  Qui  oserait  dire  qu'elle  est,  dès  à  présent, 
complète  ?  Un  document,  dont  on  trouvera  ci-dessous  la  tran- 
scription, d'autres  que  je  vais  indiquer  serviront  peut-être  à 
établir  que  l'auteur  du  Lai  de  Guerre  et  des  Vigiles  des  Morts  ne 
s'est  pas  borné,  comme  on  le  croit,  à  exercer  l'office  d'élu  sur 
le  fait  des  aides  au  diocèse  de  Clermont,  mais  que  l'attention 
de  Charles  VII  s'est  fixée  un  moment  sur  lui,  et  qu'il  a  dû 
faire  partie  d'une  grande  amibassade  chargée  par  le  roi  de 
France  d'une  mission  singulièrement  grave. 

C'était  en  1436.  Il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que  de  con- 
jurer le  schisme  prêt  à  reparaître  dans  l'Église  et,  pour  cela,  de 
faire  entendre  raison  successivement  aux  pères  du  concile  de  Bâle 
et  au  pape  Eugène  IV  :  aux  premiers  il  fallait  persuader  que 
quelques  ménagements  à  l'égard  du  Saint-Siège  étaient  indispen- 
sables ;  au  second,  il  fallait  représenter  la  nécessité  des  réformes. 
L'intérêt  de  la  France  n'était  pas  oublié  dans  les  très  longues 
mstructions  dictant  aux  ambassadeurs  le  langage  qu'ils  devaient 
tenir  à  Bâle  d'abord,  ensuite  à  Bologne,  où  résidait  le  pape. 
S'ils  ne  parvenaient  pas  à  se  faire  écouter,  ils  devaient  insinuer 
que  l'Église  de  France  pourrait  être  amenée  à  régler  sa  situa- 
tion elle-même,  en  se  conformant  aux  principes  du  droit  com- 


I.  Notes  et  documents  inédits  pour  servir  à  la  biographie  de  Pierre  de  Nesson 
(Romania,  XXXIII,  540-555;  Nouveaux  documents  inédits  pour  servir  à  la  bio- 
graphie de  Pierre  de  Nesson  (ibid.,  XXXIV,  540-558). 


NOUVEAUX    TEMOIGNAGES    SUR    PIERRE    DE    NESSON  279 

mun  :  on  agitait  ainsi  d'avance  le  spectre  de  la  Pragmatique 
Sanction  qui,  deux  ans  plus  tard,  à  Bourges,  allait  devenir  une 
réalité  fâcheuse. 

Les  personnages  chargés  de  mener  à  bien  cette  double  négo- 
ciation étaient  surtout  connus  jusqu'ici  par  une  pièce  datée  de 
Loches,  le  30  mars  1436,  qu'a  éditée  M.  J.  Haller',  d'après  deux 
manuscrits  italiens.  Leurs  noms  s'y  présentent  sous  les  formes 
suivantes  : 

Svmon  Karoli  ; 
Alanus  de  Cortua  ; 
Guillermus  Charrecius  ; 
Nicolaus  de  Capella  ; 
Martinus  Quostel  ; 
Petrus  de  Nespono. 

Sauf  le  premier  et  le  quatrième,  tous  ces  noms  sont  estropiés  : 
il  est  facile  de  s'en  rendre  compte  pour  le  second,  le  troisième 
et  le  cinquième,  qu'on  retrouve  par  ailleurs.  Alanus  de  Cortua 
n'est  autre  qu'Alain  de  Coëtivi,  le  futur  cardinal;  GuiUelmus 
Charrecius  est  Guillaume  Chartier  ;  Martinus  Quostel  s'appelle, 
en  réalité,  Questel.  Pour  le  sixième  ambassadeur,  on  pouvait 
hésiter  ;  mais  il  existe,  dans  un  registre  des  Archives  nationales 
(K  1711%  fol.  192  r°  et  198  r°),  deux  lettres  de  Charles  VII 
datées  de  Loches,  le  22  et  le  30  mars  [1436],  adressées  l'une 
aux  ambassadeurs  du  roi  de  Castille  à  Bâle,  l'autre  au  concile 
lui-même;  elles  annoncent  l'envoi  de  l'ambassade  française  et 
en  font  exactement  connaître  la  composition.  Or,  le  septième 
nom  inscrit  sur  cette  liste  y  apparaît,  dans  les  deux  textes, 
sous  la  forme  suivante  :  Petrus  de  Nessonno.  Le  qualificatif 
in  legibus  licentiatus,  qui  est  accolé  au  nom  de  ce  Pierre  de 
Nesson,  convient  bien  au  poète,  qui  exerçait,  on  le  sait,  les 
fonctions  d'élu  dans  le  diocèse  de  Clermont,  et  qui,  ainsi  que 
M.  Thomas  l'a  justement  conjecturé  (XXXIII,  54e),  avait  dû, 
comme  la  plupart  de  ses  compatriotes,  fréquenter  la  Faculté  des 
arts  de  Paris  et  prendre  ses  grades  en  la  Faculté  de  droit 
d'Orléans. 

Pierre  de  Nesson  dut  donc  être  désigné  par  le  roi  pour 
accompagner,  à  Bâle  et  à  Bologne,  dans  les  circonstances  que 

I.   Coiicilinin  Basiliensc,  t.  I  (Bâle,  1896,  in-80),  p.  402. 


28o  MÉLANGES 

l'on  sait,  Jean  de  Norri,  archevêque  de  Vienne,  Simon  Charles, 
chevalier,  Alain  de  Coëtivi,  alors  prévôt  de  l'église  de  Tours, 
Guillaume  Chartier,  professeur  de  droit,  Nicolas  de  la  Chapelle, 
doyen  de  Chartres,  et  Martin  Questel,  licencié  en  lois.  Il  est 
nommé  en  dernier  lieu,  à  la  place  du  secrétaire  qu'on  adjoi- 
gnait ordinairement  aux  grandes  ambassades.  Ses  talents  litté- 
raires, non  moins  que  son  expérience  du  droit,  l'avaient  peut- 
être  fait  choisir  pour  tenir  la  plume  en  cours  de  route.  Mais 
fit-il  réellement  ce  voyage  ?  Je  l'ignore. 

L'ambassade,  cependant,  ne  tarda  pas  à  partir.  On  suit  ses 
traces,  à  Lyon,  où  elle  s'arrêta  avant  le  30  avril  '  ;  à  Bâle,  où 
elle  séjourna  au  moins  du  26  juin  -  au  30  juillet  ';  à  Bologne, 
où  elle  se  rendit  ensuite,  et  de  nouveau  à  Bâle,  où  elle  était  de 
retour  le  22  octobre-*.  A  diverses  reprises,  il  est  question  du 
rôle  joué,  au  cours  de  ces  pérégrinations,  par  Alain  de  Coétivi, 
par  Guillaume  Chartier,  par  Nicolas  de  la  Chapelle,  par  Martin 
Questel,  surtout  par  Simon  Charles,  qui,  en  réalité,  fut  le  chef 
et  le  porte-parole  de  l'ambassade.  Sur  Pierre  de  Nesson,  les 
documents  gardent  tous  le  silence.  Il  se  pourrait  que,  comme 
l'archevêque  Jean  de  Norri,  notre  poète  fût  demeuré  en 
arrière. 

Je  ferai  remarquer  pourtant  que  le  silence  des  documents 
n'est  pas  ici  une  preuve  de  l'absence  de  Pierre  de  Nesson.  Son 
rôle,  à  la  suite  de  l'ambassade,  ne  pouvait  être  qu'effacé.  D'ailleurs, 
Nesson  était  laïque  et  marié  :  gnâce  à  M.  Thomas  (XXXIV, 
542),  nous  connaissons  les  noms  de  ses  huit  enfants.  Il  n'eut 
donc  pas  lieu  de  se  faire  incorporer  au  concile  de  Bâle,  comme 
trois  de  ses  collègues  clercs,  Alain  de  Coëtivi,  Nicolas  de  la 
Chapelle  et  Guillaume  Chartier  5  ;   et  il    ne  pouvait    figurer, 

1.  J.  Vaesen,  Un  projet  de  translation  du  concile  de  Bdie  à  Lyon  en  14^6, 
dans  la  Rev.  des  Ouest,  bistor.,  t.  XXX  (1881),  p.  563. 

2.  C'est  à  cette  date,  et  non  le  i^r  juin,  comme  on  l'a  dit  (G.  du  Fresne  de 
Beaucourt,  Hist.de  Charles  VU,  III,  336),  que  Simon  Charles  présenta  au 
concile  ses  lettres  de  créance. 

3.  Journal  de  Pierre  Brunet  (Concil.  Basil,  II,  228);  histoire  de  Jean  de 
Ségovie  (Monumenta  Concihorum  generaliuni  seculi  XV,  t.  II,  Vienne,  1873, 
in-40,  p.  893-894). 

4.  Journal  de  Pierre  Brunet,  p.  305. 

5.  //'/(/.,  p.  212,  320  ;  Jean  de  Ségovie,  p.  894. 


NOUVEAUX    TÉMOIGNAGES    SUR    PIERRE    DE    NHSSON  28 1 

comme  Charrier  et  Qiiestel,  sur  la  liste  des  ambassadeurs  aux- 
quels Eugène  IV  conféra  des  prébendes  de  chanoines  '. 

Au  surplus,  si  le  poète  auvergnat  se  déroba,  ce  que  je  n'ose- 
rais affirmer,  aux  honorables  et  lucratives  fonctions  que  lui 
avait  assignées  la  confiance  du  roi,  il  faudrait  peut-être  en 
chercher  la  cause  dans  un  des  nombreux  procès  qui  tinrent  une 
si  grande  place  parmi  ses  préoccupations.  M.  Thomas  (XXXIII, 
548)  a  signalé  un  de  ces  procès  qui  était  pendant  au  Parle- 
ment à  la  date  du  14  mars  1439.  C'est  peut-être  le  même  qui 
fut  d'abord  engagé  en  la  sénéchaussée  d'Auvergne,  puis  porté 
devant  le  Parlement  à  la  suite  d'un  appel  de  Pierre  de  Nesson, 
et  plaidé  dès  le  6  août  1437  :  la  Cour,  le  surlendemain,  ren- 
voya l'affaire,  quant  au  fond,  au  sénéchal  d'Auvergne.  Les 
lacunes  que  présentent  la  série  des  Matinées  et  celle  des  Après- 
dinées,  dans  les  archives  du  Parlement,  empêchent  malheureu- 
sement de  découvrir  l'objet  de  ce  litige  ^  ;  nous  ne  savons  que 
le  nom  de  l'adversaire  de  Nesson  :  il  se  nommait  Huguet 
Regnault  "'.  On  voit  que,  dès  le  commencement  de  1437  et 
peut-être  l'année  précédente,  c'est-à-dire  au  moment  où  avait 
lieu  l'ambassade  en  Allemagne  et  en  Italie,  Pierre  de  Nesson 
avait  déjà  sur  les  bras  une  affaire  qui  pouvait  l'obliger  à 
demeurer  dans  son  pa3's  d'Auvergne. 

N.  Valois. 


PIÈCES  JUSTIFICATIVES 

I 

1436,  30  mars.  Loches.  —  Lettre  de  Charles  VII  au  concile  de 
Bàle  accréditant  près  des  pères,  entre  autres  ambassadeurs,  le 
licencié  en  droit  Pierre  de  Nesson. 

Sacrosancte  synode  (sic)  Basiliensi  in  Spiritu  Sancto  legittime  congregate, 
Karolus,  Dei  gratia  Francorum  rex,  salutem  et  que  cepta  sunt  opéra  Christi 
finem  inopiatos  (sic)  habeant  et  felices  successus. 

1.  J.  Haller,  I,  142,  note  5. 

2.  L'arrêt  ne  paraît  pas  avoir  été  enregistré  ;  du  moins  il  ne  figure  pas 
dans  le  registre  Xi»  69  où  on  s'attendrait  à  le  trouver. 

3.  II  n'est  pas  douteux  que  l'adversaire  de  Pierre  de  Nesson  doive  être 
identifié  avec  l'époux  de  sa  nièce  Jamette  de  Nesson,  plus  connu  sous  le  nom 


202  MELANGES 

Cum  inter  res  humanas  atque  studia  nil  quicquam  sancius  agere  putemus 
quam  in  vinea  Dei  Sabaotli  et  in  christiane  subsidium  rcligioiiis  decenter 
nostros  interponere  favores,  eapropter,  ad  exaltacionem  fidei  orthodoxe, 
paccm  et  unitatem  fidelium,  ad  vos  et  cetuni  vcstrum  sacerrinium  nostros 
ex  prescnti  transmittimus  oratores  dilectos  et  tidelcs  consiliarios  nostros 
archiepiscopum  Vienensem,  Symonem  Charles,  miiitem,  ac  spectabiles  Ala- 
num  de  Coztvi,  prepositum  Turonensem,  Guiliermum  Quadrigarii,  juris 
professorem,  Nicholaum  de  Capella,  decanum  Carnotensem,  Martinum 
Questel  et  Petrum  de  Nessonno,  in  legibus  Hcenciatos;  et  postmodum  etiam 
profccturi  (sic)  ad  presenciam  beatissimi  patris  nostri  Pape  ;  quibus,  super 
hiis  rébus  que  tantum  saluti  et  rei  publiée  tocius  populi  Dei  attinent,  injun- 
ximus  nostram  piam  vobis  et  devotam  exponere  mentem.  Q.uaniobrem 
maxime  vos  et  majorem  in  modum  precamur  quatenus  ipsis  nostris  ambaxia- 
toribus,  tum  in  hiis,  tum  in  aliis  omnibus  que  vobis  nostra  ex  parte  retule- 
rint,  dignam  adhibere  fidem  velitis,  et  in  agendis  gratam  ac  celebrem  (sic) 
expedicionem  conferre,  ut  denique,  illis  ad  sanctissimum  patrem  nostrum 
transeuntibus  votive  expeditis,  ad  nos,  prout  optamus,  cum  gratia  reddire 
possint  et  debeant.  Magno  enim  hujus  rei  et  majori  quam  videamur  expri- 
mere  tenemur  desiderio.  Proinde,  consecrata  re  et  ipsis  nostris  oratoribus 
decenter  expeditis,  non  parvam  nos  sumus  aut  percepturi  Icticiam  aut  gra- 
ciam  vobis  habituri. 

Datuni  Lochiis,  die  .xxx*.  mensis  marcii. 

Devotus  Ecclesie  filius  rex  Francorum  Karolus. 

Lecta  in  congregacione  generahi  (sic),  .xxvj.  »  junii. 

(Arch.  nat.,  K  1711^,  fol.  192  r°.) 

II 

1437,  8  août.  —  Extrait  des  registres  du  Conseil  du  Parkmeiît  : 
renvoi  au  sénéchal  d'Auvergne  d'un  procès  pendant  entre 
M"  Pierre  de  Nesson  et  Hiiguet  Regnault. 

A  conseiller  sur  le  plaidié  du  .vje.  jour  de  ce  movs  d'entre  M^  Pierre  de 
Nesson,  appellant  du  seneschal  d'Auvergne  ou  de  son  lieutenant,  d'une  part, 
et  Huguet  Regnault,  d'autre. 

Il  sera  dit  que,  l'appellacion  et  ce  dont  a  esté  appelle  mis  au  néant  sans 
amende,  la  Court  renvoyé  les  parties  pardevant  ledit  seneschal  ou  son  lieute- 
nant au  premier  jour  de  septembre  proucham  venant,  pour  procéder  sur  le 
principal,  en  Testât  qu'elles  estoient  avant  l'appoinctement  dont  fut  appelle, 
et  a!er  avant  en  oultre  ainsi  qu'il  appartiendra,  tous  despens  reservez  en  défi- 
nitive. 

Dit  aux  parties  le  .ix^.  de  ce  movs,  Cambray. 

(Arct).  uat.,  Xi»  1482,  fol.   31  vo.) 

de  Merlin  de  Cordebeuf  ;  vovez  la  notice  de  M.  Thomas  intitulée  Jatiictlc  de 
Nesson  et  Mcrtiude  ConWv»/ publiée  ci-dessus,  spécialement  p.  88. 


ESPAGNOL    -.tf.VCO;    FRANÇAIS    -APE  283 

P.  S.  —  Les  lignes  suivantes  sont  extraites  d'une  lettre 
écrite  à  Charles  VII,  de  Bâle,  le  30  juillet  1436,  par  les  ambas- 
sadeurs du  roi  de  Castille  (Arch.  nat.,  K  1711%  fol.  199  r"). 
Elles  prouvent  que  Pierre  de  Nesson  ne  s'est  pas  dérobé  à  la 
mission  que  lui  avait  confiée  le  roi,  et  qu'il  a  accompagné  au 
moins  jusqu'à  Bâle,  en  1436,  l'ambassade  composée  de  Simon 
Charles,  d'Alain  de  Coëtivi,  de  Guillaume  Chartier,  de  Nicolas 
de  la  Chapelle  et  de  Mathurin  Questel.  —  N.  Valois. 

Binas  litteras  vcstre  régie  Serenitatis  recepimus,  quarum  prima  de  .xxiij'». 
mensis  marcii  per  egregios  viros  Symonem  Charles,  niilitem,  magistrum 
Alanum  de  Coztvi  (sic),  prepositum  Turonensem,  Guillermum  Quadrigarii, 
juris  professorem,  Nicholaum  de  Capella,  decanum  Carnotensem,  Maturi- 
num  Questel  et  |Petrum  de  Nessonno,  in  legibus  licenciâtes,  oratores  vestre 
regalis  Celsitudinis,  secunda  de  .xiija.  junii  per  venerabilem  virum  magis- 
trum Roberturn  Magistri,  decanum  ecclesie  Bituriensis,  nobis  tradita  est. 
Quas  gratanti  corda  vidimus,  prefatosque  oratores  libente  animo  audivimus, 
ac,  ut  exposita  per  eos  optatum  sortirentur  effectum,  quantum  in  nobis  fuit, 
operam  dedimus. 

ESPAGNOL  -ANCO-    FRANÇAIS  -APF 
I.   Espagnol  -aiico 

A  côté  du  suffixe  italien  -iîigo,  -cngo,  prov.  -eue,  on  ren- 
contre en  espagnol  le  suffixe  -aneo  qui  ne  diffère  du  précédent 
que  par  la  nuance  vocalique  :  esp.  barraneo,  m.,  barranea  f. 
«  fondrière  »,  d'où  barranquera,  même  sens,  ojanco  «  cyclope  >', 
lavanco  «  canard  sauvage  »,  poîranca  «  pouliche  »,  paJanea 
«  levier  «,  d'où  palanquero  «  manœuvre  »  et  palanquin  «  por- 
tefaix »,  pollan- con  «  gros  poulet  »,  tabanco  pour  tablaneo} 
«  petit  étal  »,  *ialan-  qua  d'où  talanquera  «  barrière  i\  tra- 
baneo  «  sorte  d'entrave  »,  de  traba  ;  catal.  poUanea  «  peuplier 
noir  »,  favaneo  «  sorte  de  fève  ».  ' 

Diez  signale  bien  ce  suffixe  (Gramm.,  trad.  fr.,  II,  348, 
note  i),  mais  il  n'en  indique  pas  l'origine'.  Suivant  moi,  on 
doit  voir  dans  -aneo,  pour  un  plus  ancien  -anquo,  la  forme 
qu'avait  prise  dans  la  langue  des  Ibères  l'indo-européen  -uqijo- 
Ce  suffixe  est,  en  effet,  très  fréquemment  employé  dans  l'ono- 
mastique des  pays  primitivement  occupés  par  des  populations 
de  race  ibérique,  ainsi  qu'en  témoignent  les  exemples  suivants  : 


284  MÉLANGES 

Espagne  et  Portugal  :  Councancus,  Pistelancus  noms 
d'hommes  sur  des  inscriptions  du  ressort  de  Braga  (C/I..,  II, 
2390,  2488),  Turaiicus  nom  d'homme  galicien  (ibid.,  III,  4227), 
\cjx\'7.z'.,  var.  Aiuav-;:!.  peuple  de  Galice  (Ptol.,  2,  6,  45),  Arwan- 
cus,  Contiiciancus,  Ebnvancus,  P.  .igancns,  Caecanqus  noms 
ethniques  sur  des  inscriptions  des  ressorts  de  Braga,  de  Clunia 
ou  de  Carthagène  (CIL.,  II,  2827,  3120,  2806,  2746),  Cara- 
vanca  nom  probablement  ethnique  sur  une  inscription  de  la 
Tarraconaise  {ibid.,  6298)  ;  —  Septimanca  localité  située  sur 
la  route  de  Mérida  à  Saragosse,  auj  :  Simancas,  prov.  de  Valla- 
dolid.  Vieille  Castille(/^.  435). 

Je  relève  dans  des  documents  du  moyen  âge  :  Abiancos  ace. 
plur.,  localité  du  diocèse  d'Oviedo(a.  865)',  Aviaiicos  (j^j), 
Aveancos  (1154)  localité  du  diocèse  de  Lugo-,  Convianca  (569) 
localité  située  non  loin  d'Astorga,  dans  le  royaume  de  Léon  % 
Bisancos  et  Tresancos  archiprêtrés  du  diocèse  de  Saint-Jacques- 
de-Compostelle't,  Coianka  territoire  au  diocèse  d'Oviedo>, 
Duancos  (i  120)  auj.  Santa-Maria-Duancos,  prov.  de  Lugo  "^  ;  — 
Naranciis  mons  (Z'j'Ç),  au  diocèse  d'Oviedo'. 

Dans  la  nomenclature  moderne,  on  peut  citer  :  Abeanca  et 
Abeancos  prov.  de  la  Coruiîa,  la  Cabeanca,  Cusanca,  Bardancos, 
Breancas,  Listanco,  Mayanca,  Tamallancos,  Taraniancos,  Trasan- 
cos  et  son  diminutif  TrasanqueJos  en  Galice  ;  —  Cabianca, 
Luanco,  El  Oyanco,  Naranco  en  Asturie  ;  —  Matanco,  Mijancas, 
Oyancas  dans  les  provinces  basques  ;  —  Alesanco,  LoranquiUo, 
Morancas,  Naranco,  Pera^ancas,  Taranco,  Trabancos,  Tudanca, 
Vivanco  provinces  de  Burgos  ou  de  Santander,  dans  la  Vieille- 
Castille  ;  —  Lcdanca  (Guadalajara),  Loranca  (ibid.),  Tarancon 
(Cuenca)  dans  la  Nouvelle-Castille;  —  Tarancon  et  les  Vivancos 
(Murcie)  ;  —  Bichanca  et  las  Palancas    (Alicante)  ;  —    Bur- 


1.  Espana  Sagrada,  t.  XXXVII,  p.  326. 

2.  Ibidem,  t.  XL,  p.  560,  399  et  t.  XII,  p.  313. 

3.  Ibidew,  t.  XL,  p.  342. 

4.  Ibidem,  t.  XX,  p.  75,  80  et  t.  XL,  p.  343. 

5.  'ibidem,  t.  XXXVII,  p.  335. 

6.  Ibidem,  t.  XLI,  p.  300. 

7.  Ibidem,  t.  XXXVII,  p.  330. 


ESPAGNOL    -ANCO  ;    FRANÇAIS    -APE  iSy 

r lanças   (Grenade)';    —    Cavanca   en    Portugal \    On     peut 
joindre  à  ces  noms  de  lieux  le  nom  d'homme  Carranco. 

La  variante  -ango  est  rare  :  Mijangos  prov.  de  Burgos  :  Mi- 
jancas  prov.  d'Alava,  Caranga  iprow  d'Oviedo  :  Cfl'rawrrt  prov. 
d'Alava.  Cette  variante,  ainsi  qu'on  l'a  vu  plus  haut,  apparaît 
déjà  sur  quelques  mss.  de  Ptoléméc,  mais,  sous  cette  forme,  le 
suffixe  -anco  est  souvent  difficile  à  distinguer  du  suffixe  roman 
-ango  (=  -anico-).  C'est  ce  dernier  qu'il  faut  certainement 
reconnaître  dans  Aranga  (Coruiia)  et  Arangas  (Oviedo)  en 
regard  A'Aranega  (Almeria). 

On  a  remarqué  que  plusieurs  des  noms  qui  viennent  d'être 
cités  ont  des  correspondants  italiens  en  -ingo,  -engo  :  Malanco  : 
Malingo  (1029)  au  district  de  Suse,  Morancas  :  Moreiigo,  Merlan- 
ga  :  Bcrlingo,  etc. 

Languedoc,  Cerdagne  et  Roussillon.  On  sait  que  ces  con- 
trées étaient  encore  occupées,  au  iir'  siècle  avant  notre  ère,  par 
des  populations  ibériques  qui  avaient  survécu  à  la  conquête 
ligure,  comme  elles  survécurent  à  la  conquête  celtique'.  Moins 
fréquentes  qu'en  Espagne,  les  formations  en  -anco  n'y  sont 
cependant  pas  rares  :  Bragaranca  était  au  xi^  siècle  le  nom  du 
Rieutort,  ruisseau  de  l'arrondissement  de  Lodève,  Hérault-^; 
Lissanca  est  le  nom  de  la  source  qui  fournit  Cette  d'eau  potable^  ; 
Bisancas  était  une  villa  de  l'ancien  comté  de  Substantion,  au 
diocèse  de  Montpellier*^  ;  cette  ville  est  mentionnée  dans  un 
acte  du  commencement  du  xi"  siècle,  c'est  aujourd'hui 
Biranques,  ham.  de  N.-D.  de  Londres,  Hérault,  et.  Bisancos 
nom  d'un  archiprêtré  du  diocèse  de  Saint-Jacques-de-Compos- 
telle.  Le  petit  affluent  de  l'Hérault  qui  se  nomme  aujourd'hui 
Againas  (==  -aùs)  par  suite  d'un  changement  de  suffixe,  s'appe- 


1.  Dicciouario  geogrdfico  postal  de  Espana  publicado  por   la  direccion  gêne- 
rai decorreos  y  telegrafos,  Madrid,  1880. 

2.  Dicciouario  chorognxfico  de  Portugal,  Lisboa,  1893. 

5.  Voy.  D'Arbois  de  Jubain ville,  Les  premiers  habitants  de  l'Europe,  t.   I, 
p.  38  sq. 

4.  P.  Alaus,  l'abbé  Cassan  et  E.  Meynial,  Cartulaire  de  Gellone,  n»  253  : 
«  usque  in  fluvium  qui  vocatur  Riutort  vel  Bragaranca.  u 

5.  E.  Thomas,  Dictionnaire  topographiqiw  du  département  de  F  Hérault,  p.  96. 

6.  Cartulaire  de  Gellone,  n°  70. 


286  MÉLANGES 

lait  au  moyen  âge  Againancus\  Citons  encore  :  Bragahnca 
(i  loo)  probablement  pour  *Bracalanca,  auj,  Saint-Julien-de-Bra- 
galanque,  Hérault-,  Mellanca  (xi"  siècle),  ancien  château  fort 
de  la  viguerie  de  Saint-Étienne-du-Valdonnez,  Lozère',  du 
thème  hydronymique  Mella-  qui  a  servi  à  désigner  une  rivière 
delà  Gaule  Cisalpine  (Catulle.  67,  33),  Sinanqua  (1229),  auj. 
Senanque,  Vaucluse^. 

Corse.  Nous  savons  par  Scnèque  que  les  Ibères  ont  occupé  la 
Corse  >  ;  nous  ne  nous  étonnerons  donc  pas  de  trouver  dans  cette 
île  une  localité  du  nom  de  Calanca  ;  conformément  â  un  pro- 
cédé toponomastique  extrêmement  répandu  chez  les  Ibères  et  les 
Ligures,  ce  nom  de  Calanca  dérive  du  thème  hydronymique  Cala- 
qu'on  retrouve  notamment  dans  Calù  (908),  le  Chalon,  torrent 
de  la  Drôme,  et  dans  Calona  (vii^  siècle),  nom  d'une  rivière  du 
département  de  l'Ain. 

Le  suffixe  -anco-  apparaît  sporadiquement  dans  un  certain 
nombre  de  vocables  onomastiques  qui  jalonnent,  pour  ainsi 
parler,  la  longue  route  suivie  par  les  Ibères  dans  leur  marche 
de  l'Orienta  l'Occident^.  Voici  les  noms  dus  à  ce  mode  de 
formation  qui  sont  venus  jusqu'à  nous  :  K3.p\x]oui-{/.x:  (Ptol.  2, 
13,  i),  chaîne  de  montagnes  d'IUyrie  '  (Die  Karaivanken)  en 
regard  de  Caravanca  nom  ethnique  de  Galice,  Baranca  col  de  la 
province  de  Novare,  Aranco,  Bognaiico,  Rnniianca,  Schieranco 
prov.  de  Novare,  Altanca,  Pa:;^~oranco  dans  le  Ttsûn^Almancus 


1.  E.  Thomas,  0/).  cit.,  p.  86:  «  Molendinum  de  Agamanco  (1515)  »  et 
«  ri  vus  de  Agamanco  (i  528)  ». 

2.  Cartulaire lie  Gellone,  n°  300,  et  E.  Thomas,  op.  cit.,  p.   185. 
5.   Cartulaire  de  Gellone,  n°  105. 

4.  B.  Guérard,  Cartulaire  de  Saiiil- Victor  de  Marseille,  n"  909. 

5.  Sénèque,  Coiisol.  ad  Helviatii,  8,  2  ;  cf.  K.  Mùllenhoff,  Deutsche 
Alltrtumshmde,  t.  III,  p.  173,  et  D'Arbois  de  Jubainville,  op.  cit.,  t.  I, 
p.  68. 

6.  Comme  bien  on  pense,  ces  noms  en  -anco-  ne  sont  pas  les  seuls  témoins 
que  l'on  puisse  invoquer  en  faveur  de  l'origine  orientale  des  Ibères  ;  sans  par- 
ler des  auteurs  anciens  qui  l'affirment,  on  peut  alléguer  les  nombreux  noms 
géographiques  qui  attestent  le  passage  de  populations  ibériques  à  travers 
l'Asie  Mineure,  la  Thrace,  l'Illyrie,  l'Italie  et  la  Gaule. 

7.  Ce  nom  ne  peut  pas  être  illyrien,  les  Illyriens  comme  les  Grecs  et  les 
Gaulois  rendant  par  p  la  vélaire  sourde  labialisante. 


ESPAGNOL    -ASCO  :    FRANÇAIS    -APE  iSj 

ancienne  ville  de  Ligurie  qui  était  redevable  de  son  nom  au 
fleuve  Aima  ',  Miisanca,  nom  d'homme,  qui  se  lit  dans  un  acte 
du  XI'  siècle  passé  dans  les  limites  du  département  du  Var-, 
Pernancns  (1327)  Parnans  et  Aulancns  (1386)  Aulan',  dépar- 
tement de  la  Drôme,  Calanca  Chalanclie,  Basses-Alpes,  en 
regard  de  Calanca,  Corse  '. 

Les  formations  espagnoles  en  -anco,  comme  les  formations 
provençales  en  -enc,  nous  apportent  une  preuve  nouvelle  d'un 
phénomène  linguistique  bien  connu  :  la  survivance  des  suffixes 
aux  langues  depuis  longtemps  éteintes  d'où  ils  sont  sortis. 


II.  Français  -ape 

Pour  terminer  l'étude  du  suffixe  indo-européen  -nquo-  dans 
l'onomastique  romane,  il  me  reste  à  parler  du  suffixe  -apo-  qui 
en  est  le  correspondant  gaulois.  Ce  rattachement  de  -apo-  à 
-i}quo-  se  fonde  sur  trois  raisons  également  décisives  :  la  pre- 
mière qui  est  d'ordre  général,  c'est  que  les  suffixes  avec  un  p 
primitif  sont  absolument  inconnus  des  langues  indo-euro- 
péennes'; la  seconde,  c'est  que  ces  suffixes,  existeraient-ils  dans 
les  autres  langues  indo-européennes,  ils  ne  pourraient  pas  se 
rencontrer  en  gaulois,  par  la  raison  que  les  Gaulois  avaient 
perdu  la  faculté  de  prononcer  le/>  primitif^;  la  troisième  enfin, 
c'est  que  les  Gaulois  comme  les  Grecs,  les  Osco-Ombriens 
et  les  lUyriens  rendaient  par  ^  la  vélaire  sourde  labialisante '. 


1.  lA.,  p.  500,  et  Holder,  Alt-celtischer  Sprachschati,  t.  I,  p.  217. 

2.  Cartiilaire  de  Saint-Victor,  n°  542. 

3.  Brun-Durand,  Dictionnnaire  topograpJiique  du  département  de  la  Drôme, 
p.  255,  13  et  3)6.  Pernanti,  gén.  cité  d'après  un  acte  de  1080,  est  évidemment 
une  mauvaise  lecture  pour  Pernaiici. 

4.  Le  vénète  avait  conservé  les  vélaires  labialisantes  :  Piquentum,  Liquentia, 
et  il  rendait  Yn  voyelle  pai  an  :  Voltan-is  gén.,  aussi  retrouve-t-on  le  suflfixe 
-anco-  (^  *??'.«>)  en  Vénétie  :  Fiinancus  nom  d'homme  de  Vérone  (CIL.,  V, 
3664),  Moi^iancus  nom  d'homme  du  Frioul  (ibid.,  1789),  Frisanco  localité  de 
la  province  d'Udine. 

5.  Brugmann,  Gruudriss,  t.  II. 

6.  D'Arbois  de  Jubainville,  Etudes  grammaticales  sur  les  langues  celtiques, 
p.  83*  et  suiv.  ;  Brugmann,  Grundriss,  V,  517. 

7.  D"Arbois  de  Jubainville,  loc.  cit.,  p.  83*  et  suiv.  ;  Brugmann,  P,  605. 


288  MÉLANGES 

Notons  que  sur  les  inscriptions  le  redoublement  du  p  de  -apo- 
n'est  pas  rare  et  que  c'est  là  précisément  ce  qui  explique  le 
maintien  de  cette  consonne  en  roman  avec  sa  valeur  primitive. 
Pour  ce  qui  est  de  la  disparition  de  la  nasale  vélaire  dans  -apo- 
ou  si  Ton  veut,  de  la  représentation  de  ;/  par  a,  elle  n'est  pas 
spéciale  au  gaulois  ;  on  la  constate  également  en  sanscrit,  en 
grec  et  en  illyrien  '.  Ceci  dit,  voici  quelques  exemples  de 
l'emploi  du  suffixe  -apo-,  var,  -appo-,  dans  l'onomastique  gallo- 
romaine. 

Noms  de  personnes  :  Acapa  nom  d'homme  sur  une  poterie 
trouvée  en  Grande-Bretagne  (CIL-,  VII,  1336,  7),  en  regard  du 
nom  d'homme  aquitain  Acinco-vtpiis  (Holder,  s.  v.),  Ganap-ôn 
(Holder,  s.  v.),  Giappa  {CIL.,  XIII,  5774),  Sacrapus  et  son 
dérivé  Sacrap-ôn  (Holder,  s.  v.),  Sacirap-ôn  (Holder,  s.  v.), 
Lucap-etus  sur  une  inscription  de  Milan  (CIL.,  V,  5830), 
Eniapas  dans  un  texte  du  moyen  âge  ^. 

Noms  de  lieux  :  Arelapa  (Ptol.  2,  13,  3),  var.  Arlapa 
(lA.,  234),  ville  du  Norique',  en  regard  à' AreJincus  ^u).  Pes- 
chiera  ;  Cornappo,  prov.  d'Udine,  si  toutefois  ce  nom  n'est  pas 
d'origine  illyrienne;  Andrapa  ville  de  Galatie  (I.  Hieros.  576); 
*  Canappiis  d'où  Kanapi  villa  auj.  Canappeville,  Eure  ^;  Canap- 
ville  Orne  et  Calvados»;  Canaples  *Canapulas  (?)  Somme, 
cf.  Canens  (=  Caninciis),  Haute-Garonne  et  Chaneins,  Ain; 
Gammappus,  Jemmapes,  Belgique,  du  nom  d'homme  gaulois 
Gammus,  Ganappus;  Genappe  même  pays;  * Lnlappits  Lou- 
lappes  Eure-et-Loire  ^  en  regard  de  Loulans  (=  Lnlincus); 
Haute-Saône  ;  Nuapa  ancienne  villa  du  Limousin '. 


1.  F.  de  Saussure,  Mémoire  sur  Je  sxslàiie  primitif  des  voyelles  dans  les 
langues  indo-européennes,  p.  19  et  suiv.  ;  Brugmann,  I  -  392  et  suiv.  Ce  dernier 
auteur  explique  par  n  les  génitifs  gaulois  en  -«jr  des  thèmes  consonnantiques, 
tels  que  Segonion-as,  Suession-as  (t.  II,  §  234).  Il  faut  noter  d'ailleurs  que 
dans  -apo-  Vu  était  bref  :  Mevoc-'.ci-.  (Strab.),  Ménàpl  (Mart.). 

2.  Vâhbé  ChsvâViQr,  Cartulaire  de  Saint-Bernard,   n°  45. 

3.  Arelapa  paraît  avoir  été  située  sur  VArelapus,  auj.  l'Erlat  ;  cf.  Oesterley, 
loc.  cit.,  p.  167. 

4.  De  Blosseville,  Dict.du  dép.  de  Y  Eure,  p.  45. 

5.  C.  Hippeau,  D/c/.  du  dép.  du  Cahhtdos,  p.  57. 

6.  L.  Merlet,  Dict.  du  dép.  d'Eure-et-Loir,  p.  105. 

7.  Pardessus,  Diplont.,x.  I,  n°  177  (an.  570). 


ESPAGNOL   .ANCO;    FRANÇAIS   .APE  289 

Comme  exemple  de  l'emploi  de  notre  suffixe  dans  le  lexique 
gaulois,  on  doit  peut-être  citer  *can-npo-s  «  coupe  »  qui 
expliquerait  le  v.  h.  a.  hnapf'  pour  un  plus  ancien  *hanapf, 
lequel  se  retrouve  dans  l'ital.  anappo,  le  prov.  ciiap  et  le  franc. 
haiiap-.  Cette  forme  hnapf  se  dénonce  d'elle-même,  en  germa- 
nique, comme  un  mot  d'emprunt,  et  de  foit  les  étymolo- 
gistes  allemands  se  déclarent  impuissants  à  l'expliquer  par  le 
germanique.  On  ne  peut  pas  songer,  en  effet,  à  y  voir  le  v.  h.  a. 
kanna  «  pot,  pinte^  »,  puisque  le  k  initial  qui  tient  lieu  d'un 
g  palatal  indo-européen',  n'aurait  eu  aucune  raison  pour  se 
changer  en  h  et  que  d'un  autre  côté,  le  pf  final  représente  bien 
évidemment  un/)  d'origine  étrangère,  cf.  pflan~e=  lat.  planta; 
on  peut  rappeler  aussi  qu'il  n'y  avait  pas  de  suffixe  indo-euro- 
péen avec  p  et  que  s'il  y  en  avait  eu,  ce  p  primitif  aurait  été 
rendu  en  germanique  par  /".  Ainsi,  aucun  doute  n'est  possible  : 
hanapfesl  en  germanique  un  mot  d'emprunt.  La  question  qui 
se  pose  est  donc  celle  de  savoir  à  quelle  langue  ce  mot  a  été  em- 
prunté. Ce  ne  peut  pas  être  au  latin  canna  «  roseau  »,  d'abord 
parce  que  le  sens  ne  convient  pas,  ensuite  parce  qu'à  l'époque 
des  emprunts  du  germanique  au  latin,  les  Germains  avaient 
recouvré  la  faculté  de  prononcer  la  palatale  sourde  initiale  : 
V.  h.  a.  d'emprunt  kirsa  (=  *kirissa)  du  lat.  *ccresea,  var.  de 
cerasea,  en  regard  du  got.  hnnds  :  gr.  y.J(ov,  et  enfin  parce  qu'il 
n'existait  pas  en  latin  de  suffixe  avec  p. 

Que  si  nous  voyons,  au  contraire,  dans  baiulpf  un  mot  em- 
prunté au  gaulois,  toutes  ces  difficultés  disparaissent  :  en  premier 
lieu,  le  suffixe  gaulois  -apo-  explique  à  merveille  le  suffixe  -apf- 
qui  est  dans  hanapf  ;  en  second  lieu,  rien  ne  nous  empêche  de 
faire  remonter  l'emprunt  germanique  à  une  date  éloignée,  les 
Germains   ayant    vécu    pendant    plusieurs  siècles  mêlés    aux 


1.  Il  n'est  pas  besoin  de  dire  que  la  forme  h)iapp  que  donne  Kôrting 
n'existe  pas  en  germanique.  Le  germanique  ne  connaît  que  hnapf,  plur. 
napphii,  napjd,  uaphd;c(.  O.  Schade,  Altdeutsches  Wôrterbuch,  t.  I,  p.  409.  Le 
ph  germanique  a  naturellement  été  rendu  par  p  en  bas-latin. 

2.  Si  toutefois,  ainsi  que  le  pense  Kluge,  ce  mot  est  bien  d'origine  germa- 
nique, ce  qui  ne  nous  parait  pas  absolument  certain. 

5.  Sur  l'étymologie  de  rallem.  Kdiine,  voy.  F.  Kluge,  Elyiiiol.  JVorterh. 
âer  tieiitschen  Sprache,  s.  v. 

Romania,  XXXV  IQ 


290  MÉLANGES 

Gaulois,  à  l'orient  du  Rhin'  ;  en  troisième  lieu,  nous  trouvons 
dans  le  latin  vulgaire  de  la  Gaule  Celtique  un  mot  canna  qui 
avait  le  sens  de  vase  et  qu'on  a  rapproché  du  grec  y.xv-Oapo-ç 
«  coupe  »  -.  Si  cette  explication  est  exacte,  hanapf  serait  l'adap- 
tation germanique  du  v.  gaul.  *canapos  qui  nous  aurait  été  rendu 
sous  son  accoutrement  germanique,  comme  tant  d'autres  noms 
d'origine  latine  qui  nous  sont  revenus  après  avoir  fait  l'école 
buissonnière  de  l'autre  côté  du  Rhin. 

Le  suffixe  gaulois,  -apo-,  a  été  souvent  développé  au  moyen  du 
suffixe  -io-,  d'où  le  suffixe  -apio-,  var.  -appio-  :  Mcnapii,  peuple 
de  la  Gaule  Belgique,  pays  où  les  formations  toponomastiques 
en  -apù-  sont  relativement  fréquentes,  Serapias  nom  d'homme, 
d'où  le  nom  de  lieu  Serapi-aco-s  Strépy  dans  le  Hainaut  Belge, 
et  Strivy,  prov.  de  Liège,  Miunapins  nom  d'homme  {CIL.,  III, 
5997)5  Galapiiis  nom  d'homme  dans  un  texte  du  moyen 
âge'. 

En  roman,  ce  suftîxe  -apio-  a  été  traité  de  deux  façons  diffé- 
rentes :  1'/ s'est  maintenu  à  la  posttonique  :  Gamapius  Gamaches 
Eure+,  Gamapius,  la  Garnache,  Vendée  (Hold.  s.  v.),  ou 
bien  il  a  été  attiré  dans  la  syllabe  accentuée  :  Varappius, 
Varêpe  pour*Varaipe,  c"^  de  Grosiée,  Ain,  Forapiiis,  var.  Vorap- 
pius  Voreppe,  Isère  5,  cf.  Voreppe,  Drôme  qu'en  l'absence 
de  formes  anciennes,  on  pourrait  aussi,  il  est  vrai,  rattacher  à 
-eppo-,  forme  normale  du  suffixe  avec  qij.  Le  gaulois  nous  pré- 
sente, en  effet,  pour  ce  suffixe,  toute  la  gamme  des  couleurs 
vocaliques  :  .-epo-  (=  *-eqijo-)  :  Dorepiis  nom  d'homme  (CIL., 
XIII,  5761),  Eugepius  nom  d'homme,  Caleppio  localité  de  la 
province  de  Milan  ; upo-  var.  d'-opo-  (=  -ôqijo-),  cf.  Tibère 


1.  Sur  les  relations  entre  les  Celtes  et  les  Germains  antérieurement  au 
ni<=  siècle  avant  notre  ère,  ainsi  que  sur  l'hégémonie  celtique  et  le  vocabulaire 
celto-germain,  voy.  la  remarquable  étude  publiée  par  M.  D'Arbois  de  Jubain- 
ville  au  t.  II,  p.  323  sq.  des  Premiers  habilants  de  l'Europe. 

2.  Vilu  Radegundis  i,  19,  44,  citée  par  Holder,  hc.  cit.,  s.  v.  canna.  C'est  de 
ce  canna  que  dérive  le  franc,  cannelle  «  pot  à  bière  ». 

3.  Pardessus,  Diplom.,  1. 1,  n"254  (^n-  631). 

4.  DeBlosseville,  loc.  cil.,  p.  94  ;  D'Achéry,  Spicileginm,  t.  II,  p.  86  ;  Pertz, 
Diplom.,  p.  109  (an.  751). 

5.  J.  Marion,  Carlulaires  de  V  Église  de  Grenoble,  p.  288,  298. 


LES   NOMS   SARDES    DU    MOUFLON  29 1 

Turoqiia  (JA.,  ^T,o):  Calupa,  Tfl!////^/)^,  noms  d'hommes",  Mar- 
supia  (jo^f),  ruisseau  de  la  Meuse,  auj.  Marsoupe  ^,  Anipium  nom 
d'une  ville  de  Lihurnie  qui  est  peut-être  d'origine  illyrienne, 
mais  qui  est  intéressant  à  citer  à  cause  de  son  adaptation  latine 
Arnicia.  var.  Anicia  %  adaptation  qui  prouve  jusqu'à  l'évidence 
que  c'est  bien  à  des  primitifs  avec  qu  qu'on  doit  rattacher  les 
suffixes  gaulois  avec  p. 

En  résumé,  il  y  avait  en  indo-européen  un  suffixe  -nquo- 
qui  a  été  rendu  en  ligure  par  -enqiio-,  en  ibère  par  -anqiio-  et  en 
gaulois  par  -npo-,  var.  -appo-  ;  ces  différents  suffixes  ont  été 
latinisés  respectivement  en  -inco-,  ingo- ;  -anco-,  -ango-  ;  -apo-, 
-appo-,  et  ce  sont  ces  formes  latinisées  qui  expliquent  l'italien -/«fo, 
-ingo,  -cngo,  le  provençal  -enc,  l'espagnol  -anco,  -ango  et  le  fran- 
çais -apc,  -appc.  Quant  au  suffixe  germanique  -inga-  var.  à'-unga- 
qui  représente  le  même  type  indo-européen,  la  dérivation 
romane  n'en  a  pas  fait  usage,  mais  il  apparaît  dans  un  certain 
nombre  de  noms"  empruntés  par  le  roman  au  germanique,  et 
notamment  dans  les  noms  de  lieux  en  -ange  du  nord-est  de  la 
France. 

E.  Philipon. 

LES  NOMS  SARDES  DU  MOUFLON 

Le  Dictionnaire  général  de  la  langue  française  (Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas)  fait  la  remarque  suivante  à  l'art,  mou- 
flon :  «  Paraît  emprunté  du  dialecte  de  la  Sardaigne  :  cf.  l'ital. 
inofola  dans  Oudin  et  i'anc.  franc,  muifle,  nmifleron  dans  Cot- 
grave  ».  Cette  remarque  m'a  engagé  à  étudier  de  près  les  noms 
que  porte  actuellement  le  mouflon  en  Sardaigne,  où  Strabon 
signale  déjà  la  présence  de  cet  animal  qu'il  appelle  ;j.;jc7;;.(i)v  et 
que  Pline  appelle  comme  luimusmo  ou  musimo. 

Spano  et  Porru  donnent  comme  nom  du  mouflon  temelle  : 
niitrva;  comme  nom  du  mouflon  mâle  :  niurvoni,  tnurone. 
Nous    avons    donc    d'une    part   le  campidanien   niurvoni,   de 


1.  CIL.  XIII,  752,  6028,  6116,   looio.   1871  ;  V,  5555  ;  —  III,  5061 
Grégoire  de  Tours,  Hist.  Fr.,  5,  9,  et  Vitx  patnim,  en. 

2.  F.  Liénard,  Dict.  dtidép.  de  la  Meuse,  p.  142.] 
5.  Ptolémée,  édition  Mùller,  t.  I,  p.  213,  n.  i. 


292  MELANGES 

l'autre  le  logudorien  muronc  :  ces  deux  formes  remontent  à  un 
type  commun,  à  savoir  *mufrone,  dans  lequel  il  est  difficile 
de  ne  .pas  voir  le  mufron  signalé  par  M.  Thomas  dans  le 
Laterciihis  de  Polemius  Silvius'. 

I.  En  campidanien  .*mu tronc  a  passé  régulièrement  à 
niiivroni,  car  dans  ce  dialecte  /  +  ''  et  /^  -\-  >'  sont  traités 
comme  /et  b  en  position  initiale  après  une  voyelle  finale  du 
mot  précédent  :  fraxi  <  lat.  falcem  se  prononce  vragi  dans 
sa  vragi  (écrit  sa  fraxi);  ci.  su  yragu,  où  yragu,  est  le  subst. 
verbal  du  lat.  fragrare.  Ce  son  y  est  intermédiaire  entre  /  et 
V,  de  même  qu'il  existe  un  son  b  intermédiaire  entre  b  et  v, 
par  exemple  dans  sa  bracca,  en  italien  la  barca,  ou  dans  sa 
braba,  en  italien  Ja  barba.  Les  sons  ^  et  ^  sont  fort  difficiles 
à  distinguer  l'un  de  l'autre,  et  quand  une  métathèse  se 
produit,  ils  passent  à  v  :  c'est  ainsi  que  plusieurs  dialectes 
méridionaux  disent  layra  «  lèvre  »,  tandis  qu'à  Cagliari 
même  on  prononce  larva.  La  substitution  de  murvoni  à  *muyroni 
est  donc  parfaitement  acceptable,  d'autant  plus  que  la  méta- 
thèse est  pour  ainsi  dire  de  règle  en  campidanien  :  cf.  arbili 
<C  lat.  aprilem  et  manorva  <  lat.  *manopera  auxquels 
on  peut  ajouter  de  nombreux  exemples  analogues  donnés  par 
M.  Hofmann,  Die  logudor.  und  campid.  Mundart,  p.  116. 

2.  Pour  expliquer  la  forme  logudorienne  murone,  il  est  éga- 
lement légitime  de  supposer  une  étape  muyrone.  En  effet  dans 
la  combinaison  yr  intervocalique  le  v  tombe  régulièrement  en 
logudorien  :  on  a  lara  (pour  *layra)  •<  lat.  labra;  colora, 
coloru  (pour  *-yra^  *yrii)  <C  lat.  vulg.  *colobra,  *colobrum. 
A  ces  deux  exemples  donnés  par  MM.  Hofmann^  et  Campus', 
on  peut  ajouter  :  logud.  calarighe  «  aubépine  »  <C  lat.  calabri- 
cem,àcôté  du  campid.  calarvigtt^  ;  logud.  chiliru  «crible  » 
«<  lat.  *cilibrum  pour  cribrum,  à  côté  de  cilivru  (Lanusei, 
Seui)  et  de  ciuliru  (Cagliari)  K  Le  même  phénomène  se  mani- 
feste dans  la  prononciation  vulgaire  des  villages  pour  le  groupe 


1.  Voy.  ci-dessus,  p.   183. 

2.  Op.  laud.,  p.  1 14. 

3.  Fonetica  del (liai.  Logudorese  (Turin,  1901),  p.  56. 

4.  Cf.  ma  note  à  ce  sujet  dans  VArch.  storico  sardo,  I,   145, 

5.  Cf.  Candrea-Hecht  dans  Romania,  XXXI,   305. 


LE    PLUS    AN'CIEN    EXEMPLE    DU    ERANÇ.    ARRIER  293 

initial  br-  précédé  d'un  mot  qui   se  termine  par    une  voyelle; 
ainsi  on  dit  sa  rnha  pour  sa  braha,  en  italien  la  barba. 

Si  l'italien  usuel  dit  iiiufione,  Petrôcchi  enregistre  cependant 
les  formes  concurrentes  mnjfolo  et  iiiiifrone,  et  il  signale  mufo 
au  xv<^  siècle  chez  Luca  Pulci  (Cirijfo  Calvaneo,  II,  44)  et  chez 
son  frère  Luigi  (Morgante,  XIV,  80). 

J'ajouterai,  à  titre  de  curiosité,  que  dans  la  description  de  la 
Sardaigne  de  Sigismond  Arquer,  qui  ligure,  traduite  en  alle- 
mand, dans  la  Cosmographie  de  Sébastien  Munster,  le  mouflon 
est  appelé  iniiefltier  :  ce  nom  est  vraisemblablement  contaminé 
par  wnfel  «  museau  »  ou  par  jiniffeln  «  puer  ». 

Max  Léopold  Wagner 

LE  PLUS  ANCIEN  EXEMPLE  DU  FRANC.  ABRIER 

Dans  son  article  intitulé  :  Glosscs  et  glossaires  hébreux-français 
du  moyen  àgc  ',  A.  Darmesteter  constate  d'une  façon  générale  le 
peu  d'attention  donné  par  les  savants  de  la  Renaissance  aux  lea- 
zim  ^  de  Raschi.  Il  est  donc  intéressant  de  signaler  ceux  dont 
on  a  fait  mention  à  cette  époque  '. 

A  l'article  abri  de  ses  Origim's  de  la  langue  françoise  (1650), 
Ménage,  citant  Pierre  Pithou,  écrit  ceci  :  «  Et  Pierre  Pithou 
en  son  traitté  des  Comtes  de  Champagne  où  après  auoir  dit 
que  la  Brie  a  esté  ainsi  appellée  du  mot  abri,  qui  signifie  couuert, 
il  adjouste  ^  :  (ce)  qui  me  fait  émerueiller  de  ceux  qui  faisant 
profession  de  la  pureté   de  nostre   langue,  interprètent  abri. 


1.  Roinania,  I,  155;  réimprimé  dans  Reliques  scientifiques,  l,  172. 

2.  Si  l'on  emploie  ce  mot  si  commode  pour  désigner  les  glosses  en  ques- 
tion, il  vaut  mieux  lui  faire  suivre  les  règles  de  la  déclinaison  hébraïque, 
c'est-à-dire  employer  loai  au  singulier  et  leaiiin  au  pluriel   ;"îy'l,D'~îr'?|. 

3.  [Biaise  de  Vigenere,  dans  les  annotations  jointes  à  sa  traduction  des 
Tableaux  de  Philostrate,  a  eu  aussi  occasion  de  citer  «  Rabbi  Salomoch  »  ; 
voy.  l'article  es.viail  du  Dict.  étyniol.  de  Ménage.  —  Réd.'] 

4.  Ménage  ne  cite  pas  très  exactement,  comme  je  m'en  suis  rendu  compte  en 
conférant  l'édition  originale  :  Le  /er  livre  des  mémoires  des  comtes  héréditaires 
de  Champagne  et  de  Brie  par  M.  Pithou,  Advocat  en  la  cour  de  Parlement, 
A  Paris,  de  l'imprimerie  de  Robert  Estienne,  1572.  Je  mets  entre  parenthèse 
ce  qu'il  a  ajouté  et  je  place  entre  crochets  ce  qu'il  a  omis. 


294  MELANGES 

car  ainsi  rescriucnt-ils,  lien  décounert  ci  expose  au  soleil,  dédui- 
sans  ce  mot  du  latin  aprictini  :  vcu  mesmc  que  Solomocii,  ancien 
Rabi,  et  comme  aucuns  pensent  Champenois,  qui  s'ayde  bien 
souuent  des  mots  de  ceux  [des  François]  entre  lesquels  il  a 
vescu,  vse  de  cettuy-cy  en  la  première  signification  que  nous 
auons  dite,  exprimant  au  IIP  chapitre  de  loël  ce  que  les  autres 
ont  tourné  operimentum  par  le  mot  d'abri,  qu'encor  en  tout 
euenement  ie  dcduirois  plustost  de  arbre[ou  abre]  selon  nostre 
pronontiation.  » 

Ménage  a  ajouté  plus  tard,  dans  son  Dict.  étymologique  :  «  Je 
remarquerai   icv  en    passant  qu'il    y  a   dans   Solomoch  abriel 

Or  dans  l'édition  princeps  du  Commentaire  de  Raschi,  Venise, 
1525,  nous  trouvons  "'"'\xn2X,  qu'on  pourrait  lire  abrieil  ou 
abriail.  Mais  ni  la  forme  donnée  par  Pithou,  ni  celle  rectifiée 
par  Ménage,  ni  celle  de  l'édition  princeps  ne  correspondent  à 
la  leçon  du  plus  ancien  manuscrit  de  Raschi  que  renferme  le 
British  Muséum.  Le  ms.  Harleyen  150  (daté  de  1257)^  donne 
abriér  "i\s"'l-x.  C'est  cette  leçon  qui  doit  être  la  bonne,  abri  ne 
se  trouvant  pas  dans  Raschi  qui  donne  comme  substantif  la 
seule  forme  abriement  pour  traduire  le  mot  ""''.ï  «  mon  rocher  » 
(II  Samuel,  XXII,  3). 

Outre  l'intérêt  présenté  par  la  place  où  se  trouve  la  mention 
de  ce  loaz,  il  est  encore  curieux  à  deux  points  de  vue.  D'abord 
il  tendrait  à  faire  rejeter  l'opinion  de  M.  Bugge  qui  admet 
comme  sens  primitif  du  mot  a/r/Vr  celui  de  «  réchauffer,  garantir 
du  froid  »  (Romania,  IV,  348),  les  mots  hébreux  que  Raschi 
traduit  par  abriér  et  abriement  n'ayant  aucunement  ce  sens 
ou  un  sens  analogue.  En  second  lieu  il  fournit  contre  l'hypo- 
thèse de  Gaston  Paris  (^Romania,  XXVIII,  434)  qui  y  voit  un 

1.  C'est  ce  qu'on  lit  dans  l'édition  de  1694;  dans  celle  de  1750  il  v  a 
ahrial.  Comme  dans  les  éditions  imprimées  du  commentaire  de  Raschi,  dont 
Ménage  a  pu  se  servir,  il  n'y  a  pas  de  points-N'Oj'elles,  les  deux  lectures  sont 
possibles.  Mais  il  est  probable  qu'il  y  a,  comme  c'est  souvent  le  cas,  une 
confusion  de  1  et  de  1  dans  l'édition  princeps  et  que  abriér  est  la  leçon  à 
adopter. 

2.  Sur  ce  ms.  vov.  Darmesteter,  Rapport  sur  une  mission  en  Am^teterre 
(Archives  des  missions  scientifiques  et  littéraires,  1871),  réimprimé  dans  les 
Retiques  scientifiques,  I,  115. 


FRANC.    DIALECTAL    TP.CUER.   TI-QUER  295 

mot  méridional  ayant  passe  dans  la  France  occidentale  une 
objection  sérieuse.  Cette  objection  devient  encore  plus  forte  si 
l'on  ajoute  que  le  Glossaire  hébreu-français  publié  par  Ma3'er 
Lambert  et  par  moi,  et  qui  est  certainement  dû  à  un  auteur 
de  la  France  orientale,  donne  plusieurs  exemples  de  ces 
mots  :  quelques  formes  du  verbe  abrier,  et  le  substantif  abrià- 
tnoiit  '.  Cependant  je  n'insisterai  pas  trop  sur  ce  dernier  point; 
le  compilateur  a  en  effet  pu  tirer  ces  mots  de  Raschi^,  et  ses 
leazim  proviennent  de  plusieurs  sources  appartenant  à  des 
dialectes  différents. 

Je  remarquerai  en  dernier  lieu  que  les  mots  /  ahriamont  du 
Gloss.iire  hébreu-français,  104,  86  traduisent  l'hébreu  noncSl 
«  et  rt  reluge  ».  Les  mots  suivants  /  a  rekutemont  '  traduisent 
■nnozSi  «  et  à  protection  ».  Dans  les  deux  cas  S  est  traduit 
par  à.  Il  semble  donc  qu'on  devrait  couper  le  mot  abriâvuviî 
ainsi  :  a  briàmont.  Ce  serait  un  autre  exemple  à  invoquer  en 
faveur  d'un  thème  bri-  dont  le  mot  dcsbrier  postule  l'existence». 
Toutefois  on  peut  et  on  doit  remarquer  que  le  scribe  peut 
avoir  oublié  un  a  et  que  la  leçon  originale  a  pu  être  :  a 
abriàmout  \ 

Louis  Brandin. 

FRANC.   DIALECTAL    TÉGUER,    TÈOUER 

Dans  VHistoire  de  GuiUauine  le  Maréchal  le  verbe  tess'ier  se 
présente  deux  fois.  A  sa  compagnie,  qu'il  a  menée  en  recon- 
naissance, et  qui  lui  propose  de  fondre  sur  les  coureurs  enne- 
mis, Guillaume  le  Maréchal  répond  : 

Bien  tost  tcsgereieiit  les  flans 

A  nos  chevals,  se  issi  ert  fait, 

Einz  que  venisson  a  recet  (v.  8472-4). 


1.  L'J  indique  probablement  le  son  e. 

2.  Abriàiiiont  correspond  à  la  forme  ahriewent  citée  plus  haut  :  sur  -mont 
au  lieu  de  -ment,  voir  Glossaire,  Introduction,  p.  xi. 

3.  Mot  que  je  n'ai  trouvé  que  dans  notre  glossaire. 

4.  Cf.  G.  Paris,  Roniania,  XXVIII,  435. 

5.  D'après  M.  Israël  Lévy,  qui  possède  les  notes  manuscrites  de  Darmes- 
teter  sur  les  leazim  de  Rasclii,  on  trouve  dans  les  Psaumes,  102,  18  la  forme 
ahrèment  ;  cette  forme  appelle  évidemment  une  correction. 


2^6  MÉLANGES 

Dans  l'autre  passage,  notre  verbe  a  aussi  pour  sujet  le  sub- 
stantif _//rt«^  : 

Mais  molt  li  tesi^assent  ses  flans  (v.  3978). 

Le  vocabulaire  qui  est  dans  l'édition  de  M.  Paul  Meyer  dit 
que  ce  mot  «  n'est  signalé  nulle  part  ».  Il  est  vrai  qu'il  manque 
à  Godefroy,  mais  il  est  relevé  dans  les  glossaires  du  Roman  de 
la  Rose.  Méon,  se  fondant  sur  l'habitude  de  nos  vieux  auteurs 
d'accumuler  les  synonymes,  a  interprété  «  abattu,  fatigué  », 
parce  qu'il  trouvait,  dans  les  deux  exemples,  tagans  ou  tesgans 
associé  avec  las.  Le  glossaire  de  l'édition  Jannet  traduit  : 
«  haletant,  oppressé,  toussant  »,  se  rapprochant  ainsi  de  ce 
que  nous  croyons  être  la  vérité  beaucoup  plus  que  le  vocabu- 
laire de  Guillaume  le  Maréchal,  où  on  lit  que  le  verbe  «  paraît 
signifier  être  endolori  comme  les  flancs  d'un  cheval  qui  a  trop 
couru  ». 

Voici,  en  effet,  quelle  est,  sur  le  sens  de  ce  mot,  la  déposi- 
tion des  patois  actuels.  En  Normandie,  on  a  téquer  «  tousser  » 
(voy.  A.  Romdahl,  Patois  du  Val  de  Saire,  où  le  mot  est  figuré 
phonétiquement  :  Icqiiic).  En  Picardie,  et  particulièrement  dans 
le  Boulonnais,  téguer  signifie  «  geindre,  faire  effort,  avec  des 
hoquets  dans  la  respiration  »,  d'après  le  chanoine  Haigneré 
{Le  Patois  boulonnais,  vocabulaire^  qui,  assez  inexplicablement, 
écrit  taiguer  et  commet  l'omission  regrettable  de  ne  pas  men- 
tionner l'expression  courante  «  téguer  comme  un  vieux  baudet  ». 
Il  est  donc  naturel  de  mettre  à  côté  des  chevaux  aux  «  flans  tes- 
gans »  de  V Histoire  de  Guillaume  le  Maréchal  les  chiens  du  Roman 
de  la  Rose 

qui  las  de  corre  furent 
Tesgans  ou  ru  du  vivier  burent  (15890,  Méon). 

Au  dernier  moment,  je  relève  le  participe  tesgant  dans  VArt 
de  chevalerie  de  Végèce  traduit  par  ]Q\n  de  Meun,  édit. 
U.  Robert,  p.  105  :  «  Cis  qui  vient  las  et  tesgans  a  la  bataille, 
que  puet  il  faire  ?  » 

La  présence  de  tesguer  dans  des  textes  du  xiii^  siècle  détruit 
la  conjecture  de  l'éd.  Jannet  qui  tire  tesguer  de  tac ,  maladie 
qui  sévit  à  Paris  en  14 14. 

J.    DEROCaUIGNY. 


FRANC.    DIALECTAL    TÉGUER,   TÊQUFR  2^J 


NOTE   COMPLÉMENTAIRE 

Le  verbe  sur  lequel  M.  Derocquigny  vient  d'attirer  l'atten- 
tion est  plus  répandu  dans  les  patois  français  que  sa  notice  pour- 
rait porter  à  le  croire.  On  le  trouve  en  effet,  soit  sous  la 
forme  simple,  soit  sous  des  formes  fréquentatives,  en  -asser, 
-eler,  oter,  en  dehors  de  la  Normandie  et  de  la  Picardie,  dans 
les  départements  suivants  :  Pas-de- Calais,  Nord,  Loir-et-Cher, 
Mayenne,  Sarthe,  Ille-et-Vilaine.  Voici  quelques  extraits  desti- 
nés à  le  fliire  voir  et  aussi  à  montrer  le  développement  séman- 
tique dont  ce  verbe  est  susceptible  : 

Robin,  Le  Prévost,  Passyet  de  Blosseville,  Dict.  du  patois  normainl  de  V  Etire, 
p.  578  :  «  TEiGLER,  TEiCLER,  pour  TOUSSER.  Nc  se  dit  quc  des  animaux  et 
s'applique  surtout  à  la  toux  du  cheval  ». 

Corblet,  Gloss.ctyiiiol.  du  patois  picard,  p.  570  :  «  Teguer.  Faire  des  efforts. 
—  Ne  pas  trouver  aisément  ce  qu'on  veut  dire.  —  S'arrêter  en  parlant, 
bégayer.  —  Balancer  sur  le  parti  qu'on  doit  prendre  ». 

Edmont,  Lexique  Saiut-Folois,  p.  525-6  :  «  TÉGUER  (noté  tége).  Laisser 
échapper  involontairement  une  sorte  de  gémissement,  en  maniant  des  choses 
lourdes,  en  se  baissant  pour  ramasser  quelque  chose,  en  faisant  des  efforts 
pour  pousser  une  selle  lorsqu'on  est  constipé,  etc.  —  Manifester  sa  mauvaise 
hume-jr  par  un  gémissement  de  regret,  d'impatience,  etc.  —  Par  extension, 
parler  avec  difficulté,  trouver  malaisément  ce  qu'on  veut  dire  ». 

Hécart,  Dict.  rouchi-frauçais,  p.  448  et  458  :  «  téguer,  téq,uer.  Onoma- 
topée qui  exprime  les  efforts  qu'on  fait  pour  pousser  une  selle  lorsqu'on  est 
constipé  [et  les]  efforts  qu'on  fait  en  se  baissant  pour  ramasser  quelque  chose, 
ce  qui  oblige  à  rendre  un  son  qui  sort  péniblement  de  la  poitrine.  —  Parler 
difficilement,  avec  hésitation.  —  Se  dit  aussi  des  animaux  qui  sont  essoufflés 
et  qui  respirent  d'une  manière  pénible». 

Vermesse,  Dict.  du  patois  de  la  Flandre  française  ou  u'alloiinc,  p.  479  : 
«  Téguer.  Laisser  échapper  de  l'air  du  gosier  par  de  petites  explosions  fré- 
quentes. —  Parler  difficilement,  avec  hésitation.  —  Se  dit  aussi  en  parlant 
des  animaux  dont  la  respiration  éprouve  de  l'embarras  ». 

Marteilliére,  Glossaire  du  Vendôinois,  p.  303  :  «  Teigler.  Tousser  fort  et 
souvent  ». 

Dottin,  Glossaire  du  patois  du  Bas-Maine,  p.  493  :  «  Teugasser  (noté 
tœgase),  tousser,  à  Château-Gontier.  —  Teuguer  (noté  tœge),  tousser,  à 
Montflours.  —  Teugoter  (noté  tœgote),  tousser  souvent.  —  TeuVer  (noté 
tœye),  tousser.  —  Teungukr  (noté  tàge),  tousser  ». 


298  MÉLANGES 

Qe  de  Montesson,  l'odibnl.  du  Wi/»/-.V/(7/;/(',  5'-c'dit.,p.  506  :  «  Teuili.f.u', 
tousser  avec   force  et  sans  cesse  » . 

Dottin  et  Langouct,  Glossaire  du  parler  de  Plechdlel,  p.  169  :  v<  TiiGUER 
(noté  tè^e),  tousser  à  plusieurs  reprises  ». 

C'est  à  La  Curne  de  Saintc-Palaye  que  revient  en  définitive 
le  mérite  d'avoir  rapproché  le  participe  présent  du  Roman  de  la 
Rose,  qu'il  traduit  justement  par  «  qui  respire  avec  difficulté  », 
du  verbe  «  teguer  en  Picard  ».  Il  semble  d'ailleurs  ne  l'avoir 
pas  pris  directement  dans  le  poème  de  Jean  de  Meun,  mais  dans 
le  Trésor  de  Pierre  Borel,  où  le  vers  14895  est  cité  de  la  même 
façon  inexacte  : 

Vers  lui  s'en  vint  lasse  et  iaygans  ^ 

Quelle  est  l'étymologie  de  léguer,  téquer?  L'idée  qu'a  eue 
Hécart  de  voir  là  une  onomatopée  n'est  pas  soutenable,  bien 
qu'elle  ait  souri  aux  auteurs  du  Dicl.  du  patois  normand  de 
l'Eure.  M.  Joret,  qui  a  signalé  dans  le  Bessin  téquier  et  la  forme 
fréquentative  tégler  (avec  /  mouillée),  voit  dans  notre  mot  un 
type  latin  *tussicare;  son  opinion  est  reproduite  par 
Jean  Fleury,  Essai  sur  le  patois  normand  de  la  Hague,  p.  304 
Qêguiei).  Il  est  certain  que  l'hésitation  du  normand  et  du  picard 
entre  la  désinence  -quer  et  la  désinence  -guer  parle  en  faveur 
du  suffixe  latin- i  car  e;  mais  tûssis  ne  convient  pas  au  thème. 
La  véritable  étymologie  me  semble  avoir  son  point  de  départ 
dans  le  latin  phthïsicus,  transcription  du  grec  sO-.aty.ôç  :  léguer 
ou  téquer,  c'est  proprement  «  haleter,  tousser  comme  un  phti- 
sique^  ».   De  phthisis  Apollinaris  Sidonius  a  tiré  le  participe 

1.  Le  Oe  de  Montesson  emprunte  teuiller  aux  notes  manuscrites  de  feu 
l'abbé  Esnault,  érudit  nianceau  décédé  en  1894  :  il  va  de  soi  que  ///  est  une 
notation  du  son  y. 

2.  La  bonne  leçon  est,  d'après  Méon  : 

Vint  s'en  a  moi  lasse  et  tagans. 

3.  L'idée  de  «  toux  »  et  celle  de  «  phtisie  »  se  tiennent  de  si  prés  qu'il  a  dû 
se  produire  facilement  des  contaminations  :  le  mot  latin  tussicus  est  imité 
de  phthisicus  et  les  deux  mots  peuvent  se  confondre.  Comparez,  par 
exemple,  ces  deux  passages  de  Chiron  et  de  Végèce  qui  dérivent  l'un  de 
l'autre  :  «  Ex  frigore  fiunt  opislotoni,  podagrici,  tiissici  »  {Muloiiiedicina 
Chtronis,  édit.  Oder,  p.  47).  —  «  Ex  perfrictione  fiunt  opisthotonici,  poda- 
grici,/'/;//;;.'>/V/  (P.  Vegetius  Renatus,  Muloiiiedia'iia,  édit.  Lommaizsch,  p. 61). 


FRANC.     DIALECTAL    TlUrUFR,   TI-.QUHR  299 

pluh  isiscens  ;  de  phthisicus  on  peut  avoir  fait  le  verbe 
*p  h  thisicare.  Nous  savons  que  le  peuple  ne  prononçait  pas 
le  pb  initial  dans  les  mots  de  ce  genre. 

Les  plus  anciens  manuscrits  de  VEpistiila  de  observatione 
ciboruiii,  adressée  par  le  médecin  Anthimus,  vers  520,  à  un  roi 
des  Francs,  écrivent  :  tisicus,  tisecus,  tissicus,  tyssecus\ 

Je  ne  vois  pas  que  *tésicare  puisse  donner  un  autre  résul- 
tat en  normanno-picard  médiéval  que  *iesqiuer  ou  tesguier,  ni 
en  français  que  *  tescbier  ou  tesgier^. 

Il  est  surprenant  que  la  forme  française  propre  tesgier,  qui  se 
fait  clairement  jour  dans  le  conditionnel  tesgereient  de  Y  Histoire  de 
Giiillaiiiiie  le  Maréchal ,  ait  disparu  des  patois  actuels.  Comment 
se  fait-il  que  dans  le  Loir-et  Cher,  dans  la  Mayenne,  dans  la 
Sarthe  et  dans  Tllle-et-Vilaine  nous  n'ayons  que  le  g  explosif 
ou  ses  succédanés  >  ? 

L'hypothèse  d'un  emprunt  au  patois  normand  n'est  pas  très 
vraisemblable.  Peut-être  faut-il  admettre  dans  l'ancienne 
langue  l'existence  d'un  substantif  *tesgiic  •<  phthisicus,  qui 
aurait  donné  naissance  dans  le  domaine  français  à  un  verbe 
tesguer,  distinct  de  /(^iO'/Vr  *phthisicare. 

L'ancien  provençal  possède  le  substantif  tesga,  qui  est 
employé  par  Daudè  de  Pradas  ^  pour  désigner  une  maladie  de 


1.  Hdit.  Valentin  Rose  (1877),  variantes,  p.  42  et  45. 

2.  I.'anc.  prov.  tesic  et  le  bas-latin  thesictis  (dans  Du  Cange),  qui  en  est  le 
décalque,  ne  prouvent  pas  que  phthisicus  se  soit  prononcé  *tesecus  en 
latin  vulgaire,  car  ils  sont  d'origine  savante;  mais  on  ne  peut  supposer  que 
phthisicus  a  été  populaire  sans  admettre  qu'il  a  été  prononcé  *tesecus  : 
cf.  tesaiia  pour  pthaiia  dans  des  manuscrits  d'Anthimus,  édit.  V.  Rose 
p.  28. 

3.  Teuyer,  dans  la  Mayenne  et  dans  la  Sarthe,  est  une  prononciation  relâ- 
chée de  teugiiier,  teuguer,  mais  n'a  pas  de  rapport  direct  avec  la  forme  fran- 
çaise normale  en  -gier,  -ger. 

4.  Aii-elscassadors,  vers  53i5etsuiv.  de  l'édition  Monaci  (5///(//  di  jilol. 
lom.,  V,  174-5)  : 

Tesga  es  tais  mais  que  fai    tal  guerra 
Quel  cap  el  fel  el  ventre  serra... 
Sil  tesga  es  per  aventura 
Kl  ventre... 


300  MÉLANGES 

l'oiseau  que  Raynouard  traduit  à  vue  de  nez  par  «  tac  '  »  : 
une  hypothèse  meilleure  consisterait  (bien  que  le  texte  même 
de  Daudè  de  Pradas  n'offre  pas  une  base  pathologique  suffisante) 
à  rattacher  iesga  au  latin  phthisica,  qui  a  été,  à  la  basse 
époque,  employé  comme  synonyme  de  phthisis. 

A.  Th. 

ANC.  NORMAND  ANOIL 

J'ai  déjà  eu  l'occasion  de  dire  que  le  latin  vulgaire  annucu- 
lus  «  âgé  d'un  an  »  était  représenté  sur  le  sol  de  la  Gaule  par 
le  gascon  anoulh,  fém.  anoulhe  «  jeune  bœuf,  jeune  vache  », 
qui  est  donné  et  défini  dans  le  Dict.  béarnais  de  Lespy  et  Ray- 
mond -.  Voici  que  je  crois  maintenant  en  découvrir  un  nouveau 
représentant  à  l'autre  extrémité  de  la  France,  en  Normandie. 
On  lit  dans  l'inventaire  d'un  ménage  fait  à  Saint-Pierre  d'Ar- 
thenay  (Manche)  le  17  juin  1333  : 

Un  greil  ;  une  lanterne  ;  deux  fauchilles  ;  un  quaeril  de  liet  ;  deuz  pouleinz  ; 
troiz  geniches  ;  un  anoil  ;  neuf  pieches  de  fil  de  bruisserons  '. 

Sauf  meilleur  avis,  je  suis  porté  à  expUquer  anoil  comme  fai- 
sant pendant  à  geniche  et  à  poulein,  c'est-à-dire  comme  ayant  le 
sens  de  «  taureau  ».  Le  patois  normand  actuel  n'a  pas  conservé 
le  mot;  mais  il  connaît  encore  anouillère  <  *annucularia 
«  vache  qui  n'a  pas  eu  de  veau  dans  l'année  ». 

A.  Th. 

BRETZEL 

Je  n'ose  dire  que  le  mot  bret:{el  soit  français,  mais  il  est  cer- 
tain qu'il  est  familier  à  tous  les  buveurs  de  bière  de  Paris  et 
des  ijrandes  villes  de  France.  Aussi  le  Nouveau  Larousse  illustré 


1.  Lexique  7-oman,  V,  355. 

2.  Essais  de  philol.  fnwç.  p.  258.  —Sur  le  dérivé  *an  nu  eu  la  ri  a,  voy. 
mes  Mêlaiif^es,  p.  122,  et  un  article  plus  récent  de  M.  Behrens  dans  les  Bati- 
steine  en  l'honneur  de  Mussafia,  p.  83-84. 

5.  L.  Delisle,  Actes  noniiands  de  la  Chambre  des  Comptes,  p.  60.  —  Le  der- 
nier article,  relatif  au  fil  de  bruisserotis,  a  été  cité  ici  par  A.  Delboulle  (Romania, 
XXXI,   366). 


BRETZEL  301 

a-t-il  bien  tait  de  le  recueillir.  Il  le  définit  ainsi  :  «  bretzel  ou 
BREZEL  (mot  allemand)  n.  f.  Pâtisserie  allemande  nouée  en 
forme  de  8,  dure,  saupoudrée  de  sel,  de  graine  de  cumin,  et 
que  l'on  sert  avec  la  bière  dans  les  brasseries  ».  Ce  n'est  pas 
tout  à  fiiit  un  8,  mais  passons'. 

M.  Klugc,  dans  son  £"/v/m)/.  Wœrlcrb.  dcr  deutscbcii  Spr.,  ap\:ès 
avoir  énuméré  les  principales  formes  qu'affecte  ce  mot  soit  dans 
les  anciens  textes  (anc.  haut-allem.  bn\itella,  etc.)  'soit  dans 
les  dialectes  allemands  actuels,  hésite  entre  deux  étymologies,  le 
lat.  brachium,  d'une  part,  l'anglo-saxon  byrgan  «  manger  », 
de  l'autre.  Ce  qui  semblerait  défavorable  à  brachium,  dit-il, 
c'est  l'absence  déformes  romanes  correspondantes;  et  pourtant 
il  remarque  que  l'italien  a  bracciatcUo  -.  La  présente  note  a  pour 
but  d'attirer  l'attention  sur  des  formes  de  la  Gaule  qui 
ont  échappé  à  M.  Kluge  et  qui  me  paraissent  établir  l'origine 
romane  du  mot  allemand. 

L'anc.  prov.  a  hrassadel  \  traduit  par  colobia  {=  lat. 
colyphia,  grec  y.wA'Jî/'.a)  dans  le  Floretiis,  et  Mistral  enregistre 
hrassadêii,  etc.  «  échaudé  aux  œufs,  pâtisserie  en  forme  de 
ganse  »,  en  invoquant  avec  raison  le  latin  du  moyen  âge 
brassadellus,  qu'on  peut  voir  dans  Du  Cange,  appuyé  sur  un 
texte  limousin  (coutumes  de  l'abbaye  de  Solignac),  où,  à  côté 
de  la  forme  latine,  se  trouve  la  forme  vulgaire  brastaden  (lire 
brassadciî).  A  brassadellus  il  faut  joindre  trois  autres  articles 
de  Du  Cange  sur  lesquels  je  n'insiste  pas  :  bracellus  2,brachio- 
LUM  I  etBRACiATUS.  Unefomie  romane  plus  ancienne  que  toutes 
celles  qui  sont  dans  Du  Cange  se  trouve  dans  le  glossaire  compilé 
en  969  par  Ainard  pour  les  élèves  de  l'école  de  Toul.  On  lit  en 
effet  dansles  extraits  de  ce  glossaire  qui  ont  été  publiés  par  M.  Gœtz 
dans  le  Corpus  glossar.  latin.,  Y,  618,  18  :  «  Colliride  bracidelli  ». 
Godefroy  a  recueilli  dans  un  texte  du  xvi'^  siècle  la  forme 
bresseaii,(\\.\\\à,  à  tort  ou  à  raison,  rapprochée  du  mot  bricelet 


1 .  Voir  les  deux  dessins  qui  sont  dans  Gay,  Gloss.  archéol.,  sous  craouelin. 

2.  On  trouve  aussi  bracciello,  qu'Antoine  Oudin  traduit  par  «  craquelin  », 
et,  à  Bologne,  on  a  la  forme  fém.  bra^idela,  déjà  employée  dans  les  statuts 
de  1250-1267  (Du  Cange,  édit.  Favre,  art.  braçadella). 

3.  Manque  dans  Raynouard,  bien  que  Carpentier  Fait  recueilli  et  inséré  dans 
Du  Cange  (sous  Brassadellus);  mais  il  n'a  pas  échappé  à  M.  Emile  Levy, 
proi:  Suppl.-JV.,  I,   162. 


302  MÉLANGES 

«  usité  dans  la  Suisse  romande  pour  désigner  une  sorte  de 
petit  gâteau  ».  En  outre,  il  a  relevé  dans  un  texte  poitevin  du 
xV^  siècle  le  mot  hraieau,  qu'il  ne  s'est  pas  hasardé  à  traduire, 
mais  qui,  se  trouvant  associé  à  oublie,  ne  peut  être  qu'un 
gâteau  :  il  faut  probablement  corriger  braieau  en  hraceau. 

En  résumé,  l'italien  et  le  provençal  sont  d'accord  pour  établir 
l'existence  en  latin  vulgaire  d'un  type  *brachiatellus,  a  : 
ce  type,  au  masculin,  aurait  donné  en  anc.  franc.  *braceel,  d'où 
les  formes  plus  récentes  braceauÇ?)  et  bresseau.  Le  bracidelliis 
du  glossaire  d'Ainard  ne  remonte  pas  à  *brachiatellus,  mais 
à  *brachitellus,  diminutif  de  *brachîtus,  a  :  l'anc.  haut- 
allemand  brCyita  représente  clairement  *brachîta  (avec  c 
métaphonique  pour  a,  sous  l'influence  de  1'/  suivant),  comme 
brczjtella  représen  te   *  b  r  a  c  h  ï  t  e  1 1  a . 

Il  faut  noter  cette  extension  du  suffixe  latin  -îtus,  si  peu 
répandu  en  Gaule.  Il  semble  que  *brachitus  ait  été  fait  par 
analogie  d'après  auritus,  crinîtus,  etc.,  et  signifie  «  qui  a  la 
forme  du  bras  ».  Toutefois  on  peut  penser  aussi  à  la  valeur 
diminutive  du  suffixe  dans  *  cap  rit  us,  dérivé  de  capra,  d"où 
l'ital.  caprito,  le  prov.  cabrit  «  chevreau  »,  etc.  Pour  la  forme  dimi- 
nutive redoublée,  comparez  le  prov.  cabridcl\  qui  représente 
*capritellus  ;  quanta  l'emploi  de  noms  de  parties  du  corps 
sous  forme  diminutive  pour  désigner  des  pâtisseries,  il  y  en  a 
d'autres  exemples,  notamment  le  prov.  aurelJjeta^  et  le  franc. 

vitelot  '' . 

A.  Th. 


1.  Bien  que  le  mot  ne  soit  ni  dans  Ravnouard  ni  dans  Lcvy,  son  existence 
est  certaine  en  ancien  provençal  puisque  le  vicomte  d'Aubusson  Ramnolf  II 
(fin  du  xe  siècle)  reçut  le  surnom  de  Cahridd  (Père  Anselme,  V,  320). 

2.  Sorte  de  crêpe;  cf.  Levy,  Frov.  SuppL-W.,  aurelheta,  et  Mistral, 
Trésor,  auriheto. 

3.  Le  mot  n'est  ni  dans  l'Académie  ni  dans  le  Did.  gênerai  (par  pudeur)  : 
Littré  le  donne  et  remarque  justement  que  c'est  «  une  pâtisserie  longue  et 
menue,  ainsi  dite  par  une  assimilation  obscène  »  ;  mais  comme  il  a  reculé 
devant  l'insertion  du  simple  î'//,  il  faut  pour  le  comprendre  en  savoir  plus 
qu'il  n'en  dit. 


ANC.    FRANC.    MACHET  303 

FRANC.  DIALECTAL  GUITEAU 

Dans  le  Dirlioiiiunrc  des pcchcs  de  Baudrillart,  public  en  1837, 
on  trouve  enregistré,  à  son  ordre  alphabétique,  le  mot  guifeaii 
comme  «  l'un  des  noms  du  tacaud  ».  Le  mot  de  tacaud 
s'applique,  sur  nos  côtes  de  l'Atlantique,  à  différentes  variétés 
de  gades,  Gadusharbatiis,hiscus,  inimitiis^  M.  Rolland,  dans  sa 
FaiDic populaire,  n'a  pas  recueilli  ce  nom  degnileaii,  qui  manque 
aussi  à  la  plupart  de  nos  dictionnaires.  Si  l'on  se  rappelle  que 
le  gade  le  plus  connu,  à  savoir  le  merlan  (Gadiis  iiierJangus), 
s'appelle  en  anglais  whitiiig,  en  néerlandais  zvitiiig,  noms  déri- 
vés de  u'hite,  ivit  «  blanc  »  ^,  et  qu'une  variété  de  pont,  mot 
anglais  que  les  dictionnaires  traduisent  précisément  par 
«  tacaud  »,  porte  le  nom  de  lubiliHg-poiit,  on  pensera  avec 
nous  que  gniteau  se  rattache  sinon  directement  à  l'anglais 
luhiling  ou  au  néerlandais  wUing,  du  moins  au  thème  de  ces 
deux  mots  sous  la  forme  qu'il  présente  dans  le  bas-allemand  : 
norois  hvitr,  anglo-saxon  hvît,  etc. 

A.  Th. 

ANC.  FRANC.  MACHET 

Godefroy  a  relevé  deux  exemples  du  subst.  niachet  qu'il  tra- 
duit par  «  sorte  de  petit  oiseau  »  :  l'un  est  dans  Cligès  6^^2; 
l'autre  dans  les  Déduis  de  la  chace  de  Gace  de  la  Bigne.  Je  n'en 
connais  pas  d'autre.  M.  W.  Fœrster,  dans  son  édition  de  Cligès, 
a  une  longue  note  sur  le  mot  nmchet  :  il  incline  à  voir  dans  cet 
oiseau  une  sorte  de  chouette,  ce  qui  est  peu  vraisemblable.  Le 
niachel  est  rapproché  de  l'alouette  dans  les  deux  passages  où  il 
est  mentionné  et  ce  ne  peut  être  qu'un  petit  oiseau.  Or  le 
Pratincola  rubetra,  dit  communément  en  français  tarier  ou 
traquet,  est  appelé  à  Brescia  et  à  Bergame  maht,  tandis  que 
le  Pratincola  rubicola,  variété  plus  petite,  porte  le  nom  ana- 
logue, à  forme  diminutive,  de  mahti  K  Le  machet  des  textes 
français  du  moyen  âge  ne  serait-il   pas  le  traquet  ? 

A.  Th. 


1.  Voy.  Rolland,  Fini  ne  pop.,  III,  113  ;  cf.  Litirc,  Siipplcnient,  t.^caud. 

2.  Cf.  hreion  giveiiiieJc  «  merlan»,  de  g-weiin  «  blanc  ». 

3.  Bonelli,    Noini  degli   uccelti  nei  dialetti   tomhardi,   dans    Slitdj  di  filot. 
romania,  IX,  40. 


304  MELANGES 


ANC.  FRANC.  OISDIF 


A  côté  de  oisos  (aujourd'hui  encore  bien  vivant  sous  la  forme 
oiseux),  qui  correspond  exactement  au  latin  otiosus,  l'ancien 
français  emploie  dans  le  même  sens  le  mot  oisdif',  dont  l'ét}'- 
mologie  n'est  pas  claire,  et  qui  semble  avoir  disparu  de  l'usage 
au  commencement  du  xiv^  siècle,  en  laissant  comme  témoi- 
gnage durable  de  son  existence  notre  adjectif  actuel  oisif,  sorti 
d'un  croisement  entre  oisos  et  oisciif-. 

Le  Dictionnaire  général  suppose  que  oisdif  correspond  à  un 
type  *otiotivus;  il  n'y  arien  à  objecter  à  cela  du  côté  de  la 
phonétique,  mais  comment  expliquer  la  formation  de  ce  type 
insolite  *otiotivus?  J'avoue  que  je  m'en  sens  incapable  et 
que  je  regrette  d'avoir  admis  à  la  légère  une  hypothèse  qui  n'a 
pour  elle  que  la  caution  d'une  phonétique  purement  matérielle. 

Je  viens  proposer  aujourd'hui  un  type  légèrement  différent^ 
à  savoir  *otietivu  s,  dont  je  vais  m'efforcer  d'expliquer  la 
genèse. 


1.  Le  fém.  oisdive  est  souvent  employé  substantivement,  et  il  a  donné 
naissance  au  verbe  oisiliver  «  vivre  dans  l'oisiveté  ». 

2.  C'est  du  moins  ainsi  que  je  me  représente  la  naissance  de  l'adj.  oisif 
qui  figure  déjà  dans  le  Roiiiau  de  Troie,  v.  14855  de  l'édit.  Constans.  M.  Cohn 
ne  parle  pas  deo/^i/dans  son  livre  intitulé  :  Die  Siiffîxi'aiidltDigeii,  etc.  (1891). 
M.  Meyer-Lûbke  se  borne  à  dire  que  oisif  esi  sorti  de  oisos  par  changement 
de  suffixe  {Grainm.,  II,  §  497).  M.  Tobler  pense  que  le  changement  de 
suffixe  a  dû  se  produire  dans  la  région  où  -i  vu  s  et -os  us  aboutissaient  à 
une  même  forme  française  -eus  (Etyniologisclks,  p.  g,  extr.  des  SUiuiigsb. 
de  l'Académie  de  Berlin,  27  octobre  1904;  cf.  Romania,  XXXIV,  132). 
Diez,  Scheler  et  Brachet  partent  d'un  représentant  hypothétique  deotium, 
qui  serait  régulièrement  0/5  ou  oise,  selon  que  l'on  prendrait  pour  base 
otiumou  otia  :  on  peut  admettre  que  le  français  prélittéraire  a  possédé 
*ois,  puisque  le  provençal  archaïque  ào~  (Sancla  Fides,  59),  mais  l'étude  des 
textes  montre  qu'il  y  a  solution  de  continuité  entre  cet  ois  hypothétique  et 
oisif.  On  ne  peut  accepter  le  type  *otiivus  (Kôrting,  6759),  qui  n'est  pas 
conforme  à  la  dérivation  latine  (remarquons  en  passant  que  Littré  se  figure 
à  tort  que  *otiivus  aurait  pu  donner  oiuiif).  Enfin  mentionnons  l'hypothèse 
de  G.  Paris,  qui  admet  l'existence  en  anc.  franc,  de  viiisif  <  vocivus, 
auquel  il  impute  d'avoir  contribué,  conjointement  avec  oisos,  à  la  transfor- 
mation de  oisdif  en  oisif  (Koniania,  XXVII,  162,  note  2). 


ANC.    FRANC.     OISDII-  30$ 

Les  notes  Tironiennes  nous  ont  conservé  un  mot  singulier  : 
odietas",  dans  lequel  on  ne  peut  guère  voir  autre  chose  qu'un 
renforcement  deodium-.  C'est  un  cas  déformation  impropre, 
les  mots  en  -tas  devant  toujours  avoir  à  leur  base  un  adjectif 
et  non  un  substantif.  L'emploi  de  neutres  substantivés  comme 
dubium,  ni  niium,  propri  u  m  ,  etc.  dans  un  sens  analogue 
à  celui  de  d  u  b  i  e  t  a  s ,  n  i  m  i  e  t  a  s  ,  p  r  o  p  r  i  e  t  a  s  est  sans  doute 
le  point  de  départ  de  cette  création.  Il  est  permis  de  supposer 
dans  les  mêmes  conditions  la  naissance  d'un  substantif  *otie- 
tas  à  côté  de  otium.  Or  les  substantifs  en  -tas  forment  par- 
fois des  adjectifs  où  les  suffixes  -arius,  -ivus,  -osus, 
au  lieu  de  s'ajouter  au  /  des  cas  obliques,  se  soudent  directe- 
ment au  thème  du  nominatif;  exemples  :  aestas,  aestivus  ; 
amaritas,  amaritosus;  *cupidietas,  *cupidietosus 
(prov.  cobciios,  franc,  convoi Icux)  ;  egestas,  egest(u)osus; 
pietas,  pietosus;  plenitas,  *plenitivus  (anc.  franc. 
p}e)itif,  à  côté  de  plenteïf,  <C  *plenitativus);  proprietas, 
proprietar ius;  solitas,  solitarius,  *solitivus  (anc. 
(ranç.  soltif  a  solitaire  »);  tempe st as,  tempestivus,  tem- 
pest  uotus;  volu  ntas,  volun  tarius;  voluptas,  volup- 
t arius,  voluptuosus.  Donc,  de  *oti  etas  le  latin  vulgaire 
aurait  pu  tirer  un  adjectif  *otietivus  auquel  l'ancien  français 
t»/5</// devrait  son  existence'. 

A.  Th. 


1.  Schniitz,  Coniiiieiitarii  nolarntu  Tiion.,  tabula  46,  88*. 

2.  Forcellini  propose  de  corriger  odietas  en  od  iatus;  mais  la  note  Tiro- 
nienne  étant  en  harmonie  avec  la  forme  transcrite  par  le  scribe  en  toutes 
lettres,  cette  correction  n'est  guère  vraisemblable. 

3.  M.  Tobler  pense  que  oisdif  est  sorti  de  oisif  sous  l'influence  des 
familles  de  mots  où  le  thème  hésitait  ou  avait  l'air  d'hésiter  entre  -ois-  et 
-oisd-,  spécialement  :  boisier,  hoisie,  hoisdie,  boisdif,  d'une  part  veisié,  veisos, 
veisdie,  vetsdos  de  l'autre.  Peut-être  veisdos  représente-t-il  *vitietosus 
sorti  d'un  hypothétique  *vitietas,  formé  comme  odietas  et  *otietas  : 
la  coexistence  de  veisos  et  veisdos  serait  alors  le  pendant  de  celle  de  pieux  et 
piteux. 


RomuHiu   XKKl 


306  M  ÉLAN  G  KS 


ANC.  FRAXÇ.    KOJUEL 


Tout  adjectif  latin  en  -ius  -eus  peut  avoir  un  diminutif  en 
-iolus,  -eolus;  l'étude  des  textes  seuls  permet  de  déterminer 
quels  sont  ceux  de  ces  diminutifs  qui  ont  été  réellement  en 
usage  et  dans  quelle  mesure  ils  l'ont  été. 

Nous  n'avons  pas  de  témoignage  direct  de  l'existence  en  latiii 
vulgaire  de  *ru  biolus,  diminutif  normal  de  rubeus  «  rouge  »  ; 
ne  peut-on  pas  suppléer  au  silence  des  textes  antiques  par  le 
témoignage  des  Lingues  romanes?  Contrairement  à  l'opinion 
acceptée  jusqu'ici,  \e  DictioiinairL'  général  considère  le  substantif 
français  rougeole  non  comme  un  dérivé  de  rouge,  mais  comme  le 
représentant  du  latin  vulgaire  *rubiola'  ;  j'ai  avancé,  d'autre 
part,  que  le  terme  dialectal  rouvieii,  qui  désigne  différentes 
maladies  de  l'homme  et  des  animaux,  correspondait  au  mas- 
culin *rubiolus^. 

On  peut  invoquer  à  l'appui  de  ma  manière  de  voir  le  fait  que 
l'italien  dialectal  connaît  roggiola  comme  nom  de  la  maladie 
éruptive,  et  que  le  provençal  moderne  aplique  roujolo  non  seu- 
lement à  cette  maladie,  mais  à  une  plante'  et  à  un  poisson,  et 
roujôuÀ  un  poisson^.  Ce  qui  est  fait  pour  surprendre,  c'est  que 
les  textes  français  du  moyen  âge  ne  nous  aient  pas  encore  livré 
d'exemple  antérieur  au  xv"  siècle  soit  de  la  forme  masculine, 
soit  de  la  forme  féminine».  Voici  un  témoignage  beaucoup  plus 
ancien,  qui  n'a  pas  été  remarqué  jusqu'ici  et  qui  mérite  d'être 
pris  en  considération,  sur  l'existence  en  français  de  la  forme 
masculine  correspondant  à  notre  féminin  rougeole. 


1.  M.  Meyer-Lûbke  place  ioii<^eole  parmi  les  mots  où  -oie  a  été  adapté  à 
un  radical  français  (Grautiii.,  II,  ^  452),  et  il  croit  qu'il  a  été  modelé  sur 
vérole  (ibid.,  §   360). 

2.  Mélanges  d'étym.  fiiiiiç.,  p.  134  et  179;  cf.  Roniaiiiii,  XXXIV,  110,  n.  4. 

3.  Le  Mi'laiiipvntm  arvense,  qui  porte  aussi  le  nom  de  rougeole  en  français  : 
cf.  Romai!ia,X\XlV,  615,   note  5. 

4.  Voy.  le  Trésor  de  Mistral,  roujolo  et  roujau. 

5.  fin  provençal,  roiols  figure  dans  les  rimes  en  ois  «  larg  «  données  par  le 
Donut  et  y  est  traduit  par  «  genus  piscis  »  (Stengel,  Die  beide  xU.  prov. 

Graviiii.,   p.  54). 


ANC.    l-KAXÇ.    KOJUEL  307 

Une  des  branches  les  plus  connues  du  Roman  de  Rcnart  la 
branche  IX  de  l'édition  Martin,  mentionne  souvent  un  bœuf  du 
vilain  Liétard  qui,  par  l'imprudence  de  son  maître,  fiiillit  deve- 
nir la  proie  de  Brun  l'ours.  M.  L.  Sudre,  analysant  cet  épisode, 
appelle  le  bœuf  Rogcl,  adoptant  ainsi  la  seule  forme  que  l'édi- 
teur ait  recueillie  pour  la  faire  fii^urer  dans  sa  Table  alphabé- 
tique des  noms  propres.  Mais  si  la  forme  Roo;cl  est  la  plus  fré- 
quente dans  la  branche  IX,  elle  n'y  est  pas  constante  :  on  y 
trouve  aussi  au  cas  sujet  Rogeus  (y.  41  et  188),  au  cas  régime 
Rogol  (y.  204,  240,  862)  et  Roguel  (v.  63  i).  Pour  choisir  entre 
ces  différentes  formes  celle  qui  appartient  à  l'auteur  du  poème 
(un  prêtre  de  La  Croix-en-Brie,  comme  nous  l'apprend  le  pro- 
logue), il  faut  consulter  les  rimes.  Le  nom  du  bœut  n'y  figure 
que  deux  fois,  dans  les  passages  suivants  : 

Mais  sor  toz  en  i  ot  un  buen 

Qui  estoit  apelés  Rogeus  '  ; 

Mais  tant  l'avoit  par  les  fors  leiis 

A  son  fiens  trere  démené 

E  totes  les  saisons  pené 

Que  lentement  aloit  le  pas  (v.  40-4),  t.  I,  p.  280). 

Tôt  c'a  ge  fet,  amis  Rogel, 

Certes  si  en  ai  molt  grant  ihiel  (v.  383-4). 

Ces  deux  derniers  vers  ne  sont  pas  dans  tous  les  manuscrits 
et  l'éditeur  les  considère  comme  interpolés.  Il  se  peut,  mais 
l'interpolateur  (si  interpolateur  y  a)  était  d'accord  avec  l'au- 
teur sur  la  v:aie  forme  du  nom  du  bœuf  de  Liétard,  celle  qui 
est  attestée  par  la  rime  Rogeus  :  leiis  des  vers  41-42.  Ce  nom 
avait  pour  désinence  non  le  suffixe  -el  <  lat.  -ellum,  mais 
le  suffixe  -uel  <C  lat.  -iolum  :  au  cas  sujet  l'auteur  employait 
vraisemblablement  la  forme  Rogieiis,  qui  est  dans  deux  manu- 
scrits et  qui  rime  fort  bien  avec  liens,  cas  sujet  de  lieu.  Si  donc 
nous  voulions  moderniser  le  récit  du  vieux  conteur,  il  convien- 
drait d'appeler  Rougeol  (cf.  rossignol)  le  bœuf  de  Liétard,  à 
moins  qu'on  n'aime  mieux  l'appeler  Rougeul  (cf.  filleul^. 

A.  Th. 


I.   Variantes  (indiquées  au  t.  III,  p.   285)  :  Koigox,  Roigiifu{,  Rogiens. 


308  MÉLANGES 

ANC.  FRANC.   TENOIL 

On  chercherait  en  vain  le  mot  tenoil  dans  le  Dictionnaire  de 
Godetroy.  Il  figure  partout  dans  la  branche  IX  du  Roman  de 
Reuart,  vers  105 1  de  Tédition  Martin;  mais  comme  pour  ce 
passage  Méon  avait  la  leçon  sans  autorité  estoial,  Godefroy  a 
enregistré  esioial  (art.  estuials)  et  ne  s'est  pas  soucié  de 
consulter  l'édition  Martin.  Voici  le  passage  : 

Le  teiioil  ou  les  piecez  sont 
En  une  huce  le  repont. 

Il  s'agit  manifestement  du  vaisseau  que  l'auteur  appelle  un 
lardier  aux  v.  709  et  934,  et  que  nous  appelons  aujourdhui 
communément  un  «  saloir  »,  c'est-à-dire  un  vaisseau  de  bois 
ou  de  grès  où  l'on  met  les  viandes  à  saler. 

L'anc.  franc,  ienoil  est  encore  très  vivant  en  Berry  (Jaubert) 
et  dans  le  Blaisois  (Thibault)  sous  la  forme  régulièrement  trans- 
formée de  tenon,  mais  il  ne  sert  plus  à  désigner  que  la  cuve  à 
lessive  :  cf.  pour  la  forme  le  berrichon  artou  «  orteil  »,  anc. 
franc.  arteiJ,  arioil,  du  lat.  artïculus. 

Il  est  bien  tentant  de  rattacher  Ienoil  au  lat.  tina,  d'autant 
plus  tentant  que  le  normand  tinette  désigne  «  un  grand  pot  en 
grès  dans  lequel  on  conserve  le  lard  salé  »  (Moisy).  Mais  tina 
a  un  Hong,  et  le  dérivé  *tînïculus  devrait  aboutir  à  tineil, 
linoil  :  je  signale  la  difficulté  sans  prétendre  la  résoudre,  car  il 
ne  me  paraît  pas  légitime  de  postuler  un  lat.  vulgaire  *tïna'. 

A.  Th. 


I.  Godcfrov  a  un  exemple  picard  de  toiinoile,  subst.  féminin,  qui  a  le 
même  sens  que  tenoil,  mais  qui  semble  se  rattacher  à  tunna  «  tonne  »  et 
non  à  tina. 


COMPTES   RENDUS 


Aliscans,  kritischer  Text,  von  E.  Wienbeck,  W.  Hartnacke,  P.  Rasch. 
Halle,  Xicmeyer,  1903.  In-80,  XLvn-544  pages. 

Cette  tentative  à  l'effet  d'établir  un  texte  critique  de  la  chanson  d'Aliscans 
est  due  à  trois  élèves  de  M.  H.  Suchier  :  chacun  d'eux  a  fourni  environ  un 
tiers  du  travail.  Les  éditeurs  donnent  les  variantes  de  douze  mss.,  disent-ils, 
en  se  basant,  pour  une  bonne  partie,  sur  les  variantes  offertes  par  l'édition 
Rolin.  Ils  ont  eu  aussi  entre  les  mains  des  copies  de  certains  mss.  Ils  semblent 
avoir  copié  eux-mêmes  le  ms.  fr.  1449  '^'^  ^'^  Bibliothèque  Nationale.  La  nou- 
velle édition  offre  aussi  des  variantes,  nouvellement  recueillies,  du  ms.  tr. 
1448.  de  la  Bibl.  Nat.,  à  partir  du  vers  2894. 

Les  éditeurs  n'admettent  pas  le  petit  vers  dans  leur  texte,  le  considérant 
comme  une  altération.  Ils  ont  eu  la  regrettable  idée  d'adopter  pour  le  lîis. 
de  Boulogne  la  lettre  m  plutôt  que  J  (désignation  adoptée  par  Guessard). 
Pour  ce  qui  est  de  la  numérotation  des  vers,  ils  ont  eu  raison  de  conserver 
celle  de  Guessard  et  Moutaiglon,  en  attendant  mieux.  Car,  comme  on  le 
verra  par  la  suite,  nous  sommes  tellement  éloignés  de  posséder  avec  exacti- 
tude les  leçons  des  mss.  que  ce  ne  serait  pas  la  peine  d'établir  une  nouvelle 
numérotation  pour  une  édition  qui  ne  saurait  être  définitive. 

Avant  d'aborder  la  question  de  la  valeur  des  variantes,  passons  rapidement 
en  revue  quelques  points  de  l'introduction.  M.  Suchier  annonce  (p.  m)  que 
ses  élèves  publieront  plus  tard,  entre  autres  choses,  une  table  des  noms  propres 
et  un  travail  qui  montrera  que  le  petit  vers  de  la  chanson  n'est  pas  «  primitif». 
Les  éditeurs  se  plaisent  à  considérer  cette  question  du  petit  vers  comme 
résolue.  M.  Wienbeck  dit  qu'il  est  arrivé  au  même  résultat  que  Nordfelt, 
Riese  et  Schultz-Gora,  c'est-à-dire  que  le  petit  vers  est  dû  à  un  rema- 
nieur (p.  xvi).  M.  Hartnacke  aussi  s'élève  contre  l'opinion  de  Jonckbloet, 
Guessard,  G.  Paris,  Gautier,  Ph.  A.  Becker  et  d'autres  ',  qui  ont  vu  dans  le 


I.  Voir,  pour  des  opinions  récentes  :  E.  Stengel,  Kritischer  Jahresbericht 
der  Romaiiischen  Philologie,  vol.  VI  (II,  p.  65),  1905-05  ;  J.  Runeberg,  Etudes 
sur  lu  geste  Raivoitart.  Helsingfors,  1905,  pp.  21  ss.  Ces  messieurs  ne  croient 
pas  que  le  petit  vers  soit  dû  aux  remanieurs. 


310  COMPTES    RENDUS 

petit  vers  une  indication  de  haute  antiquité,  car  il  dit  :  «  Si  le  vers  orphelin 
n'est  pas  originel,  ce  qui  reste  dorénavant  établi...  »  (p.  xix).  M.Rasch  est  du 
même  avis,  comme  on  peut  le  voir  en  lisant  sa  thèse  sous  sa  forme  pre- 
mière '.  Il  est  à  croire  que  le  travail  promis,  où  Ton  cherchera  à  démontrer 
que  le  vers  orphelin  d^Aliscans  n'est  pas  primitif  ne  paraîtra  jamais.  Le  sort 
s'est  joué  cruellement  des  trois  éditeurs  en  révélant,  au  mois  de  juin  1905, 
la  Chanson  de  Guilhuiitte,  où  l'on  voit  que  le  petit  vers  est  le  débris  d'un  refrain 
qu'on  peut  appeler  en  toute  raison  primitif. 

Selon  M.  W.,  la  théorie  de  M.  Rolin,  qui  pense  que  l'original  de  notre 
poème  était  en  assonances,  ne  manque  pas  de  probabilité.  C'est  déjà  une 
concession.  M.  R.  croit  que  la  Chanson  d'AUscans  est  le  travail  d'un  seul 
poète,  dont  il  loue  le  génie  hors  ligne  !  Ce  langage  étonne  à  l'heure  présente, 
et  trahit  une  vue  erronée  sur  l'origine  des  chansons  de  geste  populaires  -. 
Plusieurs  des  critiques  qu'on  adresse  à  M.  Rolin  paraissent  mal  fondées,  si  on 
tient  compte  de  la  Chanson  de  Guillaume.  Ajoutons  que  M.  R.,  en  critiquant 
M.  Rolin  pour  avoir  dit  que  le  poème  fait  ressusciter  Baudus  (pp.  xlvi,  xl) 
ne  semble  même  pas  comprendre  la  portée  de  la  remarque  de  M.  Rolin,  qui 
connaît  parfaitement  le  passage  cité,  à  savoir  les  vers  3106  et  suiv. 

Constatons  avec  plaisir  que  M.  H.  reconnaît  la  grande  valeur  du  ms.  d 
(B.  N.  fr.  2494),  trop  méconnu  jusqu'ici  (voir  p.  xxi). 

Les  procédés  des  trois  collaborateurs  n'ont  évidemment  pas  été  identiques  ; 
aussi  le  travail  manque-t-il  un  peu  d'unité.  La  divergence  se  montre  surtout 
dans  la  préface.  «  L'arbre  des  mss.  »  de  M.  W.,  car  à  tout  poème  publié  en 
Allemagne  il  faut  un  «  arbre  »,  ne  concorde  pas  entièrement  avec  celui  de 
M.  H.,  ce  qui,  atout  prendre,  n'est  qu'une  indication  de  la  bonne  foi  et  de 
la  sincérité  des  deux  éditeurs.  M.  W.  se  rend  compte  mieux  que  ses  deux 
collaborateurs  que  beaucoup  des  leçons  données  en  variante  sont  douteuses  : 
on  n'a  qu'à  regarder  le  bas  des  pages  du  texte  qu'il  a  constitué,  où  l'on  trouve 
à  chaque  instant  des  points  d'interrogation  5.  Ces  honnêtes  points  d'interro- 
gation deviennent  rares  à  partir  du  v.  2894,  où  commence  le  travail  de  M. 
H.  M.  H.,  lui,  affectionne  les  points  d'exclamation,  qu'il  prodigue  à  la  suite 
des  variantes,  procédé  assurément  de  mauvais  goût.  Voici  maintenant  une 
série  de  remarques  de  détail. 


1.  Aliscans  III,  Halle,  1902,  pp.  27-36. 

2.  Voir  à  la  p.  xxxvii.  M.  R.  parle  encore  plus  clairement  dans  la  première 
forme  de  sa  thèse  :  il  y  appelle  le  poème  :  «  Ein  inhaltlich  und  sprachlich  in 
sich  geschlossenes  Ganze,  das  wirdurchaus  berechtigt  sind,  zusammen  mit); 
dem  ùbrigen  Epos  als  das  Werk  eines  Dichters  aufzufassen  »  (p.  22,  Cf.  Ph. 
A.  Becker,  Die  Alifraniosische  IVilhehnsage,  1896,  p.  48,  où  l'on  trouvera 
exprimée  la  même  opinion. 

3.  A  la  p.  20  de  sa  thèse  sous  sa  première  forme  (Halle,  1901),  M.  W.  dit 
qu'on  ne  pourra  établir  un  texte  vraiment  critique  ni  une  filiation  satisfai- 
sante des  mss.  qu'après  une  nouvelle  et  exacte  collation  de  tous  les  mss.  Il  ne 
croyait  peut-être  pas  si  bien  dire. 


Ali  sentis  311 

V.  VIII  de  rintroducticn,  au  premier  paragraphe,  il  faut  lire  apparemnien 
1776  et  1777  au  lieu  de  1775  et  1776.  —  P.  17,  M.  W.  a  raison  de  dire 
que  le  nom  éCAerofle  avait,  à  l'origine,  quatre  syllabes. —  A  cette  même  page, 
à  la  troisième  ligne  d'en  bas,  changer  17  en  xvii.  —  P.  30,  au  sujet  des 
vv.  447,  448  :  Droit  vers  Orem^e  ont  leur  voie  aqueiUie,  Quant  devers  cJestre 
leur  sort  la  gens  haie,  l'éditeur  dit  qu'il  préfère  destre  à  senesire,  parce  qu'il  ne 
serait  possible  qu'à  un  ennemi  venant  de  l'est  d'empêcher  sérieusement  la 
fuite  vers  Orange.  Il  est  clair,  d'après  ce  commentaire,  que  M.  W.  place  la 
scène  de  la  bataille  sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  sans  doute  près  d'Arles  '. 
Outre  qu'il  est  impossible  de  décider  ainsi  la  question,  l'emploi  des  deux 
mots  étant  devenu  un  simple  lieu  commun,  ajoutons  que  la  comparaison  des 
mss.  favorise  certainement  la  leçon  :  a  senesire.  —  Au  v.  452»,  l'éditeur 
imprime  :  Dame  Guihorc,  dons  cuer  et  douce  amie,  plutôt  que  D.  G.,  douce 
suer,  douce  amie,  et  explique  son  choix  en  disant  que  le  mot  suer  appliqué  à 
Guiborc  ne  donne  aucun  sens. satisfaisant.  La  bonne  leçon,  à  n'en  pas  douter, 
est  suer,  mot  qui  n'indique,  dans  uii  grand  nombre  de  passages,  rien  de 
plus  qu'un  terme  d'affection  ou  de  politesse  ;  cf.  lesvv.  1936  de  notre  poème,  et 
1014,  1331,  1356,  etc.,  de  la  Chanson  de  Guillaume;  cf.  aussi  le  v.  2931, 
variantes.  L'ordre  préférable  des  trois  vv.  695,  695a,  696,  se  trouve  dans  les 
w.  correspondant  de  la  Chanson  de  Guillaume  :  1987,  1988,  1989.  —  Au 
v.  759,  vostre  est  préférable  à  nosire.  —  La  leçon  pers  du  v.  775  n'est  pas  la 
bonne  comme  on  verra  plus  loin  par  les  variantes  que  nous  donnons. 
Ajoutons  que  le  mot  Aliscans  est  mal  cité  daijs  le  titre  du  livre  de  M.  Gade 
mentionné  au  bas  de  la  page.  —  Au  v.  781,  la  leçon  de  niLda  nous  semble 
la  bonne.  —  Au  v.  904,  lire  rest  au  lieu  de  ret.  —  P.  62,  à  la  dernière  ligne, 
la  variarte  1004  est  tirée  du  ms.  d.  —  Au  v.  loso,  1.  parastre  au  lieu  de 
paralre.  —  L'argument  par  lequel  l'éditeur  justifie  la  ponctuation  des  vv.  1 1 10- 
II 13  n'est  pas  tout  à  fait  convaincant.  —  V.  1705,  lire  :  Qui  vient  O.  —  V. 
1851a,  lire  d'après  les  variantes  :  Sarra^oçans  (voir  Rolin  et  les  variantes  que 
nous  donnerons  bientôt).  —  On  ne  voit  pas  pourquoi  M.  W.  dit,  dans  son 
commentaire  sur  le  v.  2231,  que  la  mort  de  Vivien  n'est  plus  mentionnée  : 
voir  les  vv.  2427,  2672.  Ou  M.  W.  veut-il  dire  que  cette  mort  ne  se 
trouve  pas  mentionnée  ailleurs  dans  la  conversation  avec  Ernaut  ?  —  V.  4655, 
1.  Guibers. —  Au  v.  5233,  il  vaudrait  mieux  lire  Rnistes  que  Jo7ies,  si  ces  mots, 
comme  dans  le  texte,  se  rapportent  à  Guillaume. 

Il  serait  oiseux  de  discuter  avec  plus  de  détail  le  texte  publié.  Quoiqu'il 
y  ait  un  grand  nombre  de  passages  où  on  serait  porté  à  suggérer  une  autre 
leçon  que  celle  adoptée  par  les  éditeurs,  le  texte  est  en  général  correct  et 
satisfaisant.  On  ne  peut  pas  en  dire  autant  des  variantes. 


I.  Ce  commentaire  de  l'éditeur  est  à  comparer  avec  un  passage  de  VAlt- 
franiôsische  Wilhelmsage  de  M.  Ph.  A.  Becker,  à  la  p.  44,  septième  ligue  et 
suiv. 


312  COMPTES    RHNDUS 

Si  l'on  examine  soigneusement  les  variantes,  en  les  comparant  avec  les 
mss.,  on  constate  qu'elles  sont  loin  d'être  au  complet,  et  qu'elles  renferment 
bien  des  erreurs.  C'est  ce  que  nous  allons  montrer  en  vérifiant,  pour  une 
partie  du  poème,  les  variantes  de  plusieurs  des  manuscrits  utilisés  dans  cette 
édition. 

d,  Bibl.  nat.  fr.  2494. 

Le  V.  47  manque.  Au  v.  62,  le  ms.  porte  chcicnl  ;  au  v.  90,  close;  looa, 
Et  desor  li  aiime  ;  102,  Jt'/V  ;  165,  viel;  178,  font;  198,  Fevian^  ;  222,  lampa- 
tris;  239,  Orainges;  303,  ces;  p.  27,  v.  33,  ior,  pas /or;  à  la  même  p.,  v.  36, 
ancloi;  412,  cos;  414,  to  tan:^;  418,  Alarchani  ;  426,  moigne  ;  427,  vivron:^; 
448,  Ior  sort  la  gent  aie;  450,  chasdelle  ;  467,  Daniie  et  de  cors  fist  sevranche  et 
/^a/V/i.' (pourquoi  dit-on  que  le  second  hémistiche  manque  ?);  489, /o/i;  493=", 
le  mot  hou,  écrit  d'une  main  postérieure,  précède  chevaux;  498,  voi:^;  572, 
voiêt  (sic);  -582,  ia  nier  (j=ja  nierl)q.  me  mi  b.  ;  598,  peut-être  faut-il  lire  : 
ainnoiit;  605,  ^er  (==  Jiert)  ;  605,  bannière;  699,  lauvje  ;  702,  Dores  en  antres 
vait  sa  corpe bâtant  ;  ^44,  fusse:-_;  745,  fnse^;  760,  la  variante  mentionnée  se 
trouve  au  v.  774;  765,  larme  santi;  775,  le  mot  à  la  rime  est  f/;£c//t;  ;  827,  tes 
honcles  tu  nés  nul  plus  prochain  (tu  iies  est  écrit  au-dessus,  d'une  écriture  posté- 
rieure); 835,  O.  V.  viete^m.  chief  androit  v.  s.  ;  858',  douer;  859,  Au  le  non 
deu  a  le  col  avaler;  904,  laubre,  rest  ;  928,  A  V.  e.  r.  aries;  1004,  la  dernière 
variante  de  la  p.  est  tirée  du  ms.  d  ;  1107,  les  deux  vers  mentionnés  ne  sont 
pas  dans  (/  ;  \\\^,  de  viaiu  nu  a  nu  ;  1 126,  Lor  p.  e.  b.  s.  a.  c.  ;  1 150,  les  trois 
vv.  mentionnés  ne  sont  pas  dans  le  ms.  d.  ;  11 56,  Desor  le  autne  ;  après  1 1 5  5  : 
Et  de  sa  terre  et  chasier  et  foir  ;  1165,  celle  tere  ;  \2^4,niolt  angoisosemeut. 
Après  ce  V.,  on  trouve  :  Le^  les  coste^  sont  li  fer  aprisant  Pou  le  gardirent 
navre  sont  durement.  A  .ii.  se  hurlent  isi  très  fièrement  Que  a  la  tere  li  uns  laulre 
atant  Aiu~  des  abert  norent  desfaudemant  Le:^  le  coste  sont  li  fer  aprocbaut  Pois 
se  gardirent  navre  sont  dureniant  Ni  a  celui  qui  nuit  laubert  sainglaut  De  rendre- 
cier  ne  furent  mie  huit;  1245,  De  g.  vertu,  urta;  125 1,  O.  p.  1.  boiche  li  des 
san:^  lor  rea;  1253,  ^u  v.  2,  piec  (pour  pièce  a)  ;  1265,  q.  e.  cia  ;  1266  et  1279, 
Dirondar  ;  1286,  lanferit;  1330,  tôt  q.  an  r.  ;  1336,  v.  me  ratandre~  Tant  q. 
j.soie;  1343*,  manque;  1388,  Alachans;  1414,  paladin;  1427,  le  vers  com- 
mence bien  avec  le  mot  5in/,  cL  var.  i645>-";  1434,  le  vers  ajouté  est  le  même 
que  celui  d'à;  1447,  même  leçon  que  celle  du  texte  ;  1520,  après  ce  vers  se 
trouve  un  vers  intercalé,  comme  dans  Bbe;  i)45,/cî  ne  rant  ./.  an  sois  u.  m . 
p.  (.i.  an  sont  écrits  sur  grattage);  1643^,  Rome  fist  G.  Isore^  ;  1643s  loil  sou 
saiclne:((=  Voeil,  ce  sache^),  1643'!,  O.  an  1.  b.  1.  f.  T.  la  cle^;  166"],  Cordus, 
daverse;  1707,  Arlarchant  ;  1778  :  après  ce  vers  le  ms.  porte  Aiquius  et  lam- 
patrei;  181 2,  Seut  G.  sa  c;  181 5,  Gautier  de  P.;  1827,  Eslarchans  ;  1846  : 
après  ce  vers  se  trouve  :  Que  ie  nore  0  moi  plus  de  .vit.  au~;  1849,  Alachan^; 
1863,  aida  Vivien^;  1908,  cuit,  an  resera;  1964  :  même  leçon  que  celle 
du. texte.  Après  197 1  se  trouve  un  vers  intercalé  :  Dedan-  Oreinges  anclose  et 
ansarree  ;  2029,  a  la  crope  e.:  2245,  lee  \  2518,  M.  ni  t.  escucr  n.  g.  ;  2330, 
Cuinte  a  lapée  don  a  or   est  li  pou  ;  2542.  Le  ms.  porte  boce  ;  2364  :   même 


Alise  an  s  313 

leçon  que  celle  du  texte:  2564»,  Y.  c.  m.  nntis  test  fii snliie:;;^;  2389,  Il  santonta 
on  p.  est  iiiotitei  ;  2399,  h\;  2400,  Cui  ci  bel  est  ;  2410,  desranH':(  ;  2457,  Cist 
meuoresseut  et  teuesseut  plus  c.  ;  2487,  L.  cuit  ie  fere  la  t.  reoigitier  ;  2488,  cors 
h.  ;  2551,  (/o»  ».  puise;  2602,  Mac  de  Venis;  2668,  Esleschaiis  ;  2675,  50m/ ; 
2681,  ..VT.,  .v///7.  2685.  Dans  le  vers  intercalé  il  faut  lire  iiiatier  (comme  au 
V.  3205),  c'est-à-dire,  viestier.  Le  scribe  omet  souvent  s  suivi  de  /  au  corps 
d'un  mot.  2764,  même  leçon  que  celle  du  texte;  2840  :  il  est  probable 
que  le  mot  eure  manque  à  cause  d'un  trou  dans  le  parchemin.  2858,  Jil  dor  ; 
2975"  :  le  mot  n'est  pas  teste ^  mais  une  abréviation  pour  trestote. 

e,  Bibl.  nat.  ïr.  1448  . 

V.  5,  Giiichardin  laufent  \  6,  Forq  de  Mellant;  50»,  Efforaou  ;  3_|  :  même 
leçon  que  dans  le  texte;  47,  tos  les  Archans.  Après  le  v.  92  :  Par  inei  hvchanl 
son  vait  esperouiUit  De.x pdiit  do  conte  sa  fin  va  aprochant  \  129,  nies  \  144,  B.  lo 
fier;  160,  manque;  199,  e)i  larchant  ;  221^,  Qui  par  p.  cune  fois  nefoit;  239, 
Cant  il  Orable  par  force  l.  t.  Et  Glor.  l.  palais  seignori  Et  de  sa  tere  lai  del  tôt 
desaisit;  241,  eiisiii  ;  278,  a.  ii.  mains  aceree  ;  331,  Nen  nieront  mie  ansin  del 
palasin;  v.  25,  p.  26,  qtii  ierent  en  larchant;  418  Eslachans;  775,  le  mot  à 
la  rime  est  chaeUes;  843I',  1;  apeleir  ;  844,  porpanser;  856,  le  crient  tiion  ven  quil 
ne  soit  trépasses.  Ce  vers  est  suivi  d'un  passage  intéressant,  où  l'on  ne  man- 
quera pas  de  noter  les  assonances  : 

Et  dist  G.  :  «  Ne  vos  covient  douter; 
Mais  une  chose  vos  voil  ge  demandeir. 
Se  de  Bertran  saves  nulle  vertes. 
Et  de  Guichart  et  de  Gerart  lo  ber, 
Gaudin  lo  brun,  Guielin  lo  membres  ?  » 
Dist  V.  :  «  Nenil,  oncle,  o  non  Des  ; 
Mais  ge  sai  bien  que  paien  defaes 
Les  en  menèrent  a  lor  neis  sor  la  mer. 
Je  n'en  sai  plus,  si  m'eïst  Damedes, 
Mais  de  ce  pain  benoiet  me  doneis  ! 

Au  V.  1109,  «c»;  II 10,  Sancontre;  iiii,  Eiului  ansaidylcs  mais  chascuns 
soit  par  lu  (lui);  1^-^^,  porpattseis;  1520,  dont  li  fer  sont  ijuarre-.  Suit  le  v. 
intercalé  qui  se  trouve  dans  Bbd;  1 560,  ving  ;  1705,  Q.  v.  O.  ;  181 2,  Seust  G. 
sa  conpaigne  a.;  1847a  :  même  leçon  que  dans  le  texte  (cant);  1910,  vis  que 
tu  me  dis;  2245,  loee.  Le  ms.  porte  après  2273'»  :  Ans  Bernait  vigne  a  Saint 
Cruis  en  Brie  Ancoutra  il  Hernieniart  de  Pavie  ;  2285,  Ca  Paris  vint  a  ore  de 
m.  ;  2342,  boce;  2510,  gros  p.  de  glose;  2548,  B.  marier  ;  2549,.  V.  nesien  q. 
tant  v.  d.  a.  ;  2585,  ce  ms.,  aussi  bien  qu'(î,  offre  ce  v.  2602,  a  S.  Mars  de 
Venis;  2605,  contre  les  Arrabis. 

C,  ms.  de  Berne. 

Au  v.  7,  Fouc's  de  Melaiis  ;  9^,  Ju  (erreur  pour  fret);  13,  ne  lui  aiit  (pour 
l'aut);  26,  a;  54,   même  leçon  que  dans  le    texte;  45,  Ouatit  ne  le    t.,   del 


314  COMPTES    RENDUS 

sens,  iscir  ;  46,  Adont  ;  47,  Tout  A.  ;  62,  wa»/ ,  65,  les  mit  ;  64,  sensegue  ;  65, 
restragihuit  ;  69,  la  leçon  de  </;  73,  Tout  sont  i.,  etc.  ;  76,  De  /('«5  /'.  ;  99,  i:/ 
r//i/.  »w.  /<"/.  p.  il  ;  loo»,  biaunw:  loi,  peust-,  105,  srpolir;  109,  e.</;  117, 
aproisniier;  129, /(Jc;  1^2,  enhiacier;  135,  aproisier,  158,  vaiisist;  144,  //h/o- 
«/>/■;  155,  </f  5.  ;  20^,  ereni  ;  220,  fait  ;  233,  «70/ ;  239,  Q.  i.  O.;  331,  p«5;  , 
352a,  îr_  /;ijy.  ;  à  la  p.  25,  V.  9,  z'o/5/  ;  v.  11,  5('  ;>  muir puis  ;  v.  40,  Li qôs  G. 
(=  quons.  Le  copiste  aura  mal  compris  le  vers);  496,  même  leçon  que  celle  du 
texte  (mais  Quels) ,  5  59,  £/  7W  ensegne  de  pale  de  c.  ;  5  52,  T?///  5.  ^.  o^/on-  f»  ?«/ 
païadisiil ;  592,  .xv.  y^o/  /  ot  net  l>.  ;  620,  et;  677,  ne  manque  pas  :  Tous  est  ses 
hrans  et  ses  pnins  sanglentes  ;  702,  vait  s.  souglotant  ;  716,  El  s.  .ii.  puins  va 
forment  regi étant  (erreur  pour  retorgaiit  ?)  ;  739,  tw/;y;775,  caieles;  797,  mal 
Sarr.  0.  ;  798,  guerre;  854,  »?.  /;.  fet  reculer;  862,  prendent  a  vi.  ;  887»:,  Martin 
le  co^'enra  p.  ;  904,  Dedesus  1.  l.  rest  aies  couder;  922,  Li  solaus  baise  (pas  de 
couche);  loiy, frère;  ii07,pour  les  vv  intercalés  de  /'^,lems.  porte  :  Ne  le  lai- 
roiep.p.  V.  d.  molu  J.  c.  e.  le  cief  auras  p.  1 1 26,  la  même  leçon  que  celle  du  texte 
(destrier);  11 30,  le  hranc  m.  Le  passage  cité  dans  les  variantes  se  trouve  ici  : 
D.  1.  g.  q.  car  n.  1.  f.  Que  s.  mius  de  plaiu  asentu  P.  ni.  l.  c.  li  fust  lespius 
cousu;  II 36,  En  son  leliiaume;  1151,  au  lieu  de  Tiebaut,  le  ms.  porte  par 
erreur  W.  =  Vivien  ;  1152,  iscir  ;  les  deux  vers  cités  de  bA  après  11 53  se 
trouvent  dans  le  ms.  C.  A  la  p.  76,  au  v.  14,  penne.  1 198,  tenras;  1 199,  Et  t. 
m.  auraT.  lescle;  121 1,  G.  or  entent  ;  1245,  Par  felair  si  liais  1.  hurla  ;  125 1, 
la  boiice  li  sans  vermaus  r.;  1255,  Uni.  Après  1280,  le  ms.  porte  :  Nen  aura 
ciere  nul  ior  que  il  vivra  ;  1 2S6,  ferist,  recouvra  ;  1332,6.  cuide  qui!  die  vérités  ; 
i}^3, porpenses.  Après  1336,  lems.  intercale  cinq  vers  (le  v.  2  de  fî/» manque)  ; 
1404  manque  ;  1412,  cel  t.  Après  141 3  :  Li  millors  rois  qui  aine  huist  de  vin 
En  tout  le  mont  na  millor  sarr.  ;  1414,  est  li  contes  p.  ;  141 5  manque.  Après  1414. 
Li  sors  b.  1.  s.  t.  esfrain  Vers  A.  e.  celceniin;  1425,  ai  L;  1442,  voisdie. 
Après  1504,  le  ms.  intercale  le  v.  La  h.  d.  1.  confaiion  Jreine;  1508,  R.  a  m. 
sans  plus  caions  joiiste;  1608,  El  tout  1.  voi  son  b.  e.;  1636,  Levé,  ceurt,  sor  : 
1643a,  Q.  d.  Rounie  f.  Guill.  Ysoi-es.  Le  vers  1643":  manque,  et  à  sa  place  le 
ms.  offre  :  Ains  le  verai  si  vie  garise  dex  Que  vous  soit  p.  n.  guiccl  desf renies. 
iS5"/,  Tant,  cors;  1658,  botice  (Vu  exponctué),  ases  mirer.  1667,  Corsus 
ddic  u;  1839a,  manque.  Après  le  v.  1846,  le  ms.  intercale  :  Que  ie  nori 
0  mot  plus  de  .vii.  ans;  1851»,  Mediens,  Sarrisineans  ;  1894,  tous  maris: 
1944,  guerpie;  1964,  même  leçon  que  dans  le  texte.  Pour  le  v.  1977,  le 
ms.  porte  :  Ariere  dos  serai  mise  et  boutée  ;  2 141,  Cil  d.  Gieronde;  2143,  le  p.  ; 
2245,  liuee  ;  2342,  broce;  2364»,  se  trouve  dans  C  (mes  au  lieu  de  si);  2365. 
P.  1.  demande  amis;  2366,  d.  q.  demandes;  2^47,  violt  ciet  en  grant;  2466,  Est 
cou  G.  ;  2487,  L.  cuic  ion  faire  1.  t.  rouegnier;  2488,  /.  cors  b.  2510,  G.  p.  se 
fist  lors  li  qiiens  aporter;  2548,  variante  2  -.Et  la  r.;26o4,  Ainiers  (par  erreur); 
2626,  Courecies  est  et  ires  et  maris  ;  265  ^,  Paris.  Après  2689,  fet  .j.  si  diviers  s.; 
2764,  même  leçon  que  celle  du  texte;  2901,  fendroie  ;  2909»,  en  A.;  2911, 
Del  plus  V.;  3010,  .vii;  3021^,  de  coitier  ;  3028, /hw/;  3031-35  manquent; 
3050,  comme  carbon;  3053,  Est  cou  or  f.  do  Ior  e.  del  mouton  ;  3066,  ce  v.  se 


AU  seau  s  ^15 

irouve  dans  le  ms.  C;  3094,  G.esgarde  qui  molt fist  a  douter-  3095,  Les  ions, 
allumer-  3096,  uen  lait  mie  a  hlaswer;  5098,  If  cief  tint  clin  sic.  ;  3108,  ne  te 
pettc  m.  ;  3 ,  19,  maseoient  ;  3 129,  Oue  m.  ai  ■  3 149,  Et  en  apries  ens  ou  baies  e. 

M,  ms.  de  Venise  : 

Au  V.  3,  .S-.  w.  ayant  lianç-  4,  Bretans;  11,  elenians  :  33,  Lo  ioin;  39,  w"  ; 
100,  saplir;  103,  T^/// ;  105,  Bretram  ;  no,  a>-.w;  r.  ;  119,  Car.;  124,  ^«r- 
/n/M/;  125,  r/Zw-^^;  128,  iustier  ;  i^y8,cbasclmns;  i^,  timonei^  1^2,  Auceher  ■ 
157,  -S'  /ov;  163,  /o/-«^,  w/V  ;  169,  Paians  en  voyt  qi  les  ont  envairir;  175, 
••nsir;  184,  penseç  de  vos  cair;  187,  Las  corne  v.  ;  188,  E  saracin  ne  ponmt  enqe- 
rir;  l^s,  Bertrans;  197,  0„te  nanrai;  201,  Por  dru  H  mand-  222,  oncis  /.;  232, 
/"  toa  ;;/.;  235,  ;raW/ ;  24 1 , .//,  i w;  247,  ro5  non  a.  w.;  248,  L.//  n-^nv»'/  cum 
iimtiel  enimi;  253,  </.a.  knaues;  258,  Icelc;268,  Lauberg,  cani  enramee -,276, 
snite;  282,  D«/m  ^^^  tere  est  la  haça  chinée  ;  286,  voit  ;  289,  Renoani,  lançnee  ; 
290,  .:/«n./v,-;  293,  Molt  e.  ;  295,  San  ;  299,  2,  ^ro/  G.  ont  vos;  3,  T^-/.-  (de 
''|"-0;  5,y'«/"  ;  302,  enfoyrent;  307,  O/zr/.- ;  314,  M.  ;/.'  qcit  m.  q.  n.  paist  a 
).;  3iS,'7''''ï'-;  318,  Alischant;  122,  sein;  323,  F/î'/a;/ ;  324,*';/ /wym-;  328,  r. 
plages  ;  330,  y,<./,^cr,-/;,  ;  33^^  ,,,;.j^  ..  ,,„  ,  .  ,,5^  deschase;iAO,puit  lin;  348,  rf^  51 
qeal  m.  ;  355b,  /o;»,  /i/mo»  :  il  n'y  a  pas  de  mention  de  Paierne  dans  tout  ce 
passage;  366,  carhon;  583,  Lor  enimi  Tiher  (sm\m,  mais  Teulmt,au  v.  238); 
390,  r,V///  /a;-,-/,./»/  ;  391,  Sor  une  stanc  on  deve  Joison  ;  392,  La  (non  pas  Ja); 
39«>  '".?'-;  400,  demeuedeo,  son  gaie  t.  :  401,  E  dolccnwnt  de  ver  r.  (sic).  A  la 
P-  25,  au  V.  2,  hiaus  s.  /.  senhlant  ;  5,  halcciste,  lordans  ;  11,  cantant;  39a,  rot 
lorel  cors  tôt  s.  ;  413»,  414^  wauqnent  ;  429,  ms  c.  w.  ;  434,  San  Sevaor  ;  444 
im',««/;447,  (^colee;  448s  O/;  450,  r/«/o/  .  a.  ;  450e  Cornehusines  mènent  t.  t 
(le  V.  ne  manque  pa.s);  450^,  lègue;  452a,  D.  Gihorge  dnlce  suer  dulcea.  ;  452? 
Qeaie  enstor  (sic)  coardie  a.  m.  s.  traiçon  v.e  bosdie;  453a,  /,;-/.  458b, ^ow/;  463' 
enaudte  ;  480,  paganie  ;  482,  eschie  ;  484,  aidie;  485,  rom"  ;  490,  Avoc;  524,' 
in-o/*-;  593,  a>»055rt«ra,  cropere;  623,  /o;v//£;-;  629,  Cfl»c  n.  pot,  feis  ■  640b,  /^ 
pwst  b.  ;  640c,  £„  s.  g.  la  soe  arme  aseir;  640s  Z.î  suens  b.,  rasir;64oi',  Aine  le 
doit  len  molt  v.  0.  ;  640g,  En  totes  cort  esaucer  e  ioir  ;  640^,  Maint  buen  esemble  i 
p.  hom  r.  Les  trois  vv.  qui  suivent  sont  :  Qi  de  Giell.  set  canter  e.  s.  B   endre- 

Trr'  "  ''^^'"'"'  ^"■'""  '  """'"  '  ^''""*'  ^  ''■  ^^4,  ces  (et  non  pas  ses).  650, 
Mal.  Apres  650  (65  i  manque)  :  i ,  gariroit,  ors  qi  fu  /.  2.  Oe,  suens  cors  n  s. 
dtmembreç  ;  65  3a,  nos  ;  684,  V.  lasoleç  ;  685 ,  adonc  sest  d.  ;  696,  riç.  s.  c  ;  697 
Sets  m.  croyses,  piç.  ;  698,  son.  ;  700,  sa  c.  ;  702,  Dores,  sanglotant  ;  7 1 8,  mai  ]  724' 
Jraue,  mire  n.  tuçans  ;  727,  elemans;  739,  vostre;'j44,  convenians;^^^,  cheeles. 
783S  i"on.  Dans  le  vers  qu'ajoute  le  ms.,  la  leçon  est  mon  petit  ae  ;  784  O  ie 
antre  mes  (erreur  intéressante)  ;  819k,  après  ce  vers:  lel  demandai  por  denZ  un 
at'eit  men  doua  por  deu  de  maieste;  819P,  vosav.;d,6i,  Fors  tant  G.  ■  872 
U  a.escu^  lo  vo.t  escoveter;  887c,  marlir;  904,  Desoç  labre  li  est  aleç  colcber 
993,  la  laisse  finit  avec  ce  vers  1 107,  i  et  2  .•  .V.  t.  lairemes por  un  moy  dor  fondu 
uisque  a  cel  bore  qaurastocef  perdu:  iiix,parseu.  Après  1113,  Onqes  nenblai 
vathsant  un  escu;  1130,1,2,  3  :  ces  vers  se  trouvent  dans  M.  ;  1 153  i  ce 
vers  se  trouve  dans  le  ms.  M.  ;  1251,  E.  p.  l.  b.  li  s.  v.  raya  ;  1258.  /.  e  flam- 


3  lé  COMPTES    RENDUS 

hoia  ;  1 265 ,  cek  spee  cia  ;  1 286,  lo  fenist,  lo  hasta  ;  1330,  en  aureç  ;  1 3  5 1 ,  C.  qen 
p.  1356,  pas  de  ci;  1356,  i,  T.q.  i.  rai;  1414,  pihttin.  Après  1435,  P.  lateti- 
drai  Tiber  rostre  c.  ;  1539,  ^^'^''  'S^o,  laltrier  ;  1643»,  Isoreç  ;  1667,  Corsus 
daverse;  1705,  Oi  vient  a  0.  asiulir  e  preer;  181 2,  Seust  Giell.  ma  compagne 
menée;  1816,  desivree;  1821,  Meis  per  G.  tnolt  en  fn  esfracce;  1863,  Sor  toç  les 
autres  si  sayda  Vivian^;  i85i«,  sarragoçans  ;  1909,  di  cel  iuis  ;  2029»  :  ce  v. 
existe;  2218,  son  escu;  2566,  ce  vers  est  comme  dans  le  texte,  seulement  : 
re:^;  2389,  E  il  sentorne  el  palais  se n  fnonte:^^;  2593,  î'.  1ère  sest  encline^; 
2447,  Q^  ^0  ^on  perd  cheu^  est  in  vilte~;  2487,  ce  v.  se  trouve  dans  le  ms. 
(roogner).  2488,  lo  cors  h.  2510,  5^0-/^.  2739,  De  canes.  2772,  Taiste 
l'impératif) /JM/é-zw  dist  lise  prcn'ee.  3053.  Est  ce  la  fable  de  tor  et  de  nuiton. 
(Ajoutons,  enfin,  que  le  nom  de  Tibaut  s'écrit  aux  vv.  4141,4170,  et  aussi  au 
q.  2773,  Tibaui  de  Rabie  vos  a  soiornee;  et  que  celui  d'Aimer  s'écrit  Kay merise 
lo  caytis  (v.  4178),  Aymeris  li  caitis  (v.  2601),  et  Kaymer  (vv.  4233,  4253, 
4264,  etc.). 

En  voilà  assez  gour  faire  connaître  l'état  du  texte  et  des  variantes  publiées 
d'Aliscans.  Les  jeunes  éditeurs  ont  abordé,  un  peu  à  la  légère  peut-être,  une 
des  plus  lourdes  tâches  qui  s'imposent  à  un  éditeur  de  poèmes  en  ancien 
français.  Si  leur  attente  reste  un  peu  déçue,  la  faute  en  est,  pour  une  part,  à 
autrui,  car  ils  ont  péché  par  un  excès  de  confiance  dans  des  collations  qu'ils 
n'avaient  pas  faites  eux-mêmes.  En  somme,  le  travail  des  trois  éditeurs, 
malgré  les  imperfections  que  nous  avons  dû  v  relever,  témoigne  en  faveur 
de  leur  zèle,  de  leur  diligence  et  de  leur  bonne  loi. 

Ravmond  Weeks. 


Manuel  pour  servir  à,  l'étude    de   l'antiquité    celtique, 

par  Georges  Dottin.  Paris,  Champion,  1906.  In-12,  408  pages. 

Excellent  manuel,  dont  on  ne  saurait  trop  recommander  la  lecture  aux 
Celtomanes  attardés.  L'auteur  montre,  avec  une  critique  aussi  éclairée 
qu'impitoyable,  combien  sont  peu  solides  les  bases  où  s'appuie  notre  con- 
naissance du  monde  celtique  dès  que  nous  voulons  remonter  par  delà  les 
monuments  des  Celtes  insulaires,  c'est-à-dire  antérieurement  au  viiie  siècle 
de  notre  ère.  Le  chap.  11,  consacré  à  la  langue,  sera  particulièrement  utile 
aux  Romanistes,  non  qu'il  s'y  trouve  des  faits  nouveaux,  mais  parce  que 
l'auteur  a  fait  un  effort  méritoire  pour  répartir  en  sections  nettes  les  maté- 
riaux linguistiques  que  l'antiquité  nous  a  transmis  et  les  conjectures  par 
lesquelles  on  a  cherché  à  augmenter  la  somme  de  ces  matériaux.  Il  semble 
cependant  que  M.  D.  soit  trop  porté  à  rabaisser  le  degré  de  certitude  de  nos 
connaissances  en  cette  matière  délicate.  Il  dit  fort  sagement  (p.  96)  : 
«  Les  seuls  mots  celtiques  dont  l'existence  sur  le  continent  puisse  être 
démontrée  sont  ceux  qui  ont  persisté  à  la  fois  dans  les  langues  celtiques  et 
dans  celles  des  langues  romanes  qui  sont  parlées  dans  les  pays  jadis  occupés 


DOTTiN,  Manuel  317 

par  les  Celtes».  Comment  se  fait-il  qu'il  ait  omis  le  mot  vidiibium,  dont  le 
caractère  intrinsèque  accuse  lumineusement  l'origine  celtique,  et  qui  est 
devenu  le  franc,  vottge,  le  prov.  vei^og,  le  gasc.  hedoi,  etc.  ?  Cette  étymologie, 
amorcée  par  M.  Mever-Lûbke.  parachevée  par  MM.  Thurneysen  et  d'Arbois 
de  Jubainville,  me  paraît  une  des  plus  belles  victoires  de  la  philologie  à  la  fin 
du  siècle  dernier;  lesilencede  M.  D.  est-il  une  inscription  en  faux  là  contre, 
ou  un  simple  oubli?  D'autres  omissions  m'ont  aussi  frappé,  quoique  moins 
déconcertantes  ;  mais  ce  livre  se  donnant  surtout  comme  un  livre  de  vulga- 
risation, il  n'y  a  pas  lieu  d'insister  sur  ce  point.  Je  me  borne  à  indiquer 
quelques  retouches  que  j'aimerais  à  voir  introduire  dans  la  prochaine  édition 
que  M.  D.  donnera  au  public. 

P.  25,  Cenomani;  non,  mais  Cenoiiiaiiiii,  car  M.  D.  sait  aussi  bien  que  per- 
sonne que  la  capitale  de  cette  peuplade  gauloise  s'appelle  aujourdui  Le  Mans, 
et  non  Le  Mains.  —  P.  28-29,  les  noms  de  peuples  mentionnés  parce  qu'ils  ont 
survécu  «  soit  comme  noms  de  pays,  soit  comme  noms  de  villes  »  sont  divi- 
sés en  deux  séries,  mais  il  aurait  fallu,  pour  être  logique,  ne  mettre  dans 
la  première  que  ceux  qui  n'ont  pas  de  représentants  dans  un  nom  de  ville 
correspondant  au  nom  de  pays,  tels  que  les  Caîeti  du  paysde Ca?/.v,  les  Medidi 
du  Mèdoc,  les  Arvcnii  de  V Auvergne  (je  rappelle,  en  passant,  que  Auvergne 
vient  de  Arveruicus  et  non  de  Arvernin  ;  cLJourn.  des  Sav.,  1901,  p.  568,  et 
Rcv.  critiq.,  1905,  2'-'  sem.,  p.  57)  etc.,  et  renvoyer  à  la  seconde  les  Andecavi 
(Angers),  Pictavi  (Poitiers),  Peirucorii  (Périgueux)  et  Viromandui  (Vermand). 
—  P.  55,  marga  :  il  n'y  a  aucun  doute  que  luarga,  par  un  diminutif  *  margula, 
soit  la  base  du  franc,  marne,  mais  pour  prévenir  le  doute  que  M.  D.  croit 
devoir  exprimer,  il  fallait  dire  que  marne  est  une  déformation  récente  de 
marie.  —  P.  60,  caio  :  le  mot  quai  est  aussi  à  mentionner,  à  côté  de  chai, 
comme  forme  dialectale  ayant  fait  brèche  dans  le  vocabulaire  général.  — P.  62, 
niarcus  ou  emarcus  :  le  franc,  marc  est  sans  rapport  avec  le  mot  de  Columelle  : 
il  vient  de  marcher,  au  sens  propre  de  «  fouler  ».  —  P.  64,  opulus  et  p.  65, 
viriola  :  ces  mots  figurent  à  tort  parmi  ceux  qui  ne  sont  pas  conservés  par 
les  langues  romanes  :  cf.  ital.  oppio,  franc,  virole,  etc.  —  P.  65,  [iiÀ'.vo'jvTia  : 
cf.  esp.  beleùo  et  mon  mémoire  intitulé  :  Roger  Bacon  et  les  étudiants  espagnols 
dans  le  Bull.  hisp.  de  1904,  p.  26.  —  P.  67,  Ôoj/.'ove  et  odocos  :  cf.  ma  note 
sur  certains  noms  de  l'ièble  dans  le  sud-est  de  la  France,  Mélanges  d\'tym., 
p.  149.  —  P-  7S,  taringa  :  la  seule  forme  à  prendre  en  considération  est 
tarinca,  d'où  le  franc,  dial.  taranche,  cf.  mes  Mélanges  d'étym.,  p.  149.  — 
Ibid.,  mercasius  :  le  mot  est  bien  de  «  ceux  qui  n'existent  pas  en  celtique  » 
mais  il  ne  fiiudrait  pas  le  mettre  avec  «  ceux  qui  n'ont  pas  subsisté  dans 
les  langues  romanes  »  :  c'est  le  franc,  dialectal  marchais  tout  craché  (cf. 
Godefrov,  M.\RCHOis  I). 

A.  Th. 


3l8  COMPTES    RENDUS 

Cartulaire   du  prieuré  de  Saint-Mont  (ordre  de  Cluny), 

publié  pour  la  Socictc  historique  de  Gascogne,  par  Jean  de  Jaurgain, 
avec  introduction  et  sommaire  par  Justin  Maumus.  Paris.  Champion  ; 
Auch,  L.  Cocharaux,  1904.  ln-&°,  xiv-152  pages. 

Cartulaire  de  l'abbaye  de  Gimont,  publié  pour  la  Société  histo- 
rique de  Gascogne,  par  Tabbé  Clergkac.  Paris,  Champion  ;  Auch,  L.  Cocha- 
raux, 1905.  In-80,  xvii-)03  pages. 

La  Société  historique  de  Gascogne,  qui  édite  les  Archives  historiques  de  lu 
Gascogne,  mérite  la  sympathie  et  les  encouragements  de  toutes  les  personnes 
qui  s'intéressent  à  l'histoire,  entendue  dans  le  sens  le  plus  large,  du  sud-ouest 
de  la  France.  Elle  a  mis  au  jour  des  documents  d'une  grande  importance, 
dont  peuvent  tirer  profit  non  seulement  les  historiens,  mais  aussi  les  philo- 
logues. Il  suffit  de  rappeler  que  c'est  à  cette  Société  qu'est  due  la  publication 
des  Comptes  des  frères  Bonis,  dont  il  a  été  rendu  compte  ici-même  (XX,  170, 
XXV,  473),  et  dont  l'importance,  pour  la  philologie  provençale  est  si  grande. 

A  ce  point  de  vue,  les  deux  volumes  que  nous  annonçons  présentement 
sont  assurément  d'un  moindre  intérêt.  Ils  méritent  cependant  d'être  signalés 
à  nos  lecteurs.  Le  cartulaire  du  prieuré  de  Saint-Mont  (Gers,  canton  de 
Riscle)  est  pubUé  d'après  un  manuscrit  jusqu'ici  inconnu,  crovons-nous,  qui 
appartient  à  un  particulier.  Il  en  existe  à  la  Bibliothèque  nationale  (lat. 
5460  a)  une  copie  du  xvie  siècle,  dont  M.  Luchaire  a  extrait  quelques  morceaux 
pour  son  Recueil  de  textes  gascons  (n°  39).  C'est  un  recueil  de  chartes,  et  sur- 
tout de  notices,  rédigées  au  xie  siècle,  en  latin,  naturellement,  mais  où  appa- 
raissent de  temps  en  temps  des  mots  gascons,  tantôt  sous  la  forme  vulgaire, 
tantôt  légèrement  latinisés.  On  y  relèvera  notamment  beaucoup  d'exemples 
de  l'art,  féminin  ~a,  plur.  las,  ce  qui  n'exclut  pas  l'emploi  de  la,  las  :  ^fl 
Costa  71  ',  -afaiirga  123,  :^fl  Jita  127  (la  fita  95),  -«  lana  50  (la  lana,  130), 
la  montaia  71,  116,  -a  Ossera  152,  -J  poiole  134  (la poiola  70),  ^as  cornes  71. 
Les  éditeurs  impriment  en  un  mot  Zacosta,  Zafaurga  Zafita,  Zalana,  etc., 
ce  qui  peut  se  défendre,  mais,  à  la  table,  ces  noms  sont  relevés  sous  la  forme 
actuelle  :  hicoste,  Lafitte,  Laforgue,  Lalanne,  etc.  Il  eût  fallu  du  moins  relever 
aussi  les  formes  des  textes  avec  renvoi  à  la  forme  moderne.  P.  74,  figure  un 
paysan  w  cognomento  Desafontana  «,  ce  qu'il  eût  fallu  écrire  en  trois  mots, 
ou  au  moins  en  deux.  Or  à  la  table  ce  nom  figure  uniquement  zLafontaine. 
On  voit,  par  ces  détails,  que  l'édition  n'a  pas  été  faite  avec  beaucoup  de 
compétence. 

Et  en  eflfet,  sans  rien  retirer  des  éloges  décernés  plus  haut  à  la  Société 
historique  de  Gascogne,  il  faut  avouer  que  le  travail  des  éditeurs  n'a  pas  été 
bien  conduit.  L'annotation,  qui  porte   principalement  sur  les  noms  de  per- 


I.  Je  cite  par  pages. 


Cariulaires  de  Saint-Mont  et  de  Giniont  319 

sonnes,  est  suffisante  ;  on  aurait  désiré  davantage  en  ce  qui  concerne  l'identifica- 
tion des  noms  de  lieux.  La  table  est  médiocre.  Mais  ce  qui  laisse  le  plus  à  dési- 
rer, c'est  d'une  part  la  critique  diplomatique,  et  d'autre  part  l'établissement  du 
texte.  La  critique  des  documents  n'est  pas  faite.  A  cet  égard  l'introduction  est 
nulle,  et  l'annotation  ne  comble  pas  les  lacunes  de  l'introduction.  Voir  d'ailleurs 
sur  ce  point  les  observations  de  M.  Labandc  dans  la  Revue  critique  du  17  octobre 
1904  et  celles  de  M.  Samaran  dans  Le  Moyen  Age,  1905,  p.  87-91.  Q.uant  au 
texte,  il  est  visible  que  les  éditeurs  n'ont  pas  l'habitude  d'imprimer  du  latin. 
Les  fiiutes  tvpographiques  abondent,  et  il  s'en  faut  que  toutes  soient  relevées 
à  l'errata.  Les  mots  sont  souvent  mal  coupés;  ainsi  la  conjonction  qM  est 
toujours  séparée  du  mot  auquel  elle  devrait  être  jointe  :  veiiianl  que,  testibus 
que,  etc.  Citons  encore  soluin  modo,  atite  dictoruni,vice  couus,  et,  inversement 
exquinque.  On  peut  même  se  demander  si  les  auteurs  ont  toujours  su  bien  lire 
le  manuscrit  qu'ils  ont  édité.  J'en  doute.  P.  105  :  «  ut  redimat  quuin  volue- 
rit  ».  11  n'v  a  sûrement  pas  quuiu  dans  le  ms.  ;  je  suppose  qu'il  y  a  l'abrévia- 
tion bien  connue  de  qiuindo.  N'avant  pas  la  possibilité  de  consulter  le  ms. 
original,  j'ai  eu  l'idée  de  comparer  quelques  pages  de  l'édition  avec  la  copie 
de  ce  ms.  que  possède  la  Bibliothèque  nationale  (lat.  5460  a),  et  j'y  ai  relevé 
des  leçons  meilleures  que  celles  du  texte  imprimé  et  qui,  sans  doute,  se 
trouvent  aussi  dans  l'original.  Ainsi,  p.  6  «  cum  uxore  mea...  ac  filiis  vieis  », 
ms.  nostn's.  Même  page,  «  Juraverunt  vero  »,  ms.  ergo.  P.  7,  «  in  circuitu  et 
iiique  »,  ms.  ubique.  Même  page,  «  et  insuper  bannum  comitis  Guasconie 
quart  dampnum  quod  fecit  quadruplicatum  reddat  »,  au  lieu  de  quare  le  ms. 
a  el.  Ibid.  «  meuse  martis  »,  ms.  martio. 

L'édition  du  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Gimout  '  est  meilleure,  bien  qu'elle 
ne  me  donne  pas  encore  toute  satisfaction.  L' introduction  —  qui  d'ailleurs  se 
lit  avec  intérêt  —  est  un  peu  maigre.  L'identification  des  noms  de  lieux^ 
donnée  en  note  et  non  répétée  à  la  table,  n'est  pas  poussée  assez  loin.  A  mon 
avis,  et  pour  éviter  de  constantes  répétitions,  ces  identifications  doivent  être 
données  non  en  note,  mais  à  la  table.  Les  noms  que  l'on  ne  peut  arriver  à 
déterminer,  doivent  être  signalés  (toujours  à  la  table)  par  une  note  telle  que 
celle-ci  «  non  identifié  »  :  mais,  en  général,  dans  un  cartulaire,  il  doit  être 
possible  d'indiquer,  au  moins  approximativement,  la  situation  de  chaque 
nom  de  lieu.  De  plus,  je  suis  d'avis  qu'il  faut  identifier  non  pas  seulement  les 
noms  de  lieux  qui  figurent  comme  tels  dans  les  chartes,  mais  aussi  les  noms 
de  lieux  employés  comme  surnoms.  La  table  ne  contient  que  les  noms  de  per- 
sonnes et  de  lieux  :  les  matières  n'y  sont  pas  représentées.  De  plus  elle  présente 
le  même  défaut  que  celle  du  Cartulaire  de  Saint-Mont  :  elle  donne  les  noms  qui 
ont  pu  être  identifiés  sous  la  forme  moderne,  négligeant  la  forme  ancienne. 
Il  y  a  même. des  contradictions  quant  à  l'emploi  des  formes  modernes  :  ainsi 
un   Geraldus  des  (ou   de;)  Broil   figure,   avec  son   épouse   Gazen,   dans    les 

I.  Ch.-l.  de  cant.  de  l'arr.  d'.\uch. 


320  COMPTES    RENDUS 

pièces  I  et  2  du  Cartulairc  (pp.  i  et  3).  A  la  table  (sous  Hrouilh)  ce  person- 
nage est  appelé  une  fois  «  Geraud  du  Brouilh  »  et  une  autre  fois  «  Guiraud 
du  Brouilh  ».  Les  formes  anciennes  que  l'éditeur  n'a  pu  traduire  en  formes 
modernes  sont  insérées  à  la  table,  mais  sans  aucun  effort  pour  rapprocher 
les  variantes.  Ainsi  je  trouve  à  la  table  CotiUiiagas  et  Goliaiiicigas.  Je  suppose 
que  c'est  le  même  nom.  Mais  on  ne  nous  le  dit  pas.  Il  aurait  au  moins  fallu 
un  renvoi  de  l'un  à  l'autre. 

Si  j'insiste  sur  ces  détails,  c'est  parce  que  les  défauts  de  méthode  que  je 
relève  ici  sont  trop  fréquents  dans  les  éditions  de  cartulaires  et  qu'il  est  grand 
temps  que  les  auteurs  de  ces  éditions  se  persuadent  qu'il  ne  suffit  pas  pour 
bien  publier  un  cartulaire,  de  posséder  une  bonne  connaissance  de  l'histoire 
et  de  la  géographie  locales  :  il  y  faut  encore  une  préparation  spéciale  qui, 
malgré  les  progrès  de  la  science  diplomatique,  n'est  pas  encore  assez  répandue. 

Maintenant  quelques  mots  sur  l'intérêt  que  présente  le  cartulaire  de 
Gimont  au  point  de  vue  linguistique.  Ce  recueil  contient  plusieurs  centaines 
de  chartes  réparties,  selon  qu'elles  se  rapportent  à  l'abbaye  ou  à  ses  dépen- 
dances, en  six  séries.  Ces  chartes  se  placent  entre  les  années  1 142  et  1233.  Elles 
sont  en  latin,  sauf  une  (p.  445)  qui  est  en  gascon  et  est  datée  de  1188.  Mais, 
un  grand  nombre  de  ces  documents  latins  contiennent  des  mots  gascons  que, 
généralement,  l'éditeur  a  imprimés  en  italiques.  Beaucoup  de  mots,  affublés 
d'une  terminaison  latine,  sont  aussi  de  purs  mots  gascons,  comme  par 
eii.esdegatutti,  pp.  11,  121,  etc.,  signifiant  «  limité  »  ;  cf.  Lespy  et  Raymond, 
Dict.  béarnais,  sous  ESDEGAMENT.  Je  signale  au  hasard  quelques  faits  intéres- 
sants. Il  parait  v  avoir  des  exemples  du  passage  de  ;ç  à  r  (ou  inversement),  si 
du  moins  Bernart  d'Airraii,  59,  est  le  même  que  le  Bernart  d'Avezan  qui  figure 
ailleurs  (voir  la  table,  mais  la  table  enregistre  Averan  et  Ave~aii  sans  identi- 
fication ')  .  Je  trouve  CasariJs  339,  et  Carerih  432;  je  suppose  que  c'est  l'un 
des  Ca:^aril,  Caiarilh  qu'indique  le  Dictionnaire  des  Postes,  mais  '  l'éditeur  du 
cartulaire  nous  laisse  dans  l'incertitude.  —  Dans  les  pièces  de  ce  cartulaire, 
l'art,  féminin  est,  non  pas  :(a  ou  sa,  comme  dans  le  cartulaire  de  Saint-Mont, 
mais  cba  :  ad  clfartigain  4,  a  cliartiga  8,  de  cUartiga  4,  5,  9  {de  Vartiga  5, 
l'Ç)  de  cba  Br liguera  3,  17,  de  cha  Jorga  135,  411  ;  Je  cha  garda  4,  "j  ;  de  cha 
hna  2,  25  (la  lana  54);  a  cha  nia{era  57,  de  cba  niaiera  8,  13,  16;  au  plur. 
de  chas  laceras  42.  Ces  formes  ne  sont  pas  relevées  à  la  table  ;  pour  parler 
plus  exactement,  l'éditeur  les  a  insérées  sous  une  forme  francisée  :  Artigue, 
iMrtigiie,  Bni^iùre  (de  la),  Forgiie  (de  la),  etc.  L'art,  masc.  est  e^  ou  es  (ou 
peut-être  simplement  i,  s)  :  de:(  Broil,  1,4,  15;  de^  Brolio  8  (aussi  del  Brol)  ; 
des  Biisqiiet  22  ;  dei;^  Casai  53  ;  J^i  Porcelencs  2  ;  de:^  Prad  14,  etc. 

Il  v  aurait  à  faire  d'autres  observations  linguistiques,  mais  je  ne  veux  pas 
allonger  outre  mesure  ce  compte  rendu. 


I.  C'est  Avezan,  Gers,  cant.    de  Saint-Clar.   Il  y  a  un  Averan  dans   les 
H.-Pyr.,  cant.  d'Ossun. 


Comptes  consulaires  d'Albi  321 

Les  cartLiLiircs,  ceux  du  Midi  surtout,  peuvent  fournir  beaucoup  d'informa- 
tions utiles  aux  études  linguistiques.  Les  philologues  se  joignent  aux  diplo- 
matistes  pour  demander  qu'on  les  publie,  non  seulement  avec  soin,  mais  avec 
la  méthode  que  ce  genre  de  publications  comporte. 

P.  M. 


Douze  comptes   consulaires   d'Albi    du   XIV*^  siècle,   par 

Auguste  ViD.\L,  t.  h'\  Paris,  Picard;    Toulouse,  Privât.    1906.  In-8'-',  viii- 
576  pages  {Archives  historiques  de  V Albigeois,  fasc.  VIII). 

La  ville  d'Albi  possède  une  fort  belle  série  de  comptes  qui  commence  en 
1 5)9  et  qui  se  poursuit  jusqu'à  notre  époque,  non  sans  de  nombreuses  lacunes. 
Plusieurs  des  comptes  qui  subsistent  sont  plus  ou  moins  endommagés,  mais, 
tel  qu'il  est,  ce  fonds  n'en  forme  pas  moins  un  ensemble  précieux  pour  l'his- 
toire politique  et  économique,  et  aussi  pour  l'histoire  de  la  langue. 
M.  A.  Vidal  a  entrepris  courageusement  la  publication  des  plus  anciens  registres 
(jusqu'à  la  fin  du  xiv^  siècle)  sans  se  dissimuler  les  difficultés  de  tout  genre 
d'une  aussi  longue  tâche.  Il  eût  été  certainement  désirable  que  ces  documents 
formassent  une  série  unique,  mais  les  circonstances  ne  l'ont  pas  permis. 
iM.  Vidal  a  d'abord  publié,  comme  tome  V  de  la  Tiihliothcque  niàidioiiale,  le 
compte  le  plus  ancien,  celui  de  l'exercice  1359-151^0  ■;  il  annonce  aujour- 
d'hui la  publication  en  deux  volumes  des  douze  comptes  suivants-.  Ceux  que 
renferme  le  présent  volume  se  rapportent  aux  exercices  1 360-1,  1568-9» 
1569-70,  1370-1,  1374-5,  1377-8,  1380-1.  Suit  une  bonne  table  des  matières 
et  des  noms  propres  5.  Un  glossaire  sera  joint  au  deuxième  tome.  Le  texte 
est  en  général  correct  ;  la  plupart  des  fautes  ont  été  corrigées  dans  le  long 
errata  q'ii  termine  le  volume.  Voici  cependant  de  nouvelles  corrections  pour 
les  cent  premières  pages.  P.  i,  art.  8,  «  e  acné,  escrig  »,  suppr.  la  virgule. 
P.  6,  art.  68  botuola  (bouteille),  mais,  p.  45,  art.  415,  botiohi,  et,  p.  55,  art. 
669,  botola.  P.  16,  art.  171,  «  que  so  frangia  »,  lire  sofraiigia  (z=.  sofranhia), 


1.  Voir  Roviaiiia,  XXIX,  447. 

2.  La  publication  n'est  pas  complète.  Ici  comme  pour  le  compte  de  1359- 
60,  M.  V.  a  omis  les  articles  sans  intérêt  ou  qui  font  double  emploi  avec 
d'autres. 

5.  Cette  table  laisse  cependant  à  désirer  sur  certains  points.  Il  n'y  a  pour 
chaque  nom  ou  objet  qu'un  seul  renvoi,  et  souvent  il  en  faudrait  "deux  ou 
trois.  Ainsi  :  «  Ipre  (draps  d')  »,  mais  il  manque  un  article  Ypres  et  un 
article  dr^ips  où  on  aurait  mentionné  non  seulement  les  draps  d'Ypres,  mais 
aussi  ceux  de  France  (p.  46  et  246)  et  de  Fanjeaux  (p.  52),  de  Toulouse 
(p.  280).  M.  V.  classe  les  noms  propres  aux  surnoms  :  «  Cop  (Peire  del)  »  ; 
soit!  mais  il  fallait  faire  un  article  à  «  Peire  del  Cop  ».  Puis  il  y  a,  dans  les 
renvois,  quelques  erreurs;  ainsi,  «  lo  Bore  de  Bertal  »,  est  nommé  p.  96,  et 
non  95  (outre  qu'il  faut,  je  crois,  lire  Bort,  «  bâtard  »  ;  «  Pancaroca,  201  »  ; 
lire  :  «  Pancaroca  (Bernât),  204  ». 

Romania,  XXXV  21 


322  COMPTES    RENDUS 

«  manquait  ».  P.  26,  art.  222,  «  prep  »,  Vireprop'}  P.  54,  art.  640,  lire 
aurpinieiit,  en  un  mot.  P.  59,  art.  782,  la  correction  proposée  n'est  pas  accep- 
table, il  faut  lire  sol  eslar,  en  deux  mots.  P.  65,  art.  889,  loguier,  1.  hi^uier. 
P.  67,  art.  920,  que  faut-il  entendre  par  «  draps  de  vcrvi}  Dans  le  compte 
de  1359-60  Cp-  81,  art.  629)  M.  V.  lisait  «  drap  de  vcnii  »,  et  disait  en  note 
qu'on  pouvait  lire  verm.  P.  88,  art.  641,  ciicro,  1.  anero.  P.  95,  art.  1678, 
tracsiicio,  lire  tacsacio.  P.  98,  art.  1^41,  piinisi,  \.  parisi.  P.  99,  art.  1766,  «  a 
las  processios  de  Koit:;;^os  »,  I.  Roa:^os. 

P.  137,  la  citation  du  poème  de  la  croisade  albigeoise  (vv.  1074-5)  est 
incorrecte.  —  P.  144,  la  note  sur  le  maréchal  Arnoul  d'.\udrehem  est  insuf- 
fisante. Il  fallait  renvoyer  au  mémoire  d'Emile  Molinier  (Acad.  des  inscr. 
et  belles-lettres,  Mémoires  présentes  par  divers  savajits,  2=  série,  t.  VI,  première 
partie).  Ce  personnage  figure  plusieurs  fois  dans  les  comptes  (voir  la  table, 
sous  AuDEN.w,  et  Yerrata).  Plusieurs  de  ces  mentions  peuvent  servir'à  fixer 
divers  points  de  l'itinéraire  du  maréchal.  —  P.  297,  la  note  donne  à  croire 
que  l'éditeur  n'a  pas  compris  le  mot  aquereguda,  part.  p.  d'iUjiierre,  se 
rapportant  à  viiiba  qui  précède. 

Malgré  quelques  imperfections,  cette  publication  est  très  utile  et  on  ne 
peut  qu'en  souhaiter  le  prompt  achèvement. 

P.    M. 


I.  Toutefois  il  v  a  ailleurs  aprep  pour  apiop. 


PÉRIODIQUES 


Zkitschrift  rùR  romanischk  Philologie,  XXIX  (1905),  5.  —  P.  5  i  5, 
A.  Homing,  Lit.  ambitus  im  Romainscbeii.  M.  Horning  étudie  successive- 
ment, jo  le  français  andain  et  les  formes  apparentées,  aude,  aiidon,  aiidèe,  etc.  ; 
2°  le  provençal  amie,  andi,  antc;  3°  les  représentants  de  a  m  bit  us  en  Italie 
et  dans  la  péninsule  ibérique;  40  le  type  *andaginem  ;  5°  les  rapports 
de  l'histoire  de  ambitus  avec  le  problème  andare  ^=  aller.  10  Andahinest 
pas,  comme  Fa  pensé  G.  Paris,  indaginem.  Cette  étymologie  est  impos- 
sible pour  des  raisons  phonétiques  (an-  au  lieu  de  en-,  la  dentale  sourde  des 
formes  telles  que  le  milanais  antelt),  morphologiques  (les  formes  simples 
aude,  ont  ou  dérivées  ande'r,  andd  ;  les  formations  telles  que  andel,  andée, 
andaiue  ;  les  dérivés  desandener,  etc.,  et  non  *  desandaignier),  sémantiques  (le 
sens  d'  «  enjambée  »  et  l'emploi  comme  mesure  d'espace  ou  de  durée  peu 
considérable).  Au  contraire  ambitus  se  présente  avec  le  sens  de  «  bande  de 
terrain  étroite,  de  2  pieds  et  demi  de  large  »  (Festus),  c'est-à-dire  à  peu  prés 
large  d'une  enjambée,  de  là  ande,  puis  andain  et  autres  dérivés,  avec  la  valeur 
primitive  d'  «  enjambée  »,  appliqués  ensuite  à  la  bande  de  pré  fauchée  par 
chaque  travailleur  et  dont  la  largeur  est  égale  à  l'écartement  des  jambes  du 
faucheur.  Sans  prétendre  conserver  l'étymologie  indagine  >>  andain, 
nous  remarquerons  qu'au  point  de  vue  du  sens,  les  objections  de  M.  H.  ne 
sont  pas  toutes  convaincantes  :  G.  Paris  voyait  surtout  dans  Vandain 
sa  longueur,  frappante  par  rapport  à  son  étroitesse,  le  sens  d'  «  enjam- 
bée »  pouvant  être  dû  à  un  développement  secondaire;  pour  M.  H.  c'est 
l'inverse  qui  est  la  vérité  :  Vandain  -doit  son  nom  à  sa  largeur  d'un  pas,  la 
longueur  n'y  est  pour  rien  ;  cependant  si  nous  remontons  au  type  latin  qu'é- 
tudie M.  H.,  nous  y  retrouvons  précisément  la  même  succession  de  sens 
que  M.  H.  rejette  pour  le  français  :  si  ambitus  a  pu  prendre  le  sens 
«  d'espace  de  terrain  de  deux  pieds  et  demi  »,  ce  n'est  qu'après  avoir  dési- 
gné une  bande  de  terrain  beaucoup  plus  longue  que  large  et  cela  me  paraît 
fort  clair  encore  dans  Festus,  «  ambitus...  circuitus  ivdificiorum  patens  in 
latitudinem  pedes  duos  et  semissem,  in  longitiidinem  idem  quod  xdijicium  ». 
Pourquoi  n'en  serait-il  pas  de  même  en  français  ?  L'on  a,  il  est  vrai,  en  Picar- 
die ander,   «  mesurer  par  pas  »,  mais,    les  bandes    parallèles  des   andains 


324  PERIODIQ.UES 

étant  de  largeur  sensiblement  pareille  et  égale  à  un  pas,  leur  nombre  peut 
servir  à  mesurer  un  pré  et  c'est  ainsi  qu'on  peut  mesurer  la  largeur  d'un 
vignoble  au  nombre  de  ses  ratig^s  de  vigne.  Des  expressions  comme  //  y  a 
belle  oiuiaine  =  «  il  y  a  longtemps  à  attendre  »  s'expliquent  par  la  longueur 
de  Vanddin  mieux  que  par  le  sens  d'  «  enjambée  »  (cf.  un  beau  ruban  de 
route,  un  ruban  de  queue).  Andée  atandain,  au  sens  de  «  court  espace  ou  courte 
durée  »,  peuvent  s'expliquer  comme  le  verbe  ander  ;  quant  à  ondée,  dans  l'a. 
fr.  (/  une  ondée  =:  ;<  d'un  seul  trait,  d'un  même  coup  »,  il  s'accommoderait 
aussi  bien  du  sens  de  «  andain  »  que  de  celui  d'  «  espace  étroit  »  (cf.  tout 
d'une  raudoiià\  d'une  seule  course,  d'une  traite).  Je  me  garde  de  conclure  pour 
un  des  deux  développements  possibles,  n'ayant  voulu  que  montrer  l'incerti- 
tude où  me  laissent  certaines  propositions  de  M.  Horning.  Il  faut  consta- 
ter encore  que  nous  n'avons  pas  la  certitude  que  ambitus  ait  perdu  le  sens 
de  «  pourtour,  enceinte,  passage  réservé  »,  pour  se  limiter  au  sens  de 
«  mesure  d'un  pas  ».  C'est  cependant  sur  cette  dernière  valeur  précise  que 
M.  H.  se  fonde  pour  rattacher  à  ambitus  andan  «  palonnier  »,  landon, 
«  bâton  suspendu  au  cou  des  animaux  pour  les  empêcher  de  courir  »,  lande 
«  traverse  de  clôture  »,  andier,  landier,  la  dimension  de  ces  divers  objets 
étant  à  peu  près  celle  d'un  pas.  —  2°  Au  sens  déjà  indiqué  de  ambitus 
«  espace  réservé  autour  d'un  édifice  »,  M.  Settegast  avait  déjà  rattaché  le 
prov.  andc  «  place  ».  M.  H.  précise  cette  idée  et  ramène  par  là  à  ambitus 
les  mots  tels  que  alandd,  alandri,  etc.  «  donner  du  large  »,  landiè  «.  cou- 
reur »  et  aussi  l'a.  fr.  luiidore  «  fainéant  »  et  les  nombreux  mots  apparentés'. 
II  est  impossible  de  citer  ici  tous  les  mots  romans  dont  M.  H.  traite 
dans  la  suite  de  son  étude.  Dans  la  dernière  partie,  M.  H.  montre  les  con- 
clusions qu'on  pourrait  tirer,  pour  la  solution  du  problème  aiidare=i:  aller,  delà 
vérification  de  son  hypothèse  sur  la  vie  florissante  de  ambitus  en  roman,  et . 
des  points  de  contact  entre  ses  représentants  romans  et  des  mots  de  la 
famille  andare,  p.  ex.  prov.  alandd  et  it.  dar  Vandare  :  l'étymologie  andare 
<;  *ambitare  y  trouverait  à  la  fois  un  fort  appui  pour  l'existence  de 
*ambitare  et  de  sérieuses  probabilités  pour  la  grande  extension  de  ce  type. 
—  P.  552,  H.  Schuchardt,  Ibero-romanisches  und  Roniano-baskisches.  Ces  notes 
sont  le  complément  du  remarquable  article  publié  par  M.  Sch.  dans  la  Zeii- 
schrift,  XXIII,  182,  Zunt  Iberischen,  Roniano-baskiscben ,  Ibero-romanischen  (sur 
cet  article,  cf.  Romania,  XXVIII,  457)  et  répondent  aus  observations  présen- 
tées par  M.  Baist  dans  le  Kritischer  Jahresbericht ,  VI,  i,  383  ;  elles  concernent 
les  mots  espagnols  bicerra,  vega  (et  la  double  série  espagnole  vega,  manteca, 
talega  et  portugaise  veiga,  manteiga,  taleiga),  nava,  artiga,  cor:(^o,  garuUa, 
guija,  légamo,  tapia.  M.  Sch.  termine  p?r  la  critique  de  rapprochements  pro- 
posés par  R.  Gutmann  entre  les  mots  basques  sar)ia  «  gale  »,  sarats  «  saule  » 
et  des  formes  analogues  mag}'are  et  finnoise  :  sarna  qui  n'est  pas  connu  des 

I.  Cf.  sur  ce  point,  H.  Schuchardt,  Zeitschrift  fur  roman.  Philologie,XXX,  83. 


PERIODiaUES  325 

basques  français,  appartient  par  contre  au  catalan,  au  portugais  et  à  l'espa- 
gnol, d'où  il  est  sans  doute  passé  en  basque,  saiiits  car.  le  latin  sa  lice.  — 
P.  566,  G.  de  Gregorio,  Il  codice  De  CruyUis-Spatafora  in  antico  siciliano  del 
sec.  XIV  couteneute  «  La  Mascalcia  di  Giordano  Rii/o  ».  M.  de  Gr.  publie, 
sans  les  figures,  le  ms.  qu'il  avait  fait  connaître  dans  la  Rovmnia,  XXXIII, 
368.  —  P.  607,  C.  Michaëlis  de  Vasconcellos,  Enger,  inçar.  Les  explications 
diverses  se  succèdent  pour  l'a.  fr.  aeugier,  mod.  enger  :  après  ingi guère, 
enecare,  *amputa  +  icare,  etc.,  M.  Ulrich  avait  récemment  proposé 
{Zeilschrift ,  XXVIII,  564)  *adamplicare,  il  considérait  donc  comme  primi- 
tif le  sens  d'  «  accroître  »;  M.  Jeanroy  (Komaiiia,  XXXIII,  602)  a  suggéré 
*ad-undicare,  le  sens  primitif  étant  selon  lui  «  remplir  »  ;  M™«M.  de  V., 
qui  n'a  sans  doute  pas  connu  rhvpothcse  de  M.  Jeanrov,  et  en  tout  cas  ne  la 
discute  pas  (la  Zeitschrijt  date  cette  note  du  24,1,1905  et  celle  de  M.  Jeanrov 
a  paru  dans  le  dernier  numéro  de  1904  de  la  i?owi/«/fl),  repousse  l'étymologie 
de  M.  Ulrich  :  étudiant  parallèlement  le  fr.  enger  et  le  port,  inçar,  elle  pense 
que  le  sens  primitif  de  ces  deux  verbes  est  «  faire  des  petits,  se  reproduire, 
pulluler  »  et  elle  les  rattache  tous  deux  par  l'intermédiaire  des  formes  diverses 
*ad  -f-iudicare  >  aengier  et  *indiciare  >  sarde  an-^are,  port,  inçar, 
etc.,  au  lat.  index,  dont  elle  avait  déjà  étudié  {Zeilschrift,  VII,  113)  les 
représentants  portugais  et  italiens,  au  sens  de  «  nichet,  œuf  placé  dans  le  nid 
des  poules  pour  les  exciter  à  y  pondre  »,  cet  o  vu  m  index  étant  considéré 
comme  le  point  de  départ  de  la  couvée  dont  il  a  été  l'occasion.  Pour  le 
sens,  l'on  peut  comprendre  que  ind icare  ait  fini  par  signifier  «  avoir  des 
petits  »,  par  des  intermédiaires  tels  que  «  pondre,  couver,  auprès  de  V index  », 
mais  l'on  se  demande  pourquoi  un  sens  défavorable  s'est  attaché  à  ce  mot  à 
la  fois  er.  France  ou  en  Portugal.  Noter  p.  614-16  de  nouveaux  renseigne- 
ments sur  les  représentants  portugais  de  index. 

MÉLANGES.  —  P.  618,  Ed.  Lidforss,  Zitm  «  Poema  del  Cid  »,  v.  1235-57  : 
modification  delà  ponctuation  du  v.  1235,  Las  niievas  del  caiiallero ,  ya  nedes, 
do  legaiian,  Grand  alegria,  etc.,  et  correction  au  vers  1557,  Los  sos  despendie  el 
nioro,  que  de  lo  so  non  toniavan  nada.  —  P.  619,  V.  Crescini,  Postilla  morfolo- 
gica  al  Ritino  Cassinese.  —  P.  620,  H.  Schuchardt,  Sachen  und  Wôrter. 
M.  Sch.  présente  quelques  réflexions  sur  l'étude  des  objets,  inséparable  de 
l'étude  des  mots,  à  propos  de  la  belle  publication  qu'il  a  dédiée  à  A.  Mussa- 
fia,  des  travaux  de  R.  Meringer  dans  les  Indo-gernianiscbe  Forschungen,  XVII 
et  XVIII,  Wôrter  und  Sachen  et  de  l'étude  de  Gilliéron  et  Mongin,  «  Scier  » 
dans  la  Gaule  romane  du  Sud  et  de  VEst.  Il  fait  un  éloge  mérité  de  ce  dernier 
ouvrage  où  il  reconnaît  une  des  plus  importantes  publications  parues  depuis 
longtemps  dans  le  domaine  de  la  linguistique  romane,  parce  qu'elle  apporte 
une  nouvelle  méthode  de  découverte  et  de  solution  des  problèmes. —  P.  622, 
H.  Schuchardt,  Gn'/Zow.  Courte  remarque  sur  l'art.  d'Ant.  Thomas,  Romania, 
XXXIV,  287  ss  ;  —  Entre  chien  et  loup  :  exemple  hébraïque  de  l'expression, 
nouvelle  preuve  de  son  origine  orientale  ;  —  Roum.  «  scâlànih  »  ;  observa- 
tions sur  l'étymologie  scàldmb  <  *scalambus  =  cjy.aXr|Vo;  -j-  strambus 


326  PÉRIODIQUES 

proposée  par  S.  Pir.cariu.  —  P.  624,  J.  Ulrich,  Fi\  viod.  «  baliveau  «  = 
a.  l'r.  heslif  =z  bis-x'quum  avec  iigglutination  de  l'article,  le  baliveau  étant 
réservé  parce  qu'il  est  mieux  venu  et  se  distinguant  ainsi  des  autres  arbres 
(fort  douteux). —  ËngaJ.  «  tuaschdina»,iiiédicante7it  :  croisement  de  medicina 
et  misci tare. 

Comptes  rendus.  —  P.  624,  J.  Trénel,  Uancien  Testament  et  la  hnicrue 
française  du  moyen  di^e  (Ph.  A.  Becker).  —  P.  626,  J.  Fitzmaurice-Kelly, 
Lx>pe  de  Vega  and  the  spanish  drania  ;  G.  W.  Bacon,  An  essay  upon  the  lije  and 
draniatic  worhs  of  D' Juan  Peie^de  Montalvan;  D.  E.  Martell,  The  dramas  of 
Don  Antonio  de  Solis  y  Rivadeneyra  (W.  v.  Wurzbach).  —  P.  629,  L.  Abeille, 
Idionia  nacional  de  las  Argentines  (P.  de  Mugica).  —  P.  631,  G.  Weigand, 
Zehnter  Jahreshericht  des  Instituts  fur  ruinânische  Spracbe  (S.  Puçcariu).  — 
P.  635,  Le  Moyen-Age,  XVII  (F.  E.  Schneegans).  —  P.  658,  Giotuak  storico 
délia  Litteratura  Italiana,  XLV,  2-3  (B.  Wiese).  —  P.  640,  Livres  nouveaux 
(G.  G.,  H.  R.  Lang,  P.  Savj-Lopez). 

XXIX,  6.  —  P.  641,  H.  Suchier,  Vivien.  [On  a  vu  plus  haut,  p.  258, 
par  l'article  de  M.  F.  Lot,  combien  sont  fragiles  les  bases  sur  lesquelles 
M.  Suchier  fonde  ses  conjectures.  Je  dois  dire  que,  avant  tout  examen  des 
éléments  historiques  de  la  question,  les  hypothèses  de  M.  Suchier,  malgré 
l'assurance  avec  laquelle  elles  sont  présentées,  m'avaient  paru  au  plus  haut 
degré  invraisemblables.  A  tout  le  moins  aurait-il  fallu  commencer  par  prou- 
ver qu'on  s'était  trompé  jusqu'ici  en  localisant  la  lutte  de  Vivien  contre  les 
Sarrasins  soit  dans  le  sud  de  France  soit  dans  l'Espagne  du  Nord.  —  P.  M.] 
—  P.  682,  G.  Michaëlis  de  Vasconcellos,  Randglossen  :{}nn  altportugiesischen 
Liederhuch  (suite).  XV,  Vasco  Martin/,  et  D.  Afonso  Sanchez.  —  P.  712, 
J.  Hadwiger,  Sprachgren:^en  und  Gren:imundarten  des  Valencianischen.  L'au- 
teur cherche  à  déterminer  avec  plus  de  précision  qu'on  ne  l'avait  fait  jusqu'ici 
les  limites  du  dialecte  valencien.  Le  travail  a  été  exécuté  sur  place  et,  à  ce 
qu'il  semble,  dans  de  bonnes  conditions,  mais  il  a  besoin  d'être  encore  con- 
trôlé. Il  est  fâcheux  que  M.  Hadwiger  n'ait  pas  joint  à  son  mémoire  une 
carte,  car  il  mentionne  beaucoup  de  localités  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  les 
atlas  les  plus  accessibles. 

Comptes  rendus.  —   P.    752,  B.   Dimand,   Zur  rumànischen  Moduslehre 

(K.  Sandfeld  Jensen). —  P.  744,  W.  Cloetta,  Grandor  ivn  Brie  und  Gitillaunie 

von  Bapaume(P.  A.  Becker).  —  P.  750,  H.  A.  Rennert,  The  life  of  U>pe  de^ 

Vega  (W.  V.  Wurzbach).  —  P.  753,  Livres  nouveaux  (P.  S.-L.,  G.  G.).  — 

Index  et  Tables. 

Mario  RociUES. 

Revue  de  philologie  française  et  de  LrrTÉR.\TURE,  p.  p.  L.  Clédat, 
t.  XIX  (1905),  no  I.  —  P.  I,  P.  Meyer,  La  simplification  orthographique. 
Réimpression  du  rapport  que  j'ai  publié  en  1904  au  nom  de  la  commission 
ministérielle  constituée  pour  préparer    un  projet  de  simplification  de  notre 


PRRlODICiUES  327 

Orthographe.  —  P.  27,  H.  Yvon,  Viih'f  de  l'usage  en  matière  dz  langue  et  d'or- 
thographe. L'auteur  définit  avec  précision  ce  qu'on  doit  entendre  par  le  mot 
«  usage  »  appliqué  à  la  langue,  et  il  n'a  pas  de  peine  à  montrer  que  les  idées 
qui  régnent  à  ce  sujet  sont  fort  vagues  et  que  notamment,  ce  qu'on  appelle 
«  le  bon  usage  »  est  le  résultat  d'une  conception  assez  arbitraire  et  qui  varie 
selon  les  époques.  Il  v  a  cependant,  en  ce  qui  concerne  l'emploi  des  mots, 
la  construction  des  phrases,  un  usage  moyen  qui  doit  être  respecté,  mais, 
pour  l'orthographe,  M.  Y.  établit  sans  peine  que  ce  qu'on  appelle  l'usage 
n'est  qu'un  tissu  de  contradictions  qui  appelle  une  prompte  réforme.  — 
P.  48,  Emm.  Casse  et  Eug.  Chaminade,  Vieilles  chansons  patoises  du  Perigord 
(suite).  — P.  63,  F.  Baldensperger,  Notes  lexicologiques.  Exemples  pour  servir 
à  l'histoire  de  certaines  locutions  de  l'usage  actuel.  —  Mélanges.  P.  69, 
P.  Horluc,  Faire  la  fête;  épaille  r=  spatula.  —  Chronique.  P.  75,  La  péti- 
tion contre  la  réforme  de  Vorthographe.  Cette  pétition,  d'une  rédaction  bizarre 
est  de  la  part  de  M.  Clédat  l'objet  de  sages  critiques  que  malheureusement 
ceux  qui  l'ont  signée  ne  liront  pas.  —  P.  80,  La  réforme  de  M.  Michel  Bréal. 
M.  Bréal,  avant  publié  contre  la  réforme  orthographique,  un  article  singuliè- 
rement rétrograde  et  d'une  logique  douteuse  (Revue  bleue,  18  février  1905), 
M.  Clédat  se  plait  à  lui  remettre  sous  les  veux  d'anciens  écrits  où  il  approu- 
vait ce  qu'il  blâme  aujourd'hui.  L'article  de  M.  Bréal  a  d'ailleurs  été 
complètement  réfuté  par  M.  L.  Havet  dans  un  numéro  suivant  de  la  Rei'ue 
bleue. 

T.  XIX,  nos  2  et  j.  —  p.  89,  L.  Vignon,  Les  patois  de  la  région  lyonnaise  : 
le  pronom  régime  de  la  j^  personne,  le  régime  direct  neutre.  Les  formes  sont 
établies  avec  beaucoup  de  précision,  et  leur  emploi  est  clairement  défini, 
mais  l'oiigine  et  l'histoire  de  ces  formes  n'est  pas  toujours  claire.  En  général, 
c'est  hoc  et  illum.  —  P.  140,  P.  Meyer,  La  simplification  orthographique, 
fin  du  rapport.  • —  P.  155,  J.-H.  Reinhold,  Quelques  remarques  sur  les  sources 
de  «  Floire  et  Blancefior  ».  Contredit  sur  certains  points,  l'opinion  de  M.  G. 
Huet,  qui  a  maintenu  son  point  de  vue  dans  notre  précédent  fascicule,  p.  93 
et  suiv.  Cf  plus  loin,  à  la  fin  de  notre  Chronique,  de  nouvelles  observations 
de  M.  Reinhold.  —  P.  176,  Emm.  Casse  et  Eug.  Chaminade,  Vieilles  chansons 
du  Perigord  (suite).  —  Mélanges.  P.  191,  L.  Clédat,  L  usage  orthographique  au 
XVIIh  siècle.  — P.  194,  P.  Fabia,  «  Malgoirés  »,  une  étymologie  toponymique. 
Le  Malgoirés  dont  s'occupe  M.  Fabia  est  un  pays  de  la  Gardonnenque,  com- 
pris par  conséquent  dans  le  dép.  du  Gard.  M.  F.  croit  en  avoir  retrouvé  l'é- 
tymologie  dans  le  nom  ancien  de  Mauguio,  ch.  1.  de  c.  de  l'Hérault,  à  peu  de 
distance  de  Montpellier.  Ici  il  faut  s'entendre.  Tous  ceux  qui  connaissent 
quelque  peu  la  géographie  ancienne  du  Languedoc  savent  que  Mauguio  (autre- 
lois  Melgueil)  était  le  chef-lieu  d'un  comté,  qui  s'appelait  «  comitatus  melgo- 
riensis  ».  Mais  pourquoi  ce  nom  de  Melgoriensis  a-t-il  été  appliqué,  au 
xvie  siècle,  sinon  plutôt,  à  un  pays  situé  à  quelque  distance  vers  l'est,  et  qui, 
dans  les  documents  anciens,  est  appelé  vicaria  Mediogotensis,  Mediogotvfn, 
Mediogo^es,  etc.  ?  Voilà  ce  qui  est  à  expliquer,  et,  sur  ce  point,  M.  F.  ne  nous 


328      '  PÉRIODIQUES 

apprend  rien  ;  il  ne  semble  même  pas  voir  comment  se  pose  la  question.  Quant 
à  l'assertion,  exprimée  à  la  tin  de  l'article,  que  inediuiii  serait  devenu  le  syno- 
nyme de  podium  ou  de  nions,  je  ne  la  crois  pas  fondée.  —  P.  199,  L.  Clédat, 
Leveibe  v  falloir-faiUir  ».  —  P.  205,  J.  Bastin,  «  Fiiillirai  net  «  défaille  ». — 
Comptes  rendus  '.  P.  205,  G.  Rydberg,  Monosylhiba  im  Franiôslschen  (G. S.). 
—  P.  210,  Etudes  de  philolojrie  moderne,  p.  p.  la  Société  néophiiologique  de 
Stockholm,  t.  III  (H.  Yvon  et  L.  Cl.).  —  P.  220,  J.  Bastin,  Précis  de  phoné- 
tique et  rôle  de  raccent  latin  dans  les  verbes  français,  2^  éd.  (L.  Vignon).  — 
P.  223,  J.  von  den  Driesch,  La  place  de  Vadj.  épithète  en  ancien  français 
(H.  Yvon).  —  P.  228,  Chronique.  Le  rappoit  de  V Académie  française  sur  la 
réforme  de  l'orlhoi^nuiphe.  Critique  détaillée  de  cet  étonnant  rapport  dont  les 
conclusions  n'ont  inspiré  à  personne  plus  de  défiance  qu'au  spirituel  académi- 
cien qui  les  a  rédigées.  —  P.  249,  Ed.  Philipon,  Compte  en  dialecte  lyonnais 
du  XI F^  siècle.  Curieux  document  déjà  publié  en  1879,  par  un  érudit  lyon- 
nais, mais  dont  M.  Ph.  nous  offre  une  édition  infiniment  meilleure  que  la 
précédente  et  accompagnée  d'un  glossaire.  — •  P.  266,  Emm.  Casse  et  Eug. 
Chaminade,  Vieilles  chansons  patoises  du  Périgord  (suite).  — P.  284,  H.  Yvon, 
La  grammaire  française  au  XX^  siècle.  —  Comptes  rendus.  P.  300,  A.  Seche- 
haye,  L'imparfait  du  snbj.  et  ses  concurrents  dans  les  hypothétiques  normales  (sic) 
en  français  (H.  Yvon).  —  M.  Niedermann,  Contributions  à  V explication  des 
gloses  latines  (L.  Vignon;  cf.  ci-dessus,  p.  160).  —  P.  308,  Gilliéron  et  Mon- 
gin,  Étude  de  géographie  linguistique  «  Scier  »  (L.  Vignon)  ;  cf.  Romania, 
XXXIV,  621. 

P.  M. 


I .  Nous  ne  mentionnons  que  les  comptes  rendus  d'ouvrages  qui  peuvent 
entrer  dans  le  cadre  de  la  Roman ia. 


CHRONIQUE 


Le  5  février  dernier  est  décédé  à  l'âge  de  79  ans  M.  Ed.  Boehmkr  qui,  il  y  a 
trente  ou  quarante  ans,  prit  une  part  active  au  développement  des  études 
romanes.  11  possédait,  en  des  branches  très  diverses  de  l'érudition,  des 
connaissances  spéciales.  Ses  idées  étaient  originales,  souvent  ingénieuses, 
parfois  téméraires.  Une  grande  partie  de  son  activité  scientifique  échappe  à 
notre  appréciation.  Théologien  et  orientaliste,  il  s'occupa  d'abord  de  la 
critique  de  l'Ancien  Testament.  Puis,  vers  1865,  il  dirigea  ses  études  vers 
l'ancienne  littérature  italienne,  et  s'occupa  principalement  de  Dante.  En 
1866,  il  écrivit  un  mémoire,  imprimé  à  part,  sur  le  De  Mouarchia.  Peu  après, 
il  publia  sur  le  De  vitlgari  eloqueiitia  une  brochure  intéressante  (1868)  dont 
G.  Paris  rendit  un  compte  très  favorable  dans  la  "Revue  critique  (1869,  II, 
350).  Les  premiers  volumes  du  Jabrhuch  der  Deutschen  Dante  Geselhchaft 
contiennent  plusieurs  articles  de  lui.  En  1871  il  fonda  les  Ronianische  Studieu 
dont  le  premier  fascicule,  où  il  inséra  deux  articles,  est  entièrement  consacré 
à  l'ancienne  littérature  italienne.  Ce  recueil  se  continua,  paraissant  à  des 
intervales  irréguliers,  jusqu'en  1885.  Il  forme  six  volumes  ou  22  fascicules 
que  nous  avons  analysés  régulièrement  dans  nos  tomes  I  à  XV.  Nous  avons 
aussi  rendu  compte  (II,  105)  de  son  édition  de  la  Chanson  de  Roland 
{Rencesir.h)  qui  n'est  pas  ce  qu'il  a  fait  de  mieux.  Du  reste,  ses  travaux  sur 
la  philologie  française  ne  lui  ayant  probablement  pas  donné  beaucoup  de 
satisfaction,  il  se  tourna  vers  une  autre  branche  de  la  philologie  romane  et  fit 
d'utiles  publications  sur  la  littérature  roumanche,  ou,  comme  il  disait,  rhéto- 
roraane,  notamment  une  importante  bibliographie  qui  parut  dans  le  tome  M 
des  Roiihuiische  Studieu.  En  même  temps  il  poursuivait  des  études,  où  ses 
connaissances  théologiennes  pouvaient  Touver  leur  emploi,  sur  l'histoire  de 
la  Réforme  en  Espagne.  Son  œuvre  la  plus  durable  est  probablement  son 
livre  publié  en  anglais  sur  les  Spanish  Rejormers  (1874).  Il  y  peu  d'années 
il  faisait,  en  collaboration  avec  M.  Morel-Fatio,  un  mémoire  sur  l'humaniste 
catalan  Pedro  Valdès,  mort  dans  les  prisons  de  l'Inquisition  en  1595,  qui  fut 
publié  dans  le  Journal  des  savants  (1902).  Ce  fut  probablement  son  dernier 
travail.  Boehmer  avait  été  professeur  à  Halle  de  1866  à  1872.  A  cette 
dernière  date,  il  fut  appelé  à  Strasbourg  pour   v  occuper  la  chaire  de  philo- 


330  CHRONIQUE 

logic  romane.  Il  donna  sa  démission  en  1879  après  avoir  eu,  avec  certains 
de  ses  collègues,  des  querelles  qu'il  s'est  plu  à  conter  dans  sa  Revue  (III, 
626).  Boehmer  fut  un  homme  très  personnel,  ayant  plus  d'intuition  que  de 
méthode.  Il  supportait  mal  la  critique  et  ne  savait  pas  réfréner  son  tempéra- 
ment combatif.  Il  perdait  volontiers  son  temps  en  polémiques  inutiles.  Mais 
ce  n'était  pas  le  premier  venu.  —  P.  M. 

—  L.  Maximilien  K.wvczy.nski,  profess